DE !,\ rniKRF
puissance sur les âmes que personne ne peut l'exprimer » {Denis le Chartreux, in Matt h. VI.)
La meilleure et la plus efpcace des prières.
Cn prêtre devait préparer un condamné à mort ; voici la conversation qui s'engagea entre eux : « Savez-vous prier? » — « Non. » — « Connaissez-vous quelques mots de l'Ecriture-Sainte? » — « Non, je n'ai rien appris. » — « Ne savezvous pas quelque prière par cœur? » — « Oui, le Notre Père. » Le prêtre le lui fit réciter et l'expliqua. Quand il dit avec un sentiment de profonde piété ces mots : Notre Père, il vit que le cœur endurci du criminel commença à s'amollir, mais quand il lui eut expliqué la cinquième demande : Pardonneznous nos offenses, le malheureux fui touché et surpris comme s'il eût entendu pour la première fois cette prière, et le cœur brisé de repentir mais rempli de confiance dans la miséricorde paternelle de Dieu, il alla paisiblement au-devant de la mort.
Voici un autre exemple. Un prêtre fut appelé pour préparer un cordonnier à prêter serment devant les juges. Je ne me rappelle plus si c'était à l'occasion d'un héritage pour lequel il y avait discussion, ou d'une affaire criminelle, mais peu importe. L'ecclésiastique qui connaissait notre homme et savait qu'il ne pouvait guères se fier à sa bonne foi, se fait exposer d'abord toute la chose en détail, puis regardant fixement le cordonnier : « Voulez-vous prêter serment? » lui ■ dit-il. — oc Oui, » fut la réponse. Mais dans ce oui, dans le regard inquiet des yeux et dans ces lèvres comprimées à dessein, il découvre aisément que cet homme est prêt à faire un parjure, comme il l'avait craint. « Pense bien à ce que tu vas faire! » lui dit-il, « car le Dieu trois fois saint est près de toi ! » Mais l'autre n'en persiste pas moins à vouloir jurer. Cependant plus le prêtre s'efforçait de parler à sa conscience et de le remuer par la parole de Dieu, plus le cordonnier devenait indifférent et obstiné dans son dessein. — Une soudaine anxiété saisit le ministre de Dieu; il ne sait plus que dire, toute parole semble expirer sur ses lèvres, et cependant
DE LA rUlÈRE. 39f
il voit devant lui un homme tout disposé à commettre un faux serment, à profaner le nom de Dieu. Tout-à-coup une idée lui prend, il ne sait comment; il élève les mains et récite sur le pécheur d'une voix tremblante d'émotion, un Notre Père. Et le cordonnier frappé comme d'un coup de foudre, est là plus pâle qu'un cadavre, frissonnant de tous ses membres; il veut parler, mais sa voix est comme étouffée dans sa gorge. Tout-à-coiip il s'écrie : « Non, non, je ne jure pns. » Et le prêtre dit : « Mon Dieu, je vous remercie. » — Qui préserva ce malheureux d'un parjure, était-ce le prêtre ou l'oraison dominicale? — Telle est la vertu et l'excellence de cette prière.
(Gr. Cat. SO^-ÔS-^ r/.)
Préface de l'oraison dominicale. — Explication. L'oraison dominicale se compose d'une courte préface et de sept diverses demandes. Voici d'abord l'exposé de la préface : « Notre Père qui êtes aux deux. « Chaque mot en est significatif, et c'çst pourquoi nous allons examiner 1) le mot « Père, » 2) le mot « notre » et 3) « qui êtes aux deux. »
1) Le mot de « Père « doit nous rappeler que Dieu est notre père, qu'il n'y a pas dans le monde entier de père aussi bon et aussi digne de notre vénération que lui, et • que par conséquent nous devons l'invoquer avec un respect, un amour. et une confiance filiale. « Afin d'entretenir en nous une confiance liliales, » dit S. François de Sales, « Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a donné à Dieu d'autre nom que le nom aimable de « Père. » — Il eiit pu l'appeler : créateur, maître ou souveraine majesté; mais il ne l'a pas fait, parce que ces qualifications emportent en même temps l'idée de sévérité, et eussent pu produire en nous une certaine crainte, tandis que l'expression de « yère » nous rappelle l'amour en nourrissant la confiance, et voilà pourquoi ce mot est placé en
39i DE l.\ PRIÈRE.
tête de l'oraison dominicale. 0 aimable nom de « Père!» Nous n'avons qu'à dire à Dieu, à cet être ineffable « Père! » car il n'a pas besoin d'autres titres; il suffit que nous l'appelions Père, et aussitôt il abaisse ses regards sur nous, il prête l'oreille à nos prières, son cœur brûle d'amour pour nous, ses mains sont remplies de bienfaits, et ses anges prêts à nous les communiquer. Qui ne prierait donc pas avec un amour filial et une vive confiance.
