Jean Climaque
le raconte dans la comparaison qui suit : « L'homme qui porte sur lui des objets odoriférants, fera bientôt connaître à ceux qui l'entourent, qu'il porte ces parfums sur lui, quand même il ne voudrait pas être connu; ainsi celui qui possède la grâce de Dieu, le fait voir bientôt, aussi bien par ses paroles que par ses œuvres. »
3) Ne vous orgueillisseX' pas des grâces que Dieu vous a accordées! Humiliez-vous, remerciez et louez plutôt la
, bonté et l'amour de Dieu qui a fait de si grandes choses en vous! Car Dieu ne donne sa grâce qu'aux humbles et résiste aux superbes.
Le solitaire orgueilleux.
Nous lisons dans la vie de S. Pacôme et de S. Paiémon^ qu'un solitaire était favorisé du don des miracles et allait jusqu'à mA-cher sur les charbons ardents. Mais ces faveurs extraordinaires lui inspirèrent tant d'orgueil, qu'il méprisa ses compagnons du désert et se regarda lui-même comme un grand saint. S. Palémon lui reprocha souvent en termes sévères sa ridicule vanité et l'engagea à devenir humble. Mais tous ses avis paternels demeurèrent vains; le solitaire ne fit
DES SACREMENTS EN GENEHAl.. Al
que devenir plus orgueilleux, et tinit par tomber clans des péchés infâmes, auxquels succéda une mort misérable.
Comparaison.
« Un serviteur qui fait las affaires de son maître, et s'en vante devant lui, quand il les a terminées, ne sera guères estimé de lui ; le serviteur au contraire qui exécute ponctuellement les devoirs qu'on lui a prescrits, et ne s'en fait pas gloire ridiculement, sera en estime auprès de son maître. Il en est de même de nous autres hommes, relativement à nos bonnes œuvres; en avons nous de l'orgueil, Dieu ne nous estimera guères; sommes-nous au contraire modestes, Dieu nous aimera et nous honorera. » {S. Chrysostôme.)
{Gr. Cat. l«-2« q.) Définition générale des sacrements. — Explication. Lu sacrement est un signe sensible institué par Jésus-Christ pour communiquer à nos âmes la grâce invisible et les sanctilier. — Le mot sacrement, en latin sacramentum vient de sacra mens (sens sacré); il fut employé par les écrivains de l'ancienne Rome pour exprimer les choses et les actes aux quels on attachait une signilication sainte ou pour lesquels on avait un grand respect, ainsi le mot sacramentum exprimait tantôt le serment que les soldats prêtaient sur les étendards, tantôt le gage que les parties adverses déposaient dans un lieu saint jusqu'à ce qu'il eût été décidé qui avait raison. Mais par le mot de sacramentum les écrivains ecclésiastiques entendent un mystère, et l'Eglise a conservé cette signification. Les sacrements s' âppeWent mystères parce qu'ils contiennent tous quelque chose de mystérieux, et parce qu'aux premiers siècles de l'Eglise, on les tenait cachés aux païens <( afin de ne pas jeter les choses saintes aux chiens. ^ Mais ordinairement dans le sens de l'Eglise, on entend par sacrement, un signe sensible institué par Jésus-
48 DES SACnEMENTS EN GÉNKIIAL.
Christ etc. (voyez ci-(]essus.)Conséquem ment trois choses sont requises pour un sacrement : 1) un signe sensible, c'est-à-dire quelque chose qui tombe sous les sens, par exemple la matière que l'on voit, les paroles que l'on entend. 2) une grâce invisible, c'est-à-dire une opération intérieure, surnaturelle qui est jointe à ce signe sensible, d'où vient qu'on appelle aussi ce signe, un signe efficace, productif, parce que non-seulement il indique la grâce, mais la produit réellement quand on est bien disposé. Le soleil, par exemple, est également un signe efficace, parce qu'il n'annonce pas seulement le jour, mais ^'il le produit. 3) leur institution par Jésus-Christ j c'est-à-dire que le sacrement doit venir de Jésus-Christ et l'avoir pour auteur.
[Gr. Cat, o'' q.)
Raisons pour lesquelles Jésus-Christ a institué des signes^ sensibles. Notre Seigneur afin de nous communiquer ses grâces a institué des signes sensibles, surtout pour les trois raisons suivantes. 1) Afin que nous eussions un gage visible de la grâce spirituelle invisible, et que l'homme qui perçoit par les sens, pût savoir quand il reçoit la grâce. Si nous étions de purs esprits, Dieu n'eût pas eu besoin de rattacher ses grâces à des signes sensibles. « Si l'homme n'avait pas eu de corps, dit S. Chrysostôme, Dieu lui eût communiqué ses dons simplement, sans intermédiaire, (sans signes sensibles), mais puisque l'âme est unie au corps, il lui communique ce qui est insensible d'une manière sensible. » {Hom. 6. ad pop.) D'ailleurs le divin Sauveur s'est servi plus d'une fois de ces signes extérieurs pour distribuer ses bienfaits spirituels et corporels ; ainsi, par exemple, quand il communiqua le Saint-Esprit à ses Sipôlres, il souffla sur eux. {S.Jean. 20, 22.); quand il guérit l'aveugle-né il
cracha à terre, fit de Ja boue au moyen de sa salive, et étendit ce mélange sur les yeux {S. Jean. 9. 6.); quand il guérit le sourd-muet, il lui mit le doigt dans les oreilles et toucha sa langue au moyen d'un peu de salive, puis leva les yeux au ciel, et soupira en disant : « Epheta, ouvre-toi! »(S. Marc. 7, 33-34.) etc. 2) Afin que nous manifestassions, par la participation à ces signes sensibles, notre tmion avec la seule Eglise de Jésus-Christ. « Les hommes ne peuvent former de société religieuse, » dit S.Augustin,« s'ils ne sont unis entre eux par des caractères connus, distinctifs, et par des sacrements sensibles. » {Contra Faust. 1, 19. cap. il.) 3) Afin qu'ils nous exprimassent d'une manière symbolique les opérations intérieures de la grâce produites par les sacrements. Et en effet, combien tous ces signes extérieurs choisis pour chaque sacrement ne sont-ils pas propres à signifier chaque espèce de grâce que nous y recevons! L'eau dans le Baptême est le symbole expressif de la purification intérieure de notre âme qui est lavée de toutes les souillures du péché; l'huile, dans la Confirmation, est le symbole de la force que l'on y reçoit pour rester ferme dans la foi et dans la vertu ; le pain dans la sainte Eucharistie est le symbole de la nourriture de l'âme; la confession des péchés et les paroles de l'absolution sont, dans le sacrement de Pénitence un symbole de la rémission de nos fautes; dans rExtrême-Onction,les onctions que l'on fait au corps mourant, sont le symbole de la force intérieure communiquée au malade, pour triompher, à sa dernière heure, des tentations du démon et offrir avec résignation le sacrifice de la vie à Dieu ; l'imposition des mains, l'insufflation, l'attouchement des vases sacrés dans le sacrement de l'Ordre, tout cela est le symbole de la consécration intérieure au service des autels et à l'administration des sacrements; l'union des mains, le consente-
CATÉC. PRATIQUE. T. III. 3
ment mutuel exprimé par les époux dans le sacrement de Mariage, l'étole dont on entoure leurs mains sont un symbole de l'union sainte, de l'amour et de la fidélité, pour lesquelles Dieu donne sa grâce et sa bénédiction aux nouveaux époux dans l'état souvent si pénible du mariage.
Comparaison.
« Le noyau et les écales sont deux choses bien diti'érentes. Les écales y sont à cause du noyau; quiconque voit les écales s'attend à y trouver renfermé quelque noyau; on voit celles-là, mais on n'aperçoit pas celui-ci. C'est ainsi que Jésus-Christ en a agi avec le noyau précieux de la grâce; il l'a renfermé dans des signes sensibles comme dans une écale. Quiconque veut avoir le noyau, doit prendre l'écale. » [Faher.)
{Gr. Cat. 4« o° q.)
Des effets des sacrements. — Explication. Dans les sacrements, les signes sensibles, ainsi que nous l'avons dit, n'indiquent pas seulement la grâce, mais ils produisent encore la grâce qu'ils indiquent, pourvu que de notre côté nous n'y mettions pas d'obstacles, et c'est pourquoi on les appelles signes efficaces ou efficients. Cette grâce, selon les paroles du Concile de Trente, consiste en ceci : « C'est que toute vraie justice commence par elle, ou, qu'une fois commencée cette justice augmente, ou, si elle a été perdue, qu'elle est rétablie par la grâce. » Conséquemment l'effet général de tous les sacrements est : 1) la communication ou l aucjmentation de la grâce sanctifiante. Cette grâce sanctifiante, l'homme la reçoit d'abord par le baptême; s'il a eu le malheur de la perdre par un péché grave, il la récupère par le sacrement de Pénitence. Si au contraire l'homme a eu le bonheur de ne pas perdre depuis son baptême la grâce sanctitiante, ou s'il l'a récupérée par la pénitence, cette grâce s'augmente
par un autre sacrement qu'il reçoit; alors s'opère en lui ce que le Fils de Dieu déclare dans l'Apocalypse .•« Celui qui est saint, deviendra encore plus saint. » Par cette augmentation de la grâce sanctifiante, l'homme est élevé à une dignité spirituelle plus grande, plus sublime; la noblesse de son âme s'accroît et sa beauté intérieure gagne en gloire et en clarté céleste. 2) Outre la communication de la grâce sanctifiante ou son augmentatieiî, nous recevons encore dans chaque sacrement une grâce spéciale qu'on 2i\)\iQ\\Q grâce sacramentelle, c'est-à-dire, une grâce qui correspond au but particulier et immédiat de chaque sacrement, qui est propre à chaque sacrement en particulier, et qui est donnée afin d'atteindre par son moyen, le but particulier et la fin de chaque sacrement. C'est ce que nous expliquerons quand nous parlerons de chaque sacrement en particulier.
Corneille le centurion romain et Vange de Dieu.
Le centurion romain, Corneille, qui adorait un seul Dieu, qui priait beaucoup et distribuait d'abondantes aumônes, vit manifestement dans une vision un ange de Dieu qui lui dit: « Tes prières et tes aumônes sont montées en présence de Dieu; fais venir de Joppé Simon-Pierre, qui te dira ce qu'il faut que tu fasses. » Pierre vint, prêcha Jésus crucifié et ressuscité, le sauveur et le juge du monde, au nom duquel ceux qui croient obtiennent la rémission des péchés. {Act. des Apôt. 10.) C'est ainsi que, lorsque le ministre des sacrements fait les cérémonies saintes, et prononce avec respect les paroles sacrées sur nous, l'Esprit-Saint descend sur nous, c'est-à-dire, que la grâce sanctifiante et toutes les grâces spéciales, que chaque sacrement produit dans l'âme de ceux qui les reçoivent dignement, nous sont communiquées.
Comparaison,
« Les divins sacrements ressemblent à une belle prairie.
Vous pouvez y cueillir une (leur nouvelle qui donne un excellent parfum pour la résurrection; vous pouvez y cueillir un lis où apparaît la gloire de l'éternité. Vous pouvez y cueillir une rose, à savoir le sang du ^Seigneur : Oui, dans cette prairie, le troupeau se nourrit de son Dieu lui-même. » (S. Ambroise).
De la réception des sacrements. — Explication. Les sacrements produisent seulement en nous ces grâces dont il vient d'être question, lorsque nous les recevons digne)ne7itetâ\ec une due préparation, c'est-à-dire quand nous nous éprouvons nous-mêmes et que nous écartons d'un côté tous les obstacles qui s'opposent à l'efficacité des sacrements, et que, d'un autre côté, nous employons lidèlement tous les avantages d'une parfaite préparation. Nous devons toujoursrecevoir les sacrements avec une foi vive, une espérance ferme, une charité brûlante, avec une grande dévotion intérieure et extérieure; car« ce qui est saint, doit être aussi traité saintement. »— « Il n'y a que celui qui est digne etbien préparé, »dit S. Bernard, «qui reçoive la chose du sacrement; carie sacrement sans la chose (sans l'opération de la grâce) est la mort pour celui qui le reçoit. » Malheur donc à celui qui reçoit indignement un sacrement! Il commet un péché grave, un sacrilège; ce qui devrait servir à son salut, sert à sa perte. En effet, lorsqu'on met des aliments dans la bouche d'un cadavre, lui rendront-ils la vie? Nullement; ils se changeront au contraire en vers qui rongeront Je cadavre, plutôt que de le rendre vivant. La même chose se passe pour l'âme qui reçoit sans préparation convenable et d'une manière indigne les sacrements. La réception indigne des sacrements.
S. Jean Damascène disait : « Un très-grand crime dans les chrétiens, un crime qui attire sur eux d'affreux châtiments, c'est de recevoir indignement les sacrements. Leurs profa-
iiateurs épuiseront, pendant l'élernité, le calice des vengeances divines. » — Un moribond, qui avait eu le malheur de faire des communions sacrilèges, crut voir le démon s'approcher de lui et entendit ces paroles : « Parce que tu as communié indignement, tu recevras aujourd'hui la communion de ma main. » Le malheureux s'écria alors, plein de désespoir: « La vpngeance de Di< a est sur moi, la vengeance de Dieu est sur moi! » Il mourut en prononçant ces mots. {Heureuse année.)
{Gr. Cal. 8« g.)
Du ministre des sacrements. — Explication. Pour la validité dos sacrements, il est requis de la pnrt du ministre d'avoir au moins l'intention de faire ce que fait l'Eglise. Ainsi, pour la validité des sacrements, la piété ni même la foi n'est pas exigée du côté du ministre, car l'efficacité, la vertu des sacrements ne dépend pas de la dignité ou de l'indignité de celui qui les administre; c'est que les sacrements tirent leur vertu, non de celui qui les confère, mais des mérites de Jésus-Christ, qui les a institués; quoique conférés par un ministreindigne, ils sont valides et opèrent leur effet ; c< car celui qui plante n'est rien, non plus celui qui arrose, mais c'est Dieu qui donne l'accroissement. » (1 Epît. aux Cor. 3, 7.) « La vie coupable du prêtre, « dit S. Chrysostôme, a n'affaiblit point la valeur du sacrement, » et S.Augustin écrit: « Les sacrements ne sont ni plus vrais, ni plus saints, parce qu'ils sont conférés par un ministre plus pieux que d'autres; car ils sont vrais et saints en et par euxmêmes à cause de la véracité et de la sainteté de Dieu dont ils sont la propriété. « — « C'est pourquoi ceux qui avaient été baptisés par Judas, n'ont pas été rebaptisés; car lorsque Judas baptisait, c'était le Baptême de Jésus- Christ et non le sien qu'il conférait. »
Comparaisons.
« Qu'importe si le présent que vous fait votre roi, vous est remis par un serviteur digne ou indigne! »
« La bonne semence germe, pousse et produit des fruits, que îe laboureur l'ait répandu avec des mains propres ou malpropres. » {S. Augustin.)
i.^ Fwc; pièce d'or dans la main d'un méchant vaut autant que dans la main d'un homme vertueux. »
{Gr. Cal. d^ q.) De r auteur des sacrements. — Explication. Les sacrements ont leur principe en Dieu; c'est pourquoi ce sont des signes institués par Dieu, c'est-à-dire qu'ils ont été établis et institués, non par l'Eglise ou par les hommes, mais par Jésus-Christ. Les sacrements, comme il a été dit, sont des sig7ies extérieurs qui produisent la grâce et la sanctification. Or, quel autre que Dieu est capable d'attacher à un signe matériel une grâce spirituelle? Les sacrements nous communiquent et la grâce sanctifiante et d'autres grâces. Or, qui est capable de nous donner ces grâces? Ce n'est que celui qui les possède, Dieu ; il est le Dieu des grâces. « Toute grâce excellente, tout don parfait vient d'en haut et descend du Père des lumières. » {Epît. de S. Jacques 1, 47.) — Les sacrements sont des moyens de salut contre le péché, des moyens pour obtenir la sanctification intérieure. Mais « qui peut rendre pur celui qui a été conçu d'une source impure? N'est-ce pas vous seul, ô Dieu? « s'écriait autrefois le prophète Job. (14, 4.) Ainsi c'est Dieu, Jésus-Christ qui seul est l'auteur des sacrements, puisque Dieu seul peut donner à un signe extérieur la vertu de produire la grâce et la sanctification. Aussi S. Ambroise a dit : « Quel est l'auteur des sacrements, sinon Jésus-Christ? N'est-ce pas du ciel que nous les avons reçus? » [De Sacr. Lib. 4, cap, 4.)
DES SACRnMENTS EN GÉNÉRAI.. 55
Les sept plantes. {Parabole.)
