DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
{Gr. Cat. 18«-20«ç.) Notion et nécessité du sacrifice en général. — Explication. Par sacrifice on entend en sénéral un don visible que l'on offre à Dieu pour rhonorer et l'adorer comme le maître suprême. — Ainsi pour un sacrifice il faut 1) qu'il y ait un don visible, puisque le sacrifice a toujours fait partie du culte public rendu à Dieu; 2) il faut qu'il soit offert à Biew, car « personne, » dit S. Augustin, « n'a Jamais offert un sacrifice qu'à celui qui est Dieu, ou qu'il croyait être Dieu; 3) il faut qu'il soit offert à Dieu pour le reconnaUre, llionorer et l'adorer comme le souverain Seigneur. C'est pourquoi la chose offerte doit être détruite ou changée, pour exprimer que Dieu a droit de vie et de mort, et pour confesser ainsi notre néant et notre dépendance à son égard. — Il y a eu des sacrifices dès le commencement du monde; dès lors les hommes ont offert à Dieu leurs adorations par des sacrifices; car la raison elle-même leur disait que c'était un devoir qu'exigeaient de chaque créature la justice, la reconnaissance et l'amour. « L'homme dont la raison parvient à connaître au moyen des sens, » dit S. Tho-
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mas d'Aquin, « trouve qu'il est conforme à sa nature d'exprimer les sentiments de son cœur par des signes sensibles, et comme il ne peut méconnaître son entière dépendance de Dieu, la raison lui dit que comme il offre à un maître mortel des dons sensibles en témoignage de sa soumission, ainsi il doit témoigner de la même manière à son maître suprême, à son créateur, la soumission qui lui est due. On voit par là que le sacrifice se fonde sur la loi naturelle. » Aussi ne trouvons-nous aucune nation ni aucune époque, sans sacrifices. En remontant jusqu'au berceau du genre humain, nous y rencontrons le sacrifice d'Abel [Genèse 4.) qui offrait à Dieu les premiers-nés de son troupeau ; nous trouvons que Noé et Abraham offraient des animaux [Genèse 8 et 15.); celui-ci fut même sur le point de sacrifier son fils unique. — Nous trouvons même des sacrifices chez les païens. Mais l'idée la plus pure du sacrifice était exprimée dans ceux qu'offrait le peuple Juif.
' Les sacrifices des Israélites.
La loi mosaïque prescrivait dans tous ses détails les sacrifices que l'on devait offrir à Dieu et la manière dont on devait les offrir. On les divisait en sacrifices sanglants et en sacrifices non-sanglants. Aux sacrifices sanglants appartenaient i) Vholocauste qui était regardé comme le sacrifice le plus important et le plus parfait; la victime y était entièrement brûlée et consumée par le feu. 2) V hostie pacifique instituée pour remercier Dieu de ses grâces, ou pour les lui demander; de là les sacrifices d'action de grâces et le sacrifice impétratoire . Dans cette espèce de sacrifice, une partie de la victime était brûlée sur l'autel des holocausteset une autre partie était mangée par la famille de celui qui avait donné la victime et distribuée aux pauvres. 3) Le sacrifice de propitiation, que l'on offrait pour l'expiation des péchés et pour se rendre Dieu propice. Dans ce sacrifice une partie de la victime était brûlée sur l'autel des holocaustes et une autre
partie hors du camp ou de la ville pour marquer que le pécheur avait mérité d'être expulsé de la société des fidèles.
