‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · DE LA SALUTATION' ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

DE LA SALUTATION' ANGÉLIQUE

{Gr. Cat. 49«-54« q.) La Salutation angélique et les parties qui la composent. — Explication. Ordinairement nous joignons à l'oraison dominicale une prière en l'honneur de la Mère de Dieu; nous l'appelons la Salutation angélique ou VAve Maria afin que la très-sainte Mère de Dieu appuie notre faible prière par sa puissante intercession auprès de son divin Fils. « Vous savez, » dit S. Cyrille, « que ceux-là ont accès à la cour qui sont protégés par la reine, et qu'ils obtiennent tout ce qu'ils demandent. C'est ainsi que nous obtiendrons également tout ce que nous voulons, si nous avons la sainte Mère de Dieu pour notre médiatrice, notre protectrice et notre avocate auprès du roi qu'elle implore vivement pour nous. » La Salutation angélique renferme deux parties principales : une prière de louange et une prière de demande. La prière de louange consiste 1) dans les paroles que prononça l'archange Gabriel quand il vint annoncer à la très-sainte Vierge Marie qu'elle deviendrait Mère de Dieu, et qui sont: « Je vous salue (Marie), pleine de grâce; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. » {S. Luc,\, 28.) et 2) da7is les paroles qu'Elisabeth adressa à Marie quand celle-ci, après avoir passé les montagnes, vint lui rendre visite; elle lui dit entre autres : « Et béni est

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le fruit de vos entrailles. » (S. Luc, 1, 42.) A quoi nous ajoutons encore l'adorable nom de Jésus.

Le salut de V archange Gabriel à Marie.

Comme nous le raconte l'Evangile, c'était au sixième mois après que S. Elisabeth eut conçu S. Jean-Baptiste, « l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge, qu'un homme nommé Joseph, de la maison de David, avait épousée, et le nom de cette vierge était Marie. Et l'ange venant vers elle, dit : « Je vous salue, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » [S. Luc, 1, 26.) Or, comme cette prière commence par le salut de l'ange, on l'appelle la Salutation angélique, et comme en latin ses deux premiers mots sont : Ave Maria, on l'appelle aussi fréquemment ainsi.

Marie el Elisabeth.

La deuxième partie de la prière de louange dont se compose la Salutation angélique est formée des paroles de S.Elisabeth à la très-sainte Vierge. Lors donc que Marie eut appris de la bouche de l'ange le message céleste, que sa cousine Elisabeth, malgré son grand âge et sa stérilité, avait conçu miraculeusement un fils, elle se hâta d'aller vers les montagnes pour féliciter sa cousine et l'assister si elle avait besoin de ses services. Quand Elisabeth vit arriver Marie, elle ressentit une sainte allégresse, et l'enfant tressaillit de joie dans son sein, et ce fut dans ce moment qu'Elisabeth accueillit Marie par ces paroles : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; et béni est le fruit de vos entrailles. » {S. Luc, 1, 42.) Or, ce sont ces paroles que nous répétons si souvent dans la Salutation angélique. Ainsi les deux premières parties ont été empruntées à l'Evangile lui-même; quant à la troisième, c'est l'Eglise catholique qui l'a ajoutée.

{Gr. Cat. 55« q.) Vous êtes pleine de grâce. — Explication. Nous disons à Marie : « Vous êtes pleine de grâce ; » \) parce que déjà avant sa naissance, Marie était remplie de grâces; oui, au.

i;S DE LA I'X;Ei\E.

moment même de sa conception elle nous apparaît pleine de grâce. « Marie, dès le premier instant de sa conception, » dit le savant Suarez, « a obtenu plus de privilèges et de grâces que toutes les âmes des saints, oui, que tous les chœurs des anges, parce Dieu l'aima plus que tous les saints et tous les esprits célestes. » Seule, parmi toutes les créatures de la terre, elle ne ressentit point le souffle empoisonné du péché originel, et demeura exempte de tout autre péché; elle fut conçue sans péché et représentée comme un vase élu de la grâce divine.

2) Parce que Marie a toujours augmenté en grâce; car par ses bonnes œuvres elle augmenta toujours davantage la grâce sanctifiante et parvint ainsi au plus haut degré de sainteté et de justice. C'est pourquoi le Psalmiste chantait : « Vous surpassez en beauté les plus beaux des enfants des hommes ; la grâce est répandue sur vos lèvres, parce que le Seigneur vous a bénie pour l'éternité. [Ps. 44, 3.) Et S. Pierre Chrysologue dit : « D'autres saints obtinrent une parcelle de la grâce, mais dans le cœur de Marie elle fut répandue dans toute sa plénitude. »

3) Parce que Marie a enfanté l'auteur de la grâce. Ne doit-elle pas être remplie de grâces celle qui porta sous son cœur le maître lui-même de la grâce? « La sainte Vierge, » dit S. Thomas d'Aquin, « a obtenu une abondance de grâces si grande qu'il n'y eut personne qui se rapprochât autant qu'elle de l'auteur de la grâce; et voilà pourquoi elle a conçu celui qui est plein de grâces. »

Marie est pleine de grâces.

Un grand pécheur vint un jour trouver S. Bernard et lui confessa avec douleur le nombre et l'énormité des péchés

