‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 46 sur 101 · Saint Paul, Epître aux Romains^ XII · texte numérisé non relu

Saint Paul, Epître aux Romains^ XII

Là Femme. Je ne puis m'empêcher, mon père, d'adînettre cette conception fondamentale, quelques difficultés qu'elle m'offre encore. Mais je m'effraye de ma nullité personnelle envers vne telle existence, dont Timmensité m'efface davantage que ne le fit jadis la majesté d'un Dieu avec lequel, quoique chétive, je me sentais une relation propre et directe. Après m'avoir dominée par la prépondérance croissante du nouvel Être-Suprême, j'ai donc besoin que vous ranimiez en moi le juste sentiment de mon individualité.

Le Prêtre. Cela va résulter, ma fille, d'une appréciation plus complète du dogme positif. Il suffit de reconnaître que, quoique l'ensemble de l'Humanité constitue toujours le principal moteur de nos opérations quelconques, physiques, intellectuelles, ou morales, le Grand-Être ne peut jamais agir que par des organes individuels. C'est pourquoi la population objective» malgré sa subordination croissante envers la population subjective, reste nécessairement indispensable à toute influence de celle-ci. Mais, en décomposant cette participation collective, on la voit finalement résulter d^m libre concours entre des efforts purement personnels ^ Voilà ce qui doit relever chaque digne individualité en présence du nouvel Être-Suprême davantage qu'envers l'ancien. En effet, celui-ci n'avait réellement aucun besoin de nos services quelconques, sinon pour de vains éloges, dont la puérile avidité devait même le dégrader à nos yeux. Rappelez-vous ce vers décisif de Vlmitation :

Je te suis nécessaire, et tu m'es inutile. 1. Voir Introducllon^ p. xviii.

Peu d*hommes, sans doute, sont autorisés à se regarder comme réellement indispensables à TEIumanité : cela ne convient qu'aux vrais promoteurs de nos principaux progrès. Mais toute digne existence humaine peut et doit sentir habituellement Futilité de sa coopération personnelle à cette immense évolution, qui cesserait nécessairement aussitôt que tous ses minimes éléments objectifs auraient à la fois disparu. Le développement, et mêm.e la conservation du Grand-Être restcînt donc subordonnés toujours aux libres services de ses divers enfants, quoique Tinaction de chacun d'eux soit ordinairement susceptible d'une suffisante compensation.

La Femme. Cette explication complémentaire ayant assez dissipé mes premiers embarras, je vous prie de m*exposer maintenant la coordination systématique de l'ensemble du dogme positif aulour d'une telle unité.

Le Phetre. Vous devez, pour cela, renoncer d'abord, ma fille, à toute prétention d'unité absolue, extérieure, en un mot objective ; ce qui vous sera plus facile qu'à nos docteurs. Un tel vœu, compatible avec la recherche des causes, devient contradictoire à l'étude des lois, c'est-à-dire des relations constantes saisies au milieu d'une immense diversité. Celies-ci ne comportent qu'une unité purement relative, humaine, en un mot subjective. En effet, les lois so»t nécessairement multiples, \ d'après l'impossibilité notoire de faire jamais rentrer \ Tun dans l'autre les deux éléments généraux de toutes nos conceptions réelles, le monde et l'homme. Même quand on parviendrait à condenser chacune de ces deux grandes études autour d'une seule loi naturelle, l'unité scientifique resterait interdite par leur inévitable séparation. Quoique le monde suppose l'homme pour être

connu, il pourrait exister sans lui, comme cela survient peut-être chez beaucoup d'astres inhabitables. De même, riiomme dépend du monde, mais il n'en résulte pas. Tous les efforts des matérialistes pour annuler la spontanéité vitale en exagérant la prépondérance des milieux inertes sur les êtres organisés n'ont abouti qu'à discréditer cette recherche, aussi vaine qu'oiseuse, désormais abandonnée aux esprits antiscientifîques.

Mais, en outre, il s'en faut de beaucoup que l'unité objective puisse jamais s'établir dans le domaine intérieur de chaque élément général d'un tel dualisme. Les diverses branches essentielles de l'étude du monde ou de celle de l'homme nous dévoilent une multitude croissante de lois différentes, qui resteront constamment irréductibles entre elles, malgré les frivoles espérances qu'inspira d'abord notre gravitation planétaire^Quoique la plupart soient encore ignorées, et que beaucoup doivent même l'être toujours, nous en avons assez constaté maintenant pour rendre inébranlable le principe londamental du dogme positif, l'assujettissement de î-ous les phénomènes quelconques à des relations inva- •iables. L'ordre résulté partout de l'ensemble des lois 'éelles porte le titre général de destin ou de hasard^ mi vaut qu'elles nous sont connues ou inconnues. Cette listinction conservera toujours une grande importance pratique; puisque l'ignorance de ces lois équivaut, pour iotre conduite, à leur non-existence, en nous interdiivai toute prévision rationnelle, et dès lors toute inter-

i. Pour cette irréductibilité des lois de chaque existence — exis- 3nce astronomique physique, chimique, etc., — il semble que orate Tait d'abord conçue dans le Cours comme relative à DiOtre itelUgence et pouvant être ramenée aune différence de complexité. - Dans la Politique, elle est plutôt donnée comme absolue.

