‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 49 sur 101 · TROISIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TROISIÈME ENTRETIEN

La Femme. En étudiant le tableau qui résume notre entretien fondamental, je comprends, mon père, la nécessité des deux autres conférences que vous m'avez finalement promises sur le dogme positif. Mon cœur devait d'abord me pousser à sentir le besoin de chaque phase encyclopédique pour la systématisation morale à laquelle est surtout destinée cette imrr ense construction théorique. Il faut maintenant que mon esprit reconnaisse comment se succèdent les divers étages de cet édifice abstrait, depuis la base jusqu'au sommet, sans toutefois pénétrer dans leur intérieur. Cette ascension systématique devient le complément indispensable de la descente fondamentale que vous m'avez fait accomplir. Si l'esprit humain peut, en effet, monter, suivant une progression presque insensible, des moindres notions mathématiques jusqu'aux plus sublimes conceptions morales, ce sera pour moi le plus admirable de tous les spectacles. Quoique mon sexe ne puisse jamais suivre les détails d'une telle filiation, il en doit comprendre aujourd'hui la possibilité générale, afin de s'assurer que la morale systématique comporte ainsi des fondements vraiment inébranlables.

Alors l'opinion féminine flétrira, comme vous le désirez,] les sophistes anarchiques qui, après Tirrévocable décadence de la foi théologique, s'opposent à ravènement ! de la foi positive, pour prolonger indéfiniment un interrègne religieux qui favorise leur indignité et leur incapacité. Ne craignez donc pas d'arrêter d'abord mouj attention sur le degré mathématique, où réside, selon i vous, la seule base solide de l'ensemble des théories réelles. L'aversion prononcée que cette étude inspire en tous nos brouillons métaphysiques me dispose à pressentir l'efficacité organique que vous lui attribuez.

Le Prêtre. Pour concevoir nettement cette base logique et scientifique de tout l'édifice abstrait, il vous suffit, ma fille, de bien apprécier le domaine général! que lui assigne notre tableau encyclopédique. La mathématique étudie directement l'existence universelle, réduite à ses phénomènes les plus simples, et par con-|i séquent les plus grossiers, sur lesquels reposentlj nécessairement tous les autres attributs réels. Ces propriétés fondamentales d'un être quelconque sont le nombre, l'étendue, et le mouvement. Tout ce qui ne^ comporte pas cette triple appréciation ne peut exister!^ que dans notre entendement. Mais la nature nous montre beaucoup d'êtres chez lesquels nous ne pouvons connaître que ces attributs élémentaires. Tels sont surtout les astres, qui, ne nous étant accessibles que par une lointaine exploration visuelle, ne comportent! réellement que cette étude mathématique, pleinement|; suffisante d'ailleurs pour régler convenablement nas| vraies relations avec eux. Aussi l'astronomie nous offrira-t-elle toujours l'application la plus directe et la plus complète de la science mathématique. Néanmoins, i si les lois générales du nombre, de l'étendue, et du

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mouvement n'avaient pu s'étudier que dans ces cas célestes, elles nous auraient toujours échappé, malgré leur extrême simplicité. Mais comme elles se retrouvent partout, on a pu les découvrir d'après des cas mieux accessibles, après avoir écarté, par des abstractions spontanées, les autres attributs matériels qui compliquaient alors leur appréciation.

Remarquez déjà comment notre principe hiérarchique préside à la vraie distribution intérieurede chaque grande science, aussi naturellement qu'à la coordination générale des théories réelles. Car, ces trois éléments irréductibles de la mathématique, calcul, géométrie, et mécanique, constituent une progression, à la fois historique et dogmatique, essentiellement analogue à celles que vous offre plus sensiblement l'ensemble du systèipe abstrait. Les idées de nombre sont certainement plus universelles et plus simples que celles même d'étendue, qui, à leur tour, précèdent, à pareils titres, celles de mouvement.

Envers la plupart des astres, nos connaissances réelles se réduisent, au fond, à d'exacts dénombrements, sans que nous puissions seulement constater leur figure ou leur grandeur, qui d'ailleurs ne nous importent guère. Les nombres s'appliquent autant aux phénomènes qu'aux êtres. Cette appréciation, qui confond tout, est, au fond, la seule pleinement universelle, comme s'étendant seule jusqu'à nos pensées quelconques. Sa grossièreté naturelle ne l'empêche pas de comporter un digne usage, pour perfectionner partout l'harmonie et la fixité, dont elle nous fournit d'abord les meilleurs types. Aussi voyez-vous les enfants commencer spontanément leur initiation abstraite par de pures spéculations numériques, longtemps avant qu'ils

en viennent à méditer sur les attributs géométriques.

Quant au mouvement, vous sentez sans peine Taccroissement de complication et le décroissement de généralité qui placent son étude au sommet du domaine mathématique. C'est pourquoi les Grecs, si avancés en géométrie, ne purent ébaucher la mécanique qu'envers quelques cas d'équilibre, sans jamais entrevoir les lois élémentaires du mouvement.