Un pieux chrétien,
appelé Claude, avait coutume de réciter l'oraison dominicale avec la plus grande attention et la confiance la plus entière. Il arrivait à ces dispositions de la manière suivante : « Lorsque je récite le Pater, » disait-il, « je pense d'abord à mon père défunt qui était si bon et m'accordait si volontiers ce que je demandais. Alors je me représente toute la terre comme la maison paternelle, et tous les hommes qui habitent l'Europe, l'Azie, l'Afrique et l'Amérique sont à mes yeux comme mes frères et mes sœurs; puis je crois voir Dieu assis sur un trône d'or, étendant la main droite sur la mer et jusqu'aux extrémités du monde et tenant la main gauche remplie de grâces et de dons, tandis que la cime des montagnes fume au loin, et alors je commence : « Notre Père, qui êtes aux deux. »
2) Le mot « notre » doit nous faire souvenir que Dieu est le père de tous les hommes, et par conséquent que nous devons nous aimer tous du fond du cœur comme des frères et prier les uns pour les autres. « N'avons-nous pas tous un seul père? » dit le prophète Malachie (2, iO.). «N'est-ce pas le même Dieu qui nous a tous créés? Pourquoi donc parmi nous l'un méprise-t-il l'autre? » Oîi régnent la charité fraternelle et la paix, Dieu exauce la prière et dispense ses grâces; car il est un Dieu de paix. C'est pourquoi nous disons : Notre Père et non
DE LA l'RIÈRE. 393
Mon Père! La charité aime de prélérence de parler au pluriel, elle n'exclut personne et souhaite que chacun ait part aux bienfaits de Dieu et à sa tendresse paternelle comme nous le souhaitons pour nous-mêmes. D'ailleurs elle n'a pas de raisons d'être envieuse et d'exclure les autres: car ce père est possesseur de richesses infinies qui ne peuvent être diminuées par l'usage qu'on en fait. Et que de bénédictions n'attire pas la prière faite en commun! Lorsque tous prient les uns pour les autres, chacun retire d'abord du fruit de sa propre prière et en même temps de la prière d'autrui, « Dieu nous exauce volontiers, » dit S. Chrysostôme, « lorsque le chrétien prie non-seulement pour lui-même, mais encore pour le prochain; car prier pour soi, c'est chose naturelle, mais prier encore pour les autres, c'est un effet de la grâce. Que nous priions pour nous-mêmes, cela se comprend, le besoin nous y force, mais c'est la charité fraternelle qui nous porte à prier pour les autres. Or, la prière produite par la charité fraternelle est plus agréable à Dieu que celle qui nous est arrachée par le besoin. » Voilà pourquoi dans l'oraison dominicale on ne se sert pas des mots mon ou ma ^ mais toujours de nous^ notre, etc.
Nous devons être des frères entre nous.
La princesse de Gallitzin raconte dans ses mémoires : « Je rencontrai sur le point de Wezel un vieil invalide boiteux, qui me demanda l'aumône et auquel je donnai un demi-florin. Je m'aperçus qu'il courut plein de joie, clopin-clopant vers un pauvre aveugle assis sur un banc, et avec lequel il j)artagea son aumône. Je le rappelai et lui dit : « Mon brave homme, est-ce là votre frère ou quelqu'un de votre famille? » — a Non, » dit-il, « il n'est pas mon frère selon le sang, mais il est mon frère en Jésus-Christ; il a été autrefois mon compagnon d'armes dans la guerre, et maintenant il l'est comme
3y» DE LA l'Uiiii'.E.
intirme. Il n'est pas en état de mendier, parce qu'il ne voit pas, avantage que j'ai encore; il est donc juste que je recueille aussi des aumônes pour lui. » — Avec quel plaisir je lui remis alors une pièce d'or. — Or, si nous, qui sommes méchants, nous nous sentons touchés à la vue de la charité et de la fidélité que se vouent certaines personnes, combien plus Dieu ne verra-t-il pas avec complaisance comment les hommes s'aiment entre eux, se soutiennent fraternellement et prient les uns pour les autres.
3) Nous ajoutons : « Qui êtes aux deux, » ceci doit nous rappeler 1) que Dieu, quoique présent partout manifeste cependant cVune manière spéciale sa présence dans le ciel, ce où, « d'après l'expression de S. Paul, « nous le verrons face à face, » (1 Epit. aux Cor. 13, 12.) 2) que nous ne sommes sur la terre que des pèlerins et que notre véritable patrie est au ciel; car où est notre père, nous devons nous trouver aussi ; 3) que, durant la prière, nous devons détacher notre cœur des choses terrestres et V élever au ciel. « Lorsque nous prions, » dit S. Bernard, « nous devons entrer dans la cour céleste, à savoir, dans ce magnifique palais où siège le Roi des rois sur son trône éclatant, environné de Tarmée innombrable des esprits célestes. » Voilà comment chaque mot de l'introduction du Notre Père a une signification spéciale et sublime. Ecoutons à ce sujet les
Paroles du vénérable cardinal Hugues.
« Sans doute, »s'écrie-t-il, «il faut bien que ce soit une belle et céleste introduction, puisque les trois vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité y sont exprimées? En effet, le mot Père, est l'expression de notre foi, puisque nous reconnaissons Dieu comme notre Père ; le mot noire renferme en soi la sainte charité qui doit régner entre nous comme entre frères et sœurs, puisque nous sommes les enfants de Dieu. Le troisième mot : qui êtes aux deux, réveille en nous des sen-
timents d'espérance, à savoir celui d'être un jour reçu par notre Père céleste dans le ciel notre véritable patrie. (Hugo Card, in Luc. cap. 11.)
[Gr. Cat. 54''-35« q.) Première demande. — Explication. Puisque l'honneur et la gloire de Dieu doivent nous être plus chers que tout le reste, nous demandons d'abord dans l'oraison dominicale la sanctification du nom de Dieu « Que votre noju soit sanctifié » — « Lorsque nous disons : que votre nom soit sanctifié, » dit S. Augustin, « ce n'est pas comme si le nom de Dieu n'était pas encore assez saint, mais nous demandons par là qu'il soit respecté par les hommes, que Dieu leur soit tellement bien connu qu'ils le croient d'une sainteté qui surpasse tout, et que nous ne devons rien tant craindre que de l'offenser. » Nous souhaitons donc dans cette première demande, non-seulement que le nom de Dieu ne soit ni profané ni blasphémé, mais aussi qu'il soit bien connu, servi et honoré par nous et par tous les hommes.
