PREMIERE PARTIE
grande recherche scientifique qu'à l'ensemble du système théorique.
La Femme. Me voilà donc prête, mon père, à bien suivre la consécration religieuse que le dogme de T Humanité procure successivement à toutes les parties essentielles de la science abstraite en consolidant les plus éminentes et ennoblissant les plus inférieures par cette universelle connexité.
Le Prêtre. Pour mieux caractériser une telle synthèse, vous devez, ma fille, rappeler d'abord le but continu de la vie humaine, la conservation et le perfectionnement du Grand-Être, qu'il faut à la fois connaître, aimer, et servir. Chacun accomplit spontanément ce triple office, que la religion systéma- ' Use par le dogme, le culte, et le régime. Quoique la construction philosophique doive alors précéder les deux autres, elle n'est, au fond, destinée qu'à les consolider et les développer. En elle-même, l'étude directe de l'Humanité peut autant dégénérer que les sciences inférieures, si l'on oublie qu'il ne faut connaître le Grand-Être que pour l'aimer davantage et le mieux servir. Quand la préoccupation du moyen fait méconnaître ou négliger le but, l'essor systématique devient, au fond, moins recommandable que la spontanéité vulgaire.
Vous concevez ainsi pourquoi je place au sommet de l'échelle encyclopédique la Morale, ou la science
de l'homme individuel Puisque le Grand-Être uv fonctionne jamais que par des organes finalement personnels, il faut d'abord étudier surtout eeux-cî. pour qu'il en soit convenablement servi pendant leur existence objective, d'où dépendra leur influence subjective. C'est ainsi que le positivisme consolide irrévocablement le précepte fondamental de la théocratie initiale : Connais- toi > pour Vamêliorer. Le principe intellectuel y concourt avec le motif social. Kn effet, la plus utile de toutes les sciences en est aussi la plus complète, ou plutôt la seule complète; puisque ses phénomènes comprennent subjectivement tous les autres . quoiqu'ils leur soient , par cela même, objectivement subordonnés. Le principe fondamental de la hiérarchie théorique fait donc prévaloir directement le point de vue moral comme le plus compliqué et le plus spécial.
Mais là cesse nécessairement la conformité philosophique entre le positivisme et le théologismc. Celuici, toujours préoccupé des causes, livrait immédiatement les études morales aux principes surnaturels d'après lesquels il expliquait tout. Suscitant ainsi des observations purement intérieures , il consacrait la personnalité d'une existence qui , liant directement chacun à une puissance infinie, l'isolait profondément de l'humanité; Au contraire, le positivisme, ne cherchant jamais que la loi pour mieux diriger l'ae-
iiWtév toujours essentiellement sociale, fait reposer ( La science morale sur Inobservation des autres; beau- ' coup plus que du soi-même^ afin d'établir des notions à la fois ruelles et utiles. Ou suât alors r impossibilité d'aborder convenablement une telle étude sans avoir d'abord apprécié la société. \ tous égards, chacun dépend sans cesse de l'Humanité, surtout quant à nos pins nobles fonctions , toujours subordonnées aux temps et aux lieux où nous vivons; comme vous te rappellent ces beaux vers de 2a*r*
J'eusse été, près du Gange , esclave deâ faux dieux., Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux.
Voilà comment la morale , conçue comme notre principale science, institue d'abord la Sociologie. dont les phénomènes sont à la fois plus simples et plus généraux, suivant l'esprit de toute la hiérarchie positive.
Jla Femme. Laissez-moi, mon père, vous retenir un moment sur ce premier pas, afin d'y résoudre la t mitradictiou' qu'il me semble offrir entre ces deux conditions de votre classement Car la complication me paraît ici croître, par exception^ avec la généralité. J'ai toujours jugé te point de vue moral plus simple que lie point de vue social.
Le Prêtre. Cela ne tient, ma fillte, qu'à ce que vous avez jusqu'ici procédé plutôt pnr sentiment que
par raison ; la morale devant être davantage un art qu'une science pour votre sexe. S'il fallait comparer la multiplicité des cas , celle des individus vous paraîtrait supérieure à celle qui vous préoccupe entre les peuples. Mais en se bornant à la propre complication, vous oubliez que la science morale, outre toutes les influences que considère la science sociale, doit apprécier aussi des impulsions que celle-ci peut écarter comme presque insensibles. Ce sont les intimes réactions qui s'exercent toujours, suivant des lois trop peu connues encore, entre le physique et le moral de l'homme. Malgré leur grande efficacité personnelle, la sociologie n'en tient pas un compte spécial, parce que leurs résultats opposés chez les divers individus se détruisent essentiellement envers les peuples. Au contraire, toute appréciation morale qui les négligerait nous exposerait aux plus graves méprises, en attribuant à l'âme ce qui provient du corps, ou réciproquement, comme vous le voyez journellement.
La Femme. Je comprends ainsi, mon père, ce qui m'a fait suspendre au début votre enchaînement hiérarchique, que je vous prie maintenant de poursuivre jusqu'au bout, sans craindre aucune interruption nouvelle , qui m'empêcherait de saisir assez la filiation générale.
Le Prêtre. Votre objection, d'ailleurs très-natu-