Dans certaine contrée vivait un médecin qui jouissait d'une grande réputation à cause de son habileté et de sa charité pour le prochain. Or, le pays qu'il habitait était d'une vaste étendue et une multitude de malades gémissaient dans les villes et les villar^ s. Il s'on trouvait r ni étaient incurables, et d'putres qui, après avnir été guéris, retombaient quelque temps après dans leur ancienne maladie. Beaucoup d'autres médecins employaient tous les moyens pour les guérir, mais leurs prescriptions étaient impuissantes contre les fièvres pernicieuses. Alors le médecin habile et compatissant se rendit dans les tristes demeures des malheureux infirmes et la vue de leurs misères et de leurs souffrances fit saigner son cœur. Voilà '^;u'il prépara sept plantes qu'il prescrivit aux malades, leur disant de les employer selon la nature du mal dont ils étaient attaqués. Elles furent très-salutaires à tous ceux qui s'en servaient exactement, mais ceux qui n'en voulaient point ou s'en servaient mal, moururent. Quand les habitants d'autres pays eurent entendu parler de cet excellent médecin, ils le prièrent de venir aussi chez eux, et ce noble bienfaiteur de l'humanité , répondant à leur appel, leur porta également les sept plantes bienfaisantes, les consola et les guérit. Et une multitude d'infortunés usèrent de ces médicaments et louèrent hautement celui qui les avait sauvés de la mort et du tombeau, et l'on se souviendra toujours avec amour et reconnaissance du médecin bienfaisant et de ses sept plantes salutaires. Or, ce médecin quel est-il? C'est Jésus-Christ. Son habileté et sa gloire, ce sont ses miracles et sa charité. Ce grand pays c'est la terre avec toutes ses douleurs et ses peines; les malades sont la figure de ceux que l'ignorance égare et des pécheurs volontaires; quant aux sept plantes, elles signifient les sept sacrements de notre sainte religion; par les autres médecins dont il est parlé, on entend les sages, les philosophes de l'antiquité qui voulaient enseigner la vraie science de la connaissance de Dieu et du salut, mais ne s'y prenaient pas selon le sens de
l'Evangile. Les étrangers de tous les pays représentent ces peuples innombrables qui, dans la suite des siècles, se sont réjouis et se réjouiront encore d'avoir reçu la doctrine de Jésus-Christ et de ses moyens de salut. [Philothée, o'' année.)
[Gr. Cal. iO«-11« q.)
/>" nombre des sacrements. — Explication. Jésus-Christ a institué sept sacrements, ni plus ni moins, ce sont : \) le Baptême, 2) la Confirmation, 3) l'Eucharistie, 4) la Pénitence, o) l'Extrême-Onction, 6) l'Ordre et 7) le Mariage. « Tous nos besoins dans l'ordre de la grâce, comme dans l'ordre de la nature, » dit S. Thomas d'Aquin, « sont au nombre de sept, et c'est pour cela que Jésus-Christ a voulu établir 5^];^ sacrements, ni plus ni moins, puisqu'il en fallait précisément autant pour subvenir aux besoins qu'éprouve toute l'Eglise, aussi bien que chacun de ses membres. » Car de même que l'homme pour avoir la vie de la nature doit naître d'abord, puis croît, se fortifie par la nature, etc., de même l'homme 1) dans le Baj)tême naît à la vie surnaturelle, puis il reçoit 2) dans la Confirmation la force et la croissance, 3) dans l'Eucharistie une nourriture divine, 4) dans la Pénitence le rétablissement de sa santé perdue par le péché, o) dans l'Extrême-Onction de la force et du courage pour le dernier combat de la vie; 6) au moyen du sacrement de l'Ordre se transmet le pouvoir d'administrer les moyens d'acquérir les grâces nécessaires à la vie surnaturelle, et 7) par le sacrement de Mariage, l'union entre l'homme et la femme est sanctifiée, afin qu'ils vivent saintement et élèvent leurs enfants pour une vie sainte et ainsi pour la vie éternelle.
Nous prouvons qu'il y a sept sacrements : 1) par VEcriture-Sainte. Sans doute, il n'est pas exprimé en toutes lettres qu'il y a sept sacraments, mais il n'y est pas exprimé non plus qu'il n'y en a que deux ou trois, comme
les hérétiques voudraient l'admettre. Ainsi dans l'Ecriture on^ne trouve pas non plus le mot de Trinité; mais qui oserait dire que le dogme de la Sainte-Trinité n'est pas fondé sur l'Ecriture-Sainte parce que cette expression ne s'y rencontre pas? 11 suffit (lue ce qui est compris sous le nom de Trinité s'y trouve clairement indiqué. Il faut raisonner de la même manière pour les sacrements. Il ne s'agit pas ici du nom mais bien de la chose; or, la chose même nous la trouvons exprimée en termes clairs dans l'Ecriture-Sainte, comme nous le montrerons quand nous parlerons de chaque sacrement en détail. D'ailleurs, dans l'ancien Testament même nous trouvons maintes allusions au nombre sept qui compose les sacrements.
Figures et comparaisons de l'ancien Testament sur le nombre sept des sacrements.
Le nombre des sacrements et leur haute valeur nous est indiquée dans l'ancien Testament par plusieurs figures et comparaisons. Ce sont les sept épis que Pharaon aperçut en songe sur leurs tiges, et qui lui parurent si pleins et si beaux. (Gen. 41, 22.) C'est ainsi que les sept sacrements sont sortis de la tige de Jessé, du descendant de David, de Jésus-Christ, l'auteur et le consommateur de la grâce et de la sanctification; pleins de toute grâce, souverainement beaux, l'ornement, la gloire, la consolation de l'Eglise catholique, annonçant la richesse et l'abondance dans le royaume de Dieu sur la terre, la richesse en vertus et en bonnes œuvres pratiquées par les fidèles qu'ils nourrissent, l'abondance des mérites qu'ils communiquent. — Ce sont les sept lampes que le prophète Zacharie (4, 2.) vit sur un candélabre d'or, surmonté d'un vase d'où l'huile s'épanchait par sept canaux dans les lampes pour entretenir leur lumière. C'est ainsi que de Jésus, l'oint du Seigneur, découle l'huile de la grâce dans les sacrements, au moyen desquels nous sommes nourris et fortifiés de l'huile des dons célestes, et éclairés de la lumière du
Saint-Esprit. — Ce sont les sept colonnes, sur lesquelles, comme il est dit dans les Proverbes de Salomon (9.), est bâtie la demeure de la Sagesse. C'est ainsi que les sacrements sont les colonnes sur lesquelles repose l'Eglise de Dieu, bâtie sur le rocher inébranlable de Pierre, les colonnes qui soutiennent notre faiblesse et sur lesquelles s'élève la demeure céleste de la Sagesse. Ce sont les sept purifications au moyen desquelles Naaman devait se guérir de sa lèpre dans le Jourdain. (4 Liv. des Rois, o.) C'est ainsi que les sacrements servent aussi à nous purifier de la lèpre des péchés mortels et véniels. — Ce sont les sept trompettes, au moyen desquelles les enfants d'Israël annonçaient l'année du Jubilé, en souvenir de leur retour dans la patrie dont ils avaient été exilés. C'est ainsi que les sacrements annoncent aux fidèles le temps de grâce que Jésus-Christ leur a ramené et pendant lequel nous obtenons de nouveau le titre d'enfants de Dieu et le droit d'entrer dans la céleste patrie. — Ce sont les sept étoiles que S. Jean dans son Apocalypse vit briller dans la main droite du Fils de l'homme et qui ne figuraient pas seulement le diadème de l'Eglise, son épouse, mais encore les sacrements, puisqu'ils sont l'ornement de l'Eglise catholique et les étoiles étincelantes au milieu de la nuit de ce pèlerinage terrestre, pour nous montrer le chemin du ciel, et orner notre âme elle-même d'un éclat surnaturel. — Ce sont les sept sceaux qui fermaient le livre de vie que S. Jean aperçut à la droite de celui qui était assis sur le trône. [Âpoc. 5, i.) Personne ne pouvait ouvrir ce sceau que l'Agneau qui était comme immolé, Jésus le Fils de Dieu. C'est ainsi que Jésus-Christ, par les sacrements, qui ferment le livre de la vie éternelle, puisque nous ne pouvons parvenir à la justification que par eux, nous ouvre un trésor de grâces et l'entrée auprès de son Père dans les cieux.
(Voyez les instructions du D"" Massl.)
Nous prouvons encore qu'il y a sept sacrements : 2) par la doctrine unanime des SS. Pères , dans les écrits desquels, (comme chez Tcrlulien et chez S. Augustin,)
nous trouvons clairement indiqués les sept sacrements; enfin 3) par V enseignement constant de VEglise catholique, « qui est le fondement et la colonne de la vérité. » (1 Epît. à Tim. 3, 15.) Dès le commencement elle a enseigné qu'il y a sept sacrements, et elle s'est toujours déclarée contre toutes les fausses doctrines que les hérésiarques voulaient introduire, touchant l'un ou l'autre sacrement. Aussi les Russes, les Grecs et toutes les autres sectes qui se séparèrent de l'Eglise dans les premiers siècles, ont sept sacrements ; preuve évidente que la doctrine touchant les sept sacrements est aussi ancienne que l'Eglise elle-même.
Le maintien des sept sacrements.
L'Eglise grecque, dont le patriarche habite Constantinople et qui, au quatorzième siècle, s'est séparée de l'Eglise romaine, n'a jamais reproché à celle-ci, quoiqu'elle l'attaque avec une haine implacable, d'enseigner dans les sept sacrements quelque chose qui fut contraire à l'Ecriture-Sainte ou non fondé sur la foi de la tradition apostolique, ou de s'être écartée en quoique ce soit de la doctrine des sept sacrements à laquelle l'Eglise grecque resta toujours fidèle. Bien plus, le patriarche de Constantinople, Nicéphore, repoussa énergiquement la confession d'Augsbourg qui lui avait été envoyée par les théologiens de Wittemberg. Lorsque Calvin, à force de ruses et d'astuce, eut engagé le patriarche grec, Cyrille Lukaris, à révoquer en doute cinq sacrements et de n'en laisser valoir que deux, à savoir le baptême et la cène, tout le clergé grec se réunit dans un concile (1642) et déclara « que la tradition de la foi la plus ancienne enseigne que les cinq sacrements révoqués en doute et suprimés par Calvin, sont des sacrements saints et communiquent la grâce divine. »
{Gr. Cat.i^'^-lS'q.)
Division des sacrements. — Explication. On divise les sacrements \) par rapport à l'état de l'âme de ceux aux-
quels ils sont destinés, en sacrements des vivants et sacrements des morts; 2) par rapport à la réitération ou non-réitération, en sacrements qu'on ne peut recevoir qu'une seule fois dans la vie, et en ceux qu'on peut recevoir plusieurs fois.
Ad 1. Le Baptême et la Pénitence, au moyen de la grâce de la rémission de nos péchés, rendent la vie à notre âme qui était morte par le péché, et c'est pourquoi on les appelle sacrements des morts ;\es autres sacrements servent au contraire à conserver et à fortifier la vie de Vâme, c'est-à-dire, à augmenter la grâce dans celui qui la possède déjà, et c'est pourquoi on les appelle sacrements des vivants, ou pour me servir des expressions du catéchisme de Deharbe: le Baptême et la Pénitence s'appellent sacrements des morts, parce qu'en les recevant on n'a pas encore la vie de la grâce ou qu'on ne doit pas encore l'avoir; la Confirmation, VEucharistie, VExtrême- Onction, l'Ordre et le Mariage se nomment au contraire sacrements des vivants parce que, pour les recevoir, il est requis qu'on ait la vie surnaturelle, à savoir la grâce sanctifiante.
Ad 2. Le Baptême, la Confirmation et l'Ordre ne peuvent être reçus qu'une seule fois, parce qu'ils impriment dans l'âme un caractère ineffaçable, à savoir une consécration, une dignité qui demeurera éternellement en nous, ou comme un signe de confusion, ou comme un signe de gloire. Ils impriment dans les âmes un caractère, cela signifie un signe spécial, une marque distinclive qui les fait discerner des autres. Le Baptême nous imprime le caractère de chrétien, qui nous distingue de tous ceux qui ne sont pas baptisés, tels que les Juifs, les Turcs et les idolâtres; la Confirmation qui nous donne le caractère de soldat de Jésus-Christ, nous distingue des chrétiens non confirmés; lOrdre nous imprime le caractère
DES SACREMENTS EN GF.NtRAL. 61
de ministres de Jésus-Christ qui nous distingue de tous les autres fidèles. Ces caractères toutefois ne sont pas visibles, parce que c'est une marque distinctive toute spirituelle, mais aux yeux de Dieu ils sont très-clairs et il les aperçoit sans nulle peine. Ces caractères sont imprimés dans l'âme malgré les mauvaises dispositions de ceux qui les reçoivent. Un adulte, par exemple, qui recevrait le Baptême sans avoir la contrition de ses péchés, aurait reçu néanmoins le caractère de chrétien et le droit de participer aux autres sacrements; mais il ne recevrait pas les grâces attachées aux bonnes dispositions. Quiconque recevrait la Confirmation en état de péché mortel, recevrait le caractère de soldat de Jésus-Christ, mais non les dons du Saint-Esprit, comme un chrétien bien préparé. Si quelqu'un recevait l'Ordre en état de péché mortel, il recevrait néanmoins le caractère sublime et indélébile de prêtre, et le pouvoir d'administrer les sacrements, quoiqu'il n'obtiendrait pas des grâces avec autant d'abondance. — Les caractères que ces trois sacrements impriment dans l'âme sont zwe^aj^ûWe«, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent plus jamais être détruits, parce qu'une fois qu'on est chrétien, prêtre ou soldat de Jésus-Christ, on ne peut plus cesser de l'être. C'est pour cela encore que ces sacrements ne peuvent être reçus plusieurs fois, parce qu'il n'est pas possible qu'on devienne de nouveau ce qu'on est déjà. Sans doute, ces caractères ineffaçables peuvent être profanés et souillés, ce qui malheureusement n'arrive que trop souvent, mais quoique l'on fasse, ils ne peuvent être anéantis.
L'empereur apostat.
Ces caractères ineffaçables ne peuvent être détruits, ni par les péchés les plus graves, ni par l'abandon de la foi, ni par la renonciation au sacerdoce, ni par l'apostasie de la religion, si solennelle qu'elle puisse être; ils demeurent éter-
6'i DES SACREMENTS EN GÉNÉRAL.
nellement imprimés dans l'âme, ou pour la confusion ou pour la gloire. Le trait suivant, emprunté à l'histoire, nous confirme cette vérité d'une manière terrible.
L'empereur Julien, vingt ans après avoir reçu le baptême, renonça à la foi et retourna au paganisme. Bien convaincu que, dans le Baptême et la Confirmation, il avait reçu des caractères qui resteraient éternellement burinés dans son âme, il voulut s'en débarrasser. Il offrait donc publiquement des animaux qu'il faisait immoler aux dieux, et laissait couler le sang de ces victimes sur lui ; il se teignait de ce sang, s'y lavait les mains et croyait avoir détruit et effacé de la sorte les caractères qui lui avaient été imprimés dans le Baptême et la Confirmation. L'insensé ! C'est en vain qu'il s'acharna contre cette empreinte que les sacrements gravèrent dans son âme. Ces propriétés spirituelles ne peuvent être annihilées par aucune infamie, par aucune invention de l'enfer, par aucun art du démon; elles s'attacheront éternellement à lui, elles lui reprocheront son apostasie, crieront vengeance contre lui, le rassasieront de honte, d'opprobre, de désespoir, et lorsqu'au jour du jugement il se lèvera d'entre les morts, ce sera en qualité de chrétien baptisé; il se verra, il se reconnaîtra comme soldat de Jésus-Christ, et ces caractères ne feront qu'aggraver son jugement, puisqu'il renonça à la foi et que, loin de combattre pour Jésus-Christ, il l'attaqua, après avoir abandonné lâchement l'étendard du salut. [Massl. Instructions. T. IV.)
{Gr. Cat. Id" q.)
Des cérémonies employées dans l'administration des sacrements. — Explication. Les cérémonies employées dans l'administration des sacrements, à savoir les signes et les pratiques symboliques ajoutés à la forme et à la matière, ont été établies par l'Eglise sous l'inspiration du Saint-Esprit, pour augmenter notre piété et notre respect envers les sacrements et en même temps pour nous rendre sensibles les effets qu'ils produisent en nous.
DES SACREMEMS EN GÉNÉKAL. 63
et nous rappeler les devoirs que nous nous imposons en les recevant.
Pratique. Par l'institution des sacrements, le divin Sauveur nous a ouvert sept sources abondantes de grâces et offert ainsi les moyens de salut les plus précieux. C'est pourquoi faites la plus grande estime de ces sacrements et remerciez-en Dieu de tout votre cœur! N'en parlez qu'avec le plus grand respect; n'abusez jamais de leur nom, au milieu de votre colère pour blasphémer, ne les profanez pas par une réception indigne! Fuyez celui qui profane ou méprise ce qu'il y a de plus saint, les sacrements. Car il est écrit : « Tout homme qui est souillé et s'approchera des choses consacrées, sera exterminé devant le Seigneur. » {Lévit. 22, 3.) — ISe vous éloignez pas légèrement des sacrements ; au contraire approchez-vousen souvent mais dignement! Hélas, c'est un triste signe de notre époque incrédule et indifférente, de voir que d'un côté on néglige tant la réception des sacrements et d'un autre côté qu'on y participe si indignement ! Elle n'est que trop fondée la plainte de ce prêtre pieux qui s'écriait en soupirant : « Combien de malades qui, dans la belle saison, vont aux eaux de bains dans des villes éloignées ! Ils font de grandes dépenses pour guérir quelques infirmités corporelles, et il s'en faut bien qu'ils guérissent tous. Nous avons des sources admirables pour toutes les maladies de l'âme; ce sont les sacrements. Ces sources de grâces guérissent infailliblement ceux qui y vont, étant bien disposés. Comment se fait-il que tant de pécheurs négligent d'aller à ces eaux salutaires? Comment la plupart de ceux qui y vont n'y portent-ils pas les dispositions convenables? » — N'imitez pas ces chrétiens tièdes et indifférents de nos jours, mais approchez-vous souvent et dignement de ces sources de grâces; car ceux-là seulement qui puisent à la source de vie, auront la vie.
Nous devons souvent recevoir les sacrements. (Dialogue.)
