Voir introduction^ p. xxv
sion (le Téducation positive. Vous pourriez déjà constater cette tendance si Tactivité pacifique, encore dépourvue de toute discipline systématique, était autant réglée que la vie guerrière, seule organisée jusqu'ici. Mais les grands résultats moraux obtenus jadis envers' celle-ci, et qui restent même sensibles sous sa dégradation actuelle, indiquent assez ceux que comporte l'autre. Il faut même attendre de l'instinct constructeur des réactions sympathiques plus directes et plus complètes que celles de Tinstinct destructeur.
La Femme. D'après cette dernière indication, je commence, mon père, à saisir Tharmonie générale du positivisme. J'y conçois déjà comment l'activité, naturellement subordonnée à la foi, peut aussi se soumettre à l'amour, qu'elle semble d'abord repousser. Dès lors votre doctrine me paraît enfin remplir toutes les conditions essentielles de la religion^ telle que vous l'avez définie, puisqu'elle convient égalementaux trois grandes parties de notre existence, aimer, penser, agir, qui ne furent jamais autant combinées.
Le Phêtre. Plus vous étudierez la synthèse positive, mieux vous sentirez, ma fille, combien sa réalité la rend plus complète et plus efficace qu'aucune autre. La prépondérance habituelle de l'altruisme sur Tégoïsme, où réside le grand problème humain, y résulte directement d'un concours continu de tous nos travaux, théoriques et pratiques, avec nos meilleures inclinations. Cette vie active, que le catholicisme représentait comme i opposée à notre intime perfectionnement, en devient, pour le positivisme, la principale garantie. Vous concevez maintenant un tel contraste entre deux systèmes dont l'un admet et l'autre nie l'existence naturelle des affections désintéressées. Les besoins corporels, qui
THÉORIE GÉNÉRALE DE LA RELIGION Gl
semblaient devoir nous séparer toujours, peuvent désormais tendre davantage à nous unir que si nous en étions dispensés. Car l'amour se développe mieux d'après des actes que par des vœux; et d'ailleurs, quels souhaits formerait-on envers ceux qui ne manqueraient de rien ? On peut ainsi reconnaître que le type d'existence réelle propre aux positivistes surpasse nécessairement, même quant au sentiment, la vie chimérique promise aux théoiogistes.
La Femme. Afin de compléter cet entretien préliminaire, je vous prie, mon père, de m'expliquer brièvement la division générale de la religion, dont vous m'exposerez ensuite chaque partie essentielle.
Le Prêtre. Cette décomposition résulte, ma fille, d'une juste appréciation de l'existence totale que la religion doit diriger. Le dogme, le culte et le régime concernent respectivement nos pensées, nos sentiments et nos actes. 11 faut commencer l'initiation religieuse par l'élaboration théorique, destinée à nous faire connaître Tordre fondamental et le Grand-Etre qui le modifie. Nous cultivons ensuite les sentiments propres à l'existence qui nous est ainsi prescrite. Enfin nous réglons directement chaque conduite humaine.
Voilà comment la religion positive embrasse à la fois nos trois grandes constructions continues, la philosophie, la poésie, et la politique. Mais la morale y domine toujours, soit le développement de nos connaissances, soit Tessor de nos sentiments, soit le cours de nos actions, de manière à diriger sans cesse notre triple recherche du vrai, du beau, et du bon.