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vention régulière. Ou peut, néanmoins, espérer de trouver, envers chaque cas essentiel, des règles empiriques, qui, malgré leur insuffisance théorique, nous préservent assez d'une activité désordonnée.

Au milieu de cette diversité croissante, le dogme de l'Humanité fournit à l'ensemble de nos conceptions réelles la seule unité qu'elles comportent*, et Tunique lien dont nous avons besoin. Pour en concevoir la nature et la construction, il faut d'abord distinguer trois sortes de lois, physiques, intellectuelles et morales*^. Les premières appartiennent spontanément au sexe actif, et les dernières au sexe affectif, tandis que Tordre intermédiaire constitue le domaine propre du sacerdoce, qui, devant systématiser le concours des deux sexes, participe inégalement à leur double vie. C'est pourquoi les deux études extrêmes furent empiriquement cultivées de tout temps pour les besoins correspondants, mais avec un succès très différent. En effet, les lois physiques étant, au fond, indépendantes des lois morales, les hommes purent y fonder isolément des convictions stables quoique incohérentes. Au contraire, les lois morales se trouvant dépendre nécessairement deî lois physiques, les femmes ne purent y construire aucune doctrine inébranlable, et leurs efforts ne compor tèrent qu'une précieuse réaction affective. La saim culture théorique dut donc surgir de Tordre physique en s'y dégageant assez des spécialités actives. Mais^^

{. Voir Introduction, p. xni.

2. 11 faut éviter en interprétant ces mots de penser à la philo Sophie kantienne. Pour Comte, les lois sont irréductibles, mai elles sont toujours des lois de la nature, c'est-à-dire des rap ports de succession ou de coexistence entre des phénomènes. Le lois morales sont celles qui régissent mes sentiments ; les loi intellectuelles, celles qui régissent rélaboration mentale.

comme le terme nécessaire de nos méditations réelles réside dans Tordre moral, Tunité logique et scientifique ne pouvait s'établir que d'après une suffisante liaison de ces deux domaines extrêmes. Or, ils ne peuvent être réunis que par le domaine intermédiaire, qui se lie naturellement à chacun d'eux. C'est ainsi que la construction d'une véritable unité théorique dépend finalement d'une suffisante élaboration des lois propres à Tenten dément.

La Femmïï. Quoique cette conclusion me semble difficile à trouver, son admission immédiate ne m'offre, mon père, aucun embarras. Mes méditations morales m'ont souvent fait sentir combien la connaissance des lois intellectuelles serait indispensable à leur active consistance ; puisque les règles propres à la fonction appréciatrice se mêlent toujours à celles de chaque fonction appréciée. Toutefois, les hommes doivent moins sentir une telle connexité envers les lois physiques dont ce sexe est surtout préoccupé. Vous pouvez donc procé-' der, sans autre préambule, à l'exposition directe de ces lois mentales, d'où dépend toute unité systématique.

Le Prêtre. Je dois, ma fille, les distinguer d'abord, comme partout ailleurs, en statiques et dynamiques^ suivant qu'elles concernent les dispositions immuables ou les variations essentielles de l'objet correspondant. Ces deux termes connexes sont devenus indispensables ^ à toute exposition sérieuse du positivisme, qui les popularisera bientôt. Ils ne sauraient pourtant inspirer ja-

1. Cette distinction s'impose dans toutes les sciences : En mathématiques, distinction des lois de l'étendue et de celles du mouvement; en biologie, distinction du point de vue anatomique « relatif aux idées d'organisation f, et du point de vue physiologique « relatif aux idées de vie». Voir note, p. 138.

mais à votre sexe Tattrait moral que vous offriront prochainement les qualifications objective et subjective finalement destinées surtout à caractériser les plus douces nuances de nos meilleures émotions. Mais leur usage purement intellectuel ne doit pas les priver du respect que mérite leur utilité théorique. Ces deux couples d'expressions philosophiques sont d'ailleurs les seuls que je me trouve forcé de vous imposer.

D'après la définition précédente, vous concevez aisé- I ment que, envers un domaine quelconque, Tétude statique précède nécessairement Tétude dynamique, qui ne saurait jamais surgir sans une telle préparation. Il faut, en effet, avoir déterminé les conditions fondamentales de chaque existence avant d'apprécier ses divers.,! états successifs. Les anciens, qui voyaient partout Timmobilité, furent profondément étrangers à toute conception dynamique, même en mathématique. Au contraire, le prince éternel des vrais philosophes, Tincomparable ' Aristote, posa déjà toutes les bases essentielles des plus hautes études statiques, sur la vie, Tintelligence, et la société. Mais, suivant cette marche nécessaire, le complément dynamique devient partout indispensable. Sans lui, l'appréciation statique reste toujours provisoire, de manière à ne pouvoir assez guider la pratique, qu'elle entraînerait isolément à de graves erreurs, surtout envers les cas principaux.