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qu'ii avait commis, a II est impossible, » s'écria l'infortuné en versant des larmes amères, « que je trouve encore grâce et pardon auprès de Dieu. » Et le saint Docteur, plein d'une tendre compassion, lui dit : « Oh non! mon fils, vous n'avez pas de motif de désespérer; car, remarquez-le bien; si vous craignez de ne plus trouver grâce devant Dieu, espérez du moins d'en trouver auprès de Marie! Ce n'est pas en vain qu'elle s'appelle « pleine de grâce (gratia plena); l'ange du Seigneur l'a lui-même nommée ainsi. » Après ces paroles il prit l'Ecriture et l'ouvrit à cet endroit de S. Luc où l'ange Gabriel dit à Marie : « Ne craignez-pas, car vous avez trouvé grâce. » — « Comprenez-vous bien ces paroles, mon fils, » continua S.,Bernard, « que Marie a trouvé grâce? Comment cela? Aurait-elle perdu autrefois la grâce, pour qu'elle dût la retrouver? Dieu nous garde d'avancer un tel blasphème ! Mais on peut retrouver ce que d'autres ont perdu. Or, voici ce que c'est, pauvre cœur criminel; c'est vous qui, à cause du péché, avez perdu la grâce de Dieu, et Marie a trouvé cette grâce que vous aviez perdue. Courage donc; ne craignez pas, ne désespérez pas; relevez-vous et adressez-vous à la Mère de Dieu, jetez-vous à ses pieds et dites-lui : « Mère de la grâce divine, jetez les yeux sur un pauvre pécheur. J'ai perdu la grâce divine, et vous l'avez trouvée. 0 mère de bonté, rendez-moi la grâce perdue; travaillez à me réconcilier avec votre divin Fils et soyez désormais ma protection et mon appui, afin qu'à l'avenir je ne tombe plus aussi facilement dans le péché et que je n'abuse plus aussi indignement des grâces de mon Père céleste. » — Ainsi parla le Docteur inspiré et le pécheur affligé respira plus librement; il s'adressa à Marie, pria et supplia, comme S. Bernard le lui avait conseillé ; il pleura ses fautes, fit une sérieuse et austère pénitence et ensuite une sainte mort, reconnaissant encore à ses derniers moments que Marie est pleine de grâces, une mère de miséricorde pour tous les pécheurs qui s'adressent à elle.

4*20 D£ LA PKILKE.

{Gr, Cat. 36« q.) a Le Seigneur est avec vous. » — Explication. Nous disons: « le Seigneur est avec vous, » parce que Dieu est d'une manière tout-à-fait spéciale avec la très-sainte Vierge Marie, et c'est pour cela qu'elle s'appelle avec raison la fille choisie du Père céleste, la véritable mère du Fils de Dieu, et l'épouse très-chaste du Saint-P^sprit. C'est ce qu'expose plus au long

Saint Bernard

par ces paroles: Les trois personnes divines qui sont toutes trois un seul Seigneur, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sont avec Marie: Le Seigneur, le Fils est avec vous, parce qu'il fait en vous sa demeure et se revêt de votre chair; le Seigneur le Saint-Esprit est avec vous puisque c'est par son opération que nous concevez; le Seigneur le Père est avec vous, lui qui engendre celui que vous concevez. Le Seigneur est avec vous, comme un père est avec sa fille qu'il protège avec une pieuse sollicitude, comme un époux avec son épouse qu'il aime seule, comme un roi avec la reine, qu'il environne des plus grands honneurs, comme le soleil avec la lune qu'il éclaire de ses rayons. {S. Bernardus Super: Missus est, Sermo. 18.)

{Gr. Cat. 57«^ q.) « Vous êtes bénie entre les femmes. » — Explication. Par cette louange : « Vous êtes bénie entre les femmes » nous exprimons que Marie a été bénie et favorisée audessus de toutes les personnes de son sexe. Et elle est réellement bénie, car i) elle fut choisie parmi toutes les femmes pour devenir la Mère de Dieu ; 2) seule elle est mère et vierge tout ensemble, et 3) Marie a apporté au monde le salut comme la première femme lui a apporté la malédiction, v Marie est vraiment bénie entre les femmes, s'écrie saint Augustin, car elle nous a apporté le salut. Eve fut la cau.'^e du péché, Marie fut la cause

ÜE I.A PRIERE.

de la grâce; Eve nous a nui en nous apportant la mort, Marie nous a été utile en nous procurant de nouveau la vie; l'une nous a blessés, l'autre nous a guéris. » Et le pape Innocent III ajoute: « L'une fut appelée: Eva (Eve); à l'autre il fut dit: Ave, car par elle le nom d'Eve a été changé. « Ave gratia plena. Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, « dit l'ange, comme s'il voulait dire: Eve fut pleine de péchés, mais vous êtes pleine de grâce. Eve fut maudite parmi les femmes, mais vous êtes bé7iie entre les femmes. »

(Gr. Cat. 58« q.) « Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. » — Explication. Nous ajoutons ces mots: « Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni, pour exprimer que le culte ou la vénération de Marie est inséparable de l'adoration de Jésus-Christ et que nous louons la Mère en considération du Fils. » Béni soit le Père, s'écrie S. Bonaventure, par lequel Marie est devenue notre Mère; bénie soit cette Mère par laquelle le Fils de Dieu est devenu notre frère. » Nous vénérons et nous louons donc la Mère à cause du Fils, de même que nous louons l'arbre à cause des fruits qu'il porte. Voilà aussi pourquoi cette expression: »le fruit de vos entrailles, à une grande signification; c'est seulement le fruit qui donne à l'arbre sa valeur. Il en est de même pour Jésus et Marie. Jamais Marie n'eût été bénie entre les femmes, si elle n'avait produit un fruit aussi saint que l'est Jésus-Christ. Eve prit le fruit et nous donna la mort; Marie produisit le fruit et nous donna la vie. Ne devons-nous pas dire alors avec Elisabeth : « Bé^ii est le fruit de vos entrailles! »

Comparaison, « Comme le fruit fait l'éloge de l'arbre, qui l'a produit.

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dit Richard de S. Laurent, ainsi Jésus-Christ fait l'éloge de la glorieuse Vierge; le fruit est loué et béni, voilà pourquoi l'arbre est exalté et honoré. »

Nous devons honorer et louer la Mère à cause du Fils.

Le P. Ratisbonne qui, à la suite d'une apparition miraculeuse de la sainte Mère de Dieu, arrivée en 1842, fut converti du Judaïsme au Catholicisme, écrit à ce sujet: « Comment se fait-il, à mon Dieu, que tant d'hommes rachetés par le sang de Jésus-Christ, refusent leur vénération à la trèssainte Vierge dont le cœur fournit ce sang? Comment est-il possible que ces hommes qui sont en apparence si attachés à la lettre de l'Ecriture, veuillent précisément faire une exception pour Marie, quand il s'agit de ce commandement divin qui ordonne à tous les enfants des hommes d'honorer leur mère? Pourquoi en agir ainsi? Ils craignent, disent-ils, de ravir au Fils ce qu'ils donnent à la Mère; ils craignent de rendre à Marie l'honneur qu'ils doivent à Dieu. Mais cette crainte est-elle bien raisonnable? Est-elle chrétienne? Est-elle naturelle? Est-ce dans la nature de l'homme que le fils soit jaloux de la gloire de sa mère? Le fils se regarderat-il comme plus honoré quand on prive sa mère de toute marque de respect sous prétexte de la donner uniquement au fils? Jésus-Christ aurait-il souffert que ses disciples se fussent montrés indifférents et froids envers sa Mère que

lui-même entourait de tant d'amour et de vénération?