Exemples tirés de la Bible et autres.
Nous sanctifions le nom de Dieu, quand nous rendons toujours à Dieu la gloire qui lui est due, en considérant toutes nos vertus, tous nos avantages spirituels et temporels comme des dons que Dieu nous a octroyés ; quand nous nous écrions avec David : « Ce n'est pas à nous. Seigneur, mais à votre nom que vous devez rendre gloire, » {Ps. 113, 1.) ou quand nous disons avec la très-sainte Vierge Marie « celui qui est Toutpuissant a fait de grandes choses en moi. » — S. Bernard écrit à ce sujet : « Sache, ô homme, que lorsque tu ne rends pas gloire à Dieu, tu commets un vol, puisque tu ravis à Dieu ce qui lui appartient. Ce n'est pas ainsi qu'il faut en agir; à Dieu seul doit revenir tout honneur et toute gloire. » [Serm. loin Cantic.) — Nous sanctifions le nom de Dieu, çuanc? nous louons et glorifions Dieu, comme les bienheureux dans le ciel»
31>r; Ü£ LA PKÎERE.
qui chantent sans cesse : Saint, saint, saint! ei quand nous m •prononçons le nom de Dieu qu'avec le plus profond respect comme le faisait S. François d'Assise, qui ne prononçait ce nom adorable qu'avec une grande vénération. S'il trouvait ça ou là à terre un petit bout de papier où il voyait inscrit le nom de Dieu, il le ramassait aussitôt et le conservait avec respect dans un endroit tout spécial de sa cellule. Il ordonna à ses religieux de faire de même.
{Gr. Cat. 36« q.) Deuxième demande. — Explication. Dans la deuxième demande de l'oraison dominicale nous souhaitons « que le règne de Dieu nous arrive. -»^W est à remarquer d'abord qu'il y a trois sortes de règnes de Dieu : le règne de Dieu autour de nous, au-dedans de nous et au-dessus de nous. Nous demandons donc :
1) Que le règne de Dieu se répande déplus en plus autour de nous, c'est à-dire, que VÉglise catholique s'étende chaque jour d'avantage. Nous ne devons pas nous contenter du bonheur d'appartenir à l'Eglise, mais nous devons aussi prier et souhaiter ardemment que l'Église catholique s'établisse avec sa doctrine salutaire et ses moyens de sanctification chez les peuples qui vivent encore dans l'idolâtrie. Nous devons concourir selon nos forces à la propagation de l'Église, à la propagation de la Foi, et à l'embellissement de nos temples; alors Dieu n'exaucera que plus volontiers notre prière, quand nous lui disons; « que votre règne nous arrive. »
La tirelire pour les missions.
Un corsaire américain s'était emparé, il y a quelques années, dans le canal d'Irlande d'un navire chargé de houille. Le chef des flibustiers descendit dans la cajute pour y inspecter sa prise. Il y trouva une petite boîte, ayant une fente dans le couvercle sur lequel étaient inscrits ces mots : pour Us missions. Il demanda ce que cela signifiait. L'Irlandais
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treiublait pour la destruction de son navire qui était sa propriété, car à cette époque les Américains avaient l'habitude de brûler les vaisseaux capturés, et il répondit avec un profond soupir : a Désormais tout est fini. Mes pauvres camarades et moi nous avions l'habitude de déposer, chaque dimanche, dans cette tirelire quelques sous pour les pieux missionnaires catholiques qui vont prêcher l'Evangile aux idolâtres, afin de les aider dans ce rude labeur. » — « C'est très-beau,» dit l'Américain, «et vraiment cela me plaît. » — Après une courte pause il tendit la main au maître de la chaloupe en lui disant : « Je ne toucherai pas à un cheveu de votre tête et vous conserverez votre bâtiment. » Il se retira et laissa l'Irlandais continuer tranquillement sa route. — Si un homme raisonnable trouva tant de goût dans ce sacrifice chrétien pour la propagation de la Foi, qu'il en fait l'éloge en le récompensant, combien plus le Père céleste ne doit-il pas le voir d'un œil de complaisance et le récompenser un jour richement dans le ciel? Imitons donc l'exemple de ces bons et courageux Irlandais, et donnons chaque semaine, surtout le dimanche, au moins quelques centimes pour soutenir l'œuvre si admirable et si salutaire des Missions. Alors nous pourrons dire avec succès : « Que votre règne nous arrive! »
Les braves soldats.
