‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 12 sur 28 · DE L ORDRE. 2D · texte numérisé non relu

DE L ORDRE. 2D

services inférieurs des autels, tandis que ceux de la famille d'Aaron étaient sacrés prêtres.

L'institution de l'Ordre ou du sacerdoce dans l'ancienne Loi

nous est rapportée de la manière suivante dans l'Ecriture : a Le Seigneur Dieu dit à Moïse : « Tu prendras parmi les « enfants d'Israël Aaron, ton frère et ses fils, afin qu'ils soient « mes prêtres; tu donneras l'onction à Aaron et à ses fils, tu « les consacreras afin qu'ils me servent comme prêtres. » Et Moïse fit ce que Dieu lui avait ordonné. » Ce fut un jour solennel quand Aaron et ses fils, établis comme prêtres par Moïse, furent montrés au peuple et qu'ils off'rirent le premier sacrifice. Moïse était dans son costume de général d'armée, les anciens de la nation revêtus de leurs habits les plus somptueux, le peuple en habits de fête, quand ils s'avancèrent dans la première enceinte du tabernacle. Moïse se présenta alors en face du peuple avec une majestueuse gravité, couvrit Aaron des ornements sacerdotaux, lui posa la mître sur la tête et l'oignit d'huile consacrée; il fit la même chose pour les fils d'Aaron. Aaron se dirigea alors vers l'autel pour offrir le sacrifice, et voilà que la gloire de Dieu se manifesta aux yeux de la multitude assemblée ; du haut des cieux sortit des nuages une flamme qui mit le feu à la victime déposée sur l'autel et la consuma.

Mais le sacerdoce de l'ancienne Loi n'était qu'une ombre et une figure du sacerdoce de la Loi nouvelle. Comme il y avait un nouveau sacrifice, ainsi il fallait aussi un nouveau sacerdoce, et ce sacerdoce Jésus-Christ l'a réellement institué, puisqu'il le conféra immédiatement à ses apôtres, par lesquels il se transmit au moyen du sacrement de l'Ordre.

{Gr. Cat. ¥ g.) Définitiofi du sacrement de VOrdre. — Explication. Le sacrement de l'Ordre est un sacrement qui communique à ceux qui le reçoivent, le pouvoir sacerdotal avec la grâce particulière de remplir dignement les fonctions ecclésiastiques. — L'Ordre est un sacrement, car il a les

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trois caractères distinctifs nécessaires à un sacrement : 1) la grâce intérieure qu'il produit; 2) le signe extérieur et 3) l'institution par Jésus-Christ. Comme les deux premiers caractères seront expliqués plus au long dans les deux questions suivantes, nous prouverons seulement ici que

Le sacrement de l'Ordre a été institué par Jésus-Christ.

Notre-Seigneur Jésus-Christ institua ce sacrement quand il dit à ses apôtres, lors de la dernière Cène : « Faites ceci en mémoire de moi. » [S. Luc, 22, 19.) Car par là il leur donna, ainsi qu'à leurs successeurs, le pouvoir de faire ce qu'il avait fait, c'est-à-dire, de changer le pain en son corps et le vin en son sang, et il réalisa ainsi cette prophétie de David qu'il serait prêtre éternel selon Vordre de Melchisedech {Ps. 109, 4.), en d'autres mots : il fonda un sacerdoce permanent. Il acheva l'institution du sacrement de l'Ordre, quand il dit après sa résurrection : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. Recevez l'Esprit-Saint. Les péchés seront remis à tous ceux auxquels vous les aurez remis, etc. » (S. Jean, 20.), et immédiatement avant son ascension : « Allez, et enseignez toutes les nations, etc. » (S. Matth. 28.) Par ces paroles il donna également aux apôtres et à leurs successeurs le pouvoir sur le corps moral de l'Eglise, leur transmit les autres pouvoirs qui constituent la fonction sacerdotale et les orna en même temps de la grâce d'en haut pour remplir dignement cette fonction. C'est pourquoi S. Paul fait fréquemment mention de la grâce sacramentelle, qui est unie à l'imposition des mains, pour exercer le sacerdoce, union qui ne pouvait être produite par aucun apôtre, mais uniquement par Jésus-Christ, l'auteur de la grâce. « Ne négligez pas, » dit- il, « la grâce qui vous a été donnée dans l'imposition des mains » (1 Epît. à TimÂ, 14.), puis dans un autre endroit : « Je vous exhorte à ranimer la grâce de Dieu que vous avez reçue par l'imposition des mains. » (2 Epît. à Tim. 1, 6.)

