‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 65 sur 101 · G'est-à-dire la poésie · texte numérisé non relu

G'est-à-dire la poésie

Ses formules y doivent devenir fixes afin d'obtenir plus le régularité, elles auront d'abord été composées touours par celui qui les emploie, sous peine de ne com- )orter aucune grande efficacité. D'ailleurs, cette fixité 'est jamais complète, puisqu'elle concerne seulement es signes artificiels, dont l'uniformité fait mieux resortir les variations spontanées du langage naturel, oit musical, soit mimique, toujours plus esthétique [ue l'autre.

Cette originalité poétique se développera beaucoup [uand l'éducation régénérée aura suffisamment exercé ous les positivistes aux appréciations, et même aux compositions, correspondantes, comme je vous l'indijuerai dans la troisième partie du catéchisme. Alors, 'art général se trouvera toujours assisté convenablenent par les arts spéciaux, puisque chacun sera devenu familier avec le chant, base essentielle de la mupique, et le dessin, source générale du triple art de la orme, peinte, sculptée, ou construite. Enfin, chaque élaboration du culte sera le plus souvent ornée de suppléinents spéciaux, heureusement choisis dans le trésor festhétique de l'Humanité. Quoiqu'une telle addition semble bornée au culte public, le culte privé en admet une Application utile et fréquente, pourvu que les emprunts |r soient faits avec discernement et modération. Les virais poètes ayant toujours exprimé les principaux sentiments de notre immuable nature, leurs productions comportent souvent une suffisante analogie avec nos propres émotions. Lorsque cette coïncidence, sans être complète, en approche beaucoup, ces emprunts poétiques ne nous offrent pas seulement le mérite intellectuel d'une expression plus parfaite. Nous y trouvons surtout le charme moral d'une sympathie personnelle.

Plus ces ornements sont anciens, mieux ils nous conviennent, en sanctionnant nos propres affections par cet accord spontané, non seulement chez leur éminenti auteur, mais aussi parmi toutes les générations dont il' a successivement assisté les effusions. Mais ce précieux secours ne devient pleinement efficace qu'à la condition de toujours rester purement accessoire, quoique sa participation proportionnelle doive varier suivant les cas, comme je vous Tindiquerai bientôt.

La Femme. Avant que vous m'expliquiez Tinfluencei scientilique du culte positif, je vous prie, mon père, d'éclaircir une grave difficulté, naturellement suscitée par Texposition précédente. Le culte et la poésie me^ paraissent, dans notre religion, se confondre tellement, que leur commun essor semble exiger une classe sacerdotale entièrement distincte de celle qui développe et enseigne le dogme. Je sens que cette séparation devieri-^ drait extrêmement dangereuse en constituant une in-^ traitable rivalité entre ces deux corporations, pour décider à laquelle appartiendrait finalement la direction! du régime, qui pourrait également convenir à toutesj deux. Ce conflit me paraît tellement grave qu'il faut! nécessairement le résoudre, sous peine de compromettre radicalement l'organisation générale de notre| sacerdoce, dès lors incapable de présider à la vie privée, et surtout à la vie publique. Mais, d'une autre! part, je ne conçois pas que nous puissions Féviter assez, puisque la culture poétique et l'étude philosophique semblent exiger des régimes inconciliables.

Le Prêtre, ('ette erreur, qu'il importe beaucoup de rectifier, constitue, ma fille, l'un des principaux résulr tats de l'anarchie moderne, qui tend partout à disperser nos forces par une déplorable spécialité, non moins

ij-^arde qu'immorale. Il n'y a de vraiment spéciaux, lans Tétat normal, que les travaux pratiques, puisque lul ne saurait tout faire. Mais chacun devant tout con-' evoir, la culture théorique doit, au contraire, rester oujours indivisible. Sa décomposition fournit ie preaier signe de l'anarchie. C'est ainsi que pensait Tanti- [uité théocratique,seule pleinement organisée jusqu'ici, orsque les poètes s'y séparèrent du sacerdoce, sa lécadence commença.

