‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · LES DIFFÉRENTS EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTS EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE

a) Les empêchements dirimants qui rendent le mariage nul devant Dieu, sont les suivants : \) V erreur, c'est-à-dire, si on était trompé dans la personne que l'on épouse, comme lorsque Laban donna Lia à Jacob au lieu de Rachel qu'il demandait. — 2) La condition. Si on épousait une esclave au lieu d'une personne libre. — 5) Le vœu solennel. Un religieux, une religieuse, un prêtre ne peuvent se marier à cause du

vœu solennel qu'ils ont prononcé ; leur mariage est nul et sacrilège. — 4) La parenté et Vaßnite. C'est-à-dire, qu'un mariage serait incestueux et nul entre le frère et la sœur; il ne peut être contracté non plus entre un cousin et une cousine jusqu'au quatrième degré. — Il y a encore une affinité spirituelle qui se contracte au baptême; en sorte que les parrains et marraines ne peuvent épouser leurs filleuls ou filleules, ni leurs pères et mères; de même celui ou celle qui aurait baptisé un enfant ne pourra l'épouser, ni son père ni sa mère. — 5) Le crime. C'est-à-dire, l'adultère et l'homicide commis en certaines circonstances sont des empêchements de mariage; voici comment : a) Si un mari était assez barbare pour faire mourir son épouse ou celle-ci son mari, dans le dessein d'épouser le complice ou la complice de l'adultère, le mariage contracté en conséquence serait nul et abominable devant Dieu et devant les hommes, b) Si un homme et une femme commettaient l'adultère sous promesse de s'épouser, le mariage promis de la sorte serait nul dans la suite s'il s'accomplissait, quand même il n'y aurait point eu d'homicide, c) Si on commettait l'homicide, même sans adultère, dans le dessein d'épouser le survivant, ou la survivante, le mariage serait nul. d) Si un homme déjà marié épousait une autre femme du vivant de la première, ou une femme un autre homme du vivant de son mari, ce mariage serait nul, selon la loi de Dieu et de l'Eglise, même après que la mort aurait dissous le premier mariage. On sent toute la sagesse de ces lois: c'est pour prévenir les horreurs où la passion pourrait précipiter de coupables époux et pour mettre la fidélité conjugale à l'abri de ces horribles attentats. — 6) La violence rendrait nul un mariage forcé; il doit être libre, comme nous l'avons dit; or, il ne le serait plus si la force majeure arrachait le consentement à la faiblesse ou à la timidité. —

7) Les ordres sacrés sont un empêchement dirimant; ainsi, un sous-diacre, un diacre, un prêtre ne peuvent se marier; leur mariage serait nul selon le saint Concile de Trente. —

8) Le lien d'un premier mariage subsistant empêche d'en contracter un second ; celui-ci serait nul; en sorte que celui

OU celle qui l'aurait contracté serait obligé de retourner au premier engagement. — 9) Uhonnêteté publique. C'est-à-dire, que lorsqu'il y a eu des promesses ou fiançailles entre deux personnes, les fiancés ne peuvent plus épouser le frère ou la sœur l'un de l'autre sans obtenir une dispense. L'Eglise a établi cet empêchement par une certaine bienséance; à cause de l'espèce d'affinité commencée par une alliance promise et concertée. — 10) La clandestinité rend le mariage nul. On appelle clandestin un mariage secret, qui n'est pas contracté selon les lois qui en prescrivent la publicité. — 11) Le rapt. Le mariage est nul s'il est fait en conséquence d'un enlèvement ou rapt, de violence ou de séduction. Si, par exemple, un jeune homme enlevait une fille à ses parents, il ne pourrait l'épouser qu'après l'avoir rétablie en pleine liberté, au gré de ses père et mère, tuteurs ou curateurs.

b) // est encore d'autres empêchements qui rendent le mariage illicite et coupable, sans le rendre nul ou invalide. Ce sont les empêchements prohibitifs, qui se réduisent à trois : i) La défense de V Eglise; 2) les fiançailles; 3) le vœu simple de chasteté.

1) La défense de l'Eglise. Elle ne veut pas que ses enfants se marient en Carême, en Avent, aux jours de jeûne, parce que les joies de noces troubleraient la sainte tristesse de la pénitence. — Elle défend de se marier hors de la paroisse, dans des chapelles particulières, pour éviter la clandestinité. — Elle défend de se marier avec des gens d'une religion différente, pour éviter les dangers de perversion des époux et de leurs enfants, etc. — 2) Les fiançailles. Ce sont des promesses juridiques; il faut les tenir; c'est une injustice de les violer en contractant d'autres engagements tandis que ceux-là subsistent. Il faut donc les dissoudre auparavant par le consentement de la personne intéressée. — o) Le vœu simple de chasteté, ou de ne pas se marier, ou d'entrer en religion. Nous avons parlé des vœux solennels qui rendent le mariage nul. Mais si ce n'était que des vœux simples, émis en particulier, le mariage serait seulement coupable quoique valide; on pécherait mortellement en se mariant après ces engage-

ments pris avec Dieu. Si donc on voulait se raarier dans la suite, il faudrait avoir de bonnes raisons, les représenter avec franchise aux supérieurs ecclésiastiques, et leur demander la dispense de ces vœux. (Couturier.)

L'Eglise peut dispenser de quelques-uns de ces empêchements mais pas de tous; et encore faut-il qu'il y ait des motifs sutfisants, c'est pourquoi on doit consulter son confesseur. On doit bien se garder d'obtenir la dispense subrepticement (en déguisant ou en cachant la vérité); car en [ce cas elle serait nulle devant Dieu, quand même les hommes la croiraient valide.

{Gr. Cat. 17«-21« q.)

Des mariages mixtes. — Explication. De tout temps l'Eglise catholique a improuvé les mariages mixtes, c'est-à-dire, les mariages entre des catholiques et des hérétiques, et cela pour les plus graves raisons. L'Eglise ne sait que trop bien combien dans un tel mariage la partie catholique est exposée au plus grand danger ou de perdre sa foi ou de devenir indifférent à son égard ; que l'éducation catholi(jue des enfants est d'ordinaire défectueuse et même souvent impossible; que la partie dissidente ne reconnaît pas le mariage comme un sacrement, ou comme une union indissoluble et que d'après l'opinion de sa secte on peut se divorcer et se remarier, ce qui n'est pas permis aux époux catholiques; et que conséquemment un tel mariage n'est jamais ce que doit être cependant tout mariage chrétien, une fidèle copie de l'union étroite et indissoluble de Jésus-Christ avec son Eglise; enfin, que le bonheur de la communauté domestique dépend avant tout de la communauté de foi. Aussi lorsque l'Eglise permet un mariage mixte, ce n'est qu'aux conditions suivantes : i) Que la partie catholique puisse pratiquer sans obstacle sa religion. 2) Qu'elle ne négligera rien pour ramener la partie non-catholique au sein

de l'Eglise, par la voie de la persuasion; 3) Que tous les enfants à naître soient élevés dans la religion catholique. — Et l'on ne doit pas en vouloir à l'Eglise de poser de telles conditions; c'est son devoir de le faire; si elle ne le faisait pas, elle montrerait ou qu'elle est indifférente à la perte éternelle de ses enfants, ou elle nierait qu'elle seule est la vraie Eglise hors de laquelle il n'y a point de salut. Malheur donc à ceux qui contractent un mariage mixte, sans avoir posé d'ahord pour condition l'éducation catholique des enfants! Ils pèchent gravement contre l'Eglise et exposent à un grand danger le bonheur spirituel des enfants à naître. Malheur aussi à ces parents tièdes et indifférents qui permettent de tels mariages à leurs enfants! Ils assument une grande responsabilité, et répondront de leur conduite devant Dieu. Jamais l'Eglise ne donne sa bénédiction à de tels mariages; et comment alors la bénédiction de Dieu reposera-t-elle sur de tels époux. L'expérience journalière ne montre-t-elle pas combien ces espèces de mariages sont d'ordinaire malheureux? Il n'en peut être autrement; car où manque la communauté de croyance, manquent aussi la communauté de sentiments et le bonheur de la vie domestique.

Le mariage ecclésiastique et le mariage civil.

Ecoutons comment Tertullien dépeignait au deuxième siècle de l'ère chrétienne le mariage ecclésiastique, et opposons à cette peinture la description d'un mariage purement civil du dix-neuvième siècle. — « Comment serais-je en état de dépeindre le bonheur d'un mariage, qui se forme sous les auspices de l'Eglise, que l'oblation du sacrifice confirme auquel la bénédiction du prêtre met le sceau. » Telles sont les paroles par lesquelles Tertullien commence sa peinture du mariage ecclésiastique, puis il continue. « Deux fidèles sont liés sous un joug, n'ayant qu'une seule espérance, un seul

DU MAI'.iAGE. 337

vœu, un seul service ; ils sont frères et sœurs l'un pour l'autre, ils se servent l'un l'autre sans qu'il y ait discussion d'esprit ou de corps. Ils sont vraiment deux dans une seule chair ; une chair et un esprit. Ils prient ensemble, ils jeûnent ensemble, s'instruisent et s'avertissent l'un l'autre. Ils vont ensemble dans l'église de Dieu, ensemble à la Table sainte; ils sont unis dans les besoins, dans les persécutions et dans les consolations. Ils n'ont rien de caché l'un pour l'autre, ils ne s'évitent pas, ils ne se sont pas à charge. Quand ils sont libres, ils visitent les malades, entretiennent les pauvres, distribuent des aumônes d'une main libérale; ils assistent au saint Sacrifice sans tiédeur, ils prient tous les jours sans obstacle, ils se marquent du signe de la croix sans avoir besoin de se cacher ou de le faire à la dérobée ; ils n'omettent point par crainte l'action de grâces aux repas, et le respect humain ne leur ferme point la bouche pour remercier Dieu. Ils trouvent leur joie à chanter des psaumes et des hymnes, et tous deux rivalisent à qui servira Dieu de la manière la plus parfaite. Jésus-Christ en voyant et en entendant de tels époux, y trouve sa joie,. et c'est à ceux-là qu'il se plaît à envoyer sa paix. »

La peinture du mariage mixte que n'a point béni l'Eglise est tout autre; le voici : Deux personnes de religions différentes sont unies sous un même joug, mais différentes sont aussi leurs espérances, leurs promesses de mariage (chez l'une elles sont indissolubles, chez l'autre pas), et le culte qu'elles rendent à Dieu. Quoique unies pour le corps, elles sont divisées pour l'esprit, et n'ont pas d'affinité spirituelle. Elles ne prient pas ensemble, ne jeûnent pas ensemble, et chez elles il ne peut être question de s'instruire ou de s'avertir mutuellement quand il s'agit de choses religieuses. Toutes deux se rendent à un temple différent, vontcommunier à une table différente; et quoiqu'unies dans le bonheur de la vie, elles se sépareront dans l'adversité et les persécutions. La partie catholique se rend à la sainte Messe, mais avec tiédeur, ou ne s'y rend pas du tout; elle ne fait pas ses prières journalières sans rencontrer des obstacles, ou bien elle les

CATÉC. PRATIQUE. T. lll. 15

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omet entièrement; elle n'use marquer son front du signe de la croix qu'à la dérobée. Chez de tels époux les grâces avant et après le repas sont omises par le respect humain qui leur ferme la bouche. On ne les entend point chanter ensemble de pieux cantiques, et ils ne rivalisent pas entre eux pour bien servir le Seigneur. En voyant cette différence qui existe entre les mariages célébrés devant l'Eglise et ceux qui ne le sont pas, il faut bien changer aussi le préambule par lequel TertuUien commence sa peinture du mariage vraiment chrétien, et dire : « Comment serais-je en état de dépeindre le malheur d'une union qui ne se forme pas sous les auspices de l'Eglise, que l'oblation du sacrifice ne confirme pas, et auquel la bénédiction du prêtre ne met pas le sceau? »

Pratique. Il y a dans la vie deux états d'une haute signification et d'une grande valeur, ce sont le célibat et le mariage. Examinez mûrement devant Dieu lequel vous devez choisir, et, si vous êtes décidé à embrasser l'état de mariage, soyez prudent dans le choix de votre époux, de votre épouse; en choisissant ne ])erdez jamais de vue Dieu et le salut de votre âme! Préparez-vous à l'état de mariage par la prière, la pratique des bonnes œuvres et surtout par la confession et la communion. — Célébrez le jour des noces d'une manière toute chrétienne; « réjouissez-vous, mais dans le Seigneur, » comme dit l'Apôtre, « afin que votre modestie brille aux yeux de tous. » De plus bannissez des noces toute immodestie, toute dissolution, tout divertissement coupable, etc. Prenez pour exemple

Tobie et Sara.

Lorsque leur union eut été bénite, et que Tobie emmena Sara, sa femme, il lui dit : « Sara ! aujourd'hui et demain et après-demain nous prierons Dieu ; il est juste que nous lui consacrions les premiers jours de notre mariage, avant d'user de notre droit ; car nous sommes enfants des saints, et nous

DU ma!'.ia(;ü. o3i>

ne devons pas nous unir comme les nations qui ne connaissent point Dieu. » Paroles vraiment précieuses qui doivent être gravées dans le cœur de tous les nouveaux mariés. Citons encore un exemple tiré des temps modernes.

Les noces édifiantes.

Le maître d'une des plus belles verreries do la Lorraine voulait faire généreusement chez lui les noces d'une de ses sœurs qui épousait un capitaine des grenadiers. En conséquence il dit à sa mère qu'elle pourrait amener de Luneville telle compagnie qu'il lui plairait, que, pour lui, il invitait une soixantaine de personnes. Sa mère lui ayant représenté qu'il lui semblerait plus à propos de retrancher de ce côtélà, pour faire quelque chose en faveur des pauvres, il la pria de trouver bon qu'il fît les choses à son gré ; elle y consentit et vint seulement avec les parents les plus proches, pour le jour des noces. Elle fut surprise de ne voir personne de ce grand nombre de convives annoncés : on lui répondit que ce serait pour le lendemain. En effet, le lendemain on voit arriver de tous côtés des troupes de pauvres invités par le respectable maître ; on les introduit dans un grand salon, où on avait dressé un grand nombre de couverts proportionnés au nombre des convives. A chaque couvert étaient joints un pain d'une livre et une bouteille de vin. Quand chacun fut placé, le curé fit la bénédiction des tables ; après quoi le maître et la maîtresse de la maison, les deux nouveau mariés et tous les parents, par ordre, paraissent avec des plats à la main, portant les mets destinés aux pauvres, et les servant eux-mêmes avec cet air de satisfaction que donne le sentiment d'une bonne œuvre.

