‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 8 sur 110 · PRÉFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXIII

il manque certainement à la plupart de leurs chefs, sous une anarchie qui fait partout prévaloir temporairement les mauvaises natures. Ces hommes vraiment indisciplinables exercent, malgré leur petit nombre, une vaste influence, qui dispose à la fermentation subversive tous les cerveaux dépourvus de convictions inébranlables. Envers cette peste occidentale, il ne peut maintenant exister d'autre ressource habituelle que le mépris des populations ou la sévérité des gouvernements. Mais la doctrine qui seule régularisera cette double garantie ne saurait d'abord comporter d'autre appui décisif que le sentiment féminin, bientôt assisté par la raison prolétaire.

Sans la digne intervention du sexe affectif, la discipline positive ne parviendrait point à refouler aux derniers rangs ces prétendus penseurs qui tranchent en sociologie quoiqu'ils ignorent l'arithmétique. Car, le peuple, partageant encore, à beaucoup d'égards, leurs vices principaux, reste incapable jusqu'ici de seconder le nouveau sacerdoce contre ces dangereux parleurs. Je ne puis, du moins, espérer immédiatement un concours collectif que chez les prolétaires demeurés étrangers à nos débats politiques, quoique . spontanément attachés, comme les femmes ellesmêmes, au but social de la grande révolution. Tel est le double milieu préparé pour ce catéchisme.

Outre les motifs généraux qui doivent ici diriger

vers les femmes ma principale attention, je ftis, depuis longtemps, conduit à faire surtout dépendre d'elles l'avènement décisif de la solution occidentale indiquée par F ensemble du passé.

D'abord, il serait absurde de prétendre terminer sans elles la plus complète des révolutions humaines, tandis qu'elles participèrent profondément à toutes les rénovations antérieures. Leur répugnance instinctive envers le mouvement moderne suffirait pour le rendre stérile, si elle était vraiment invincible. C'est de là que procède, au fond, l'étrange et funeste anomalie qui impose des chefs rétrogrades à des populations progressives, comme si l'idiotisme etrhypocrisie devaient fournir les garanties officielles de l'ordre occidental. Jusqu'à ce que la religion positive ait assez surmonté ces résistances féminines , elle ne pourra point développer suffisamment, envers les principaux partisans des diverses doctrines arriérées , la réprobation décisive que mérite leur infériorité mentale et morale.

Ceux qui nient maintenant l'existence naturelle des affections désintéressées deviennent justement sus- . pects de ne repousser, à cet égard, les démonstrations de la science moderne que d'après l'imperfection radicale de leurs propres sentiments. Ne poursuivant le moindre bien que sous l'appât d'une rétribution infinie ou par la crainte d'un éternel supplice, leur

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cœur se montre aussi dégradé que l'est évidemment leur esprit, vu l'absurdité de leurs croyances» Pour* tant, la tacite adhésion des femmes confie encore la direction officielle, de l'Occident à ceux que de tels caractères feront sagement exclure de toute fonction supérieure, quand le positivisme aura dignement sys, tématisé la raison publique.

ftbfoêa Religion de l'Humanité privera bientôt la rétrogradation de cet auguste appui que lui conserve seule une juste horreur de l'anarchie. Car* malgré des préventions empiriques, les femmes sont très-disposées à bien apprécier Tunique doctrine qui puisse aujourd'hui concilier radicalement tordre et le progrès. Elles reconnaîtront surtout que cette synthèse finale , quoique embrassant toutes les faces de notre existence , fait mieux prévaloir le sentiment que la synthèse provisoire qui lui sacrifiait l'intelligence et l'activité. Notre philosophie devient pleinement conforme à F esprit féminin, en terminant l'échelle encyclopédique par la morale, qui, comme science et comme art, constitue nécessairement l'étude la plus importante et la plus difficile, résumant et dominant toutes les autres. Développant enfin le sentiment chevaleresque , comprimé jadis par les conflits théologiques, le culte positif érige le sexe affectif en providence morale de notre espèce. Chaque digne femme y fournit habituellement la meilleure représentation