« Je ne fais aucun cas de tous ceux qui vont si souvent à confesse et à communion! » disait Néandre. « Et moi au contraire, » répondit Théophile, « je ne fais nul cas de tous ceux qui, sans avoir d'empêchement légitime, ne vont à confesse etàcommunionquerarementou n'yvontjamais. » — «Etmoi,)* continua Philotée, « je vous prouverai par l'histoire et par l'expérience que les plus grands scélérats, les plus insignes vauriens parmi les chrétiens, l'opprobre et la honte de l'humanité, ont appartenu et appartiennent à la classe de ceux qui ne s'approchent que très-rarement, ou pas du tout des sacrements; tandis qu'au contraire tous les saints de l'Eglise catholique (et principalement les plus grands et les plus célèbres), s'approchaient très-souvent des sacrements, quand ils étaient dans la possibilité de le faire, et qu'ils s'efforçaient sans cesse de répandre parmi les fidèles l'habitude de recourir souvent à ces sources de salut. Qu'est-ce qui vaut donc mieux, qu'est-ce qui tend davantage au bonheur des individus comme des familles, au bien de l'Eglise et de l'Etat, à la sûreté publique et à la conservation des bonnes-mœurs, ou de mépriser les sacrements, ou d'y recourir pieusement? De blâmer, d'empêcher même leur fréquent usage, ou de le recommander et de le propager? » [Philotée.)
Comparaison.
C'est Jésus-Christ lui-même qui, dans notre pèlerinage terrestre veut nous reconforter au moyen de ses sacrements. Quel crime ne serait-ce donc pas de vouloir les mépriser? « Dans la mer il y a ça et là des ports et des îles, afin que les pilotes et les matelots puissent s'y ravitailler et s'y ranimer, ceux-ci en quittant leurs bancs de rameurs, ceux-là en abandonnant pendant quelque temps le gouvernail. De même on a établi, le long des routes, des hôtelleries où les voyageurs puissent se reposer des fatigues du chemin et se rafraîchir. Eh bien! Jésus-Christ est notre port à nous, où nous pouvons nous réfugier au milieu des orages de la vie et trouver un abri sûr et tranquille; il n'est pas seulement pour nous
une hôtellerie, mais encore un ami, un hôtelier qui ne cesse de nous inviter de la manière la plus affable en disant : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés! » — afin de nou s reconforter, de nous rafraîchir, de nous ranimer pendant notre pèlerinage, par des consolations, par les grâces que procure sa sainte religion, par des torrents de vie. » (S. Chrysostôme.)
{Gr. Cat. i^-o*^ q.)
Le Baptême est le premier et le plus nécessaire des sacrements. — Explication. Le Baptême est le premier, et le plus nécessaire des sacrements; il est le premier, parce qu'avant d'avoir reçu le Baptême on ne peut recevoir validement aucun autre sacrement; car il est la porte, par laquelle on entre dans la vraie Eglise, le royaume visible de Dieu sur la terre, et par celle-ci dans le ciel, le royaume invisible de Dieu. Il est le plus nécessaire, puisque sans le Baptême personne ne peut se sauver, ce que le divin Sauveur a déclaré lui-même quand il a dit : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » (S. Jean. 3, 5.) 11 suit évidemment de là que les enfants aussi doivent être baptisés pour être admis au ciel; car Jésus-Christ parle en général, il dit : « Si ciuelquiin ne renaît, etc. » Telle a été la doctrine de l'Eglise dans tous les temps. « Nous avons décidé, » disent les évêques rassemblés à Milève [eyi 416)« que quiconque prétend que les enfants, au sortir du sein maternel, ne peuvent être baptisés, est anathème. » S. Cyprien qui assista à un concile de Carihage, écrivit à Fidus, évêque d'Afrique : « Voici quelle fut notre décision dans le concile. Personne ne doit être tenu éloigné du Baptême et de la grâce de Dieu. Or, comme ceci doit être observé à l'égard de tout le monde,
nous croyons qu'il doit l'être encore davantage à l'égard des 671 f an ts, et même des nouveaux-nés. « — Origène attribue l'usage de baptiser les enfants à une prescription des apôtres, c L'Eglise, »écrit-il,« a reçu des apôtres la tradition d'administrer le Baptême mê7ne aux enfants. » Le Baptême est donc le 2J'i'eniier et le plus v.écessaire des saciements, puisqu'il nous ouvre la po- te du ciel et nous sauve de la damnation éternelle.
La vision.
C'était au milieu du dix-septième siècle, vers l'année 1660; un jeune prince mauresque, appelé Mohamed, fils de l'empereur du Maroc, traversait la Méditerranée pour se rendre en pèlerinage à la Mecque, lorsqu'il fut surpris dans les eaux de Tunis par un corsaire maltais qui l'amena captif avec sa suite à l'île de Malte, où il fut étroitement gardé à vue. Quoiqu'il cachât soigneusement son rang, on ne pouvait manquer de reconnaître en lui un homme d'une condition élevée, dont la délivrance ne serait accordée qu'au prix d'une forte rançon. Mais celle-ci tarda longtemps d'arriver et sur ces entrefaites il gémissait dans la prison, sans espoir d'être délivré. Plusieurs tentatives pour s'en échapper avaient été faites, mais n'avaient abouti à aucun résultat, sinon à le faire surveiller davantage. Maintes fois, quand il se croyait sur le point d'être rendu à la liberté et de pouvoir partir, de nouveaux obstacles venaient s'y opposer, et même lorsque ceux-ci semblaient avoir disparus, des tempêtes survenaient tout-àcoup sur mer, rendaient la navigation trop périlleuse, puis elles duraient avec tant de persistance, qu'on n'en voyait pas la fin.
Au milieu de ces circonstances désolantes, le malheureux Mohamed fut tellement accablé et découragé que son énergie et sa constance l'abandonnèrent. Epuisé par les privations et les veilles continuelles, fatigué des accès de colère et d'impatience auxquels il s'était livré, le jeune prince tomba un jour dans un profond sommeil. Mais ce sommeil même ne
devait pas lui apporter de repos, car une eftrayante vision se présenta à son esprit. Il lui semblait qu'il était environné de toutes parts d'une mer immense, incommensurable et sombre, dont les vagues immondes et saumâtres, soulevées par l'orage, se dressaient et grondaient autour de lui avec un bruit atfreux. Pendant qu'au milieu de ce danger, il invoquait Allah à son secours, s'éleva du sein des flots un gigantesque rocher, au sommet duquel aiiparut une grande figure dont les vêtements étaient d'une éblouissante blancheur et rayonnaient comme le soleil. Elle s'élança vers lui, lui tendit la main et l'attira sur la terre ferme. Plein de reconnaissance pour ce secours inattendu, Mohamed, lui demanda son nom, et il reçut pour réponse : « Reconnais enfin dans ces vagues sombres et désolantes la grossière superstition où tu as vécu jusqu'à ce jour, reconnais et remercie la miséricorde divine, et sache que c'est moi seul qui peux t'arracher au danger et au malheur; je m'appelle « le baptême chrétien. » La vision disparut et Mohamed s'éveilla; en ce moment il se sentit tout changé et renouvelé; le fanatisme pour le Coran, la rudesse guerrière, la haine implacable contre les chrétiens, tout avait disparu chez lui ; partout où il se trouvait et allait, il proclamait à haute voix qu'il était chrétien, et bientôt, pour le soustraire à la vengeance de ses anciens coreligionnaires, il fut envoyé à Rome en 1667, où il fut baptisé sous le nom de Balthasar, et où il trouva la paix et le calme. — Ainsi c'est le Baptême qui seul peut nous sauver du danger de la damnation, car il est le premier et le plus nécessaire des sacrements.
(Voyez, Veilh.)
Remarque. Quel est dans l'^autre monde l'état des enfants qui meurent sans Baptême? C'est ce qui nous est inconnu; c'est un mystère, puisque Dieu ne nous a rien révélé à ce sujet. D'après les paroles de Jésus-Christ, il est ceitain qu'ils ne jouiront pas de la vision héatifique de Dieu; cependant ils ne peuvent être punis comme ceux qui ont péché personnellement. «; Ils n'entrent, » dit S. Grégoire de Nazianze, « ni dans la gloire céleste, ni dans les feux de l'enfer, parce que, malgré le caractère baptismal qui leur manque, ils n'ont pas encore commis personnellement l'iniquité. » — Ainsi leur avenir est pour nous un mystère. Que Dieu ne puisse pas être accusé d'injustice quand il laisse mourir les enfants sans
Baptême, c'est ce qui est hors de doute, quisqu'il ne doit le bonheur éternel k personne; si nous admettons seulement que Dieu ne fait pas sentir à ces enfants la privation de sa gloire surnaturelle dans le ciel, — précisément comme un idiot ne ressent pas sui' la terre la privation des plaisirs et de la fortune, mais s'estime au contraire heureux quand les besoins qu'il ressent, sont satisfaits, — ou que Dieu les fait participer à un bonheur, à un contentement naturel, — parla même, il se montre un créateur bienfaisant. En tout cas nous pouvons admettre que pour ces enfants la vie est encore un bienfait de DIpu.
{Gr. Cath. 4ö-5%- 12« et 15« q.)
Le Baptême est un sacrement; ce qui le constitue. — Explication. Le Baptême est un sacrement, dans lequel par l'eau et par la parole de Dieu, l'homme est purifié de tous ses péchés, régénéré en Jésus-Christ à la vie éternelle et sanctifié. — Le Baptême est donc un sacrement, car il contient les trois caractères qui constituent un sacrement : a) Son institution par Jésus-Christ. Jésus- Christ en effet institua le Baptême quand il se fit baptiser dans le Jourdain par S. Jean-Bai)tiste. « Le divin Sauveur voulut se faire baptiser, » dit S. Grégoire de Nazianze, « afin de sanctifier surtout l'eau, pour qu'elle eût la vertu de sanctifier ceux qui seraient baptisés. » Quant à l'ordre de baptiser, il l'a donné, lorsque, avant de monter au ciel, il dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (S. Matth. 28, 19.)
b) Le signe sensible. Celui-ci consiste dans l'eau et dans la parole de Dieu; c'est pourquoi nous avons dit dans la définition qui précède que le Baptême se confère par Veau et la parole de Dieu. » La iorme acceptée dans le Baptême consiste donc dans ces mots : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, » paroles que Jésus-Christ lui-même a mises dans la bouche de ses disciples, quand il leur donna l'ordre d'enseigner et de baptiser toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La matière employée dans le Baptême
consiste dans Veau, que l'on verse sur la tète, ou quand cela ne se peut, sur le corps de celui qui doit être baptisé, pendant que l'on prononce en même temps les paroles : « Je te baptise, etc. » Nous disons : en même temps, car il est à remarquer que la matière et la forme doivent être étroitement unies, employées simultanément, de manière que l'effusion de l'eau et la prononciation des paroles doivent se faire en même temps et par un seul et même ministre du Baptême. C'est pourquoi S. Augustin a dit : « La parole sert d'élément, et le sacrement s'opère. » — Que Veau est nécessaire comme matière au sacrement, c'est ce que l'on voit par le témoignage de l'Ecriture. Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Si quelqu'un ne renaît de Veau, etc. » (S. han, 3, 5.) L'eunuque de la reine de Gandace dit à Philippe : « Voici de l'eau, qu'est-ce qui empêche que je ne sois baptisé? » — Lorsque S. Pierre vit dans la maison du centurion Corneille que la grâce du Saint-Esprit avait été répandue sur lui et les siens, il dit : « Est-ce qu'on peut nous empêcher d'avoir de Veau pour baptiser ces gens-là? » {Act. des Apôt. 10, 47-48.) Et il ordonna de les baptiser. — Mais cette eau doit être naturelle, telle que l'eau de rivière, l'eau de fontaine, de mer, de pluie, enfin toute eau qui n'a pas été fabriquée artificiellement par les hommes, peu importe d'ailleurs qu'elle soit douce ou salée, chaude ou froide, produite par la rosée ou par la neige et la glace fondue, ou (comme l'ajoute Tertulien) puisée à un bourbier, à un étang ou à un fossé. De la bière, du vin, le suc exprimé des fleurs ou de l'eau fabriquée artificiellement ne seraient pas de l'eau naturelle. Il est en outre à remarquer que quoiqu'il suffise d'employer toute espèce d'eau naturelle pour la validité du Baptême, on doit cependant se servir d'eau bénite , lorsque faire se peut.
70 DES SACPtEMENTS.
Le signe sensible
dans le Baptême, c'est-à-dire la matière et la forme, ont toujours consisté dans l'eau et dans \ es paroles indiquées plus haut. C'est ainsi que S. Justin, martyr, disciple de S. Polycarpe qui fut lui-même disciple de l'évangéliste S. Jean, écrit: « Les catéchumènes sont conduits par nous jusqu'à l'endroit où se trouve de l'eau, et ils y sont plongés au nom du Père créateur de toutes choses et de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ et du Saint-Esprit. »
Veau de baptême.
Ce n'est pas sans un dessein plein de sagesse et de bonté que le divin Sauveur a choisi l'eau pour devenir la matière du Baptême, puisque l'eau se trouve partout et toujours sous la main de tout le monde et qu'elle représente très-bien les effets du baptême; car de même que l'eau naturelle purifie et refroidit, de même le Baptême purifie et refroidit en grande partie l'ardeur des passions. {Cat. du Concile de Trente partie IL) « Comme on ne peut faire du pain au moyen de la farine sans y mêler de l'eau, » dit Teriulien, « ainsi nous ne pouvons devenir un avec Jésus-Christ sans l'eau qui vient du ciel. » — En considérant la haute signification, l'importance de l'eau baptismale, S. Louis, roi de France, disait: « Les trois mains remplies de l'eau qui servit à me baptiser, sont plus précieuses que la couronne royale que je porte maintenant au front. » — La reine Cléopatre avait invité un jour le général romain Antoine à un magnifique banquet, mais ne lui présenta qu'un plat rempli de vinaigre. C'est qu'elle y avait fait dissoudre une perle qui valait trois tonnes et demie d'or. C'est ainsi que, à en juger par les apparences,, l'eau baptismale n'est rien que de l'eau simple ; mais Dieu y a mis tous les trésors du ciel et changé toutes les gouttes qui s'y trouvent en perles d'un prix inestimable.
' c) Les grâces produites intérieurement. Ces effets de la grâce produits par le Baptême, sont, d'après ce que nous avons dit plus haut, surtout les trois suivants : 1) Par
le Baptême r homme est purifié de ses péchés, :2) engendré à la vie éternelle et sanctifié, 3) uni à Jésus-Christ et incorporé à son Eglise. Nous allons examiner plus en détail ces effets de la grâce dans le Baptême.
{Gr. Cat. Q'-U^ q.)
Effets du Baptême. — Explication. Ces effets sont les trois suivants: 1) Vhomme est purifié de tous ses péchés, c'est-à-dire que, dans le Baptême, le péché originel et tous les péchés, commis par l'homme avant le Baptême, sont pardonnes en même temps que les peines temporelles et éternelles dues au péché. C'est ce que Dieu nous avait fait annoncer par le prophète Ezéchiel quand il disait : « Je verserai sur vous de l'eau pure afin que vous soyez purifiés de toutes vos immondices. » — Plus tards. Pierre dit à ceux qui, après sa première prédication demandaient ce qu'ils devaient faire : « Faites pénitence et faites-vous baptiser au nom de Jésus pour la remission de vos péchés ! » Lorsque S. Paul raconta devant les Juifs à Jérusalem, l'histoire de sa conversion, il ajouta entre autres qu'Ananie, envoyé vers lui par Jésus-Christ, dit: « Lève-toi, fais -toi baptiser et purifier de tes péchés. {Act. des Apôt. 22, 16.) — Quant à la rémission des peines temporelles et éternelles dues aux péchés, Eugène IV, dans son décret aux Arméniens, l'enseigne expressément:« L'effet de ce sacrement, dit-il, est la rémission de tout péché et aussi de toute peine due au péché. C'est pourquoi on n'impose aucune satisfaction aux baptisés pour les péchés qu'ils ont commis avant le Baptême; et s'ils meurent avant de commettre de nouveau quelque faute, ils parviennent aussitôt au royaume des cieux. » — D'ailleurs ceci est bien naturel ; car par le Baptême Thomme est régénéré, il devient un homme nouveau, et comme tel il n'a plus à répondre des fautes
et lies dettes contractées par le vieil homme. De plus, par le Baptême, l'homme est uni à Jésus-Christ et conséquemment il participe aux mérites et à la satisfaction surabondante de Jésus-Christ. — Ce double effet, produit par le Baptême, nous est admirablement représenté par l'eau baptismale. En effet Veau purifie et éteint; c'est ainsi que le Baptême purifie de tous les péchés et éteint en même temps le l'eu du purgatoire et de l'enfer, c'est-àdire qu'il remet les peines temporelles aussi hien que les peines éternelles dues au péché. En considérant ces effets, S. Clément de Rome s'écria : « Recourez à cette eau! elle seule peut éteindre l'ardeur du feu à venir. » {Epist. 4 ad Jul. et Julian.) et Eusèbe des Gaules écrivait dans une de ses homélies :« L'homme est plongé dans la sourcebaptismale, et, par ce bain d'un moment, ilest purifié du mal qu'il a hérité des premiers parents; sous l'eau demeure enfoui ce qui était réservé aux flammes. »
Beauté et pureté de l'âme produite par le Baptême.