La loi statique de notre entendement devient, pour le positivisme, une simple application du principe fondamental qui partout subordonne l'homme au monde. Elle consiste, en effet, dans la subordination continue de nos constructions subjectives à nos matériaux objectifs. Le génie d'Aristote en ébaucha la notion générale par cet admirable aperçu : Il ny a rien dans Ven-

tendement qui fiait d'abord ëmanëdêla sensation. Mais, niodernes ayant souvent abusé d'un tel axiome pour résenter notre intelligence comme purement pas- ^, le grand Leibnitz fut obligé d'y joindre une restriction essentielle, destinée à formuler la spontanéité de nos dispositions mentales ^ Cette explication, qui se bornait réellement à mieux développer la maxime d'Aristote, fut complétée par Kant, d'après son immortelle i distinction entre les deux réalités, objective et subjective, de chaque conception humaine. Néanmoins, ce principe ne fut vraiment systématisé que quand le positivisme le rattacha convenablement à la loi générale qui, dans tous les phénomènes vitaux, place tout organisme sous la dépendance continue du milieu correspondant. Pour nos plus hautes fonctions spirituelles, comme envers nos actes les plus matériels, le monde extérieur nous sert à la fois d'aliment, de stimulant, et de régulateur. Tandis que la subordination du subjectif à l'objectif cessait ainsi d'être isolée, elle recevait aussi, de la philosophie positive, son complément indispensable,

1. Comte n'est pas sensualiste à la façon des idéologues. Selon

lui, le raisonnement intervient « même dans les opérations

« attribuées à la seule sensation », à plus forte raison « dans la

« mémoire et ^imagination ». {Pol. Pos., I, 713.) {Cf. note sm^

< Kant, p. 5).

j Au fond, Comte se rapproche des grands philosophes rationa- 1 listes par la reconnaissance de lois irréductibles présidant à ! l'élaboration mentale. Il eu diffère en ce qu'il se borne à consitater ces lois dans « le sujet universel » comme on constate des i lois de la nature physique.

! En ce qui concerne les lois statiques, il se place au point de

! vue strictement positif et scientifique. Il prend le milieu et le

cerveau tels qu'ils sont donnés et considère la conni^issance

comme un fonctionnement du cerveau à l'égard du milieu. — Il

! n'a aucune idée du problème critique, tel que la philosophie se U

pose depuis Descartes [Cï. Introduction, p. xi).

sans lequel Tétude statique de rintelligence n'aurait pn se lier assez à l'étude dynamique. 11 consiste à recoi naître que, dans Tétat normal, les images subjective sont toujours moins vives et moins nettes que les iu. pressions objectives d'où elles émanent. S'il en était autrement, le dehors ne pourrait jamais régler le dedans.

D'après ce double principe statique, nos conceptions quelconques résultent nécessairement d'un commerce continu entre le monde qui en fournit la matière et riiomme qui en détermine la forme. Elles sont profondément relatives, à la fois au sujet et à l'objet, dont les variations respectives les modifient nécessairement. Notre principal mérite théorique consiste à perfectionner assez cette subordination naturelle de l'homme au monde, pour que notre cerveau devienne le fidèle miroir de Tordre extérieur, dont les résultats futurs peuvent dès lors être prévus d'après nos opérations intérieures. Mais cette représentation ne comporte ni n'exige une exactitude absolue. Son degré d'approximation se trouve réglé par nos besoins pratiques, qui mesurent la précision convenable à nos prévisions théoriques. Cette limite nécessaire laisse ordinairement à notre intelligence une certaine liberté spéculative, dont elle doit user pour mieux satisfaire ses propres inclinations, soit scientifiques, soit même esthétiques, en rendant nos conceptions plus régulières, et même plus belles, sans être moins vraieSi Tel est, mentalement, le positivisme, qui, poursuivant toujours l'étude des lois, chemine sans cesse entre deux voies également dangereuses, le mysticisme qui veut pénétrer jusqu'aux causes, et l'empirisme qui se borne aux faits.

La Femme. Cette théorie statique de notre inteîli-

gence me semble laisser, mon père, une grave lacune, en ce qu'elle paraît concerner seulement Tétat de raison proprement dit, sans pouvoir s'étendre jusqu'à la folie, qu'elle devrait pourtant expliquer aussi. La vie réelle offre journellement tant de nuances iiiterm.édiaires entre ces deux situations mentales que tous ces cas doivent suivre les mêmes lois essentielles, avec de simples différences de degré, comme envers nos fonctions corporelles.

Le Prétke. Il vous suffira, ma fille, de considérer plus attentivement la doctrine précédente pour reconnaître qu'elle contient, en effet, la vraie théorie de la folie et de Tidiotisme. Ces deux états opposés constituent les deux extrêmes de la proportion normale que l'état de raison exige entre les impulsions objectives et les inspirations subjectives. L'idiotisme consiste dans l'excès d'objectivité, quand notre cerveau devient trop passif; et la folie proprement dite dans l'excès de subjectivité, d'après l'activité démesurée de cet appareil. Mais le degré moyen, qui constitue la raison, suit lui-même les variations régulières qu'éprouve toute l'existence humaine, tant sociale que personnelle. L'appréciation de la folie devient ainsi d'autant plus délicate qu'il y faut avoir égard aux temps et aux lieux, en général aux situations, comme le fait si bien sentir l'admirable composition du grand Cervantes. C'est le cas où l'on saisit le mieux combien l'étude statique de l'intelligence demeure insuffisante sans son complément dynamique.