11 y a quelque temps, un bataillon, en garnison à Gap, se rendait sur le mont Bayard pour faire l'exercice à feu. Arrivé à Chauvet, il s'arrêta quelques moments ; les militaires profitèrent de ce temps de repos pour visiter la petite église de la commune, qui est en construction, mais dont les travaux se trouvent suspendus faute de fonds. Touchés de la situation précaire des pauvres habitants de Chauvet, qui ne comptaient plus sur l'achèvement de leur église, les officiers, sous-officiers et soldats du bataillon se sont immédiatement cotisés pour veniren aide aux dépenses de construction; ils ont fait construire une chaire, ont acheté un lustre et toui ce qui sert à l'ornement des autels ; enfin pour mettre le comble à
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leur générosité, ils ont voulu se joindre aux ouvriers et faire eux-mêmes l'otiice de maçons, de menuisiers, charpentiers. Le commandant du bataillon et son adjudant-major prirent une part active à cette œuvre de bienfaisance. Le maréchal de camp Auvray, ayant appris ce qui venait de se passer, en félicita hautement le bataillon et voulut aussi joindre son offrandeàla sienne. (22 oct. J844.) — Ces hommes nedirent donc pas seulement de bouche : « Que votre règne nous arrive, > mais ils ont mis leurs vœux en pratique. Voilà ce que nous pourrons faire également et sans beaucoup de peine en prenant part à rOEuvre des églises pauvres, desùnée à procurer aux églises de campagne, bien souvent dépourvues des objets les plus nécessaires, tout ce qu'il faut pour célébrer dignement les offices divins ; Dieu ne peut que bénir de telles offrandes. Quand il s'agit de l'embellissement ou de la construction des églises et des autels, qu'on se garde bien de se montrer avare, et qu'on ne vienne pas dire avec l'ancien satyrique. Perse :
« Dites, prêtres, pourquoi dans le temple tant d'or? »
car de nos jours il y a encore des gens qui reculent d'effroi en voyant les sacrifices que s'impose la piété des fervents catholiques pour la beauté de leurs temples ; ils font mille lamentations et des récriminations comme si cette prétendue prodigalité ne pouvait produire que des malheurs. On devrait bien leur rappeler l'exemple de leurs partisans dans l'antiquité, celui de Léonidas qui avertit Alexandre, roi de Macédoine, de ne pas brûler trop d'encens, et auquel l'illustre capitaine, quand il eut conquis le pays des Sabéens, envoya tout un vaisseau chargé de grains d'encens, lui faisant savoir en même temps, que pour ne pas avoir lésiné sur l'encens qu'il offrait aux dieux, ceux-ci l'avaient récompensé en lui donnant le pays de l'encens. »
2) Nous demaiidons le règne de Dieu au-dedans de nous, c'est-a-dire qu'il règiie en nous par sa grâce. Il y en a beaucoup qui font partie de l'Église, et qui néanmoins se perdent, parce qu'ils ne vivent pas en état de grâce. C'est
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pourquoi nousdemandons lerègnedela grâce, ce qui signifie, que Dieu détruise dans nos cœurs le règne du péché, qu'il éloigne tous les désirs criminels, toutes les paroles coupables, toutes les œuvres des ténèbres et veuille anéantir ainsi en nous la tyrannie du démon, pour y régner lui-même par la vertu et les bonnes œuvres, moyennant sa grâce qui peut tout.
Prière pour obtenir la grâce.
C'était afin d'obtenir ce règne de la grâce divine que le vénérable serviteur de Dieu, Louis de Grenade disait souvent cette prière : « Voyez, Seigneur, combien de maîtres, ou plutôt, combien de tyrans veulent nous dominer, le démon avec sa malice, le monde avec ses pompes, la chair avec ses voluptés, et notre propre volonté avec sa concupiscence. Tous ces tyrans nous oppriment; ils font violence à votre règne ; ils s'efforcent continuellement de renverser votre empire et nous pressent vivement de faire leur volonté. Levezvous donc, ô céleste Roi ! renversez cette odieuse ambition; rétablissez l'ordre, et ne souffrez pas que cette cruelle tyrannie s'introduise jamais dans votre royaume? Effrayez ces despotes, repoussez vos ennemis, et ceux qui vous haïssent fuiront devant vos regards. Commandez, mon divin maître; régnez et gouvernez seul, que le trône de votre règne soit reconnu de nous!... Habitez seul mon cœur, et que votre règne occupe seul mon âme! Faites, ô mon Dieu, que désormais je ne pense plus qu'à votre règne, et que je ne cherche plus rien d'autre! » — Peut-on prier avec plus d'ardeur? Pourrait-on expliquer d'une manière plus précise et plus belle ces paroles : « Que votre règne, le règne de la grâce, nous airive? »
3) Enfin nous prions encore pour le règne de Dieu, qui est au-dessus de nous, c'est-à-dire, nous demandons de pouvoir parvenir après cette vie dans le royaume des cieux. Voilà ce que demandait souvent
Saint François d'Assise^
lorsqu'il s'écriait : Que votre règne nous arrive, afin que vous nous gouverniez par votre grâce et que vous nous fassiez parvenir dans le royaume où l'on vous voit face à face, où règne l'amour parfait, où l'on vit dans une sainte union avec vous, où l'on jouit de votre présence. (Gr. Cat. 37« q.)
Troisième demande. — Explication. Dans la troisième demande de l'oraison dominicale, exprimée par ces mots : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous souhaitons que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous et par nous, où, plus clairement, nous demandons, \) la grâce de nous soumettre à la volonté divine avec autant de fidélité et d'amour que les anges et les saints s'y soumettent dans le ciel.« Il y a deux volontés, » dit S. Augustin, «à savoir la volonté divine et la volonté humaine. Mais sachez-le hien, votre volonté, ô hommes! doit se régler sur la volonté divine; il ne vous est pas permis de plier la volonté divine à la vôtre. Nous disons en effet « que votre volonté soit faite » et non, « que notre volonté soit faite. >: 2 Nous reconnaissons par là, que nous nous soumettons en tout à la volonté divine. C'est à quoi nous excite S. Chrysostôme par ces paroles : « Ne scrutez jamais les desseins secrets deDieu ; ne dites jamais : Qu'a-t-il donc fait? ou pourquoi l'a-t-il fait? Il doit vous suffire de savoir que telle est sa sainte volonté. Qu'il envoie la pluie ou la neige, la chaleur ou le froid, le tonnerre ou la grêle, qu'il donne ou qu'il prenne, c'est toujours sa volonté qui s'accomplit à votre égard ; remerciez-le et dites : « Fiat volontas tua — que votre volonté soit faite. »
Seigneur! que votre volonté soit faite.