C'est inconcevable! Comment? des gens qui s'appellent disciples de Jésus-Christ prétendent aller à Jésus-Christ; et pour le trouver d'autant plus sûrement, ils abandonnent Marie; pour aimer d'autant plus le Fils, ils cessent d'aimer la Mère !

(Gr. Cat. 59«-62'' q.)

La prière de demande dans la Salutation angélique. — Explication. A cette prière de louange de la Salutation angélique, telle que nous l'avons expliquée en abrégé, l'Eglise a ajouté la prière de demande qui suit :

ÜE l,A l'iUKC.!-:. Al'i

« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il. » L'Eglise a fait cette addition.

i) Aßn que nous confessions par ces paroles, devant le monde entier , que Marie est réellement la Mère de Dieu, parce qu'elle a mis au monde, non un simple homme, mais Jésus-Christ qui est Dieu et homme tout ensemble (i). « Si quelqu'un, » dit S. Cyrille d'Alexandrie, « ne veut pas confesser que la sainte Vierge est Mère de Dieu, qu'il soit anathème; car elle a enfanté le Verbe fait chair, d'après ces paroles de l'Ecriture : « Et le Verbe s'est fait chair. »

Marie est Mère de Dieu.

L'empereur grec, Constantin Copronyme, l'ennemi de la religion et des arts sacrés, se plaisait à refuser à la très- sainte Vierge tout honneur céleste et à lui dénier tout culte. Or, voici la preuve que son impériale sagesse avait inventée pour autoriser sa façon d'agir; il portait une bourse remplie d'or qu'il élevait aux yeux des gens qu'il voulait convaincre et leur demandait ce qu'elle valait. Après qu'ils eurent estimé ie contenu, il faisait tomber tout l'or et leur demandait ensuite ce que valait encore la bourse. L'application de cette grossière comparaison il la faisait à Marie, la Mère de Dieu. « Aussi longtemps, disait-il, qu'elle portait sous son cœur le Sauveur du monde, elle était bénie entre les femmes, et digne de la plus haute vénération ; mais après qu'elle l'avait mis au monde, elle a perdu toutes ces prérogatives. » Qui ne voit dans cette stupide sentence une immoralité, une bassesse, puisqu'elle foule aux pieds la dignité humaine et les prérogatives les plus douces et les plus saintes de la maternité! D'après ce principe avilissant, tout fils ne serait-il pas en droit de dire à sa mère : « Jadis vous m'avez nourrr du sang de votre cœur, vous fûtes autrefois ma mère ; mais maintenant que je suis venu à maturité, vous avez cessé

(IJ Vnyey. Tome t, page 290-293.

4'2-i 1)1. LA PRIÜKE.

d'être ma mère, et vous êtes devenue une étrangère pour moi? »

Qu'elle était profonde et vive cette déclaration d'une femme juive, qui, ravie d'admiration, fit entendre sa voix du milieu dos flots du peuple et s'écria : « Bienheureux le corps qui vous a porté! » Elle ne dit pas dans le sens du despote de Byzance : « Bienheureux fut le corps qui vous a porté, et aussi longtemps qu'il vous a porté; » mais sa joyeuse exclamation était faite de manière à s'appliquer aussi bien au futur qu'au passé. Elle proclama bienheureuse la mère dont elle voyait l'admirable fils devant elle, ce fils dont les divins enseignements l'avaient ravie; une inspiration subite, un sentiment aussi vif que légitime l'engagea à conclure de la grandeur d'un tel fils à la dignité et au bonheur de celle qu'il appelait sa mère; et voilà aussi pourquoi son cri d'admiration est demeuré cher et précieux aux yeux de l'Eglise; voilà pourquoi elle fait dire à ses enfants, dans l'Ave Maria : « Sainte Marie, Mère de Dieu. » {Veit/i.)

2) Afin que nous invoquions Marie pour nous secourir dans tous les besoins de la vie et pour nous obtenir surtout une heureuse mort. Nous devons invoquer Marie :

a) Bans tous les besoins et les circonstances importantes de la vie. C'est pourquoi l'Eglise nous fait dire : « S. Marie, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant. » Or, nous pouvons invoquer en toute confiance le secours de la très-sainte Vierge Marie, parce qu'elle peut nous secourir; elle a la plus grande influence sur le cœur de Dieu : « En effet, on n'a jamais ouï, » dit S. Bernard, « que quelqu'un, après avoir recouru à Marie et imploré avec une vraie dévotion son intercession, ait été abandonné de Dieu (i). » — Parce qu'elle veut nous aider, car elle est notre mère, une mère pleine de miséricorde; elle est la consolatrice des affligés, le refuge des pécheurs,

(1) Voyez Tome H, page 147-150.

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ie secours des chrétiens, etc., et c'est ce que prouvent les exemples suivants.

La meilleure des mères.