La Femme. D'après cette réflexion frappante, je voudrais, mon père, si vous le jugez convenable, commencer déjà cette appréciation complémentaire, qui peut seule permettre à mes propres méditations de

concevoir enfin l'ensemble de ce grand spectacle. Les variations quelconques des opinions humaines ne sauraient jamais devenir purement arbitraires, quoique je ne puisse démêler aucunement leur marche générale.

Lb Prêtre. Elle consiste, ma fille, dans le passage nécessaire de toute conception théorique par trois états successifs : le premier théologique, ou fictif^ ; le second métaphysique, ou abstrait; le troisième, positif, ou réel. Le premier est toujours provisoire, le second purement transitoire, et le troisième seul définitif. Ce dernier diffère surtout des deux autres par sa substitution caractéristique du relatif à l'absolu, quand l'étude des lois remplace enfin la recherche des causes. Entre les deux premiers, il n'existe, au fond, d'autre différence théorique que ]a réduction des divinités primitives à de simples entités. Mais une telle transformation enlevant aux fictions surnaturelles toute forte consistance, surtout sociale, et même mentale, la métaphysique reste toujours un pur dissolvant de la théologie, sans pouvoir jamais organiser son propre domaine. Aussi cette doctrine de révolte et de modification ne comporte-t-elle, dans notre évolution originale, individuelle ou collective, aucune autre efficacité que de permettre la transition graduelle du théologisme au positivisme. Elle s'adapte d'autant mieux à cet office passager que ses conceptions équivoques peuvent alternativement devenir, ou des représentations abstraites des agents surnaturels, ou des qualifications générales des phénomènes correspondants, suivant qu'on est plus près de l'état fictif ou de l'état réel.

La Femme. Quoique cette loi dynamique se trouve

1 . Au sujet de la loi des trois états, voir Introduction, p. xi et xii.

assez confirmée déjà par ma propre expérience^ je désire, mon père, saisir, autant que possible, le principe intellectuel d'une telle évolution.

Le Prêtre. Il résulte, ma fille, de la loi statique qui nous force à tirer de nous-mêmes les liens subjectifs de nos impressions objectives, lesquelles, sans cela, resteraient toujours incohérentes. Les vraies relations ne pouvant jamais être aperçues que d'après une analyse difficile et graduelle, que je vais vous expliquer, nos premières hypothèses furent purement spontanées, et dès lors fictives. Mais cette disposition générale, qui constituerait maintenant un excès de subjectivité, se trouvait d'abord conforme à notre situation mentale, où l'évolution ne pouvait surgir que d'une telle initiative. Une longue épreuve, encore insuffisante aujourd'hui pour les esprits arriérés, devait seule nous dévoiler l'inanité nécessaire de la recherche des causes. Or, ce vain problème nous présenta longtemps un attrait invincible, à la fois théorique et pratique, en nous promettant de procéder toujours par déduction sans exiger aucune induction spéciale, et de modifier le monde à notre gré. Ainsi, le double motif qui poussa les penseurs primitifs coïncide essentiellement avec celui qui dirigera toujours nos efforts intellectuels. Il en est de même, au fond, pour le principe logique de ce régime initial. Car toute la saine logique est réductible à cette seule règle : former toujours la plus simple hypothèse compatible avec l'ensemble des renseignements obtenus. Or, les penseurs théologistes, et même fétichistes, l'appliquèrent mieux que la plupart des docteurs modernes. Se proposant de pénétrer les causes, ils se bornèrent à expliquer le monde par l'homme, seule source possible de toute unité théorique, en attri-

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buant tous les phénomènes à des volontés surhumaines d'ailleurs intérieures ou extérieures. Un tel problème ne comporte, par sa nature, aucune autre solution, très supérieure aux ténébreuses fictions de nos athées ou panthéistes, dont l'état mental touche davantage à la folie que la naïve situation des vrais fétichistes. Cette supériorité se manifeste surtout d'après les résultats respectifs. Tandis que Tontologie germanique rétrograde aujourd'hui vers sa source grecque, sans inspirer aucune pensée réelle et durable, la théologie primitive ouvrit à Tesprit humain la seule issue que comportât notre situation initiale. Quoiqu'elle ne pût jamais nous conduire à la détermination des causes, la liaison provisoire qu'elle établit entre les faits nous amena spontanément à la découverte des lois.

D'abord jugée purement secondaire, cette dernier étude tendit bientôt à devenir principale, sous l'impul sion pratique qui la représentait comme mieux adaptée aux prévisions qu'exige notre activité. Au fond, les bons esprits n'ont jamais cherché la cause qu'autant qu'ils ne pouvaient trouver la loi ; et leur conduite reste alors irréprochable, comme plus propre qu'aucune torpeur théorique à préparer cette acquisition finale. Notre intelligence éprouve même une telle prédilection pour les conceptions positives, surtout d'après leur supériorité pratique, qu'elle s'efforça souvent de les substituer aux fictions théologiques longtemps avant que les préparations convenables fussent assez accomplies. La fin de l'évolution mentale est donc encore moins douteuse que son début.