Cette incompréhensible purification de tous les péchés, ce changement d'une beauté également incompréhensible qui s'opère dans l'âme par le Baptême, Dieu a daigné plus d'une fois les faire connaître dans l'administration du Baptême par des signes extérieurs marqués au coin du prodige. C'estainsique Thomas Boz, historien vénérable, raconte le fait suivant que j'ai lu encore dans d'autres écrivains dignes de foi : « En l'année 1^96, Gassan, roi des Tartares, se jeta avec une formidable armée sur l'Arménie, où il aurait mis tout à feu et à sang, si le roi de ce pays ne lui eût donné sa fille unique en mariage. Quoique Cassan fût idolâtre, ilconsentitque sa nouvelle épouse, qui était chrétienne, conservât sa foi. Après l'espace d'un an, elle mit au monde un enfant, mais, à son grand effroi, il était contrefait, noir et vilain. Cassan, dominé par des idées superstitieuses, s'imagina que son épouse devait être coupable d'adultère et conséquemment il condamna la mère et l'enfant à périr par le feu. L'infortunée
DU BAPTÉMF. 73
mère demanda comme une dernière grâce de pouvoir baptiser son enfant, ce qui lui fut permis; et voilà qu'à peine le Baptême conféré, le corps de l'enfant se4ransforma tout d'un coup et devint aussi bien proportionné que frais et beau. Frappé de ce prodige, Cassan n'accorda pas seulement la vie à la mère et à l'enfant, mais il se fit baptiser lui-même. » — Quoique l'on pense de cette histoire, je ne vois pas de motif pour douter de sa véracité, puisque S. Odile, qui était née aveugle, recouvra aussi la vue parle baptême. Quelque chose d'à peu près pareil se passe dans le baptême de chaque homme : défiguré auparavant par le péché, il reçoit par le Baptême une beauté indescriptible, la pureté, l'innocence, au moyen desquelles il devient un objet d'admiration pour le ciel et de complaisance pour Dieu, » (Massl. Instructions, T. IV.)
Observation. Quoique par le baptême nous soient rerais tous les péchés et toutes les peines dues au péché, néanmoins quelques suites du péché originel nous restent encore, telles que : la mort, laconcupiscence et rassujettissement aux misères de la vie : l)afin que nous éprouvions par nous-mêmes combien le péché est funeste et que nous le détestions d'autant plus; 2) afin que nous augmentions, par les combats et les souffrances, nos mérites pour le ciel. « La faute de la concupiscence, dit S. Augustin, est remise au baptisé mais le désir lui reste afin qu'il combatte. » Le catéchisme romain observe a ce sujet : « Cette fragilité et cette concupiscence doivent demeurer dans le baptisé, a) parce qu'étant uni au corps de Jésus-Christ et devenu un de ses membres, il ne convenait pas qu'il eût plus de privilèges que son chef lui-même. Jésus-Christ, quoique possédant, dès sa conception, la plénitude de la grâce et de la vérité, n'a cependant point quitté la fragilité humaine. La fragilité humaine avec toutes ses infirmités, ses souffrances et les mouvements de la concupiscence doivent demeurer dans l'homme, b) afin d'exercer les vertus qui soient une occasion de gloire pour lui dans le ciel.
2) Peu' le baptême l'homme renaît à la vie étemelle et est 5«»c^?^g;c'est-à-direque dans lebaptêmerhomme n'est pas seulement purifié de tous ses péchés, mais il est encore régénéré cVune manière spirituelle, il est sanctifié, il devient enfant de Dieu et héritier du royaume céleste. C'est pourquoi S. Paul écrivait autrefois à Tite : « Il nous a sauvés dans le bain de la régénération et en nous renouvelant par le Saint-Esprit, qu'il a répandu abondam-
CATÉC. PRATIQUE. T. III. 4
ment en nous par Jésus-Christ notre Sauveur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous soyons héritiers, selon l'espérance Se la vie éternelle. » (3, o, 7.) Tout transporté de joie et de bonheur à la pensée des effets du baptême, S. Chrysostôme s'écrie : « Ceux qui sont baptisés en Jésus-Christ, ne sont pas seulement délivrés de l'esclavage du démon, mais sont encore saints, nonseulement saints mais justes, non-seulement justes, mais encore enfants de Dieu, non-seulement enfants de Dieu, mais encore cohéritiers de Jésus-Christ; nonseulement ses cohéritiers, mais encore ses membres ; non-seulement ses membres mais encore ses temples, non-seulement ses temples mais encore les instruments du Saint-Esprit. »
Ainsi dans le baptèune l'iiomme a) renaît et est sanctifié, c'est-à-dire qu'il est engendré d'une manière spirituelle aune vie nouvelle et sainte; en effet, avant le baptême il vit dans le péché et vivre dans le péché, c'est la mort de l'âme; par le baptême il est délivré du péché, et conséquemment l'âme revient à la vie, elle naît pour Dieu et pour le ciel. C'est donc avec raison que l'Ecriture-sainte appelle ce changement : régénération; et, puisqu'elle s'opère dans l'esprit et par l'Esprit de Dieu, au moyen de la grâce sanctifiante, on V appelle régénération spirituelle; « Ce n'est pas la génération, mais la régénération, dit saint Augustin, qui fait le chrétien, puisque personne n'est purifié de ses péchés par sa naissance ou génération corporelle, mais seulement \)âr sa naissance spirituelle.
Le vieillard mourant.
LeR. P. De Smet, missionnaire belge en Amérique, raconta qu'un vieillard de quatre-vingts ans se fit baptiser par lui, et se mit dès lors à mener vraiment une vie toute en Dieu. Deux ans après, il était gisant sur un lit de douleur prêt à
rendre i'àme, et quand on lui demanda quel âge il avait, il répondit : « Je n'ai que deux ans ; car je ne commence à compter ma vie que depuis l'époque où je suis né pour Dieu parle baptême; les quatre-vingts années qui ont précédé, étaient une vie de mort. »
Sainte Colombe.
Qu'il y ait une régénération spirituelle, une œuvre de sanctification qui s'opère par la grâce sanctifiante répandue dans l'âme avec les vertus théologales par le Saint-Esprit, c'est ce que nous montre l'histoire de S. Colombe. Lorsqu'elle reçut le baptême, une colombe blanche, symbole du Saint- Esprit, descendit vers elle, lui donna un baiser, et disparut ensuite.
b) Par le baptême, nous devenons enfants de Dieu et héritiers de son royaume. « Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ, car vous avez été baptisés en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ. » {Epît. aux Gai. 3, 26. Comparer 1 Epit. de S. Jean. 3, L) Mais si nous sommes les enfants et les fils de Dieu, nous sommes aussi les héritiers de son royaume céleste; « car si quelqu'un est fils, il est aussi héritier par la grâce de Dieu. » {Epit. aux Gai. 4, 6-7.) Un enfant baptisé est comme un enfant de roi au berceau ; la couronne lui est assurée, elle lui appartient, quoiqu'il n'en sache rien. On peut donc dire avec raison : « Celui qui est inscrit au registre de baptême est inscrit également au livre de vie. Quant à celui qui qui se damne, on ne peut pas dire proprement qu'il ne gagne pas le bonheur céleste, mais qu'il l'a de nouveau perdu et que son nom, naguères inscrit au livre de vie, en est de nouveau effacé. Il ne s'agit pas pour un baptisé de gagner la vie éternelle, mais seulement ou de la conserver ou de la perdre. » — En considérant ces sublimes effets du baptême S. Chrysologue «'adressant à tous les chrétiens s'écrie : « Nous avons
entendu, mes frères, jusqu'où la bonté divine nous a élevés, comment l'amour paternel de Dieu nous a ennoblis. Regardons-nous comme les enfants de Dieu, soyons dignes de notre race, vivons pour le ciel, tâchons de devenir semblables à notre père! Ne perdons pas par nos crimes ce que nous avons reçu par la grâce ! »
Par le baptême nous devenons enfants de Dieu.
On raconte de S. Louis que lorsque ses enfants venaient de recevoir le baptême, il les pressait chaque fois avec une sainte joie dans ses bras et les baisait tendrement en disant : « Cher enfant! Jadis vous étiez mon enfant, mais maintenant vous êtes devenu l'enfant de Dieu. Dieu soit loué à jamais! »
Par le baptême nous devenons héritiers du ciel.
Le père DeSmet dont nous avons déjà parlé, raconte encore dans une de ses lettres datée de l'an 1846; « un jour j'aperçus une jeune femme assise sur la tombe de sa fille unique. Elle s'entretenait avec une orpheline qu'elle avait adoptée à la place de son enfant défunte, et qui venait de recevoir le baptême. » Vois, mon enfant, lui dit-elle en montrant le ciel, vois comme on est heureux quand on a été baptisé. Ma petite Clém.entine est maintenant au ciel, et lorsque tu seras morte, tu l'y reverras ; car par le saint baptême nous sommes tous devenus les héritiers du ciel. »
3) Par le Baptême l'homme est uni à Jésus-Christ et incorporé à son Eglise. « Vous tous qui êtes baptisés en Jésus-Christ, »ditS. Paul, « vous êtes incorporés en lui. » — « Nous avons tous été baptisés dans le même Esprit pour être un seul corps. » {1 Epît. aux Cor. 12, 13.) Or, comme membres du corps de Jésus-Christ nous sommes admis, au moyen du Baptême, de la manière la plus solennelle dans l'Eglise de Jésus-Christ, hors de laquelle il n'y a point de salut, et ainsi nous obtenons le droit de participer à tous les trésors de grâces déposés dans l'Eglise de Jésus-Christ, aux prières, aux saints sacrifi-
ces et aux bonnes œuvres de l'Eglise et de tous les fidèles, puisque toutes les prières, les sacrifices, les bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise, sont des biens communs, auxquels chaque fidèle en particulier a part. Que cet effet du Baptême est donc grand et riche en bénédictions!
Comparaison.
S. Léon nous expose l'union des chrétiens baptisés, avec Jésus-Christ, dans la comparaison suivante: « Quiconque est régénéré par le Baptême, est pour ainsi dire retranché de l'arbre du vieil homme, du pécheur, et greffé comme un homme nouveau sur Jésus-Christ. Il n'est plus coHsidéré comme un descendant de ce père charnel, mais comme un rejeton du Sauveur, qui voulut devenir fils de l'homme afin que nous devinssions enfants de Dieu.
Les tribus de Vincennes.
Pour ne citer qu'un exemple des merveilleux effets que produit le Baptême, nous citerons le fait suivant. Lorsque .le P. Sorin arriva chez ses néophytes de Notaonassibi, il demanda ce qu'ils étaient devenus. « Père, » lui répondit-on, « le changement de cette tribu est devenu un sujet de toutes les conversations du pays. Jusqu'à l'hiver dernier, c'était une bande d'ivrognes et de voleurs, le scandale et l'effroi de tout le voisinage. Depuis leur baptême, ce ne sont plus les mêmes hommes; tout le monde admire leur sobriété, leur honnêteté, leur douceur et surtout leur assiduité à la prière; leurs cabanes retentissent presque continuellement de pieux cantiques. » un vieux chasseur canadien lui dit : « C'est un mystère pour moi que le spectacle de ces Indiens, tels qu'ils sont aujourd'hui. Croiriez-vous que j'ai vu de mes yeux ces mêmes sauvages, en 4815 et 1814, livrant au pillage et aux flammes les habitations des blancs, saisissant les petits enfants par le pied, et leur écrasant la tête contre les murailles, ou les jetant dans des chaudières bouillantes? Et maintenant, à la vue d'une robe noire, ils tombent à genoux, baisent sa
main, comme des enfants celle d'un père : ils nous font rougir nous-mêmes. » [Annales de la prop. de la Foi . /. XVll.)
[Gr. Cat. 45«-16« q.)
Qui peut baptiser validement et quelles sont les conditions requises pour le faire? — Explication. Les ministres ordinaires du Baptême sont proprement les évêques et les prêtres établis à cet effet, tels que le clergé des paroisses. Mais en cas de nécessité tout homme peut baptiser validement, quand même ce serait un hérétique ou un infidèle; mais il faut alors qu'il observe fidèlement ce qui est nécessaire au Baptême : i) 11 doit avoir l'intention de baptiser réellement, c'est-à-dire, de faire ce que fait l'Eglise ou ce que Jésus-Christ a prescrit; 2) il doit se servir d'eau bénite ou baptismale, et s'il n'en peut avoir à la main, d'eau naturelle et la verser sur la tête de l'enfant, mais de manière à ce qu'elle ne mouille pas seulement les cheveux, mais aussi la peau; 3) il doit, en même temps qu'il verse l'eau, prononcer clairement et distinctement ces paroles : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Certes nous devons admirer en ceci la bonté infinie et la sagesse admirable de notre Dieu, qui, parce que le Baptême est si nécessaire à tous, a rendu son administration si facile et voulu que chacun eût le pouvoir de baptiser, en cas de nécessité. Néanmoins on doit observer, que, lorsqu'il y a plusieurs personnes présentes, on doit préférer pour conférer le Baptême, un prêtre à un laïque, un homme à une femme, lin chrétien à un infidèle.
Le baptême au bord de la mer.
Dès les temps les plus reculés, le Baptême conféré par une personne quelconque, en cas de nécessité, était regardé comme valide par l'Eglise, pourvu qu'on eût observé exac-
tement les conditions prescrites. « Je n'hésite pas à regarder comme ayant été bien baptisés, » dit S. Augustin, « ceux qui l'ont été par une personne quelconque pourvu qu'elle ait suivi les prescriptions évangéliques. » — Dans la vie de S. Athanase, on rapporte un fait remarquable que je crois pouvoir citer en cette occasion avec beaucoup d'à-propos. Lorsqu'Alexandrf", évêque d'Alexandrie, après la fin des offices, le jour de la léte de S. Pierre mariyr, attendait dans une maison située au bord de la mer, quelques clercs qu'il avait invités à sa table, il vit dans le voisinage plusieurs garçons qui s'amusaient à jouer le long du rivage. L'un d'eux imitait l'évêque dans ses fonctions et faisait toutes les cérémonies en usage dans l'Eglise. Lorsqu'il y eut regardé de plus près, il s'aperçut que celui-ci baptisait quelques-uns de ses compagnons. Effrayé de cette découverte, il fit à l'instant appeler ses clercs et leur ordonna d'amener devant lui ces enfants; quand ils furent en sa présence, il leur demanda en détail tout ce qu'ils avaient fait. D'abord ils nièrent tout, comme c'est l'habitude chez les enfants quand ils sont effrayés ; mais peu-à-peu ils se mirent à raconter tout, et reconnurent enfin que quelques catéchumènes avaient été baptisés par Athanase qui plus tard devint évêque d'Alexandrie et un intrépide athlète de la foi, et que c'était lui qui avait joué le rôle d'évêque. Il demanda alors en particulier à ceux qui avaient été baptisés, ce qu'on leur avait demandé et ce qu'ils avaient répondu; quand il s'aperçut que tout s'était passé selon les rits de notre sainte religion, il tint conseil avec son clergé, et tous décidèrent que ceux sur lesquels on avait versé l'eau^ après les questions et les réponses nécessaires, ne pouvaient plus être rebaptisés, et qu'on suppléerait seulement aux cérémonies usitées par les prêtres quand ils baptisent. Quant à Athanase et aux autres enfants qui dans leurs jeux lui avaient servi comme prêtres ou comme ministres, Alexandre, du copsentement de leurs parents, les confia à l'Eglise pour avoir soin de leur éducation, {In prato spirituali Sophronii.)
{Gr. Cath. 17«-20*- q.)
Cérémonies du Baptême. — Explication. Les cérémonies du Baptême, qui sont d'une haute antiquité et pleines d'un sens profond peuvent se réduire aux suivantes :
a) Aux cérémonies qui précèdent le Baptême.
\) La réception de V enfant devant la porte de l'église. L'euiant qu'on présente doit demeurer hors de l'église, parce que c'est seulement par le Baptême que les enfants sont introduits dans l'Eglise. « Ceux qui ne se sont pas encore consacrés à Notre-Seigneur Jésus-Christ, » dit S. Charles Borromée, « sont indignes d'entrer avec les fidèles dans la maison de Dieu. » [înstruct. Baptism.)
2) L'imposition du nom. On donne à l'enfant le nom d'un Saint, afin qu'il ait en lui un intercesseur auprès de Dieu et un modèle à imiter.
Le nom de baptême.
Dès les temps les plus reculés de l'Eglise, ceux qui se présentaient au baptême recevaient le nom d'un Saint. Ordinairement les catéchumènes devaient comparaître la quatrième semaine du carême devant l'évêque et lui donner leurs noms, afin d'être immatriculés dans les registres de l'église. Les noms païens qu'ils portaient auparavant étaient échangés contre le nom d'un Saint. Dans l'histoire du martyre de S. Balsame, le gouverneur Sévère lui demande : « Comment te nommes-tu? » El Balsame répond : « Je m'appelle Balsame du nom de mon père, et j'ai reçu au baptême celui de Pierre. » Dans les Actes de S. Boniface, publiés par Dom Ruinart, le juge demande aussi : « Comment t'appelles-tu? » et S. Boniface répond : « Je viens de vous le dire, je suis Chrétien. Mais si vous voulez savoir mon nom ordinaire, celui qu'on me donne dans le monde, le voici, c'est Boniface. » Dans les Actes de S. Hilarion, le diacre Tatien dit : « Mon nom patrimonial est Tatien, mais celui de mon baptême est Chrétien. » 11 n'était même pas rare que les catéchu-
mènes abandonnassent complètement leur nom de famille pour porter leur nom de baptême. — S. Denis d'Alexandrie et S. Chrysostôme exhortaient les chrétiens à ne pas ajouter dans leur baptême des noms païens, mais des noms de saints, c'était afin que les catéchumènes fussent excités à la vertu par l'exemple des Saints. {Binterim. Antiquités, t. I, p. 41.)