Une vertueuse petite fille vit mourir sa mère, et des hommes vinrent emporter son corps et le descendirent dans la fosse. Alors la jeune fille pleura amèrement et répéta en sanglotant : « 0 ma mère, ma boiin.^ mère! qui me donnera désormais à boire et à manger? maintenant je suis seule au monde, et personne n'a compassion de moi. 0 ma mère, ma bonne mère! » Et la jeune fille sortit et s'en alla dans la forêt où elle vit une chapelle dédiée à Notre-Dame, et elle se mit à genoux devant son image, en disant : « 0 Marie, douce et céleste mère! ma mère est morte, et je n'ai personne qui prenne compassion de moi. Pauvre orpheline que je suis, ah! ne m'abandonnez pas dans mes besoins. » Or, pendant qu'elle priait ainsi, une vive clarté illumina la chapelle, et la jeune fille entendit des chants si doux que jamaiselle n'en avait entendu de semblables, et elle respira des parfums plus suaves que ceux du printemps. Bientôt après apparut une vierge; la robe qu'elle portait effaçait par sa blancheur l'éclat de la neige, une couronne d'or brillait sur son front et à ses côtés chantaient merveilleusement une troupe d'anges. Et la vierge sourit avec douceur et dit à la jeune fille : « Mon enfant, sachez que je suis Marie, la Mère de Dieu, j'ai entendu votre prière et désormais je veux vous servir de mère. » Alors la sainte Vierge toucha avec la main le front de l'enfant et disparut. Le cœur de la petite fille était consolé et elle sortit joyeuse de la chapelle pour retourner chez elle. Et Marie, la Mère de Dieu, fut dès ce jour avec la petite fille, la protégeant contre tous les dangers qui menaçaient son corps et son âme, et elle devint pieuse, pure et chaste. Et quand la petite fille mourut, Marie la prit avec elle dans le ciel et la rendit à sa mère qui s'y trouvait déjà. {Légendes d'Albert Werfer.)

Marie nous assiste dans les tentations.

En 1635, prêchait à Rome, le célèbre Père Zucchi, un des

DE LA l'RlEUE

plus zélés serviteurs de Marin. Lors de la fête de l'Immaculée Conception, il fit un sermon sur la chasteté, et recommanda, comme un moyen efficace de conserver cette vertu, de réciter pieusement tous les jours la Salutation angéliqué et d'y ajouter la prière suivante : « Trés-sainte Vierge, je vous donne mes yeux et mes oreilles, mes mains, ma bouche et mon cœur. Secourez-moi, afin que je n'offense jamais ni Dieu, ni vous, ô ma protectrice. Aussitôt que je serai tenté, je vous invoquerai en disant : Trés-sainte Vierge, je suis tenté, secourez-moi, ma Souveraine. J'appartiens à Jésus et à Marie, auxquels je me suis donné. » Parmi les auditeurs du Père Zucchi se trouvait un jeune seigneur livré au vice impur et qui retombait toujours dans ses anciens péchés quoiqu'il s'approchât fréquemment de la Sainie-Table. Il avait fait le pèlerinage à Rome pour s'y purifier de ses vices. A peine eut-il entendu cette exhortation si touchante qu'il résolut fermement de la mettre en pratique. En effet, il ne manquait jamais un seul jour de réciter cette courte prière en rentrant chez lui, et de s'en servir comme d'une arme efficace dans les tentations contre la pureté. Entretemps pour s'instruire, il voyagea en divers lieux, pendant quatre ans. De retour à Rome, il se présenta au même prêtre qui antérieurement avait toujours été son confesseur; celui-ci tout étonné de voir que son jeune pénitent, bien loin de confesser des péchés mortels, avouât à peine quelques fautes légères, lui demanda quel moyen il avait employé pour se défaire de ses mauvaises habitudes; il répondit en pleurant amèrement : « Depuis que j'ai entendu prêcher ce saint homme et que j'ai suivi ses conseils, je me suis senti tellement bien secouru et protégé dans les tentations les plus affreuses, qu'il me paraissait que je n'aurais pas même pu y consentir, quand même elles auraient encore été beaucoup plus fortes. » — Le jeune homme persévéra dans cet état, et mourut saintement. {Fleurs de Mai.)

Marie est une puissante protectrice.

L'abbé Palladius, dont la relation fut conservée par Jean

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Evirat, nous est garant d'un événement qui fournit un témoignage remarquable de la puissante protection de Marie. Un bourgeois d'Alexandrie qui, avec son épouse et sa petite fille de six ans, menait une vie exemplaire et s'était acquis un excellent nom par ses œuvres de charité, fut obligé de faire à Constantinople un voyage pour ses affaires. Son épouse, qui l'avait accompagné jusqu'au navire, lui demanda, en faisant ses adieux, à qui il les avait recommandées pendant son absence, et sous la protection de qui il les avait mises? — Il répondit : « Sous la protection de la très-sainte Vierge, Mère de Dieu, »

Peu de jours après, pendant qu'elle était à sa table d'ouvrage, ayant son enfant à ses côtés, le seul domestique de la maison qui fut resté, voulut profiter de cette occasion pour se défaire de tous les deux, voler les objets les plus précieux et s'enfuir ensuite. Déjà l'assassin, armé d'un terrible couteau, se tenait sur le seuil de la porte fermée, lorsque, toutà-coup frappé d'aveuglement, il ne sut plus trouver son chemin ni pour avancer, ni pour reculer. Après qu'il eut appelé en vain sa, maîtresse afin qu'elle sortît, il entra dans une telle fureur, qu'il s'enfonça lui-même le couteau dans la poitrine, mais il ne mourut de sa blessure que lorsque la justice eut appris de sa propre bouche le dessein coupable qu'il avait formé.

b; Nous devons surtout demander à Marie une sainte mort; c'est pourquoi l'Eglise nous fait dire : « Sainte Marie, priez pour nous... à l'heure de notre mort. » L'heure de la mort est l'instant le plus décisif de toute la vie; c'est d'elle que dépend notre bonheur éternel; aussi l'ennemi de notre âme emploie-t-il tous ses efforts, pour nous attirer de son côté; il nous assaillit alors par les plus violentes et les plus dangereuses tentations. En outre, la persévérance dans le bien jusqu'à la mort est une grâce très-grande, pour laquelle nous devons prier sans cesse. Concil. Trid. Sess. 6. Can. 22. Nous avons

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donc des raisons suffisantes de dire souvent à Marie, du fond du cœur : « Sainte Marie, priez pour nous... à l'heure de notre mort. » « Tous les ennemis fuient loin du lit de la mort, dit saint Antoine, quand paraît la Reine des cieux. Lorsque Marie est pour nous, qui serait contre nous? »

La douce mort des fidèles serviteurs de Marie.

Lorsque sainte Claire fut proche de la mort, sa cellule fut éclairée par une lumière céleste. Une troupe éclatante de Vierges apparut, et parmi elles en brillait une qui portait sur son front un diadème resplendissant. Elle s'approcha de la sainte mourante, l'embrassa, la baisa, et ce fut sous ce doux baiser de la Reine des cieux qu'elle rendit en souriant son esprit à Dieu.

