‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 4 sur 28 · DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

DU SACREMENT DE L'EUCHARISTIE

§ I DE LA PRÉSENCE RÉELLE DE JÉSUS-CHRIST DANS LE SACREMENT DE l'eUCHARISTIE.

{Gr. Cat. \-¥ g.) Ce que c'est que le Saint-Sacrement de l' Eucharistie; preuves qui établissent que c'est vraiment un Sacrement. — Explication. Le Saint-Sacrement de l'Eucharistie c'est le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ réellement et substantiellement présent sous les espèces de pain et de vin pour être la nourriture de nos âmes. — Ce Sacrement porte différents noms. 11 s'appelle Eucharistie, c'est-à-dire grâce ou don par excellence parce que c'est le don le plus excellent que Dieu nous ait fait; Sacrement de l'autel, parce que c'est sur l'autel qu'il s'accomplit et qu'il se garde; le très-saint Sacrement, parce qu'il contient le corps adorable de notre divin Sauveur; le pain de vie, le pain céleste, parce qu'il nourrit l'âme et la conserve pour la vie éternelle, et parce que venant du ciel il nous y conduit; la sainte Cerne, c'est-à-dire saint souper, parce que Jésus-Christ l'institua après le dernier souper qu'il fit avec ses Apôtres; la sainte Table ou la Table du Seigneur, parce que c'est un festin spirituel auquel le Seigneur invite tous les fidèles et où il les admet tous à sa table ; la communion, parce que ce Sacrement nous unit à Jésus-Christ de la manière la plus étroite; le viatique, parce que c'est une nourriture .<pi-

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rituelle qui nous l'ortifie sur le chemin du ciel ; la sainte hostie, c'est-à-dire la sainte victime, parce qu'elle contient Jésus-Christ qui s'immole pour nous sur les autels comme sur le Calvaire. Anciennement on appelait aussi l'Eucharistie le saint du Seigneur, ou simplement les choses saintes ; d'autres fois les Mystères terribles.

Que l'Eucharistie est un Sacrement, la preuve en est qu'elle réunit toutes les conditions d'un véritable Sacrement; 1) le signe sensible, à savoir la matière qui consiste dans le pain non fermenté et dans le vin de la vigne, puis dans la forme dont les paroles sont : « Ceci est mon corps, » — « Ceci est mon sang. « 2) La grâce invisible, qui est Jésus-Christ lui-même, l'auteur et le distributeur de toutes les grâces, et 3) V institution par Jésus-Christ. Le divin Sauveur institua en effet ce Sacrement à la dernière Cène, la veille de sa passion. Voici comment l'Ecriture-Sainte nous rapporte

L" inslilution de la sainte Eucharistie

Lorsque le divin Sauveur avant sa passion eut mangé l'agneau pascal avec ses Apôtres selon les prescriptions de la loi de Moïse, il prit le pain dans ses mains saintes et vénérables, leva les yeux au ciel vers Dieu son Père tout-puissant, lui rendit grâces, bénit le pain, le rompit et le distribua à ses disciples, en disant : « Prenez et mangez; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. » Puis prenant le calice avec le vin, et ayant de nouveau rendu grâces, il le bénit et le donna à ses disciples en disant : « Buvez en tous; car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour vous et pour plusieurs, en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi. » (Voyez. S. Matth. 16, S. Marc. 14, S. Luc. 22, S. Jean 13, et la 1 Epit. au Cor. 11.) Ce fut ainsi que Jésus-Christ institua la sainte Eucharistie où il se donne réellement lui-même aux siens sous les espèces de pain et de vin pour être la nourriture des âmes.

DE l'eucharistie. 1 19

{Gr. Cal. 0-8' q.) La présence de Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie. — Explication. Quand le divin Sauveur eut prononcé sur le pain et le vin ces paroles : « Ceci est mon corps « — « Ceci est mon sang, » le pain l'ut changé au vrai corps, et le vin au vrai sang de Jésus-Christ, et il ne resta plus rien du pain et du vin que les apparences, c'est-à-dire ce qui apparaît à nos sens, tels que la forme, la couleur, le goût, l'odeur etc. du pain et du vin. — Que Jésus- Christ par ces paroles : « Ceci est mon corps,— ceci est mon sang, « donna réellement aux Apôtres son vrai corps et son vrai sang, et que par conséquent Jésus est vraiment, réellement et substantiellement présent dans la Sainte-Eucharistie, avec sa chair et son sang, son corps et son âme, sa divinité et son humanité, sous les apparences du pain et du vin, c'est ce qui se prouve par les raisons suivantes.

l) Jésus-Christ avait promis auparavant à ses disciples quil leur donnerait réellement sa chair à manger et son sang à boire.

Piécit de l'Evangile.

C'étail vers le temps de Pâques, une année avant que Jésus- Christ célébrât avec ses Apôtres la dernière Cène, lorsqu'il nourrit avec cinq pains et deux poissons cinq mille hommes dans le désert. Attirée par ce prodige, le lendemain une foule de personnes se réunit de nouveau autour de Jésus- Christ; et pendant que tous étaient encore pénétrés d'admiration devant le miracle de la multiplication des pains, le Sauveur leur parla d'un pain beaucoup plus précieux qu'il donnerait en nourriture à ses fidèles disciples. « Le pain que je vous donnerai, dit-il, c'est ma chair qui doit être livrée pour la vie du monde. » {S. Jean 6, 5:2.) Alors les Juifs étonnés se demandèrent entre eux : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Mais Jésus leur dit : « En vérité,

en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. » [S. Jean 6, 52 et suiv.)

2) Jésus-Christ déclara ensuite en termes formels, lors de la dernière Cène, que ce qu'il donnait en ce moment à manger et à boire à ses disciples était réellement son corps et son sang; car il dit expressément : « Ceci est mon corps; — ceci est mon sang. » Puisque Jésus-Christ luimême, « dit S. Cyrille, » affirme, en i)arlant du pain, que c'est son corps, qui oserait jamais en douter? Et puisqu'il affirme que le vin est son sang, qui oserait le révoquer en doute et dire que ce n'est pas son sang? » {Catech. 4 Mystag.)

