‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 94 sur 101 · DOUZIÈME ET DERNIER ENTRETIEN TRANSITION PROPRE A L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

DOUZIÈME ET DERNIER ENTRETIEN TRANSITION PROPRE A L'OCCIDENT

La Femme. Je conçois ainsi, mon père, la nature et la succession des trois grandes phases propres à la transition nécessaire qui nous sépare des temps homériques. Mais j'aurais besoin de mieux comprendre leur marche et leur enchaînement, en commençant par révolution grecque.

Le Prêtre. Son immortel éclat ne doit pas vous empêcher, ma fille, de déplorer son contraste général envers l'évolution romaine, quant à leur influence respective sur les populations correspondantes. A Rome, il s'agit d'une construction collective, à laquelle tous les hommes libres doivent toujours participer active- I ment, sous peine d'un avortement radical. En Grèce, la population reste essentiellement passive, et forme une sorte de piédestal à quelques penseurs vraiment éminents, dont le nombre total, pour l'art, la philosophie et la science ne dépasse pas cent, depuis Homère et Hésiode jusqu'à Ptolémée et Gallien. D'un côté, la haute activité commune procure à la nation une noblesse universelle, dont les vestiges sont encore appréciables. Mais, de l'autre, la monstrueuse prépondérance accordée à la spéculation sur l'action aboutit à la dégradation, trop sensible aujourd'hui, d'une popu-

lalion sacrifiée qui finit par mettre au-dessus de tout les talents d'expression. La conquête romaine préserva seule les cités grecques de tomber chacune sous la vile tyrannie de quelque rhéteur.

Ces peuplades trop vantées^ ne comportèrent vraiment qu'une belle phase sociale, à peine prolongée pendant deux siècles, et même interrompue souvent par leurs misérables contestations. Rlle résulta de leur admirable lutte, d'abord défensive, puis oITensivc, contre la violente oppression dont la théocratie persane menaçait ce précieux noyau de libres penseurs, alors chargé des destinées intellectuelles de rHumanité. Mais, là même, c'est surtout à quelques citoyens incomparables que sont dus les succès principaux : car chaque population s'y montre souvent disposée à sacrifier la défense commune aux rivalités mutuelles.

Dans cette longue élaboration mentale, il faut distinguer trois phases inégales^, fidèlement caractérisées au tableau concret. Le mouvement commence par l'art, dont Homère est l'éternel représentant. Il fallait bien que la poésie, à la fois plus indépendante et plus gênée, se détachât la première du tronc théocratique^, de manière à commencer l'émancipation occidentale. Elle prépare l'avènement de la philosophie qui, d'abord ébauchée par Thaïes et Pythagore, se personnifie enfin dans l'incomparable Aristote, tellement supérieur à son

]. La civilisation grecque est caractérisée « par des tendances « subversives propres à des populations où firrévocable rupture « du lien théocratique ne se trouva pas compensée par un véritable essor de la discipline militaire » [Pol. Pos., 111, 270).

2 La phase poétique, la phase philosophique, la phase scientifique^

3. La théocratie gêne d'autant plus la poésie que le polythéisme n'est pas, comme le fétichisme, favorable au sentiment.

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temps qu'il ne put être apprécié qu'au moyen âge.

' Sous son éternelle élaboration, ce second essor devient

assez caractérisé pour faire bientôt sentir aux vrais

' penseurs Fimpossibilité de le dépasser sans un long

f préambule scientifique qui pût assez développer sa

première base positive. Alors la science réelle, admi-

I rablement représentée par Archimède, devint, à son

! tour, l'objet principal du génie grec, dont Faptitudc

esthétique et la puissance philosophique se trouvaient

irrévocablement épuisées.

La Femme. Quant à la préparation romaine, je l'ai toujours trouvée, mon père, beaucoup mieux appréciable, d'après le caractère homogène et tranché qui distingue cette admirable ascension graduelle vers la domination universelle. Le principal ouvrage de Bossuet contient, à cet égard, d'éminents aperçus, que jo connais depuis longtemps'. Ce système politique est ' tellement saisissable qu'il put être assez défini par 1 quelques vers incomparables, qui me furent expliqués jadis-. Quoiqu'ils n'indiquent que la destination extérieure, ils font sentir combien la constitution intérieure s'y trouvait intimement liée.

Le Prêtre. Vous n'avez plus, ma fille, qu'à compléter un tel ensemble en distinguant ses deux phases essentielles. Tant que l'incorporation romaine n'embrassôi point la majeure partie de l'Occident, l'activité guerrière dut être dirigée par la caste sénatoriale, forte de son ascendant théocratique, d'après lequel Fessor com-

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