S. Félix, de l'ordre des Capucins, qui traversait si souvent Il'S rues de Rome, la besace sur le dos et le chapelet à la main, se mourait dans sa pauvre cellule, étendu sur une poignée de paille. Pendant qu'il tenait en main le chapelet, ce signe de son amour pour Marie, il avait les yeux fixés au ciel; son visage était enflammé d'un feu divin; c'est que Marie, sa tendre Mère, lui apparaissait et lui disait: « Mon cher Félix, je t'apporte une bonne nouvelle; la fin de tes labeurs est arrivée, tu seras recompensé au ciel, » Marie disparut et Félix expira, la joie sur les lèvres.

La bienheureuse 3Iarie d'Oignics, cette fidèle servante de la très-sainte Vierge, reçut aussi, peu de jours avant sa mort, la visite de Marie, qui l'invita à aller avec elle au paradis. Alors la mourante entonna un chant merveilleux qui dura trois jours. Enfin, d'une voix qu'on eût prise pour celle du chœur des anges, elle commença le Magnificat, et rendit son âme en chantant.

S. Jean de Dieu, fondateur de l'ordre des Frères de la charité, eut toujours une tendre dévotion pour la très-sainte Vierge. Lorsque vint pour lui l'heure de mourir, il désira ardemment de voir sa sainte Mère ; et, en effet, Marie lui apparut et lui dit: « Jean ! je n'abandonne pas mes serviteursen

DE LA l'KlÈKl:;. 429

ce moment. » Aussi sa mort fut-ello pleine de consolations. Après qu'il eut reçu les derniers sacrements des mains de l'archevêque de Grenade, il quitta sa pauvre couche, se mita genoux,embrassa lacroix et expira doucement et saintement, en disant : « Jésus, je remets mon âme entre vos mains. »

Le Père Binetti, de la compagnie de Jésus, raconte qu'il entendit un serviteur de Marie s'écrier en mourant: « 0 mon père, si vous saviez combien je suis content maintenant d'avoir servi la Mère de Dieu ! 11 m'est impossible de vous décrire quelle joie je ressens. » — Le père Suarez, de la même compagnie, mourut avectant de joie etde contentement qu'il s'écria: « Je n'avais jamais cru qu'il fut si doux de mourir.» Et pourquoi celaï Parce qu'il avait toujours honoré et aimé Marie, car souvent il disait qu'il voulait donner toute sa science pour le mérite d'un seul Ave Maria. »

La chronique des Capucins nous rapporte une histoire touchante de la fidélité avec laquelle la divine Mère vient au secours de ses serviteurs à l'heure de leur mort. Le frère Antoine étant très-malade, fit appeler son confesseur et lui dit : « Je mourrai samedi prochain. » — « Et d'où le savez-vous, » lui demanda le confesseur. « Notre-Dame me l'a révélé, répondit-il, et voilà pourquoi je m'en réjouis. » Cependant, durant la même nuit, l'esprit malin, avec une troupe nombreuse d'autres démons, lui livra de rudes assauts. Saisi d'effroi et de terreur, il voulut sauter de son lit, et au bruit qu'il fit, accoururent ses frères pour l'assister. Ils le trouvèrent couché à terre tremblant et frissonnant et entendirent sortir de sa bouche ces étranges paroles : « Non, la chose n'est plus comme vous le dites, j'en ai fait pénitence, et j'ai tout restitué à son maître. Il est vrai que, sans permission, j'ai pris une pomme dans le couvent, et qu'une autre fois j'ai bu du vin, mais j'en ai fait pénitence. » Par ces paroles les frères comprirent que le démon l'accusait et que le jugement particulier s'exerçait en ce moment à l'égard du moribond; en même temps ils virent que quelqu'un voulait l'entraîner. Mais alors Marie vintà son secours et n'abandonna pas en ce moment son serviteur, elle lui apparut avec saint François et

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saint Antoine à ses côtés, lui inspira du courage et dissipa les ennemis. Le frère mourant raconta tout ce qui s'était passé, quand il fut revenu à lui, loua sans cesse Marie et excita ses frères à bénir avec lui la très-sainte Vierge. Il demeura tranquille et joyeux jusqu'au samedi suivant, où il expira avec une sainte résignation, pendant qu'on sonnait l'Angelus, {Fleurs de Marie.)

Marie — l'étoile du soir au lit de la mort.

Le vénérable serviteur de Dieu, Jean-Eusèbe Nieremberg, de la compagnie de Jésus, fut un jour appelé à la pointe du jour chez un malade, qui, depuis sa jeunesse jusqu'à un âge Irès-avancé, s'était livré à tous les crimes et semblait avoir voulu commettre des crimes par lesquels il putoffenser le plus gravement la majesté divine. En ce moment même, quoique près de mourir, il était demeuré endurci dans le mal, malgré les avis les plus salutaires et les plus pressants. Mais dans la nuit qui précéda le changement de ses idées, pendant qu'il cherchait péniblement le sommeil et soupirait amèrement, la figure lumineuse d'une femme se présenta tout-à-coup à ses regards; elle le regardait d'un air sérieux et tendreà la fois, puis disparutsubitement.il luisemblaitque le regardétincelantde cette femme céleste avait rayonné jusque dans les profondeurs de son âme, et lui qui n'avait jamais examiné sa conscience, vil alors à découvert dans tous ses détails toute sa vie passée, ainsi que le nombre et la grièveté de tous ses péchés, mais sous un aspect si affreux, qu'une douleur indicible s'empara de son âme et que des torrents de larmes s'échappèrent de ses yeux. Celte étoile qui avait brillé au déclin de sa vie, le préserva également du désespoir. En même temps que la douleur de ses péchés et de ses crimes brisait son âme, s'éveilla en lui une ferme confiance dans la miséricorde divine. Quand le vénérable Père Eusèbe, étonné de la conversion subite de ce pécheur si longtemps obstiné, s'approcha de son lit, il lui raconta tous ses égarements et ses abominations avec les plus grands détails el la plus aœère (^ontrition. Il reçut ensuite l'absolution, vécut encore cinq

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jours, complètement soumis à la sainte volonté de Dieu, el mourut tranquille sous la protection de celle qui, à la dernière heure, lui avait encore ouvert les yeux, et, comme une douce étoile du soir, avait brillé dans la nuit obscure de sa vie criminelle, de sorte qu'il aborda heureusement au rivage de la bienheureuse éternité. [Fleurs de Mai.)