Quoique le génie philosophique et le génie poétique le puissent jamais trouver simultanément de hautes lestinations, leur nature intellectuelle est complètenent identique. Aristote pouvait devenir un grand poète ît Dante un éminent philosophe, si la situation histonque avait été moins scientifique chez l'un et moins 3sthétique pour l'autre. Toutes ces distinctions scolasques furent imaginées et soutenues par des pédants jui, n'ayant aucune sorte de génie, ne savaient pas même l'apprécier ailleurs. La supériorité mentale est oujours semblable entre les différentes carrières tiumaines : le choix de chacun s'y trouve fixé par sa situation, surtout historique, car l'espèce domine sans 3esse l'individu.

' Il n'existe réellement d'autre différence essentielle à cet égard que celle résultée de la continuité naturelle du service philosophique, opposée à l'intermittence nécessaire du service poétique. Les grands poètes sont seuls efficaces, même intellectuellement, et surtout moralement ; tous les autres font beaucoup plus de mal que de bien : tandis que les moindres philosophes peuvent être vraiment utilisés, quand ils sont assez honnêtes, sensés et courageux. Puisque l'art doit surtout développer en nous le sentiment de la perfection.

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il ne supporte jamais la médiocrité : le vrai goût sup pose toujours un vif dégoût. Depuis Homère jusqu'à! Walter Scott, il n'existe en Occident que treize poètes véritablement grands, deux anciens, onze modernes, y compris même trois écrivains en prose ^ . Parmi tous les autres, on n'en citerait pas plus de sept dont la lecture puisse ou doive devenir journalière. Quant au reste, on le détruira sans doute presque entièrement, commue! aussi nuisible à l'esprit qu'au cœur, lorsque l'éducation régénérée aura permis d'en extraire tous les documents utiles, surtout historiques. Il n'y a donc pas lieu, dans» la sociocratie encore moins que dans la théocratie, à constituer une classe fixe, exclusivement occupée de lai culture poétique. Mais les prêtres, habituellement philosophes, deviendront momentanément poètes quandl notre Déesse aura besoin de nouvelles elTusions générales, qui suffisent ensuite, pendant plusieurs siècles,, au culte public et privé. Les compositions secondaires, naturellement plus fréquentes, seront livrées, d'ordinaire, à la spontanéité féminine ou prolétaire. Quanti aux deux arts spéciaux, l'apprentissage prolongé qu'ilsf exigent, surtout envers la forme, obligera, sans doute,i à leur consacrer quelques maîtres choisis, que l'éduca-i tion positive indiquera spontanément au sacerdoce directeur. Ils y deviendront de véritables membres, ou resteront de simples pensionnaires, suivant leur nature plus ou moins synthétique.

La Femme. Un tel éclaircissement vous permet, moai père, de passer immédiatement à votre dernière expli-

l. Homère, Eschyle, Dante, Thomas a Kempis, Arioste, Tasse, Cervantes, Shakespeare, C4aideron, Corneille, Milton, Molière et Walter Scott.

cation générale sur refficacité de notre culte. Son aptitude esthétique me semble évidente, mais je ne sens pas en quoi peut consister son influence scientifique.

Le Prêtre. x\ mieux développer partout, ma fille, la logique universelle, toujours fondée sur un digne concours des signes, des images, et des sentiments pour assister l'élaboration mentale^. La logique des isentiments est plus directe et plus énergique qu'aucune autre; mais ses moyens sont trop vagues et trop inflexibles. Eminemment disponibles, et suffisamment multipliés, les signes artificiels composent, par cette double propriété, la moindre efiicacité logique résultée de leur liaison faible et indirecte avec nos pensées. Mais les images doivent compléter un tel ensemble de secours intellectuels, et peuvent même seules Finstituer assez, d'après leur nature intermédiaire. Or, c'est surtout envers ce lien normal de notre vraie logique que le culte doit être efficace, quoiqu'il en développe seul les deux autres éléments. A cet égard, l'enfant qui prie dignement exerce mieux son appareil méditatif que Torgueilleux algébriste qui, faute de tendresse et d'imagination, ne cultive, au fond, que l'organe du langage, d'après un jargon spécial, dont le juste usage est très borné.