S. Jean Chrysostôme fait mention d'un usage fort fréquent parmi les chrétiens de son temps. Avant de procéder au baptême d'un nouveau-né, on allumait un certain nombre de cierges qui devait être tous d'égal poids et de même longueur, et à chacun de ces cierges on suspendait le nom d'un martyr ou d'un saint différent. Or, le cierge qui brûlait le plus longtemps, décidait du nom que l'on donnait à l'enfant, dansla pensée de lui assurer par là une longe vie. Un célèbre roi d'Aragon reçut son nom de la même manière; on avait allumé douze cierges d'égale longueur, portant les noms des douze apôtres, et celui qui brûla le plus longtemps fut celui portant le nom de S. Jacques. {Veith).
Observation. « En rapportant cette dernière coutume, nous ne prétendons pas a qu'elle fut inspirée ou dictée par l'esprit de l'Eglise, ou approuvée précisément « par S. Chysostôme, car elle semble être une vaine observance; ce que nous 0 avons voulu prouver seulement, c'est l'antiquité de l'usage d'imposer des noms « de saints au Baptême. » {Le Traducteur).
3) Interrogations adressées à l'enfant et instructions préliminaires qui lui sont données. On fait alors cette question à l'enfant:« Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu?» et il répond: « la foi, » c'est-à-dire le christianisme avec tous ses moyens de salut. Après cette question vient une instruction préliminaire, conformément à l'ordre du Sauveur « (Renseigner toutes les nations et de les baptiser, » instruction qui consiste pour ainsi dire dans une question et une courte explication. Ainsi le prêtre demande à l'enfant: « Que procure la foi ? » et celui-ci répond: « la vie éternelle » et le ministre de Dieu lui fait alors en deux mots le sublime abrégé de toutes les lois divines
Si DES SACREMENTS.
et humaines: « Si donc vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements ; vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et votre prochain comme vous-même, » l'avertissant par là que sa foi doit être rendue agissante par la charité. Après cela
4) le prêtre souffle trois fois sur le visage de l'enfant en disant: « Sors, esprit immonde, et fais place au Saint- Esprit consolateur! » pour indiquer la régénération par la grâce du Saint-Esprit. Comme Dieu répandit un souffle de vie sur la face d'Adam [Gen. 2, 7.) et comme le divin Sauveur souffla sur ses apôtres pour leur communiquer le Saint-Esprit (S. Jean. 20, 22), ainsi, dans le Baptême, la vie de l'àme et la grâce du Saint-Esprit nous sont communiquées par le Baptême.
5) Alors le prêtre fait avec le pouce le signe de la croix sur le front et sur la poitrine de Venfant, puis il lui met la main sur la tête, tout en récitant des prières. Par le signe de la croix tracé sur la poitrine et le front, on indique que l'enfant devient la propriété du divin Crucifié, dont il doit porter la doctrine dans le cœur et faire une profession publique. Par cette imposition des mains on veut marquer que l'Eglise prend l'enfant sous sa protection spéciale. Le prêtre met ensuite
6) le sel bénit dans la bouche de l'enfant pendant qu'il prononce ces paroles: « Recevez le sel de la sagesse; et qu'il vous conserve pour la vie éternelle! » Ce sel bénit est le symbole de la sagesse chrétienne, le but de tous nos efforts, et l'emblème de l'esprit de pénitence que tout chrétien doit pratiquer; cela signifie en outre que l'enfant devra se préserver de la corruption du péché; car le sel empêche la corruption.
7) Sur cela, le prêtre exorcise V esprit impur au milieu de prières solennelles et au nom de la très-sainte Trinité, afin de briser par là la puissance de Satan ; en même
DU BAPTEME. 83
temps il fait plusieurs signes de croix sur l'enfant, puisque ce signe est l'arme la plus puissante contre les attaques du démon.
8) En ce moment Venfant est introduit dans VEglise et voici de quelle manière. Le prêtre place l'extrémité de son étole sur la tête de l'enfant qu'il introduit ainsi en disant: « Entrez dans la maison de Dieu, afin de vous unir à Jésus-Christ pour la vie éternelle. « L'étole est le symbole de l'autorité ecclésiastique en vertu de laquelle le prêtre l'admet dans l'Eglise. Le prêtre fait ensuite réciter le Symbole et le Notre Père pour marquer que le chrétien doit prier assidûment, et que l'Eglise doit être le lieu de prières le plus cher et le plus important pour lui.
9) Le prêtre prenant ensuite de la salive, en touche les narines et les oreilles de l'Enfant, cérémonie mystérieuse qui indique que par la grâce du baptême les sens de l'esprit sont ouverts à la doctrine des vérités divines, qui rappelle comment Jésus-Christ rendit à un sourd-muet l'ouïe et la parole.
b) Cérémonies qui accompagnent le Baptême.
1) La renonciation ou l'abjuration, par laquelle l'enfant renonce à trois différentes reprises au démon, à ses œuvres et à ses pompes, v Cette renonciation, « disent les SS. Pères, «-est l'éloignement du royaume des ténèbres et de son prince, et le rapprochement du royaume de la lumière; c'est une alliance que l'on contracte avec le soleil de justice, une promesse solennelle de vouloir servir Jésus-Christ. » — « Jésus-Christ, » dit S. Chrysostôme, « agit comme un maître qui veut prendre un domestique à son service et qui lui demande d'abord s'il est d'avis de le servir; or, personne ne peutservir Jésus-Christ, avant d'avoir renoncé auparavant au service du prince des ténèbres. « Mais pour que l'enfant puisse un jour com-
battre victorieusement contre les ennemis de son âme,
2) il reçoit sur sa poitrine et entre les épaules Vonction faite avec l'huile des catéchumènes. Cette onction est une imitation de l'habitude où l'on était anciennement de frotter d'huile les lutteurs, afin de fortifier leurs membres pour le combat et qu'ils ne pussent être saisis aussi facilement par leurs antagonistes.
3) Le prêtre change d'étole; il dépose l'étole violette (ju'il remplace par une blanche, afin d'exprimer par là le changement qui s'opère dans l'homme par le Baptême, puisque de l'état de péché et d'inimitié de Dieu, (exprimée par la couleur sombre du violet), il passe à l'état de pureté, de sainteté et d'amitié dé Dieu, (symbolisée par la couleur blanche). Vient
4) la profession de foi. On demande à celui qui doit être baptisé: « Croyez-vous en Dieu le Père,... en Jésus- Christ,... au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique, la communion des Saints, la remission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle? » Et l'enfant répond à toutes ces questions: « Je crois. » — Celui qui a renoncé au démon, doit s'attacher à Jésus- Christ et confesser fidèlement la foi en lui. C'est pourquoi la renonciation à Satan et la profession de foi forment ensemble ce que l'on appelle les vœux de baptême. En effet, l'homme y promet de renoncer à l'esprit du mal et de confesser par ses paroles et par ses actions la foi chrétienne; Dieu, de son côté, promet au baptisé sa grâce et la félicité éternelle. Or, ces promesses mutuelles forment les vœux de Baptême. « Les fidèles, » dit S, Isidore^ « s'engagent à deux vœux ou à deux obligations. La première est celle par laquelle ils renoncent au démon, à ses pompes et à toute sa suite; la seconde est celle par laquelle ils professent de croire au Père et au Fils et au
Saint-Esprit. » Ces vœux de Baptême nous devons les garder avec une fidélité inviolable et les renouveler souvent. « Rappelez-vous(souvent), » nous dit S. Ambroise, « ce que l'on vous a demandé, et ce que vous avez répondu. Vous avez parlé en présence des saints Anges que vous ne pouvez tromper et vous ne pouvez le leur nier. »
Observez inviolablement les vœux du Baptême.
Lorsque Adalgise, roi des Frisons, eut été baptisé, le duc des Francs, Ebroin lui écrivit une lettre par laquelle il lui fit les plus brillantes promesses d'argent s'il voulait consentir à renoncer à la foi chrétienne. Mais Adalgise jeta la letlre au feu en présence de toute sa cour, en disant : « Comme ce papier, ainsi devra brûler celui qui viole ou rompt l'alliance qu'il a un jour contractée avec son Dieu. » Puissent lous les chrétiens garder avec une constance aussi inviolable les vœux de leur baptême.
Renouvelez souvent vos vœux de baptême.
Le renouvellement des vœux de baptême est une arme puissante contre l'esprit malin et un moyen glorieux pour obteiiir la victoire dans les combats que soutient la vertu. Lorsque le démon cherchait à se rapprocher de S. Chrysostôme, au moyen de ses perfides embûches et de ses tentations, le saint évêque renouvelait aussitôt ses promesses de baptême et repoussait ainsi chaque fois le tentateur. Les quelques paroles dont il se servait dans ces occasions étaient celles-ci : «Jeté renonce, ô Satan ; je teméprise et je t'abhorre, je ne veux rien avoir de commun avec toi. — Pour vous, ô mon Jésus ! Soyez mon Seigneur et mon maître, comme vous êtes mon Sauveur; je m'attache à vous seul; je me donne tout entier à vous. » Par cet exercice salutaire il parvint à un haut degré de sainteté. Nous obtiendrons les mêmes faveurs, si nous célébrons souvent le souvenir de notre baptême, et si nous y joignons le renouvellement des vœux sacrés que nous avons faits alors.
Une fois les vœux de baptême prononcés, suit 5) le baptême lui-même. Le prêtre adresse à l'enfant cette question décisive : « Voulez-vous être baptisé? » et l'enfant répond : « Je le veux »; car Dieu ne veut forcer personne au baptême et l'Eglise ne veut l'imposer à personne de vive force. Alors le prêtre verse l'eau sur la tête de l'enfant en disant : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » A quoi le ministre répond : « Ainsi soit-il. »
c) Cérémonies qui suivent le baptême.
1) Le baptisé reçoit sur le front l'onction du saint Chrême. Par là on indique la dignité que le nouveau baptisé vient de recevoir; il est devenu chrétien, c'est-àdire /'or;«/ du Seigneur, celui qui appartient à Jésus-Christ. C'est par le Chrême que l'on sacrait les rois et les prêtres; c'est pourquoi S. Isidore a dit : « Parce que nous sommes d'une race royale et sacerdotale, voilà pourquoi nous recevons l'onction après le baptême, afin qu'on estime notre dignité d'après le nom de chrétien que nous portons. «
2) Le prêtre revêt le baptisé d'une rohe blanche ou d'un linge blanc, en disant : « Recevez cette robe blanche et portez-la sans souillure jusqu'au tribunal de Notre- Seigneur Jésus-Christ, afin que vous ayez la vie éternelle. » Cette robe blanche signifie d'abord la sainte joie que doit resentir désormais le baptisé, et ensuite l'innocence (|u'il a reçue dans le baptême, innocence qu'il doit conserver à l'avenir inviolablement, afin qu'il puisse paraître sans tache devant le tribunal du divin juge.
La rohe blanche du baptême.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, les Catéchumènes, aussitôt qu'ils étaient sortis des fonts-baptismaux, étaient revêtus d'une belle robe blanche, qu'ils regardaient comme
le symbole de la pureté de l'âme, reçue dans le baptême; de même comme un engagement à ne plus souiller cette pureté ni la perdre par un péché. « Vous avez oté vos anciens vêtements, dit S. Cyrille, et vous en avez pris qui sont selon l'esprit; vous devez donc toujours marcher revêtus de vêtements blancs. Je ne l'entends pas néanmoins dans un sens matériel, c'est-à-dire que vous soyez tenus de porter toujours des habits blancs, mais dans ce sens que vous devez être toujours revêtus d'une véritable et éblouissante blancheur, d'une blancheur spirituelle telle qu'elle vous convient désormais, afin que vous puissiez dire avec le prophète Isaïe : « Mon âme se réjouit dans le Seigneur, il m'a revêtu de la robe du salut, et couvert de la robe de joie. » Ceux qui avaient été baptisés le samedi avant Pâques avaient coutume de porter cette robe blanche toute une semaine et de recevoir, dans ce costume, la sainte communion le dimanche suivant; de là cette dénomination en latin de » Dominica in aJbis : (Le dimanche en vêtements blancs.)
Comparaison.
« Nous ne pourrons nous présenter devant Dieu sans avoir la robe de l'innocence. Si vous vous étiez revêtu d'une robe ou d'un habit blanc, pour vous rendre dans une société distinguée ou en présence d'un prince, et si vous aviez eu le malheur de le souiller où de le gâter en tombant dans un bourbier, seriez-vous assez osé pour vous présenter en cet état devant cette compagnie ou ce roi? Et nous nous imaginons que nous pourrons comparaître devant Dieu, le roi du ciel et de la terre, dans la compagnie des anges et des saints au paradis, avec la robe de l'innocence après qu'elle a été souillée de péchés, lacérée par des crimes, et traînée dans la boue des plus mauvaises passions? Le roi du ciel ne nous rappellerait-il pas à la raison par ces paroles : « Mon ami! Comment êtes-vous venu ici, sans avoir mis votre robe nuptiale? » Ne commanderait-il pas à ses anges « de nous lier les mains et les pieds et de nous jeter dans les ténèbres extérieures? » Ah ! Si quelqu'un a été assez malheureux pour
souiller cette belle robe blanche de l'innocence, qu'il la purifie par un sincère repentir, qu'il en lave les taches par les larmes d'une vraie contrition, et qu'il les fasse s'évaporer par l'ardeur de la charité divine. {Massl. Instructions.)
3) Après cela le prêtre remet au baptisé un cierge allumé en disant : « Recevez ce flambeau ardent et conservez sans tache la grâce de votre baptême; observez fidèlement les commandements de Dieu, afin que lorsque Jésus-Christ viendra pour célébrer ses noces, vous puissiez aller à sa rencontre avec tous les Saints, dans la cour céleste, jouir de la vie éternelle et vivre aux siècles des siècles. » Par là on exhorte le baptisé à marcher désormais à la lumière et à éclairer tout le monde par l'observation des commandements, c'est-à-dire par une vie sainte et vertueuse, conformément à ces paroles du Sauveur; « Faites luire votre lumière devant les hommes, etc. » (S. Matth. 5, 16). Enfin
4) le prêtre quitte le baptisé par ce souhait : « Allez en paix! Que le Seigneur soit avec vous! » afin que la paix et la grâce de Dieu l'accompagnent dans tous les chemins de la vie.
La paix continuelle dans l'âme.
Lorsque la petite fille de Jean de Bernhold, pieux et vaillant chevalier, eut été baptisée du nom deBeata Christiana, le prêtre qui avait conféré le Baptême termina la cérémonie par ces mots : « Allez en paix, mon enfant! Que le Seigneur soit avec vous!puissiez-vous être réellement une beata chrisliana, c'est-à-dire, une bienheureuse chrétienne ; que Dieu daigne vous accorder la grâce de conserver toujours fidèlement jusqu'à la fin de votre vie la grâce du Baptême que vous venez de recevoir, et qu'ainsi la paix du Seigneur demeure en vous, afin qu'on puisse dire de vous : Semper eadem, «■ toujours la même. » Or, lorsque la petite fille eut grandi sous l'aile maternelle, sa pieuse mère lui raconta les souhaits du prê-
Dl P.APIÊME. 89
tre, et depuis ce moment l'excellente enfant adopta toujours ces paroles pour maxime favorite. Lorsque plus tard elle parut à la cour et qu'elle eut à soutenir mille attaques des flatteries et des séductions du monde, elle inscrivit dans son livre de prières : « Semper eadem! Toujours la même! » — Dans le mariage qu'elle contracta ensuite, l'une croix s'enchaînait à l'autre; les maladies, les cas de morts parmi les siens, se succédaient sans cesse. Mais elle n'avait qu'à se rappeler ces paroles : Semper eadem, « toujours la même » pour que le calme et la paix rentrassent dans son cœur. — Son époux fut tué dans la guerre, et ce fut alors que son état de veuvage devint pour elle un océan de souffrances et d'afflictions ; mais se souvenant de sa maxime et de la grâce du baptême qu'elle avait reçue elle demeura toujours la même, « semper eadem. » — Enfin, quand sa dernière heure fut venue, et qu'on lui eut annoncé qu'elle allait bientôt quitter la terre, elle s'écria : « Je m'en tiens à ma devise : « Semper eadem, — toujours la même. » Sur sa tombe on grava cette belle inscription : « Beata Christiana inChristo semper eadem, depuis le baptême jusqu'à la mort, elle demeura toujours fidèle à son Dieu. » Puisse-t-on un jour dire la même chose de nous! oh ! avec quel calme nous pourrions alors fermer les yeux !
