‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 3 sur 101 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

simultanés qui composent la société et les individus successifs qui constituent chaque personnalité dans les divers moments de son existence.

Mais ces sentiments, comment subsisteraient-ils sans un objet digne d'amour et de vénération? Certains théologiens de nos contemporains ont, il est vrai, émis cette idée que les sentiments religieux se suffisent à eux-mêmes, et qu'ils contiennent leur propre justification. Est-ce que la vie en Dieu ne prouve pas l'existence de Dieu, celui-ci ne se distinguant guère de Tamour qu'il excite en nous et par lequel il agit dans le monde? Comte semble avoir pressenti cette idée et il en dissipe vigoureusement toute la confusion. Elle ne peut naître, à son avis, que du désarroi intellectuel. Certes, nos sentiments spontanés vont audevant d'une puissance souveraine et souverainement aimable ; ils sont nécessaires pour nous inviter à la chercher et pour préparer son règne. Mais ils s'épuiseraient bien vite dans un exercice incohérent et stérile, si l'intelligence, en pleine impartialité, n'établissait la réalité de cette grande puissance K

La religion doit donc se tourner vers la philosophie et lui demander ce dont elle a besoin avant tout : une foi.

1. Nous ne faisons ici que résumer une forte page de la Politique positive : IV, 12.

INTRODUCTIO^f

A la vérité, la philosophie, constituée par Comte dans sa première carrière n'avait point pour but de trouver un digne objet du sentiment religieux et, si elle Ta rencontré, c'est sans l'avoir cherché.

Quelle fut, en effet, la préoccupation qui suscita l'élaboration philosophique entreprise en 1827?

Dans les opuscules qui précèdent cette date, Comte analyse profondément la crise sociale dont il est le témoin. Il la juge exclusivement d'origine intellectuelle.

Une absence presque totale de morale publique : le sentiment social ne trouvant plus aucune notion exacte et fixe sur le bien et dégénérant alors en un vague instinct philanthropique sans action sur la conduite; l'intérêt individuel restant seul clair dans ce chaos, l'égoïsme surgissant comme seul mobile assez énergique pour diriger la vie, les institutions se pliant peu à peu aux exigences de Tégoïsme — mais la morale privée, malgré des habitudes croissantes d'ordre et de travail, malgré l'amélioration des conditions matérielles, malgré la force des instincts sympathiques, n'étant guère plus solide que la morale publique ; la confusion gagnant rapidement les devoirs relatifs à la famille,

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