La Femme. Cette explication de votre Loi des trois états me laisse, mon père, beaucoup de nuages, envers les cas fréquents où l'esprit humain me semble à la

fois théologique, métaphysique, et positif, suivant les questions dont il s'occupe. Si cette coexistence restait inexpliquée, elle compromettrait directement votre règle dynamique, qui pourtant me paraît incontestable. Délivrez-moi, je vous prie, d'une telle perplexité.

Le Prêtre. Elle disparaîtra, ma fiile, quand vous remarquerez Tordre constant qui préside à la marche simultanée de nos diverses conceptions théoriques, suivant la généralité décroissante et la complication croissante des phénomènes correspondants ^ De là résulte une loi complémentaire, sans laquelle l'étude dynamique de l'entendement humain resterait obscure, et même presque inapplicable. Vous comprenez aisément, que, des phénomènes plus généraux étant nécessairement plus simples, les spéculations correspondantes doivent être plus faciles et présentent dès lors un essor plus rapide. Cette gradation qui se vérifie même envers les diverses phasesthéologiques, convient surtout à l'état positif, d'après les laborieuses préparations qu'il exige. Voilà comment certaines théories restent métaphysiques, tandis que d'autres plussimples sont déjà devenues positives, quoique de plus compliquées demeurent encore théologiques. Mais jamais on n'observe l'inverse ; ce qui suffît pour dissiper pleinement l'objection tirée de cette diversité simultanée.

L'ordre naturel que je viens de vous indiquer entre nos différentes conceptions, et d'où je vais tirer la véritable échelle encyclopédique, permet seul de comprendre assez leur marche générale. Il fonde la logique

l.Le développement chronologique de nos connaissances positives correspond à l'ordre de complexité croissante des phénomènes.

positive, en dévoilant suivant quel enchaînement nos diverses études théoriques doivent se succéder pour aboutir à des constructions durables. Quoique chaque classe de phénomènes ait toujours ses lois propres, qui supposent des inductions spéciales, celles-ci ne sauraient presque jamais devenir efficaces sans les déductions fournies par la connaissance préalable des lois plus simples. Cette subordination subjective résulte de la dépendance objective des phénomènes moins généraux envers tous ceux qui le sont davantage. Ainsi Tordre continu de nos études, s'élevant toujours du monde à Thomme, n'est pas seulement motivé d'après la préparation logique que comportent mieux les spéculations plus simples, il repose aussi sur la dépendance scientifique des théories supérieures envers les inférieures, d'après la subordination des phénomènes respectifs.

La Femme. Vous m'avez, mon père, assez expliqué maintenant les lois intellectuelles, tant dynamiques que statiques; mais je n'en vois pas encore émaner la construction fondamentale que j'en attendais d'abord envers l'ensemble du dogme positif. J'ai donc besoin de comprendre directement comment le principe universel de l'Humanité peut enfin instituer, d'après ces lois, une véritable unité spéculative, en liant les lois morales ^ aux lois physiques.

Le Prêtre. Ce juste vœu sera satisfait, ma fille, en^ considérant sous un nouvel aspect général la loi complémentaire qne je viens d'assigner au mouvement in-j tellectuel. Ainsi conçue, elle est surtout subjective, comme devait l'être celle qu'elle assiste. Mais vous savez aussi que ce classement comporte directement une signification objective, en réglant la dépendance

générale des divers phénomènes. Dans cette nouvelle appréciation, sa destination devient surtout statique^, pour caractériser, non la coexistence de nos différents progrès théoriques, mais Tordre fondamental qui domine Tensemble des événements quelconques. La loi de classement se trouve pleinement distincte alors de la loi de filiation, quoique leur intime connexité explique assez la simultanéité de leur découverte.

Avant de vous exposer cette grande hiérarchie théorique, je dois assez circonscrire son champ général. Cela résulte, au fond, de la vraie distinction philosophique entre la spéculation et Faction. Tandis que la pratique reste nécessairement spéciale, la véritable théorie est toujours générale. Mais sa généralité caractéristique ne s'acquiert jamais qu'à Taide d'une abstraction préalable, qui altère plus ou moins la réalité de ses conceptions. Quels que soient les dangers pratiques d'une telle altération, il faut s'y résigner pour obtenir la cohérence que peut seule procurer une entière universalité des lois théoriques. La sagesse vulgaire proclame justement que toute règle comporte des exceptions. Pourtant, notre intelligence a partout besoin de trouver enfin des règles qui ne soient jamais en défaut, afin d'éviter une fluctuation indéfinie.

On ne peut y parvenir qu'en décomposant, autant que possible, l'étude des êtres, seule directe ordinairement, dans celle des divers événements généraux qui composent l'existence de chacun d'eux. Nous obtenons ainsi des lois abstraites dont les différentes combinaisons expliquent ensuite chaque économie concrète.