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[Gr, €at. 5« g.)

Effets du sacrement de Vordre et dignité du prêtre. — Explication. Les effets du sacrement de l'Ordre sont surtout les suivants :

1) // communique à ceux qui sont ordonnés prêtres, le pouvoir sacerdotal, c'est-à-dire, a) le pouvoir de changer le pain au corps de Jésus-Christ et le vin en son sang, pouvoir que Jésus-Christ communiqua , comme nous l'avons dit, à son Eglise, lors de la dernière Cène ; et h) le pouvoir de remettre les péchés, ce que Notre-Seigneur lui accorda après sa résurrection. « Que ce pouvoir est admirable et cette dignité sublime! » s'écrie S. Ephrem, « ô puissance ineffable ! ô saint et vénérable mystère du sacerdoce, devant le(juel on doit trembler d'une pieuse et respectueuse crainte! »

Dignité sublime du prêtre.

Les SS. Pères ne pouvaient assez relever tout ce qu'il y a de sublime dans la dignité du prêtre. Ainsi S. Augustin disait : « 0 prêtre, que tu es digne de respect! Le Verbe de Dieu (la seconde personne divine) est en quelque sorte conçu entre les mains du prêtre comme dans le sein virginal de Marie, il s'y incarne de nouveau. » — S. Chrysostôme qui a écrit un admirable traité sur le sacerdoce, s'écrie : « Contemplez la dignité sacerdotale! Le prêtre vit sur la terre, mais ses occupations sont toutes célestes. Car ce n'est ni un homme, ni un ange, ni un archange, ni une autre créature ou puissance, mais l'Esprit-Saint lui-même qui a institué celte fonction et établi que ceux qui vivent encore dans la chair, remplissent les fonctions des anges. » — S. Vincent Ferrier disait : « Le prêtre est un canal, une source de la sagesse par laquelle la grâce divine coule sur nous. » — S. Prosper s'exprimait comme suit : « Les prêtres sont l'ornement de l'Eglise et sa glorieuse splendeur; ils sont les portes de la ville éternelle par laquelle doivent aller à Jésus -Christ tous ceux qui croient en lui; ils sont les portiers auxquels sont confiés les clefs

(lu royaume des cieux, ils sont les administrateurs du palais royal. »

2) // communique encore à ceux qui sont ordonnés prêtres la grâce spéciale d'exercer dignement le sacerdoce, de remplir fidèlement les devoirs importants de leur saint état, de se soumettre avec joie à toutes les fatigues, aux peines jointes à cet état et, s'il est nécessaire, de faire même le sacrifice de leur vie dans l'exercice de leur saint ministère. Et l'effet de cette grâce de l'Ordre, de quelle manière merveilleuse ne se manifeste-t-elle pas dans tant de prêtres pieux et fidèles de l'Eglise ! Citonsen quelques exemples.

Le prêtre zélé.

Jean de Nivelles, docteur en Théologie, était au lit de la mort. C'était un homme vraiment apostolique, voué entièrement au salut des âmes par le ministère de la prédication et par une infatigable assiduité au sacré tribunal. Au monastère qu'habitait Jean de Nivelles, se présenta un vagabond, presque nu, et seulement couvert de quelques lambeaux de vêtement. Cet homme faisait des instances pour se confesser à notre théologien. Les serviteurs du monastère, voyant que celui-ci était sur le point d'expirer, renvoyèrent ce vagabond, lui disant que le Père n'était pas en état de fentendre. Le moribond en fut instruit et ordonna qu'on fit entrer ce pauvre, le confessa, lui donna l'absolution, et puis il dit que pour mille écus d'or il n'aurait pas voulu laisser partir ce malheureux sans avoir reçu sa confession. Quelques heures après, le religieux mourut. Une année avant cette époque, s'était présenté à ce même religieux un excellent médecin qui s'était engagé à le guérir, à ses propres frais, de la maladie de la goutte dont il souffrait cruellement et de l'en débarrasser complètement, pourvu qu'il lui fût accordé un certain espace de temps pour le soigner. Le religieux lui dit : « Pendant combien de temps faudra-t-il que je reste eu repos dans ma cellule? >- — « Au moins pendant trois mois, »