En comparant ceé trois parties essentielles de la mathématique, on reconnaît que le calcul, dont le principal essor est algébrique plutôt qu'arithmétique, a surtout une destination logique, outre son utilité propre et directe. Son aptitude essentielle consiste à développer autant que possible notre puissance déductive. L'étude de l'étendue et celle du mouvement acquièrent ainsi une généralité et une cohérence qu'elles ne pourraient obtenir sans la transformation de tous leurs problèmes en de simples questions de nombres. Mais, sous l'aspect scientifique, la mathématique consiste surtout dans la géométrie et la mécanique, qui seules instituent directement la théorie de l'existence universelle, d'abord passive, puis active.

La mécanique prend ainsi beaucoup d'importance encyclopédique, comme transition nécessaire entre la mathématique et la physique, dont les caractères respectifs s'y combinent profondément. Ici, toute l'institution logique ne semble pas purement déductive, comme le fait supposer, en géométrie, l'extrême facilité ^ des inductions indispensables. On commence alors à sentir distinctement le besoin d'une base inductive, déjà difficile à saisir parmi nos observations concrètes, pour permettre l'essor des conceptions abstraites qui doivent y rattacher le problème général de la compo-

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silion et de la communication des mouvements. C'est surtout faute d'un tel fondement extérieur que la mécanique rationnelle put nese développer qu'auxvii^ siècle.

Jusqu'alors l'esprit mathématique n'avait fait ressortir que des lois subjectives, seules sensibles en géométrie et en calcul, chez des penseurs qui ne comprenaient pas encore leur connexité nécessaire avec les lois objectives ^ Mais celles-ci devinrent distinctement appréciables d'après la grande difficulté qu'elles offrirent aux fondateurs de la mécanique. L'importance et l'universalité de ces trois lois fondamentales du moijvement m'obligent à vous les indiquer ici, comme les meilleurs types des véritables lois naturelles, simples faits généraux qui ne comportent aucune explication, et qui servent, au contraire, de base à toute explication raisonnable. Quoique le régime métaphysique ait beaucoup entravé leur découverte, elle fut surtout retardée par sa propre difficulté. Car, elle constitua le premier effort capital du génie inductif, démêlant enfin, au milieu des plus vulgaires événements, des relations générales jusqu'alors échappées à toutes les méditations humaines.

La première loi, découverte par Kepler, consiste en ce que tout mouvement est naturellement rectiligne et uniforme. Ainsi, le mouvement curviligne ou varié ne peut jamais résulter que d'une composition continue d'impulsions successives, d'ailleurs actives ou passives.

1. Dans le calcul et même dans la géométrie, le rôle préliminaire de l'expérience est si court que ces deux disciplines sont plutôt logiques que doctrinales ; elles valent davantage commue méthodes que comme connaissance de la réalité très simple qui est leur objet. Comte dit aussi qu'elles sont « instrumentales » et qu'elles servent d' « outils » aux sciences plus complexes.

La seconde loi, due à Galilée, proclame l'indépendance des mouvements relatifs de plusieurs corps quelconques envers tout mouvement commun de leur ensemble. Mais il faut que cette communauté soit complète, tant en vitesse qu'en direction. C'est seulement à cette condition que les corps particuliers restent dans le même état relatif de repos ou de mouvement que si leur ensemble était immobile. Aussi cette seconde loi ne convient-elle point aux mouvements de rotation, d'où surgirent, en effet, les vicieuses objections qu'éprouva sa découverte. Enfin, la troisième loi du mouvement, celle de Newton, consiste dans l'égalité constante entre la réaction et l'action, pour toute collision mécanique ; pourvu qu'en mesurant chaque altération, on ait convenablement égard à la masse autant qu'à la vitesse. C'est la base propre de toutes les notions relatives à la communication des mouvements, comme la loi de Galilée règle tout ce qui concerne leur composition, celle de Kepler ayant partout déterminé d'abord la nature de chacun d'eux. L'ensemble de ces trois lois suffit donc pour que le problème général de la mécanique puisse être abordé déductivement, en ramenant graduellement, par des artifices mathématiques dont l'institution spéciale devient souvent difficile, les cas les plus compliqués aux plus simples.

Ces lois générales^ vous serviront directement pour expliquer une foule de phénomènes journaliers, au milieu desquels vous vivez sans les comprendre, ni même les apercevoir. Elles sont éminemment propres à vous

1. Ces trois lois, même celle de Kepler, sont empiriques, selon Comte, ce qui donne incontestablement à la mécanique un caractère « physique ». (Cours, ï, 455 et suiv.)

faire sentir en quoi consiste le vrai génie scientifique. Vous y devez enfin remarquer comment chacune d'elles rentre spontanément dans une loi commune à des phénomènes quelconques, aussi bien sociaux et moraux que purement matériels. La première se rattache à la loi de persistance qui règne partout; la seconde, à celle qui reconnaît Findépendance des actions partielles envers les conditions communes, et d'où résulte socialement la conciliation du progrès avec Tordre. Quant à la troisième, elle comporte directement une application universelle, qui jamais ne varie qu'envers la mesure des influences respectives ^ Ce rapprochement philosophique achève de caractériser l'importance encyclopédique propre à l'extrême limite du domaine mathématique.

