‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 29 sur 110 · PREMIERE PARTI · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTI

d'après une observation spéciale assez prolongée.

Noos ne connaîtrons jamais, par exemple, les lois générales des variations propres à la constitution normale de l'atmosphère terrestre. Toutefois les navigateurs et les agriculteurs savent tirer, de leurs observations locales ou temporaires, des règles particulières qui, quoique empiriques, nous dispensent essentiellement de la prétendue météorologie. Il en est ainsi pour toutes les autres études concrètes, géologiques, zoologiques, et même sociologiques. Tout ce que le génie pratique n'y peut réellement aborder demeurera toujours oiseux. La véritable science reste donc nécessairement abstraite. Ses lois générales envers les catégories peu nombreuses qui comprennent tous les phénomènes observables suffisent pour démontrer toujours l'existence des lois concrètes, quoique la plupart de celles-ci ne puissent ni ne doivent être jamais connues, sauf les cas pratiques.

La Femme. J'entrevois, mon père, la profonde sim- ' plification que doit éprouver votre construction philosophique d'après celte analyse fondamentale qui ramène l'étude des êtres à celles des événements. Mais je suis effrayée de l'abstraction habituelle qu'exige un tel régime scientifique, quoique je sois heureusement dispensée d'y participer. Son institution me parait même au-dessus de nos forces intellectuelles, si tous les ordres de phénomènes doivent être directement

;Vl CATÉCHISME POSITIVISTE.

étudiés chez le Grand Être qui seul bous en offre l'ensemble.

Le Prêtre» Pour vous rassurer, ma ftlîe, SI suffit de considérer sous un nouvel aspect le principe général <le la hiérarchie abstraite. Quoiqu'il n'institue directement que la subordination des événements, il doit aussi conduire indirectement à celle (tes éXres, Car les phénomènes ne sont plus généraux qu'autant qu'ils . appartiennent à de plus nombreuses existences. Les plus simples de tous, quoique répandus partout, doivent donc se trouver chez des êtres qni ne nous en offrent pas d'autres, et où leur étude propre dévient dès lors mieux accessible. A la vérité, le second degré théorique sera toujours réuni nécessairement au premier; c'est surtout cela, plus que la nature môme des phénomènes, qui constitue l'accroissement de complication. Mais, quelles que soient ces accumulations successives, chaque nouvelle catégorie d'événements pourra s'étudier sur des êtres indépendants des suivantes, quoique soumis aux précédentes, dont Fappréciation préalable permettra de concentrer l'attention vers la classe introduite. Quand même les êtres ne seraient pas toujours distincts, la méthode positive conservera sa principale efficacité s'ils présentent des états différents , ce qui ne saurait manquer jamais , d'après la nature d'un tel classement. Ainsi , la hiérarchie théorique que je vais vous exposer , quoique

d'abord- destinée» à fournir setriement' une échelle des phénomènes, constitue nécessairement' la véritable échelle des êtres , m ch» motos* des existences. EHe devient alternative ment abstraite ou concrète, suivant que 1 sai destination est subjective ou objective: (S'est pourquoi fc' subordination encyclopédique des arts coïncide essenfie lie ment avec celle des sciences.

La* Femme. Avant que vous procédiez, mon père, à cette exposition hiérarchique, dont je commence à saisir le principe général, je vous prie de* nVexpliquer directement la marche qu'il y; faut suivre: Pour cimenter i'uoion fondamentale entre le mondeet Fhomme, elle semble pouvoir également partir de chacun d'eux en» tendant vers l'autre. Son usage habituel me parait même exiger quelle puisse, comme toute autre éehelle, devenir indifféremment ascendante ou descendante. Mais j'ignore si cette double voie convient à sa construction.

Le* Prêtre: Le concours normal de ces deux méthodes,!' une. objective, l'autre' subjective, est aussi nécessaire, ma fille, à la formation qn'à rapplication de la hiérarchie théorique. Son élaboration spontanée dépendit de la première; mais son institution systématique exigea la seconde. Chaque initiation individuelle doit ici, comme eu tout autre cas important, représenter eseenticilemonti l'évolution eoHectfve,

sauf que désormais on fera sciemment ce qui jadis s'accomplit aveuglément. La combinaison de ces deux marches permet seule de réunir leurs avantages en neutralisant leurs dangers. Monter du monde à l homme sans être d'abord descendu de l'homme au monde, expose à trop étendre les études inférieures, en perdant de vue leur vraie destination théorique, de manière à consumer nos efforts scientifiques sur des puérilités académiques, aussi contraires à l'esprit qu'au cœur. La liaison et la dignité sont alors sacrifiées à la réalité et à la netteté. C'est pourtant ainsi que dut procéder la positivité abstraite, pendant le long préambule scientifique qui s'étend de Thalès et Pythagore jusqu'à Bichat et Gall, afin d'élaborer les matériaux successifs de la systématisation finale. Les besoins supérieurs de notre intelligence ne furent alors satisfaits imparfaitement que d'après la tutelle hétérogène qu'exerçait encore l'esprit théologico-métaphysique. Mais, aujourd'hui que le principe universel de la synthèse définitive se trouve irrévocablement posé d'après cette immense préparation, la méthode subjective, devenue enfin aussi positive que la méthode objective, doit prendre directement l'initiative encyclopédique. Elle seule peut instituer convenablement la construction que l'autre pourra dès lors élaborer dignement. Cette règle convient autant à chaque

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