Femmes savantes, Acte I, scène m
2. De même que l'amour de rhumanité n'est que la généralisation des sentiments naturels, la science n'est que la généralisation du bon sens spontané qui a toujours fondé l'action sur les rapports observables.
du vers dogmatique d'après lequel le positivisme caractérise Tensemble de notre existence :
Agir par affection, et penser pour agir*.
Le premier hémistiche correspond à la spontanéité, et le second à la systématisation consécutive. Quelques inconvénients que suscite l'activité irréfléchie, elle seule peut ordinairement fournir les premiers matériaux d'une méditation efficace, qui permettra de mieux agir.
Considérez enfin qu'aucun esprit ne saurait s'abstenir d'une opinion quelconque sur l'ordre universel, soit extérieur, soit humain. Vous savez maintenant que le dogme religieux eut toujours le même objet essentiel, avec cette seule différence générale que la connaissance des lois y remplace désormais la recherche des causes. Or, des hypothèses chimériques envers cellesci ne sauraient vous sembler plus intelligibles que des notions réelles sur celles-là.
Les femmes et les prolétaires, que cette exposition a principalement en vue, ne peuvent ni ne doivent devenir des docteurs, pas plus qu'ils ne le veulent. Mais tous ont besoin de comprendre assez l'esprit et la marche de la doctrine universelle, pour imposer à leurs chefs spirituels une suffisante préparation scientifique et logique, sur laquelle repose nécessairement l'office
1. L'affection est nécessaire à Tintelligence et à l'activité ; «seule « elle fournit aux deux autres une impulsion et une direction « continues, à défaut desquelles leur propre essor se consumerait « bientôt en des contemplations vicieuses, ou du moins oiseuses, « et en une agitation stérile, ou du moins perturbatrice » (PoL Pos.,1, 12).
systématique du sacerdoce. Or, cette discipline intellectuelle est aujourd'hui tellement contraire aux habitudes émanées deTanarchie moderne, qu'elle ne saurait jamais prévaloir si le public des deux sexes ne Timpose point à ceux qui prétendent diriger ses opinions. Cette condition sociale rendra toujours précieuse la propagation générale de l'instruction religieuse, outre sa destination propre pour guider chaque existence, individuelle ou collective. Mais un tel service acquiert maintenant une importance capitale, afin de mettre un terme décisif à Tanarchie occidentale, principalement caractérisée par la révolte intellectuelle. Si ce catéchisme pouvait convaincre les femmes et les prolétaires que leurs prétendus guides spirituels sont radicalement incompétents envers les hautes élaborations qu'on leur confie aveuglément, il contribuerait beaucoup à pacifier l'Occident. Or, cette conviction unanime ne peut résulter aujourd'hui que d'une suffisante appréciation du dogme final, propre à rendre incontestables les conditions générales de sa culture systématique.
Quant aux difficultés que vous redoutez maintenant dans cette étude indispensable, vous faites trop peu de cas, pour les surmonter, de vos excellentes dispositions morales. Aucune académie actuelle n'hésiterait à proclamer doctoralement que l'esprit pense toujours comme si le cœur n'existait pas. Mais les femmes et les prolétaires n'ont jamais méconnu l'intime réaction du sentiment sur l'intelligence, expliquée enfin par la philosophie positive. Votre sexe surtout, dont le doux office involontaire nous transmit, autant que possible, les admirables mœurs du moyen âge à travers Tanar- 1 chie moderne, juge journellement l'hérésie métaphysique qui sépare ces deux grands attributs. Puisque,;
suivant la belle maxime de Vauvenargues*, le cœur est nécessaire aux principales inspirations de Tesprit, il doit aussi servir à comprendre leurs résultats. Cette puissante assistance convient surtout aux conceptions morales et sociales, envers lesquelles l'instinct sympathique peut mieux seconder Tesprit synthétique, dont les plus grands efforts ne sauraient, sans un tel secours, surmonter leurs difficultés. Mais elle peut aussi s'appliquer aux théories inférieures, d'après la connexité nécessaire de toutes nos spéculations réelles.
Des deux conditions fondamentales de la religion, amour et foi, la première doit certainement prévaloir. Car, quoique la foi soit très propre à consolider l'amour, Faction inverse est plus puissante comme plus directe. Non seulement le sentiment préside aux inspirations spontanées qu'exige d'abord toute élaboration systématique : mais il consacre et seconde celle-ci, quand il en a reconnu l'importance. Aucune femme expérimentée n'ignore l'insuffisance trop fréquente des meilleures affections qui ne sont point assistées de convictions inébranlables. Ce mot convaincre suffirait, d'après son origine, pour rappeler l'aptitude des croyances profondes à consolider le dedans en le liant au dehors.
L'insuffisance théorique qui vous effraye ici repose enfin sur la confusion ordinaire entre l'instruction et Fintelligence. Votre admiration familière pour l'incomparable Molière ne vous a point préservée, à cet égard, de l'erreur vulgaire, soigneusement entretenue par nos Trissotins de toutes robes. On devrait pourtant rougir d'être aujourd'hui moins avancé qu'au moyen âge, où tous savaient apprécier le profond mérite intellectuel