XXII INTRODUCTION
riche, ou faire son salut; il est donc adapté à un ordre providentiel extérieur; par dérivation simlement il peut avoir pour résultat la conversion du cœur. Le Positivisme le conçoit comme un art n'ayant d'action que sur cet ordre intérieur des sentiments.
Or cette différence dans les fins recherchées entraîne des différences non moins radicales dans la matière même du culte. Comte se propose de déterminer scientifiquement les pratiques individuelles et sociales les plus efficaces ; il veut fonder cette culture du cœur sur la science de la nature humaine. On peut donc affirmer, même contre lui, qu'il n'a pas coulé son positivisme dans des institutions anciennes ni versé le vin nouveau dans de vieilles outres. L'esprit scientifique qui anime sa doctrine a fait effort pour se créer des formes appropriées.
L'idée qui inspire l'institution du culte privé est d'ailleurs remarquable. La moralité ne tombe pas du ciel. Comte pense profondément qu'elle a sa source dans l'amour de l'enfant pour la mère, plus tard de l'homme pour l'épouse, du père pour la fille. C'est dans ces relations particulières et intimes de la famille que l'âme s'ouvre. Le culte consistera donc essentiellement à provoquer par des évocations l'effusion de ces sentiments concrets et à les généraliser. Par l'entremise, sous les auspices des trois anges gardiens, l'Humanité avec