Le calviniste confondu.

Françoise de Chantai était à peine âgée de cinq ans, quand un seigneur de la religion réformée essaya d'attaquer en sa présence le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement. Pleine de zèle pour la défense de la foi catholique, elle prit la parole et dit : « Ainsi vous ne croyez pas que Jésus-Christ est présent dans la sainte Eucharistie; quoiqu'il l'ait affirmé positivement? Vous le faites donc passer pour un menteur? Eh bien! si vous osiez attaquer l'honneur du roi, mon père le défendrait jusqu'à la dernière goutte de son sang et vous tuerait peut-être. Et qu'aurez-vous donc à attendre de la part de Dieu, vous qui osez appeler son Fils un menteur? » Le calviniste tout déconcerté par le zèle qui animait l'enfant en parlant, se tut et essaya de l'appaiser au moyen de quelques petits présents. Mais celle-ci enflammée d'une sainte ardeur pour sa foi , prit les présents et les jeta au feu en disant : « Voilà ce que deviendront tous les hérétiques! Ils brûleront en enfer puisqu'ils n'ont pas voulu croire aux paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

(3 Les apôtres l'ont toujours cru et enseigné. Ainsi S. Paul écrit : « N'est-il pas vrai que la coupe de béné-

DE l'eucharistie. 121

diction que nous bénissons, est la communion du sang de Jésus-Christ? Y.\. que le pain que nous rompons est la communion du corps de !Sotre-Seigneur?^^{i Epît. aux Cor. 10, 16.) et autre part encore : « C'est du Seigneur même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné; que le Seigneur Jésus, la nuit même qu'il devait être livré, prit du pain : et rendant grâces, il le rompit, et dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi... Il prit de même la coupe, après qu'il eut soupe, et il dit : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous la boirez... Quiconque mangera ce pain et boira la coupe du Seigneur indignement sera coupable du crime contre le corps et le sang du Seigneur... que l'homme donc s'éprouve soi-même, etc.. » (1 Epît. aux Cor. 11, 23-29.) — Avec ce témoignage de l'Apôtre s'accordent

4) La doctrine et la foi de l'Eglise catholique. Nous le prouvons a) par ses prières et ses cérémonies; b) par l'histoire; c) par la décision des conciles, les nombreux témoignages des SS. Pères et les écrivains ecclésiastiques.

Les prières et cérémonies de VEglise

employées dès les premiers siècles, nous prouvent qu'elle a toujours cru à la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Ainsi, par exemple, il est dit dans la liturgie de Jérusalem, dont les parties principales sont attribuées à S. Jacques : « Que toute chair humaine et mortelle se taise ; qu'elle se tienne craintive et tremblante; que toute pensée terrestre disparaisse de l'esprit; car le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, Jésus-Christ notre Dieu descend du ciel, afin d'être offert en sacrifice et donné en nourriture aux fidèles. » Plus loin il est dit encore : « Envoyez i'Esprit-Saint sur nous et sur les dons

CATÉC. PRATIQUE. T. III. 6

\i2 DES SACREMENTS.

afin que par sa sainte, bienfaisante et glorieuse présence il fasse de ce pain le sacré corps de Jésus-Christ; ainsi soit-il ; et de ce calice, le sang précieux de Jésus-Christ, ainsi soit-ii. » — Dans le rit de S. Basile nous lisons : « Nous vous prions, ô suprême Majesté, de daigner envoyer votre Saint-Esprit sur nous et sur ces dons, afin qu'il les bénisse et les sanctifie, afin qu'il change ce pain aie vrai et précieux corps de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, notre Dieu et Sauveur, et ce calice au vrai et précieux sang qui a été versé pour la vie du monde. Faites de ce pain le corps glorieux de notre Sauveur Jésus-Christ, pour la rémission de nos péchés. » etc. Remarquons encore les paroles du savant protestant Hugo Grotius qui dit : « Dans toutes les liturgies grecques, latines, arabes, syriaques et autres, je trouve des prières à Dieu, afin qu'il daigne sanctifier par son Esprit-Saint les dons offerts, et les changer au corps et au sang de son Fils. Je prétends donc et avec raison, qu'on n'aurait pas dû changer un usage aussi ancien et aussi universel dont l'origine remonte aux premiers temps du christianisme. »

Une accusation mémorable contre tes chrétiens aux premiers siècles de VEglise.

L'histoire elle-même nous est garant de cette croyance de l'Eglise dès les premiers temps du christianisme. Ainsi, au rapport de plusieurs historiens, un conte était propagé parmi les autorités païennes que les chrétiens, au milieu de leurs assemblées religieuses, mangeaient de la chair humaine et tuaient à cet effet de petits enfants. Cette accusation n'était pas nouvelle, déjà les juifs et l'apostat Simon-le-magicien l'avaient faite précédemment; quelques aveux arrachés par les tortures à de faibles chrétiens, qui confessèrent qu'on mangeait dans les assemblées un corps et qu'on y buvait du sang, confirmèrent les juges païens dans leurs préjugés contre les disciples de Jésus-Christ. Or, d'où aurait pu provenir