Lorsque S. Gertrude récitait l'oraison dominicale et venait à la troisième demande, elle avait coutume de répéter plu-
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sieurs fois de suite ces mots : « Que votre volonté soit faite.» — Un jour qu'elle priait de cette manière, le divin Sauveur lui apparut, portant dans la main droite la santé et dans la main gauche la maladie; il lui dit : « Choisis, ma fille, ce qui te plaît, la santé ou la maladie. » Eh bien ! que choisira-t-elle? Sans doute la santé? Non. Ce sera donc la maladie? Non plus. Ne sachant pas encore ce que le Seigneur trouvait de mieux à lui donner, elle dit : « Quo votre volonté soit faite, Seigneur, et non la mienne! » — Et c'est bien la parole la plus digne, quand un membre de l'Église accepte de préférence ce que la tête ou le chef trouve bon de lui communiquer; c'est le langage le plus édifiant et le plus raisonnable quand un membre dit à la tête : « Que votre volonté soit faite. » [Anibas.)
{Gr. Cat. 58«-39<^ q.) Quatrième demande. — 'Explication. Après avoir demandé avant tout, dans les trois supplications précédentes,ce qui contribue plus directement à la gloire et à l'honneur de Dieu, nous le conjurons de nous accorder tout ce qui a rapport à notre bonheur temporel et spirituel, ce qui est nécessaire au corps et à l'âme; nous le prions en effet de nous accorder le pain de chaque jour, le pardon des péchés, l'éloignement des tentations et du péché. Dans la quatrième demande nous prions Dieu de nous accorder le pain quotidien, c'est-à-dire, ce qui est chaque jour nécessaire au corps et à l'âme. « Donneznous aujourd'hui notre pain quotidien, » chaque mot de cette demande a sa signification. 1 ) Jésus-Christ apprit à demander seulement du pain, pour nous montrer que nous ne devons pas rechercher les friandises ni les jouissances matérielles, mais nous contenter de ce qui est nécessaire aux besoins de la vie, comme l'Apôtre l'écrivait à Timothée : « Si nous avons de qiioi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents. » (1 Epît. 6, 8.) 2) Jésus-Christ nous a fait
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dire : « Donnez-nous aujourd'hui, afin que ce mot aujourd'hui nous rappelât que nous sommes des hommes d'un jour et que nous ne devons pas être inquiets du lendemain. Nous devons nous jeter avec une confiance tout enfantine dans les bras de la divine Providence. 3) Jésus-: Christ nous a fait dire : »« donnez-wöws »et non« donnezmoi un pain quotidien. » Au moyen de ce mot nous, if voulait nous faire souvenir que nous devons nouc> souhaiter volontiers les uns aux autres, puisque nous sommes frères et sœurs, le pain quotidien, et que nous devons être prêts à partager avec nos frères qui sont pauvres et souffrants, notre superflu avec une générosité chrétienne. 4)Jésus-Christ nous fait dire : « Donneznous notre pain » pour nous rappeler que nous devons demander seulement à Dieu un pain qui soit réellement le 7iôti'e,qm nous appartienne, c'est-à-dire, que nous ayons gagné d'une manière honnête et raisonnable par le commerce, par les affaires ou par le travail des mains et non parl'injustice ou la paresse, l'oppression des pauvres, l'exploitation des veuves et des orphelins, par des tromperies, par l'usure ou le vol. Un pain gagné de la sorte serait le bien d'autrui, et souvent chargé des plus terribles malédictions; voilà pourquoi nous ne pouvons demander un tel pain, puisque Jésus-Christ nous apprend à prier pour notre pain. 5) Jésus-Christ nous apprit enfin à demander encore le pain quotidien, pour nous montrer, a) que nous ne devons pas désirer le superflu, mais seulement ce qui nous est nécessaire chaque jour pour les besoins de la vie. h) Il voulait nous avertir en même temps par là que nous devions demander chaque jour à Dieu notre pain, parce que chaque jour nous en avons besoin. Et certes nous avons bien des motifs pour demander chaque jour notre pain à Dieu, (i)
fl) Sous le nom de pain, que nous demandons à Dieu, nous comprenons aussi
DE l.A PIllEPvE. 40H
Tout homme doit prier pour son pain quotidien.
En l'année 1810, un riche paysan célébrait en Suisse ses troisièmes noces. On y but, on y mangea beaucoup, c'était un vacarme et des cris sauvages à étourdir toutes les oreilles. La licence y régnait sans frein; les chansons les plus obscènes y retentissaient au milieu du bruit des verres et du cliquetis des bouteilles vides qu'on brisait contre les murs. On y jetait des plais entiers par la fencue aux gamins de rue, qui se les disputaient dans la boue. Un voyageur, témoin de ces bacchanales, fut invité à assister aux noces par le fiance, que le vin avait rendu plus orgueilleux et plus insolent qu'il ne l'était d'ordinaire à jeun. Mais comme l'étranger eut soin de décliner cet honneur, le fermier lui cria qu'il se repentirait de ne pas avoir accepté l'invitation. Le voyageur lui répondit avec calme mais d'un ton sévère que lui-même se repentirait d'avoir vécu de telle sorte en ce jour. « Comment? je m'en repentirais? »répliqua, avec plus d'arrogance que jamais, le grossier compère; « sachez bien, monsieur, que les paysans peuvent bien avoir quelques jours de bonne vie comme les messieurs en ville, » et en même temps qu'il frappa sur ses deux poches pour faire sonner les thalers dont elles étaient remplies, il ajouta ces paroles téméraires : « Je n'ai pas besoin de demander mon pain quotidien. »
Sept années plus tard parut l'année de disette et de famine, qu'on n'a pas oubliée, 1817. Le même voyageur vint pour affaires dans la ville de Q... où se tenait précisément une foire à laquelle étaient accourus de nombreux mendiants. Tout-à-coup il y eut un attroupement de personnes. Un vieillard venait de s'affaisser en luttant avec la mort. Deux hommescouverts de haillons l'assistaient et cherchaient à le rappeler à la vie. Lorsque le voyageur s'informa de la maladie qui avait frappé ce malheureux, on lui répondit : « Il est malade de faim. » L'homme charitable fit aussitôt chercher du bouillon chaud dans l'auberge la plus rappro-
tout ce qui peut servir à la nourriture de notre âme, principalement a) la parole (le Dieu et b) la sainte Eucharistie. {Note du traducteur.)
