‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 38 sur 101 · Sur le sens du mot morale^ voir Jiote^ p · texte numérisé non relu

Sur le sens du mot morale^ voir Jiote^ p

gion sera pleinement appréciée par les femmes, aussitôt qu'elles connaîtront assez ses principaux caractères. Celles même qui regretteraient d'abord des espérances chimériques ne tarderont point à sentir la supériorité morale de notre immortalité subjective, dont la nature est profondément altruiste, sur Tancienne immortalité objective, qui dut toujours être radicalement égoïste. La loi du veuvage éternel, qui caractérise le mariage positiviste, suffirait pour instituer, à cet égard, un contraste décisif.

Afin de mieux incorporer les femmes à la révolution occidentale, il faut concevoir sa dernière phase comme devant leur offrir un profond intérêt spécial, directement relatif à leur propre destinée.

Les quatre grandes classes qui composent le fond de la société moderne * durent subir successivement Tébranlement radical qu'exigeait d'abord sa régénération finale. Il commença, dans le dernier siècle, par Félément intellectuel, instituant enfin une insurrection décisive contre l'ensemble du régime théologique et militaire. L'explosion temporelle qui devait s'ensuivre surgit bientôt d'une bourgeoisie qui, depuis longtemps, aspirait de plus en plus à remplacer la noblesse. Mais la résistance européenne de celle-ci ne put être surmontée qu'en appelant les prolétaires français au secours de leurs nouveaux chefs temporels. Introduit ainsi dans la grande lutte politique, le prolétariat occidental éleva d'irrésistibles prétentions sur sa juste incorporation à Tordre moderne, quand la paix lui permit une suffisante manifestation de ses propres vœux

i. Classe spéculative (prêtres, savants identifiés, dans le positivisme), — les femmes, — les patriciens, — les prolétaires.

Toutefois, cet enchaînement révolutionnaire n'embrasse point encore Télément le plus fondamental du vrai régime humain. La révolution féminine doit maintenant compléter la révolution prolétaire, comme celleci consolida la révolution bourgeoise, émanée d'abord de la révolution philosophique.

C'est seulement alors que l'ébranlement moderne aura vraiment préparé toutes les bases essentielles de la régénération finale. Tant qu'il ne s'étend point jusqu'aux femmes, il ne peut aboutir qu'à prolonger nos déplorables oscillations entre la rétrogradation et l'anarchie. Mais ce complément décisif résulte de l'ensemble des phases antérieures plus naturellement qu'aucune d'elles n'émana de la précédente. Il se lie surtout à la révolution populaire, d'après l'évidente solidarité qui subordonne l'incorporation sociale du prolétariat au digne afTranchissement de la femme envers tout travail extérieur. Sans cette universelle émancipation, complément nécessaire de l'abolition du servage, la famille prolétaire ne saurait être vraiment constituée, puisque l'existence féminine y reste habituellement abandonnée à une horrible alternative entre la misère et la prostitution.

Le meilleur résumé pratique de tout le programme moderne consistera bientôt dans ce principe incontestable : L'homme doit nourrir la femme^ afin qu'elle puisse remplir convenablement sa sainte destination sociale. Ce catéchisme fera, j'espère, apprécier rintime connexité d'une telle condition avec Fensemble de la grande rénovation, non seulement morale, mais aussi mentale, et même matérielle. Sous la sainte réaction de la révolution féminine , la révolution prolétaire se purgera spontanément des dispositions subversives qui la

neutralisent jusqu^ici. Tendant partout à faire juste ment prévaloir Tinfluence morale, le sexe affectif réprouve spécialement les brutalités collectives : ii sup porte encore moins le joug du nombre que celui de la richesse. Mais sa secrète impulsion sociale produira bientôt des modifications aussi précieuses, quoique plus indirectes, envers les deux autres faces de la révolution occidentale. Elle y secondera ravènemeni politique du patriciat industriel et du sacerdoce positif, en les disposant à se dégager irrévocablement des classes hétérogènes et éphémères qui dirigèrent la transition négative. Ainsi complétée et purifiée, la révolution occidentale tendra fermement et systématiquement vers sa paisible terminaison, sous la direction générale des vrais serviteurs de rHumanité. L'impulsion organique et progressive écartera partout les rétrogrades et les anarchistes, en traitant toute prolongation de Tétat théologique ou de Tétat métaphysique comme une infirmité cérébrale qui rend impropre à gouverner.

Telles sont les conditions essentielles qui représentent la composition de ce catéchisme comme pleinement adaptée à sa principale destination, actuelle ou permanente. Quand la religion positive aura suffisamment prévalu, il en deviendra le meilleur résumé usuel. Maintenant il doit servir, à titre d'aperçu général, pour en préparer le libre avènement, par une propagation décisive, qui manquait jusqu'ici, d'un guide systématique.

L'ensemble de cette construction épisodique caractérise, même par sa forme et sa marche, tous les grands attributs, intellectuels et moraux, de la foi nouvelle. On y sentira toujours une digne subordination de la raison

masculine au sentiment féminin, afin que le cœur applique toutes les forces de Tesprit à renseignement le plus difficile et le plus important. Sa réaction finale doit donc faire respecter, et même partager, mon culte intime envers Tange incomparable d'où procèdent à la fois les inspirations principales et leur meilleure exposition. Après de tels services, ma sainte interlocutrice deviendra bientôt chère à toutes les âmes vraiment régénérées. Désormais inséparable de la mienne, sa propre glorification constituera ma plus précieuse récompense. Irrévocablement incorporée au véritable Etre-Suprême, sa tendre image m'en fournit, aux yeux de tous, la meilleure personnification. Dans chacune de mes trois prières quotidiennes, cette double adoration résume tous mes vœux d'intime perfectionnement par l'admirable souhait où le plus sublime des mystiques préparait, à sa manière, la devise morale du positivisme ( Vivre pour autrui) :

Amem te plus quam me, nec me nisi propter te i.

Auguste COMTE,

Fondateur de la Religion de THumanité.

Paris, le 25 Gharlemagne 64 (dimanche 11 juillet 1852).

P. S, Pour augmenter l'utilité de ce Catéchisme, je joins à sa préface une édition améliorée du court Catalogue que je publiai, le 8 octobre 1851, afin de diriger

1. Imitation de Jésus-Christ, livre III, chap. v : « Que je « t'aime plus que moi-même; que je ne m'aime que pour « toi. »

:]2 pnÉFAGE

les bons esprits populaires dans le choix de leurs livres habituels. Un tel office ne pouvait émaner aujourd'hui que du sacerdoce positif, d'après son caractère encj^clopédique, ainsi devenu mieux appréciable. Les ravages intellectuels et moraux qu'exercent partout les lectures désordonnées doivent maintenant indiquer assez l'importance croissante de ce petit travail synthétique. Quoiqu'une telle collection n'ait pas encore été formée, chacun peut déjà réunir aisément, sous un mode quelconque, ses divers éléments.

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