1. C'est-à-dire que Tordre chronologique de développement des sciences correspond à leur ordre de dépendance objective.

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Quoique trè'S multipliées en elles-mêmes, ces lois irréduclibles, sur lesquelles repose toute notre sagesse Ihéoiique, sont beaucoup moins nombreuses que les règles particulières qu'elles dominent. Ces dernières, outre leur nombre, résisteront toujours, en vertu de leur complication naturelle, à nos meilleurs efforts, tant inductifs que déductifs. Mais aus^i leur connaissance nous serait essentiellement inutile, sauf les rares influences qui réellement affectent nos destinées. Pour ces cas exceptionnels, le génie pratique, devenu seul compétent, peut toujours trouver des règles empiriques quisuflisentà notre conduite, en s'aidant avec sagesse des indications générales émanées du génie théorique. Car la régularité des événements composés, quoique moins appréciable que celle de leurs éléments généraux, en résulte nécessairement, de manière à pouvoir se manifester d'après une observation spéciale assez prolongée ^

Nous ne connaîtrons jamais, par exemple, les lois générales des variations propres à la constitution nor

1. Les mots concret et abstrait ont un sens très défiai dans comtisme. Le concrel ce sont les êtres. Or, les êtres sont 0 combinaisons plus ou moins stables de faits ou événements. î. sciences abstraites considèrent les diverses catégories d'évér: ments et dégagent les lois ultimes qui les régissent.

Ces lois ultimes fondent les innombrables lois concrètes c ce sens que celles-ci ne sont que celles-là se combinant de diverses façons suivant les circonstances. Mais jamais notre science n'arrivera à retrouver les lois ultimes dans les lois pari; culières. Seulement, quand il faut agir en vue d'une fin donné le génie pratique trouve empiriquement des règles grossier ment approximatives.

11 est important de remarquer que cette indépendance forcée de l'art à l'égard de la science est un des fondements de la distinction qu'il convient de faire dans le régime entre le sacerdoce et les patriciens, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.

maie de ratmospbère terrestre. Toutefois les navigateurs et les agriculteurs savent tirer, de leurs observations locales ou tennporaires, des règles particulières qui, quoique empiriques, nous dispensent essentiellement de la prétendue météorologie. Il en est ainsi pour toutes les autres études concrètes, géologiques, zoolo- Igiques, et même sociologiques. Tout ce que le génie pratique n'y peut réellement aborder demeurera toujours oiseux. La véritable science reste donc nécessairement abstraite. Ses lois générales envers les catégories peu nombreuses qui comprennent tous les phénomènes observables suffisent pour démontrer toujours l'existence des lois concrètes, quoique la plupart de celles-ci ne puissent ni ne doivent être jamais connues, sauf les cas pratiques.

La Femme. J'entrevois, mon père, la profonde simplification que doit éprouver votre construction philosophique d'après cette analyse fondamentale qui ramène l'étude des êtres à celle des événements. Mais je suis effrayée de l'abstraction habituelle qu'exige un tel régime scientifique, quoique je sois heureusement dispensée d'y participer. Son institution me paraît même au-dessus de nos forces intellectuelles, si tous les ordres de phénomènes doivent être directement étudiés chez le Grand-Etre qui seul nous en offre l'ensemble.

Le Prêtre. Pour vous rassurer, ma fille, il suffit de considérer sous un nouvel aspect le principe général de la hiérarchie abstraite. Quoiqu'il n'institue directement que la subordination des événements, il doit aussi conduire indirectement à celle des êtres. Car les phénomènes ne sont plus généraux qu'autant qu'ils appartiennent à de plus nombreuses existences. Les plus simples de tous, quoique répandus partout, doivent

donc se trouver chez des êtres qui ne nous en offrent^ pas d'autres *, et où leur étude propre devient dès lors • mieux accessible. A la vérité, le second degré théo-j rique sera toujours réuni nécessairement au premier; c'est surtout cela, plus que la nature même des phénomènes, qui constitue Taccroissement de complication. Mais, quelles que soient ces accumulations successives, chaque nouvelle catégorie d'événements pourra s'étudier sur des êtres indépendants des suivantes, quoique soumis aux précédentes, dont l'appréciation préalable permettra de concentrer Tattention vers la classe introduite. Quand même les êtres ne seraient pas toujours distincts, la méthode positive conservera sa principale efficacité s'ils présentent des états différents, ce qui ne saurait manquer jamais, d'après la nature d'un tel classement. Ainsi, la hiérarchie théorique que je vais; vous exposer, quoique d'abord destinée à fournir seu-l lement une échelle des phénomènes, constitue néces-l sairement la véritable échelle des êtres, ou du moins»! des existences. Elle devient alternativement abstraite ou concrète, suivant que sa destination est subjective ou objective^. C'est pourquoi la subordination encyclopédique des arts coïncide essentiellement avec celle des!!| sciences^.

1. Par exemple les astres, tels du moins que nous les pouvons | connaître, sont exclusivement caractérisés par des phénomènes j mathématiques. Ils ne sont que <^ ïexistence mathématique » (Voir infra, p. 119).

2. Elle est abstraite si on a en vue Tétude de l'humanité parce \ que rhumanité comprend en elle toutes les catégories de phé- ii nomènes. Elle est concrète si on considère les êtres caractérisés par chaque catégorie de phénomènes.