Les sacrifices non-sanglants étaient de trois sortes : a) le sacrifice de la fleur de farine qui consistait en fine fleur de farine sans levain, ou en pains sans levain, cuits au four ou sur le gril, et sur ces pains on mettait de l'encens; b) le sacrifice de libation, qui consistait dans une effusion de vin sur l'autel, etc) le sacrifice des parfums, que l'on devait offrir chaque jour le matin et le soir sur l'autel, comme nous le savons par les paroles de Zacharie. Mais ces sacrifices de l'ancien Testament ne devaient pas continuer de subsister; ce n'étaient que des figures du sacrifice sans tache du nouveau Testament, et conséquemment ils ne devaient durer qu'aussi longtemps que durerait la Loi ancienne. C'est pourquoi S. Paul, parlant par la bouche du Sauveur faisant son entrée dans le monde, a dit: « Les holocaustes et les sacrifices pour les péchés, (ô Dieu) ne vous ont point été agréables. Alors j'ai dit: Me voici, je viens, selon qu'il est écrit de moi, pour faire, ô Dieu, votre volonté... Dieu abolit ainsi ces derniers sacrifices, afin d'en établir un autre. » [Epit. aux Hebr. 10, 6-9.) C'est-à-dire qu'il abolit l'ancien ordre de choses (conséquemment aussi les sacrifices de l'ancienne Loi), pour introduire un ordre plus parfait. S. Augustin a dit à ce sujet: « Les anciens sacrifices ont été abolis, parce qu'ils n'étaient que des promesses. Or, la réalisation des promesses met fin à celles-ci... Les différents sacrifices des justes de l'ancienne loi étaient simplement des figures, des symboles du seul vrai sacrifice; car tous ces différents sacrifices devaient exprimer celui-là seul, comme différents mots expriment une seule chose, afin de la recommander plus vivement et sans ennuyer. Or, tous les sacrifices figuratifs ont cédé devant ce suprême et véritable sacrifice. »
{Gr. Cat. 21«-24« q.)
Le sacrifice de la nouvelle Loi. — Explication. Le sacrifice de la noü\e\\eLoi, c'est Jésus-Christ lui-même, le Fils
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de Dieu, s'offrant pour nous à son Père céleste par sa mort à la croix. Il est tout à la fols la victime et le prêtre, (f lui qui s'est offert (sur l'autel de la croix) comme une victime sans tache à son Père. » {Epît. aux Hebr. 9, 14.) — Puisque le sacrifice est exigé par la loi naturelle et forme l'essence de toute religion, puisque le christianisme devait être beaucoup plus parfait que le judaïsme, il s'ensuit que dans la Loi nouvelle devait exister aussi un sacrifice qui surpassât en excellence tous ceux de la Loi ancienne. C'est pourquoi tout sacrifice ne pouvait pas cesser à la mort de Jésus-Christ; dans la nouvelle loi de grâce il fallait un sacrifice permanent pour perpétuer celui qui avait été offert une fois sur la croix et nous en appliquer les mérites. Or, un tel sacrifice nous a été 1° figuré et 2° promis dans l'ancienne loi.
Ad r. Le sacrifice perpétuel de la nouvelle Loi a été figuré d'avance par le sacrifice de Melchisedech, car comme Melchisedech offrit du pain et du vin {Genèse 14, 18.) ainsi Jésus-Christ s'offre aussi lui-même sous les espèces du pain et du vin jusqu'à la fin du monde. C'est pourquoi il est dit au Psaume 109 : « Le Seigneur l'a juré, il ne révoquera jamais son serment : Vous êtes le prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisedech. »
Le sacrifice de Melchisedech.
Lorsque Loth, le neveu d'Abraham, demeurait à Sodome, des rois étrangers s'avancèrent à la tête d'une armée et marchèrent contre la ville de Sodome. Or, Abraham apprit que Loth et les siens avec toutes ses richesses avait été emmené par ces rois, et à cette nouvelle il arma ses serviteurs au nombre de 318. Suivi de cette troupe, Abraham se jeta de nuit sur les ennemis, délivra Loth de leurs mains, et reprit toutes les richesses qu'ils avaient pillées. Or, lorsque Abraham s'en retourna triomphant, Melchisedech, roi de Salem, vint à
sa rencontre pour le féliciter; et l'offrande qu'il fit à Dieu, était du pain et du vin, {Genèse 14.)
Ad 2) Le sacrifice perpétuel de la nouvelle Loi a été prédit par Dieu parlant par la voix de Malachie. Car dans ce prophète il est question d'un sacrifice qui serait offert dans le monde entier. Voici comment Dieu s'adresse aux prêtres par la bouche de Malachie : « Mon affection n'est point en vous, dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai point de présents de votre main ; car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les nations, et l'on sacrifie et l'on offre en tout lieu une oblation pure en mon nom » {Malachie, 1, 10-11.) — Or, cette offrande d'une oblation pure faite en tout lieu, est et ne peut être que le saint sacrifice de la Messe; car il n'y a que ce sacrifice qui soit offert en tout lieu, qui soit vraiment ]?z*r et une véritable oblation » (en hébreu : Mincha, ce qui signifie oblation préparée au moyen de farine.)