La Femme. Quoique l'abstraction et la nouveauté de ces considérations doivent m'empêcher, mon père, de les bien saisir aujourd'hui, je sens qu'une réflexion suffisante me permettra de les apprécier. Je vous prie donc de passer immédiatement à l'étude directe de l'ordre matériel.

Le Prêtre. Sa pleine institution philosophique m'oblige, ma fille, à vous imposer un dernier effort encyclopédique, en décomposant la seconde science cosmologique, que j'ai collectivement nommée Physique, en trois grandes sciences vraiment distinctes. Ce sont, dans l'ordre ascendant, qui vous devient familier, d'abord l'astronomie, puis la physique proprement dite

1. De la loi de Kepler, Comte fait dépendre l'habitude et l'instinct conservateur des sociétés. « De même la loi de Galilée se « rattache à la loi générale qui concilie toujours l'activité des « parties avec l'existence de l'ensemble et d'où résulte l'harmo- « nie fondamentale entre l'ordre et le progrès » {Pol. Pos.^ I, 494).

qui garde le nom commun, et enfin la chimie, comme vous rindique accessoirement notre tableau. Ainsi, la hiérarchie théorique doit finalement vous offrir sept degrés encyclopédiques, au lieu des cinq que vous reconnaissez déjà. Ou passe d'un mode à Tautre par le simple développement du second degré primitif, comme le tirage allonge le tube d'une lunette portative. L'application peut seule vous faire ensuite sentir quel est celui que vous devez préférer en chaque cas.

Cette série fondamentale comporte, en effet, plusieurs constitutions différentes, suivant qu'on la contracte ou la dilate, pour mieux satisfaire à nos divers besoins intellectuels, sans jamais intervertir aucune succession. Sa plus forte condensation est aussi bien indiquée par notre tableau que sa principale expansion. Quand vous serez plus avancée, vous réduirez souvent tout le faisceau encyclopédique au simple dualisme entre la cosmologie et la sociologie ; ce qui vous exposerait d'abord au vague. Mais jamais vous ne le contracterez davantage, d'après l'évidente impossibilité de faire objectivement rentrer Fun dans l'autre deux groupes principaux, que peut seule unir l'appréciation subjective, lorsqu'on se place directement au vrai point de vue religieux.

Après vous avoir indiqué cette expansion encyclopédique, à Taide de termes fort usités, je dois surtout la motiver, en la caractérisant.

La Femme. D'après le peu que je comprends, par ouï-dire, envers les trois sciences que vous venez d'introduire, je soupçonne, mon père, pourquoi vous les intercalez ic. Car, leur interposition prévient un vœu que je vous aurais prochainement exposé, quant à la continuité encyclopédique. En comparant, sous cet

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aspect, les sciences inférieures et les sciences supérieures, notre échelle primitive à cinq degrés m'offrait une grave disparate. Je conçois sans effort, d'après la seule connexité des phénomènes, comment on s'élève insensiblement de la biologie à la sociologie, et de celle-ci à la morale, quoique j'aie besoin de connaître, à cet égard, vos explications spéciales, pour mieux préciser mes idées. Au contraire, je ne pouvais assez comprendre d'abord la transition de la mathématique à l'étude directe de Tordre matériel, et encore moins celle de la cosmologie à la biologie. Cela pouvait provenir, sans doute, de mon ignorance plus complète envers les^ conceptions inférieures. Mais je sentais aussi que ce défaut d'harmonie devait tenir à la propre constitution de notre première échelle, quoique je ne pusse aucunement apercevoir le remède, ni même savoir s'il existait. Je m'habituerai donc sans peine aux sept degrés encyclopédiques, si cette légère complication me procure une suffisante satisfaction de ce besoin d'ordre. Toutefois, je reconnais que, si vous aviez ainsi procédé d'abord, j'eusse éprouvé trop d'embarras à concevoir l'ensemble de votre hiérarchie abstraite.

Le Prêtre. Puisque vous avez deviné le motif fondamental de cette modification finale, il ne me reste, ma fille, qu'à compléter votre travail spontané, en vous indiquant systématiquement la nature et la destination des trois sciences introduites.