DE l'eucharistie. \Î3

une telle accusation, sinon de la mauvaise interprétation du dogme eucharistique, d'après lequel les chrétiens se nourrissaient du vrai corps et du vrai sang de Jésus-Christ? — Sous ce rapport l'histoire du martyre de S. Photin, vieillard de quatre-vingt dix ans, et qui fut exécuté en même temps que l'esclave chrétienne Billias, est très-touchante. Accusée du crime d'avoir mangé de la chair humaine, elle répondit: « Comment se pourrait-il que des gens qui ne se nourrissent pas même du sang des animaux, mangeassent des enfants? » — Sans se permettre de trahir le mystère de l'Eucharistie, elle disait seulement : « Nous ne mangeons pas de chair humaine, nous ne tuons pas d'enfants, c'est une calomnie. » Ainsi, à cause de ce mystère, S. Blandine fut encore livrée aux supplices depuis le matin jusqu'au soir, et cette vierge courageuse ne cessait de dire : « Je suis chrétienne; chez nous il ne se fait rien qui soit défendu. » — Si ces chrétiens n'avaient pas cru que ce qu'ils mangeaient et buvaient dans la sainte Communion, fût le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, qu'est-ce qui eût pu les engager à endurer les plus horribles tortures pour cacher ce mystère? Quelle raison auraient-ils pu avoir de garder un si profond secret, s'ils n'avaient regardé l'Eucharistie que comme une figure, un symbole du corps et du sang de Jésus-Christ? Il leur aurait suffi de dire : « Nous sommes innocents ; nous mangeons simplement du pain ordinaire, nous ne buvons que du vin pour entretenir la fraternité; notre pain et notre vin ne sont qu'un signe, un souvenir qui nous rappelle le corps que notre maître sacrifia sur la croix, et le sang qu'il versa, » et cette déclaration eût suffi pour les renvoyer absous ; mais cette déclaration ils ne la firent pas; ils préférèrent mourir, plutôt que de renoncer à leur foi dans la présence réelle de Jésus - Christ au très-saint Sacrement.

Témoignages des SS. Pères.

Nous avons encore les témoignages unanimes des SS. Pères touchant la foi dans la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Nous ne rapporterons que les

témoignages des premiers siècles ; car, ce que l'on croyait à cette époque devait être sans doute la vraie croyance des chrétiens. S. Ignace, évêque et martyr, écrivit à l'Eglise de Smyrne, en parlant aux hérétiques qui niaient la réalité du corps de Notre-Seigneur: « Ils s'éloignent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscilée. Ceux, qui nient ce don, meurent dans leur incrédulité et se perdent sans espérance de salut. » Avant d'être transporté à Rome pour y souffrir le martyre, il écrivit une lettre aux Romains, dans laquelle il exprimait ainsi son désir de la sainte Euchariste: « Je veux le pain du ciel, le pain de la vie, qui est la chair de Jésus-Christ, du Fils de Dieu; je désire pour breuvage son sang, qui est l'amour permanent, la vie éternelle. »

Au deuxième siècle, S. Justin, martyr, écrivait dans une apologie adressée à l'empereur Antonin : Nous ne prenons pas cet aliment sacré comme un pain commun ni comme un breuvage ordinaire; mais, comme par la parole de Dieu le Verbe s'est fait chair et a pris la chair et le sang pour notre salut, de même nous sommes instruits que cette nourriture, qui par un changement alimente notre chair et notre sang, étant sanctifiée par la prière et l'action de grâces du Verbe, est la chair et le sang de ce même Jésus incarné. »

Au troisième siècle, S. Cyprien, évêque et martyr, écrivait: « Jésus-Christ appelle ce sacrement son corps, sa chair et son sang.... le pain ordinaire a été changé au corps et au sang de Jésus-Christ.... Ce pain que le Sauveur présentait à ses disciples a été changé, non en figure, mais en substance, et par la puissance du Verbe il est devenu chair. » Voilà comment parlent tous les SS. Pères durant la suite des siècles. S'ils se reveillaient de leurs tombeaux et remontaient dans les chaires de nos temples, ils enseigneraient ce que l'Eglise enseigne encore aujourd'hui touchant la sainte Eucharistie. {Voyez Gousset, Théol. Dogm. Tome IL Traité de V Eucharistie.)

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A ces différents témoignages nous ajoutons le fait suivant, digne d'être remarqué, et que l'on cite dans l'histoire de S. Thomas de Villeneuve.

Jésus-Christ est réellement présent dans la sainte Eucharistie.

Un jour S. Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, fut appelé en toiit(! hâte chez un malade qui ne voulait pns mourir, disait-il, avant de lui avoir communiqué un événement qui s'était passé dans sa jeunesse. « Je suis né de parents Juifs, » dit le malade, « et je fus instruit avec soin à leur manière. Un jour, obligé d'aller avec un autre garçon de ma race dans un endroit assez éloigné, nous parlions en chemin à cœur ouvert de la venue du Messie, que les Juifs attendent encore et dont nous avions si souvent entendu parler. Et plus nous parlions de ce sujet, plus nos désirs devenaient ardents pour qu'il parût pendant le cours de notre vie et que nous pussions le voir de nos propres yeux. Pendant que nous nous communiquions ainsi nos souhaits d'enfant, nous découvrîmes tout-à-coup à l'horizon une lumière éblouissante, et comme mon père m'avait donné souvent ce singulier conseil, qu'aussitôt que je verrais le ciel s'ouvrir, je devais demander de suite une grâce à Dieu, nous tombâmes tous les deux à genoux et nous priâmes Dieu de vouloir nous montrer le Messie promis et si longtemps désiré. Et voilà qu'au milieu de l'espace lumineux, parut un calice rayonnant, au-dessus duquel brillait une blanche hostie, telle qu'on l'élève d'ordinaire dans les églises catholiques. Nous ouvrîmes de grands yeux en voyant ce signe miraculeux, mais nous nous trouvions tous les deux merveilleusement consolés, et nous savions quel était maintenant ce Messie que nous avions désiré voir. Par crainte de nos parents, nous tûmes ce que nous avions vu, mais dans la suite j'eus le bonheur de devenir chrétien. Quant à mon camarade, j'ignore ce qu'il a fait et ce qu'il est devenu. » Le moribond termina son récit en souhaitant que tout ceci fut rendu public après sa mort; S. Thomas dit très-bien à ce sujet que de tels prodiges sont plus utiles aux infidèles qu'aux fidèles. Nous n'a-

vons pas besoin, en effet, de l'apparition d'un calice et d'une hostie dont la figure rayonne dans l'air, puisque chaque jour nous les voyons s'élever sous nos yeux; dans le calice et dans l'hostie nous découvrons par les yeux de la foi, le sang et le corps du Seigneur, de notre Sauveur lui-même. {Veith.)

