‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 43 sur 110 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

classes de savants durent souvent éprouver sur leurs attributions normales, d'après cette succession presque insensible entre leurs domaines respectifs.

Le Prêtre. Une telle continuité constitue, ma fille, le principal résultat philosophique de l'ensemble des efforts propres à la raison moderne. Car, le vrai génie théorique consiste surtout a lier, autant que possible , tous les phénomènes et tous les êtres. Le génie pratique complète ensuite ce résultat général; puisque nos perfectionnements artificiels aboutissent toujours à consolider et développer les liaisons naturelles. Vous devez ainsi commencer à sentir que l'esprit moderne n'est pas purement critique, comme on l'en accuse, et qu'il substitue des constructions durables aux impuissants débris du dogme ancien. En même temps , vous pouvez ici reconnaître déjà l'incompatibilité nécessaire des deux régimes théologigue et positif, d'après l'impossibilité de concilier les lois réelles avec les volontés surnaturelles. Que deviendrait cet ordre admirable , qui rattache graduellement nos plus nobles attributs moraux aux moindres phénomènes matériels, s'il y fallait interposer une puissance infinie dont les caprices, ne comportant aucune prévision , le menaceraient toujours d'une entière subversion ?

La Femme. Avant de saisir directement cette continuité générale , il me reste, mon père , à combler

une grande lacune envers Tordre vital , dont vous devez maintenant m'expliquer l'appréciation systématique. J'ai déjà compris, pendant notre descente encyclopédique, sa liaison naturelle avec Tordre humain. Mais je ne puis encore saisir comment il se rattache spontanément à Tordre matériel 5 car un abîme infranchissable me semble séparer le domaine de la vie et celui de la mort.

Le Prêtre. Votre embarras, ma fille, est pleinement conforme à la marche historique de l'initiation humaine. Deux générations se sont à peine écoulées depuis que les vrais penseurs ont pu commencer à concevoir nettement ce lien fondamental , où réside le nœud essentiel de toute la philosophie naturelle. Les cosmologistes devaient , d'abord , par Tavénement de la chimie , pousser Tétude de Tordre matériel jusqu'à ses phénomènes les plus nobles et les plus compliqués. Mais il fallait ensuite que les biologistes descendissent convenablement aux fonctions vitales les plus grossières et les plus simples, seules susceptibles de se rattacher directement à cette base inorganique. Tel fut le principal résultat de l'admirable conception due au vrai fondateur de la philosophie biologique , l'incomparable Bichat. D'après une profonde analyse , les plus nobles fonctions vitales y furent enfin représentées, même chez l'homme, comme reposant toujours sur les plus grossières, sui-

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