La religion positive définit l'astronomie comme l'étude céleste de la planète humaine ; c'est-à-dire la connaissance de nos relations géométriques et mécaniques avec les astres susceptibles d'affecter nos destinées en modifiant l'état de la terre. C'est donc autour de notre globe que nous condensons subjectivement toutes

les théories astronomiques, en écartant radicalement celles (^ui, ne s'y rattachant pas, deviennent aussitôt oiseuses, quand même elles seraient accessibles. De là résulte Télimination finale, non seulement de la prétendue astronomie sidérale, mais aussi des études planétaires qui concerneat des astres invisibles à l'œil nu, et dès lors dépourvus nécessairement de toute véritable influence terrestre ^ Notre vrai domaine astronomique se f'éduira donc, comme au début, aux cinq planètes toujours connues, avec le soleil, centre de nos mouvements comme des leurs, et la lune, notre seul cortège céleste.

Toute la différence essentielle entre notre doctrine et celle des anciens consiste ici, comme ailleurs, à substituer enfin le relatif à l'absolu, en rendant purement subjectif un centre qui fut longtemps objectif^. C'est pourquoi la découverte, ou plutôt la démonstration du double mouvement de la terre constitue la principale révolution scientifique propre au régime préliminaire de la raison humaine. L'un des plus éminents précurseurs du positivisme, le sage Fontenelle, en fit admirablement sentir à votre sexe la portée philosophique, autant qu'il convenait alors, dans un charmant opuscule, que son apparente frivolité ne priva point d'une juste immortalité.

C'est, en effet, d'après le mouvement terrestre que le dogme positif est devenu directement incompatible avec tout dogme théologique, en rendant profondément

1. Dans le premier volume de la politique positive, Comte parle de la découverte de Le Verrier comme ne pouvant intéresser que les habitants d'Uranus.

2. Comte distingue l'Univers ou totalité absolue des choses et le Monde qui est la partie de TUnivers pouvant nous intéresser.

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relatives nos plus vastes spéculations, qui jusqu'alors i pouvaient conserver un caractère absolu. La découverte de notre gravitation planétaire en constitua bientôt la suite scientifique et le complément philosophique. Quoique l'empirisme académique ait beaucoup entravé la réaction encyclopédique de cette double théorie, le positivisme Férige finalement en première base générale de Tétude directe de Tordre matériel, ainsi liée immédiatement au fondement mathématique du dogme total.

Dans un tel début, cet ordre est, en effet, apprécié seulement sous l'aspect géométrico-mécanique, en écartant les recherches, non moins absurdes qu'oiseuses, sur la température des astres ou leur constitution intérieure. Mais, en passant de l'astronomie à la physique proprement dite, ce qui s'opère presque insensiblement d'après la mécanique planétaire, on étudie la nature inerte d'une manière plus approfondie. Toutefois, pour mieux caractériser cette nouvelle appréciation, il faut d'abord concevoir la plus haute science costmologique, dont le caractère plus tranché doit ensuite rendre mieux saisissable celui de la simple physique, trop peu prononcé directement. Cette marche vous permet de remarquer l'un des principaux préceptes logiques du positivisme, qui prescrit partout de ne concevoir les cas intermédiaires que d'après les deux extrêmes dont ils doivent instituer la liaison. La chimie fut, en effet, introduite, comme science distincte, tant en Orient qu'en Occident, plusieurs siècles avant la physique, que Galilée fonda spontanément afin d'étaiblir une transition réelle entre l'astronomie et la chimie, chimériquement rapprochées jusqu'alors.

Pour abréger et simplifier cette double explication,

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regardez la chimie et la physique comme essentiellement soumises aux mêmes influences générales, qui n'y diffèrent, au fond, que par les modifications pl.i ou moins intenses qu'éprouve ainsi la constitution ma térielle. Mais cette seule diversité ne laisse jamais d'équivoque sur la vraie nature de chaque cas, maigre la conlusion académique. Avec une pleine intensité, les états de chaleur, d'électricité, de lumière même, modifient assez la constitution matérielle pour changer l'intime composition des substances. L'événement appartient alors à la chimie; c'est-à-dire à l'étude des lois générales de la combinaison et de la décomposition. Ces actions peuvent et doivent être conçues toujours comme purement binaires. Elles comportent rarement plus de trois complications successives, l'union devenant plus difficile et moins durable à mesure qu'elle se complique. A de moindres degrés, les mêmes influences modificatrices changent tout au plus l'état des corps sans altérer jamais leur subtance. En ce cas, l'ordre matériel est seulement étudié sous l'aspect physique proprement dit. Malgré l'égale universalité de ces deux sciences, le décroissement de généralité est aussi sensible que l'accroissement de complication quand on passe de l'une à l'autre. Car, la physique, étudiant l'ensemble des propriétés qui constituent toute existence matérielle, considère pareillement tous les corps, avec de simples différences de degré. Ses diverses branches doivent donc correspondre aux divers sens qui nous révèlent le monde extérieur. Au contraire, la chimie considère toutes les substances comme essentiellement distinctes; et son principal objet consiste à déterminer ces différences radicales. Quoique les phénomènes qu'elle étudie soient toujours possibles dans

un corps quelconque, ils ne s'y réalisent jamais que sous des conditions spéciales, dont le concours rare et difficile exige souvent l'intervention humaine.