(Gr. Cat. 9<^-12« q.) Ministres de ce sacrement. — Explication. Jésus-Christ n'a pas seulement changé lui-même le pain et le vin en son corps et en son sang, mais il a encore donné ce pouvoir à ses apôtres par ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi. » Des apôtres, ce pouvoir passa auxévêques et aux prêtres, qui l'emploient pendant la sainte Messe lorsqu'ils prononcent sur le pain et le vin ces paroles: « Ceci est mon corps, — ceci est mon sang, » de sorte qu'après la consécration il n'y a plus sur l'autel du pain et du vin, mais le vrai corps et le vrai sang de Jésus- Christ sous les apparences du pain et du vin. C'est ainsi que S. Irenée a dit : « Lorsqu'au-dessus du calice mêlé (c'est-à-dire au-dessus du vin mêlé d'eau; car depuis les temps apostoliques on mêlait avant la consécration un peu d'eau au vin) lorsqu'au-dessus du calice et du pain, la parole de Dieu est prononcée, aussitôt ils deviennent le corps et le sang du Sauveur. » S. Cyrille d'Alexandrie dit: « Le pain et le vin qui, avant l'invocation de l'adorahle Trinité, n'étaient que du pain et du vin, deviennent, après l'invocation, le corps et le sang du Christ. » S. Grégoire de Nazianze dit: « Avant que les paroles de Jésus- Christ soient prononcées, ce qui est offert, est du pain, mais aussitôt qu'elles ont été prononcées, on ne l'appelle plus pain, mais le corps de Jésus-Christ. Quiconque ne croit pas, dès que le prêtre les a exprimées, que le corps de Jésus-Christ est présent, a renoncé sans aucun doute à la foi. » Aussi dans les liturgies de S. Basile et de S. Chrysostôme il est recommandé au peuple

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de dire « amen, » aussitôt que le prêtre a prononcé les paroles sacramentelles sur le pain et le vin, et de se mettre à genoux pour adorer le divin Sauveur. Il faut donc que les chrétiens aient toujours cru à la présence de Jésus-Christ après les paroles de la consécration, puisque de suite après, ils l'adoraient.

L'HoHie consacrée.

Dans un ancien récit, mais dont on ne peut constater l'authenticité, on raconte d'un sultan que, parmi ses prisonniers de guerre, devenus ses esclaves, il y avait un prêtre catholique, qu'il fit comparaître en sa présence et auquel il ordonna de célébrer le saint Sacrifice des chrétiens. Tous les ornements et les instruments nécessaires à la sainte Messe furent donc apportés, et le prêtre dut se résoudre à la célébrer sous les yeux du despote qui se nommait le chef des fidèles et leur empereur. Lorsque la consécration eut eu lieu, on vint dire au prêtre qu'il eut à porter sur la patène l'Hostie consacrée devant le sultan. Celui-ci la considéra quelque temps avec la plus grande attention, puis il s'écria avec étonnement : « Vraiment, c'est une grande foi que la foi des chrétiens! » — Voilà le cri qui lui échappa parce que dans les espèces du pain il ne voyait et ne découvrait autre chose que l'apparition du pain. — Son observation était très-juste. Il n'y a en effet qu'une foi grande et magnanime qui aperçoive cette merveilleuse transsubstantiation. « Crois! » dit S. Augustin, « et la connaissance sera la récompense de ta foi. Pour la foi, ces deux mots suffisait : c'est le corps de Jésus-Christ, c'est son sang. -»{Veith.)

Comparaisons.

« De même que le fer rouge prend la nature du feu, de même la substance du pain et du vin se change en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, dès que le prêtre a prononcé, durant la sainte Messe, sur le pain et le vin ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » [Lohn. Bibl. Conc.)

« Moïse jeta à terre sa verge et elle fut changée en serpent. La nature de la verge et celle du serpent furent même changées deux fois. L'eau des fleuves fut changée en sang, la mer Rouge se partagea en deux et demeura immobile. Le cours du Jourdain remonta vers sa source, l'eau jaillit du sein des rochers. Or, si la bénédiction d'un homme put changer la naturf dans ses lois, à plus forte raison la consécration divine le pourra-t-elle, puisqu'elle se fait par les paroles de Jésus-Christ. Celui qui a pu faire quelque chose de rien, de ce qui n'existait pas, peut bien changer quelque chose qui existe en ce qui n'y existait pas. » {S. Ambrosius. Lib. de myster., cap. 8.)

{Gr. Cat. 15« q.)

Présence jpermaneyite de Jésus-Christ dans V Eucharistie. — Explication. Après la consécration, Jésus-Christ demeure présent avec son corps et son sang, tant que les espèces apparaissent. Aussi longtemps que le disque du soleil est visible dans le ciel, la lumière et la chaleur continuent de régner sur la terre. De même aussi longtemps que les espèces du pain et du vin sont visibles, Jésus-Christ est présent dans le saint sacrement de l'Autel, et répand sa lumière et sa chaleur divine sur tous ceux qui l'adorent avec foi et le reçoivent dignement.

La présence permanente de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie

fut toujours admise par l'Eglise catholique. S. Cyrille d'Alexandrie défendait déjà au v<^ siècle cet article de foi, quand il disait : « J'entends que quelques-uns prétendent que l'Eucharistie ne peut communiquer la sainteté à ceux qui la reçoivent quand elle a été gardée d'un jour à l'autre. C'est évidemment une erreur, puisque Jésus-Christ n'est plus sujet à la corruption, ni son corps au changement. » Une preuve de ceci c'est la constante croyance des fidèles. Ainsi, par exemple, d'après l'apologie de S. Justin, il est certain

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que l'on envoyait par le ministère des diacres la sainte Eucharistie aux absents, qu'on la transmettait aux malades. Au temps des persécutions, il était même permis à tous les fidèles de la porter avec eux en voyage et à la maison, afin de se nourrir, en dehors des offices divins, du corps du Seigneur à d'autres jours, et de se fortifier pour le danger imminent du martyre. Nous en voyons des exemples dans S. Domna et S. Eudoxie, martyres. De là on peut conclure facilement que les premiers chrétiens croyaient à la présence permanente de Jésus-Christ dans le saint sacrement de l'Autel, aussi longtemps que les espèces demeuraient.