Il est aisé de juger avec quel contentement des malheureux, accoutumés à n'avoir que du pain dur et bien sec, profitèrent d'une table abondamment servie. On leur annonça d'abord qu'ils pourraient emporter avec eux tout ce qui leur resterait des mets qu'ils n'auraient point achevés, et, pardessus cela, leurs assiettes, bouteilles, verres, cuillers, four-

3iü DES BENKDICTIÜNS.

chettes, tlonl on leur faisait présent. On voyait la joie briller sur le front de tous ceux qui assistaient à cette scène nouvelle; et les spectateurs eux-mêmes, attendris jusq,u'aux larmes, goûtaient intérieurement le plaisir touchant c[^ue trouvent les bons cœurs à faire des heureux. Quand le repas fut terminé et les grâces dites avec modestie, chacun s'en retourna chargé de ce qui lui restait, pour en faire part à sa famille. Tous les autres pauvres qui survinrent en grand nombre, reçurent aussi chacun une aumône honnête. On n'entendait que des cris de bénédiction dont les environs retentissaient. Si les autres noces ont plus de brillant, ajoute l'auteur qui rapporte ce trait, peuvent-elles avoir rien de plus satisfaisant pour des cœurs bien faits; et le ciel peut-il manquer de bénir une alliance ainsi commencée par l'exercice de la plus touchante charité? Plût à Dieu que cet exemple pût engager à changer les folles joies des noces en des œuvres plus dignes du christianisme ! {Anecdotes chrétiennes.)

Ce qu'on entend par bénédictions, et ce qui les distingue des sacrements. — Explication. Par bénédictions on entend; a) tout ce que l'Eglise bénit pour servir au culte divin, ou désire rendre plus utile et plus avantageux à ses enfants tel que l'eau, l'huile, le sel, le pain, le vin, les rameaux, etc., et &) les exorcismes (c'est-à-dire, les cérémonies saintes dont l'Eglise se sert pour chasser les démons des corps qu'ils possèdent, ou des autres créatures dont ils abusent ou peuvent abuser), et c) les consécrations de l'Eglise (c'est-à-dire, les prières et les cérémonies par lesquelles elle consacre une personne ou un objet au service de Dieu ou à un usage religieux). Les bénédictions ont quelque rapport avec les sacrements, en ce qu'elles consistent aussi dans des signes et des paroles et qu'elles confèrent une vertu ou une grâce intérieure, surnaturelle; mais il y a une différence essen-

tielle entre eux, aussi bien sous le rapport de l'institution ou de leur auteur que sous le rapport des grâces qu'ils produisent. Or, cette différence la voici : 1) Les sacrements ont été institués par Dieu et opèrent par la vertu que Dieu leur a accordée; les bénédictions au contraire ont été instituées par l'Église et n'opèrent que par les prières de î'EL;lise, 2) Les sacrements opèrent iii'aillibKinent, quand nou^ n'y mettons pas d'obstacle; tandis que dans les bénédictions TefFet dépend surtout des sentiments de piété de celui qui y a recours. 3) Les sacrements produisent immédiatement la sanctification intérieure; les bénédictions au contraire ne contribuent qu'à communiquer des grâces d'une manière subordonnée et préservent aussi de maux temporels. 4) Les sacrements sont généralement nécessaires et Dieu commande d'y recourir; tandis que les bénédictions ne sont que recommajidées par l'Église, comme utiles et salutaires.

{Gr. Cat. 4« q.)

Pourquoi VÉcjlise bénil-elle certains objets destinés au culte divin et quels sont-ils? — Explication. L'Église bénit tous les objets qui appartiennent rn^ c!^//e divin, afin de les sanctifier et de les consacrer d'une manière exclusive à des usages religieux; puisqu'ils sont destinés à des usages saints, il faut aussi qu'ils soient consacrés spécialement. « Tout est sanctifié par la parole de Dieu et la prière, »écrivait S. Paul à ïimothée. (1 Epît. 4, 5.) Par là-même ces objets bénits doivent être vénérables et salutaires à nos yeux; car ce qui est sanctifié, doit être tenu comme saint et nous sanctifier nous-même. — Les objets bénits pour le service du culte divin sont :

1) Les églises, les autels, les vases sacrés, tels que le calice, le ciboire, l'ostensoir, le tabernacle, les vases

oi-2 DES BE>Ll)ltTIO.NS,

|)Our l'huile sainte et le saint-Chrême, les reliquaires, les fonts-baptismaux, et de plus les vêtements sacerdotaux. Déjà sous l'ancienne Loi Dieu avait donné à Moïse l'ordre suivant : « Tu prendras l'huile de l'onction pour en oindre le tabernacle et tout ce qui y sera pour le sanctifier, l'autel des holocaustes et tous les vases, etc., tout sera consacré par l'huile de l'onction, et sera d'une sainteté inviolable. » {Exode 40, 9-11.) C'est ainsi que l'Église consacre encore aujourd'hui, au milieu des cérémonies les plus admirables et d'un sens tout mystérieux, les églises et les autels (c'est en souvenir de cette consécration que dans toutes les paroisses on célèbre la fête de la dédicace de l'église); elle consacre également les vases saints, etc., ce qui doit les rendre vénérables et saints à nos yeux.

Alaric et les vases sacrés.

Un respect involontaire s'empare quelquefois des âmes les plus indifférentes et les plus impies en présence des objets sacrés en usage dans l'Eglise catholique. Témoin ce chef barbare de l'armée d'Alaric. II avait trouvé dans un couvent une vierge déjà avancée en âge et consacrée à Dieu. Aussitôt le barbare lui demanda l'or et l'argent qu'elle possédait; elle répondit d'un ton plein de fermeté qu'elle avait vraiment un grand trésor et en même temps elle lui montra tant de richesses qu'il ne put retenir un mouvement de surprise : « Voilà, » lui dit-elle, « les vases précieux de l'église de S, Pierre; prends-les, si tu l'oses; tu en es responsable; puisque je ne suis pas en état de les défendre, je n'essaierai pas de les retenir. » Le barbare saisi de respect, en informa Alaric, qui donna l'ordre de transporter tous ces vases sacrés dans la basilique de S. Pierre et d'y accompagner la vierge sacrée. Comme le couvent était éloigné de l'église de S. Pierre, on fut obligé de traverser toute la ville et-la translation se fit avec un extérieur imposant au milieu du pillage général de la ville de Rome. On portait les vases saints sur

DES BÉNÉDICTIONS. dï'à

Ja tête, au milieu de deux haies de soldats le glaive à la main. Et aussi longtemps que dura ce convoi, les Romains et les Barbares unirent leurs chants pour louer Dieu (Hist. Eccl. année 410.)

5) Les cloches furent également bénites pour les usages religieux, pour louer Dieu, appeler le peuple, rassembler leclergé, pleurer les morts, dissiper les nuages et anroncer les fêtes, (i) Comme la bénédiction des cloches a beaucoup de ressemblance avec les cérémonies du baptême, on l'appelle baptême des cloches. — On bénit ensuite

3) La croix, les images de Jésus-Christ, de la Sainte- Vierge et des autres saints, les cierges, etc. II serait trop long d'expliquer toutes les bénédictions que l'Église emploie pour les différents objets servant au culte, et d'exposer de quelle manière et avec quelles cérémonies elle les consacre (2).

{Gr. Cat. o« q.)

Pourquoi l'Eglise hénit certains objets destinés à notre usage et quels sont ces objets. — Explication. L'Eglise bénit et consacre aussi à notre pieux usage plusieurs choses. Elle le fait a) pour imiter l'exemple de Jésus-Christ qui bénit des pains et des poissons. « Il prit les cinq pains et les deux poissons, » dit l'Evangeliste, « leva les yeux au ciel et les bénit. >■> (S. Luc, 9, IG.) b) Elle veut invoquer les bénédictions célestes sur les fidèles, afin <' que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu. » {Epit. aux Rom. 8, 28.) et que la bénédiction divine se répande sur tout, comme la malédiction s'est répandue parle péché d'Adam sur toutes les créatures. {Gé7}. 3,17,

'D La destination des cloches est exprimée laconiquement dans les deux vers suivants :

Laudo Deum verum, plebeni voco, congrego clerura, Defunctos ploro, nimbos fugo, festaque honoro. (2) Voyez l'excellent ouvrage : Beautés de l'Église catholique, par Rippel ; traduit de l'allemand par Cornet.

et Epît. aux Rom. 8, 20-28.) Les principales choses que l'Eglise bénit à notre yieux usage sont :

\) Le pain. Par exemple à la fête de certains saints, de S. Hubert, de S. Biaise, deS. Marcoud, etc., etenFrance à l'offertoire de la Messe, le prêtre bénit le pain que le peuple lui présente. « Dans cete bénédiction l'Eglise fait attention aux cinq pains que Jésus-Christ bénit dans le désert, en même temps qu'au Sauveur lui-même qui est le pain vivant, le pain des anges. » Déjà au quatrième siècle on pratiquait cette coutume de bénir le pain.

2) Le vin. Cette bénédiction a lieu dans certains pays à la fête de S. Jean l'Evangéliste, en souvenir du miracle qu'opéra ce Saint, lorsque par un signe de croix il ôta à une coupe empoisonnée son effet nuisible. L'Eglise désire qu'en buvant le vin de S. Jean nous nous abreuvions comme lui à la source de toute charité.

3) La demeure de l'homme et ses aliments, afin qu'il puisse reposer en paix, et prendre avec reconnaissance et sans crainte la nourriture nécessaire à son corps.

4) Le bétail, les prairies et les champs, afin de les préserver des maladies et des fléaux qui pourraient les faire périr ou les rendre stériles, et priver ainsi le laboureur du fruit de ses travaux. L'Eglise bénit encore une foule d'autres objets qui servent à notre usage, comme les vaisseaux, les ponts, l'eau des sources, des rivières, de la mer, le lit nuptial, les étendards, les armes, etc. En donnant cette bénédiction, on doit bien se rappeler que l'Eglise n'a d'autre but que d'obtenir par ces prières, que Dieu daigne rendre inutiles les efforts que les démons font pour engager les hommes à abuser de ces choses, et qu'il accorde aux chrétiens la grâce de ne s'en servir que pour sa gloire et pour leur salut.

Observation. L'Eglise bénit et consacre non-seulement les choses mais encore

les personnes C'est ainsi qu'elle sacre le pape, les empereurs et les rois, qu'elle consacre les abbés, les abbesses, les vierges, etc.— De même encore l'Eglise bénit pendant et après la Messe le peuple, les femmes relevées de leurs coucbes, etc. Et pourquoi ne le ferait-elle pas? Jésus-Christ n'a-t-il pas béni les enfants? « Jésus les embrassa, leur imposa les mains et les bénit. » (S. Marc, 10, 16.)

{Gr. Cat. 6«-8« q.)

Pourquoi nous devons user pieusement des objets bénits. — Explication. Par ces consécrations et ces bénédictions, l'Eglise nous donne une preuve continuelle de sa tendresse maternelle; depuis le berceau jusqu'à la tombe, elle veut nous accompagner de ses prières et de ses bénédictions, nous procurer des consolations, des secours et des grâces; c'est pourquoi elle bénit même le cimetière et la fosse ou notre corps inanimé doit reposer jusqu'au jour de la résurrection générale. Quel amour attentif! Dans toutes ses bénédictions et ses prières, elle n'a en vue que notre bien spirituel et temporel; elle y demande à Dieu qu'il détourne de nous ses fléaux, qu'il nous protège contre les attaques du démon, qu'il nousaccordela paix, le bonheurettout ce qui peut serviraubien de notre corps et de notre âme, etc. Ne faut-il donc pas que nous recourions avec une sainte joie et une pieuse dévotion aux bénédictions de l'Eglise? Nous en avons les plus grands motifs; nous n'avons qu'à nous rappeler que par là nous participons 3t\x\ prières et aux faveurs de toute VEglise, au nom de laquelle le prêtre bénit et consacre. Et quelle vertu n'a point la prière de l'Eglise, puisqu'elle est le corps de Jésus-Cbrist, animée de son esprit, guidée par lui, et que sa prière est toujours unie à la prière de Jésus-Christ et de ses saints! Sous l'ancienne Loi on attachait un si grand prix à la bénédiction des patriarches; et quel cas ne devons-nous faire alors de la bénédiction de l'Eglise, puisque Jésus- Christ a déposé dans son sein le trésor inépuisable de

ses grâces.

346 DKS U!:NÉ[>ICTiO.\S.

{Gr. Cat. 9^-10« q.)

Veau bénite. — Explication. Parmi les bénédictions de l'Eglise celle de Veau est une des principales ; car l'eau bénite est employée dans presque toutes les autres bénédictions et l'usage en est recommandé aux fidèles dans l'église et hors de l'église. C'est pourquoi le prêtre bénit l'eau tous les dimanches. La bénédiction de l'eau est très-ancienne, puisque S. Jérôme ei] fait mention (m vita Hilar.). Elle avait été même figurée dans l'ancien Testament. Lorsque l'eau qui se trouvait dans la ville de Jéricho et autour de ses murs fut corrompue et devenue malsaine, les habitants de cette cité vinrent implorer le secours du prophète Elisée. Celui-ci leur dit : « Apportez-moi un vase nouveau et mettez-y de l'eau. Lorsqu'ils le lui eurent apporté, il sortit vers la fontaine, et il jeta le sel dans l'eau, et dit: « Voici ce que dit le Seigneur. J'ai purifié ces eaux, et la mort ni lastérilité ne seront plus enelle.Ces eaux furent donc purifiées jusqu'à ce jour. »{A livredes Rois 2,19-22.)

Les effets salutaires de l'usage pieux de l'eau bénite sont les suivants, tels qu'ils sont indiqués dans les prières de la bénédiction:

\) Elle efface les péchés véniels. C'est ce que le pape Alexandre F a exprimé par sa lettre décrétale dans ces termes : L'eau mêlée de sel est bénite pour les fidèles afin qu'ils en soient aspergés et qu'ils soient purifiés par elle ; car si le sang des boucs et des taureaux, si l'aspersion faite au moyen de cendres produisait la purification [Epît. aux Hébr. 9, 13.), à combien plus forte raison l'eau mêlée de sel et sanctifiée par la parole divine ne sera-t-elle pas capable de purifier? » Voilà pourquoi on asperge le peuple avec de l'eau bénite avant les offices divins, afin d'exprimer parlàqu'ildoit êtrepur etsainten paraissant devant Dieu et en l'invoquant. Voilà pourquoi

nous en |>renons nous-mênie le matin et le soir, et quf* nous en répandons sur les tombeaux des morts, etc. 2) L'eau bénite sert encore à chasse?' les démons, à dissiper les maladies, etc. Cet effet est exprimé de la manière la plus claire dans la bénédiction. Mais il est requis que nous nous rendions dignes de ces effets particuliers par un profond sentiment de piété. Car l'effet des bénédictions, comme nous l'avons déjà dit, dépend principalement de l'intention pieuse de celui qui s'en sert.

