Dans les trois derniers chants de VEnfer
2. « La foi ne doit jamais être trahie, qu'on la donne à un « seul ou qu'on la donne à mille... Sans serment, ou sans autre « pacte plus explicite, il suffit qu'une fois on ait promis. » (Arioste, Roland Furieux^ chant 21°.)
BÉGIME PUBLIC ^^^
mille à rHumanité sans Fentremise de la Patrie. 3S lors, la vie publique me semble offrir nécessaiment deux degrés bien distincts, en y considérant abord les relations civiques, puis les rapports uni-
, Le Prêtre. En effet, ma fille, cette distinction déterine le plan général du présent entretien. Mais, avant 3 rappliquer, il faut lui procurer assez de précision l de consistance, en restreignant la sainte notion de latrie, devenue trop vague, et par suite presque sté- ;.le, chez les modernes, d'après Vexorbitanteextension les États occidentaux. En complétant l'indication bauchée dans l'étude du dogme, vous devez ici conceoir les futures républiques comme beaucoup plus cironscrites que ne l'annoncent aujourd'hui les préjugés évolutionnaires. La dissolution graduelle du système olonial depuis Findépendance américaine n'est, au ond, que le début d une irrévocable dislocation de ^utes les dominations trop vastes qui surgirent depuis la rupture du lien catholique.
I Dans Tordre final, les États occidentaux n'auront pas ime étendue normale supérieure à celle que nous offrent naintenant la Toscane, la Belgique, la Hollande, et aientôt la Sicile, la Sardaigne, etc. Une population ïxm à trois millions d'habitants, au taux ordinaire de soixante par kilomètre carré, constitue, en effet, l'extension convenable aux États vraiment libres. Car on ne doit qualifier ainsi que ceux dont toutes les parties sont réunies, sans aucune violence, par le sentiment spontané d'une active solidarité. La prolongation de la paix occidentale, en dissipant les craintes sérieuses d'invasion extérieure et même de coalition rétrograde, fera bientôt sentir partout le besoin de dissoudre paisi-
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blement des agrégations factices désormais dépourvueJ de vrais motifs. Avant la fin du xix® siècle, la llépu' bliqiie française se trouvera librement décomposée ei| dix-sept républiques indépendantes, formées chacun» de cinq départements actuels. La prochaine séparatioi' de rirlande doit ensuite conduire à rompre les liens ar' tificiels qui réunissent aujourd'hui TEcosse, et même h pays de Galles, à TAngleterre proprement dite. Unt semblable décomposition s'opérant dans tous les Étatt trop vastes, le Portugal et l'Irlande, si nulle divisiorl n'y surgit, formeront, au début du siècle suivant, les plus grandes républiques de l'Occident. C'est à des patries ainsi restreintes qu'il faut appliquer ici Tappré-' ciation normale du régime public. Alors le sentiment national devient un véritable intermédiaire entre Taffection domestique et l'amour universel.
La Femme. D'après cette précieuse simplification de la politique positive, j'espère ne trouver, mon père< aucune grave difficulté dans votre explication directe de notre régime public.
Le Prêtre. Il consiste tout entier, ma fille, à réaliser dignement cette double maxime : Dévouement^ des forts aux faibles ; vénération des faibles pour les' forts. Aucune société ne peut durer si les inférieurs^ ne respectent pas leurs supérieurs. Rien ne confirme! mieux une telle loi que la dégradation actuelle, où, faute d'amour, chacun n*obéit qu'à la force, quoique l'orgueil révolutionnaire déplore la prétendue servilité de nos ancêtres, qui savaient aimer leurs chefs. La seconde partie de la double condition sociale est donc commune à tous les temps. Mais la première ne fut réellement introduite qu'au moyen âge ; puisque toute l'antiquité pensait autrement, sauf d'heureuses excep-
dons personnelles, comme le témoigne son aphorisme avori : Paucis nascitur humanum genus ^ Ainsi, 'harmonie publique repose sur l'activité combinée des leux meilleurs instincts altruistes, respectivement conrenables aux inférieurs et aux supérieurs dans leurs apports mutuels -. Toutefois, ce concours ne peut mrgîr et persister que chez des âmes assez préparées par une suffisante habitude de la plus énergique, poique la moins éminente, des trois inclinations sympathiques^, d'après un juste essor des affections domestiques.
Une telle solution réside entièrement dans la séparation fondamentale entre les deux puissances spirituelle et temporelle. On ne peut assurer le dévouement des forts aux faibles que par l'avènement d'une classe de forts qui ne puisse obtenir d'ascendant social qu'en se dévouant aux faibles, d'après leur libre vénération. C'est ainsi que le sacerdoce devient l'âme de la vraie sociocratie. Mais cela suppose qu'il se borne toujours à jConseiller, sans pouvoir jamais commander.
Voilà pourquoi j'ai tant insisté sur sa renonciation complète au pouvoir, et même à la richesse. Afin de la mieux garantir, il faut aussi que les prêtres s'abstiennent de tirer aucun profit matériel de leurs travaux quelconques, livres ou leçons, de manière à toujours subsister seulement de leurs traitements annuels. Le budget central du sacerdoce pourvoira, sauf exception, à l'impression de tous leurs écrits, sous la seule obHgation de les signer, et en laissant la distribu-
1. Lucain, Pharsale, liv. V. « Le genre humain ne vit que pour « quelques-uns. »