(Gr. Cat. 14«-15« g.) Jésus est indivisible dans la sainte Eucharistie, c'est-àdire, qu'il est tout entier sous chacune des deux espèces et sous chaque partie de celles-ci. — Explication. Il est encore à remarquer que Noire-Seigneur Jésus-Christ ne peut être divisé; c'est pourquoi il est toiit entier et sans aucune division \)réseni dans chaque espèce, aussi bien du pain que du vin, comme il est tout entier et sans division dans le ciel; et lorsque le prêtre rompt ou divise la sainte Hostie en différentes parties, il ne rompt et ne divise que les espèces; le corps de Jésus-Christ lui-même est tout entier présent et vivant dans chaque partie d'une manière véritable quoique mystérieuse. « Le corps de Jésus- Christ est un et entier, » dit S. Jean Damascène, et cependant à toute heure il est partagé entre des milliers de fidèles; il est tout entier dans chacun parla particule que chacun reçoit; il demeure tout entier et sans partage dans chacun.

Lévêque et le musulman.

Lorsque Samonas, évêque de Gaza, se rendit avec une caravane en Palestine, un musulman lui demanda comment il pouvait s'imaginer que le pain devint le corps de Jésus- Christ et le vin son sang. Le saint évêque lui répondit que

Dieu pouvait faire par un miracle ce qu'il fait chaque jour dans l'ordre de la nature. « A votre naissance, » dil-il, « vous étiez loin d'être aussi grand que vous l'êtes maintenant; qui vous a fait croître? et ce que vous avez mangé, n'est-ce pas changé en votre substance? » — « Mais, » répliqua le musulman, « comment se peut-il que le même corps de Jésus-Christ soit présent dans toutes vos églises? » — « Rien n'est impossible à Dieu, » lui dit l'évêque, « et cette réponse doit sutTire; mais pour vous convaincre que la chose n'est pas impossible, je veux vous le montrer par des comparaisons: Est-ce que la même figure ne se reflète pas dans toutes les parties d'un miroir que l'on a mis en pièces, et mes paroles ne sont-elles pas comprises par toutes les personnes d'une assemblée? Expliquez-moi comment cela se fait. » Le musulman demeura confondu et les chrétiens qui étaient présents furent édifiés et fortifiés dans la foi. [Le P. Goret, de la prés, de J.-C. dans l'Eucharistie.)

{Comparaisons.)

« Comme c'est le même soleil qui est présent en plusieurs contrées, tel qu'il l'était à la création, ainsi il n'est pas étonnant que le même Jésus-Christ que reçurent les premiers chrétiens, nous soit donné aujourd'hui et qu'il soit présent dans tant d'hosties et tant d'endroits diff'érents. » {Faber.)

« Vous dites une parole à haute voix en présence de plusieurs personnes, et chacune d'elles entend la parole tout entière et non en partie. C'est ainsi que vous recevez le corps de Jésus-Christ tout entier et non une partie ou un membre. Après tout, pourquoi ce qui a lieu quand il s'agit de la parole qui sort de notre bouche, ne pourrait-il pas avoir lieu quand il s'agit de la parole ou du Verbe divin qui s'est fait chair? » [Le même.)

{Gr. Cat. 16« q.)

Adoration de Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement. — Explication. Puisque Jésus-Christ demeure toujours

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réellement j)résent dans le très-saint sacrement de l'Autel, il s'en suit que nous devons l'y visiter souvent dans un sentiment de profonde humilité et de grand respect, l'y adorer avec l'amour et la reconnaissance la plus vive. « Tous les anges de Dieu l'adoreront, » s'écrie S. Paul. {Epît. aux Hebr. 1, 6.) Afin de témoigner au Dieu eucharistique toute la gloire qui lui est due, l'Eglise l'expose à l'adoration publique, bénit par lui les fidèles, le porte solennellement avec respect dans les processions (à la Fête-Dieu); institue des fêtes et des confréries et fait brûler devant le Saint des saints dans le tabernacle, une lampe perpétuelle. Nous allons expliquer tout ceci et en faire l'exposé historique.

Exposition du Saint- Sacrement et institution de la procession de la Fête-Dieu.

Dans les premiers temps de l'Eglise, on n'exposait pas publiquement* l'Eucharistie à l'adoration des fidèles; car, à cette époque où la foi des chrétiens dans cet auguste mystère était ferme et inébranlable, il n'était pas nécessaire qu'elle fut excitée et fortifiée par d'autres moyens. Cependant au neuvième siècle parut un certain Scott Erigène, qui osa nier la présence réelle de Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement; mais il mourut sans avoir trouvé des partisans de sa doctrine impie. Vers le milieu du onzième siècle, Berenger renouvela l'hérésie d'Erigène et quoiqu'il retractât ensuite son erreur, il avait cependant jeté la zizanie parmi les savants, et le dogme de la présence réelle fut de nouveau attaqué ; aussi la dévotion des fidèles envers cet auguste sacrement commença à s'attiédir. Afin de s'opposer aux erreurs toujours croissantes et à la tiédeur qui gagnait sans cesse, TEglise chercha à rapprocher les fidèles de la sainte Eucharistie et à réveiller leur ferveur. Robert, évéque de Liège, fut surtout engagé par les prières constantes d'une sainte religieuse, nommée Julienne, à solemniser d'une manière extraordinaire finstitution de la sainte Eucharistie, en la por-