L'eau bénite sert à chasser les démons, les maladies, etc.

L'histoire ecclésiastique est pleine d'exemples de la vertu surnaturelle que l'eau bénite procure contre tous les esprits malins, les maladies, les tempêtes et d'autres malheurs de tout genre. S. Grégoire-le-Grand par exemple s'en servit pourchasser les démons de son monastère. S. Eloi l'employa pour délivrer plus de cinquante possédés. S. Quintien guérit par son moyen un homme malade de la fièvre; S. Fortunat un jeune garçon qui s'était cassé la jambe; S. Malachie une femme qui souffrait d'un chancre; S. Bernard des malades de différentes espèces, S. Germain et S. Loup y eurent recours pour apaiser unehorribletempête. S. Aphrantesdissipa par son moyen desnuées de sauterelles qui ravageaient tout.

Veau bénite sert au soulagement des pauvres âmes.

Comme le mauvais riche qui criait vers Lazare, ainsi les pauvres âmes du purgatoire crient aussi vers nous : « Ah ! chrétiens! ayez pitié de nous, et plongez l'extrémité de vos doigts dans l'eau bénite, et procurez-nous du rafraîchissement; car nous souffrons beaucoup dans les flammes du purgatoire. » Aussi est-il une louable coutume de jeter de l'eau bénite sur les tombeaux des morts ou sur leurs ossements; car « de même que la pluie rafraîchit les fleurs flétries par l'ardeirr du soleil, de même l'eau bénite procure du rafraîchissement aux âmes du purgatoire, ces fleurs choisies par le ciel, qui sont brûlées par le soleil de la justice divine. » (Deodatus in Vitis Patrum.)

348 DES bénf'dictio>s.

Pratique. Quand il s'agit des bénédictions et des choses bénites, évitez surtout deux choses : 1) d'en abuser, ce qui arrive quand on emploie les objets bénits par l'Eglise, d'une manière superstitieuse ^/ans un autre but que celui auquel l'Eglise les a destinés en les bénissant, car ce qui donne aux objets bénits leur vertu, c'est la prière de l'Eglise; conséquemment ils ne peuvent produire dautre effet que celui que l'Eglise a demandé dans ses ]>rières; 2) cry être indifférent ou de les mépriser, ce qui a lieu quand on ne fait que peu ou point de cas de la prière et des bénédictions de l'Eglise. Par là vous perdriez une foule de grâces et de faveurs. C'est pourquoi usez des objets bénits par l'Eglise, avec le respect et la dévotion convenables. Surtout servez-vous souvent et avec attention de l'eau bénite, non-seulement à l'entrée et à la sortie de l'Eglise, mais encore à la maison, le matin et le soir, dans la journée quand vous devez vous rendre autre part, et dans mainte autre circonstance. Priez en même temps Dieu qu'il daigne vous purifier de plus en plus par le sang de Jésus-Christ et vous protéger au milieu iie tous les dangers qui menacent votre corps et votre âme; alors vous éprouverez l'effet salutaire de cette pieuse pratique comme

Sainte Térèse.

Cette admirable servante de Dieu, si distinguée par toutes les qualités du cœur et de l'esprit, fait l'aveu suivant : « J'ai souvent éprouvé que le démon a fort peur de l'eau bénite. Pour ce qui me regarde je puis assurer que lorsque je m'en sers, je sens ordinairementune certaine joie intérieure et en même temps une force qui ranime toute mon âme et que je ne puis m'expliquer. Ce n'est pas un etfet de mon imagination ; je l'ai éprouvé très-souvent, et j'ai examiné attentivement ce que j'éprouvais. Pour moi je ressentais ce que ressent quelqu'un qui au niilit-u d'une soif dévorante boit de

l'eau fraîche dont il sent l'effet dans tout le corps. Alors je me dis souvent comment tout ce que l'Eglise ordonne est bon, important et d'un effet salutaire! C'est la prière de l'Eglise qui donne à l'eau bénite cette vertu. »

{Gr. Cat. l«-5« q.)

Notion et division de la prière. — Explication. La prière est une élévation de l'âme vers Dieu, soit pour le louer, soit pour le remercier ou pour lui demander une grâce. Par là nous avons indiqué 1) ce que c'est que la prière et 2) comment on la divise.

Ad L La prière est une élévation de l'âme vers Dieu. « La prière, qu'est-elle autre chose, y> dit S. Augustin, (c que l'âme qui s'élance des choses terrestres aux choses célestes, qui cherche ce qui se trouve au-dessus de nous? « Ainsi dans la prière la bouche peut se taire, pourvu que le cœur soit près de Dieu et s'entretienne avec lui : C'est pourquoi on peut aussi appeler la prière un entretien avec Dieu; « c'est un commerce familier, une union de l'homme avec Dieu, » dit S. Jean Climaque.

La prière est un entretien avec Dieu.

S. François de Sales, évéque de Genève, expliquait un jour aux petits enfants le plaisir que goûtaient nos premiers parents dans le paradis. « Un de leurs plus doux plaisirs, » dit-il, « était de pouvoir s'entretenir avec le bon Dieu luimême, et d'oser lui parler comme à un père bien-aimé. » — « Hélas! » s'écria un petit garçon, « c'est bien dommage qu'il n'en soit plus ainsi ! J'aimerais tant de parler au bon Dieu et ce serait si beau de pouvoir m'entretenir avec lui. » Le saint évêque se réjouit de cette interruption et sourit en entendant les regrets de l'enfant auquel il s'empressa de dire : « Soyez consolé, mon enfant! Si nous avons perdu le

paradis à cause du premier péché, nous n'avons point perdu Dieu lui-même; partout il est près de nous, et à chaque moment et en tout lieu nous pouvons lui parler, surtout par la prière. En priant nous entretenons un commerce avec Dieu, comme des enfants avec leur père bien-aimé, et, selon les paroles de l'Ecriture, ce c<5mmerce avec Dieu n'a rien d'amer et sa société n'a rien de contrariant; au contraire, on n'y trouve que joie et douceur. »

La prière est une élévation de l'âme vers Dieu.

Nous rencontrons un bel exemple de la véritable élévation d'un cœur pur et de mains innocentes vers Dieu dans la vie de S. Charles Borromée, archevêque de Milan. Un soir que selon sa coutume il était agenouillé avec tous les siens dans sa chapelle au pied de l'autel, et qu'on eut chanté l'antienne (c'était au temps pascal). « Le temps est arrivé où je vais retourner vers celui qui m'a envoyé; que notre cœur ne se trouble pas et ne craigne rien, » des coups d'arquebuse dirigés contre lui, se firent entendre à cet instant. Tout fut aussitôt en mouvement et la terreur s'empara de chacun. Charles lui-même atteint d'une balle dans le dos, était tombé au même moment à terre, mais il se releva aussitôt, leva les mains au ciel pour remercier Dieu de ce qui était arrivé. Quoiqu'il se crût mortellement blessé et que tous ceux qui l'entouraient pâlirent, que la musique et le chant cessèrent, il n'interrompit point sa prière pour cela; il ne donna pas l'ordre de rechercher l'assassin ou d'appeler un chirurgien, mais le visage souriant, le cœur calme et toujours également attentif à la prière, il demeura devant l'autel jusqu'à ce que l'heure fût passée comme d'ordinaire; « que votre cœur ne se trouble pas et ne craigne rien. » Aussi Dieu se plut à le glorifier par un miracle; la balle ne fit que traverser son habit et fut arrêtée dans son mouvement impétueux par une force supérieure, de sorte que sans l'avoir blessé, elle tomba à terre. Sa prière était donc vraiment un encens qui s'élançait pieusement vers le ciel, une élévation du cœur vers Dieu, une

prière pleine de confiance et de résignation, et qui devait attirer d'abondantes bénédictions. {Emm. Veith.)

Ad 2) Nous élevons notre âme vers Dieu, soit pour le louer, soit pour le remercier, ou pour lui demander des grâces; de là trois sortes de prières : la louange, l'action de grâces et la demande.

a) La louange. Louer Dieu signifie se réjouir en Dieu à cause de ses infinies perfections et le bénir, l'adorer en vue de cela. C'est un de nos plus saints devoirs de louer le Seigneur notre Dieu; car c'est pour cette fin que nous avons été créés et ce sera un jour dans le ciel notre éternelle occupation; là nous unirons toutes nos voix pour chanter : « Saint, saint, saint! « hymne céleste que les chœurs des anges répètent sans cesse pour louer et bénir Dieu. [Apoc. 4.)

Exemples tirés de l'Ecriture.

L'Ecriture-sainie est toute remplie de la louange de Dieu. David loue continuellement le Seigneur dans ses psaumes. « Ma bouche répétera sans cesse les louanges du Seigneur, » dit-il, a et toute chair bénira son saint nom dans les siècles et à jamais. » [Ps. 144, 22.) « Seigneur! je raconterai toutes vos merveilles, je me réjouirai en vous, je chanterai votre nom, Dieu très-haut! » (Ps. 9, 1-2.) Les trois jeunes gens dans la fournaise ardente à Babylone louaient et bénissaient le Seigneur en disant : « Bénissez le Seigneur, louez-le exaltez-le au-dessus de tout, dans tous les siècles, parce qu'il nous a délivrés du milieu des flammes. » [Daniel, 5, 88.) La très-sainte Vierge Marie dans son admirable cantique s'écriait : « Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie dans le Dieu mon Sauveur, car celui qui est puissant a fait pour moi de grandes choses. » (S. Luc, 1, 48-49.) S. Paul excite tous les fidèles à louer le Seigneur, quand il dit : a Chantez des hymnes et glorifiez Dieu dans vos cœurs. » {EpU. aux Eph. 5, 19.)

'àM DE LA PlilÈRE.

La prière de louange des saints.

Lorsque S. Polycarpe, évêque de Smyrne, vieillard de quatre-vingt dix ans et disciple de l'apôtre S. Jean, fut sur le bûcher où il devait être brûlé vif, il fit cette prière avant qu'on mît le feu au bois. « Seigneur, Dieu tout-puissant. Père de votre Fils bien-aimé Jésus-Christ! je vous loue et vous bénis parce que vous m'avez daigné adopter en ce jour et à cette heure au nombre de vos martyrs et fait boire le calice de votre Christ. C'est pourquoi je vous loue, je vous bénis, je vous exalte et vous glorifie, par le grand-prêtre éternel, Jésus-Christ, par qui et avec qui toute gloire vous soit rendue comme au Saint-Esprit. »

Sous l'empereur Valens, quatre-vingts martyrs furent brûlés vifs sur un vaisseau; et au milieu des flammes qui embrasèrent la charpente, ils se mirent à entonner d'une voix claire et joyeuse le chant de cygne du vieillard Siméon : a Seigneur! laissez maintenant vos serviteurs aller en paix, car nos yeux ont vu votre salut. »

S. Ignace fait l'éloge des habitants de Magnésie qui s'unissaient pour louer Dieu. « Ils sont tous d'accord comme les cordes d'une harpe pour célébrer les louanges de Dieu. « S. Augustin nous engage en ces termes à louer Dieu : « Que personne ne se fatigue de louer Dieu. — La louange de Dieu est comme une nourriture de l'âme; plus elle le loue et plus elle se fortifie; plus on le bénit, plus il devient doux pour nous. »

b) La prière d'action de grâces. Comme nous devons louer Dieu à cause de ses infinies perfections, ainsi nous devons le remercier aussi de toutes les preuves de son amour ineffable, de toutes les grâces et des bienfaits qu'il nous accorde avec une si grande libéralité. L'ingratitude est un vice odieux, mais la reconnaissance est le meilleur moyen d'obtenir de nouveaux bienfaits. « Dieu est si libéral, » dit S. Chrysostôme [Hom. 15 in Gen.)y « qu'il nous accorde d'autant plus de bienfaits

DE LA PIUÈRE. 353

qu'il voit le bon usage que nous en faisons et la reconnaissance que nous lui en témoignons. » Eve remercia Dieu de la naissance de Caïn, et Dieu lui donna en récompense quelque chose de meilleur encore, le juste Abel. S. Ambroise, pour nous engager à remercier Dieu dans nos prières, nous dit : « Qui serait tenté d'être ingrat envers Dieu alors que nous voyons les animaux eux-mêmes témoigner leur reconnaissance? Le chien n'oublie pas le maître qui le nourrit. Cessons d'être ingrats; soyons désormais reconnaissants envers Dieu, qui ne se contente pas de nous nourrir, mais qui nous a délivrés de la tyrannie du démon et ouvert le ciel. » C'est pourquoi l'Apôtre nous engage aussi à témoigner notre gratitude à Dieu, quand il dit : « Rendez grâces en toutes choses; car c'est là ce que Dieu veut que vous fassiez tous par Jésus-Christ. » (l Epît. aux Thess. 5, 18.)

Alphonse, roi d'Aragon,

remerciait sans cesse Dieu de tous ses bienfaits, mais surtout il disait souvent la prière suivante : « 0 mon Dieu, je vous remercie de ce que vous ne m'avez pas mis au nombre des animaux privés de raison, de m'avoir fait homme, et, qui plus est, chrétien et maître d'un royaume, où je puis être l'instrument de votre bienfaisance. »

c) La prière de demande. Nous devons aussi prier Dieu jtour obtenir ses grâces : « Demandez, » dit Jésus-Christ lui-même, « et veus recevrez ; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira. (S. Luc, li, 9.) Donc

celui qui ne demande pas, ne recevra rien.

Celui qui ne demande pas, ne recevra pas. {Une comparaison.)