3. Parce que les arts visent à agir sur les êtres, mais en vue deS| fins de l'humanité. '!

La Femmb. Avant qoe vous procédiez, mon père, à cette exposition hiérarchique, dont je commence à saisir le principe général, je vous prie de m'expliquer directement la marche qu'il y faut suivre. Pour cimenter Tunion fondamentale entre le monde et Thomme, elle semble pouvoir également partir de chacun d'eux en tendant vers l'autre. Son usage habituel me paraît même exiger qu'elle puisse, comme toute autre échelle, devenir indifféremment ascendante ou descendante. Mais j'ignore si cette double voie convient à sa construction.

Le Prêtre. Le concours normal de ces deux méthodes, l'une objective, l'autre subjective, est aussi nécessaire, ma fille, à la formation qu'à l'application de la hiérarchie théorique ^ Son élaboration spontanée dépendit de la première; mais son institution systématique exigea la seconde. Chaque initiation individuelle doit ici, comme en tout autre cas important, représenter essentiellement l'évolution collective, sauf que désormais on fera sciemment ce qui jadis s'accomplit aveuglément. La combinaison de ces deux marches permet seule de réunir leurs avantages en neutralisant leurs dangers. Monter du monde à l'homme sans être d'abord descendu de l'homme au monde expose à trop étendre les études inférieures, en perdant de vue leur vraie destination théorique, de manière à consumer nos efforts scientifiques sur des puérilités académiques aussi contraires à l'esprit qu'au cœur. La liaison et la dignité sont alors sacrifiées à la réalité et à la netteté. C'est pourtant ainsi que dut procéder la positivité abstraite, pendant le long préambule scientifique qui s'é-

1. Sur les méthodes objectives et subjectives et sur leur rapport, voir Introdxiction^ p. vm-xvi).

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tend de Thaïes et Pythagore jusqu'à Bichat et Gall, afin d'élaborer les matériaux successifs de la systématisation tinale. Les besoins supérieurs de notre intelligence ne furent alors satisfaits imparfaitement que] d'après la tutelle hétérogène qu'exerçait encore Tespiil thtologico-métaphysique. Mais, aujourd'hui que le principe universel de la synthèse définitive se trouve irrévocablement posé d'après cette immense préparation, la méthode subjective, devenue enfin aussi positive que la méthode objective, doit prendre directement Tinitiative encyclopédique. Elle seule peut instituer convenablement la construction que l'autre pourra dès lors élaborer dignement. Cette règle convient autant à chaque grande recherche scientifique qu'à Tensemble du système théorique.

La Femme. Me voilà donc prête, mon père, à bien suivre la consécration religieuse que le dogme de rilumanité procure successivement à toutes les parties essentielles de la science abstraite, en consolidant les plus éminentes et ennoblissant les plus inférieures par cette universelle connexité.

Le Prêtre. Pour mieux caractériser une telle synthèse, vous devez, ma fille, rappeler d'abord le but continu de la vie humaine, la conservation et le perfectionnement du Grand-Etre, qu'il faut à la fois connaître, aimer, et servir. Chacun accomplit spontanément ce triple office, que la religion systématise par le le dogme, culte, et le régime. Quoique la construction philosophique doive alors précéder les deux autres, elle n'est, au fond, destinée qu'à les consolider et lesdévelopper. En elle-même, l'étude directe de l'Huma-i nité peut autant dégénérer que les sciences inférieures, si l'on oublie qu'il ne faut connaître le Grand-Etre quef

pour Faimer davantage et le mieux servir. Quand la préoccupation du moyen fait méconnaître ou négliger le but, Tessor systématique devient, au fond, moins recommandable que la spontanéité vulgaire.

Vous concevez ainsi pourquoi je place au sommet de Téchelle encyclopédique la Morale, ou la science de l'homme individuel. Puisque le Grand-Être ne fonctionne jamais que par des organes finalement personnels, il faut d'abord étudier surtout ceux-ci, pour qu'il en soit convenablement servi pendant leur existence objective, d'où dépendra leur influence subjective. C'est ainsi que le positivisr^e consolide irrévocablement le précepte fondamental de la théocratie initiale : Connais-toi, pour f améliorer. Le principe intellectuel y concourt avec le motif social. En efl'et, la plus utile de toutes les sciences en est aussi la plus complète, ou plutôt la seule complète; puisque ses phénomènes comprennent subjectivement tous les autres, quoiqu'ils leur soient, par cela même, objectivement subordonnés. Le principe fondamental de la hiérarchie théorique fait

1. Dans le Cours la sociologie était la science dernière. C'est à

artir de 1848, dans le Discours sur l'ensemble du Positivisme,

ue Comte sépare la morale de la sociologie. La morale est,

our lui, la science de l'individu et elle fonde l'art de la vie,

jc'est-à-dire la morale au sens vulgaire du mot. Elle est la seule

science où l'objet de l'étude, c'est-à-dire l'homme, soit en même

lemps la fin de l'action.

; Des considérations importantes amenèrent cette modification, p'abord il avait cru que l'individu s'explique par la sociologie, [laquelle il est vrai dépend de la biologie. Mais il dut reconhiaître que Tindividu s'explique aussi en partie par des particulajrités organiques qui le distinguent des autres et que la sociologie, par cela même, néglige.