Des parrains et marraines. — Explication. Dès le commencement de l'Eglise, on donnait aux enfants comme aux adultes qui devaient être baptisés des parrains et marraines. (Voyez TertnUen. Lib. I, de Bapt.) Les ])^ren\s chrétiens, surtout au temps des persécutions, dans le cas qu'ils dussent souffrir la mort du martyre, chargeaient un ami ou une amie de veiller à ce que leur enfant, devenu orphelin, ne tombât point dans l'idolâtrie, mais fût élevé dans la connaissance de Jésus-Christ. Cette obligation incombe encore de nos jours aux parrains et marraines. Ils deviennent en quelque sorte les parents spiiituels du baptisé, -et c'est pourquoi, à défaut
OU à la mort des parents selon le corps, ils doivent avoir soin du bien spirituel et temporel de ceux qu'ils ont tenus sur les fonts baptismaux. Au baptême même ce sont eux qui sont sensés porter l'enfant sur les fonts, c'est en son nom qu'ils font la profession de foi et les promesses de baptême. Relativement à ces obligations des parrains et marraines, S. Césaire écrit : « Les boni mes ou les femmes qui tiennent des enfants sur les fonts baptismaux, doi-. vent savoir qu'ils sont devant Dieu les garants de ces baptisés, et conséquemment ils doivent avoir pour eux la sollicitude d'un véritable amour. » — De ces obligations découlent en même temps les qualités que doivent avoir les parrains et les marraines. 1) Il faut qu'ils soient de bons catholiques ; sans cela ils n'auront que peu ou pas de soin du bien spirituel ou corporel du baptisé; 2) Il faut qu'ils soient eux-mêmes bien instruits dans la foi catholique, puisqu'ils sont obligés, lorsque les parents font défaut, de bien instruire et d'élever l'enfant dans la religion catholique. — Il est encore à remarquer que les parrains et marraines ne peuvent se marier ni avec le baptisé ni avec ses parents. Par respect pour le sacrement de Baptême et afin que les parrains et marraines soient d'autant plus fortement attaché au baptisé et à l'accomplissement de leurs devoirs, l'Eglise a établi que non-seulement, celui qui baptise contracte une affinité ou un lien spirituel avec le baptisé mais aussi les parrains et marraines le contractent avec celui ou celle qu'ils tiennent sur les fonts, et avec ses parents, de sorte qu'entre toutes ces personnes le mariage légitime ne peut être contracté sans la dispense de l'Eglise. Cependant pour éviter la multiplicité des affinités spirituelles et restreindre les empêchements qui pourraient en résulter, l'Eglise permet qu'il n'y ait qu'un seul parrain ou une seule marraine, et elle n'y admet tout au plus que deux de diffé-
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rent sexe ; les autres personnes que l'on admet ne doivent être regardées que comme des témoins du baptême et ne contractent pas conséquemment d'affinité spirituelle. De ce qui précède, les parents doivent conclure que c'est pour eux un devoir de faire, dans le choix des parrains €t marraines, une plus grande attention à leur conduite pieuse et momie qu'à leur fortune, leur noblesse ou leurs talents. Les parrains et marraines de leur côté doivent considérer que c'est pour eux un devoir grave de remplir consciencieusement les obligations qu'ils ont contractées. Cependant pour que l'on contracte ces obligations, il est requis 1° que les personnes appelées à être parrain ou marraine, le sachent et le veuillent', 2° qu'elles touchent physiquement l'enfant, parce que plusieurs théologiens graves pensent qu'elles ne contractent pas d'affinité spirituelle, s'il n'y a pas de contact physique.
Les nègres parrains.
Pendant qu'une partie de Saint-Domingue était sous la domination française, des colons respectables regardaient comme une obligation rigoureuse de faire expliquer à leurs nègres le catéchisme, en commun, soir et matin. Les plus instruits étaient chargés de donner des leçons aux nouveaux venus, qu'ils regardaient et qu'ils aimaient comme des frères, de leur apprendre la prière, les vérités de la religion, et de les préparer ainsi à recevoir la grâce du baptême. Aussitôt que les Africains nouvellement arrivés étaient trouvés dignes par le missionnaire de recevoir le Baptême, les anciens, ceux mêmes qui les avaient instruits, étaient désignés pour leur servir de parrains. Il serait difficile de rendre les sentiments de joie et de bonheur que ces bons noirs éprouvaient en conduisant à l'église de la paroisse, ou à la chapelle de fhabitation, leurs camarades qu'ils avaient instruits. C'était pour eux un grand jour. Le souvenir d'un tel honneur ne s'effaçait jamais de leur esprit. Mais aussi la qualité de parrain
leur attirait un profond respect, une grande soumission et la reconnaissance la plus vive des nouveaux convertis. Ceux-ci les regardaient comme leurs pères, La vénération qu'ils avaient pour eux durait toute la vie.
Le parrain impérial.
En l'année 1786, dans le voyage que l'empereur Joseph II tit à Agram, en Croatie, il fut prié par un soldat douanier dont la femme venait de mettre au monde deux garçons, de bien vouloir être leur parrain ; le monarque accepta l'offre, et quand le curé de l'endroit lui demanda les noms qui devaient être donnés aux enfants, il répondit: «Je ne vois rien de mieux que d'appeler celui qui vint le premier au monde, Joseph premier, et l'autre Joseph deux. » C'est ce qui se fit ; le père dos enfants, outre une large gratification et une double solde pour tout le reste de sa vie, reçut encore de l'empereur la promesse qu'il aurait soin du bien spirituel et temporel des enfants, comme il convenait à un tel parrain. {Habsbourg , tome III).
Le diacre Muritta et Elpidophore l'apostat.
Les parrains et marraines doivent surtout rappeler les devoirs de la religion à ceux qu'ils ont adoptés au Baptême comme leurs filleuls et s'etïorcer de les détourner par tous les moyens du chemin du vice et de l'erreur. Le diacre Muritta avait levé des fonts un jeune homme nommé Elpidophore, qui avait apostasie et était alors le plus ardent persécuteur des chrétiens. Lorsque Muritta fut conduit au martyre et découvrit parmi ses ennemis Elpidophore lui-même, il tira tout d'un coup de dessous sa tunique la robe blanche dont l'apostat avait été couvert lors de son baptême, et la déployant devant tout le monde, il adressa à Elpidophore ces foudroyantes paroles: « Cette robe baptismale, ô malheureux! est témoin de ton apostasie, elle t'accusera quand paraîtra le souverain Juge dans sa majesté; je l'ai conservée soigneusement comme un témoignage de ta ruine et ta chute dans l'abîme de soufî're. La voilà cette robe qui te couvrit
lorsque, innocent et purifié, tu sortis des fonts baptismaux; désormais elle deviendra un remords pour ton cœur, et elle demandera vengeance contre toi, lorsque tu seras devenu la proie des enfers; car la malédiction est devenue ton vêtement, parce que tu as souillé et perdu la grâce du Baptême et de la foi. »
(Gr. Cat. 23«-2o'' q.)
Baptême de désir et Baptême de sang. — Explication. Lorsque le Baptême d'eau est impossible, il peut y être suppléé 1) par le Baptême de désir et 2) par le Baptême de sang.
Ad 1) Le Baptême de désir est un désir et une sérieuse volonté de recevoir le Baptême, ou de faire tout ce que Dieu a prescrit pour être sauvé, unie à une contrition ou une charité parfaite. « Car tout homme qui aime, » dit S. Jean, « est né de Dieu et il connaît Dieu. » (1 Epit. 4, 7.) Jésus semblait faire allusion à ce Baptême de désir, quand il disait : « Celui qui croit et sera basptisé, sera sauvé, mais celui qui ne croira pas, sera condamné. » (S. Marc. 16, 16.) Ici il n'ajoute plus, « mais qui ne sera pas baptisé. f> — « Il le fit, » dit S. Bernard, « pour nous faire connaître que lorsqu'on est dans l'impossibilité de recevoir réellement le Baptême, on peut se sauver par le désir d'être baptisé. »
.S. Cyprien
en fournit une belle preuve : « Ce n'est pas seulement le martyre souffert pour le nom de Jésus-Christ, ttiais encore la foi et la conversion du cœur par un vrai repentir d'avoir offensé Dieu, qui peut suppléer au Baptême lorsqu'on ne peut recevoir celui-ci à cause de l'un ou l'autre obstacle, et la preuve, c'est que Jésus-Christ dit au bon larron : « Vous serez aujourd'hui avec moi dans le Paradis; » en effet, ce larron n'avait pas été crucifié à cause du nom de Jésus-Christ, mais à cause des crimes dont il s'était rendu coupable. Par là on voit qu'il
peut-être suppléé an Baptême, quand on n'a pu le recevoir à cause de l'une ou l'autre circonstance qui s'y opposait. »
Valentinien.
Lorsque Valentinien, le plus jeune des fils de Valentinienle-Grand, eut été assassiné traîtreusement dans une expédition contre les barbares, tout le monde le plaignait de ce qu'il fut mort avant d'avoir reçu le Baptême. Cependant il avait été instruit dans le christianisme et avait fait venir à Vienne S. Ambroise, évêque de Milan, pour se faire baptiser. Or, ce fut pendant que S. Ambroise était en route, que Valentinien succomba aux coups des assassins. Le savant évêque fit un sermon à l'occasion de sa mort et dit entre autres: « J'entends que vous êtes affligés, parce qu'il n'a pas reçu le sacrement du Baptême; mais le Baptême, c'était l'objet de ses désirs, car ce fut dans ce dessein qu'il me fit appeler. Et n'aurait-il pas obtenu la grâce, qu'il avait si ardemment souhaitée? Oui, il l'a obtenue, parce qu'il l'a désirée; car, si les martyrs sont baptisés dans leur sang, le jeune Valentinien a été baptisé dans sa piété, dans son désir, dans sa volonté. »
Ad 2) Le Baptême de sang est la mort du martyre soufferte pour l'amour de Jésus-Christ. C'est sous ce rapport que le divin Sauveur lui-même a dit: « Celui qui perdra sa vie pour moi, la retrouvera. » {S.Matth. 10, 39.) S.Cyprien disait: « Ceux qui n'ont pas reçu l'eau de la régération, et meurent pour avoir confessé Jésus-Christ, obtiennent par là même la rémission de leurs péchés, tout comme s'ils avaient reçu le Baptême d'eau. Ce Baptême de sang, tous les martyrs le reçurent, s'ils n'avaient pas encore été baptisés ; de leur nombre fut surtout
Sainte Emérence.
Cette vierge, n'étant pas encore baptisée, mais croyant déjà en Jésus-Christ, fut lapidée par les païens, pendant
DU BAPTEME. 9o
qu'elle priait au tombeau de sainte Agnès. Elle mourut donc pour avoir rendu témoignage au Fils de Dieu. « Elle fut bap' tisée dans son propre sang qu'elle versa pour Jésus-Christ et rendit son âme à Dieu. » {Brev. Rom. ^Zjan.) — Eusèbe raconte également d'une certaine Héraïs: « Etant encore catéchumène, elle obtint le Baptême par le feu (car elle fut brûlée vive pour la foi) et passa ainsi à une vie meilleure. » {Hist. lib. 6, c. 4.)
Pratique. 1) Rappelez-vous encore une fois, âme chrétienne, les grâces et les bienfaits que vous avez obtenus par le Baptême! De quels maux n'avez-vous pas été délivrée, de quels biens, de quels trésors célestes n'avezvous pas été enrichie? « Par le saint Baptême, » dit Léonle-Grand,«les vases de colère sont devenus des vases de miséricorde, et le corps du péché a été changé dans le corps de Jésus-Christ; les coupables deviennent justes, les prisonniers libres et les enfants des hommes des enfants de Dieu. » — S. Chrysostôme s'écriait avec un saint transport, en s'adressant aux néophytes : « Voilà que naguères vous étiez des captifs, et maintenant vous jouissez de la plus douce liberté ; vous étiez égarés dans des contrées étrangères, et maintenant vous êtes citoyens de l'Eglise; vous viviez dans le péché et maintenant vous vous trouvez dans le sein de l'Eglise! » Quel bonheur! quelle grâce! C est pourquoi remercions-en Dieu, louons-le, bénissons -le jusqu'à notre dernier souffle de vie.
Emmanuel
le prince noir qui commandait dans les places maritimes du Congo en 1489, avait un si ardent désir du Baptême, qu'au premier avis de l'arrivée des missionnaires envoyés par le roi de Portugal, il accourut au port accompagné d'un grand nombre de ses sujets, les reçut au bruit des cymbales et des trompettes, dans des transports de joie incroyables. Vieillard, et craignant de perdre cette heureuse occasion
96 ÜKS SACKEJlENrS.
que Dieu iui ménageait dans son infinie bonté, il voulut être baptisé au plus tôt avec le dernier de ses fils, trop jeune encore pour pouvoir demander lui-même le baptême. Un temple de rameaux et de feuillages s'élève, tous y travaillent avec ardeur. Trois autels, aussi de feuillages, sont dressés. C'est sous ce temple de verdure qu'on entonne de saints cantiques, et qu'on baptise ce prince africain, qui reçut pour nouveau nom celui d'Emmanuel, et son fils celui cV Antoine. Le pieux noir, heureux d'être chrétien, ne se contenta pas d'édifier les :25,000 noirs qui assistèrent à cette pieuse et touchante cérémonie, ils assembla encore ses peuples, et éleva la voix pour condamner leurs fausses divinités et leurs superstitions criminelles. Il publia un édit par lequel il ordonnait la recherche la plus sévère des idoles. Après les avoir entassées, les unes sur les autres, il y fit mettre le feu. Depuis le jour heureux de son Baptême, Emmanuel, qu'on pourrait surnommer le pieux Africain, adressait à Dieu de continuelles et d'instantes prières pour obtenir de sa bonté la grâce de réparer, dans le peu de temps qui pouvait lui rester à vivre, les impiétés et les profanations au milieu desquelles il avait vécu et passé la grande partie de ses jours. Avec quelle ardeur il demandait au Seigneur qu'après avoir servi si longtemps le démon, il peut au moins se consacrer à Jésus-Christ et persévérer jusqu'à la mort dans des exercices d'une sainte piété. (Trésors des Noirs.)
2) Ame chrétienne, rappelez-vous en outre les obligations que vous avez contractées dans le Baptême; pensez souvent aux vœux, aux promesses que vous avez laites alors à Dieu, et soyez y fidèles! Renouvelez souvent, dans toutes les circonstances solennelles ou importantes, oui chaque dimanche ces promesses du Baptême; faitesvous-en une arme pour résister aux assauts de l'ennemi du salut. « Conservez le Baptême, disait S. Ignace martyr aux chrétiens de son temps, mais conservez aussi les armes qui vous y ont été communiquées; la foi comme
casque, la chanté comme glaive, la patience comme armure. »
Le renouvellement des vœux de Baptême.
Le Père de Géramb raconte dans son pèlerinage à Jérusalem : « Au bord du Jourdain, j'inclinai ma tête sur les eaux où je venais de me baigner, puis mettant la main sur mon cœur tremblant de repentir et d'amour, et appelant Dieu avec les Saints Anges pour être les témoins de la sincérité de mes sentiments, je prononçai les paroles suivantes d'une voix émue. « Mon Dieu ! Dieu Tout-Puissant et surtout miséricordieux! à l'endroit même oii votre Fils, mon Sauveur, fut baptisé,. je viens renouveler humblement les saints engagements de mon baptême; je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, je me donne tout entier à vous, ô mon Dieu! pour vous aimer et vous servir jusqu'au dernier soupir de ma vie ! » — Renouvelons souvent dans les mêmes termes et avec les mêmes sentiments nos vœux de Baptême.
(Gr. Cat. 1-2*^ q.) Définition de la confirmation; preuves qu'elle est un Sacrement. — Explication. La confirmation est un sacrement dans lequel, par l'imposition des mains, l'onction et la prière de l'évêque, le baptisé est fortifié par l'Esprit-Saint,afin qu'il confesse fermement sa foi, et y conforme fidèlement sa conduite. — Le mot confirmation vient du mot latin : firmare ou confirmare qui signifie fortifier, puisque la confirmation nous donne les forces pour confesser fidèlement la foi chrétienne. — La Confirmation est vraiment un sacrement parce que nous trouvons en elle toutes les conditions requises pour un sacrement de la loi nouvelle : 1) un signe sensible qui consiste d'abord a) dans la matière, qui est ici Vitupositien des mains de Vévêque et \ Onction du Saint-Chrême. Il
CATÉC. PRATIQUE. T. 111. S
98 DES SACKEMEMS.
est certain que les Apôtres imposaient autrefois les mains {actes des apôt. 8, 17.); et l'onction du saint-chrême fut également en usage dans l'Eglise dès les premiers temps. C'est ainsi que S. Paul écrivait aux Corinthiens : « C'est Dieu qui nous raffermit avec vous en Jésus-Christ et qui a répandu sur nous son onction sainte. « (2 Epît. 1, 21.) Selon la tradition, cette onction fut toujours regardée comme une partie essentielle de la matière dans la confirmation. Ainsi il est dit dans les constitutions apostoliques {lib. 7. cap. 23) « Vous marquerez avec l'onction du saint-chrême, afin (jue l'huile de l'onction soit une communication du Saint-Esprit. » — b) La forme du sacrement de Confirmation consiste dans ces paroles : « Je te marque du signe de la croix et je te confirme par le chrême du Salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » 2) Ce signe sensible est aussi un signe efficace et actif; puisqu'il produit une opération intérieure; la force dans la foi. (Nous en parlerons plus au long dans la question suivante). Enfin la Confirmation 3) a été instituée par Jésus-Christ. C'est l'Eglise catholique qui nous l'enseigne a) d'accord avec VEcriture sainte, b) avec la doctrine des SS. Pères, et c) avec les usages pratiqués dès les temps les plus anciens.
Ad a) La Confirmation a été instituée par Jésus-Christ; l'Ecjlise catholique nous renseigne d'accord avec lEcriture- Sainte. -- U Ecriture-Sainte met la doctrine touchant la Confirmation comme celle touchant le Baptême et la Pénitence, parmi les points de doctrine du Christianisme. Ainsi Saint-Paul, quand il exhorte les Hébreux à ne pas renoncer à la foi, leur écrit : « Nous laissons de côté les instructions que l'on donne aux novices dans la foi en Jésus-Christ Sans jeter de nouveau les fondements de la foi en Dieu et de la pénitence des œuvres mortes, de l'instruction des Baptêmes et de Yimposition
des mains (0, l-!2.) Qu'il entend parler ici de la Confirmation, c'est ce qui se prouve au moyen du verset suivant où il parle de ces malheureux qui « ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don du ciel, qui ont été faits participants du Saint-Esprit... et qui sont tombés. [Ibid. o. 6.) — D'ailleurs l'Ecriture-sainte atteste que Jésus- Christ avait promis son Esprit-Saint aux fidèles et que les Apôtres le leur ont communiqué par les prières et l'imposition des mains.
Jésus-Christ a promis r Esprit-saint aux fidèles.