tant publiquement au milieu d'une grande pompe par les rues de la ville; mais avant que la procession eût pu avoir lieu, le pieux pontife mourut. Son successeur, le cardinal Hugues, réalisa cependant sa pensée en faisant une procession où. fut déployée la plus imposante majesté et qui produisit la plus profonde impression sur les cœurs de tous les assistants. L'archidiacre Jacques Pantaléon fut le témoin de cet heureux etfet, et quand, l'année suivante, il monta sur le siège pontifical sous le nom d'Urbain IV, il célébra lui-même cette cérémonie à Orvieto, le 19 juin 1264, avec le plus grand éclat et les suites les plus édifiantes. Convaincu du bien immense que produisait cette glorification publique de la trèssainte Eucharistie, Clément V célébra aussi cette procession à Rome en 1311, et Jean XX la prescrivit en lolo à toute la catholicité. Ce fut depuis cette époque que le Saint-Sacrement, d'abord renfermé dans un vase d'or ou d'ivoire, puis d'une manière visible entre deux verres ou dans un petit cylindre de cristal, fut exposé plus fréquemment et que les processions, surtout dans les nécessités publiques, se firent en y portant la sainte Eucharistie. (Massl. Instructions.)

Les prières de XL heures.

L'histoire nous dit au sujet de ces prières de quarante heures, que d'abord elles se firent, mais sans exposition du Saint-Sacrement, à l'instigation d'un capucin milanais nommé le père Joseph, en loo6, en souvenir des quarante heures que Jésus-Christ reposa dans le tombeau. Un peu plus tard, (en 1360), le pape Pie IV, trouva bon qu'une confrérie de Rome pratiquât durant quarante heures des exercices depiétéen mémoire du jeûne de quarante jours observé par le Sauveur; mais ici encore il n'était pas encore question de l'exposition du Saint-Sacrement. Ce ne fut qu'à la fin du seizième siècle que ces exercices pieux eurent lieu avec exposition. [Cfr. Bened. XIV, inst. 30.) Il paraît qu'originairement les prières de quarante heures se suivaient sans interruption, même durant la nuit. C'était de cette manière que

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l'adoration de quarante heures était célébrée dans beaucoup d'endroits de l'archevêché de Bologne, du temps que Benoit XIV y occupait le siège archiépiscopal. Mais comme l'adoration continuée pendant la nuit était parfois l'occasion de maints désordres et qu'elle fournissait aux esprits soupçonneux un sujet d'accusations souvent aussi infâmes qu'injustes, on se décida à atteindre le but des prières de quarante heures en exposant le très-saint Sacrement durant quatre jours de suite, comme c'est actuellement partout l'usage.

La lampe du saint Sacrement.

Afin de faire connaître de suite aux fidèles le lieu, ou, Jésus-Christ, la lumière du monde, est présent d'une manière mystérieuse, et de les enflammer d'une ardente piété pour le trés-saint Sacrement, on fit brûler, dès le quatrième siècle, une lampe devant le tabernacle et l'on avait soin qu'elle ne s'éteignît jamais. A l'époque si critique des persécutions cet usage ne fut pas en vogue dans la plupart des églises, mais quand la paix fut rendue au christianisme, il devint général. Comme preuve de ce que nous avançons, nous pouvons apporter les témoignages les plus clairs du quatrième siècle. S. Paulin raconte que non-seulement une lampe était suspendue devant le tabernacle dans l'église de S. Félix de Noie, mais qu'elle brûlait encore la nuit quand l'église était déserte. Aux principaux jours de fête, on remplissait ces lampes de baume mêlé d'huile et d'autres corps gras odoriférants, pour lesquels il y avait des fonds spécialement destinés. Ainsi pour la lampe de l'église de S. Paul à Rome, Grégoire I décida qu'on employerait tous les revenus provenant annuellement de la vente des eaux publiques (appelées aquse Salviœ.) Ce pape nous raconte dans le premier livre de ses dialogues, une circonstance remarquable qui est très-importante pour le sujet que nous traitons. Un jour que l'huile manquait par hasard dans la lampe, le surveillant Constance la remplit d'eau et y plaça au milieu une mèche de papyrus comme il en avait l'habitude, l'alluma et elle brûla

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comme si elle eût été imbibée d'huile. — La veille de Pâques ou le Samedi-saint on avait coutume d'éteindre ces lampes et de les remplir d'huile nouvelle; on les allumait ensuite après qu'on avait fait le nouveau feu. [Binterim. Antiquités. Tom. IV.)

Nous faisons suivre ici quelques exemples de pieux adorateurs de la sainte Eucharistie.

Les empereurs Joseph II et François-Joseph I en présence du saint Sacrement.

Un jour lorsque Joseph II se trouvait à Gand, il rencontra dans la rue des Polisseurs (Slyperstraet) le saint Viatique que l'on portait à un malade. Aussitôt le monarque fit arrêter sa voiture, descendit, se mit à genoux, sans vouloir accepter aucun des fauteuils qu'on vint lui présenter de toutes parts, et ce fut dans cette pose humble et pieuse qu'il reçut la bénédiction du prêtre qui portait le saint Sacrement. Ce témoignage touchant de sa piété frappa tellement les habitants, qu'ils ôtèrent les pavés sur lesquels l'em.pereur s'était agenouillé et mirent à leur place une pierre avec l'inscription suivante : « Le 15 juin 1781, l'empereur Joseph II reçut en cet endroit la bénédiction du curé de cette paroisse. »

On raconte un fait semblable qui se passa à Vienne, il y a quelques années. C'était le 8 décembre de l'année 1852; la magnifique rue du Praler, ce Corso de Vienne, était couverte d'une affluence de monde et de voitures. La fête de l'Immaculée Conception de Marie, et le temps qui était demeuré très-doux malgré l'époque de l'hiver, avaient attiré des milliers de personnes dans les rues et surtout au Prater. Tout-à-coup au milieu de la foule apparaît un prêtre s'avançant sous un baldaquin et portant le saint Sacrement en viatique à un malade. Les masses s'ouvrent, la plupart se découvrent mais bien peu plient le genou. Soudain au milieu de ces milliers de têtes, s'arrête une voilure de la cour, d'où l'on voit descendre, le front découvert, un jeune-homme à la taille noble et svelte, qui se prosterne à genoux au milieu de la rue et reçoit du prêtre la bénédiction du saint

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Sacrement. C'était l'empereur, le chevaleresque François- Joseph, empereur d'Autriche. — La foule saisie d'admiration suivit avec émotion le prêtre et son pieux monarque, le père de la patrie. Heureuse Autriche dont le noble souverain ne rougit pas de faire aussi publiquement une profession de sa foi, et d'implorer, à la vue de son peuple, la bénédiction du Roi des rois!