{Gr. Cat. 2o« q.) Institution du saint sacrifice de la Messe. — Explication. Le saint sacrifice de la Messe a été institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même lorsqu'à la dernière Cène il s'offrit lui-même à son Père céleste, sous les espèces du pain et du vin et qu'il ordonna à ses apôtres de continuer à célébrer le même sacrifice dans la suite.
Jésus-Christ lui-même a institué le saint sacrifice de la Messe.
Lorsqu'à la dernière Cène, l'agneau pascal eut été mangé et que tout ce qui était prescrit pour la célébration de la Pâque eut été accompli, Jésus-Christ prit de nouveau du pain et le calice dans ses mains saintes et vénérables. Il y fit ce qui se fait et doit se faire dans un but saint et religieux; car lorsqu'il tint ces dons entre ses mains, il leva les yeux vers son Père et les lui montra comme les figures extérieures
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SOUS lesquelles l'offrande la plus agréable devait lui être offerte. Jésus en bénissant ces dons, dit sur eux une prière en action de grâces, pour faire connaître qu'il destinait ces dons à un usage religieux, à un usage par lequel Dieu devait être honoré, remercié et invoqué comme bienfaiteur et protecteur. Ainsi noils y trouvons tout ce qui est requis pour un sacrifice : la présentation d'une offrande extérieure pour reconnaître le souverain domaine, la toute-puissance et la majesté de Dieu. — Or, d'après la notion que nous avons donnée du sacrifice, la chose offerte à Dieu doit ou être complètement détruite ou être changée de nature, et c'est ce qui arriva; car Jésus changea ces dons en sa propre substance, puisqu'il changea le pain et le vin en son corps et son sang, de sorte qu'il n'y avait plus ni pain ni vin, mais tout autre chose, à savoir sa chair et son sang. De tout ceci nous devons donc conclure que Jésus-Christ offrit réellement à Dieu une victime ; que ce qu'il fit était vraiment un sacrifice, et le même sacrifice que bientôt après il accomplit sur la croix. — C'est ce qui résulte de ses paroles. Il dit en effet : « Ceci est mon corps, qui est livré pour vous; ceci est mon sang qui est répandu pour vous et pour plusieurs pour la rémission des péchés. » Jésus ne disait pas : Ceci est mon corps qui sera livré pour vous, mais :« qui est livré pour vous, » maintenant, en ce moment même mon corps est livré pour vous; de même que demain je le livrerai à la croix d'une manière sanglante, de môme je le livre, je le donne aujourd'hui d'une manière non sanglante, je l'offre, je le présente à mon Père céleste. C'est ainsi que Jésus dit encore de son sang : « Qui est versé ; » et non : qui sera versé pour vous; c'est-à-dire, aujourd'hui même mon sang est déjà réellement versé. — Il donna en outre à ses apôtres l'ordre d'offrir le même sacrifice, en leur disant : « Faites ceci en mémoire de moi ! »
{Gr. Cat. 26« g.)
Signification du saint sacrifice de la Messe. — Explication. Le sacrifice de la Messe est le sacrifice perpétuel de
CATÉC. PRATIQUE. T. III. 1
i m DES SACREMENTS.
la nouvelle alliance, dans lequel Jésus-Christ s'offre par les mains des prêtres, sous les espèces du pain et du vin, au Père céleste, d'une manière non sanglante comme il s'est offert un jour d'une manière sanglante sur la croix. — Quant au mot de messe, il est très-ancien. Déjà le pape Pie I (157 1) écrivait dans une de ses lettres à Justus, évêque de Vienne : « Nous célébrons la Messe dans la maison de notre sœurEutrope;»et le pape Corneille (t 252) à l'évèqueLupicinus : « Qu'à cause des cruelles persécutions, il n'était pas permis aux chrétiens de célébrer la messe. « — Le mot de messe est tiré du latin missa oumissio, qui veut dire renvoi, parce qu'anciennement on renvoyait les catéchumènes et les pénitents avant de commencer l'action du sacrifice, et les fidèles, quand la célébration du sacrifice était achevée, par ces paroles : « ite, missa (missio) est. » c'est-à-dire : « allez, c'est le temps de sortir, on vous renvoie; ou bien encore, parce que dans la sainte Messe le Fils de Dieu avait été envoyé par son Père sur l'autel et renvoyé vers lui par les fidèles, et présenté comme une victime. C'est dans ce dernier sens que S. Bonaventure a dit : w Le saint sacrifice de la Messe est appelé ainsi à cause du mot mittere envoyer, car il représente un envoi qui a lieu entre Dieu et les hommes; Dieu envoie son fils Jésus-Christ sur l'autel, et la société des fidèles, l'Eglise envoie de nouveau le même Jésus- Christ au Père céleste, afin qu'il intercède auprès de lui pour les pécheurs. » Ainsi la sainte Messe, d'après sa signification, est le sacrifice perpétuel de la nouvelle alliance, dans lequel Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin, s'offre à son Père céleste par les mains du prêtred'une manière non sanglante, comme il s'estoffert un jour d'une manière sanglante sur la croix.
