‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 53 sur 101 · ORDRE HUMAIN, D ABORD SOCIAL, PUIS MORAL · texte numérisé non relu

ORDRE HUMAIN, D ABORD SOCIAL, PUIS MORAL

îupations d'esprit qu'entraîne habituellement une autorité quelconque, théorique ou pratique, il devient ires propre à rappeler spontanément le sacerdoce et le patriciat à leur destination sociale.

La Femme. Je crois, mon père, que cette réaction pontinue de la classe active n'est pas moins indispensable pour contenir ou compenser, chez les femmes, l'exagération du sentiment. Etranger à la vie pratique, mon sexe se trouve exposé souvent à méconnaître ou négliger les grossières conditions qu'elle impose. Mais le sentiment qui le domine peut toujours les lui faire accepter dignement, afin de réaliser le bien auquel il ispire naturellement ; quand cette impulsion nécessaire lous conduit à les apprécier assez.

j Le Prêtre. Vous avez ainsi, ma fille, achevé spontapément de comprendre le grand office social qui caractérise le prolétariat. Car, si l'influence affective peut elle-même oublier sa vraie destination en se préoccupant trop des besoins qui lui sont propres, ce danger îoit se développer davantage chez la puissance spéculative et le pouvoir actif, dont l'attention est habituelement absorbée par des efforts spéciaux. La provi- Jence morale des femmes, la providence intellectuelle îu sacerdoce, et la providence matérielle du patriciat, mt donc besoin d'être complétées par la providence générale émanée du prolétariat, pour constituer l'ad- Inirable ensemble de la providence humaine. Toutes jios forces peuvent ainsi tendre toujours, chacune selon lia nature, à la conservation et au perfectionnement du rand-Etre.

Cette conception générale de notre constitution soiale suffît pour en caractériser les trois éléments néessaires. R.angés suivant leur aptitude décroissante à

représenter naturellement rHumanité, ils suivent le^l nnênne ordre dans leur prépondérance successive envers chaque initiation complète. La providence féminine, qui doit toujours dominer notre essor moral, nous disn! pose d'abord à sentir la continuité et la solidarité, en dirigeant l'éducation spontanée qui s'accomplit au sein , de la famille. Ensuite la provtdence sacerdotale nous fait systématiquement apprécier la nature et la destinée du Grand-Etre, en nous révélant graduellement l'en- j semb'e de Tordre réel. Nous tombons erdin sous la i prépondérence directe et perpétuelle de la providence i matérielle, qui nous initie à la vie pratique, dont les ; réactions affectives et spéculatives complètent notre«| préparation.

Une coïncidence spontanée entre la plénitude dell notre développement personnel, tant cérébral que corporel, et l'achèvement ordinaire de notre initiation sociale constitue ainsi notre maturité réelle. Alors commence notre seconde vie, essentiellement d'action, succédant à l'ensemble des préparations qui nous rendent propres à bien servir le Grand-Etre. Cette nouvelle existence objective, quoique ordinairement plus courte que la première, est seule décisive pour procurer à chaque chef de famille l'existence subjective qui rincorporera convenablement à l'Humanité.

Afin de mieux comprendre la constitution sociale, il faut apprécier séparément ses deux éléments les plus spéciaux, formant seuls des classes proprement dites, le sacerdoce qui conseille et le patriciat qui commande. Là se conservent et s'accroissent respectivement les trésors spirituels et les trésors matériels de l'Humanité, pour être convenablement distribués, suivant leurs lois naturelles, à tous les serviteurs.

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De la classe théorique émane d'abord TéducatioTi systématique, -et ensuite l'influence consultative sur toute la vie réelle, afin d'y ramener chaque activité partielle à l'harmonie générale, qu'elle nous dispose à méconnaître. L'admirable institution du langage humain, quoique toujours résultée d'une coopération universelle, devient le patrimoine spécial du sacerdoce, comme dépôt spontané de la religion, et principal instrument de son exercice. Naturellement impérissables, les biens spirituels peuvent simultanément servir à tous sans s'épuiser jamais ; en sorte que leur conservation n'exige aucune répartition et constitue une simple annexe de chaque existence sacerdotale. Eminemment synthétique et social, le langage consolide et développe la subordination naturelle de l'ordre humain à l'ordre extérieure II augmente aussi notre liaison mutuelle, surtout en instituant une intime connexite entre la sagesse systématique et la raison commune.

La destination personnelle et l'instabilité naturelle des produits matériels imposent de tout autres lois à leur conservation et à leur usage. Outre la sollicitude collective du patriciat, assistée par une surveillance universelle, ils exigent une possession individuelle, sans laquelle leur concentration normale deviendrait illusoire, ou plutôt impossible. Cette appropriation personnelle, première base de la providence matérielle,

1. « La philosophie théologico-métaphysique méconnut toa- « jours ]a nature profondément sociale du langage humain. II est^ « en lui-même, tellement relatif à la sociabilité que les impres- « sions purement personnelles ne peuvent jamais s'y formuler « convenablement, comme le prouve l'expérience journalière M envers la maladie. » {Pol. Pos., II, 220.)

