PREMIÈRE PARTIE
de concevoir enfin l'ensemble de ce grand spectacle. Les variations quelconques des opinions humaines ne sauraient jamais devenir purement arbitraires, quoique je ne puisse démêler aucunement leur marche générale.
Le Prêtre, Elle consiste, ma fllle, dans le passage nécessaire de toute conception théorique par trois états successifs : le premier, théologique, ou Actif; le second, métaphysique, ou abstrait ; le troisième, positif, ou réel. Le premier est toujours provisoire, le second purement transitoire , et le troisième seul définitif. Ce dernier diffère surtout des deux autres par sa substitution caractéristique du relatif à l'absolu, quand l'étude des lois remplace enfin la recherche des causes. Entre les deux premiers, il n'existe, au fond, d'autre différence théorique que la réduction des divinités primitives à de simples entités. Mais une telle transformation enlevant aux fictions surnaturelles toute forte consistance, surtout sociale, et môme mentale, la métaphysique reste toujours un pur dissolvant de la théologie, sans pouvoir jamais organiser son propre domaine. Aussi cette doctrine de révolte et de modification ne comporte-t-elle, dans notre évolution originale, individuelle ou collective, aucune autre efficacité que de permettre la transition graduelle du théologisme au positivisme. Elle s'adapte d'autant mieux à cet office
ftf cA/rÉCHiaxrc positiviste.
passager que ses conceptions équivoques peuvent alternativement devenir, ou des représentations abstraites des agents* surnaturels, ou des qualifications générales des phénomènes correspondants, suivant qu'on est plus près de l'état fictif ou de l'état réeh
La Femme. Quoique cette loi dynamique se trouve assez confirmée déjà par ma propre expérience, je désire, mon père, saisir, autant que possible, le principe intellectuel d'une telle évolution.
Le Prêtre. Il résulte , ma fille , de la loi statique qui nous force à tirer de nous-mêmes les liens subjectifs de nos impressions objectives, lesquelles, sans cera, resteraient toujours incohérentes. Les vraies relations ne pouvant jamais être aperçues que d'après une analyse difficile et graduelle , que je vais vous expliquer, nos premières hypothèses furent purement spontanées, et dès lors fictives. Mais, cette disposition générale, qui constituerait maintenant un excès de subjectivité , se trouvait d'abord conforme à notre situation mentale, où l'évolution ne pouvait surgir que d'une telle initiative. Une longue épreuve, encore insuffisante aujourd'hui pour les esprits arriérés, devait seule nous dévoiler l'inanité nécessaire de la recherche des causes. Or, ce vain problême nous présenta longtemps un attrait invincible, à la Ibis théorique et pratique, en nous promettant de procéder toujours par déduction sans exiger aucune in-