Voir note, p
Ipour préparer le théâtre humain. Mais son principal bienfait consiste à diriger spontanément la première des révolutions sociales, celle qui sert de base à toutes les autres, le passage à l'état sédentaire. Cette grande transformation, dont la difficulté n*est pas moins méconnue que rimportance, appartient certainement au fétichisme, d'après le profond attachement qu'il nous inspire pour le sol natal.
La principale imperfection de ce régime spontané consiste à ne laisser surgir que très tardivement un sacerdoce quelconque, propre à régler ensuite Tessor humain. Car, ce culte, quoique très développé, n'exige d'abord aucun prêtre, vu sa nature essentiellement privée, qui permet à chacun d'adorer sans intermédiaire des êtres presque toujours accessibles. Toutefois, le sacerdoce finit par y surgir, quand les astres, longtemps dédaignés, deviennent les principaux fétiches, dès lors communs à dévastes populations. Leur nature inaccessible étant assez reconnue, elle suscite une classe spéciale, destinée à transmettre les hommages et commenter les volontés. Mais, dans cet état final, le fétichisme touche au polythéisme, qui partout provint de l'astrolâtrie ; comme l'indiquent encore les noms des grands dieux, toujours empruntés aux astres les plus propres à perpétuer la synthèse fictive ^
La Femme. Quoique ce passage se soit accomplisans effort, il me semble, mon père, constituer la plus difficile des révolutions préliminaires de notre intelligence. Car nous devons alors substituer brusquement
i. L'astrolâtrie transforme le fétichisme « en faisant mieux « contraster la régularité céleste et l'instabilité vitale » [Pol.
Pos., lîl, i56}.
l'inertie à Tactivité dans notre conception générale dei la matière, pour motiver Tinfluence divine ^
Le Prêtre. Toutefois, ma fille, les agents extérieure s'introduisent spontanément quand l'esprit humain atteignant sa seconde enfance, s'élève de la contemplation des êtres à celle des événements, seule basti possible des méditations scientifiques^. Enprolongeani la méthode initiale, les phénomènes, considérés simultanément chez beaucoup de corps, sont alors attribués à des volontés plus générales, nécessairement émanées du dehors. Cette transformation intellectuelle devrait nous devenir familière, d'après les fréquents exemples que nous pouvons en observer, à Tâge correspondanl de l'évolution individuelle.
Quoi qu'il en soit, c'est principalement du polythéisme que dépend l'ensemble de la préparation humaine, surtout sociale, et même mentale. D'abord, il complète seul la philosophie initiale, en l'étendant £ nos plus hautes fonctions, qui suscitent bientôt l'occupation favorite des dieux. Car, le fétichisme, essem tiellement relatif au monde matériel, ne pouvait distinctement embrasser notre existence intellectuelle et morale, d'où procédaient, au contraire, toutes seg explications physiques. Mais, en introduisant des êtres surnaturels, on peut les adapter à cette nouvelle! destination, qui ne tarde point à prévaloir. En même temps, le polythéisme suscite nécessairement un sacer^ii
1. Quand on rejette les volontés divines en dehors de U matière, on est nécessairement amené à considérer celle-c comme passive, ce qui est, d'après Comte, une erreur.
2. Ainsi, c'est l'esprit positif qui transforme le fétichisme ei j polythéisme, parce qu'il décompose les êtres en événements, di même qu'il transforme le polythéisme en monothéisme, parc< i qu'il conçoit la liaison universelle des faits.
PASSÉ FÉTICHIQUE ET THÉOGRATIQUE 343
doce proprement dit, ou plutôt consolide et développe celui que Tastrolâtrie avait fondé.
Au milieu des variétés que présente le régime correspondant, on remarque deux institutions connexes, qui sont communes à tous ses modes : la confusion radicale des deux puissances spirituelle et temporelle; ['esclavage de la population laborieuse.
Tous les motifs, même intellectuels, et surtout sociaux, concourent spontanément à l'explication de la première. D'abord, on ne peut se borner à conseiller quand on parle au nom d'une autorité sans limites, dont toutes les inspirations deviennent naturellement des commandements absolus. En second lieu, notre régime préliminaire devait surtout développer les diverses forces humaines, en réservant à l'ordre final leur sage régularisation d'après l'ensemble d'un tel apprentissage. Tous les pouvoirs devaient donc s'y trouver profondément combinés, afin de surmonter assez l'indiscipline naturelle de l'homme primitif. La division des deux puissances humaines eût radicalement entravé la destination active de ce régime, en s'opposant à l'essor des conquêtes. Enfin l'intime discordance entre les conceptions théoriques et les notions pratiques exigeait alors que ces deux ordres de pensées occupassent également chaque cerveau, pour que leurs vices respectifs pussent s'y neutraliser assez. D'une autre part, cette indispensable concentration s'accomplit spontanément; comme le témoigne l'impuissance de concevoir alors une vraie séparation entre le conseil et le commandement, même chez les philosophes les mieux disposés.
Une semblable remarque convient à l'esclavage antique, toujours jugé nécessaire à l'ordre social, jus-
qu'aux temps voisins d'une irrévocable émancipation. L'esclave, comme le rappelle encore Tétymologie ' latine', fut d'abord un prisonnier de guerre, épargné i pour le travail, au lieu d'être détruit ou dévoré. D'après la nature conciliante du polythéisme, il pouvait con-l server son propre culte, en le subordonnant à la reli-i gion du vainqueur, devenu son chef spirituel et tem- 1 porel. Cette condition sociale, à laquelle personne j n'était entièrement soustrait, vu les vicissitudes de la
guerre, se trouvait alors assez naturelle pour être sou- \ vent acceptée indépendamment de sa source militaire,* qui pourtant prévalut toujours.
L'institution de l'esclavage forma doublement la base de la civilisation ancienne, d'abord comme indispen-l sable à l'essor des conquêtes, puis afin d'habituer<| l'homme au travail, ainsi devenu le seul moyen d'amélioration personnelle, après avoir été le gage de la vie. Sous tous ces aspects, on ne peut aucunement la com-l parer à l'éphémère monstruosité que suscita la colonisation moderne.
La Femme. Après cet aperçu général du régimel polythéique, j'aurais besoin, mon père, de connaître! sommairement ses principaux modes.
Le Prêtre. Le plus fondamental consiste, ma fille.ii dans la théocratie proprement dite. Ce polythéisme! conservateur constitue le seul ordre vraiment complet que comporte l'ensemble de la préparation humaine. | dont toutes les autres phases n'offrent que des modifi-i cations dissolvantes de ce régime primitif, unique source de leur consistance partielle.
Il repose sur deux institutions connexes, l'hérédité