‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 31 sur 101 · Catholique et mahométan · texte numérisé non relu

Catholique et mahométan

de manière à réserver un tel attribut aux doctrines démontrables et discutables. Depuis plus de cinq siècles, Tislamisme renonce à dominer FOccident, et le catholicisme abandonne à son éternel antao^oniste jusqu'à la tombe de son prétendu fondateur ^. Ces vaines aspirations spirituelles n'ont pu même embrasser tout le territoire de l'ancienne domination temporelle, réparti presque également entre les deux monothéismes inconciliables.

L'Orient et l'Occident doivent donc chercher, htfrs de toute théologie ou métaphysique, les bases systématiques de leur communion intellectuelle et morale. Cette fusion tant attendue, qui doit ensuite s'étendre graduellement à Tensemble de notre espèce, ne peut évidemment émaner que du positivisme, c'est-à-dire d'une doctrine toujours caractérisée par la combinaison de la réalité avec Futilité^. Bornées longtemps aux plus simples phénomènes, ses théories y ont produit les seules convictions vraiment universelles qui existent jusqu'ici. Mais ce privilège naturel des méthodes et des doctrines positives ne saurait rester toujours circonscrit au domaine mathématique et physique. Développé d'abord envers l'ordre matériel, il dut ensuite embras-

1. Comte tient saint Paul pour le vrai fondateur du christianisme.

2. Réalité et utilité sont les deux caractères essentiels de l'Esprit positif. Il est issu du bon sens primitif qui a toujours fondé l'action sur les rapports observables et à son plus haut degré de développement il reste subordonné aux fins de l'action : « L'Univers doit être étudié, non pour lui-même mais pour <^ l'humanité. Tout autre dessein serait au fond aussi peu « rationnel que peu moral. » (Pol. Pos.^ ï, 36.)

L'art comme la science n'a pas sa fin en lui-même, mais il ne faut pas entendre cette notion d'utilité dans un sens matériel. L'humanité a surtout besoin d'harmonie, — harmonie des esprits et union des cœurs.

PUKFACK

ser l'ordre vital, d'où il vient de s'étendre enfin jusqu'à l'ordre humain, collectif ou individuel. Cette plénitude décisive de l'esprit positif dissipe maintenant tout prétexte à la conservation factice de l'esprit théologiqu<', devenu, dans l'Occident moderne, aussi perturbateur que l'esprit métaphysique, dont il constitue la source historique et dogmatique. La dégradation morale et politique du sacerdoce correspondant avait d'ailleurs interdit, depuis longtemps, tout espoir de contenir, comme au moyen âge, les vices d'une telle doctrine par la sagesse instinctive de ses meilleurs interprètes. Désormais abandonnée spontanément à sa corruption naturelle, la croyance monothéique, soit chrétienne, soit musulmane, mérite de plus en plus la réprobation que son avènement inspira, pendant trois siècles, aux plus nobles praticiens et théoriciens du monde romain. Ne pouvant alors juger le système que d'après la doctrine, ils n'hésitaient point à repousser, commeennemie du genre humain, une religion provisoire qui plaçait la perfection dans un céleste isolement. L'instinct moderne réprouve encore plus une morale qui proclame les inclinations bienveillantes comme étrangères à notre nature, qui méconnaît la dignité du travail jusqu'à le faire dériver d'une malédiction divine, et qui érige la femme en source de tout mal. Tacite et Trajan ne pouvaient prévoir que, pendant quelques siècles, la sagesse sacerdotale, aidée d'une situation favorable, contiendrait assez les vices naturels de telles doctrines pour en tirer provisoirement d'admirables résultats sociaux. Depuis que le sacerdoce occidental est irrévocablement devenu rétrograde, sa croyance, livrée à elle-même, tend à développer librement le caractère immoral inhérent à sa nature antisociale. Elle ne mérita les ménage-

PREFACE \i

ments des conservateurs prudents qu'autant qu'il fut impossible d'y substituer une meilleure conception du monde et de Thomme, que pouvait seule fournir une lente ascension de Tespritpositif» Mais cette laborieuse initiationétait maintenant achevée, le positivismeélimine irrévocablementle catholicisme, comme tout autre théologisme, en vertu même de l'admirable maxime sociale citée ci-dessus.

Après avoir pleinement satisfait l'intelligence et l'activité, la religion positive, toujours poussée par sa réalité caractéristique, s'est convenablement étendue jusqu'au sentiment, qui désormais forme son principal domaine et devient la base de son unité. Nous ne craignons donc pas que les vrais penseurs, théoriques ou pratiques, puissent aujourd'hui, comme au début du catholicisme, méconnaître la supériorité d'une foi réelle et complète, qui, loin d'être fortuitement sociale, se montre telle par sa propre nature. C'est d'ailleurs à la conduite morale et politique de son sacerdoce naissant et de tons ses vrais adeptes qu'il appartient de faire empiriquement apprécier son excellence, chez ceux-là même qui ne pourraient pas juger directement ses principes. Une doctrine qui développera toujours toutes les vertus humaines, personnelles, domestiques et civiques, sera bientôt respectée de tous ses adversaires honnêtes, quelle que soit leur vaine prédilection envers une synthèse absolue et égoïste opposée à la synthèse relative et altruiste ^

Mais, afin d'instituer cette concurrence décisive, il fallait d'abord condenser assez le positivisme pour qu'il

1. Sur le caractère relatif de la synthèse positive, voir noft p. 44 et Introduction p. xxxiii.

pût devenir vraiment populaire. Telle est la destination spéciale de cet opuscule exceptionnel, envers lequel j'interromps, pendant quelques semaines, ma grande construction religieuse, dont la première moitié reste seule accomplie jusqu'ici ^ Ce précieux épisode m'avait d'abord semblé devoir être ajourné jusqu'à l'entière terminaison de cet immense travail. Mais, après avoir écrit, en janvier 1851, la théorie positive de l'unité humaine, je me sentis assez avancé pour faire succéder un tel intermède au volume dont cette théorie forme le premier et le principal chapitre. Développé de plus en plus à mesure que j'élaborais ce tome décisif, un tel espoir devint complet quand j'écrivis sa préface finale. Je le réalise aujourd'hui, avant de commencer la construction de la sociologie dynamique, qui caractérisera, Tan prochain, le troisième volume de mon Système de politique positive.

Due à la maturité inattendue de mes principales conceptions, cette résolution se trouva beaucoup fortifiée par l'heureuse crise qui vient d'abolir le régime parlementaire et d'instituer la république dictatoriale, double préambule de toute vraie régénération. Sans doute, cette dictature n'offre point encore le caractère essentiel expliquédansmoncoiirspositivistedel847.Illuimanque surtout de se concilier assez avec une pleine liberté d'exposition, et même de discussion, directement indispensable à la réorganisation spirituelle, et qui, d'ailleurs, peut seule rassurer contre toute tyrannie rétrograde^. Mais ce complément nécessaire ne tardera point à s'y réaliser sous un mode quelconque, qui me semble

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