Cette indication fait assez entrevoir le principal résultat scientifique du culte positif. Il ne concerne ainsi

1. La logique comprend les lois qui président à Télaboration mentale.

L'élaboration mentale suppose des signes, des images. Elle suppose aussi des sentiments qui poussent et dirigent l'inteflii^ence, laqueUe, d'elle-même, ne va même pas vers le vrai (cf. Pol. Pos., l, 450).

qii<3 la méthode proprement dite, et fort peu la doc trine, sauf les notions morales, et même intellectuelles' que procurent spontanément nos pratiques relig-ieuses Mais la première aura toujours plus de prix que la se conde, comme les sentiments envers les actes, et 1 morale comparée à la politique. La plupart des travau théoriques accumulés jusqu'ici n'ont guère qu'une va leur logique : souvent ils ne nous apprennent que de notions oiseuses, et quelquefois nuisibles. Quoique c contraste provisoire doive beaucoup diminuer, quan» la discipline encyclopédique nous aura délivrés du fa tras académique, la vraie logique ne cessera jamais di prévaloir sur la science proprement dite, surtout pou le public, et même chez le sacerdoce.

La Femme. Il ne me reste, mon père, qu'à vous d6 mander quelle doit être la destination spéciale des deu:d autres entretiens que vous m'avez promis sur le cultî positif. Quoique je sente bien que nous n'avons pa| assez exploré ce beau domaine, je ne vois pas vers qucj nous devons encore y diriger nos efforts.

Le Prêtre. Vous le comprendrez, ma fille, en con sidérant que notre culte doit être, sous peine d'avortel ment radical, d'abord privé, puis public. Tels seronj les objets respectifs des deux entretiens suivants. Maisi avant d'y procéder, votre attention générale a besoH d'apprécier directement cette grande subordinationj d'où dépend, au fond, la principale efficacité de la relil gion positive.

Afin de la mieux saisir, concevez ces deux cultes comme s'adressant respectivement, le premier à U| Femme, le second à THumanité. Vous sentirez alor que notre Déesse ne comporte d'adorateurs sincère que ceux qui se sont préparés à son culte auguste pa

une digne pratique des secrets hommages journellement dus à ses meilleurs organes, surtout subjectifs, et même objectifs. En un mot, la véritable Eglise a toujours pour base primitive la simple Famille, encore plus dans Tordre moral que sous le pur aspect social. Le cœur ne peut pas davantage éviter un tel début, ensuite conservé comme stimulant habituel, que Tesprit ne peut dédaigner les moindres degrés encyclopédiques pour monter aux plus élevés, qui lui font toujours sentir le besoin de se retremper à la source. I C'est surtout la pratique assidue du culte privé qui Idistinguera finalement les vrais positivistes d'avec les ifaux frères dont nous allons être encombrés aussitôt que la vraie religion prévaudra. Sans un tel signe, une facile hypocrisie usurperait bientôt la considération due seulement aux adorateurs sincères de THumanité. Entre elle et la famille, il faudra même développer Fentremise normale résultée des sentiments naturels, aujourd'hui vagues et impuissants, qui nous rattachent spécialement à la Patrie proprement dite. L'impossibilité de bien cultiver ces affections intermédiaires ailleurs que dans des associations assez restreintes, fournira toujours le meilleur motif de la réduction, que j'aurai ultérieurement à vous expliquer, des grands Etats actuels à de simples cités convenablement esportées.

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