Représentez-vous un roi plein d'une compatissante libéralité qui, ému d'une tendre piété pour tous les indigents placés sous sa domination, voulut par lui-même pourvoir à tous

351 DE I.A PRIÈKE.

leurs besoins de ses propres deniers. Supposez que dans cette intention il ordonne à tous les gouverneurs et magistrats de procurer à tous ces pauvres, sur son trésor particulier, une maison pour l'habiter, des habits pour se couvrir, des vivres pour se sustenter, et de publier dans tous les lieux de leur province cet ordre émané de sa volonté, afin que ses intentions fussent partout bien connues. Si ensuite vous rencontriez un pauvre avec des vétemens in lambeaux, tremblant de froid, exténué de faim, et si lui demandant pourquoi il n'a pas eu recours à la munificence du prince, vous en receviez cette réponse : « Parce que je ne veux point me donner la peine de demander à ce prince les choses dont j'ai besoin. » — Que lui diriez-vous? « C'est bien ta faute si tu meurs de faim et de froid, ton insouciance seule en est la cause. » C'est là tout justement ce que j'ai à vous dire à vousmême. Le roi du ciel vous a promis de pourvoir à tous vos besoins spirituels, nécessaires à votre salut et à la perfection de votre âme. Il a publié pour tout le monde dans ses saints Evangiles par un édit solennel cette généreuse promesse. Vous êtes vous-même ce pauvre dont il a été question, dénué des précieux habits des vertus chrétiennes, plein de froideur au service de Dieu, débile, languissant, sujet à tomber dans le péché, et tout cela parce qu'il ne vous plait pas de demander, sans relâche et du fond de votre cœur, cette assistance divine. C'est donc bien votre faute, vous dirai-je, si vous ne faites point un seul pas dans la perfection, si même peutêtre vous faites des pas en arrière, au risque de vous précipiter dans l'abîme. De là nous pouvons conclure en même temps combien la prière nous est nécessaire.

[Gr. Cal. 6«-8« q.) Nécessité de lapnère. — Explication. La prière est nécessaire au salut pour tous ceux qui ont suffisamment acquis l'usage de la raison ; car Dieu lui-même nous a recommandé de prier, et a fait dépendre beaucoup de grâces de la prière. Jésus-Christ nous a recommandé la prière aussi bien par ses exemples que par ses paroles;

DE LA PRIÈRE. 35î>

par ses exemples, puisqu'il employait souvent des nuits entières à prier (S. Luc, 6, 12.), et ne fit jamais rien d'important qu'il ne s'y fût préparé par la prière; par ses paroles, puisqu'il a dit : « Il faut toujours prier et ne jamais cesser. » (S. Luc. 18, 1.) « Demandez et l'on vous donnera. » (S. Matth. 7, 7.) En outre il a fait dépendre beaucoup de grâces de la prière; sans la prière nous n'obtiendrons pas les grâces nécessaires pour persévérer dans le bien jusqu'à la fin. « Le Père céleste donnera un bon esprit à ceux qui le lui demanderont. « S. Luc. 11, 13.) « Quiconque ne pratique pas la prière, » dit S. Catherine de Bologne, « se prive de ce lien sacré qui unit l'âme à Dieu. » — « Celui qui ne prie pas, » dit S. Térèse,« deviendra en peu de temps un animal ou un démon; » car celui qui néglige la prière, sera bientôt dominé complètement ou par des passions sensuelles et animales, ou par l'esprit des ténèbres; il tombera dans l'impudicité, la débauche et la paresse, ou dans l'orgueil, l'avarice et l'envie. Qui méconnaîtrait donc la nécessité de la prière? Aussi Dieu a-t-il exprimé trèsfréquemment et de la manière la plus positive que nous devons le prier, non comme si nous avions besoin de lui dire d'abord ce qui nous est nécessaire, mais afin de le reconnaître comme l'auteur de tout bien, de lui témoigner notre dépendance, et de nous rendre ainsi plus dignes de ses bienfaits. Quiconque veut avoir les dons de Dieu, doit les lui demander.

Combien la prière nous est nécessaire.

La légende que nous allons citer montre combien la prière nous est nécessaire et ce que devient l'homme quand il néglige ce grand moyen de salut.

Un jeune homme nommé Pacco se rétira dans le désert de Sceté pour s'y consacrer selon l'usage de son temps aux rigueurs d'une vie austère. Après avoir persévéré pendant

356 DE LA PKIÈUE. '

plusieurs années et goûté les douces consolations que procure le commerce avec Dieu, il fut visité par des pensées étranges et de sombres doutes. Des images affreuses et impures venaient s'offrir sans cesse à son esprit pour le tourmenter, et lui rendirent la vie tellement insupportable qu'il tomba dans le désespoir. Au lieu d'invoquer Dieu et de lui demander son assistance et sa grâce, il forma le dessein insensé de chercher la mort partout où il pourrait la rencontrer. Il sortit donc de sa cellule et alla se placer à l'entrée d'une caverne qu'il savait être le repaire de féroces hyènes, afin d'être saisi et déchiré par elles le soir quand elles sortiraient pour chercher leur proie. Ces animaux carnassiers ne se firent pas longtemps attendre; furieuses et dévorées par la faim elles s'élancèrent de leur retraite, mais à peine furent-elles arrivées près du jeune homme qu'elles se traînèrent comme des chiens caressants jusqu'à ses pieds et se mirent à les lui lécher. Tout hors de lui à la vue de ce spectacle merveilleux et reprenant de nouveau courage, le solitaire reprit ses vêtements et s'en retourna joyeux dans sa cabane pour y attendre avec patience des temps meilleurs. Néanmoins il continua de négliger la prière. Or, les pensées sinistres et infernales, les' rêves dégoûtants d'une imagination surexcitée revinrent avec plus de violence que jamais. Il quitta de nouveau sa pauvre demeure et parcourut comme un insensé le désert afin d'y rencontrer la mort; il trouva enfin une vipère venimeuse étendue paisiblement dans le sable brûlant. Il la saisit dans la main, la secoua et la tirailla de toutes manières, mais elle ne remua point et refusa de mordre. Levant alors les yeux au ciel, le solitaire s'écria d'une voix irritée : « Qui es-tu donc, Seigneur! d'ordinaire tu es si généreux pour envoyer la mort à des milliers d'hommes qui la redoutent et la fuient, et d'autres fois tu en es avare et tu la refuses aux rares individus qui la désirent et la cherchent. » — Et une voix se fit entendre et lui dit : « Pourquoi nourris-tu la folle prétention de vouloir vaincre par tes propres forces les noires et sinistres tentations qui assombrissent ton âme? Reconnais ton impuissance, invoque Dieu

à ton secours, mets en lui ta confiance, et tu vaincras. » — Le jeune homme se retira, suivit le conseil qu'il venait de recevoir et retrouva la paix. — Cette légende renferme de salutaires enseignements. Ainsi, lorsque quelqu'un a la prétention d'être secouru de Dieu, assisté de sa grâce et sauvé, sans avoir recours à la prière, il exige un miracle plus grand que celui dont il vient d'être parlé; il prétend recevoir sans avoir demandé; il veut trouver sans se donner la peine de chercher; il faut qu'on lui ouvre les portes sans qu'il ait frapj)é; il exige que sans sa coopération, sans aucun effort de sa part, il soit admis dans le royaume de la vie. Cela ne se ])eut; « car celui-là seulement qui demande, recevra. »

Pourquoi la prière nous est-elle nécessaire?

Un pieux écrivain répond à cette question de la manière suivante : « Lorsqu'un homme sans religion me demande : Pourquoi prierais-je? Dieu sait bien sans cela, ce qui m'est nécessaire, — je réponds : « Très-bien ! Mais parce que Dieu sait, combien la prière vous est nécessaire, il veut que vous priiez. Qu'y a-t-il de plus convenable pour une créature sortie du néant et entièrement dépendante, qued'adorerdanslaplus profonde humilité son Seigneur et son Dieu, que de le louer et de le glorifier avec une sainte allégresse? Que de le remercier avec un cœur reconnaissant de l'existence, de la vie et de tout le bien qu'elle a reçu de lui? Qu'y a-t-il de plus convenable pour l'homme si faible et si misérable, environné de mille adversités, menacé d'une foule de dangers, que de lever humblement avec une pieuse confiance, les regards vers celui de qui vient tout secours et de lui demander sa grâce et ses bénédictions? Qu'y a-t-il de plus convenable pour le pécheur qui a si souvent méprisé et offensé l'Etre souverain, l'éternelle Majesté, que de reconnaître et de pleurer humblement avec un profond repentir ses fautes et de demander pardon et miséricorde? »

Comparaisons.

« Comme ceux qui voient leur maison en danger d'être incendiée doivent toujours garder de l'eau prête, ainsi

3o8 DE LA PRIÈRE.

l'homme qui sait qu'il est exposé au feu des mauvaises passions, doit tenir prête la prière comme un moyen de l'éteindre. » — « Sans prière, il n'y a point de victoire dans les tentations. »

« Une âme qui ne prie pas, est comme un soldat sans armes au milieu d'une troupe d'ennemis acharnés à sa perte ; elle est semblable à un pilote qui lancé sur la mer orageuse n'a ni gouvernail ni boussole; elle est comme une ville assiégée de toutes parts, dont les murs sont sans défense. Malheur à celui qui ne sent pas la nécessité de la prière et qui par suite de là ne prie point. » {In vita Patrum.)

« Des âmes qui ne prient point, sont semblables à un corps frappé d'apoplexie ou atteint de paralysie; il a des mains et des pieds, mais n'est pas en état de les mouvoir. » [S. Térèse.)

« Ce que la respiration est au corps, la prière l'est à l'âme. Si la respiration s'arrête par intervalles ou se fait difficilement, il va mal au corps ; de même si la prière manque et ne se fait guères, l'âme va mal et court un grand danger. Si la respiration s'arrête entièrement, le corps est mort; et si l'on cesse entièrement de prier, l'âme meurt aussi. » {Faber.)

« une fois que l'homme cesse de s'entretenir avec le ciel, l'enfer commence aussitôt à lui adresser la parole. » (Le même.)

« Aussi longtemps que le poisson est dans l'eau, il conserve non-seulement la vie, mais il se porte bien et se développe ; le retire-t-on de l'eau, à l'instant il se meurt, quels que soient les moyens que l'on emploie pour le conserver en vie. Il en est de même de l'homme quand il s'agit de ses rapports avec Dieu, son souverain maître; l'élément qui le conserve en vie, qui l'empêche de mourir spirituellement, et le fait croître en perfection, c'est la prière; c'est l'élément vital de l'âme, et si l'homme en sort, il perd la grâce de Dieu et la vie surnaturelle aussi vite et aussi infailliblement que le poisson quand il est tiré hors de l'eau. > {S. Chrysostôme.)

DE LA l'RlEr.E. 3)9

(Gr. Cat. Q'' q.).

Principaux effets ou fruits de la prière. — Explication. La prière possède une force extraordinaire et ses fruits sont aussi admirables que ravissants. La prière est semblable à l'arc de Jonathas, qui ne manquait pas son but, et au glaive de Saül qui ne rentrait pas au fourreau sans être teint du sangdes ennemis. Elle nous élève vers Dieu, diminue nos afflictions, fortifie notre faiblesse, adoucit nos amertumes, nous ouvre les portes du ciel, triomphe des puissances de l'enfer, en un mot : elle est toutepuissante. — • Parmi les fruits innombrables que produit la prière, nous citerons surtout les suivants: 1) Laprière nous unit à Dieu; « elle fait de nous un temple de la divinité, » dits. Chrysostôme ; 2) ellenous communique des goûts célestes. « Celui qui converse avec un homme vertueux, dit le même Docteur, retire une grande utilité de ces relations; et ne devons-nous pas acquérir également des goûts célestes, quand nous entretenons sans cesse un commerce avec Dieu par la prière? » 3) Elle nous fortifie contre le mal; car, « la prière, » dit S. Ambroise, « est un bouclier au moyen duquel nous repoussons les traits enflammés du démon. » 4) Elle nous donne du goût et de V énergie pour le bien; « la prière, » dit S. Jean Climaque, « est la source de toutes les vertus et le meilleur moyen de croître dans le bien ; » o) elle nous console dans les adversités, « elle chasse la douleur et la tristesse, » dit S. Nil {de orat. cap. 14.), et S. Ephrem ajoute qu'elle est la consolation des affligés et la joie de ceux qui pleurent; enfin 6) elle nous obtient des secours dans nos besoins et la grâce de la persévérance jusqu'à la mort. « La prière, » dit encore S. Chrysostôme, « est une ancre de salut pour celui qui est en danger de faire naufrage,... un remède efficace pour celui qui veut conserver la santé. »

Exemples tirés de la Bible.

Tous ces fruits de la prière, nous les trouvons indiqués dans l'Ecriture par de nombreux exemples. Lorsque les Israélites combattaient avec les Amalécites, Jloïse levait en priant les mains au ciel, et « lorsque Moïse élevait les mains, Israël triomphait; et lorsqu'il les abaissait un peu, Amalec l'emportait. » [Exode, 17, 11.) — Lorsque le peuple d'Israël eut demandé un roi, le prophète Samuel s'écria avec indignation : « J'invoquerai le Seigneur, et il fera entendre son tonnerre et tomber la pluie, afin que vous sachiez et que vous voyiez combien est grand devant le Seigneur le mal que vous avez fait. Et Samuel cria vers le Seigneur, et le Seigneur fit éclater son tonnerre et tomber la pluie. » (1 liv. des Rois, 12, 17-18.) — C'est par la prière que se fortifie Judith pour oser trancher la tète à Holopherne qui assiégeait Béthulie et délivrer ainsi sa ville natale {Judith, 9, 13.). — Esther prie et Dieu en fait la libératrice de son peuple. — Nous lisons au sujet des Machabées : « Ils combattaient de la main, et priaient en leurs cœurs; et ils ne tuèrent pas moins de trente-cinq mille hommes et la présence de Dieu les remplissait de joie. » (2 liv. des Mach, lo, 27.) — S. Pierre se fortifiait par la prière et souffrait alors avec plus de patience les adversités qu'il rencontrait; il fut jeté en prison, mais la prière des fidèles brisa ses chaînes. « Et quand Pierre était gardé dans la prison, les prières de l'Eglise s'élevaient sans cesse vers Dieu pour lui. » (Act. des Apôt. 12, 5.)

Comparaisons relatives aux fruits de la prière.

« La prière produit le même effet qu'un baume précieux; elle soulage le malade et réjouit celui qui se porte bien. La prière est comme une puissante armure, un trésor inépuisable, un port tranquille, un fondement de paix, et la source, la racine, la mère de biens innombrables. » (S. Ephrem.)

« La prière est une clef qui nous ouvre les trésors célestes. Désirez-vous obtenir la tempérance, la justice, la douceur et la mansuétude? Aimez-vous la pureté ?Voudriez-vous mettre

DE LA PRIÈRE. 36t

un frein à la colère, être délivré de l'envie? Il est impossible que vous n'obteniez pas l'objet de vos vœux, si vous priez Dieu de les exaucer, » (S. Clirysostôme.)

<i La prière ressemble à une fontaine qui s'élève dans les airs au milieu d'un jardin. Comme les arbustes qui en sont arrosés, se raniment, croissent et fleurissent, ainsi l'âme du chrétien se sent rafraîchie au milieu des sécheresses, fortifiée et développée dans le bien par la fontaine de la prière. » (Faber.)