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(Gr. Cat. 270-5O« fj.) Le saint sacrifice de la Messe et le sacrifice sur la croix. — Explication. Le saint sacrifice de la Messe (ainsi que nous l'avons montré en rapportant son institution) est de sa nature le même sacrifice que celui de la croix ; car dans tous les deux le prêtre et la victime est Jésus-Christ. (Le prêtre sacrificateur n'est que le ministre ou le remplaçant visible de Jésus-Christ.) La seule différence est dans la manière dont ces deux sacrifices sont offerts; car à la croix Jésus-Christ s'offrit d'une manière sanglante, tandis que sur l'autel il s'offre d'une manière non-sanglante, puisqu'il renouvelle le sacrifice accomj)li sur la croix, sans souffrir et sans mourir. C'est donc avec raison que le saint Concile de Trente a proclamé ce dogme de foi : « La sainte Messe est l'unique et vrai sacrifice de Jésus-Christ qui s'est offert un jour sur la croix et qui s'offre maintenant sur l'autel par le ministère du prêtre, sans qu'il y ait d'autre différence entre l'un et f autre sacrifice que celle qui se trouve dans la manière dont ils sont offerts ; en effet, à la croix ce fut un sacrifice sanglant, tandis que maintenant sur l'autel c'est un sacrifice non-sanglant. » — « Donc si quelqu'un dit que dans la Messe on n'offre pas à Dieu un sacrifice véritable et proprement dit, qu'il soit anathème. »
Une helle amende.
Un zélé catholique d'Angleterre donna un bel et éclatant témoignage en faveur de ce dogme de notre foi. On sait que pendant longtemps les lois les plus sévères et les plus tyranniques furent portées contre les pratiques du culte catholique. Or, il arriva un jour qu'un catholique, aussi zélé que riche, fut condamné à payer une amende de 500 pièces d'or, parce qu'il s'était permis d'assister à la sainte Messe. Il alla à la recherche des plus belles pièces d'or portugaises sur lesquelles était estampée une croix, puis, après les avoir tou-
tes réunies, il les porta au tribunal. Lorsqu'il se mit à les compter devant l'employé protestant, celui-ci sourit avec étonnement et exprima sa surprise de ce qu'il payait une amende en aussi belles pièces de monnaie. 3Iais le catholique répondit avec calme à cette observation railleuse : « Je me le compterais comme un péché, si je donnais une monnaie plus commune et plus mauvaise, pour la grande grâce qui m'a été accordée d'assister à la sainte 3Iesse et de pouvoir adorer mon Seigneur et mon Sauveur dans l'auguste mystère de l'autel. Rappelez-vous bien,Monsieur, qu'entre cette croix, dont l'eftigie est imprimée sur ces pièces d'or, et entre le saint sacrifice de la Messe, il y a une affinité mystérieuse et trèsétroite; car celui qui s'est offert pour nous sur la croix, s'offre encore tous les jours pour nous dans la sainte Messe. La croix et la sainte Messe sont donc des souvenirs de l'amour infini de notre Sauveur. »
