‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 16 sur 28 · Antoine et ses disciples · texte numérisé non relu

Antoine et ses disciples

S. Antoine l'ermite fut interrogé par ses disciples sur l'arme dont on devait se servir pour vaincre les assauts du démon. « Croyez-moi, mes frères, » dit-il, « Satan redoute les veilles des âmes pieuses, il craint la prière, le jeûne, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l'humilité, mais surtout l'amour ardent pour Jésus-Christ ; et le signe de la croix seul est en état de le désarmer et de le mettre en fuite. » ('S'. Athanas. Vita S. Antonii Erem.)

Exemples tirés de la Bible.

Veillez afin que vous n'entriez pas en tentation. Quand le^ (J) Voyez Tome 11, pa^'e 392.

412 Dt l.A rUIÈRE.

père de famille eut seiiit- du bon grain, ses serviteurs s'endormirent tranquillement; sur ces entrefaites arriva l'ennemi qui sema de l'ivraie dans le champ. — Les Israélites de la tribu de Dan virent dans une contrée un peuple qui vivait sans crainte et sans souci, parce qu'il se croyait complètement en sûreté. C'est ce qui les enhardit à attaquer cette peuplade imprudente. Voilà comment le démon s'enhardit aussi pour nous attaquer, quand il voit que nous ne veillons pas et que nous nous vantons d'être en sûreté. Priez, afin que vous n'entriez pas en tentation ! Imitez S. Pierre qui, au moment de s'enfoncer dans les flots, cria au divin Sauveur : « Seigneur, sauvez-moi, sans cela je vais périr. » (S. Matth. 14, 30.) — Aussi longtemps que Moïse pria, Israël fut victorieux, mais quand il cessait de prier, Israël était vaincu. « Que le chrétien apprenne de là, « dit S. Rupert, » ce qu'il doit éviter. 11 doit prier avec d'autant plus d'ardeur que l'ennemi est plus dangereux. Quiconque cesse de prier, rend son ennemi fort. Quiconque ne prie pas, se soumet à l'ennemi. Il est son propre ennemi quand il ne prie pas. C'est par la prière que l'ennemi est écrasé, mais si vous la cessez, il recouvre de nouvelles forces.

Comparaisons.

« Ne vous fiez pas trop à vous-même ; quand nous sommes seuls le démon ne nous craint pas; cherchez un abri dans le sein de Dieu, comme les pâtres avec leurs troupeaux cherchent à l'ombre un abri contre les ardeurs du soleil; triomphez en Jésus-Christ. » (Louis de Pont.) — « Le rossignol échappe au hibou en se cachant ou dans le creux d'un arbre ou parmi les épines, dans lesquels l'oiseau nocturne avec'sa grosse tête ne peut pénétrer. C'est ainsi que nous échappons à la poursuite du démon quand nous nous cachons sous l'arbre de la croix, dans les plaies et dans la couronne d'épines du Sauveur. » — « On ne doit pas cesser de faire la garde, lors même que l'ennemi semble en paix, mais être toujours sur le qui vive à cause de ses ruses. » {S. Cyprien.) « Tu te trompes, mon frère, « dit S.Jérôme, » si tu crois qu'un

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cliréîien n'est jamais tenté; tu seras le plus tenté lorsque tu le remarques le moins, c'est pourquoi veille. »

{Gr. Cat, 47« q.) Septième demande. — Explication. « Dans la sixième tleniande, « dit S. Augustin, » nous désirons ne pas être induit dans le nsal, c'est-à-dire, daiis le péché; mais dans la septième demande, nous prions Dieu d'être délivrés du mal ou nous avons été réellement induits. ■ — Ainsi lorsque nous disons : « Mais délivrez-nous du mal, » nous souhaitons que Dieu veuille nous préserver de tous les maux du corps et de l'âme, surtout du péché et de la damnation éternelle qui en est la suite; car le péché est incontestablement le plus grand mal (i) qui puisse atteindre le corps et l'âme, puisqu'il préci|)ite l'un et l'autre dans l'enfer, dans les supi)lices éternels. « Le })écheur, » dit encore S. Augustin, «perd la félicité, pouilaquelle il avait été créé, et trouve la misère pour laquelle il n'avait pas été créé. C'est dans ce but que nous disons à Dieu : Délivrez-nous du mal, du péché. »

La prière bénie.