« Lorsque des voleurs s'introduisent dans votre demeure pour y commettre des rapines, ils s'enfuient dès qu'ils ont aperçu quelque arme où un autre instrument de défense, parce qu'ils craignent de rencontrer des gens qui veillent. Il en est de même de l'âme du chrétien; quand le démon y découvre d'ardentes prières, il fuit et se tient à une distance respectueuse avec ses tentations, parce qu'il craint d'être vaincu et couvert de honte. » [S. Jean Climaque.)

S.Jean Chrysostôme ne craignait pas de dire que la prière est toute-puissante, puisqu'elle engage le Tout-puissant à retirer les arrêts qu'il avait prononcés contre nous. En voici un exemple. Quand les Israélites transgressèrent la loi du Seigneur et eurent élevé dans le désert un veau d'or, pour l'adorer, Dieu toujours miséricordieux paraît redouter l'intercession de Moïse, puisqu'il dit à son serviteur « Laissez agir ma colère; ne vous opposez pas à ce que j'extermine ce peuple. » Mais vaincu par les instantes prières de Moïse, dit l'Ecriture « Dieu ne fit point le mal dont il avait menacé son peuple. y> {Exode. M.)

Puissance de la prière.

L'illustre anachorète S. Hilarion, d'après ce que rapporte S. Jérôme, se trouvait un jouravec ses disciples au milieu de la mer, quand il fit la rencontre de deux vaisseaux montés par des corsaires. Les disciples ainsi que tous ceux qui se trouvaient sur le navire, devinrent immobiles d'épouvante; mais Hilarion leur dit d'un air joyeux : « Hommes de peu 'le foi, pourquoi tremblez-vous? Ces corsaires sont-ils donc

CATÉC. PRATIQUE. T. Ul. 10

plus nombreux que l'armée de Pharaon?» — Déjà ils voyaient l'écume soulevée par le mouvement rapide des bâtiments ennemis, et ne s'en trouvaient plus qu'à la distance d'un jet de pierre, lorsque Hilarion s'avança vers la proue de son navire, étendit la main vers les corsaires et leur cria : « Au nom de Jésus-Christ, vous irez jusques-là et vous ne viendrez pas plus loin. » — Et à l'instant même les deux vaisseaux ennemis rebroussèrent chemin et furent emportés, malgré les efforts désespérés des rameurs, vers la côte, avec plus de rapidité qu'ils n'en avaient mise pour arriver jusqu'en cet endroit. Hilarion était soutenu par le même qui autrefois, sur la mer de Tibériade se faisait obéir par les vents et les vagues. Le même appui divin nous est accordé aussi longtemps que nous restons fidèles à Dieu et que nous invoquons son assistance.

Le meilleur livret de voyage.

« Avez-vous tout ce qu'il vous faut pour le voyage?» demandait un père à son fils la veille de son départ pour l'étranger. — « Oui, tout, répondit celui-ci, jusqu'à mon livret. » — « Il y a un livret, mon fils ; qui sert dans le monde entier, » et en même temps le père prit un livre de prières qu'il donna à son fils en lui disant : « Si vous avez soin de toujours bien prier. Dieu ne vous abandonnera pas; il sera avec vous, vous bénira et vous'protègera dans tous les dangers. »

La prière du juste a beaucoup de pouvoir sur Dieu.

S. Dominique racontait un jour à l'un de ses amis que Dieu avait exaucé chaque fois sa prière. Cet ami lui répondit : « Eh bien ! priez Dieu que Réginald prenne l'habit de votre nouvel ordre. » Or ce Réginald était un savant distingué de son temps qui ne songeait à rien moins qu'à entrer dans un couvent. Dominique se mit donc à prier instamment Dieu, et voilà que le lendemain matin lorsque tous les frères de l'ordre étaient réunis au chœur et chantaient les paroles de cette hymne : « A peine le soleil est-il levé que

DE I-A l'RlÈRE. 363

nous supplions dans nos prières de nous préserver de tous les dangers qui pourraient nous nuire, » Réginald se présenta et demanda humblement qu'on voulût bien le recevoir dans l'ordre.

« Mais, diront plusieurs, d'où vient que nous ne ressentons pas cette puissance de la prière? » Nous répondons « c'est parce que vous n'êtes pas justes. Car le Seigneur a dit aux impies et aux pécheurs par la voix de son prophète Isaïe : « Lorsque vous tendrez les mains vers moi, je détournerai les yeux; vous redoublerez vos prières et je n'écouterai point, car vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous, faites disparaître de devant mes yeux la malice de vos pensées; cessez de commettre l'injustice. Apprenez à faire le bien, aimez la justice, relevez l'opprimé, protégez l'orphelin, défendez la veuve. » {Isaï. 1, 15-17.) Il faut donc que nous priions comme il faut, si nous voulons devenir participants des fruits de la prière. Ceci nous amène à parler des qualités de la prière.

{Gr. Cat. 10«-19« q.)

Qualités de la prière. — Explication. Si nous voulons recueillir ces fruits de la prière, il faut que notre prière ait les qualités suivantes. Nous devons prier :

1) Avec attention, c'est-à-dire que nous devons prier de cœur et éloigner autant que nous le pouvons toutes les distractions. Quand nous prions, Dieu fait attention au cœur et non aux lèvres. « Dans la prière, c'est plutôt la voix du cœur que celle des lèvres qui doit être entendue, » dit S. Bonaventure. Rien ne déplaît plus à Dieu qu'une prière faite avec distraction et sans attention. C'est pourquoi il se plaint de tous ceux qui se livrant aux divagations d'esprit, ne prient que de bouche. « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (S. Mattli. 15, 8.) En arrière donc toutes les distractions! Car lorsque nous en sommes la cause ou que nous les admettons volontairement, elles sont

foupables. Opposons-nous y désormais en nous débarrassant avant la prière de toutes les pensées mondaines et en nous mettant vivement dans la présence de Dieu. « Avant la prière, préparez-vous et ne soyez pas comme un homme qui lente Dieu. » {Eccl. 18, 23.) Celui qui se met en esprit devant la divine Majesté ne peut que prier attentivement.

Comparaisons.

« L'eau qui coule en pleine campagne, ne s'élève jamais mais se disperse au contraire et finit par se perdre dans les marécages ; mais si on la conduit et la tient resserrée par des moyens artificiels, elle monte aisément et parvient au lieu de sa destination ; il en est de même de la pn'ère. Quand l'esprit humain est tout rempli de soucis terrestres, ses pensées se distraient, et sa prière est sans force; mais s'il recueille ses pensées, s'il les contient par une grande attention, sa prière monte plus aisément au ciel et les distractions l'abandonnent. » {S. Augustin.)

« De même que les arbres, qui ont de profondes racines, résistent aux ouragans, et ne peuvent être brisés ni déracinés facilement; de môme les prières qui viennent du fond du cœur, montent fortes et puissantes vers le ciel, et ne peuvent être aisément troublées ou interrompues par les distractions. 1^ (Le même.)

Les distractions surviennent aisément pendant la prière.

S. Bernard eut un jour, dans un de ses voyages, un villageois pour compagnon de route pendant quelque temps, et se mil à parler avec lui de choses religieuses. S. Bernard lui dit entre autres qu'il éprouvait de grandes difficultés, et qu'il fallait une grâce spéciale d'en-haut, pour prier vraiment avec attention, sans être distrait. « Quant à moi, répliqua le campagnard, je n'y trouve rien de difficile, et je puis prier très-longtemps sans la moindre distraction. » Le saint sourit en entendant celte réponse pleine d'assurance et dit : « Mon ami, je vous fais présent de ce mulet, si vous êtes

DE l.A MU ÈRE. 3«i5

en état de réciter un seul Pater sans aucune distraction. Voyons, mettez-vous à l'écart et essayez de prier; mais promettez-moi de m'avouer consciencieusement si quelque pensée étrangère s'est glissée dans votre esprit durant votre prière. » Plein de joie et d'espoir, se croyant assuré de gagner le pari, le villageois alla se mettre à quelque distance de là, s'agenouilla pieusement, rassembla toutes les facultés de son esprit afin d'être attentif, et se mita prier. Mais à peine eutil achevé la troisième demande du Pater, que tout-à-coup lui vint la pensée s'il aurait le mulet avec la selle. Tout honteux il se leva aussitôt et avoua sincèrement au saint abbé la distraction qu'il avait eue et lui promit de n'avoir plus désormais une opinion si orgueilleuse de sa piété, mais de demander humblement à Dieu la grâce de la dévotion.

Ecartons toutes les distractions dans la prière.

Sainte Lutgarde avait coutume de dire, que pour prier attentivement, on devait imiter le patriarche Abrahau! ; quand celui-ci voulut immoler sur le mont Moria son tils Isaac, il laissa au bas de la montagne son âne, ses serviteurs et tout ce qui n'était pas nécessaire au sacrifice, car il dit : « Lorsque nous aurons adoré Dieu, nous reviendrons vers vous. » — C'est ainsi que Sainte Lutgarde laissait toutes ses pensées et ses préoccupations domestiques à la porte de l'église et priait alors sans distractions. — S. Grégoire dit : « Les pensées des choses terrestres s'attachent comme un poids de plomb à notre prière et ne la laissent pas monter au ciel; c'est pourquoi, quiconque veut prier sérieusement doit secouer et quitter ces pensées en entrant dans la maison de prière. ■

Pourquoi nous sommes si souvent tentés pendant la prière et ce que nous devons faire en ce cas.

Un jour un frère demanda au pieux Egide, d'où venait qu'il était plus souvent et plus violemment tenté pendant la prière que dans un autre temps ! — Et celui-ci lui répondit: « Lorsque quelqu'un est en procès avec un autre, celui con-

366 DE LA PRlÈhE.

tre le quel le procès est intenté, déploie tous ses efforts pour que la sentence du juge ne soit pas prononcée contre lui, et voilà ce que fait aussi l'ennemi de notre âme. Quand vous vous entretenez avec les hommes, vous ne ressentez guères les attaques du démon, mais lorsque par la prière vous vous entretenez avec Dieu et que vous voulez vous occuper du salut de votre âme, vous verrez que l'esprit de malice décochera beaucoup de traits enflammés contre vous ; malgré cela vous ne devez pas omettre votre prière, mais au contraire y persévérer avec une constance virile! car c'est ce chemin qui conduit à la vie éternelle. Si vous êtes d'avis d'omettre la prière, vous ne ressemblez pas mal à celui qui se sauve du combat.

2) Nous devons prier avec humilité, c'est-à-dire avec un profond sentiment de notre faiblesse et de notre indignité; car « la prière de l'homme humble pénètre jusqu'au ciel. » {Ecclésiast. 3o, 21.)« Dieu résiste auxsuperbes. »On offre à Dieu une véritable prière, ditS. Grégoire, quand on recon naît que l'on n'est quecendre et poussière. »

Exemples tirés de l'Ecriture.

Abraham priait avec humilité quand il disait: « Je veux parler à mon Seigneur quoique je ne sois que cendre et poussière. » {Genèse, 48, 27.). C'était ainsi que priait David: « Seigneur, je suis pauvre et misérable, s'écriait-il, daignez veiller sur moi ;car vous êtes mon secoursetmon libérateur. » {Ps. 49, 48.) Puis dans un autre endroit il dit: « Je suis un ver de terre et non pas un homme. » {Ps. 21, 6.) Avec quelle bienveillance le divin Sauveur n'entendit-il pasl'humbleprière du centenier, quand celui-ci disait: « Seigneur je ne suis pas digne etc. » (5. Luc. 7, 6.) Souvenons-nous encore de la prière du pharisien etde celle du publicain.(S.Luc.81.)L*un prie avec orgueil et se glorifie du mérite de ses jeûnes etde ses oraisons .L'autre prieavec humilité, s'avoue pécheur, sefrappe lapoitrineet n'ose lever les yeux au ciel. Or chacun sait quel fut lerésultat de ces deux espèces de prières. Celle du pharisien

fut rejetée, tandis que celle du publicain fut exaucée. L'un par son orgueil s'attira la colère de Dieu, l'autre, à cause de son humilité, fut justifié devant Dieu. Nous devons doncdire avec saint Bernard : < Si nous voulons que la prière soit utile au salut, elle doit être fondée sur l'humilité et s'appuyer uniquement sur la miséricorde divine, comme cela convient. » (S. Bern. Serm. 5. m quadrag.)

3)Nous devons \)r\ev?i\ecco7ifiance, c'est-à-dire que nous devons espérer fermement que Dieu exaucera notre prrère pour autant que sa gloire et notre salut l'exigent. C'està ce sentiment que nous rappelle saint Jacques, quand il dit: « Si quelqu'un manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, mais qu'il la demande avec foi, sans défiance ni doute; car celui qui doute est semblable au flot delà mer, agité et emporté ça et là par le vent ; il ne faut donc pas qu'un tel homme se flatte d'obtenir quelque chose du Seigneur. » {S. Jacq. 1, 5-7.) C'est la confiance qui donne à la prière sa plus grande force, qui la rend hardie et puissante, de même que les charbons en feu augmentent la fumée de l'encens et la font monter au ciel. Sans la confiance, la prière est froide, pesante et ne pénètre point jusqu'au ciel. — Et pourquoi n'adresserions-nous pas avec confiance notre prière à Dieu. « Vous avez confiance dans le pouvoir et les promesses des rois de la terre, dit S. Augustin, et quand il s'agit du pouvoiretdes promesses deDieu, vous êtes plein de défiance, vous cependant un disciple de Jésus-Christ et un membre de son Eglise. Cela ne s'appelle-t-il pas manquer de foidansla demeure delafoi? » — Oui, nous pouvons et nous devons prier avec confiance; car Dieu peut nous accordertouslesbiens,en vertu de sa toute puissance, et il veut nous les donner réellement, en vue de Jésus-Christ, commecedivin Sauveur l'a attesté lui-même: « En vérité, on vérité je vous le dis, si vous demandez quelque chose

3Ô8 DE LA pniËKE.

à mon père en mon nom, il vous l'accordera. » (S. Jean, 16,23;S. M«rc. 11,23,24.)

Effets de la prière faite avec confiance.

Il y avait dans la ville de Carthage un homme nommé Innocent qui hébergeait avec beaucoup de prévenance et d'amabilité S. Augustin. Cet homme était étendu dans son lit où il souffrait cruellement d'une fistule dont il était aftligé. Ne pouvant plus longterrips supporter ce long martyre, il se décida à subir une opération, mais elle ne fut pas heureuse; car pendant qu'elle avait lieu avec des tortures inouïes, un de ces ulcères ne fut point aperçu du chirurgien et le fer ne put par conséquent l'atteindre. A peine convalescent de la première opération, cet homme se décida à une seconde qui ne devait pas être moins douloureuse; mais lorsqu'approcha le moment où le chirurgien devait recommencer cette opération si cruelle, le patient se mit à trembler, pâlit, poussa de profonds soupirs et des sanglots.

