PREMIÈRE PARTIE
tion , regardez la chimie et la physique comme essentiellement soumises aux mêmes influences générales * qui n'y diffèrent , au fond , que par les modifications plus ou moins intenses qu'éprouve ainsi la constitution matérielle. Mais cette seule diversité ne laisse jamais d'équivoque sur la vraie nature de chaque cas, malgré la confusion académique. Avec une pleine intensité , les états de chaleur, d'électricité, de lumière même, modifient assez la constitution matérielle pour changer l'intime composition des substances. L'événement appartient alors à la chimie ; c'est-à-dire à l'étude des lois générales de la combinaison et de la décomposition. Ces actions peuvent et doivent être conçues toujours comme purement binaires. Elles comportent rarement plus de trois complications successives, l'union devenant plus difficile et moins durable à. mesure qu'elle se complique. A de moindres degrés , les mêmes influences modificatrices changent tout au plus l'état des corps , sans altérer jamais leur substance. En ce cas, Tordre matériel est seulement étudié sous l'aspect physique proprement dit. Malgré l'égale universalité de ces deux sciences, le décroissement de généralité est aussi sensible que l'accroissement de explication quand on passe de l'une à l'autre. Car, la physique, étudiant l'ensemble des propriétés qui constituent toute existence matérielle, considère pa-
reillement tous les corps, avec de simples différences de degré. Ses diverses branches doivent donc correspondre aux divers sens qui nous révèlent le monde extérieur. Au contraire , la chimie considère toutes les substances comme essentiellement distinctes; et* son principal objet consiste à déterminer ces différences radicales. Quoique les phénomènes qu'elle étudie soient toujours possibles dans un corps quelconque, ils ne s'y réalisent jamais que sous des conditions spéciales , dont le concours rare et difficile exige souvent l'intervention humaine. .
De ces deux sciences voisines, la physique est plus importante logiquement et la chimie scientifiquement , quand on compare leur poids encyclopédique, après avoir d'abord reconnu l'indispensable nécessité, théorique et pratique, de chacune d'elles. C'est surtout de la physique qu émanc l'essor décisif du génie inductif , par le développement de l'observation , trop spontanée en astronomie ; et ensuite de l'expérimentation , trop équivoque partout ailleurs. Mais la chimie l'emporte quant à l'influence encyclopédique des notions qu'elle procure. Son extrême imperfection théorique, qui ne peut cesser que sous la discipline positive, ne l'a point empêchée d'exercer une lumineuse réaction sur l'ensemble de la raison occidentale. Cette précieuse efficacité résulte surtout de l'analyse générale de notre milieu terrestre,
gazeux, liquide, et solide, complétée par celle, non inoins indispensable , des substances végétales et ani maies. On peut ainsi concevoir enfln l'économie fondamentale de la nature, jusqu'alors inintelligible, faute d'avoir constaté, chez tous les êtres réels, tant vivants qu'inertes > des éléments matériels essentiellement identiques.
Vous concevez donc comment la chimie proprement dite institue seule une transition normale entre la cosmologie et la biologie, suivant votre juste vœu de continuité totale. Cette grande condition encyclopédique, aussi favorable finalement au cœur qu'à l'esprit , vous offrirait encore plus de prix si je vous indiquais la vraie distribution intérieure de l'astronomie , de la physique , et de la chimie , comme je l'ai d'abord fait envers la mathématique. Mais il faut réserver ces développements pour des entretiens plus spéciaux , qui ne sont pas religieusement indispensables aujourd'hui. Ce type initial doit ici suffire pour vous faire sentir la possibilité générale d'une ascension vraiment graduelle de la mathématique à la morale , en appliquant , avec une précisiou et une spécialité croissantes, notre immuable principe hiérarchique.
En complétant cette appréciation subjective ou logique par une équivalente appréciation objective ou scientifique , la succession générale de ces trois
études abstraites commence à vous manifester une véritable échelle concrète, sinon des êtres, au moins des existences. Vous n'observez, en astronomie, que la simple existence mathématique , qui , jusqu'alors presque idéale, s'y réalise envers des corps que nous ne pouvons explorer sous aucun autre aspect, et qui dès lors en deviennent le meilleur type. Mais , en physique, on s'élève à des phénomènes moins grossiers et plus intimes , qui tendent davantage vers le cas humain. Enfin, la chimie vous offre la plus noble et la plus profonde des existences matérielles, toujours subordonnée aux précédentes , suivant notre loi universelle. Quoique la grande notion objective résultée d'une telle progression ne doive se développer assez qu'en biologie , il importe d'en remarquer l'ébauche cosmologique, pour faire convenablement saisir le vrai principe du classement des êtres quelconques,
La Femme. Cette admirable continuité me dispose, mon père, à mieux juger les bruyants conilits qui surgissent quelquefois entre les divers départements scientifiques. La prédilection naturelle de mon sexe pour les explications morales m'entraînait à regarder ces débats théoriques comme essentiellement dus aux passions humaines. J'y vois maintenant une source plus légitime dans l'incertitude profonde que, faute de principes encyclopédiques, les différentes