PREMIÈRE PARTIE
complémentaire que je liens d'assigner au mouvement intellectuel. Ainsi conçue , elle est surtout subjective, comme devait l'être celle qu'elle assiste. Mais vous savez aussi que ce classement comporte directement une signification objective, en réglant la dépendance générale des divers phénomènes. Dans cette nouvelle appréciation, sa destination devient surtout statique , pour caractériser, non la coexistence de nos différents progrès théoriques, mais l'ordre fondamental qui domine l'ensemble des événements quelconques. La lot de classement se trouve pleinement distincte alors de la loi de filiation, quoique leur intime connexité explique assez la simultanéité de leur découverte.
Avant de vous exposer cette grande hiérarchie théorique, je dois assez circonscrire son champ générai Cela résulte, au fond, de ia vraie distinction philosophique enfre la spéculation et l'action. Tandis que la pratique reste nécessairement spéciale , la véritaète théorie est toujours générale. Mais sa généralité caractéristique ne s'acquiert jamais qu'à l'aide d'une abstraction préalable , qui altère plus ou moins la réalité de ses conceptions. Quels que soient les dangers pratiques d'une telle altération, il faut s'y réstgnerpour obtenir la cohérence que peut seule pro* curer une entière universalité des lois théoriques. La sagesse vulgaire proclame justement que toute règle
comporte des exceptions. Pourtant, notre intelligence a partout besoin de trouver enfin des règles qui ne soient jamais en défaut, afin d'éviter une fluctuation indéfinie.
On ne peut y parvenir qu'en décomposant, autant que possible, l'étude des êtres, seule directe ordinairement, da::s celles des divers événements généraux qui composent l'existence de chacun d'eux. Nous obtenons ainsi des lois abstraites dont les différentes combinaisons expliquent ensuite chaque économie concrète. Quoique très multipliées en elles-mêmes, ces lois irréductibles, sur lesquelles repose toute notre sagesse théorique, sont beaucoup moins nombreuses que les règles particulières qu'elles dominent. Ces dernières, outre leur nombre, résisteront toujours , en vertu de leur complication naturelle, à nos meilleurs efforts, tant inductifs que déductifs. Mais aussi leur connaissance nous serait essentiellement inutile, sauf les rares influences qui réellement affectent nos destinées. Pour ces cas exceptionnels, le génie pratique, devenu seul compétent, peut toujours trouver des règles empiriques qui suffisent à noire conduite, en s' aidant avec sagesse des indications générales émanées du génie théorique. Car la régularité des événements composés, quoique moins appréciable que celle de leurs éléments généraux, en résulte nécessairement, de manière à pouvoir se manifester