De ces deux sciences voisines, la physique est plus importante logiquement et la chimie scientifiquement, quand on compare leur poids encyclopédique, après avoir d'abord reconnu l'indispensable nécessité, théorique et pratique, de chacune d'elles. C'est surtout de la physique qu'émane l'essor décisif du génie inductif, par le développement de l'observation, trop spontanée en astronomie; et ensuite de l'expérimentation, trop équivoque partout ailleurs. Mais la chimie l'emporte quant à l'influence encyclopédique des notions qu'elle procure ^ Son extrême imperfection théorique, qui ne peut cesser que sous la discipline positive, ne l'a point empêchée d'exercer une lumineuse réaction sur l'ensemble de la raison occidentale. Cette précieuse efficacité résulte surtout de l'analyse générale de notre milieu terrestre, gazeux, liquide, et solide, complétée par celie, non moins indispensable, des substances végétales et animales. On peut ainsi concevoir enfin l'économie fondamentale de la nature, jusqu'alors ininitelligible, faute d'avoir constaté, chez tous les êtres i réels, tant vivants qu'inertes, des éléments matériels essentiellement identiques.

Vous concevez donc comment la chimie proprement dite institue seule une transition normale entre la cosmologie et la biologie, suivant votre juste vœu de

1. Parce qu'elle étabit une transition entre Tastronomie et la biologie — à quoi il faut ajouter que industriellement « elle est la principale base de notre Providence matérielle ». (Pot. Pos., I, 539.)

continuité totale. Cette grande condition encyclop dique, aussi favorable finalement au cœur qu'à l'esprit^ vous olTrirait encore plus de prix si je vous indiquais lai vraie distribution intérieure de Tastronomie, de la physique et de la chimie, comme je l'ai d'abord fait enversj la mathématique. Mais il faut réserver ces développe-^ ments pour des entretiens plus spéciaux, qui ne sonti pas religieusement indispensables aujourd'hui. Ce ivr < initial doit ici suffire pour vous faire sentir la possit lité générale d'une ascension vraiment graduelle de la mathématique à la morale, en appliquant, avec ui précision et une spécialité croissantes, notre immuali principe hiérarchique.

En complétant cette appréciation subjective ou logique par une équivalente appréciation objective ou scientifique, la succession générale de ces trois étude abstraites commence à vous manifester une véritaLlv. échelle concrète, sinon des êtres, au moins des existences'. Vous n'observez, en astronomie, que la simple I existence mathématique, qui, jusqu'alors presque idéale, s'y réalise envers des corps que nous ne pou-i vons explorer sous aucun autre aspect, et qui dès lors en deviennent le meilleur type. Mais, en physique, on s'élève à des phénomènes moins grossiers et plus 1 intimes, qui tendent davantage vers le cas humain. Enfin, la chimie vous offre la plus noble et la plus pro- \ fonde des existences matérielles, toujours subordonnée aux précédentes, suivant notre loi universelle. Quoique la grande notion objective résultée d'une telle progression ne doive se développer assez qu'en biologie, il

1. Ce terme est plus général que celui d'être que Comte préfère réserver pour désigner les êtres vivants.

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importe d'en remarquer Tébauche cosmologique, pour faire convenablement saisir le vrai principe du classement des êtres quelconques.

La Femme. Cette admirable continuité me dispose, ;[non père, à mieux juger les brillants conflits qui surfissent quelquefois entre les divers départements [Scientifiques. La prédilection naturelle de mon sexe bour les explications morales m'entraînait à regarder ïies débats théoriques comme essentiellement dus aux passions humaines. J'y vois maintenant une source plus légitime dans l'incertitude profonde que, faute de JDrincipes encyclopédiques, les différentes classes de savants durent souvent éprouver sur leurs attributions iiormales, d'après cette succession presque insensible |3ntre leurs domaines respectifs.

Le Prêtre. Une telle continuité constitue, ma fille, e principal résultat philosophique de l'ensemble des îfforts propres à la raison moderne. Car, le vrai génie ihéorique consiste surtout à lier, autant que possible, i^ous les phénomènes et tous les êtres. Le génie pratique complète ensuite ce résultat général; puisque los perfectionnements artificiels aboutissent toujours l consolider et développer les liaisons naturelles. Vous levez ainsi commencer à sentir que l'esprit moderne l'est pas purement critique, comme on l'en accuse, et lu'il substitue des constructions durables aux impuissants débris du dogme ancien. En même temps, vous )ouvez ici reconnaître déjà l'incompatibilité nécessaire les deux régimes théologique et positif, d'après l'impossibilité de concilier les lois réelles avec les volontés mrnaturelles. Que deviendrait cet ordre admirable, [ui rattache graduellement nos plus nobles attributs noraux aux moindres phénomènes matériels, s'il y

fallait interposer une puissance infinie dont les caprices ne comportant aucune prévision, le menaceraient tou jours d'une entière subversion?