Il subordonne Tordre humain à Tordre extérieur en ce qu'il lie nos idées à des mouvements.

ne peut acquérir assez de consistance qu'en s'appuyant sur le sol, siège naturel et source nécessaire de toute production pratique. Ainsi se forment spontanément, à travers les siècles, les réservoirs nutritifs de THumanité, qui doivent partout ranimer sans cesse rexistenc(^ matérielle, tandis que leurs gardiens dirigent les tra vaux qu'exige leur renouvellement continu.

Ce principal office des patriciens consiste à remplacer. che% chaque organe social, les matériaux qu'il con somme toujours, comme provisions pour sa subsistance ou instruments pour sa fonction. Le salaire n'a jamais d'autre influence normale, à quelque classe qu'il s'ap- j plique. En effet, le travail humain, c'est-à-dire la réac^ tion utile de l'homme contre sa destinée, ne peut être que gratuit, parce qu'il ne comporte ni n'exige aucuD payement proprement dit. Une véritable équivalence ne saurait exister qu'entre les matériaux du travail, et non entre ses attributs essentiels. Toujours reconnue envers I le sexe affectif et la classe contemplative, même envers le pouvoir pratique qui salarie tous les autres, cette gratuité nécessaire de tout office humain ne reste douteuse qu'envers le prolétariat, c'est-à-dire chez ceux qui reçoivent le moins. Une telle contradiction indique assez la source historique de cette anomalie, essentiellement due, non à l'infériorité des opérations correi pondantes, mais à la longue servitude de leurs organei La religion positive peut seule surmonter, à cet égan l'anarchie moderne, en faisant partout sentir qi chaque service personnel ne comporte jamais d'auti récompense que la satisfaction de l'accomplir et reconnaissance qu'il procure ^ .

f . La théorie religieuse du salaire sera complétée dans le chapitre relatif au régime. Mais ici apparaît déjà une des plus belles

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La Femme. Quoique les âmes vulgaires puissent aujourd'hui taxer d'exagération sentimentale une telle appréciation, j'ose vous promettre, mon père, qu'elle sera bientôt accueillie dignement parmi les femmes. J'ai souvent été choquée de l'égoïsme habituel qui, d'après un minime salaire, dispense de toute gratitude envers des services importants et difficiles, dont les auteurs compromettent leur santé, et quelquefois leur vie, dans chaque opération. Ce principe positiviste procure une consistance systématique à des sentiments universels, qui n'ont besoin que d'être formulés et coordonnés pour prévaloir graduellement. Il achève de me faire comprendre la possibilité d'imprimer enfin un caractère vraiment altruiste à l'ensemble de notre existence, même matérielle. En effet, cette sainte transformation exige seulement que chacun, sans devenir habituellement enthousiaste, sente profondément sa participation réelle et celle de tous les autres à l'œuvre sociale. Or, une telle conviction peut certainement résulter d'une sage éducation universelle, où le cœur disposera l'esprit à toujours saisir l'ensemble de la vérité.

Le Prêtre. Pour compléter l'appréciation fondamentale de Tordre social, il me reste, ma fille, à caractériser les trois modes ou degrés qui lui sont propres.

Tout organisme collectif offre nécessairement les divers éléments essentiels que je viens de vous expli-

idées du Gomtisme. L'humanité ayant une valeur absolue, le service de Thumanité doit être voulu pour lui-même et non pour un salaire. « Conçu dans son ensemble le service de j^^ l'humanité devient essentiellement gratuit. Car, chaque géné- « ration doit rendre gratuitement à la suivante ce qu'eUe-même !« reçut gratuitement de la précédente. » {Pol. Pos., Il, Tl.)

quer. Mais ils s'y trouvent plus ou moins prononcés, ol par suite distincts, suivant la nature et Textension delà société correspondante. Leur prépondérance respective conduit à reconnaître trois associations différentes, qu'il faut ranger selon leur intimité décroissante et leur étendue croissante. Celle du milieu repose sur la précédente et sert de base à la suivante. Seule fondée naturellement sur l'amour, la Famille est la société la plus intime et la plus restreinte, élément nécessaire des deux autres. L'activité constitue ensuite la Cite\ où le lien résulte surtout d'une coopération habituelle, qui ne pourrait être assez sentie si cette association politique combinait un trop grand nombre d'associations domestiques. Vient enfin VEglisp^ qui, nous liant essentiellement par la foi, comporte seule une véritable universalité, que réalisera nécessairement la religion positive. Ces trois sociétés humaines ont pour centres respectifs, la femme, le patriciat et le sacerdoce.

La famille, d'où chacun émane, appartient toujours à une cité quelconque, et même à une certaine église. Mais ce dernier lien étant plus faible, il comporte plus de variations, quoiqu'elles ne soient jamais arbitraires. Quand il devient assez consistant, il fournit seul le moyen de réduire convenablement la cité, autour de laquelle se concentre ordinairement chaque existence, d*après la prépondérance naturelle de l'activité sur l'intelligence et même le sentiment. Car l'état social ne peut être vraiement durable qu'autant qu'il concilie assez l'indépendance et le concours, conditions également inhérentes à la vraie notion de l'Humanité ^ Or, cet accord nécessaire impose aux sociétés politiques des

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