La morale ne dépend donc pas exclusivement de la socio- 'Ogie et indirectement seulement de la biologie ; elle dépend aussi \;îlrecie7neni de la biologie et de la médecine.

donc prévaloir direclement le point de vue mora comme le plus compliqué et le plus spécial.

Mais là cesse nécessairement la conformité philoso- 1 phique entre le positivisme et le théologîsme. Celui-ci toujours préoccupé des causes, livrait immédiatemen les études morales aux principes surnaturels d'aprèîl lesquels il expliquait tout. Suscitant ainsi des observa- ' tions purement intérieures, il consacrait la personnalitc d'une existence qui^ liant directement chacun à une puissance infinie, Tisolait profondément de THumanité Au contraire, le positivisme, ne cherchant jamais qm la loi pour mieux diriger l'activité, toujours essentiellement sociale, fait reposer la science morale sur Tobservation des autres beaucoup plus que de soi-même, afin d'établir des notions à la fois réelles et utiles. Or. sent alors l'impossibilité d'aborder convenablement ' une telle étude sans avoir d'abord apprécié la société. A tous égards, chacun dépend sans cesse de l'Humanité, surtout quant à nos plus nobles fonctions, toujours subordonnées aux temps et aux lieux où nous vivons, comme vous le rappellent ces beaux vers de Zaïre :

J'eusse été, près du Gange, esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux.

Voilà comment la morale, conçue comme notre prin-' cipale science, institue d'abord la Sociologie, dont les/ phénomènes sont à la fois plus simples et plus généraux, suivant l'esprit de toute la hiérarchie positive.

La Femmk. Laissez-moi, mon père ^ vous retenir uni moment sur ce premier pas, afin d'y résoudre la con-^' tradiction qu'il me semble offrir entre ces deux condi-i'

Lions de votre classement. Caria complication me paraît ici croître, par exception, avec la généralité. J'ai toujours jugé le point de vue moral plus simple que le point de vue social.

Le Prêtre. Cela ne tient, ma fille, qu'à ce que vous jivez jusqu'ici procédé plutôt par sentiment que pa r ^aison; la morale devant être davantage un art qu'une science pour votre sexe. S'il fallait comparer la multiplicité des cas, celle des individus vous paraîtrait supérieure à celle qui vous préoccupe entre les peuples. ^ais en se bornant à la propre complication, vous mbliez que la science morale, outre toutes les influences Jue considère la science sociale, doit apprécier aussi les impulsions que celle-ci peut écarter comme presque psensiblgs. Ce sont les intimes réactions qui s'exercent pujours, suivant deslois trop peu connues encore, entre e physique et le moral de l'homme. Malgré leur gr ande ffîcacité personnelle, la sociologie n'en tient pas un ompte spécial, parce que leurs résultats, opposés chez 3S divers individus, se détruisent essentiellemejnt enjers les peuples. Au contraire, toute appréciation mo- ^le qui les négligerait nous exposerait aux plus graves ;iéprises, en attribuant à l'âme ce qui provient du prps, ou réciproquement, comme vous le voyez jourellement.

La Femme. Je comprends ainsi, mon père, ce qui m'a ^t suspendre au début de votre enchaînement hiérarliique, que je vous prie maintenant de poursuivre jusu'au bout, sans craindre aucune interruption nouelle, qui m'empêcherait de saisir assez la filiation énérale.

Le Prêtre. Votre objection, d'ailleurs très naturelle, ^rt ici, ma fille, à mieux marquer notre premier pas

90 GATKCHISME POSITIVISTE

encyclopédique, type nécessaire de tous les autres, qu dès lors s'accompliront plus rapidement, comme enveni une échelle quelconque. J'espère que vous descendre: sans efforts de chaque science à la suivante, sous h | môme impulsion qui vient de vous conduire de la mo ! raie à la sociologie, en consultant toujours la subordi nation naturelle des phénomènes correspondants.

Ce principe fondamental vous fait d'abord sentir qm Tétude systématique de la société exige la connaissance préalable des lois générales de la vie. En effet, ler peuples étant des êtres éminemment vivants, Tordrr vital domine nécessairement Tordre social, dont Téta statique et Tessor dynamique se trouveraient profondé ment altérés si notre constitution cérébrale, ou mêmri corporelle, changeait notablement. Ici, le double accrois jj sèment de généralité et de simplicité devient pleine)! ment irrécusable. C'estainsi que la sociologie, institué<| d'abord par la morale, institue, à son tour, la Biologieh qui d'ailleurs présente aussi des relations directea avec la science principale ^ . Ne devant étudier la vie qu* dans ce qu'elle offre de commun à tous les êtres qui ei^ jouissent, les animaux et les végétaux forment son doi maine propre, quoiqu'elle soit finalement destinée i l'homme, dont elle ne peut qu'ébaucher grossièremeni la véritable étude. Ainsi conçue, elle apprécie judicieux! sèment les fonctions corporelles d'après les existencefl où elles se trouvent spontanément dégagées de touti complication supérieure. Quand cette institution logiqui l'expose à la dégénération académique en insistant trof sur des êtres ou des actes insignifiants, la disciplina philosophique doit la ramener au régime normal, san||

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