S. Grégoire de Tours raconte que S. Caluppa, ermite, avait été longtemps inquiété par des remords de conscience auxquels vinrent encore se joindre le désespoir, les soucis et les tourments d'esprit; le démon même lui apparut sous les formes les plus effrayantes pour le faire souffrir dans sa solitude. II eut recours à différents moyens pour se délivrer de ces tortures spirituelles, mais ce fut en vain. Il lui vint alors dans l'idée de réciter l'oraison dominicale, et quand il arriva à la dernière demande, il s'arrêta, la répéta plusieurs fois, et pendant qu'il disait : « Délivrez-nous du mal! mon Dieu, délivrez-moi du péché, du mal qui me tourmente, » il vit comment le calme revint dans son âme, et comment les esprits malins qui l'entouraient et l'affligeaient, prirent la

(J) Voyez Tome II, page 457.

li i DE LA PRIKRÉ,

fuite, en criant : « Celte prière est un supplice pour nous. » — Quel motif d'encouragement n'est-ce pas pour nous de dire avec ferveur : « Délivrez-nous du mal, ô mon Dieu! Envoyez-nous toute autre punition, mais délivrez-nous du mal.» Quiconque prie ainsi, ne sera pas sans être exaucé.

Les mots ainsi soit-iL — A la fin de roraison dominicale nous employons ces mots « ainsi soit-il, » ce qui signifie : que cela se fasse ainsi. Telle fut la parole que Jérémie adressa au prophète Ananie : « Qu'il soit ainsi ! ainsi veuille le Seigneur confirmer les paroles que tu as prophétisées. » Nous exprimons par là notre ardent désir et notre intention d'être exaucés.

Pratique. Qu'elle est sublime et élevée au-dessus de toutes les autres prières, l'oraison dominicale! « Combien peu de paroles la composent, mais que de richesses y sont contenues ! » s'écrie Tertullien,« elle contient nonseulement une prière telle qu'elle doit être, non-seulement la vraie manière d'honorer Dieu, et les objets pour lesquels l'homme doit prier, mais encore tout ce que Notre-Seigneur a enseigné et ordonné, de sorte que c'est réellement tout l'Évangile en abrégé. Toutes les autres prières doivent être appuyées sur celle-là; elle met le sceau à toutes les autres. » — Vous ne pouvez donc pas réciter de prière plus belle et plus efficace que l'oraison dominicale. Mais aussi récitez-la toujours avec une pieuse attention et un grand respect; pensez à ce que vous dites, et n'oubliez pas que nous l'avons reçue du divin Sauveur lui-même. Imitez l'exemple qui suit :

Le Pater de la pieuse jardinière.

M. de Flamenville, évêque de Perpignan, rencontra un jour une bonne jardinière qu'il interrogea sur la manière dont elle servait le Seigneur, Quel fut son étonnement et son admiration lorsqu'il entend réciter cette belle paraphrase, cette paraphrase également pieuse et naturelle de l'oraison

DE LA IRIERE. 415

dominicale! Il avoua qu'il n'avait jamais entendu personne si bien prier Dieu. — Voici comment cette simple fille des ■champs priait :

IS'otre Père qui êtes aux deux. Que je suis heureuse, ô mon Dieu, de vous avoir pour père, et que j'ai de joie à songer que le ciel doit être un jour ma demeure! Faites-moi la ^râce, ô mon Dieu, de ne point dégénérer de la qualili' de votre enfant; ne permettez pas que je fasse rien qui me prive d'un si grand bonheur.

Que votre nom soit sanctifié. Mon Dieu, je ne suis qu'une pauvre femme, et par conséquent hors d'état par moi-même de pouvoir sanctifier votre saint nom; mais je désire de tout mon cœur qu'il soit sanctifié par toute la terre.

Que votre règne nous arrive. Je désire, ô mon Dieu, que vous régniez dès à présent dans mon cœur par votre grâce, afin que je puisse régner éternellement avec vous dans la gloire.

Que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. Mon Dieu, vous m'avez condamnée à gagner ma vie par le travail de mes mains ; j'accepte, Seigneur, cette heureuse condition, et je ne voudrais pas la changer en une autre contre votre adorable volonté.

Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Mon Dieu, je demande trois sortes de pain : celui de votre divine parole, pour m'apprendre ce que je dois faire ; celui de la sainte Eucharistie, qui fortifie mon âme, et celui qui m'est nécessaire pour nourrir et sustenter mon corps ; et je vous promets, mon Dieu, après avoir pris ce qui me sera nécessaire, d'assister du reste ceux qui pourraient en avoir besoin.

Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont oßenses. Seigneur, je sais que j'ai offensé plusieurs personnes; je leur en demande pardon de tout mon cœur; mais, pour ceux qui m'ont offensé, je leur pardonne, je vous prie, mon Dieu, de leur faire tout le bien que je souhaite à moi-même.

Ne nous induisez point en tentation. Seigneur, vous voyez de combien d'ennemis je suis entourée, et qu'il m'est difficile,

sans votre grâce, de ne pas succomber à leurs suggestions ; je vous la demande de tout mon cœur.

Mais délivrez-nous du mal. Je vous demande, ô mon Dieu! la grâce de me délivrer du plus grand de tout les maux, qui est le péché, qui seul peut me faire perdre votre grâce.

Ainsi soit-il. Je vous demande, ô mon Dieu! par ce mot, l'accomplissement de toutes les demandes que je viens de vous faire.

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