‹ Catéchisme positiviste; ou, Sommaire exposition de la religion universelle, avec une introduction et des notes explicativesChapitre 95 sur 101 · Discours sur V histoire universelle · texte numérisé non relu

Discours sur V histoire universelle

2. « Tu regere imperio populos, Romane, mémento, « Haec tibi erant artes, pacisque imponere moren, « Parcere subjectis, et debellare superbos y>.

[Enéide, 1. VI.)

mun contenait suffisamment les jalousies plébéienneh. Mais cette constitution militaire dut changer quand la domination fut assez étendue et consolidée pour ne plus absorber la sollicitude du peuple, dont les empereurs devinrent les vrais représentants contrôla tyrannie patricienne. Virgile caractérisa la politique romaine, personnifiée dans rincomparable César, au temps même où ce système éprouvait, à Finsu du tendre poète, cette transformation décisive, premier symptôme de son déclin nécessaire.

Ces deux phases presque égales, l'une éminemment progressive, Tautre essentiellement conservatrice, ont eu chacune beaucoup d'efficacité sociale pour l'ensemble de la préparation occidentale. Si nous devons à la première la salutaire domination qui comprima partout des guerres stériles et pourtant continues, nous sommes redevables à l'autre des bienfaits civils de cette incorporation politique, d'après l'uniforme propagation de l'évolution grecque. En conquérant la Grèce, Rome lui rendit toujours un digne hommage, et consacra son influence à répandre des résultats esthétiques, philosophiques et scientifiques, dont la principale destination exigeait une telle dissémination.

Quand les derniers mouvements, l'un intellectuel, l'autre social, propres à l'antiquité, se furent ainsi combinées irrévocablement, la préparation humaine tendit aussitôt vers sa dernière phase nécessaire. Le développement, théorique et pratique, de nos principalcL forces ne tarda point à faire profondément sentir lebe-fj soin de les régler. Car la discipline spontanée qui résul- | tait d'un but temporaire se trouva radicalement dissoute dès qu'il fut assez atteint. Alors l'esprit et le^î cœur se livrèrent à des dérèglements sans exemples, '

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OÙ tous nos trésors intellectuels et matériels se dissipaient en ignobles satisfactions d'un égoïsme effréné. lEn même temps que la régénération devenait indispen- ; sable, l'ensemble des antécédents gréco-romains paraissait lui fournir une base systématique, d'après la prépondérance intellectuelle du monothéisme, combinée avec la tendance sociale vers une religion univer- ' selle.

Le catholicisme surgit ainsi pour satisfaire cet immense besoin de discipline complète, sous l'impulsion [trop méconnue de l'incomparable saint Paul, dont la Isublime abnégation personnelle facilita l'essor de l'uni- :té naissante, en laissant prévaloir un faux fondateur '. Mais la nature profondément contradictoire d'une telle i construction indiquait déjà cette dernière transition I comme plus rapide et moins étendue que les préparations précédentes. Car le but principal n'y pouvait être atteint que d'après la séparation radicale des deux pouvoirs humains, spontanément émanée d'ailleurs d'une situation où le monothéisme grandissait lentement sous la domination politique du polythéisme. I Néanmoins, une telle division restait toujours incompatible avec le génie nécessairement absolu du théologisme, qui, surtout dans sa concentration monothéique, ne permet au sacerdoce de se borner au conseil qu'autant qu'il ne peut pas saisir le commandement.

Cette contradiction nécessaire se caractérise surtout

1. Saint Paul, d'après Aug. Comte, fut le vrai fondateur du catholicisme, mais il fallait « un révélateur divin dans la cons- « truction du monothéisme occidental ». 11 y eut chez saint Paul: « une disposition spontanée à se subordonner à quelqu'un des « aventuriers que durent alors tenter souvent l'imagination mo- « nothéiqueen aspirant àla divinisation personnelle.» (Po/. Pos., I III, 409-10.)

par deux contrastes généraux, l'un social, Tautre intellectuel. On ne peut alors fonder la discipline humaine que sur la vie future, à laquelle le nouveau sacerdoce \ procure une importance jusqu'alors inconnue, même ;j en Judée, afin de s'en faire un domaine exclusif. Mais un tel mode devenait impropre à régler Texistence réelle, car il détournait de la société pour pousser chaque croyant à l'ascétisme solitaire. D'une autre part, l'intime discordance entre la théorie et la pratique, qui se trouvait dissimulée, et même compensée, tant que les deux pouvoirs restaient confondus, se manifesta complètement d'après leur séparation. La concentration monothéique développa surtout le contraste nécessaire entre les volontés arbitraires et les lois immuables. Car l'ingénieuse conciliation qu'Aristoteleur avait pré- . parée n'était destinée qu'à la phase ultérieure où Tesprit positif tendrait d'abord à son ascendant final sous i la tutelle théologique ^ .

D'après l'ensemble de ces oppositions, il faut peu^ s'étonner que le mouvement catholique ait été longtemps n repoussé, comme une véritable rétrogradation, par les meilleurs types, théoriques ou pratiques, de l'empire romain. Ces chefs éminents se trouvaient graduellement disposés, depuis Scipion et César, a l'avènement direct du règne de l'Humanité, sous la prépondérance simultanée de l'esprit positif et de la vie industrielle. Mais ils n'avaient pas aperçu la nécessité d'une dernière préparation sociale, essentiellement relative au sentiment, pour amener le régime final par la double éman-

1. Cette conciliation, systématisée par Malebranche, consiste à prétendre que Dieu agit conformément à des lois. Aristote la prépare en subordonnant la causalité à la finalité.

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cipation réservée au moyen âge envers les femmes et les travailleurs.

La Femme. Ce grand résultat me semble, mon père, n'être ici rapporté d'abord au catholicisme qu'afm de Tnieux caractériser sa filiation historique, en le représentant comme pouvant émaner du régime ancien sous a nouvelle impulsion religieuse. Mais il fut secondé profondément et même beaucoup accéléré, par Tiniluence féodale. Le catholicisme, qui jadis eut ma foi, doit toujours conserver ma vénération. Pourtant, je ne pus jamais m'empêcher de lui préférer secrètement la chevalerie, dont j'entends encore retentir, au xvi® siècle, le noble résumé : Fais ce que dois^ advienne que pourra.

Le Prêtre, Je n'ai, ma fille, qu à compléter votre juste appréciation en vous faisant sentir que l'état féodal, attribué mal à propos aux invasions germaniques, devint lui-même une suite nécessaire du régime romain, qui finit par y tendre spontanément, car l'extension de Tempire changea bientôt la conquête en défense^. Of^ les deux autres caractères politiques du moyen âge résultent nécessairement de cette transformation principale. D'une part, elle changea graduellement Tesclavage en servage, après avoir naturellement restreint la traite à l'intérieur du monde romain. En même temps, elle (décomposa de plus en plus la domination centrale en •autorités locales, chargées chacune d'une défense par- 'tielle, et dont la subordination hiérarchique constitua [la féodalité proprement dite. Le catholicisme ne fit que (sanctionner spontanément cette triple tendance politique, en recommandant la paix, l'émancipation et la

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