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chée, et à peine l'infortuné eut-il avalé quelques gouttes qu'il se ranima un peu. Depuis trois jours il n'avait plus rien mangé, et il était venu uniquement en ville dans le dessein de mendier quelques croûtes de pain. — Lorsque le vieillard en fut arrivé au point de manger seul la soupe, il se découvrit d'abord la tête et récita doucement, mais de manière à être compris pourtant, l'oraison dominicale. Ces mots : » Donnez-nous aujourd'hui notre }<iïn quotidien, il If s répéta plusieurs fois. Le voyageur le tit alors transporter dans une auberge, où on lui présenta encore à manger. A cette occasion, il questionna le vieillard et apprit que sa femme et son enfant l'avaient précédé au tombeau, qu'il avait été autrefois dans l'aisance. Lorsqu'il raconta l'histoire de sa vie, il éclata en sanglots et dit : « Oui, jadis je fus riche. Mais je ne pleure pas d'avoir perdu ma fortune. J'ai mérité de devenir misérable, j'avais abandonné Dieu, et oublié la prière. Je me vantais de mes richesses et croyais n'avoir plus besoin deDieu. Jeraemisà ricaner, un jour qu'un jeune homme médit que je me repentirais plus tard de la vie que je menais et que je serais forcé de demander mon pain cbaque jour. Hélas! il avait dit bien vrai ! » — Le voyageur qui nous a raconté lui-même cette histoire apprit plus tard la fin de cet homme. Il mourut avec un grand repentir de sa vie passée, et sur son lit de mort même il avertit les assistants, les larmes aux yeux, de ne jamais oublier de dire, même dans la fortune, cette prière : a Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. »
Jésus-Christ ajouta expressément dans la quatrième demande ce petit mot aujourd'hui, pour nous rappeler que nous ne devons pas être inquiets du lendemain, mais que nous devons au contraire nous jeter avec une confiance filiale dans les bras de la Providence divine. Le Père céleste exauce volontiers la prière confiante par laquelle ses enfants lui demandent le pain quotidien.
Dieu exauce volontiers la prière par laquelle nous lui demandons le pain de chaque jour.
Une pauvre veuve, appelée Térèse, dit un matin à ses
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cinq petits enfants : « Mes chers enfants, je ne puis rien vous donner à manger ce matin ! Hélas! Je n'ai pas de pain, pas de farine, plus un seul œuf dans la maison. J'ai tant d'ouvrage pour vous soigner, que je ne puis aller gagner ma journée. Priez donc bien le bon Dieu pour qu'il nous assiste, car il est riche et puissant, et il a dit lui-même : invoquezmoi et je viendrai à votre secours. » Le petit Chrétien, à peine âgé de six ans, se mit en chemin pour l'école, l'estomac vide et les yeux remplis de larmes. Or il passa devant une église dont les portes étaient ouvertes, y entra et alla s'agenouiller au pied de l'autel. Comme il n'y vit personne il se prit à dire à haute voix : « Bon Père céleste, nous sommes cinq petits enfants et nous n'avons rien à manger. Notre mère n'a ni pain, ni farine, ni même un seul œuf. Ah ! donnez-nous quelque chose à manger, afin que nous ne mourions pas de faim avec notre chère mère. Venez à notre secours! Vous êtes riche et puissant et vous pouvez facilement nous aider. » Telle fut la naïve prière de l'enfant et après cela il se dirigea vers l'école. Quand il revint vers midi, à la maison, il vit sur table un grand pain, une écuelle de farine et un petit panier d'œufs. « Dieu merci ! » s'écria-t-il tout joyeux, « il a exaucé ma prière. Chère mère, un ange vous a sans doute apporté tout cela par la fenêtre? » — « Non, » dit la mère, « mais Dieu a exaucé votre prière. Lorsque vous étiez à prier devant l'autel, la dame du bailli était agenouillée dans une chapelle, où vous ne pouviez la voir, mais d'où elle vous a aperçu et entendu. Voilà pourquoi elle nous a envoyé tout cela; elle fut l'ange bienfaisant au moyen duquel Dieu est venu à notre secours. Allons, mes enfants, remerciez tous le bon Dieu et n'oubliez jamais cette belle maxime :
<■ Sois confiant en Dieu, laisse agir sa prudence, ■' il saura proléger ta fragile existence.
Partageons notre pain avec les pauvres.