La Femme. Avant de saisir directement cette contil nuité générale, il me reste, mon père, à combler uni grande lacune envers l'ordre vital, dont vous dever maintenant m'expliquer l'appréciation systématiq; J'ai déjà compris, pendant notre descente encyclope j dique, sa liaison naturelle avec l'ordre humain. Maiîi je ne puis encore saisir comment il se rattache sponta nément à Tordre matériel, car un abîme infranchis- j sable me semble séparer le domaine de la vie et celu de la mort.

Le Phétrb. Votre embarras, ma fille, est pleinement conforme à la marche historique de l'initiation humaine Deux générations se sont à peine écoulées depuis que les vrais penseurs ont pu commencer à concevoir nettement ce lien fondamental, où réside le nœud essen-^ tiel de toute la philosophie naturelle. Les cosmologistes devaient, d'abord, par l'avènement de la chimie, pous ser l'étude de l'ordre matériel jusqu'à ses phénomènesl les plus nobles et les plus compliqués. Mais il fallait ensuite que les biologistes descendissent convenablci ment aux fonctions vitales les plus grossières et les| plus simples, seules susceptibles de se rattacher direct tement à cette base inorganique. Tel fut le principal résultat de l'admirable conception due au vrai fondateur de la philosophie biologique, l'incomparable Bichat^ D'après une profonde analyse, les plus noblei^

1. L'idée directrice deBichat est, en effet, la distinction de vie végétati, veet de la vie animale. (V. Bichat et la biologie con-^ tempot^aine, par F. Golonna d'Istria : Revue de moral et de 7né-^ iaphysique, mai 1908.)

'onctions vitales y furent enfin représentées, même îhez riiomme, comme reposant toujours sur les plus grossières, suivant la loi générale de l'ordre réel. \^'animalité se subordonne partout à la végétalité, ou a vie de relation à là vie de nutrition. ' Ce lumineux principe conduit à reconnaître que les îeuls phénomènes vraiment communs à tous les êtres rivants consistent dans cette décomposition et recom- ')Osition que leur substance éprouve sans cesse d'après |e milieu correspondant ^ L'ensemble des fonctions viiales repose ainsi sur des actes fort analogues aux effets Chimiques, dont ils ne diffèrent essentiellement que par 'instabilité des combinaisons, d'ailleurs plus com- )lexes. Cette vie simple et fondamentale se manifeste îeule chez les végétaux, où nous en trouvons le plus intense développement, puisqu'elle y transforme direcement les matériaux inorganiques en substances orgaliques; ce que ne font jamais des êtres plus élevés. La définition générale de l'animalité consiste, en effet, lans la nature vivante des aliments correspondants ; jl'où résultent, comme conditions nécessaires, l'aptitude ii les discerner et la faculté de les saisir ; par conséj{uent la sensibilité et la contractilité. ! Pour consolider son analyse fondamentale de la vie, i(d grand Bichat dut bientôt construire une conception Imatomique qui pût en fournir le complément et le réi^umé. Le tissu cellulaire, seul universel, constitue le ûège propre de la vie végétative; tandis que la vie animale réside dans le tissu nerveux et le tissu musculaire. Alors la pensée générale de la biologie se trouve

1. Bichat définit les phénomènes de la vie végétative par « la composition et décomposition habituelle de nos parties ».

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complète, de manière à rendre partout possible unei suffisante harmonie entre Tappréciation statique et| l'appréciation dynamique, pour passer convenablemeni de la fonction à l'organe ou réciproquement <.

Suivant le principe logique qwi prescrit d'ëtudiei surtout des phénomènes quelconques chez les êtres où ils sont à la fois le plus développés et le mieux dégagés de toute complication supérieure, la théorie des végétaux devient la base normale de la biologie. Elle établit directement les lois générales de la nulrition] d'après le cas le plus simple et le plus intense. C'esll la seule partie de la biologie qui pût être pleinement séparée de la sociologie, si l'institution subjective nej devait pas toujours dominer la culture objective. Làj s'opère immédiatement la transition naturelle entre l'existence matérielle et l'existence vitale.

La P'emme. Je conçois ainsi, mon père, que la continuité encyclopédique puisse s'établir envers la partie^ inférieuie de la hiérarchie théorique. Mais, en partant d'une vitalité aussi grossière que cette simple végéta-î« lité, je ne vois pas comment on peut s'élever jusqu'à^ vrai type humain, quoique je reconnaisse notre propre assujettissement aux lois de la nutrition, autant qu'èj celles de la pesanteur.

Le Prêtre. La difficulté que vous éprouvez, ma fiUej correspond, en effet, au principal artifice biologique,^! graduellement élaboré, depuis Aristote jusqu'à Blainville, pour instituer une immense échelle, à la fois objective et subjective, destinée à lier l'homme au végétal. Si ces deux termes extrêmes existaient seuls

1. Comte formule ainsi le problème biologique. « Etant donne « l'organe ou la modification organique, trouver la fonction oi^ « l'acte et réciproquement. » (Cours, 111, 237.)

