INTRODUCTION XXIX
En dernière analyse, de la démocratie il rejette le principe qui soumet l'esprit au nombre ; il le traite de matérialiste. Mais il dégage et proclame le principe moral de la démocratie en voulant que chacun n'obéisse finalement qu'à la raison scientifique. Toutes les autorités n'ont pour dernier et fondamental appui que l'évidence de la science. Jamais philosophe n'a cru aussi opiniâtrement — aussi naïvement — à la toute-puissance de la raison. 11 n'est pas démocrate à la façon ordinaire, parce qu'il est démocrate trop spirituellement.
Le fond de sa pensée reçoit encore une pleine lumière de la théorie sur la liberté de conscience, théorie qui n'est que la généralisation et la systématisation très simples de ce qui se passe dans les sciences.
Le principe de la liberté de conscience impose h toutes les opinions de se respecter les unes les autres, leur accordant un égal droit à être, tout comme s'il n'y avait pas d'un côté la vérité et de l'autre Terreur. C'est que tel est, en effet, le cas des religions théologiques. On ne trouve pas en elles de la vérité^ si on entend par là ce qui s'impose socialement comme tel ; on n'y rencontre que des opinions indémontrables et diverses dont chacune tend à dominer par des moyens extérieurs. Les religions anciennes sont, de nature, intolérantes; on a vu généralement les opinions indémontrables s'allier aux autorités indiscutables, les