Quel bonheur c'est d'adorer Jésus dans le très-saint Sacrement.

Quelles douces et saintes émotions doivent éprouver toutes les âmes pieuses et sensibles pendant l'adoration de Jésus dans le Saint Sacrement, c'est ce qu'ont soupçonné euxmêmes des écrivains dissidents sans préjugés. Ainsi l'un d'eux, le docteur protestant Jenisch dit entre autres : « Je l'appelle un moment divinement sublime, celui ou l'on élève l'Eucharistie dans l'ostensoir pour bénir les fidèles, ou quand le prêtre, après la consécration montre l'Hostie au peuple pour qu'il l'adore. La sainte Trinité, la divinité en personne, la rédemption, la sanctification, la vie éternelle, les terreurs et la joie de l'éternité, tout cela le catholique fidèle le voit et le sent à ce moment admirable. Son corps, son esprit ne sont plus sur la terre, ils sont avec Dieu, comme Dieu est avec lui ! Quel ministre prolestant, quel schismatique, peut se vanter d'avoir jamais produit, par ses sermons de morale les plus achevés, dans l'âme de ses auditeurs, cette contemplation vivante du Dieu invisible, cette réalisation « de ce que l'œil n'a jamais vu, que l'oreille n'a jamais entendu, que le cœur humain n'a jamais senti? » Lorsque durant mon séjour à Vienne je me trouvai un dimanche matin dans l'église de la cour impériale, et qu'à l'élévation du saint Sacrement une foule pressée de plusieurs milliers de personnes se prosterna pieusement à genoux autour de moi, je le fis moi-même involontairement, comme le catholique le plus fervent, les yeux pleins de larmes, le cœur saisi d'une irrésistible émotion, et la prière s'échappa brûlante de mes lèvres. » — « Avec quel sentiment d'admi-

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ration ne s'exprime pas à son tour le célèbre Lavater, lorsque parlant de la manière dont les catholiques adorent le Sacrement d'amour, il s'adresse au Seigneur et s'écrie :

a Pourquoi le prêtre donc élève-t-il l'hostie?

Sinon pour qu'on vous loue, auguste Eucharistie,

0 Victime d'amour, adorable Jésus !

Car c'est vous qu'il élève en ce pain qui n'est plus.

Le peuple devant vous, ô suprême Monarque!

Se prosterne k genoux, et sur son front il marque

Le signe glorieux de votre sainte croix ;

C'est vers vous qu'il dirige et son cœur et sa voix,

C'est pour vous qu'en tremblant, jusqu'à terre il s'incline.

Et se frappe trois fois humblement la poitrine- »

Tels sont les aveux et les jugements que sont obligés de faire les adversaires de l'Eglise catholique, mais en même temps hommes de tête et de cœur. [Eggert.)

Les Saints au pied du tabernacle.

Avec quelle pieuse ardeur les Saints ne s'élançaient-ils pas devant les tabernacles sacrés ! Nous le voyons surtout dans S*° Hyacinthe Marescotti, qui ne trouvait pas de plus grande joie ici-bas, que de voir son Seigneur et son Dieu exposé dans l'ostensoir, et qui toujours plongée dans une sainte adoration, eût désiré pouvoir demeurer toujours à ses pieds. Pendant tout le temps que le saint Sacrement était exposé, elle était comme détachée de la terre et nageait dans un torrent de douces larmes de bonheur. — S. Charles Borromée appelait les églises où l'on gardait le saint Sacrement, son paradis sur la terre. C'était là, disait-il, qu'il se reposait du lourd fardeau de ses fonctions pastorales et jouissait d'un agréable repos. — S. Casimir, prince royal de Pologne, se rendait souvent pendant la nuit à l'église, et prosterné à genoux devant les portes fermées, il y adorait son roi céleste. — S. François Xavier se sentait tellement attiré vers le saint Sacrement, que, partout, où cela pouvait se faire, il choisissait sa demeure à proximité de l'église. A Malaga, comme un autre àSamuël, il passait la nuit à la sacristie, sur la terre nue et allait de là à l'église, où il passait la plus grande partie de

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la journée à genoux en adoration devant la sainte Eucharistie.

{Gr. Cat. IT--- q,) Question préliminaire sur la sainte Messe et la sainte Communion. — Explication. Jésus-Christ n'est pas seulement présent dans la sainte Eucharistie, afin de demeurer avec nous par sa sainte humanité, mais il y est aussi présent 1) pour s'offrir comme victime pour nous dans le saint sacrifice de la Messe, et 2) pour se donner comme nourriture à nos âmes dans la sainte Communion. (Nous en parlerons plus en détail dans les §§ 2 et 3.)

Pourquoi Jésus est présent dans la sainte Eucharistie, ou le combat entre le ciel et la terre.