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reprit le médecin. — « Trois mois! » répliqua Jean de Nivelles tout stupéfait ; » je n'aurais pas le courage d'y consacrer trois semaines, puisqu'il me faudrait sacrifier à ce misérable corps le gain des âmes qui ont coûté à Jésus-Christ l'effusion de tout son sang. » (Thomas Cantiprat. Apum. Lib. II. c. 31.)

Le prêtre fidèle à son devoir.

L'n navire espagnol, ayant à bord un grand nombre de passagers, se rendait en Amérique. Il fit naufrage en route et le capitaine fit aussitôt descendre la chaloupe qui en un instant fut remplie de malheureux naufragés. « Où donc se trouve don Alphonse? » s'écria-t-il; c'était le nom de l'aumônier du navire; le capitaine aurait voulu le faire prendre encore dans la chaloupe. Mais celui-ci cria du haut du bâtiment qui s'enfonçait toujours : « Adieu, amis et frères! C'est maintenant que mon devoir commence. » Il consola ceux qui se livraient au désespoir, confessa ses compagnons voués à la mort, leur donna les secours de la religion et fut enseveli avec les autres infortunés dans l'abîme de la mer.

Le prêtre comme missionnaire.

On a annoncé, il y a quelque temps, la mort du P. Malfaif, missionnaire, âgé seulement de trente-cinq ans. Pendant une année qu'il passa à l'île Hainau, ce zélé missionnaire réunit autour de lui les chrétiens connus au nombre de cinq cents, et en trouva encore soixante-quinze qui s'étaient égarés dans les montagnes et les forêts. Il baptisa en outre de sa propre main quarante-trois idolâtres, et soixante-treize autres devaient encore recevoir cette grâce bientôt après. Mais dans une visite qu'il fit à un malade, éloigné d'environ quinze lieues de la mission, il fut atteint d'une hèvre qui l'enleva plus tard. Couché dans une simple hutte, entouré de ses pauvres chrétiens qui, malgré toute le»r bonne volonté, ne pouvaient que lui donner un peu d'eau ou de thé, et pressant ses lèvres sur le crucifix, il était condamné à mourir. Le matin du lundi 31 mars, les chrétiens lui demandé-

rent s'il souftYait : « Non, » répondit-il humblement, «je ne souffre pas, je n'éprouve d'autre douleur que celle de n'avoir pas assez fait pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. » Puis reprenant en main le crucifix, il le baisa avec amour, le pressa contre son cœur pour ne plus s'en séparer; bientôt après il perdit connaissance et ie même jour vers l'heure de midi, il remit son âme entre les mains de son Créateur, à l'âge de trente-cinq ans.

{Gr. Cat. 6«- q.)

Signes sensibles dans l'Ordre. — Explication. Dans le sacrement de l'Ordre il y a plusieurs signes sensibles qui expriment la grâce invisible et le pouvoir conférés dans ce sacrement; ce sont : l'imposition des mains et la prière de l'évèque, l'attouchement du calice avec le pain et le vin. La matière de ce sacrement est donc l'imposition des mains par l'évoque et l'attouchement des vases sacrés ; la forme ce sont les prières de l'évèque.

Le sacrement de l'Ordre au temps des apôtres

se conférait également par l'imposition des mains et les prières. Ainsi S. Paul écrivait à l'évèque Timothée : « Je vous exhorte à ranimer la grâce de Dieu que vous avez reçue par l'imposition des mains. » (2 Epit. à Tim. 1, 6, et 1 EpU. 4, 14.) Dans les actes des Apôtres l'écrivain sacré rapporte de la manière suivante comment Barnabe et Paul furent ordonnés prêtres : « 11 y avait dans l'Eglise d'Antioche des prophètes et des docteurs, entre lesquels Barnabe, Simon qu'on appelait le Noir, Lucius de Cyrène, Manahem, frère de lait d'Hérode le tétrarque et Saul. Or pendant qu'ils sacrifiaient au Seigneur et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabe pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors jeûnant et priant, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir. » {Act. 15, 1-4.) Ainsi, déjà à cette époque l'ordination des prêtres se pratiquait par la prière et l'imposition des mains.