La faim est une chose bien cruelle ; aussi ne laissons jamais aucun de nos frères souffrir de ce tourment, mais partageons
avec lui notre pain. C'est à quoi nous engage Jésus-Christ quand il nous fait dire dans nos prières : « Donnez-nous » et non « donnez-moi. » — A la fin de l'hiver de 1777 où tout était d'une excessive cherté en France, un fermier de la paroisse de ..., aux environs de Paris, s'en revenait du moulin, monté sur son cheval, qui portait en outre un sac de farine d'orge. Au détour d'une ruelle, ce fermier est attaqué par un voisin qui, le bâton levé, lui demande en jurant sa farine. Le cavalier saute à terre, saisit son homme au collet, le terrasse et lui arrache le bâton en disant: « Tu vois qu'il ne tient qu'à moi de t'assommer. » — « Assomme, ou donne-moi ta farine; il me la faut : je meurs de faim, ainsi que mes enfants et ma femme. » — « En ce cas, lève-toi, prends ce sac, je t'en fais présent; je vais l'aider à le charger. Va-t-en et ne dis mot. » Cependant le cheval, débarrassé de son fardeau, était arrivé au galop dans la cour de la ferme. La fermière, ne voyant point son mari, s'effraie et crie. Bientôt arrive le fermier qui raconte à sa femme la triste aventure, puis il ajoute ; « Il fallait que le pauvre homme fût bien dans le besoin pour s'attaquer à moi, qui en battrais quatre comme lui. » La femme eut peine de retenir ses larmes; elle courut au garde-manger, y prit un pain, le cacha dans son tablier, et dit tout bas au bon fermier : « Puisqu'ils ont si faim, ils ne pourront pas attendre que la pâte soit levée, et le pain cuit. » Elle partit aussitôt mit le pain sur la table en disant : « Mangez maintenant et ayez confiance en Dieu! » — Et en un clin-d'œil elle avait disparu.
Prière de Henri Suso.
En demandant le pain matériel, nous ne devons pas oublier de demander aussi le pain céleste. — Lorsque le pieux dominicain Henri Suso, se mettait à table, il priait ainsi : « Aimable Jésus, je vous invite; mon cœur a faim de vous, reconfortez-moi par votre nourriture matérielle, mais aussi par votre céleste présence. » Puis sous les yeux de Jésus- Christ il prenait son frugal repas, et chaque morceau qu'il
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portait à la bouche était béni de Jésus-Christ et devenait un sujet de remercîment pour le Sauveur. {Bède Weber.)
{Gr. Cat. 40«-41« q.) Cinquième demande. — Explication. Après le mot « donnez « vient aussitôt celui de « pardonnez; « car au lieu d'être reconnaissants pour le pain quotidien, pour les bienfaits journaliers que Dieu nous prodigue, nous l'ofifensons chaque jour par notre ingratitude et par des péchés de tout genre; c'est pourquoi nous disons aussitôt après : « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, n Dans cette cinquième demande, nous supplions Dieu de vouloir nous pardonner tous nos péchés, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont fait quelque tort. Conséquemment ceux qui ne pardonnent pas, ne doivent point espérer de pardon ; bien plus, ils prononcent contre eux-mêmes un arrêt de condamnation, toutes les fois qu'ils récitent Toraison dominicale. « Pardonne à ton prochain qui t'a offensé, » dit l'Ecclésiastique, « et quand tu prieras, tes péchés te seront remis (i). » (28, 2.)
Pardonnez , car vous aussi vous avez besoin de pardon.
Lorsque, après la mort du duc Albert, les Viennois, qui s'étaient révoltés, vinrent trouver Frédéric pour lui demander pardon, il l'accorda et refusa de punir un seul d'entre eux. Quelques-uns des gens de la cour n'approuvèrent pas la conduite de Frédéric, et crurent qu'il aurait mieux, fait d'user de rigueur à l'égard des rebelles, surtout que c'était déjà pour la troisième fois qu'ils avaient violé leurs serments. Mais le magnanime monarque leur répondit : « Je sais que dans une ville aussi grande et populeuse que Vienne, doivent se trouver beaucoup d'innocents, que quelques-uns des coupables ont été entraînés par séduction. 11 serait donc
(t) Voyez aussi Tome II, page
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injuste de punir tant de personnes à cause du crime de quelques-uns. Moi aussi je suis un pécheur devant Dieu, et je lui demande grâce et non justice; il convient donc qu'à mon tour je fasse plutôt grâce que justice. » II le fit et tout Vienne fut dans l'allégresse. {Habsbourg. Tome I, p. 85.)
Si vous ne pardonnez point. Dieu ne vous pardonnera pas
non plus.
Un des pontifes les plus remarquables du douzième siècle, l'archevêque Hanno, fut instruit et averti quelques mois avant son décès par une vision très-significative. Il se trouvait sous un large et magnifique dôme, où se tenaient assis, sur des sièges élevés, des hommes vénérables vêtus de robes d'une éblouissante blancheur, et parmi eux il découvrit quelquesuns de ses collègues dans l'épiscopat qui avaient déjà disparu de ce monde. Un siège semblable se trouvait également préparé pour lui, mais il entendit une voix lui dire qu'il n'était pas encore assez digne pour l'occuper. Il est vrai qu'il était déjà orné de ce vêtement blanc; mais en l'examinant de près, il découvrit qu'il était souillé sur la poitrine par une dégoûtante tache noire. A peine fut-il éveillé qu'il se hâta d'examiner avec soin son intérieur, et il eut bientôt découvert qu'il n'avait point pardonné de tout cœur aux bourgeois de Cologne, dont il avait reçu une sanglante offense, mais qu'il conservait encore contre eux certain ressentiment, qu'il s'efforça dès lors d'étouffer. (Veith.)
Les deux communes réconciliées.