Le saint évêque Aurélien, accompagné de plusieurs ecclésiastiques et de saint Augustin, rendit une visite au malade, qui les pria de vouloir bien être présents à cette opération, remise au lendemain, ou plutôt, disait-il, à sa mort. Il croyait bien, en effet, que les douleurs qu'il devait éprouver le feraient mourir entre les mains des médecins. Tous les assistants compatirent à la vive désolation du malade et l'exhortèrent à la patience et à la résignation à la volonté de Dieu. Puis ils se mirent à genoux et prièrent pour lui. S. Augustin nous apprend que l'évêque Aurélien se mit en oraison avec une foi si vive, en versant des larmes si abondantes, qu'il ne lui serait pas possible de l'exprimer, et il ajouta ces paroles : Si ceux qui étaient autour de moi priaient, je n'en sais rien ; mais ce que je sais, c'est que pour ma part il me fut impossible de prier, parce qu'étant témoin de la foi profonde, de la vive ferveur de l'évêque, je ne pus douter que le ciel ne l'exauçât. Je me contentai de dire ces paroles ; « Seigneur, si vous n'écoutez pas favorablement de telles prières, quelles supplications seront jamais capables de vous fié-

ellir? » Les chirurgiens arrivèrent donc le lendemain, comme on en était convenu : ils préparèrent leurs instruments et toutes les autres choses nécessaires à cette cruelle opération. Puis ils s'approchèrent du patient, enlevèrent l'appareil et se mirent à examiner attentivement la partie malade, en ia palpant de leurs mains. A leur grand étonnement et à celui des personnes présentes, cette partie fut reconnue parfaitement saine. Un si étonnant prodige leur fit pousser des cris d'allégresse et de jubilation, et on entonna des louanges en l'honneur du Tout-puissant. S. Augustin fit éclater encore davantage la joie dont son cœur débordait ; lui qui voyait totalement réalisé ce qu'il avait tacitement prévu dans son esprit, le jour précédent, quand il disait que les prières de l'évêquc Aurélien, adressées au Seigneur avec une foi si grande, ne pouvaient pas rester sans efficacité et devaient avoir pour résultat la grâce qu'il implorait. Quiconque désire donc obtenir des faveurs de Oieu doit les demander avec une pleine confiance. {Scaramelli.)

Priez avec confiance ; car Dieu peut et veut vous exaucer.

On rapporte d'un ancien archevêque de Trêves, appelé Jean, que dans une circonstance solennelle il mit successivement sous les yeux de l'empereur Frédéric un grand nombre de pétitions qui furent toutes accueillies favorablement. Plus le prélat obtenait, et plus il devenait ingénieux à trouver des raisons pour présenter de nouvelles demxindes. Mais à la fin l'empereur finit par s'ennuyer et répondit: « Si vous ne voulez pas mettre fin à vos pétitions, je commencerai de mon côté à refuser la première et toutes les suivantes que vous me présenterez. » II était en droit de parler ainsi, car il voulait dire que toute puissance humaine avait ses bornes. Mais quand il s'agit des prières que nous adressons au souverain Maître du ciel et de la terre, il en est tout autrement ; chez lui nous ne trouvons rien qui puisse mettre des bornes à no-, ire confiance. « Vous tous qui avez soif, dit le prophète, accourez vers les eaux ; vous tous qui êtes dans l'indigence.

370 I>K LA 1'Uli.RE.

hâtez-vous ; achetez sans argent et recevez sans échange. * {Isaï. 55, 1.) « Venez à moi, dit le Sauveur, vous qui souffrez et êtes accablés, et je vous soulagerai, » Non-seulemenl personne n'est exclu de cette invitation et de cette promesse, mais partout se vérifie cette belle parole de S. Ambroise : a Que le Seigneur accorde plus qu'on ne lui demande, mais à condition qu'on ne lui demande que ce qui est réellement utile au salut. » Lors donc que Dieu ne nous exauce pas de temps à autre, c'est nous qui en sommes la cause ; ou bien c'est parce que nous ne prions pas comme il faut, ou bien c'est parce que nous ne demandons pas ce qu'il faut^ c'est-à-dire que nous demandons des choses qui ne nous sont pas salutaires, ou parce que nous nous décourageons dans nos prières et que la persévérance nous manque.

Souvent nous ne prions pas comme il faut.

L'histoire ancienne nous raconte que les Romains avaient choisi pour ambassadeurs en Bithynie trois hommes étranges dont l'un était boiteux, l'autre avait la tête bandée, et le troisième montrait un cœur sans énergieet indifférent. Lorsque Caton vit ces singuliers personnages, il dit : « Cette ambassade n'a ni tête, ni cœur, ni pieds. » Voilà comment sont quelquefois les prières que nous adressons à Dieu, et qui doivent monter vers lui dans les circonstances les plus importantes pour notre bonheur. Ainsi, quand notre prière manque de foi et de confiance, elle est sans pieds, elle n'a pas d'appui ; quand elle est vide et faite avec distraction, elle est sans cœur ; et elle manque de tête quand nous n'observons et ne savons pas ce que nous disons. Or Dieu n'agrée pas une telle prière.

Bien souvent dans nos prières nous ne demandons pas ce qu'il faut.

Lorsque Louis XI, roi de France dont la piété pleine de bigoterie et de singularité ne se faisait remarquer d'ordinaire que par des pratiques superstitieuses, fut atteint d'une maladie gravcjll envoya de riches présents à l'église de Saint

DE LA TRIÈRE. 371

Eutrope, afin qu'on y priât pour lui. Il demanda à l'abbé de ce couvent de lui mettre sous les yeux la prière de l'Église que l'on récitait pourlui pendant la sainte Messe ; et comme il vit qu'on y demandait pour lui la santé du corps et le salut de l'âme, il en exprima son mécontentement. « Demandons l'un après l'autre, dit-il, et chaque chose à son temps. On ne doit pas exiger trop d'une seule fois du bon Dieu. Pour le moment il suffît de le prier pour la santé du corps; et quant à l'âme, il se rencontrera bien une autre circonstance où nous pourrons prier pour elle. » Que de chrétiens ressemblent à ce roi, ils ne prient que pour obtenir des biens temporels; le salut de leur âme et les biens célestes cela n'est qu'une chose accessoire pour eux. Qu'y a-t-il d'étonnant alors, si Dieu ne les exauce pas? — La prière de Socrate était tout autre. Au dire de son disciple Xénophon, quand il cite les principaux traits de la vie de son maître, voici comment priait ce philosophe de l'antiquité païenne : « Il demandait que les dieux lui donnassent ce qui lui était le plus nécessaire ; or ils savaient le mieux ce qui lui convenait davantage. Ceux qui demandaient de l'or, de l'argent, des richesses ou la domination sur les autres hommes, lui semblaient demander un procès ou un coup de dés, dont ils ne savaient point quel serait le résultat. » Ce païen ne doit-il pas confondre bien des chrétiens quand il s'agit de leurs prières faites d'une manière parfois si déraisonnable!

4) Nous devons prier avec soumission à la volonté de Dieu, c'est-à-dire, que nous devons abandonner à Dieu le temps où il trouve bon de nous exaucer et la manière dont il le veut. Nous devons dire avec le divin Sauveur: « Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne. « (S. Luc, 22, 42.) Le vénérable prince de Hohenlohe disait : « Que toute prière commence et finisse par ces mots : ce que Dieu veut, comme Dieu le veut, et quand Dieu le veut. »

Priez avec soumission à la sainte volonté de Dieu.

Guillaume de Lyon raconte qu'un anachorète qui avait planté des légumes dans son petit jardin, demandait instamment de la pluie» prétendant qu'elle était nécessaire au développement de ses jeunes plantations. Et voilà qu'il plut. Bientôt après il demanda un temps sec et serein et son désir fut exaucé. Il avait ainsi obtenu pendant longtemps la température qu'il souhaitait pour son jardin; mais à sa grande surprise tout ce qu'il avait planté ne produisit rien. D'abord il s'imagina que c'était une année généralement stérile, mais quand il visita plus tard un autre anachorète et vit comment tout avait les plus belles apparences dans l'enclos qu'il cultivait, il s'en plaignit et lui dit : « J'avais cependant toujours le temps à mon souhait. » Mais l'autre lui répliqua : « 3Ion ami ! je crois que Dieu vous a puni parce que vous lui avez prescrit le temps qu'il devait vous envoyer, et parce que vous avez oublié de vous soumettre à sa sainte volonté. »

Comparaisons.

Comme le malade abandonne au médecin, à qui il a donné toute sa confiance, le choix des médecines et le genre de traitement, ainsi nous devons abandonner à la sagesse et à la bonté de Dieu, la manière dont il veut nous aider. {S.Ambroise.)

Nous ne devons pas vouloir exiger de Dieu qu'il nous assiste en tel ou tel endroit, de telle ou de telle manière, à tel temps plutcot qu'à tel autre, qu'il nous accorde tel ou tel don. Notre prière et nos demandes doivent être générales. Nous n'avons rien à prescrire à Dieu, tout comme il ne sied pas à un malade ignorant ou assoupi de prescrire à un sage médecin les remèdes qu'il doit lui administrer. [S. François de Sales.)

5) Enfin nous devons prier avec persévérance, c'est-àdire, nous ne devons pas cesser de prier, quoique nous ne voyions pas que nos demandes soient exaucées, niais nous devons continuer de prier avec d'autant plus d'ar-

ileiiv et de confiance. Un écrivain pieux dit très-spirituellement : « Sur cha(|ue pétition que nous adressonsau ciel nous avons coutume de mettre toujours : « Sito, sito, très-pressé » et à peine avons-nous dit « amen, ainsi soit-il, » nous voudrions entendre de suite le Ciel répondre : « Oui. » Cela n'est pas juste; nous devons continuer de prier, quand même Dieu ne nous exauce pas de suite. Dieu bien souvent rejette la première demande de ses enfants, afin qu'ils reviennent une seconde fois à lui; il veut que nous lui livrions un assaut par nos prières. « Cette violence, » dit Tertullien, « lui est agréable. » — « Priez avec d'autant plus de ferveur, » dit S. Egide, « si vous n'êtes |)as exaucé; car si Dieu ne rejette pas le |)oil des animaux, qu'on devait lui offrir d'après la loi de Moïse [Exode, 2o, 4.), comment vos prières ne trouveraient-elles pas grâce devant lui? » Ne cessez pas de prier; car précisément au temps où vous cessez de prier, le moment peut être venu que Dieu veut vous exaucer.

Exemples tirés de l'Ecriture.

Nous trouvons dans l'Evangile un bel exemple de la persévérance dans la prière. Une femme chananëenne vint trouver le divin Sauveur et implora vivement son assistance : « Seigneur, fils (le David, » disait-elle, « ayez pitié de moi, ma tille est cruellement tourmentée du démon. » Et le Sauveur lui donna une réponse dure en apparence, lorsqu'il dit qu'il n'était pas envoyé pour les gentils, auxquels elle appartenait, mais aux juifs. — Néanmoins elle ne perdit pas courage, mais elle continua de prier avec confiance et répétait sans cesse : a Seigneur, vous pouvez me consoler, vous devez me consoler; Seigneur, secourez-moi. » Et Jésus lui répondit d'une manière encore plus décourageante pour elle : « 11 n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens. » — Mais la bonne Gliananéenne ne s'y laissa pas tromper; elle recommence sa prière et avec la simplicité d'un enfant

elle dit : « Il est vrai, Seigneur; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Alors le cœur du divin Sauveur fut vivement touché, il regarda avec bonté celte femme qui se montrait si persévérante, la loua et lui accorda la grâce qu'elle avait demandée : « Femme, » dit-il, « votre foi est grande; qu'il vous soit fait comme vous voulez. » — Voilà comment Dieu éprouve souvent la confiance et la fidélité des âmes pieuses ; heureuses celles qui persévèrent dans leurs prières avec confiance et piété.

Le divin Sauveur nous montre dans une parabole avec quelle ferveur et quelle persévérance nous devons prier. « Si l'un d'entre vous, ayant un ami, allait le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : « Mon ami, prête-moi cinq pains, car un de mes amis qui est en voyage vient d'arriver chez moi, et je n'ai rien à lui donner, » et si celui qui est dans la maison lui répondait : « Ne m'importunez pas, ma porte est fermée, et mes serviteurs sont couchés ainsi que moi ; je ne peux me lever et vous donner du pain; et néanmoins, si l'autre continue de frapper, je vous assure que quand celui-ci ne se lèverait pas pour lui en donner, parce qu'il est son ami, il se lèverait du moins à cause de son importunité, et lui donnerait tout le pain qui lui est nécessaire. Et moi je vous dis : « Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. » (S. Luc, il, 5-10.)

S. Jérôme nous cite également sous ce rapport l'exemple de cet aveugle qui, lorsque Jésus se rendait à Jéricho, lui criait de loin, le long du chemin, d'avoir pitié de lui. On lui ordonna de ne plus crier, de garder le silence. Mais il ne fit que crier plus fort : « Fils de David, ayez pitié de moi ! » — « Voilà comment doit se conduire, » dit S. Jérôme, « tout homme qui veut obtenir par la prière ce qu'il désire; il doit continuer de prier et ne pas cesser; car au moment que l'on s'attend le moins d'être exaucé, on doit s'appliquer davantage à la prière et invoquer Dieu avec le plus de ferveur. » — Mais S. Chrysostôme nous excite encore d'une manière plus

DE i,A nujir.E. 375

vive et plus pressante à persévérer dans la prière. Il nous représente ce paralytique de l'Evangile, qui pendant trente huit ans resta étendu près de la piscine, frissonnant et tremblant comme un roseau le long du rivage. Puis animé d'un saint zèle, il nous adresse cette apostrophe : « Rougissons, chrétiens, soyons remplis de confusion, mes frères! Le paralytique attendit trente-huit ans dans l'espoir de recouvrer la santé; et quoique son désir demeurât sans être exaucé, non à cause de sa négligence, mais à cause de l'empressement des autres qui tâchaient de le précéder, néanmoins il ne perdit pas courage; il ne se fatigua pas d'attendre et ne désespéra point d'obtenir cette grâce. Et nous, lorsque nous avons prié tout au plus dix jours sans être exaucés, nous devenons tièdes, nous nous décourageons et nous cessons de prier. »

(6^. Cat. 20«-21« q.)

