PREMIÈRE PARTIE
sortir que des lois subjectives, seules sensibles eu géométrie et en calcul, chez des penseurs qui ne comprenaient pas encore leur connexité nécessaire avec les lois objectives. Mais celles-ci devinrent distinctement appréciables d'après la grande difficulté qu'elles offrirent aux fondateurs de la mécanique. L'importance et l'universalité de ces trois lois fondamentales du mouvement m'obligent à vous les indiquer ici , comme les meilleurs types des véritables lois naturelles, simples faits généraux qui ne comportent aucune explication , et qui servent , au contraire, de base à toute explication raisonnable. Quoique le régime métaphysique ait beaucoup entravé leur découverte, elle fut surtout retardée par sa propre difficulté. €ar, elle constitua le premier effort capital du génie inductif , démêlant enfin , au milieu des plus vulgaires événements, des relations générales jusqu'alors échappées à toutes les méditations humaines.
La première loi , découverte par Kepler, consiste en ce que tout mouvement est naturellement rectiligne et uniforme. Ainsi, le mouvement curviligne ou varié ne peut jamais résulter que d'une composition continue d'impulsions successives, d'ailleurs actives ou passives. La seconde toi, due h Galilée, proclame l'indépendance des mouvements relatifs de plusieurs corps quelconques envers tout mouvement commun
de leur ensemble. Mais il faut que cette communauté soit complète, tant en vitesse qu'en direction. C'est seulement à cette condition que les corps particuliers restent dans le même état relatif de repos ou de mouvement que si leur ensemble était immobile. Aussi cette seconde loi ne convient-elle point aux mouvements de rotation, d'où surgirent, en effet, les vicieuses objections qu'éprouva sa découverte. Enfin, la troisième loi du mouvement, celle de Newton, consiste dans l'égalité constante entre la réaction et l'action, pour toute collision mécanique; pourvu qu'en mesurant chaque altération, on ait convenablement égard à la niasse autant qu'à la vitesse. C'est la base propre de toutes les notions relatives à la communication des mouvements, comme la loi de Galilée règle tout ce qui concerne leur composition , celle de Kepler ayant partout déterminé d'abord la nature de chacun d'eux. L'ensemble de ces trois lois suffît donc pour que le problème général de la mécanique puisse être abordé déductivement, en ramenant graduellement, par des artifices mathématiques dont l'institution spéciale devient souvent difficile, les cas les plus compliqués aux plus simples.
Ces lois générales vous serviront directement pour expliquer une foule de phénomènes journaliers, au milieu desquels vous vivez sans les comprendre, ni
même les apercevoir. Elles sont éminemment propres à vous faire sentir en quoi consiste le vrai génie scientifique. Vous y devez enfin remarquer comment chacune d'elles rentre spontanément dans une loi commune à des phénomènes quelconques, aussi bien sociaux et moraux que purement matériels. La première se rattache à la loi de persistance qui règne partout; la seconde à celle qui reconnaît l'indépen-
dance des actions partielles envers les conditions communes, et d'où résulte socialement la conciliation du progrès avec Tordre. Quant à la troisième , elle comporte directement une application universelle, qui jamais ne varie qu'envers la mesure des influences respectives. Ce rapprochement philosophique achève de caractériser l'importance encyclopédique propre à l'extrême limite du domaine mathématique.
La Femme, Quoique l'abstraction et la nouveauté de ces considérations doivent m'empêcher, mon père, de les bien saisir aujourd'hui, je sens qu'une réflexion suffisante me permettra de les apprécier. Je vous prie donc de passer immédiatement à l'étude directe de l'ordre matériel.