du vrai Grand-Être. Systématisant la famille, comme base normale de la société, le régime correspondant y fait dignement prévaloir l'influence féminine , devenue enfin le suprême arbitre privé de l'éducation universelle. A tous ces titres, la vraie religion sera pleinement appréciée parles femmes, aussitôt qu'elles connaîtront assez ses principaux caractères. Celles même qui regretteraient d'abord des espérances chimériques ne tarderont point à sentir la supériorité morale de notre immortalité subjective, dont la nature est profondément altruiste, sur l'ancienne immortalité objective, qui dut toujours être radicalement égoïste. La loi du veuvage éternel, qui caractérise le mariage positiviste, suffirait pour instituer , à cet égard , un contraste décisif.

Afin de mieux incorporer les femmes à la révolution occidentale, il faut concevoir sa dernière phase comme devant leur offrir un profond intérêt spécial, directement relatif à leur propre destinée.

Les quatre grandes classes qui composent le fond de la société moderne durent subir successivement l'ébranlement radical qu'exigeait d'abord sa régénération finale. Il commença, dans le dernier siècle, par l'élément intellectuel, instituant enfin une insurrection décisive contre l'ensemble du régime théologique et militaire. L'explosion temporelle qui devait s'ensuivre surgit bientôt d'une bourgeoisie qui, depuis

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longtemps, aspirait de plus en plus à remplacer la noblesse. Mais la résistance européenne de celle-ci ne put être surmontée qu'en appelant les prolétaires français au secours de leurs nouveaux chefs temporels. Introduit ainsi dans la grande lutte politique, le prolétariat occidental éleva d'irrésistibles prétentions sur sa juste incorporation à l'ordre moderne, quand la paix lui permit une suffisante manifestation de ses propres vcçux. Toutefois, cet enchaînement révolutionnaire n'embrasse point encore l'élément le plus fondamental du vrai régime humain. La révolution féminine doit maintenant compléter la révolution prolétaire, comme celle-ci consolida la révolution bourgeoise, émanée d'abord de la révolution philo* sophique.

C'est seulement alors que l'ébranlement moderne aura vraiment préparé toutes les bases essentielles de la régénération finale. Tant qu'il ne s'étend point jusqu'aux femmes, il ne peut aboutir qu'à prolonger nos déplorables oscillations entre la rétrogradation et l'anarchie. Mais- ce complément décisif résulte de l'ensemble des phases antérieures plus naturellement qu'aucune d'elles n'émana de la précédente. Il se lie surtout à la révolution populaire , d'après l'évidente solidarité qui subordonne l'incorporation sociale du prolétariat au digne affranchissement de la femme envers tout travail extérieur. Sans cette universelle

émancipation, complément nécessaire de l'abolition du servage, la famille prolétaire ne saurait être vraiment constituée, puisque l'existence féminine y reste habituellement abandonnée à une horrible alternative entre la misère et la prostitution.

Le meilleur résumé pratique de tout le programme moderne consistera bientôt dans ce principe incontestable: L'homme doit nourrir la femme, afin qu'elle puisse remplir convenablement sa sainte destination sociale. Ce catéchisme fera, j'espère, apprécier l'intime connecté d'une telle condition avec l'ensemble de la grande rénovation, non-seulement morale, mais aussi mentale, et même matérielle. Sous la sainte réaction de la révolution féminine, la révolution prolétaire se purgera spontanément des dispositions subversives qui la neutralisent jusqu'ici. Tendant partout à faire justement prévaloir l'influence morale , le sexe affectif réprouve spécialement les brutalités collectives: il supporte encore moins le joug du nombre que celui de la richesse. Mais sa secrète impulsion sociale produira bientôt des modifications aussi précieuses , quoique plus indirectes , envers les deux autres faces de la révolution occidentale. Elle y secondera l'avènement politique du patriciat industriel et du sacerdoce positif, en les disposant à se dégager irrévocablement des classes hétérogènes et éphémères qui dirigèrent la transition

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