Des différentes espèces de prières; de la prière mentale. — Explication. Outre la prière vocale, qui se manifeste au dehors par des paroles, il y a encore l'oraison ou la prière mentale qu'on appelle aussi méditation. Elle consiste à considérer la vie et la passion de Jésus-Christ, les perfections divines et les autres vérités de la foi, afin d'exciter par là dans notre cœur de pieux mouvements et surtout de produire de bonnes résolutions, de fermes propos. Tous les saints ont pratiqué la prière mentale avec prédilection; jour et nuit ils étaient plongés dans une sainte méditation des choses divines, ce Tous les saints, » dit S. Augustin, « ne sont devenus tels^que par la prière et la méditation; toute leur vie fut une prière, une méditation continuelle. »

Les saints s'adonnaient à la méditation.

Quoique David occupât le trône et dût se livrer à une foule d'affaires pour l'administration du royaume, il avait néanmoins la coutume de prier sept fois le jour, comme il le

(lisait lui-même; il se levait même la nuit pour prier et méditer. Ce fut sous l'inspiration du Saint-Esprit qu'il composa ses chants sublimes qui sont encore en usage dans l'Eglise de la Loi nouvelle. — Plusieurs grands princes, tels que Charlemagne, S. Louis et S. Henri consacraient à la prière plusieurs heures de la journée, et même de la nuit. — ■ Charles-Quint dans les derniers jours de sa vie, (quand il eut déposé sa couronne, en faisant ce remarquable aveu, qu'il considérait comme un plus grand bienfait que Dieu lui eut fait comprendre la vanité des grandeurs humaines que de les avoir possédées,) Charles-Quint vers la fin de sa carrière consacrait une grande pariie de son temps à la méditation, et même au milieu des nombreuses occupations et des soucis du gouvernement, il ne la négligea jamais, de sorte que lorsqu'il avait trente ans on avait coutume de dire de lui : « que l'empereur s'entretenait plus avec le bon Dieu qu'avec les hommes. »

(Gr. Cal. 22«-2o° q.)

Quand et eu nous devons prier. — Explicatimi. Nous devons prier i) en tout temps, mais plus spécialement % dans certaines circonstances et en certains moments.

Ad 1) JSous devons prier en tout temps; car Jésus- Christ lui-même a dit : « Il faut toujours prier et ne Jamais cesser. » (S. Luc, 18, i.) C'est ce que nous pouvons faire en élevant souvent notre cœur et nos |jensées vers Dieu, en lui offrant tous nos travaux, nos souffrances et nos joies (i). C'est à quoi nous engage aussi S. Paul par ces paroles : « Priez sans relâche. « (l Epît. ad Thess. 5, 17.) « Soyez infatigables dans la prière. « — « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et ([uelque chose (jue vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » (5 Epit, aux Cor. 10,31.)

(1) Voye^ Tom. lî, p. H), et la bonne intention, p. ."SUT ci-dessus.

Comment nous pouvons toujours prier.

Quelques solitaires qu'on appelait Euchites ce qui signifie priants, v'wrenl visiter l'abbé Lucius. « De quels ouvrages manuels vous occupez-vous? » leur demanda ce saint homme. — « Nous ne travaillons pas; mais nous prions sans cesse, suivant le précepte de l'Apôtre. » — « Vous ne mangez donc pas? » — <.< Oui sans doute. » — « Et lorsque vous mangez, (jui prie alors pour vous? » — A cette question ils ne surent que répondre. •< Pardonnez-moi, mes frères, leur dit le pieux abbé, si je vous avertis que vous ne faites pas ce que vous dites. Je veux vous faire voir comment, en travaillant des mains, je prie sans cesse. Je m'assieds après avoir invoqué le secours de Dieu, puis je trempe dans l'eau quelques feuilles de palmier dont je fais des cordes, et durant ce temps je prie en disant : « Ayez pitié de moi. Seigneur, selon l'étendue de votre miséricorde, et daignez effacer tous mes péchés, selon la grandeur et la multitude de vos bontés. Eh bien! je vous le demande, est-ce prier ou non. » Tous l'aftlrmèrent. Puis il continua : « Quand je travaille ainsi toute la journée, en priant de bouche ou de cœur, je gagne quelque argent, dont je dépose deux pièces à la porte pour les pauvres et dont j'emploie le reste pour me nourrir. Or, celui qui reçoit ces deux pièces de monnaie prie pour moi pendant que je mange ou que je dors et de cette manière je remplis le précepte de l'Ecriture, en priant continuellement.

Un pieux chrétien s'était choisi pour symbole, une flammt montant au ciel avec cette devise : « Semper sursum, toujours en haut. » Par là il voulait se rappeler sans cesse ce précepte de l'Ecriture-Sainte : « Priez sans discontinuer. » Et souvent il aimait à répéter ces quatre vers :

Que dans la joie et la tristesse.

Dans le revers et le bonheur.

Vers le ciel s'élèvent sans cesse Les moindres désirs de mon cœur.

Ad. 5. Mais nous devons encore prie?' spécialement d certains moments et dans certaines circonstances.

a) Dans les tentations, les peines, les malheurs particuliers et publics, ainsi que dans toutes les entreprises importantes.

La prière avant tout.

Lorsque le père Alvarez était recteur dans un très-pauvre collège, il recevait à tout le moment la visite de l'économe de la maison, tout soucieux, parce qu'il ne savait plus comment subvenir aux dépenses de la maison. — « Comment pouvez-vous donc être si inquiet, » lui dit un jour Alvarez, <r avez-vous déjà confié au Seigneur notre Dieu, les embarras où vous vous trouvez? » Sur sa réponse. « Je n'ai pas encore eu le temps de prier, » il le quitta en lui disant : « La prière doit se faire avant tout. Allez dans votre chambre pour y prier, puis revenez ici. Croyez-vous donc que ce troupeau est sans maître? il a un maître, sachez-le bien, aux yeux duquel, il n'est pas tellement sans valeur qu'il veuille le laisser périr. Allez en paix, et rappelez-vous que l'existence et la marche de la maison ne dépendent pas de votre administration seule. »

N'entreprenez rien avant d'avoir prié.

Lorsque Cambyse, gouverneur des Perses, envoya son fils Cyrus qui devint plus tard si célèbre, à Astuageson grandpère, il lui dit : « 0 mon fils! n'oubliez jamais que vous ne devez rien entreprendre avant d'avoir invoqué l'Etre suprême. Des prières ferventes doivent toujours précéder toutes vos actions soit publiques soient privées, et dans tous les événements, efforcez- vous de connaître la volonté des dieux. Notre esprit est enveloppé d'épaisses ténèbres, et l'erreur pénètre plus facilement dans notre âme que la vérité. La lumière des dieux n'est au contraire obscurcie par aucun nuage; ils connaissent le passé et le futur aussi clairement que le présent, et quand on les invoque, leur éternelle sagesse conduit les pensées des hommes. » — Combien ces avis sages et paternels d'un païen sont instructifs pour ces chrétiens tièdes qui se livrent aux entreprises, aux travaux les plus importants

et les plus critiques, sans penser d'abord à Dieu, qui commencent et finissent la journée sans prier; qui n'ont pas une parole de reconnaissance pour les bienfaits reçus et ne demandent aucune grâce, etc.

h) Le matin et le soir, avant et après le repas, au son de la cloche.

La prière du matin

ne doit jamais être négligée; bien des grâces en dépendent. Le vénérable Jean Climaque dit : « Donnez à Dieu les prémices de la journée; car la journée entière appartiendra à celui qui en a pris le premier possession, » Quand S. François d'Assise entendait le matin chanter les oiseaux, il disait aux frères de son ordre : « Nos petits frères ailés louent maintenant leur Créateur et lui cTiantent un cantique de reconnaissance pour le nouveau jour qu'ils ont vu luire. Nous laisserions-nous confondre par les oiseaux? »

S. Albert, patriarche de Jérusalem, déclarait que la prière du matin est la première et principale occupation ; car celui qui ne commence pas la journée avec Dieu, comment pourrait-il la continuer et l'achever avec lui? — Un pieux soli- , taire avait coutume de dire qu'il savait déjà le matin s'il travaillerait pendant la journée avec succès ou non. S'il faisait avec attention sa prière au matin, tout allait à merveille ; mais s'il avait mal fait sa prière, rien ne lui réussissait. La prière du matin est donc la consécration, l'inauguration de toute la journée, et celui qui ne prie pas le matin, ne fera rien ou que fort peu qui soit béni de Dieu.

Overberg avait l'habitude, avant que le domestique qui venait l'éveiller, ne quittât la chambre, de se soulever dans son lit, puis d'en descendre de suite. « C'est à Dieu et non à la sensualité qu'on doit ofi'rir le premier sacrifice, avait-il coutume de dire; lorsqu'on commence avec Dieu, il va bien pendant le reste du jour; il en est des premières impressions et de la première direction de l'âme au matin, comme de celles de la première jeunesse; celles-ci sont d'ordi-

380 DE l.A PniÈRE.

naire décisives pour toute la vie, celles-là pour toute la journée. »

— Un général examinait un jour un caporal. Pour se convaincre de la ponctualité, avec laquelle il s'acquittait des fonctions de son grade, il lui dennanda : i Par quoi commencez-vous la journée? » — « Par la prière, mon général. » — On aperçut un rire moqueur sur les lèvres de plusieurs hommes quand ils entendirent cette réponse. Mais convaincu qu'un bon chrétien est un bon soldat, le général en finit là pour son examen et recommanda au capitaine cet homme franc qui venait de lui donner une réponse aussi remarquable. {Souvenir d'un aumônier militaire.)

A la prière donc, le matin soit fidèle ;

Elle apporte le plus de bienfaits en retour ;

Les anges de la nuit et les anges du jour,

Quand elle monte aux cieux, semblent battre de l'aile.

C'est un saint devoir imposé par la reconnaissance, de faire aussi chaque jour notre prière du soir : « Quand vous donnez à un pauvre mendiant un morceau de pain pour manger le soir, dit S. Bernard, il ne quitte pas la porte de votre demeure, sans vous avoir remercié. Et Dieu vous a nourri tout le jour, non-seulement le soir, mais aussi le matin et à midi, et vous voulez vous mettre au lit sans avoir remercié votre bienfaiteur? — Votre domestique et votre servante vous souhaitent la bonne nuit, et vous les en remerciez. Et quand il s'agit de Dieu qui peut non-seulement vous souhaiter mais vous accorder une bonne nuit, vous ne lui donnez ni un salut, ni un signe de gratitude. Quelle conduite étrange et inconcevable! Qu'il faut avoir des sentiments bas dans le cœur! — Gotthold, un grand savant, faisait tous les jours sa prière du matin et du soir avec une grande ferveur et il ressentit les heureux effets de cette pieuse pratique. Aussi la recommandait-il à d'autres en leur disant : « Si vous priez chaque matin et chaque soir, eh bien! Je vous promets ce qui est vrai : comme le matin et le soir font un jour, et qu'un jour joint à l'autre forme les mois, l'année loute la vie, la prière du matin, se relie à celle du soir, celle

DE LA PRlEliE. 381

du soir à celle du matin, et cette suite de prières devient comme une chaîne qui rattache votre vie à celui qui en est la iource, au principe de toute force el de toute paix, au Dieu de grâce et de vérité; et avant que des années et des mois se soient passés dans cette vie d'ordre et de piété, vous serez comme un prêtre du Très-Haut, comme un disciple de Notre Seigneur et un enfant de Dieu, durant toute votre vie. v

La prière avant et après le repas, (i)

Chez les Romains, lorsque le maître de la maison se mettait à table, il prenait une coupe de vin et en versait quelques gouttes à terre; ces libations se faisaient en l'honneur de la Providence. En tout temps les chrétiens faisaient une prière à Dieu avant et après leurs repas, pour le remercier de la nourriture qu'ils avaient prise ou allaient prendre. De notre temps cet acte de reconnaissance et de religion si naturel est regardé par quelques personnes du grand monde comme une mode surannée. Mais que s'en suit-il? C'est que les inférieurs qui à l'exemple de leurs supérieurs sont devenus ingrats envers Dieu, le deviennent aussi envers ces derniers. — Ne négligeons donc pas la prière avant et après le repas ; nous la devons à Dieu. — Alois Klars, j^rofesseur à Prague et fervent catholique, n'omettait jamais de faire la prière avec sa famille et ses sujets lorsqu'il se trouvait à table, quand même il s'y trouvait des protestants. « Dieu, disait-il, nous a bénis pendant tout le jour, au vu et au su de tout le monde; pourquoi aurions-nous donc honte de l'en remercier en présence de tout le monde? »

Le monde est ici-bas, comme une table immense.

Oii chacun d'entre nous peut se rassasier ;

Heureux ceux qui toujours daignent remercier

Celui qui la remplit de mets en abondance.

Prières au son de la cloche.

11 existe dans l'Eglise catholique une belle coutume qui parle vivement au cœur. Elle consiste à nous avertir trois fois le jour, de penser avec reconnaissance au grand bienfait de

(1) Voyez tome II p. 598.

