‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 30 sur 101 · Comte attribue la maxime à Louis Bonaparte · texte numérisé non relu

Comte attribue la maxime à Louis Bonaparte

la prudence, et la persévérance. Mais le point de vue organique tend aujourd'hui tellement à grandir les conceptions, qu'il suffît, dans une situation favorable, pour inspirer à un esprit superficiel un principe vraiment profond, que le positivisme adopte et développe systématiquement.

Quoi qu'il en soit, la nature rétrograde des doctrines épuisées que nos conservateurs emploient provisoirement doit les rendre essentiellement impropres à diriger la politique réelle au milieu d'une anarchie primitivement due à rimpuissance finale des anciennes croyances. La raison occidentale ne peut plus se laisser conduire par des opinions évidemment indémontrables, et même radicalement chimériques, comme toutes celles qu'inspire une théologie quelconque, restât-elle réduite à son dogme fondamentale Tous reconnaissent aujourd'hui que notre activité pratique doit cesser de se consumer en hostilités mutuelles, pour développer paisiblement notre, commune exploitation de la planète humaine'^. Mais nous pouvons encore moins persister dans cet état d'enfance intellectuelle et morale où notre conduite ne repose que sur des motifs absurdes et dégradants. Sans répéter jamais le xviu^ siècle, le xix^'doit toujours le continuer, en réalisant enfin le noble vœu d'une religion démontrée dirigeant une activité pacifique.

Depuis que la situation écarte toute tendance purement négative, il n'y a de vraiment discréditées, parmi les écoles philosophiques du dernier siècle, que les sectes inconséquentes, dont la prépondérance dût être éphémère. Les démolisseurs incomplets, comme Vol-

i. Dieu.

2 Voir Introduciion, p. xxxiii.

taire et Rousseau, qui croyaient pouvoir renverser Tautel en conservant le trône ou réciproquement, sont irrévocablement déchus, après avoir dominé, suivant leur destinée normale, les deux générations qui préparèrent et accomplirent l'explosion révolutionnaire. Mais, depuis que la reconstruction est à Tordre du jour, l'attention publique retourne de plus en plus vers la grande et immortelle école de Diderot et Hume, qui caractérisera réellement le xviu^ siècle, en le liant au précédent par Fontenelle et au suivant par Condorcet. Egalement émancipés en religion et en politique, ces puissants penseurs tendaient nécessairement vers une réorganisation totale et directe, quelque confuse qu'en dût être alors la notion. Tous se rallieraient aujourd'hui à la seule doctrine qui, fondant l'avenir sur le passé, pose enfin les bases inébranlables de la régénération occidentale. C'est d'une telle école que je m'honorerai toujours de descendre immédiatement, par mon précurseur essentiel, l'éminent Condorcet. Au contraire, je n'attendis jamais que des entraves, spontanées ou concertées, chez les débris arriérés des sectes superficielles et immorales émanées de Voltaire et de Rousseau.

Mais, à cette grande souche historique, j'ai constamment rattaché ce qu'offrirent de vraiment éminent nos derniers adversaires, soit théologiques, soit métaphysiques. Tandis que Hume constitue mon principal précurseur philosophique, Kant s'y trouve accessoirement lié; sa conception fondamentale ne fut vraiment systématisée et développée que parle positivisme ^ De

1. Selon Comte, Kant a distingué le sujet de Tobjet; il a montré que le sujet est régi par des lois irréductibles à celles du monde et qui interviennent dans toutes nos connaissances. Voici

t) PREFACE

môme, sous Taspect politique, Condorcet dut être, pour moi, complété par de JVIaistre^ dont je m'appropriai, dés mon début, tous les principes essentiels, qui ne sont plus appréciés maintenant que dans l'école positive. Tels sont, avec BichatetGall comme précurseurs scientifiques, les six prédécesseurs immédiats qui me rattacheront toujours aux trois pères systématiques de la vraie philosophie moderne, Bacon, Descartes et Leibnitz. D'après cette noble filiation, le moyen âge, intellectuellement résumé par saint Thomas d'Aquin, Roger Bacon et Dante, me subordonne directement au prince éternel des véritables penseurs, rincomparable Aristote.

En remontant jusqu'à cette source normale, on sent profondément que, depuis la suffisante extension de la domination romaine, les populations d'élite cherchent vainement la religion universelle. L'expérience a pleinement démontré que ce vœu final ne peut être satisfait par aucune croyance surnaturelle. Deux monothéismes^ incompatibles aspirèrent également à cette universalité nécessaire, sans laquelle l'Humanité ne pourrait suivre sa destinée naturelle. Mais leurs efforts opposés n'aboutirent qu'à se neutraliser mutuellement,

un texte caractéristique de la façon dont Comte entend ces idées. « Gomme Kant l'a bien senti, chacune de nos opinions « est à la fois subjective et objective, notre esprit y étant à la « fois actif et passif. Au fond cette grande notion logique « revient à étendre convenablement aux notions intellectuelles « le principe fondamental de la biologie sur le concours néces- « saire contre l'organisme et le milieu pour tout phénomène € vital. » {Pol. Pos., 1. 712.)

1. Condorcet a compris qu'il fallait subordonner la préparation de l'avenir à l'interprétation du passé. De Maistre Ta complété en étudiant avec sympathie le mo^xn âge. {Pol. Pos., m, (3l5.)

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