PREMIÈRE PARTI K
semble des fonctions intellectuelles et morales, sans aucune allusion à l'entité correspondante.
D'après cette haute notion, la vraie population humaine se compose donc de deux masses toujours indispensables, dont la proportion varie sans cesse, en tendant à faire davantage prévaloir les morts sur les vivants dans chaque opération réelle. Si l'action et le résultat dépendent surtout de l'élément objectif , l'impulsion et la règle émanent principalement de l'élément subjectif. Libéralement dotés par nos prédécesseurs, nous transmettons gratuitement à nos successeurs l'ensemble du domaine humain, avec une extension de plus en plus faible en proportion de ce que nous reçûmes. Cette gratuité nécessaire trouve sa digne récompense dans l'incorporation subjective qui nous permettra de perpétuer nos servives en les transformant.
Quoiqu'une telle théorie semble constituer aujourd'hui le dernier effort systématique de l'esprit humain, les plus lointaines évolutions en offrent toujours le germe spontané, déjà senti chez les plus an ciens poëtes. La moindre peuplade, et même chaque famille un peu considérable , se regarde bientôt comme la souche essentielle de celte existence composée et progressive qui ne comporte, dans l'espace et dans le temps, d'autres limites nécessaires que celles de l'état normal propre à sa planète. Quoi-
?fi CATÉCHISME POSITIVISTE.
que le Grand-Être ne soit pas encore assez formé . les plus intimes collisions ne cachèrent jamais son évolution graduelle , qui , systématiquement appréciée, fournit aujourd'hui la seule base possible de notre unité finale. Même sous Tégoîsme chrétien , qui dictait au dur Saint- Pierre la maxime caractéristique : Regardons-nous sur la terre comme des étrangers au des exilés, on voit déjà l'admirable Saint-Paul devancer, par le sentiment, la conception de l'Humanité, dans cette image touchante mais contradictoire : Nous sommes tous tes membres les uns des autres. Le principe positiviste devait seul révéler le tronc unique auquel appartiennent nécessairement tous ces membres spontanément confus.
La Femme, Je ne puis m empêcher, mon père , d'admettre cette conception fondamentale, quelques difficultés qu'elle m'offre encore. Mais je m'effraye de ma nullité personnelle envers une telle existence, dont l'immensité m'efface davantage que ne le fit jadis la majesté d'un Dieu avec lequel, quoique chétive, je me sentais une relation propre et directe. Après m'avoir dominée par la prépondérance croissante du nouvel Être-Suprême, j'ai donc besoin que vous ranimiez en moi le juste sentiment de mon individualité.
Le Prêtre. Cela va résulter, ma fille, d'une ap- . prédation plus complète du dogme positif. Il suffit
PREMIÈRE PARITE.
de reconnaître que , quoique l'ensemble de l'Humanité constitue, toujours le principal moteur de nos opérations quelconques, physiques, intellectuelles, ou morales , le Grand-Être ne peut jamais agir que i parles organes individuels. C'est pourquoi la population objective , malgré sa subordination croissante envers la population subjective , reste nécessairement indispensable à toute influence de celle-ci. Mais, en décomposant cette participation collective, cm la voit finalement résulter d'un libre concours entre des efforts purement personnels. Voilà ce qui doit relever chaque digne individualité en présence du nouvel Être-Suprême davantage qu'envers l'ancien. En effet, celui-ci n'avait réellement aucun besoin de nos services quelconques, sinon pour de vains éloges, dont la puérile avidité devait même le dégrader à nos yeux. Rappelez- vous ce vers décisif de T Imitation •
Je te suis nécessaire , et tu m'es inutile.
Peu d'hommes , sans doute , sont autorisés à se regarder comme réellement indispensables à l'Humanité : cela ne convient qu'aux vrais promoteurs de ©os principaux progrès. Mais toute digne existence humaine peut et doit sentir habituellement Futilité de sa coopération personnelle h cette immense "évolution , qui cesserait nécessairement aussi-
tôt que tous ses minimes éléments objectifs auraient à la fois disparu. Le développement , et même la conservation, du Grand-Être, restent donc subordonnés toujours aux libres services de ses divers enfants, quoique l'inaction de chacun deux soit ordinairement susceptible d'une suffisante compensation.
La Femme. Cette explication complémentaire ayant assez dissipé mes premiers embarras, je vous prie, mon père, de m'exposer maintenant la coordination systématique de l'ensemble du dogme positif autour d'une telle unité.
Le Prêtre. Vous devez , pour cela , renoncer d'abord, ma fille, à toute prétention d'unité absolue, extérieure, en un mot objective; ce qui vous sera plus facile qu'à nos docteurs Un tel vœu, compatible avec la recherche des causes , devient con tradictoire à l'étude des lois, c'est-à-dire des relations constantes saisies au milieu d'une immense diversité. Celles ci ne comportent qu'une unité purement relative, humaine, en un mot subjective. En effet, les lois sont nécessairement multiples, d'après l'impossibilité notoire de faire jamais rentrer l'un dans l'autre les deux éléments généraux de toutes nos conceptions réelles , le monde et l'homme. Même quand on parviendrait à condenser chacune de ces deux grandes études autour d'une seule loi