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supposition nullement contradictoire, notre unité théorique deviendrait impossible ou du moins très Imparfaite, d'après la brusque lacune qu'éprouverait ainsi la continuité encyclopédique. Mais l'immense variété des organismes animaux nous permet d'établir entre la plus grossière vitalité et la plus noble une transition aussi graduelle que notre intelligence doive Texiger.

Toutefois, cette série concrète est nécessairement discontinue, d'après la loi fondamentale qui maintient la perpétuité essentielle de chaque espèce au milieu de ses variations secondaires^. Le vieux régime intellectuel entrava beaucoup Tessor de cette grande construction, en y cherchant vainement le résultat absolu des relations objectives. Mais la prépondérance encyclopédique de la méthode subjective dissipe enfin ces débats stériles et sans issue, en subordonnant toujours la formation de la série animale à sa vraie destination, plutôt logique que scientifique. Ne devant étudier les animaux que pour mieux connaître Thomme en le liant au végétal, nous sommes pleinement autorisés à bannir d'une telle hiérarchie toutes les espèces qui la troubleraient. Un motif analogue nous permet, ou plutôt nous pres- |crit, d'y introduire convenablement quelques races purement idéales, spécialement imaginées pour améliorer les principales transitions, sans choquer jamais les lois statiques et dynamiques de l'animalité. Les études plus développées envers certains animaux appartiennent réellement au domaine pratique pour les rares espèces

1. Comte n'est pas transformiste. Il fait le plus grand cas « du * génie hardi de Lamarck » {Pol. Pos., 1, 166). Mais il tient pour ,1a fixité des espèces. « L'instabilité des espèces est une dange- «reuse émanation du matérialisme cosmologique. »(/ôirf., 111,592.) {Cf. note, p. 138.)

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avec lesquelles Texistence humaine se trouve, à diverj litres plus ou moins liée. Toutes les autres spécialité i zooloi^'iques ne résulteraient que d'une dégénératioij théorique, dans une science que sa complication et soi, immensité exposent davantage aux puérilités acadél mlques, déjà si multipliées en mathématique.

Mais l'ensemble des animaux susceptibles de formel une véritable série nous offrira toujours un profoncj intérêt abstrai* pour éclaircir Tétude générale de touteil nos fonctions inférieures, en suivant chacune d'ellejj dans sa simplification et sa complication graduelles | L'humanité ne constituant, au fond, que le principe degré de l'animalité, les plus hautes notions delà socioi logie, et même de la morale, trouvent nécessairemenK en biologie leur première ébauche, pour les esprits! vraiment philosophiques qui savent les y saisir. Notre! plus sublime conception théorique devient ainsi mieuîj appréciable, quand on considère chaque espèce animale! comme un Grand-Etre plus ou moins avorté, d'aprè« Finfériorité de sa propre organisation et l'essor de la prépondérance humaine. Car l'existence collective constitue toujours la tendance nécessaire de la vie de relation qui caractérise l'animalité. Mais ce résultai général ne peut, sur une même planète, se développer assez que chez une seule des espèces sociables. i

La Femme. D'après l'ensemble de ces explications, jejij comprends, mon père, comment la biologie, philosoi! phiquement cultivée, peut enfin combler toutes le4 graves lacunes encyclopédiques, en instituant une tran-j sition graduelle entre l'ordre extérieur et Tordre hui] main. Cette immense progression, à la fois des êtres et des phénomènes, toujours conforme au principe hié-i rarchique du positivisme, se rattache, dans son terme

inférieur, à la succession normale des trois modes essentiels de l'existence matérielle. Je conçois ainsi la pleine réalisation de l'admirable continuité qui d'abord me semblait impossible. Mais, avant de quitter l'ordre vital proprement dit, j'y voudrais connaître, d'une manière plus nette et plus précise, les deux parties essentielles de son domaine, végétalité et animalité.

Le Prêtre. Ce juste vœu, ma fille, sera convenableiment satisfait en concevant les trois grandes lois qui jrégissent chacune d'elles. Il y faut voir autant de faits généraux, subordonnés entre eux mais complètement distincts, et dont l'ensemble explique toujours, soit les fonctions continues de la vie de nutrition, soit les foncitions intermittentes delà vie de relation. I La première loi de végétalité, base nécessaire de toutes les études vitales, sans excepter le cas humain, consiste dans la rénovation matérielle à laquelle est iconstamment assujetti tout être vivant. A cette loi fondamentale succède celle du développement et du déclin, aboutissant à la mort, qui, sans offrir en elle- Eême la suite nécessaire de la vie, en devient partout résultat constante Enfin, ce premier système bioloque se complète par la loi de la reproduction, où la iîonservation de l'espèce compense la destruction de 'individu.