Le Prêtre. Sa pleine institution philosophique m'oblige , ma fille , à vous imposer un dernier effort encyclopédique , en décomposant la seconde science cosmologique, que j'ai collectivement nommée Phy-
sique , en trois grandes sciences vraiment distinctes. Ce sont , dans Tordre ascendant , qui vous devient familier, d'abord l'astronomie, puis la physique proprement dite qui garde le nom commun, et enfin la chimie , comme vous l'indique accessoirement notre tableau. Ainsi, la hiérarchie théorique doit finalement vousoffrir sept degrés encyclopédiques, au lieu des cinq que vous reconnaissez déjà. On passe d'un mode à l'autre par le simple développement du second degré primitif, comme le tirage allonge le tube d'une lunette portative . L'application peut seul* vous faire ensuite sentir quel est celui que vous devez préférer en chaque cas.
Cette série fondamentale comporte, en effet, plusieurs constitutions différentes, suivant qu'on la contracte ou la dilate, pour mieux satisfaire à nos di- „ vers besoins intellectuels, sans jamais intervertir aucune succession. Sa plus forte condensation est aussi bien indiquée par notre tableau que sa princicipale expansion. Quand vous serez plus avancée, vous réduirez souvent tout le faisceau encyclopédique au simple dualisme entre la cosmologie et la sociologie ; ce qui vous exposerait d'abord au vague. Mais jamais vous ne le contracterez davantage , d'après l'évidente impossibilité de faire objectivement rentrer l'un dans l'autre deux groupes principaux, que peut seule unir appréciation subjective, lorsqu'on se
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place directement au vrai point de vue religieux.
Après vous avoir indiqué cette expansion encyclopédique, à laide de ternies fort usités, je dois surtout la motiver, en la caractérisant.
la Femme. D'après le peu que je comprends, par ouï-dire, envers les trois sciences que vous venez
d'introduire, je soupçonne , mon père, pourquoi va*s les. intercalez ici. Car, leur interposition prévient un vœu que je vous aurais prochainement exposé, quwU la continuité encyclopédique. En comparant, sous cet aspect , les sciences inférieures et les sciences supérieures , notre échelle primitive à cinq degrés m'offrait une grave disparate. Je conçois sans effort , d'après laseate connexité des phénomènes, comment on s'élève insensiblement de la biologie à la sociologie, et de celle-ci à la morale , quoique j'aie besoin de connaître, à cet égard, vos explications spéciales, pour mieux préciser mes idées. Au contraire, Je ne pouvais assez comprendre d'abord la transition de la mathématique à l'étude directe de l'ordre matériel , et encore moins celle de la cosmologie à la biologie. Cela pouvait provenir, sans doute, de mon ignorance plus complète envers les conceptions inférieures. Mais je sentais aussi que ce défeut d'haarmonte devait tenir à la propre constitution de notre première échelle, quoique je ne pusse aucunement apercevoir le remède, ni même savoir s'il existait Je m'hatoi-
tuerai donc sans peine aux sept degrés encyclopédiques , si cette légère complication me procure une suffisante satisfaction de ce besoin d'ordre. Toutefois, je reconnais que, si vous aviez ainsi procédé d'abord, j'eusse éprouvé trop d'embarras à concevoir l'ensemble de votre hiérarchie abstraite.
Le Prêtre. Puisque vous avez deviné le motif fondamental de cette modification finale , il ne me reste , ma fille, qu'à compléter votre travail spontané, en vous indiquant systématiquement la nature et la destination des trois sciences introduites.
La religion positive définit l'astronomie comme l'étude céleste de la planète humaine -> c'est-à-dire la connaissance de nos relations géométriques et mécaniques avec les astres susceptibles d'affecter nos destinées en modifiant l'état de la terre. C'est donc autour de notre globe que nous condensons subjectivement toutes les théories astronomiques , en écartant radicalement celles qui, ne s'y rattachant pas, deviennent aussitôt oiseuses, quand même elles seraient accessibles. De là résulte l'élimination finale , non-seulement de la prétendue astronomie sidérale , mais aussi des études planétaires qui concernent des astres invisibles à l'œil nu , et dès lors dépourvus nécessairement de toute véritable influence terrestre. Notre vrai domaine astronomique se réduira donc , comme au début, aux cinq planètes toujours con-