‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 34 sur 101 · Voir noie, p. i · texte numérisé non relu

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pensées comme elles furent d'abord conçues, quoique ce mode grossier d'exposition contribue beaucoup au peu d'efficacité de la plupart des lectures. On réserve la forme dialogique, propre à toute vraie communication, pour expliquer les conceptions qui sont à la fois assez importantes et assez mûries. C'est pourquoi, de tout temps, l'enseignement religieux s'accomplit par voie d'entretien et non de récit. Loin d'indiquer une négligence excusable seulem.ent envers les cas secondaires, cette forme, quand elle est bien instituée, constitue, au contraire, le seul mode d'exposition qui soit vraiment didactique : il convient également à toutes les intelligences. Mais les difficultés propres à la nouvelle élaboration qu'il exige y font justement renoncer pour les communications ordinaires. Il serait puéril de rechercher une telle perfection dans un enseignement qui n'offrirait point un intérêt fondamental. D'un autre côté, cette transformation didactique ne devient réalisable qu'envers des doctrines assez élaborées pour qu'on puisse nettement comparer les diverses manières d'exposer leur ensemble, et prévoir aisément les objections qu'elles devront susciter.

S'il fallait indiquer ici tous les principes généraux qui conviennent à l'art de communiquer, j'y caractériserais encore le perfectionnement relatif au style. Voués surtout à l'expression des sentiments, les poètes reconnurent toujours combien les vers y sont préférables à la prose, pour rendre plus esthétique le langage artificiel, en le rapprochant davantage du langage naturel. Or, les mêmes motifs s'appliqueraient également à la communication des pensées, si l'on y devait attacher autant de prix. La concision du discours et l'assistance des images, double caractère essentiel de la vraie ver-

sification, seraient aussi propres à perfectionner l'exposition que Teffusion. Ainsi, la communication parfaite n'exigerait pas seulement la substitution du dialogue au monologue, mais aussi le remplacement de la prose par les vers. Toutefois, cette seconde amélioration idactique doit être encore plus exceptionnelle que la première, à raison des nouveaux soins qu'elle exige. Elle suppose même une plus grande maturité dans les conceptions correspondantes, non seulement chez l'interprète, mais aussi parmi l'auditoire, dont le travail spontané doit aussitôt combler les lacunes de la concision poétique. C'est pourquoi plusieurs admirables poèmes restent encore écrits en prose, malgré l'imperfection d'une telle forme, alors excusable envers un domaine trop peu familier. Un motif analogue détourna davantage de versifier aucun catéchisme religieux. Mais la réalité et la spontanéité qui distinguent les croyances positives permettront un jour de procurer à leur exposition populaire ce dernier perfectionnement, quand elles commenceront à se répandre assez pour comporter une concision imagée. Ce n'est donc que provisoirement qu'on doit s'y bornera remplacer le monologue par le dialogue.

D'après cette théorie spéciale de la forme didactique, je me suis trouvé conduit, non seulement à justifier Tusage antérieur, mais aussi à l'améliorer, en ce qui concerne l'interlocuteur. L'indétermination totale de Tauditeur rendait essentiellement vague le mode dialogique, ainsi devenu même presque illusoire. Ayant sys- ;tématisé l'institution empirique du dialogue, j'ai bienjtôt senti qu'elle resterait incomplète, et dès lors insuffisante, tant que l'interlocuteur n'y serait pas netitement défini, du moins pour l'auteur. C'est uniquement

i6 PRÉFACE

on se proposant une communication réelle, quoique actuellement idéale, que Ton peut assez développer sous les avantages essentiels d'une telle forme. On institue alors un véritable entretien, au lieu d'un récit dialogué.

En appliquant aussitôt ce principe évident, je devais spontanément choisir Tangélique interlocutrice qui, après une seule année d'influence objective, se trouve, depuis plus de six ans, subjectivement associée à toutes mes pensées comme à tous mes sentiments. C'est par elle que je suis enfin devenu, pour THumanité, un organe vraiment double ', comme quiconque a dignement subi l'ascendant féminin. Sans elle, je n'aurais jamais pu faire activement succéder la carrière de saint Paul à celle d'Arisioie, en fondant la religion universelle sur la saine philosophie, après avoir tiré celle-ci de la science réelle. La constante pureté de notre lien exceptionnel, et même l'admirable supériorité de l'ange méconnu, sont d'ailleurs assez appréciées déjà des âmes d'élite. Quand je révélais, il y a quatre ans, cette incomparable inspiration, en publiant mon Discours sur V ensemble du positivisme^ elle ne pouvait d'abord être jugée que d'après ses résultats intellectuels et moraux, dès lors sensibles aux cœurs sympathiques et aux esprits synthétiques. Mais, Fan dernier, le triple préambule qui distinguera toujours le tome premier de mon Système de politique positive - permit à chacun d'apprécier directement cette éminente nature. Aussi, dans ma ré-

i. Double. Philosophe encyclopédique par Fasceudant de Tcsprit et prêtre par rascendant du cœur.

2. Le préaiiihule du tome I contient un feuilleton de Clotilde^ paru dans le National^ — une lettre de Comte à Clotilde sur la commémoration sociale, — une poésie de Clotilde.

cente publication du second volume de ce même traité, ai-je déjà pu me féliciter ouvertement de la touchante unanimité des sympathies décisives qu'éprouvent les deux sexes envers la nouvelle Béatrice. Ces trois antécédents publics dissipent ici toute hésitation sur ma sainte interlocutrice, assez connue des lecteurs dignement préparés pour que nos entretiens puissent vraiment leur inspirer un intérêt propre et direct.

Une telle catéchumène remplit heureusement toutes les conditions essentielles du meilleur type didactique. Malgré sa supériorité personnelle, M™^ Clotilde de Vaux me fut sitôt ravie ^ qu'elle ne put être suffisamment initiée au positivisme, où tendaient spontanément ses vœux et ses efforts. Avant que la mort brisât irrévocablement cette affectueuse instruction, la douleur et le chagrin l'avaient profondément entravée. En accomplissant aujourd'hui subjectivement la préparation systématique que je pus à peine ébaucher objectivement, Tangélique disciple m'offre donc seulement les dispositions essentielles que présentent aussi la plupart des femmes et même beaucoup de prolétaires. Chez toutes ces âmes que le positivisme n'a point encore atteintes, je suppose uniquement, comme envers mon éternelle compagne, un profond désir de connaître la religion capable de surmonter l'anarchie moderne, et une sincère vénération pour son prêtre. Je dois même préférer des lecteurs qu'aucune culture scolastique ne détourne d'un suffisant accomplissement spontané de ces deux conditions préalables.

Tous ceux qui connaissent mon institution générale des véritables anges-gardiens, assez expliquée déjà

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