(Gr. Cat. 6ù"-QA' q.) LAngelus. — Explication. Outre la Salutation angélique il y a encore différentes autres prières et pratiques <le piété destinées à honorer spécialement Marie; parmi celles-ci il faut d'abord distinguer la prière de V Angélus, que l'on récite trois fois le jour, lorsque la cloche en donne le signal le matin, à midi et le soir. Cette prière se récite de la manière suivante : « L'ange du Seigneur a annoncé à Marie, et elle a conçu du Saint-Esprit. » Je vous salue, etc. « Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. »Je vous salue, etc. « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. » Je vous salue, etc. — On la récite 1) pour célébrer le souvenir de l'adorable mystère de l'Incarnation et en remercier Dieu; 2) pour honorer la sainte Vierge et nous recommander à sa protection. — Le turc se tourne trois lois du côté de la Mecque pour remercier son prophète d'un don de l'islamisme; quelle honte n'est-ce donc pas pour un chrétien qui rougit de se découvrir quand la cloche sonne, pour remercier Dieu du grand mystère de la foi, et se recommander à la puissante jtrotection de Marie?

Origine de cette prière.

Le pape Urbain II, lors du concile rassemblé à Clerraont en 1095, voulut que l'on sonnât chaque jour la cloche le matin, à midi et le soir et qu'on récitât à cette occasion toutes les fois V Angélus Domini. Par cette pieuse pratique il espérait attirer sur les croisés la protection de Marie. Quand

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ces saintes expéditions furent passées, la clirétienté se trouva exposée à maints autres dangers, car, proprement dit, la vie de l'Eglise et de chaque chrétien est une croisade. Aussi les papes qui vinrent ensuite conservèrent cette dévotion et y attachèrent de grandes indulgences.

U Angélus du pieux ermite.

Les vapeurs du soir avaient déjà couvert d'un voile grisâtre les montagnes et les vallées, et la cloche argentine suspendue dans la tourelle de l'ermitage avait envoyé à travers l'obscurité son souhait de bonne nuit à tous ceux qui étaient fatigués ou soutfrants. L'ermite avait aussi fait sa prière et voulait s'étendre sur son lit de paille en présence de Jésus et de Marie, pour goûter lerepos. Mais voilà que tout-à-coup sa cellule fut éclairée d'une lumière merveilleuse. C'étaitMarie, la sainte Mère de Dieu, qui illuminait la nuit par la gloire de sa splendeur céleste. Elle portait un manteau parsemé d'étoiles d'or et de ces mots également tracés en or : Ave Maria. L'homme de Dieu fut surpris à cette vue. Alors Marie ouvrit ses douces lèvres et dit : « Voilà que vous avez donné à ce manteau ces beaux ornements. Votre ange gardien y a inscrit en caractères d'or chaque Angélus par lequel vous m'avez honorée avec une si tendre dévotion. Bientôt l'ornementation de ce vêtement sera achevée, et alors vous pourrez en recevoir l'éternelle récompense. » ;ilarie disparut; l'ermite tomba à genoux, leva les mains au ciel en s'écriant avec une sainte allégresse :

Marie ! oh, je l'ai vu, n'oublie eu son amour Nul chrétien qui lui dit: Ave, trois fois le jour.

{Gr. Cal. 65^ q.).

Le rosaire et les litanies de Lorette. — Explication. 11 y a encore deux belles prières en l'honneur de Marie, que je crois devoir citer ici, c'est le rosaire et les litanies de Lorette.

1) Lerosaireest une manière aussi utile que facile de prier de cœur et de bouche; elle fut introduite au trei-

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ziènie siècle par saint Dominique, approuvée [)ar l'Eguse, et depuis ce temps elle est devenue d'un usage toujours plus général. Comme cette prière contient les principaux mystères de notre foi, (pii forment comme une couronne de roses odorantes, on l'a appelée Rosaire. Selon les différents mystères dont il y est fait mention, le rosaire se divise en joyeux, en douloureux et en glorieux. C'est une j)riere aussi belle qu'utile, et tous ceux qui pensent ou disent qu'il y a trop peu de variété dans cette dévotion, que par la répétition continuelle des mêmes mots, des mêmes pensées, la langue et le cœur doivent se fatiguer et que ceux qui la récitent doivent s'ennuyer, tous ceux-là donnent à connaître qu'ils ne valent rien pour le ciel, et qu'ils craignent de s'y ennuyer aussi, s'ils y parviennent. En effet, les chœurs célestes y répètent sans cesse et sans fin ce cantique :« Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu des armées, »Or, s'ils veulent avoir part au royaume des cieux, il faut qu'ils répètent pendant l'éternité cecantique;commentleront-ils?Maisnon, leslouangesde Dieu et de sa sainte Mère ne seront pas ennuyantes pour celui qui aime à les publier, et encore moins pour celui qui approfondit le sens des mystères, lesquels pareils au soleil qui éclaire le monde, éclairent aussi la salutation angélique et lui prêtent une foule dç couleurs et de nuances ravissantes.

Introduction du Rosaire,

Le saint Fîosaire n'est pas une invention des hommes, il doit son origine à la très-sainte Vierge elle-même. Lorsque, au treizième siècle, l'hérésie des Albigeois portait ses ravages dans la partie méridionale de la France, S. Dominique parcourut, comme l'envoyé de Dieu, ces provinces, afin de s'opposer par ses prédications au torrent de l'erreur et ramener au sein de l'Eglise ceux qui avaient été égarés. Mais ce travail était trop gigantesque pour les forces humaines,

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Pendant dix ans il avait travaille comme un apôtre infatigable, sans avoir réussi à extirper l'hérésie. Il adressa alors les prières les plus ardentes à Marie. S'étant retiré dans la solitude d'une forêt, il passa trois jours entiers en prières et en mortifications, jusqu'à ce que, épuisé de fatigue, il s'affaissât sur lui-même. En ce moment lui apparut Marie au milieu d'une grande majesté et lui dit: « Tu sais, mon fils, quels moyens Dieu employa pour sauver le genre humain : le premier fut le salut qui m'adressa l'ange Gabriel, ensuite vient la naissance et la vie sainte de mon divin Fils, puis sa passion et sa mort, enfin sa glorieuse résurrection et son ascension. Ces mystères de la vie et de la passion de Jésus- Christ, renfermés dans la salutation angélique et l'oraison dominicale, forment ma couronne de roses ou mon rosaire. Enseignez cette prière aux apostats, et ils se convertiront. » Dominique suivit ce conseil et bientôt la vérité triompha de l'erreur.

