QUATRIÈME ENTRETIEN ORDRE HUMAIN, D'ABORD SOCIAL, PUIS MORAL
La Femme. Avant d'aborder le meilleur domaine théorique, je dois, mon père, vous soumettre un scrupule général résulté des objections métaphysiques que j'ai souvent entendu faire contre cette extension décisive du dogme positif. Tout assujettissement du monde moral et social à des lois invariables, comparables à celles de la vitalité et de la matérialité, est maintenant représenté, par certains raisonneurs , comme incompatible avec la liberté de l'homme. Quoique ces objections m'aient toujours paru purement sophistiques, je n'ai jamais su les dissiper chez les esprits, trop nombreux encore, qui laissent entraver ainsi leur marche spontanée vers ]e positivisme.
Le Prêtre. Il est aisé, ma fille, de surmonter cet embarras préliminaire, en caractérisant directement la vraie liberté.
Loin d'être aucunement incompatible avec l'ordre réel, elle consiste partout à suivre sans obstacles les lois propres au cas correspondant. Quand un corps tombe, sa liberté se manifeste en cheminant, selon sa nature, vers le centre de la terre, avec une vitesse proportionnelle au temps, à moins que l'interposition d'un fluide ne modifie sa spontanéité. De même, dans l'ordre
vital, chaque fonction, végétative ou animale, est déclarée libre, si elle s'accomplit conformément auxj lois correspondantes, sans aucun empêchement extérieur ou intérieur. Notre existence intellectuelle et morale comporte toujours une équivalente appréciation qui, directement incontestable envers l'activité, devient dès lors nécesssaire pour son moteur affectif et son guide rationnel.
Si la liberté humaine consistait à ne suivre aucune^ loi, elle serait encore plus immorale qu'absurde, comme rendant impossible un régime quelconque, individuel ou collectif. Notre intelligence manifeste sa plus grande liberté quand elle devient, suivait, sa destina- | tion normale, un miroir fidèle de Tordre extérieur, malgré les impulsions physiques ou morales qui tendraient à la troubler. Aucun esprit ne peut refuser son i assentiment aux démonstrations qu'il a comprises. Mais ii en outre, chacun est incapable de rejeter les opinions assez accréditées autour de lui, même quand il ignore leurs vrais fondements, à moins qu'il ne soit préoccupé d'une croyance contraire. On peut défier, par exemple, les plus orgueilleux métaphysiciens de nier le mouvement de la terre, ou des doctrines encore plus modernes, quoiqu'ils n'en connaissent aucunement les preuves scientifiques. 11 en est de même dans l'ordre j moral, qui deviendrait contradictoire si chaque âmei pouvait, à son gré^ haïr quand il faut aimer, ou réciproquement. La volonté comporte une liberté semblable à celle de l'intelligence, lorsque nos bons penchants acquièrent assez d'ascendant pour rendre l'impulsion affective conforme à sa vraie destination, en surmontant les moteurs contraires.
Ainsi, la liberté véritable se trouve partout inhérente;]