‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 28 sur 101 · Lettres aux disciples anglais^ p · texte numérisé non relu

Lettres aux disciples anglais^ p

« Au nom du passé et de Tavenir, les serviteurs <^ théoriques et les serviteurs pratiques de I'Humanité (( viennent prendre dignement la direction Lénérale des (( affaires terrestres, pour construire enfin la vraie « providence, morale, intellectuelle, et matérielle ; en <K excluant irrévocablement de la suprématie politique « tous les divers esclaves de Dieu, catholiques, pro- (i testants, ou déistes, comme étant à la fois arriérés et « perturbateurs. » Telle fut la proclamation décisive par laquelle, au Palais-Cardinal, je terminai, le Dimanche 19 octobre 1851, après un résumé de cinq heures, mon troisième Cours philosophique sur Vhistoire générale de V Humanité ^ . Depuis cette mémorable clôture, la publication du tome deuxième de mon Système de politique positive vient de constater directement combien une semblable destination sociale convient à la philosophie capable d'inspirer la théorie la plus systématique de Tordre humain.

Nous venons donc ouvertement délivrer l'Occident d'une démocratie anarchique et d'une aristocratie

1. Comte obtint, en i849, une salle du Palais-Cardinal pour y faire un cours le dimanche. Les leçons commencées à midi duraient parfois jusqu'à quatre heures (voirLittré,/4w/7. Comte et la philsoophie positive^ chap. x).

rétrograde, pour constituer, autant que possible, une vraie sociocratie\ qui fasse sagement concourir à la commune régénération toutes les forces humaines, toujours appliquées chacune suivant sa nature. En effet, nous, sociocrates, ne sommes pas davantage démocrates qu'aristocrates. A nos yeux, la respectable masse de ces deux partis opposés représente empiriquement, d'une part la solidarité, de l'autre la continuité, entre lesquelles le positivisme établit profondément une subordination nécessaire, remplaçant enfin leur déplorable antagonisme^. Mais, quoique notre politique s'élève également au-dessus de ces deux tendances incomplètes et incohérentes, nous sommes loin d'appliquer aujourd'hui la même réprobation aux deux partis correspondants. Depuis trente ans que dure ma carrière philosophique et sociale, j'ai senti toujours un profond mépris pour ce qu'on nomma, sous nos divers régimes, V opposition^ et une secrète affinité pour les constructeurs quelconques. Ceux même qui voulaient construire avec des matériaux évidemment usés me semblèrent constamment préférables aux purs démolisseurs, en un siècle où la reconstruction générale devient partout le principal besoin. Malgré l'état arriéré de nos conservateurs officiels, nos simples révolutionnaires me paraissent encore plus éloignés du véritable esprit de notre temps. Ils prolongent aveuglément, au milieu du xix® siècle, la direction négative qui ne pouvait convenir qu'au xviii%

1. La société gouvernant par Tintermédiaire du sacerdoce, « Si ia théocratie et la théolâtrie reposent sur la théologie, la « sociologie constitue la base systématique de ia sociocratie et « de la sociolâlrie. » [Pol. Pos,^ t. I, 403).

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