Respect pour le saint Rosaire, et heureux effets qu'il produit.

En 1808, le:2 mai, une formidable insurrection éclata par toute l'Espagne contre les Français qui avaient fait la conquête de ce pays. Ce fut surtout à Madrid qu'ils furent massacrés sans pitié. Parmi eux se trouvait alors un médecin nommé De Gloutry, serviteur zélé de Marie, qui, ce jour-là même avait reçu en son honneur la sainte Communion dans une chapelle consacrée à son culte, et qui se rendait au poste, après avoir accompli cet acte pieux. En chemin il se voit tout-à-coup attaqué par une bande de furieux qui avaient reconnu en lui un oftlcier français. Us dégainent déjà leurs sabres pour l'égorger; en cette extrémité il se met sous la protection de Jésus et de Marie, pendant que les insurgés qui l'entouraient traitaient les Français de blasphémateurs, d'impies, d'infidèles; et, il faut bien le dire, ils avaient^quelque raison. Mais en entendant ces injures, une pensée salutaire traverse l'esprit de Cloutry. « Non, — s'écria-t-il, en fixant froidement ses regards sur les furieux, — je ne suis

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pas un infidèle et en voici la preuve. » A ces mots, il lire de sa poche un rosaire auquel était suspendue une médaile bénite pas le pape Pie VIL A peine les Espagnols eurent-ils vu le rosaire, qu'ils abaissèrent leurs armes. Mais comme plusieurs d'entre eux n'étaient pas encore satisfaits, il survint un homme qui semblait envoyé de Dieu pour délivrer le serviteur de Marie. C'était le sacristain de la chapelle où le médecin venait de faire ses dévotions. « Ne touchez pas à cet homme, — s'écria-t-il, — car je l'ai vu moi-même s'approcher aujourd'hui de la Sainte-Table, en l'honneur ûc. la Sainte Vierge. » A ces mots, les Espagnols, tantôt encore si menaçants, comblent le médecin de témoignages d'amitié, prennent le rosaire, le baisent avec respect et le donnent aussi à baiser au médecin qui le pressa contre ses lèvres, avec amour et reconnaissance pour Marie. Us le conduisirent ensuite à travers les rues dans une maison de confiance où il fut à l'abri de tout danger. Lorque le médecin fut retourné en France, il raconta partout cette marque de protection miraculeuse queN.-D. du Rosaire lui avait accordée; et ce fut avec la plus sincère gratitude qu'il assista à une neuvaine, en l'honneur de la Sainte Vierge, qui fut célébrée avec pompe dans l'une des églises de Versailles en mémoire de sa délivrance miraculeuse. {Fleurs de Mai.)

Le rosaire dans la main des malades et des mourants.

On raconte de S. Stanislas, ce célèbre novice de la Compagnie de Jésus, que pour conserver sa pureté et parvenir^au bonheur éternel, il s'était surtout occupé du culte de Marie et consacré à son service. Afin de se montrer son fidèle et zélé serviteur, il ne l'invoquait pas seulement pour obtenir son intercession auprès Dieu, mais il portait encore selon la règle de l'ordre le rosaire à son côté. S. Stanislas fut enlevé de ce monde, comme on le sait, à la fleur de son âge, pour recevoir dans le ciel la récompense de ses vertus, et Dieu le prépara au grand voyage de l'éternité par une longue maladie. Or, aussi longtemps que celle-ci dura, il se montra toujours le vrai serviteur de Marie ; car il s'était lié le rosaire au

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bras. Lorsqu'un de ses frères en religion lui demanda pourquoi il avait besoin du chapelet puisque la violence de ses douleurs ne lui permettait pas de le réciter, le saint jeune honniie lui répondit : « C'est vrai, je ne suis pas en état de réciter le rosaire que j'ai en main ; mais il me rappelle ma bonne mère Marie, et c'est beaucoup. » Stanislas, après que la Sainte Vierge lui fut apparue dans une extase, s'endormit bientôt dans la paix du Seigneur. C'est ainsi que tous les malades doivent avoir soin de se munir sur leur lit de douleur, de leur rosaire comme d'un précieux trésor, car lors même qu'ils ne sont pasen état de le prier, il servira dumoins à leur faire penser à Marie, que nous devons invoquer chaque jour afin qu'elle prie pour nous à l'heure de noire mort.

!2) Les litanies de Lorette contiennent différents éloges de Marie sous des expressions symboliques empruntées à l'Ecriture, telles que; « Rose mystique, tour de David, étoile du matin, etc., » que nous appliquons à la trèssainte Vierge, à cause des glorieux privilèges et des grâces qui luiontété donnés. Ordinairement ces litanies sont jointes au rosaire, et elles furent d'abord récitées dans le célèbre sanctuaire de Lorette, d'où le nom leur est venu. Le trait suivant nous montre combien cette prière est utile et bénie du ciel.

Le P. Dominique Ruzzola.

L'histoire a conservé le nom du P. Dominique Ruzzola, carmélite, dont le zèle infatigable se montra en Espagne, en Italie et en Allemagne quand il s'agit de l'honneur de Jésus-Christ et de son Eglise, et auquel ses contemporains attribuèrent le mérite du glorieux triomphe que l'armée catholique remporta au Mont-Blanc.