Un jour deux hommes vinrent trouver l'empereur Othon afin qu'il décidât lui-même au sujet d'une terre dont ils se disputaient la possession. Mais comme la décision n'était guère facile, puisque tous deux apportaient des raisons trèssolides à l'appui de leur cause, le sage monarque en finit tout d'un coup de la manière suivante : il déposa dans les mains de l'un une somme égale à la valeur de la terre, et donna celle-ci en propriété à l'autre, de sorte que tous deux s'en allèrent contents. Nous pouvons de même supposer que le ciel et la terre se disputèrent un jour la possession de Jésus- Christ. Des deux côtés on allégua des raisons pour la possession de ce bien suprême et inappréciable. Le ciel redemanda Jésus comme lui appartenant, puisqu'il en était descendu.Ia terre ne voulut point le relâcher, puisqu'il était devenu volontairement fils de la terre, qu'il s'était nourri de ses fruits, qu'elle avait bu son sang et reçu son corps dans son sein. Or, le monarque divin les contenta tous deux, puisqu'il monta visiblement au ciel et qu'il demeura invisiblement, quoique réellement avec sa chair et son sang, son corps et son âme, sa divinité et son humanité, sur la terre dans la sainte Eu-, charistie, afin de nous y servir d'objet d'adoration, de victime dans le saint sacrifice de la Messe et d'aliment dans la sainte Corn-

munion. Comme les habitants du ciel offrent éternellement leurs adorations au Très-Haut et trouvent dans sa possession leur félicité, ainsi les habitants de la terre peuvent l'adorer sans cesse dans le tabernacle et pendant la sainte Messe^ et trouvent leur bonheur à le posséder dans leur cœur par la sainte Communion.

Pratique. Quel bonheur pour nous, dînes chrétiennes! Notre Dieu et Sauveur est au milieu de nous dans le saint sacrement de l'Autel, et il veut demeurer avec nous Jusqu'à la fin du monde. Nous pouvons donc nous écrier avec raison : « Quelle est la nation qui ait des dieux si près d'elle que le Seigneur notre Dieu présent à toutes nos prières? « {Deuter. A, 7.) C'est pourquoi réjouissonsnous et remercions Dieu de cette grâce ineffable, de cette preuve palpable de son amour sans bornes! Rendons lui amour pour amour! Rendons-nous souvent au pied du saint tabernacle, pour y visiter notre Seigneur et notre Dieu, pour l'y adorer avec une profonde piété et le prier avec une confiance filiale, pour lui exposer nos peines et nos besoins ; il sera notre consolateur et notre protecteur; car du fond du tabernacle il nous appelle tous à lui avec tant d'amour : « 0 vous qui êtes affligés et accablés, » nous dit-il, « venez à moi et je vous soulagerai. » (S. Matth. d l, 28.) Oui, allons à Jésus reposant dans les saints tabernacles, car pour tous ceux qui le visitent, il est un protecteur dans les dangers, un guide dans leurs voies, un conseiller dans leurs doutes, un flambeau dans leurs ténèbres, un appui dans leurs faiblesses, un consolateur dans leurs souffrances. S. Alphonse de Liguori l'a éprouvé, et c'est pourquoi il nous dit : « Je puis vous assurer que Jésus-Christ procure plus de vraie consolation à l'âme qui se recueille un moment devant la sainte Eucharistie, que le monde entier ne pourrait jamais en donner avec toutes ses fêtes et ses plaisirs. Quel bonheur

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pur et céleste n'est-ce pas de s'agenouiller plein de foi devant un autel, quand même on n'éprouverait que peu de dévotion, mais en pouvant s'entretenir familièrement avec Jésus, avec celui qui nous y attend pour entendre et exaucer notre prière! Quelle consolation n'est-ce pas de lui pouvoir demander pardon, lui communiquer nos besoins, comiiie un ami le fait avic un ami en qui il met toute sa confiance, de pouvoir lui demander ses grâces, son amour et le ciel ! Quelle félicité de pouvoir faire des actes d'amour envers celui qui sur cet autel supplie pour nous son Père éternel, et qui tout brûlant d'amour pour nous, y demeure sans cesse présent; mais pourquoi toutes ces paroles, goûtez et voyez ! »

Merveilleux effets de l'adoration de Jésus- Christ dans le Saint-Sacrement. (Légende).

Un voleur vivait dans une forêt, où il attendait les passants pour les dépouiller; c'était un homme sans foi ni mœurs." Or, un jour il se tenait le long du chemin, dans le dessein de dévaliser les voyageurs, et voilà que tout-à-coup il entendit le bruit argentin d'une sonnette et il vit s'avancer d'un pas pressé un prêtre qui portait le Saint-Sacrement à un malade. Devant le prêtre marchait l'enfant de chœur qui agitait la sonnette et disait: « Loué soit en tout temps le très-saint Sacrement. » Et le voleur, à cette vue, tomba à genoux, se mita prier, et sentit le repentir dans son cœur. Quand le prêtre fut passé, le brigand se leva et le suivît jusqu'à la maison où se trouvait le malade, répétant à haute voix : « Loué soit en tout temps le très-saint Sacrement! » Et quand le prêtre sortit de nouveau de la maison, le voleur, se jetant à ses genoux, lui dit en pleurant : « Ministre de Dieu! sachez que je suis un brigand, un homme sans foi ni mœurs. Lorsque vous passâtes dans la forêt avec le Saint-Sacrement, je me tenais sur le bord du chemin, et mon cœur était oppressé sous le poids des péchés, et je vous suivis. Assistezmoi par la miséricorde de Dieu !» Et le prêtre s'inclinant

vers le pécheur, lui dit : « Jésus-Christ ne vous a pas repoussé ; et je ne vous repousserai pas. Il est venu à vous dans la forêt, parce que vous aviez refusé de venir à lui. Il a pardonné sur la croix au larron pénitent, il vous pardonnera aussi. Suivez-moi! » Et il conduisit le voleur dans un monastère, où il fit pénitence de ses péchés, et il distribua aux pauvres le bien qu'il avait volé, pt d'un homme cri^ minel et pervers, il devint un homme juste et pieux. Il ne cessa de louer et de bénir le Saint-Sacrement, jusqu'à sa mort qui fut sainte et douce. {Légendes d'Albert Werfer.)

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