Car il a dit : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Qui croit en moi, »suivant ce que dit Jésus-Christ, «des fleuves d'eau vive couleront de son sein. » — « Or, il disait cela, » ajoute S. Jean, « à cause de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croyaient en lui; car le Saint-Esprit n'était pas encore donné, parce que Jésus-Christ n'était pas encore glorifié. » (S. Jean, 7, 57-39.) Ainsi, outre la grâce du baptême tous les fidèles devaient enore recevoir, comme les apôtres, une grâce particulière du Saint-Esprit, une grâce différente de celle du baptême, quoique celle-ci soit également produite par le Saint-Esprit. Voilà comment on doit comprendre ces paroles du Sauveur.
Les apôtres ont communiqué l' Esprit-Saint par la prière et l'imposition des mains, c'est-à-dire, ils ont donné la Confirmation.
Oui, les apôtres eux-mêmes ont donné le sacrement de Confirmation, entre autres à Antioche et à Ephèse. Ecoutez comment ce fait est rapporté dans les Actes des Apôtres. (8, 14 17 et 19, 0-6.) Après la prédication du diacre Philippe plusieurs habitants de Samarie avaient embrassé la doctrine de l'Evangile et avaient été baptisés par lui. « Lorsque les apôtres qui étaient à Jérusalem eurent appris que Samarie avait accueilli la parole de Dieu, ils y envoyèrent Pierre et Jean. Et ceux-ci s'y étant rendus, pwèrent pour les fidèles
lUÜ DES SACREMENTS.
afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit, car il n'était encore descendu sur aucun d'eux; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit. » La même chose est dite des douze Ephésiens qui n'avaient encore reçu que le baptême de S.Jean le Précurseur. « Paul les baptisa au nom de Jésus, et leur imposa les mains et le Saint-Esprit descendit sur eux. » Il est incontestable qu'il s'agit là d'un signe sensible, de l'imposition des mains, à laquelle était attachée une grâce intérieure, la communication du Saint-Esprit; conséquemment, il s'agit d'un sacrement et qui était bien distinct du Baptême; car il est dit : « ils avaient été baptisés au nom du Seigneur Jésus, et alors ils reçurent l'Esprit-Saint ; » ces dernières paroles indiquent également qu'ils obtinrent une grâce autre que celle qui leur avait été accordée dans le Baptême. N'aurait-ce été qu'une simple cérémonie? Mais en ce cas, pourquoi le diacre Philippe n'imposa-t-il pas les mains aux habitants de Samarie, lui qui s'était distingué par beaucoup de signes et de miracles? Pourquoi, si c'était une simple cérémonie, deux apôtres eussent-ils dû aller en personne à Samarie? S'il n'y eut eu que cela à faire, Philippe était assez considéré pour l'accomplir sans que les apôtres fissent cette démarche. D'ailleurs, comment et de quoi savaient-ils donc qu'ils devaient accomplir cette cérémonie, et que par la prière et l'imposition des mains l'Esprit-Saint descendrait sur les nouveaux baptisés? Il s'en suit que les apôtres devaient en avoir reçu l'ordre de Jésus-Christ.
Comparaison.
« Quand un serviteur fait quelque chose, que de lui-même il n'a pas le pouvoir de faire, on suppose que son maître doit lui en avoir donné l'ordre. Ainsi, par exemple, quand l'envoyé d'un prince transmet à quelqu'un un ordre ou une décoration avec assurance qu'une pension y est attachée, personne ne doute que cet envoyé n'ait obtenu à cet effet un ordre de son roi, parce que la faculté de décorer n'appartient pas à un envoyé ou à un ambassadeur. Or, comme nul homme
n'est en état d'attacher par lui-même une grâce à un signe sensible, et que les apôtres, en imposant les mains aux fidèles, attestaient que la communication du Saint-Esprit était attaché à cet acte extérieur, il faut en conclure qu'eux aussi en avaient reçu l'ordre de Jésus-Christ, quoique l'Ecriture- Sainte n'en parle nulle part en termes exprès. » {Massl, instructions.)
Ad b) La Confirmation a été instituée par Jésus-Christ; c'est ce que nous enseigne l'Eglise catholique, d'accord avec la doctrine des SS. Pères.
Témoignage des SS. Pères en faveur du sacrement de Confirmation.
Dans tous les siècles nous rencontrons des témoignages des SS. Pères qui affirment que la Confirmation a été toujours regardée et employée comme sacrement dans l'Eglise. Quelques citations empruntées aux Pères des quatre premiers siècles suffiront. Voici ce que S.Denis, un disciple de S. Paul, écrit à ce sujet : « Après que vous aurez vêtu le baptisé, vous le conduirez à l'évêque; pendant que celui-ci l'oindra de saint-chrême, il lui communiquera le Saint-Esprit. » — Tertulien qui appartient au deuxième siècle, s'exprime ainsi : « Au sortir des fonts baptismaux, nous recevons l'onction d'une huile bénite, suivant l'usage de consacrer les prêtres par une onction. Cette onction ne touche que la chair, mais elle opère un effet spirituel, comme le Baptême, qui en lavant le corps purifie l'âme de ses péchés. Ensuite on impose la main, en invoquant le Saint-Esprit par une bénédiction. » — « La chair est lavée, » dit encore Tertulien, « pour que l'âme soit purifiée; la chair reçoit l'onction, pour que l'âme soit consacrée; la chair est marquée d'un signe, pour que l'âme soit fortifiée; la chair est couverte par l'imposition de la main, pour que l'âme soit éclairée des lumières du Saint-Esprit. » — Ecoutons S. Cyprien qui vivait au troisième siècle : « Notre usage est que ceux qui ont été baptisés dans l'église soient présentés aux évêques, afin que, par leur prière et l'imposition des mains, ils reçoivent le Saint-Esprit,
et soient marqués du sceau du Seigneur. » — Au quatrième siècle S, Cyrille de Jérusalem dit : « Tandis que l'on fait l'onction sur le corps, l'âme est sanctifiée par le Saint-Esprit. » — S. Augustin dit expressément : « Le saint-chrême est du nombre des signes visibles et une chose très-sainte comme le Baptême. » Constantin-le-Grand fait le récit suivn:il !)'n privil. Rom. Eccl.) : « Après que Sylvestre m'eut levé des lunts sacrés et revêtu d'une robe blanche, il me communiqua au moyen de l'onction du saint-chrême, la marque des sept dons du Saint-Esprit. » — Mais pourquoi citer encore plus de témoignages qui prouvent que le sacrement de Confirmation a toujours été regardé et employé comme tel dans l'Eglise? Rien n'est plus certain; et il ne nous est pas permis de douter un moment de la vérité de ce sacrement, puisque l'Eglise, qui est infaillible dans sa doctrine et ses décisions, le déclare tel, le dit institué par Jésus-Christ et conféré autrefois par les apôtres. A ceux qui pourraient encore lever quelque doute à ce sujet, je puis donc demander avec S. Jérôme : « Ne savez-vous donc pas que c'est la coutume des Eglises d'imposer les mains aux baptisés pour invoquer le Saint-Esprit? Vous demandez où c'est écrit? Je réponds : Dans les Actes des Apôtres. Et quand nous n'aurions pas l'autorité de l'Ecriture-Sainte, la doctrine universelle de l'Eglise suffirait; car la tradition a autant d'autorité que la loi écrite. »
Ad c) La Confirmation a été instituée par Jésus- Christ, €"681 ce que nous enseigne VEglise catlioliqne (Vaccord avec les usages pratiqués dans les temps les plus anciens.
On confirmait déjà dès les temps les plus reculés de l'Eglise.
L'histoire ecclésiastique prouve clairement que dès les premiers siècles du christianisme les évêques faisaient leur tournée pour imposer les mains aux baptisés et invoquer sur eux le Saint-Esprit. S. Jérôme atteste que de son temps les évêques voyageaient dans les campagnes pour donner la
DE LA CONFIIOIATION. iOci
Confirmation à ceux qui avaient été l)aptisés par les prêtres et les diacres. « C'est la coutume de l'Eglise, » dit-il, « que l'Evêque se rende dans les petites villes, auprès de ceux qui ont été baptisés par les prêtres et les diacres, afin de leur imposer la main par l'invocation du Saint-Esprit. » {Dict. adv. Lucifer.) Bède raconte de S. Cuthbert, évêque anglais, qu'en traversant s-mi diocèse, il impo^nit les mains aux baptisés afin de luur communiquer le Saint-Esprit. » [Vita S. Cuthberli, cap. 19.) Le pape S; Grégoire avertissait en conséquence les évêques du devoir de visiter les églises de campagne éloignées, afin de donner aux baptisés le sceau du Seigneur. (Comparez les antiquités de Binterim.)
(Gr. Cat. 5"^ q.) Effets de la Confirmation. — Explication. Les effets de la Confirmation sont surtout les trois suivants: \) Elle augmente en nous la grâce sanctifiante; par elle, en efïet, nous participons à toute l'abondance des grâces, puisque nous rece\'onsV Esprit-Saint lni-7nême. « La Confirmation, » dit S. Isidore, « est en quelque sorte l'achèvement de la grâce du Baptême; par elle, nous obtenons la force du Saint-Esprit; » car les Apôtres imposaient les mains aux baptisés «et ils recevaient le Saint-Esprit. » {Act. 8, d7.)
Comme une église consacrée par l'Evêque avec toutes les cérémonies du pontifical, mais dans laquelle Jésus-Christ n'est pas. gardé dans les espèces eucharistiques, se distingue d'une autre église également consacrée et bénite par l'Evêque mais où Jésus-Christ est présent dans les saints tabernacles ; ainsi se distingue aussi, si j'ose le dire, une âme qui a été baptisée mais n'a pas encore reçu la Confirmation, de celle qui l'a reçue. L'âme qui n'a point été confirmée est apte, et préparée à recevoir le Saint-Esprit, elle est consacrée et sanctifiée pour être la demeure du Saint-Esprit; que dis-je?
le Saint-Esprit lui-même, dans le Baptême, l'a consacrée comme sa demeure, comme son temple; mais elle n'a pas encore l'Esprit-Saint lui-même. Or, par la Confirmation, nous recevons cette troisième personne de l'adorable Trinité, nous recevons le même esprit qui descendit sur les apôtres le jour de la Pentecôte et sur les fidèles quand les apôtros leur imposèrent les mains après leur baptême ; alors le Saiiit-Esprit vient lui-même dans nos âmes comme dans sa demeure pour en prendre possession ; il vient dans nos âmes pour y demeurer, s'y établir, s'unir à elles, les vivifier, les diriger, et opérer en elles, tout comme l'âme opère dans le corps, de sorte qu'il est en quelque sorte l'âme de notre âme. Comme notre âme agit sur notre corps, de manière qu'il se meut à notre gré, ou comme notre esprit règle toutes les actions de notre corps et transforme ses actes physiques en actes raisonnables, ainsi FEsprit-Saint agit sur notre âme et transforme les actes de l'âme humaine en autant d'actes surnaturels, saints et divins. De là venait aussi que les premiers chrétiens, quand ils avaient reçu cet Esprit nouveau, parlaient des langues étrangères, actes extérieurs qui étaient nécessaires à cette époque pour ébranler les Juifs et les païens et les gagner à la foi. {MassI. Instructions).
2) La Confirmation nous fortifie afin de lutter contre le mal et de croître dans le bien.
Par là même, que dans la Confirmation nous recevons l'Esprit-Saint, nous obtenons en même temps la force et le courage de conserver et de confesser inébranlablement notre foi, de combattre victorieusement contre les trois ennemis les plus puissants denotre salut : contre le démon, le monde et la chair, et de croître toujours en vertuet en perfection, a Par le Baptême, « dit S. Isidore, « nous devenons enfants de Dieu, croyants, mais par la Confirmation nous devenons les soldats de Jésus-Christ et les défenseurs de la foi divine. » Et S. Pierre Damien écrit: a Dans le Baptême, l'Esprit-Saint nous est donné pour
la rémission de l'ancienne dette du péché, mais dans la Confirmation, comme un bouclier contre les nouveaux péchés; là, nous sommes devenus purs et sans tache, ici nous devenons forts et intrépides. «
Comparaisons,
« De même que le charbon qui brûle, devient un foyer de flammes sous le souffle d'un vent violent, de même le charbon de la foi que le baptême a déposé dans notre âme, s'embrase complètement par la grâce du Saint-Esprit dans la Confirmation. » {Lohner, bibl, conc.)
« Dans le Baptême l'homme est accepté pour la milice, mais dans la Confirmation il est exercé et armé. Dans les sources du Baptême, le Saint-Esprit distribue des grâces d'innocence et de pureté ; mais par la Confirmation il donne la grâce de la perfection. Dans le Baptême nous renaissons à la vie; après le Baptême nous sommes fortifiés pour le combat. Dans le Baptême nous sommes lavés, après le Baptême nous sommes reconfortés. (5. Melchiad.)
Comme la lumière éclaire et le feu échauffe, ainsi l'Esprit de Dieu veut éclairer notre raison et échauflér notre cœur. Et comme l'air frais nous ranime dans les chaleurs accablantes, ainsi le Saint-Esprit veut nous rafraîchir à l'heure des souffrances et renouveler en nous la véritable vie. Voilà combien sont grands les bienfaits de la Confirmation dans une âme bien disposée. » {Munch.)
Les effets de la Confirmation
se manifestèrent chez les Apôtres lorsque, le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit descendit sur eux. De pusillanimes et ignorants qu'ils étaient, ils devinrent intrépides et instruits, des défenseurs zélés de la gloire de Dieu et de la doctrine de . Jésus-Christ. Ils ne craignaient ni la mort ni les plus cruelles persécutions. La Confirmation produisait les mêmes effets chez les premiers chrétiens qui confessèrent avec une force invincible la doctrine de Jésus, et y conformaient fidèlement leur conduite. — Pour citer aussi un exemple emprunté aux temps modernes, nous rapporterons celui que nous
trouvons dans la vie de S. François de Sales. Lorsque celuici reçut dans son adolescence la Sainte Confirmation, les effets s'en manifestèrent de la manière la plus sensible. François faisait donc ses études à Annecy en Savoie, quand l'Evêque du diocèse résolut de venir confirmer dans cette ville. Le pieux jeune-homme se prépara au grand bonheur qui devait lui tomber en partage, par d'instantes prières et d'affectueux désirs. Or la piété angélique dont il était animé, &e reflétait si vivement dans tout son extérieur durant la cérémonie sainte, que l'évêque en fut frappé et ne put s'empêcher ensuite de dire, en présence d'un grand nombre de témoins, que François de Sales deviendrait la merveille de son siècle. Depuis cette époque, la plénitude de l'Espritsaint se fit voir d'une manière particulière dans le pieux adolescent. Sales semblait devenu un homme, tant sa conduite était grave et tant il régnait surtout de l'ordre dans ses pratiques de piété. Ses visites journalières à l'église, ses lectures spirituelles et sa méditation se faisaient à des heures réglées, et la constance qu'il montra à y rester toujours fidèle, réalisa en tout point l'espèce de prédiction de l'évêque qui l'avait confirmé. {['. Hyacint. Gallitia in vita.)
3) La confirmation imprime en nous un caractère ineft'açahie, celui de soldats de Jésus-Christ, ce que S. Paul a indiqué par ces paroles : « C'est Dieu qui nous confirme avec vous dans le Christ, c'est lui qui nous a oints, qui nous a marqués d'un signe, et nous a donné pour gage le Saint-Esprit. » (2 Epit. aux Cor. 1. 21-22.) Par ce caractère les fidèles confirmés se distinguent de tous ceux qui ne le sont pas, et sont marqués par là du signe particulier de soldats de Jésus-Christ. Ce caractère est ineffaçable, c'est-à-dire que le confirmé demeure soldat de Jésus-Christ, quand même il ne combattrait pas; sans doute il est alors un lâche qui mérite d'être puni mais il n'en reste pas moins soldat; s'il n'obtient pas les honneurs de la victoire, il attire sur lui la honte de la lâcheté et en même tem}»s le châtiment de la trahison.
DE LA CONFIUMATION. 107
[Gr. Cal. ¥-q.) Du ministre du Sacrement de Confirmation. — Explication. Les évêques seuls, comme successeurs des Apôtres, peuvent confirmer ; mais dans des cas pressants le pape peut conférer aussi ce pouvoir à un prêtre (par exemple à un missionnaire), qui n'est pas évêque. En cas de nécessité chacun peut baptiser, puisque le baptême est absolument nécessaire au salut, mais personne ne peut confirmer hormis l'évêque parce que la confirmation est le vSacrement qui perfectionne. Aussi trouvons-nous dans les actes des Apôtres que le diacre Philippe baptisait, tandis que les Apôtres seuls confirmaient.
Comparaison.
« De même qu'il n'appartient qu'aux généraux comme chefs de l'armée, d'accepter des soldats dans leur service, de même il n'appartient qu'aux évêques, qui sont les généraux et les chefs de l'Eglise militante, d'admettre les baptisés, appartenant à la famille de Jésus-Christ, parmi leurs soldats et leurs guerriers. » {Bressanvide.)
(Gr. Cat. SMl*- q.)