On raconte de lui que, dans un voyage qu'il fit à Valence avec de nombre^ux compagnons de route, il fut surpris parla nuit. Le ciel était tellement couvert d'épais nuages que pas une étoile ne venait adoucir les profondes ténèbres qui en-

touraient les voyageurs; les sentiers détrempés par la pluie, étaient tellement boueux que l'on s'enfonçait à chaque pas et qu'il n'y avait pas moyen de se secourir les uns les autres. Au milieu de celte position critique, Dominique tourna ses regards vers le ciel obscurci, se mit à réciter les litanies de Lorette, auxquelles les autres répondaient, et voilà qu'au dessus de leur tête parut un météore i rillant, semblable à un globe de feu, qui éclairait leur ruuic; le sol se rafferwiii sous icurs pas, et ils firent ainsi deux milKs d'Espagne, jusqu'à ce qu'ils arrivassent sains et saufs à Valence. — Or, voici la leçon que nous devons tirer de cette histoire: Si nous invoquons la très-sainte Vierge avec un vrai respect, la lumière de la Foi ne nous fera point défaut, notre chemin se raffermira ; nous reconnaîtrons et nous éprouverons avec joie que la Providence nous a donné, dans la nuit de cette \îie, une mère, un guide céleste, riche en amour, en bonté et en puissance, capable d'assister tous ceux qui invoquent sa protection maternelle.

Pratique. — Marie est l'échelle du ciel. « Toute échelle, dit S. Fulgence a son double but; par elle on peut descendre des hauteurs dans les profondeurs, et monter des profondeurs, dans les hauteurs. C'est par cette échelle, (par Marie) que Dieu est descendu jusqu'à nous sur la terre, afin que nous puissions remonter au ciel jusqu'à hii par Marie. » Ah, que cette pensée est consolante! Par Marie nous pouvons monter jusqu'au ciel. C'est pourquoi, chrétiens, i) Honorez-la toujours avec une piété toute filiale; mwoqucz-h dans tous vos besoins et vos nécessités, confiez-lui tout ce que vous avez et tout ce que vous faites, et demandez-lui qu'elle vous conduise, à travers les flots périlleux de cette vie, au port de la bienheureuse éternité.

Confiez-vous entièrement à Marie.

Jean Evirat raconte d'un homme vénérable, habitant dans Je voisinage de la ville de Sochus, à vingt milles de Jérusa-

lem, qu'il avait placé dans la caverne, dont il avait fait sa demeure, une statue de Marie. Habitué à entreprendre souvent des pèlerinages éloignés, il se rendait tantôt à Jérusalem dans l'église de la sainte Croix, tantôt au monastère du mont Sinaï, puis au tombeau de l'apôtre S. Jean à Ephèse, ou à Seleucie, en Isarie, au tombeau de sainte Thècle. Or chaque fois qu'il entreprenait un de ces pèlerinages, il allumait un cierge devant l'image vénérée et disait avec une simplicité d'enfant: « Céleste maîtresse! comme j'ai un long voyage à entreprendre, veuillez avoir vous-même soin de ce cierge afin qu'il ne s'éteigne pas; je m'en vais donc en toute confiance, espérant que votre protection me guidera. r> C'est ainsi qu'il s'absentait parfois pendant plusieurs mois de suite et à son retour il retrouvait le cierge dont la flamme brûlait toujours claire et gaie devant l'image de Marie.

Recommandons-nous de même, ainsi que toutes nos démarches à la sainte Vierge, afin qu'elle nous conserve, non un cierge toujours brûlant, mais la lumière de la foi et d'une bonne conscience, pour que dans le pèlerinage de cette vie notre lumière ne s'éteigne pas et que nos yeux ne s'obscurcissent point quand il s'agit de lire dans notre cœur.

Dans la navigation périlleuse de la vie, ayez toujours recours à Marie.

Non loin delà célèbre cité maritime de Marseille, s'élève un rocher escarpé dont la cime est couronnée par une petite forteresse. Au milieu de ses murs se trouve une chapelle dédiée à la Saint-Vierge et c'est là que se rendent ceux qui sont sur le point d'entreprendre un long voyage sur mer, afin d'implorer auparavant la protection maternelle de la Mère de Dieu ; ceux qui sont revenus heureusement de leur voyage, montent également à cet oratoire pour y remercier leur protectrice. — Quant aux navigateurs, pris dans le sens propre, leur nombre est très-restreint comparé aux millions d'hommes qui peuplent la terre; mais il est une chose évi-

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dente, c'est que tous nous sommes ballottés sur les flots de cette vie orageuse, allant toujours à la recherche du bonheur et de la joie, ou, pour le moins, de la paix intérieure. Il est donc nécessaire que, dans cette navigation périlleuse, où tant de dangers nous menacent, nous invoquions aussi la sainte Vierge comme notre protectrice, elle qui se tient entre son divin Fils, le chef de l'humanité, et tous ceux qui combattent et sv)uli'rent sur la terre, elle à^qui l'Eglise, dms cette belle hymne: « Ace. maris Stella » adresse ces mots d'amour et de vénération: « Salut, étoile de la mer, douce Mère de Dieu, toujours Vierge, porte fortunée du ciel ! »

2) Mais imitez aussi les vertus de Marie, sa charité, sa patience, sa pureté etc. ; car la véritable et solide dévotion à Marie consiste dans sa fidèle imitation. « Marie est notre mère, dit S. Thomas de Villeneuve, et nous sommes ses enfants. Mais pour qu'elle nous reconnaisse comme tels, il est nécessaire que nous nous efforcions de lui ressembler, de marcher sur ses traces et d'imiter ses vertus. {co7ic. 1. de Nat. Vierg.) Marie aime et protège seulement ceux qui imitent son divin Fils et les exemples qu'elle a donnés.

La véritable dévotion à Marie.

Un jeune homme vertueux qui s'était évertué longtemps, mais en vain de connaître l'état de vie qu'il devait embrasser, eut pendant une nuit un songe au milieu duquel il lui sembla voir la sainte Vierge entre deux personnages, qui lui étaient inconnus, mais dont les traits restèrent profondément gravés dans son âme. Elle lui adressa cette question: a Veux-tu servir mon Fils avec le plus entier dévouement? » A peine eut-il répondu, oui, qu'il s'éveilla. Vainement il s'efforça de dissiper l'impression de ce songe, au quel il prétendait n'ajouter aucun prix, et probablement qu'il l'aurait oublié dans la suite, si le lendemain il n'eut fait, dans la rue, la rencontre de deux hommes dont la vue le surprit beaucoup, car c'étaient les traits des mêmes per-

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