382 ')E <.A PRIÈIIE.

rincarnaliüii du Fils de Dieu et de ne pas oublier en même temps la Vierge immaculée qui nous a apporté le salut du monde. Les paroles de cette prière sont aussi anciennes que l'Ecriture elle-même, car elles lui sont empruntées et divisées en trois versets : 1) L'ange du Seigneur a annoncé à Marie, et elle a conçu du Saint-Esprit; » 2) « Marie dit : Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. » 3) Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » — Le Turc se tourne trois fois le jour du côté de la Mecque pour remercier son propreté Mahomet du don de la foi musulmane; et nous, chrétiens, nous catholiques, que de raisons n'avons-nous pas de nous découvrir le front, de lever au ciel nos regards et notre cœur reconnaissants pour bénir l'amour infini de celui qui s'est fait homme pour nous! Quelle honte pour un chrétien, qui rougit de dire cette prière si belle, si admirable, — UAngelus, quant au sens et aux paroles dont il est composé, est très-ancien ; comme nous l'avons dit, il est aussi ancien que l'Evangile lui-même au quel il a été emprunté. Mais l'usage de le réciter, comme on le fait aujourd'hui, date depuis environ cinq cents ans. En l'année 1300, le pape Jean XXII ordonna de donner le soir un signe par la cloche pour engager les fidèles à honorer la reine des cieux par la récitation de trois ave Maria. II accorda une indulgence de dix jours pour toutes les fois qu'on pratiquerait cette dévotion. Dans le concile de Lavaur (en Languedoc.) tenu en 1568, il fut prescrit qu'on inviterait également les fidèles à pratiquer cette dévotion au lever du soleil et de donner un signal par la cloche; on accorda trente jours d'indulgence à ceux qui réciteraient alors l'Angelus. Enfin en 1438, au temps d'une cruelle guerre avec les Turcs, le pape Callixte III prescrivit qu'on sonnât aussi l'Angelus à midi dans toute la chrétienté. Benoît XIII, afin d'étendre et de faire pratiquer cette dévotion, accorda de nombreuses et importantes indulgences à tous ceux qui diraient attentivement et avec un esprit recueilli l'Angelus, se confesseraient et communieraient tous les mois, en ayant soin d'amender leur vie.

c) Nous devons surtout prier lorsque nous sommes à ïéglise. Il est vrai que nous devons et pouvons prier partout; l'univers entier est la demeure de Dieu, et Dieu nous entend partout. C'est pourquoi S. Chrysostôme disait : « Que personne ne dise qu'un laïc qui est tenu de rester au marché, et de soigner ses affaires, ne peut pas toujours prier. Il le peut et très-facilement. Sachez bien que partout où vous êtes, vous pouvez ériger un autel. Quand même vous n'auriez pas fléchi le genou, ni levé les mains au ciel, pourvu que vous ayez élevé votre esprit vers Dieu dans la prière, vous avez parfaitement prié. Donc partout où vous êtes, priez ; ne vous inquiétez pas du lieu; vous-même vous êtes un temple; Dieu habite en vous, priez donc partout. » — Mais nous devons prier le plus souvent et principalement à l'église; elle est tout particulièrement une maison de prière, où tout ce que nous voyons et entendons doit nous élever à la méditation des choses divines ; c'est de l'église que Jésus-Christ a dit : « Ma maison est une maison de prière. » (S. Matth. 21, 13.) Dans l'église notre Dieu habite corporellement dans le très-saint Sacrement de l'autel et y est plus disposé que tout autre part à nous accorder ses bienfaits. En outre tous les fidèles y prient ensemble et la prière faite en commun est puissante sur le cœur de Dieu. Priez surtout à l'église.

« On peut prier aussi dans la solitude, dit encore S. Chrysostôme, mais ce n'est point comme dans l'église, où plusieurs autres prient avec vous, où vous êtes édifié par l'exemple de vos frères, et où les cris de tout le peuple réuni pénètrent jusqu'au trône de Dieu. » L'église est un lieu spécialement destiné à la prière et à la distribution des grâces. Siméon et Anne n'ont- ils pas rencontré dans le temple le salut du monde? Marie, égyptienne, se serait-elle convertie, si elle ne se fut pas rendue à une église de Jérusalem.^ Ce fut pour elle le lieu où l'attendait la grâce.

{Gr. Cat. 26« q.)

Pour qui nous devons prier. — Explication. Nous devons prier pour tous les hommes : pour les vivants et les morts, nos amis et nos ennemis, surtout pour nos })arents, nos proches nos bienfaiteurs, nos supérieurs spirituels et temporels et aussi pour les hérétiques et les infidèles. C'est pourquoi S. Paul disait : « Je vous conjure donc, avant toutes choses, que l'on fasse des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois, et pour tous ceux qui sont élevés en dignité; afin que nous menions une vie paisible et tranquille en toute piété et chasteté. » Et S. Chrysostôme ajoute : « Prions donc les uns pour les autres; car prier pour soi seul c'est en quelque sorte un besoin de la nature, mais prier pour -les autres est une œuvre de la grâce. Quand nous prions pour nous, c'est notre misère qui nous y engage, mais quand nous |)rions pour les autres, c'est une œuvre de la plus pure charité. »

Exemples des premiers temps du christianisme.

Déjà dès les premiers temps du christianisme, les fidèles priaient les uns pour les autres. Ils priaient pour S. Pierre quand il gémissait dans la prison; et il en fut délivré d'une manière miraculeuse. {Act. des Apôt. 12.). Ils priaient pour les rois et les peuples. Ainsi Tertullien écrit dans son Apologétique {cap. 25.) : « Nous prions de toute notre âme pour la longue vie de tous les empereurs, pour le maintien de leur autorité, pour leur sûreté domestique, pour l'armée, pour un sénat qui leur soit fidèle, pour un peuple qui soit raisonnable, pour le repos du inonde, pour tout ce qu'ils peuvent désirer comme empereurs et comme hommes. » — Ils priaient pour les vivants et pour les morts. « Nous prions pour les fidèles trépassés puisque nous oftrons à Dieu, Jésus- Christ lui-même en sacrifice, Jésus qui est mort pour nos

bJÊ LA PRIÈRE. :i8î>

péchés, afin que celui qui est si bon et si miséricordieux, leur fasse grâce comme à nous. » (5. Cyrille.) Ils priaient pour les pécheurs; ainsi S. Etienne quand il fut lapidé pria pour le jeune Saui, et sa prière fut si agréable à Dieu qu'elle amena la conversion du jeune persécuteur. Aussi S. Augustin dit : « Si Etienne n'avait pas prié, l'Eglise n'aurait pas eu de Saul. »

La prière du juste est puissante sur le cœur de Dieu.

Au milieu des exemples nombreux qui en font preuve, nous en voulons citer un seul, emprunté à l'histoire de la vie de S. Colette. Pendant que cette vierge angélique veillait dans une ville de la Savoie sur la bâtisse d'un couvent, et demeurait entretemps avec les Sœurs de son Ordre dans une maison privée, elle fut obligée de traverser avec elles les rues de la ville pour se rendre à l'Eglise, et dans ce trajet la foule respectueuse lui faisait cortège. Un jour cependant un débauché, qui avait donné le mot d'ordre à ses compagnons, résolut de jouer un tour à la sainte religieuse et se mit en face d'elle sur son chemin, en contrefaisant une mine pleine de componction. « 0 pieuse et vénérable maîtresse, » dit-il, « s'il est vrai que vous êtes aussi sainte que le peuple le prétend, qu'il vous plaise de me transformer avec mes amis en des hommes pieux et tout dévoués à Dieu. » Colette qui ne raillait pas quand il s'agissait de telles choses, fut touchée de compassion en voyant comment cet homme courait à sa perte; et pendant qu'elle leva les yeux et les mains au ciel, elle dit solennellement à haute voix : <f Que Dieu, qui peut tout, daigne manifester sa puissance en vous et vous changer en un fidèle serviteur. » — Et voilà que le cœur du mauvais plaisant fut tout-à-coup frappé et ébranlé; il se retira de la foule contrit et entièrement changé, et mena depuis ce temps une vie exemplaire.

Puissance de la prière d'intercession.

Nous rapportons ici un exemple de la puissance que possède la prière d'intercession, emprunté aux temps modernes

CATÉC. PRATIQUE. T. HI. H

et attesté par un témoin digne de foi. « Dans notre institut des Filles du bon Pasteur, à Aix-la-Chapelle, » dit-il, « se trouvait une fille de mauvaise vie, mais de la pire espèce, quoiqu'elle fût entrée librement comme les autres pénitentes dans notre maison pour s'amender. Parfois cette femme était assaillie par de violents désirs de retourner à son premier état, et les pieuses sœurs avaient toutes les peines du monde pour la calmer de nouveau. Un soir l'idée lui prend tout d'un coup de quitter la maison et d'aller retrouver les viles créatures au milieu desquelles elle avait passé une partie de sa vie. Une sœur lui signifie qu'elle est libre de quitter le couvent à toute heure de la journée mais non si tard dans la soirée, parce que le règlement défendait d'ouvrir la porte et de laisser sortir quelqu'un dans la rue , qu'elle n'a qu'à prendre patience jusqu'au lendemain matin, où on la laisserait partir sans obstacle. Mais sans faire attention à ces paroles, elle s'élance vers la porte, exigeant à grands cris qu'on la laisse sortir. La sœur la conjure de la manière la plus charitable de prendre patience ; c'est en vain ; prise comme d'un accès de rage, elle cherche au milieu de cris et de vacarme à retirer avec violence les verroux. Alors la sœur se laissant tomber à genoux sur la froide pierre, supplie la miséricorde divine d'avoir pitié de cette malheureuse et de calmer ses sauvages désirs. Plus elle se montrait furieuse, et plus ardemment priait la sœur; elle prie une heure, puis une seconde heure, enfin depuis huit heures jusqu'à onze de la nuit, et cela sur le pavé de la cour au milieu d'une froide nuit d'hiver. Enfin l'obstination de la malheureuse est brisée; vaincue par la prière, elle se jette sur la pierre pour unir ses supplications à celles de la pieuse religieuse, et depuis cette époque elle est une des meilleures pénitentes. Quels miracles de la grâce n'opère pas la prière faite avec piété et foi pour le salut du prochain! Elle ressemble en effet au feu qui amollit facier le plus dur et le met en fusion. Lorsque tous les moyens employés pour la conversion d'un pécheur n'ont abouti à rien, lorsqu'il repousse opiniâtrement toutes les bonnes leçons et les avis.

»E LA riUÈllE. "587

lorsqu'il se rit même des châtiments les plus terribles, bien souvent la prière qu'une âme vertueuse adresse pour lui au Ciel, le ramène à la pénitence et le sauve de la damnation.

Pratique. Que vous êtes heureux, chrétiens! de pouvoir vous entretenir à tout moment par la prière avec Dieu, comme un enfant avec son père. « Il n'y a pas de garde de soldats ijui vous renvoient, »dit S. Chrysostôme, •.< pas de satellites, ni de domestiques qui vousdéfendent l'entrée; il n'y a personne qui vous dise : Ce n'est pas le temps maintenant d'obtenir audience, venez plus tard; ô non ! quand vous venez, votre Seigneur et Dieu est prêt : il est tout disposé à vous entendre, que vous veniez à l'heure du repas, à midi ou le soir, et même au milieu de la nuit, peu importe, chez lui il y a toujours accès. » Venez donc souvent trouver votre Dieu et votre père, il veut toujours vous donner audience! Priez souvent, avec ardeur, avec toute l'attention possible; ne craignez rien, car vous parlez à un père ; vous ne devez pas être préoccupé des paroles que vous voulez choisir dans vos prières, parlez simplement et cordialement à Dieu; le bégaiement naïf des enfants lui plait aussi; il n'est attentif qu'aux dispositions de votre cœur et non aux paroles de votre bouche.

Les hommes de prière.

Les hommes de Dieu trouvaient leur unique joie dans la prière. S. François de Borgia était vraiment un homme de prière. Après y avoir consacré trois heures de suite, il lui semblait qu'il ne s'était entretenu que quelques moments avec Dieu. — S. Thomas d'Aquin et S. Bonaventure avouaient que dans l'exercice de la prière il y avait plus de force que dans la lecture des livres; c'était dans la prière qu'ils puisaient les plus hautes leçons de sagesse et les plus sublimes pensées; aussi l'un d'eux fut nommé le Docteur angélique et l'autre le Docteur sèraphique. Dès que S. Thomas voulait

connaître le sens d'un passage diflicile qu'il ne comprenait pas, il s'adonnait à la prière et aussitôt il voyait clair dans la question dont il désirait la solution.

Priez avec simplicité de cœur.

La simplicité céleste prie, et sa prière paraît souvent si simple aux oreilles du monde que plusieurs de ses enfants passent devant elle avec un sourire de dédain sur les lèvres ; et néanmoins le Seigneur arrête volontiers ses regards sur elle, et les anges trouvent leur plaisir dans cette prière simple. Autrefois vivait un homme, qui pour toute prière récitait l'A, B, C, et après avoir énuméré les vingt-quatre lettres de l'alphabet, il ajoutait pour terminer : « Seigneur, faites de ces lettres tels mots qu'il vous plaira, je vous demande uniquement ce qui vous est le plus agréable, et m'est le plus utile. Or, ce que c'est, vous le savez mieux que moi. » — Dans cette prière si simple se cachait une profonde sagesse, et elle respirait la plus grande confiance, le plus vif amour pour Dieu.

§ 1. DE l'oraison dominicale.

{Gr. Cat. â7«-28« q.) Excellence de l'oraison dominicale. — Explication. La plus excellente de toutes les prières est Voraison dominicale, ou le Notre-Pèi'e, et cela pour les trois motifs suivants : 1) parce que Notre- Seigneur Jésus-Christ nous l'a enseignée lui-même et nous a commandé de la réciter, (s. Matth. 6. 9.); voilà aussi pourquoi on l'appelle « oraison dominicale » ce qui signifie prière de Notre-Seigneur. Notre divin Sauveur a laissé cette prière à son Église comme une perle précieuse, comme une dot nuptiale, afin qu'elle ne s'appauvrît jamais. Ce doit être vraiment une excellente prière, car qui pourrait mieux nous apprendre comment Dieu doit être prié, que Dieu luimême? 2) parce quelle a une grande valeur aux yeux de Dieu et nous obtient conséquemment des grâces extraordi-

DK LA rRT*:RE. 389

naires. Jésus-Christ l'atteste lui-même puisqu'il dit: «En vérité, je vous le dis; tout ce que vous demanderez en mon nom à mon Père, il vous l'accordera. »(S. JM7il6, 23.) Et à combien plus forte raison lorsque nous prionsen nous servant de ses propres paroles? 3) parce qu'elle est excellente par rapport à tout ce qui y est contenu. ^< C'est un Evangile en abrégé. » dit S. Cyprien. et S. Thomas d'Aquin écrit : « Dansl'oraison dominicale nous ne demandons pas seulement à Dieu tout ce que nous devons désirer, mais nous prions encore selon l'ordre qui doit régler nos désirs, de manière que cette prière précise les mots dont nous devons nous servir et les demandes qui y doivent être exprimées, en même temps qu'elle règle les désirs et les inclinations de notre cœur. Ce qui vient en premier lieu et ce qu'il y a de plus important c'est la fin ou le but pour lequel nous sommes ici-bas; puis suivent, dans l'ordre, les moyens par lesquels nous devons arriver à notre dernière fin. »

Comparaisons.

« L'oraison dominicale est pour nous comme une lettre de recommandation du divin Sauveur pour son Père céleste. Comment celui-ci n'exaucerait-il pas les paroles sorties du cœur très-saint et de la bouche sacrée de son divin Fils? » {Lohner.)

« L'oraison dominicale a, je ne sais, quelle vertu secrète au-dessus de toutes les autres prières, et promet à celui qui «'en sert bien, une grande abondance de grâces et de piété. En effet, une terre fertile ne produit pas autant de fruits sous un soleil de printemps et d'été, que l'oraison domini- <;ale récitée par le chrétien, mais il faut aussi qu'on la récite avec attention et ferveur, p — « De quelque côté que nous considérions le Notre Père, nous trouverons que pour le sens, il est infiniment profond, pour les mystères, extrêmement sublime, pour l'ordre ou la disposition des demandes, d'un art admirable, et pour les effets qu'il produit, d'une telle

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