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(Gr. Cat. "«=-8« q.) Objection. Mais tous les chrétiens ne sont-ils pas devenus réellement prêtres, par le baptême seul? — Réponse. Non ; comme sous l'ancienne Loi, lesacerdoce, proprement dit, se transmettait par la descendance d'Aaron, ainsi dans la nouvelle Loi, le sacerdoce ne se transmet que par la descendance spirituelle de l'Ordre. Et quand saint Pierre appelle tous les chrétiens im sacerdoce royal, c'est dans un sens purement spirituel; il veut dire par là que nous tous qui sommes baptisés, nous devons oft'rir à Dieu le sacrifice intérieur ou spirituel de la foi, de l'espérance et de la charité, de la prière et de la mortification; c'est dans le même sens aussi que nous sommes des rois, des dominateurs spirituels et sages parce que nous devons régner sur nos mauvais penchants et nos passions.

Une comparaison de S. Ephrem.

S. Ephrem nous représente très-bien ce sacerdoce spirituel dans la comparaison suivante : « Mettez tous vos soins, » dit-il, «àélever dans votre cœur un temple à Dieu, et soyez y prêtre et clerc ! Soyez sans cesse employé à son service, et puisqu'il devint pour vous prêtre et victime, offrez-lui votre cœur et purifiez-le de toute impureté.

[Gr. Cat.9^-ii^q.) Ministre du sacrement de l'Ordre. — Explication. Le sacrement de l'Ordre ne peut être conféré que par les évêques, qui en ont reçu le pouvoir dans leur consécration épiscopale. S. Thomas d'Aquin écrit à ce sujet : « Il appartient aux princes et aux monarques de donner de l'autorité aux personnes qu'ils ont chargées de remplir certaines fonctions. Or, les évêques sont les princes de l'Eglise, et c'est pourquoi ils ont seuls le pouvoir de constituer des hommes pour servir Jésus-Christ et tra-

vailler au salut du prochain, de leur communiquer une dignité spirituelle. » Ni les autorités temporelles, ni les paroisses chrétiennes ne peuvent jamais communiquer le pouvoir spirituel, puisqu'elles ne le possèdent pas elles-mêmes, car on ne donne point ce qu'on n'a point. « Tous ceux, »dit le concile deTrente, « qui, n'ayant été appelés et établis que par le peuple ou la puissance et l'autorité temporelle, osent exercer le pouvoir spirituel, et tous ceux qui s'y ingèrent de leur propre autorité, ne doivent pas être regardés comme des serviteurs de l'Eglise, mais comme des voleurs et des meurtriers, qui ne sont pas entrés par la porte. » (S. Jean, 10.) C'est avec raison qu'un grand orateur de nos jours a dit : c< Que tous les souverains de l'Europe et du monde entier s'unissent pour faire un prêtre, et ils ne produiront qu'un homme ridicule et sans dignité. »

(Gr. Cat. la-'-lS« q.)

Des différents ordres. — Explication. Outre l'ordre sacerdotal et épiscopal, il en est encore d'autres qui servent comme de degrés et de préparation à la prêtrise; ce sont les quatre ordres mineurs, ensuite le sous-diaconat et le diaconat, qu'on appelle aussi ordres majeurs ou sacrés. Déjà du temps des apôtres on distinguait trois degrés différents : 1) Les apôtres, comme pontifes ou évêques ayant S. Pierre pour souverain-pontife à leur tête ; 2) à leurs côtés travaillaient les 72 disciples comme prêtres; ce fut dans leurs rangs qu'on choisit S. Mathias pour remplacer le malheureux Judas, et 3) à mesure que les travaux évangéliques se multiplièrent, les apôtres firent choisir par les fidèles sept hommes qui devaient être proposés à leur approbation ; c'étaient les diacres [Act, des Apôt. G.) Disons quelques mots sur chaque ordre en particulier.

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