La principale propriété de l'ensemble des êtres vivants consiste dans l'aptitude de chacun d'eux à rei)roduire son semblable, comme lui-même provint oujours d'une source analogue. Non seulement aucune

1. « Le véritable esprit positif ne tente pas d'expliquer la mort lomme conséquence de la vie. » {Pol. Pos.^ 1,589.) I Comte est ici d'accord avec Descartes.

existence organique n'émane jamais de la nature inor j ganique. Mais, en outre, une espèce quelconque n«| saurait résulter d'une autre, ni supérieure ni inférieure | sauf les variations très limitées, quoique trop peu con' nues encore, que comporte chacune d'elles. Il existai donc un abime vraiment infranchissable entre le mondf; vivant et la nature inerte, et même, à de moindre; degrés, entre les divers modes de vitalité. En confir mant Fimpossibilité de toute synthèse purement objecj tive, cette appréciation n'altère aucunement lavéritabU synthèse subjective , résultée partout d'une ascensioi assez graduelle vers le type humain.

Quant aux trois lois d'animalité, la première consista dans le besoin alternatif d'exercice et de repos proprij à toute la vie de relation, sans excepter nos plus noble»! attributs. Cette intermittence caractéristique des foncij lions animales se lie naturellement à la belle observatioi de Bichat sur la symétrie constante des organes cor| respondants, dont chaque moite peut être active tanj dis que l'autre reste passive. La seconde loi, qui! comme dans tous les autres cas, suppose la précédent mais sans en résulter, proclame la tendance de toute fonction intermittente à devenir habituelle, c'est-à-dire à se reproduire spontanément après la cessation d( l'impulsion primitive. Cette loi de l'habitude trouve sorij complément naturel dans celle de l'imitation, qui n'ed est pas vraiment distincte. Suivant la profonde réflexîoïi! de Cabanis, l'aptitude à imiter autrui résulte, en eiï^i de l'aptitude à s'imiter soi-même; du moins chez toute espèce douée de sympathie. Enfin, la troisième lo| d'animalité, subordonnée à celle de l'habitude, consiste dans le perfectionnement, à la fois statique et dynamique, inhérent à tous les phénomènes de relationL

ORDRE EXTÉRIEUR, d'aBORD MATÉRIEL, PUIS VITAL 133

Envers chacun d'eux, Texercice peut fortifier les fonctions et les organes, que la désuétude prolongée tend toujours à affaiblir. Cette dernière loi, qui repose sur les deux autres sans s'y confondre, résume Tensemble de la théorie de Fanimalité, comme vous Tavez conçu d'abord pour la loi finale de la végétalité.

En combinant ces deux grandes lois, on institue une septième loi vitale, celle de l'hérédité, qui mérite scientifiquement une appréciation distincte, quoiqu'elle ne soit logiquement qu'une conséquence nécessaire des précédentes. Toute fonction ou structure animale étant perfectible à certains degrés, l'aptitude de tout être vivant à reproduire son semblable pourra dès lors fixer [dans l'espèce les modifications suffisamment profondes [survenues chez l'individu. De là résulte le perfection- Inement, limité mais continu, surtout dynamique et [même statique, de chaque race quelconque, par des [régénérations successives. Cette haute faculté, qui réisume spontanément le double système des lois biologiques, se dévoloppe d'autant plus que l'espèce est plus élevée, et dès lors plus modifiable aussi bien que plus active, d'après sa propre complication.

1 Quoique les lois générales de la transmission héréiditaire soient trop peu connues jusqu'ici, une telle considération indique sa haute efficacité envers l'amélioration directe de notre propre nature, physique, intellectuelle, et surtout morale. Il est incontestable, en effet, que l'hérédité vitale convient autant, et même davantage, à nos plus nobles attributs qu'aux plus gros- 'siers. Car les phénomènes deviennent plus modifiables, et dès lors plus perfectibles, à mesure que leur nature jest plus élevée et plus spéciale. Les précieux résultats obtenus envers les principales races domestiques ne

13 i CATÉCHISME POSITIVISTE

doivent donner qu'une faible idée des améliorations réservées à l'espèce la plus éminente, quand elle sera systématiquement dirigée, sous sa propre providence.

La Femme. Cette conclusion générale de Tétude de la vitalité achève, mon père, de m'en faire assez comprendre la portée théorique et pratique. Je me sens^i ainsi préparée à l'étude directe de Tordre humain, à^ laquelle vous réservez notre dernier entretien sur le dogme positif.

Le Prêtre. Vous pouvez, ma fille, utilement résumer, sous le principal aspect philosophique, l'ensemble de cette conférence, d'après le simple contraste que vous avez dû remarquer, dans notre tableau encyclopédique, entre les deux divisions, historique et dogmatique, de la philosophie positive. La première, qui convient à toute initiation théorique, individuelle ou collective, rapproche la biologie de la cosmologie : l'autre, qui représente notre état final, la combine, au contraire, avec la sociologie. Cette opposition fait nettement ressortir le principal caractère de l'ordre vital, comme lien naturel entre l'ordre extérieur et l'ordre humain.

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