Cérémonies qui accompagnent la confirmation. — Explication. Voici de quelle manière on administre la confirmation :
1) V évêque étend les mains sur tous ceux qui doivent être confirmés et invoque sur eux le Saint-Esprit, en disant : « Que le Saint-Esprit descende en vous, et que la vertu du Très-Haut vous préserve de tout péché! 0 Dieu éternel et tout-puissant! qui avez daigné régénérer de l'eau et du Saint-Esprit vos serviteurs, et qui leur avez accordé la rémission de tous leurs péchés, envoyez sur eux du haut du ciel, votre Paraclet, l'Esprit auteur de tous les dons! » Les assistants répondent : « Qu'il en soit ainsi. Amen. « — « L'Esprit de sagesse et d'intelli-
gence, »— « Amen. » L'Esprit de conseil et de force. » — « Amen. « — L'Esprit de science et de piété. — Amen. » • — « Remplissez-les de l'Esprit de votre crainte; et, les appelant à la vie éternelle, marquez-les du signe de la Croix de Jésus-Christ. Nous vous en conjurons par le même Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous, en l'union du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. — Amen. »
2) Aloj's l'évêqiie met la main sur chacun de ceux qu'il confirme, comme S. Pierre et S. Jean l'avaient fait à Sa m a rie et S. Paul à Ephèse, et leur fait V onction du saint-chrême. {Ces deux cérémonies de l'imposition des mains et de l'Onction forment, comme nous l'avons dit, la matière de la confirmation.) Cette Onction se fait de la manière suivante : L'évêque fait avec le Saint-Chrême le signe de la croix sur le front de celui qu'il confirme, en disant : Je te marque du signe de la croix, et je te confirme avec le chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »
a) Le Saint-Chrême exprime admirablement les différentes opérations que le Saint-Esprit produit en nous par la confirmation. En effet le Saint-Chrême est une composition d'huile d'olive et de baume; or Vhuile est le Symbole de la force intérieure pour combattre les ennemis de notre salut. De même qu'autrefois les athlètes se frottaient d'huile pour rendre leurs membres forts et souples dans le combat, de même nous qui sommes des athlètes spirituels dans l'arène de la vie, nous sommes fortifiés et armés de la grâce du Saint-Esprit afin de combattre, et de remporter la palme du triomphe. Le baume mêlé à l'huile, signifie que le confirmé obtient la grâce de se préserver de la corruption du monde, et qu'il doit par une vie sainte répandre la bonne odeur des vertus. « L'huile mêlée, écrivait, au 4'^ îriècle. Optât de
DE LA COiNFIKMATION* 109
Milève, s'appelle Chrême dans le quel se trouve une douceur et par le quel on prépare une demeure au Saint- Esprit. »
S. Cyrille de Jérusalem
exhortait les fidèles qui devaient être confirmés, à avoir un grand respect pour le saint-chrême, il leur disait : « Prenez bien garde de ne pas considérer ce parfum comme quelque chose de vain et de futile; car, de même que le pain de l'Eucharistie après l'invocation du Saint-Esprit, n'est plus un pain ordinaire, mais le corps de Jésus-Christ; de même, le saint parfum n'est plus quelque chose de simple, ou, si vous voulez, de profane, mais un don de Jésus-Christ et du Saint-Esprit, don qui est devenu efficace par la présence de la divinité. » {Catech. Myst.)
h) Le signe de la croix, que l'évêque trace sur le front de celui qu'il confirme, doit rappeler à celui-ci, qu'il ne doit jamais rougir de la croix, mais confesser sans honte sa foi en Jésus crucifié, comme S. Paul le dit dans son Epître aux Romains : « Je ne rougis point de l'Evangile, parce qu'il est la vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient. ■» (1, i6.) S. Augustin s'exprime très-bien à ce sujet quand il dit : « Ce qui est un objet de raillerie pour l'orgueilleux, est un objet de gloire pour le chrétien, ne rougissez pas de la croix de Jésus-Christ! C'est pour cela qu'on vous a imprimé sur le front, qui est le siège de la honte, le signe de la croix. Considérez votre front, pour ne pas trembler devant une langue impie! »
Confirmation administrée à Constantin-le-Grand.
Déjà du temps de Constantin-le-Grand , on se servait dans les cérémonies de la Confirmation, du signe de la croix et de l'onction. Ainsi il dit lui-même : « Après que j'eus été levé des fonts baptismaux et revêtu de la robe blanche, il (le pape Sylvestre) se servit de l'onction du saint-chrême pour m'im-
1 !0 DES SACUEMENTS.
primer le sceau des sept dons du Saint-Esprit, et traça sur mon front le signe de la croix. » {Liturg. sacr.)
3) Après V onction, Vévêque frappe légèrement la joue du nouveau confirmé avec la main, en disant : Pax tecum. tt Que la paix soit avec vous. » Par là l'évêque veut lui faire entendre (ju'étant fortifié, il doit être prêt à souffrir avec une patience invincible toutes sortes de contradiction pour le nom de Jésus-Christ.
Le léger soufflet donné dans la Confirmation
indique en même temps qu'on est reçu tout-à-fait au service de Jésus-Christ. Cette coutume, dit le savant Binterim, a prohablement son origine dans la cérémonie d'admission au service militaire et dans la chevalerie, cérémonie qui était en vogue au dixième et au onzième siècle, (car on frappait que]qu.'un chevalier). Un souftlet indiquait en effet qu'on était admis au service du roi, comme nous l'apprend la chronique belge {Chronicum Belgicum.) Déjà même du temps de Charlemagne cette forme d'admission était en usage. Or, comme le chrétien était admis par la Confirmation, au service spirituel du roi céleste et accepté dans la société et dans l'armée active de l'Eglise militante, on emprunta cette cérémonie d'admission aux coutumes militaires. L'évoque Durand est le témoin le plus ancien de cet usage. [Binterim' s Denkwürd.)
Comparaison.
« Par la Confirmation le chrétien devient un soldat de Jésus-Christ; c'est ainsi qu'i4 est incorporé au service militaire du christianisme, où ii doit chercher et soufïrir patiemment les adversités plutôt que de poursuivre les agréments et les douceurs de la vie; il faut qu'il soit sans cesse sur le qui Vive et attentif aux coups que lance l'ennemi. C'est ce devoir que le léger soufflet rappelle au confirmé. » [S. Charles Borr.)
4) En terminant Vévêque donne à tous la bénédiction, en disant : « 0 Dieu! achevez en nous ce que vous avez opéré en nous du haut du ciel. Gloire soit au Père, etc. »
DE LA CONFIIIMATION. 1 J \
— « 0 Dieu! qui avez donné le Saint-Esprit à vos apôtres, et qui par eux et par leurs successeurs avez voulu le donner à tous les fidèles, regardez avec bonté votre indigne serviteur, et faites que le même Saint-Esprit vienne avec ses dons dans les cœurs de ceux que nous avons marqués au front avec le saint-chrême et l'auguste signe de la croix, et qu'y habitant toujours, il les rende des temples dignes de sa gloire; exaucez-nous, o vous qui, avec le Père et le même Saint-Esprit, vivez et régnez dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
{Gr. Cat. 12^ q.) Importance de la Confirmation, — Explication. La Confirmation n'est pas absolument nécessaire, comme le Baptême, mais ce serait néanmoins un péché si on ne la recevait pas par négligence ou par indifférence. Celui qui néglige de recevoir ce sacrement ressemble à un soldat, à un voyageur qui néglige de se munir d'armes, quoiqu'il doive passer par une forêt dangereuse où les voleurs l'attendent et l'épient. Quelle folie et en même temps quel crime ne serait-ce pas, si l'on ne recevait point la Confirmation! C'est pourquoi Hugues de Saint- Victor écrivait : « Nous serions exposés à un grand danger, s'il nous arrivait de sortir de cette vie sans ce sacrement, non que l'on serait damné précisément pour l'avoir négligé, mais pour avoir manqué à la perfection qui nous est prescrite. » Il ajoute encore : « Les enfants mêmes qui ont été baptisés, obtiendront une plus grande gloire. » Et d'après S. Thomas d'Aquin, « au jour de la résurrection, fortifié par la grâce de la Confirmation, on paraîtra plus parfait que si on ne l'avait pas reçue. »
Punition de ceux qui négligent la Confirmation.
Un certain philosophe, appelé Novatien, éprouvait une prédilection spéciale pour la religion chrétienne. Etant
1 li DES SACREMENTS.
tombé subitement malade, il se fit baptiser, mais négligea ensuite de recevoir le sacrement de Confirmation. Faible enfant dans la foi, soldat sans armes, il devint bientôt le jouet du démon. Poussé par des motifs indignes, il trouva moyen de se faire ordonner prêtre. Il produisit un scbisme qui dégénéra en hérésie, et troubla longtemps l'Eglise. Il mourut misérablement, et les Pères nous disent sans hésiter, qu'il tomba dans tous les crimes pour avoir négligé de recevoir le sacrement de lumière et de force. « Puisqu'il n'avait pas reçu de l'évêque le sceau (la Confirmation), » dit le pape S. Corneille, « comment aurait-il reçu le Saint-Esprit? »
{Gr. Cat. 45«-16« q.)
Sujet du sacrement de Confirmation et disposition pour le recevoir. — Explication. Tout homme baptisé peut recevoir la Confirmation: mais pour la recevoir dignement, il est encore nécessaire que l'on soit en état de grâce, puis^iue la Confirmation est un sacrement des vivants, et que l'on doit avoir conséquemment la vie de l'âme, si l'on veut la recevoir avec fruit, c'est-à-dire, pour l'augmentation de la grâce sanctifiante ou de la vie surnaturelle. C'est pourquoi l'on doit se préparer pour recevoir la Confirmation, et pour cela on doit 1) purifier sa conscience de tous les péchés au moins mortels par le sacrement de Pénitence; 2) se faire bien instruire dans les vérités fondamentales de la foi, et surtout dans ce qui regarde la Confirmation; d'où suit en même temps qu'on ne peut pas admettre les tout jeunes enfants à la Confirmation sans une cause légitime; 3) désirer, à l'exemple des apôtres réunis à Jérusalem, avec une vive ardeur, la grâce du Saint-Esprit, et faire en conséquence des prières et des bonnes œuvres(telles que jeûner et donner des aumônes). S. Thomas d'Aquin écrit au sujet de cette préparation : « Les adultes, qui doivent être confirmés, s'ils désirent d'obtenir les grâces et les dons de ce sacrement,
DE I.A CONFIRMATION. iVà
auront soin, non-seulement d'y apporter de la foi et de Ja piété, mais encore de se repentir sincèrement des péchés graves qu'ils ont eu le malheur de commettre. C'est pourquoi ils doivent se confesser auparavant, se rendre clignes de la grâce de la confirmation par le jeûne et d'autres œuvres pieuses et , selon l'usage louable de la primitive Eglise , ne recevoir ce sacrement qu'à jeun.
Pendant la Confirmtîon même on doit demander avec une vive piété les dons du Saint-Esprit, et promettre à Dieu de vivre et de mourir en bon chrétien ; ensuite on ne doit pas s'éloigner avant que l'Evêque ait donné sa bénédiction. Sous ce dernier rapport il fut établi dans un synode tenu à Liège en 1287 : « qu'on avertirait ceux qui devaient être confirmés, à se trouver à temps à la Confirmation de manière à être présents aux premières oraisons récitées par l'Evêque et de demeurer dans l'Eglise jusqu'à ce qu'il eût prononcé les dernières. »
Après la Confirmation, cela s'entend, on doit remercier humblement Dieu des grâces reçues et passer la journée saintement; enfin l'on doit conserver et augmenter la grâce du Saint-Esprit en luttant constamment contre lesennemisdu salut, eten pratiquant avec ardeur le bien, selon cet avis de S. Paul: « Sachez que vous êtes les temples du Saint-Esprit, et que Dieu habite en vous ; glorifiez et portez Dieu dans votre corps. Ne contristez pas l'Esprit de Dieu, cet Esprit-Saint par lequel vous avez été marqués comme d'un sceau pour le jour de la rédemption; n'éteignez point l'Esprit-Saint, gardez le trésor qui vous a été confié par l'Esprit- Saint. »
Dispositions des Japonais en recevant la Confirmation.
Au rapport du missionnaire Jésuite, Jean Hayus (in lit. Jap. anno 1605), les Japonais recevaient le sacrement de Confirmation avec des sentiments si pieux et une dévotion si profonde qu'un évêque du Japon disait qu'il n'avait jamais rencontré chez aucun peuple chrétien autant d'amour, de piété et de respect pour ce sacrement nne chez les Japonais. Aussi ne devons-nous pas être surpris si la grâce de ce sacrement eût tant d'efficacité chez eux et les fortifiât de manière à rester fermes au milieu des plus atroces persécutions. — Hélas! quels flots de sang de ces martyrs n'engraissèrent pas le champ du Seigneur, ce champ que S. François Xavier cultiva le premier au Japon ! Déjà en lo90, selon Pufîendorf, 20,000 martyrs des deux sexes avaient été, ou décapipités, ou mis en croix, ou brûlés vivants. — D'un autre côté, nous devons être peu surpris que la foi de tant de chrétiens soit de nos jours si faible, si facile à séduire, si lâche à chaque tentation, puisque la Confirmation est souvent reçue avec si peu de piété et que les grâces qu'on y reçoit sont si peu estimées.
Des ])arrains et marraines dans la Confirmation; des noms qu'on y impose. — Explication. Comme dans le Baptême, on se sert aussi dans la Confirmation de parrains et de marraines, et quelquefois l'on donne à celui qui doit être confirmé un nouveau nom. Expliquons encore brièvement ces deux points.
a) Dans la Confirmation on prend aussi des parrains, afin de conduire les futurs confirmés à la Confirmation, et qu'ils les assistent de leurs conseils et de leurs avis dans le combat spirituel, en vue duquel le sacrement de Confirmation les consacre. C'est pourquoi les parrains mettent la main sur l'épaule droite de celui que l'évêque confirme, pour marquer qu'ils deviennent leurs gardiens et leurs protecteurs. Dans quelques diocèses chaque
BE LA CONFIHMATIO.N. Mo
futur confirmé a son parrain ou sa marraine propre, dans d'autres diocèses il n'y a qu'un parrain pour les garçons, qu'une marraine pour les filles d'une même paroisse. — Les qualités que l'Eglise exige des parrains et des marraines sont indiquées tout au long dans un synode de Cologne tenu en 1652. Les parrains et les marraines de Coiiürmation doivent être autres que ceux du Baptême et de même sexe que le futur confirmé, catholiques, confirmés eux-mêmes, d'une conduite irréprohabile et d'un âge tel qu'ils puissent remplir leurs devoirs comme parrains de Confirmation. Les parents ne peuvent être les parrains de leurs enfants. — Comme les parrains de Confirmation deviennent les parents spirituels des confirmés, ils contractent avec ceux-ci une affinité spirituelle, conséquemment le même empêchement de mariage comme dans le Baptême.
• Le parrain de Confirmation. (Notice historique).
Dès l'époque où la Confirmation fut conférée séparément du baptême, il y eut aussi un parrain particulier qui était chargé d'instruire le futur confirmé avant la réception du sacrement, et c'était lui qui le proposait ensuite à l'évêque. D'après quelques-uns, ce serait le pape Hygin (t 14:2) qui aurait établi les parrains de Confirmation. Ceux-ci devaient surtout monfrer leur sollicitude immédiatement après la Confirmation, en ayant soin de couvrir de suite avec une bandelette de toile le front du confirmé, afin d'empêcher le saint-chrême de découler. Cette bandelette, le nouveau confirmé la portait durant les huit premiers jours, comme les nouveaux baptisés portaient leur robe blanche; quelques synodes calculaient ces jours d'après les sept dons du Saint- Esprit et le huitième jour était destiné à enlever ce bandeau. Au treizième siècle on borna ce temps à trois jours; au seizième à un jour. Dans quelques diocèses de France on introduisit la coutume de frotter de suite, après l'onction, le front du confirmé au moyen d'ouate et de le lui essuyer après
avec le bandeau; c'était le parrain qui se chargeait de cette dernièrebesogne. Cet usage se propagea bientôt dans d'autres pays. Dans quelques contrées on a coutume de laver avec de l'eau et du sel le front des confirmés et de l'essuyer soigneusement au moment de sortir de l'église. {Antiquités de Binterim.)
b) Le nom imposé dans la Confirmation. L'usage dans quelques diocèses de donner encore au confirmé le nom d'un saint, semble être un vestige de l'ancienne discipline ecclésiastique, lorsqu'on était dans l'habitude de donner la Confirmation immédiatement après le Baptême. On conserva cet usage, vraisemblablement pour engager de nouveau le confirmé à imiter son pieux modèle, ou comme le dit le synode de Milan, pour pouvoir changer dans la Confirmation le nom de Baptême, s'il avait ou quelque chose d'inconvenant ou de contraire au christianisme. Nous trouvons un exemple de ce chan; gement de nom dans la Vie des Saints de Butler, où l'on raconte que S. Adalbert, martyr et évêque de Prague (t 997) reçut au Baptême le nom de Woytiech (vainqueur, Yincens) et qu'Adalbert, évêque de Magdebourg, lui donna le sien en le confirmant. [Liturg. sacra IL)
Pratique. Fortifié par la grâce du Saint-Esprit qui vous a été accordée dans sa plénitude par la confirmation, c'est votre devoir de remplir avec joie et sans crainte ni honte les obligations d'un fidèle catholique; plein d'un saint courage, combattez chaque jour, chaque moment pour triompher des ennemis de votre salut, et pour conquérir le ciel comme autrefois les croisés conquéraient la terre sainte; car, parla confirmation, vous êtes devenu un soldat, un athlète, un croisé de Jésus-Christ; désormais il faut que vous combattiez pour sa cause, pour sa gloire! Et si dans cette glorieuse lutte, vous devez souffrir des mépris et des persécutions pour votre
DE l'eucharistie. 117
foi, comptez-les comme un honneur, réjouissez-vous en comme les Apôtres. L'Ecriture-Sainte a dit d'eux qu'ils « s'en allèrent pleins de joie hors du conseil, p^rce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir cet outrage pour le nom de Jésus. » {Act. des Apôt. 5, 41.)
Remarque. Pour les exemples voyez tome II, la 8" béatitude.