Deux communes voisines étaient sur le point de commencer un procès l'une contre l'autre; toutes les raisons qu'on allégua pour les mettre d'accord, toutes les propositions qu'on mit en avant pour leur bien mutuel, n'aboutirent à rien ; déjà depuis de longues années on avait vécu dans de continuelles altercations, et chacune d'elles croyait qu'elle avait été l'objet des plus grandes injustices de la part de sa voisine, de sorte qu'on était d'avis d'agir sérieusement. Les deux communes s'étaient donc réunies pour la dernière fois
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et on allait exposer les griefs de part et d'autre, quand un vieux paysan, qui s'était inutilement efforcé de les réconcilier, se leva et dit : « Frères, c'est une affaire sérieuse qu& nous avons à traiter! Nos ancêtres, en pareille occasion, commençaient toujours par prier. Faisons comme eux. Otez les chapeaux et priez avec moi un Pater. » Il se mit donc à réciter la prière, et quand il fut parvenu à la fin de la cinquième demande, quand il eut dit: « Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, » il éleva la voix et jeta les regards autour de lui, en les fixant sur ceux qui priaient. Ils gardèrent le silence et refusèrent de continuer l'oraison dominicale; enfin ils s'écrièrent : « Il a raison, la paix, la paix, nous voulons la paix! y>Ei après avoir pris celte résolution, ils se tendirent tous la main et récitèrent encore une fois, avec un cœur joyeux et léger le Notre-Père.
(Gr. Cat. 42'-46« q.) Sixième demande. — Explication. Dans la cinquièiiie demande, nous avons prié Dieu de nous remettre nos péchés ; or, dans la sixième nous le prions de nous préserver de la rechute dans le péché, et c'est pourquoi nous disons : « Ne nous induisez pas en tentation, » c'està-dire, nous souhaitons que Dieu éloigne de nous tous les assauts et toutes les occasions du péché, ou qu'il nous accorde la grâce nécessaire pour y résister. Hélas! Qui pourrait compter toutes les tentations auxquelles nous sommes partout exposés dans la vie ! Nous sommes tentés par notre propre chair ou par les mauvais désirs; « car la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit. » (1 Epît. aux Gai. 5, 17.); nous sommes tentés par le monde, c'est-à-dire, par ses vaines pompes, ses mauvais exemples et ses maximes corrompues; nous sommes tentés par le démon « qui comme un lion rugissant circule sans cesse et cherche qui il puisse dévorer. » (1 Epità S. Pierre, o, 8.) w C'est un comhat pénible, une guerre difficile, » dit S. Cassiodore, « parce qu'elle se
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iait en secret et qu'il faut lutter avec un ennemi plus fort, parce qu'on ne peut découvrir ses embûches, parce que notre adversaire ne connaît ni fatigue ni honte ; car quoique vaincu, il ne s'éloigne pas, au contraire, il revient avec encore plus d'audace, quand nous l'avons repoussé vigoureusement par la grâce de Dieu. Nous avons donc bien raison de dire : « Seigneur, ne nous induisez pas en tentation. » — Mais si Dieu permet ces tentations, c'est dans les desseins les plus sages; « il les envoie pour notre salut, » comme dit S. Ghrysostôme : 1) pour nous conserver dans Vhumilité; c'est dans la tentation que nous reconnaissons notre faiblesse; alors disparait tout orgueil, et nous aimons à nous humilier en reconnaissant notre impuissance. C'est pourquoi S. Paul dit : « De peur que la grandeur de mes révélations ne me donne de l'orgueil, un aiguillon a été mis dans ma chair, instrument de Satan, pour me donner comme des souftlets. » (2 Epît. aux Cor. 12, 7.) % Pour éprouver notre fidélité, ou punir notre infidélité. « Notre vie, » dit S. Augustin, ne peut être à l'abri des tentations dans ce pèlerinage terrestre; car ce n'est que par les tentations que nous pouvons avancer dans la vertu. Personne ne peut être couronné s'il n'a triomphé; personne ne peut triompher sans combat; personne ne peut combattre sans ennemi, et voilà pourquoi il faut des tentations. » S. Ambroise dit à son tour : « La chair qui n'est pas salée, se corrompt, ainsi l'âme, si parfaite qu'elle soit, se relâche du bien, si elle n'est fréquemment tentée. » — « Les plantes se fortifient par le vent qui les secoue, » dit S. Nil, « et un cœur vertueux se fortifie par les tentations. » C'est donc avec raison que S. Jacques dit : « Heureux celui qui soutient courageusement les épreuves, parce que, après avoir résistéjl recevra la couronne de vie, que Dieu a promise à ceux qui l'aiment » (i, 12.) Ce serait
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donc une erreur de croire que la lentalion csl par elle-même un péché; nullement, la tentation est loin d'être un péché, aussi Jésus-Christ lui-même, pour notre consolation , et notre enseignement a voulu être tenté par le démon. (S. Mattfi. 4.) Mais ce qui est un péché, c'est de s'exposer légèrement à la tentation, ou d'y consentir. « Ne point éprouver de tentations, » dit S. Anselme, « c'est le propre des anges; éprouver des tentations et les vaincre, c'est le propre du chrétien; souffrir les tentations, y consentir et y succomber, c'est le propre des démons. » C'est donc en vain que celui qui s'expose volontairement aux tentations ou y donne son consentement, s'adresse à Dieu en disant : « Ne nous induisez point en tentation. « Celui-là ressemble à un insensé qui se jette volontaireaient dans un abîme, tout en espérant que Dieu lui enverra des anges pour le sauver. — Conséquemment celui qui veut voir exaucée cette sixième demande de l'oraison dominicale doit faire de son côté tout ce qui est nécessaire paur combattre les tentations; il doit surtout veiller et prier, comme Notre- Seigneur Jésus-Christ l'a dit : « Veillez et priez, afin que vous n'entriez pas en tentation (i). » (S. Matth. 26, il.)