S. Henri.
L'empereur S. Henri II se rendait toujours une demie heure avant le commencement de la Messe à la chapelle de la cour, s'y agenouillait devant un crucifix et y arrêtait ses regards sur le divin Sauveur livré aux angoisses de la mort. Bientôt des larmes de la plus tendre compassion venaient remplir les yeux du pieux empereur, et des soupirs de la plus amère contrition s'échappaient de sa poitrine. « La vue du crucifix, » avait-il l'habitude de dire, « est la meilleure préparation au saint sacrifice de la Messe, car là les yeux de la foi découvrent la grandeur de cet amour avec lequel Jésus- Christ se sacrifia un jour pour nous sur la montagne du Calvaire et renouvelle encore chaque jour ce sacrifice sur l'autel. »
Objection. Mais si Jésus-Christ ne meurt plus, comment donc le sacrifice qu'il accomplit sur la croix peut-il être renouvelé par la sainte Messe? — Réponse. Il est renouvelé, parce que, dans la sainte Messe, Jésus-Christ se sacrifie réellement et vraiment sous les symboles de la mort sanglante qu'il endura sur la croix, à savoir sous
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les apparences séparées et distinctes du pain et du vin. En effet, quand le prêtre prononce les paroles de la consécration, le corps de Jésus-Christ devient présent sous ]es espèces du pain, et son sang sous les espèces du vin; et comme ces deux espèces sont visiblement séparées l'une de l'autre, la séparation du sang et du corps, en même temps ^"le îa mort sanglan'e sur la croix sont syml ûlisées ou rendues comme présentes d'une juanière non-sanglante et tout-à-fait mystique.
La parole du prêtre est donc comme un glaive spirituel au moyen duquel la victime sainte, l'Agneau divin est immolé d'un« manière mystérieuse. — Ce renouvellement non-sanglant du sacrifice de la croix ne s'accomplit pas afin d'opérer une nouvelle rédemption, car celui du Calvaire suffisait pour racheter le monde entier; mais c'est afin que nous ayons un souvenir perpétuel et une représentation vivante, quoique non sanglante, du sacrifice sanglant de la croix, par lequel Dieu est infiniment honoré et les fruits de la rédemption nous sont communiqués en abondance.
Comparaison.
« La croix est l'arbre de vie qui produit des fruits célestes, et la Messe est le plateau d'or dans lequel ces fruits nous sont présentés, »
{Gr. Cat. 31« q.)
La Messe a été constammeyit célébrée depuis le temps des apôtres. — Explication. Que la sainte Messe a toujours été célébrée depuis le temps des apôtres, c'est ce que prouvent 1) les paroles de S. Paul, 2) les témoignages irrécusables des SS. Pères, 3) les décisions des conciles,
4) les anciennes prières et cérémonies de la Messe et
5) des monuments nombreux de l'Eglise d'Orient et de celle d'Occident.
Ad 1.
La célébration de la Messe au temps des apôtres.
Déjà du temps des apôtres le saint sacrifice de la Messe était oflert à Dieu, c'est-à-dire, que le pain et le vin étaient changés au corps et sang de Jésus-Christ et que ce corps et ce sang de Jésus étaient offerts à Dieu. En effet, nous trouvons que lis apôtres eux-mêmes, après que le Sauveur leur en eut communiqué le pouvoir, offrirent ce sacrifice; car S. Paul écrit : « Nous avons un autel, » dit-il, « dont ne doivent pas manger ceux qui font le service du tabernacle (judaïque); » {Epît. aux Hébr. 15, 40.) or, où il y a un autel, il faut qu'il y ait un sacrifice. Puis dans un autre endroit, il dit encore : « Ce que je vous ai enseigné, je l'ai appris du Seigneur »... « N'est-il pas vrai que la coupe de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons est la communion du corps de Notre-Seigneur? » (i Epît. aux Cor. 11, 25 et 10, 16.)
Une preuve que les Apôtres offraient réellement le saint sacrifice de la Messe, nous est fournie dans la vie de S. André, écrite par les prêtres catholiques achaïques de Patras. Après que le saint Apôtre eut prêché au gouverneur ^gée le mystère de la croix, celui-ci répliqua: « Tout cela, tu peux le raconter à des gens de ton espèce qui te croient; quant à moi, si tu n'obéis pas à mes ordres en sacrifiant à nos dieux puissants, je te ferai flageller et attacher à la croix dont tu parles tant. » André dit : « J'offre tous les jours au seul et vrai Dieu tout-puissant, non la fumée de l'encens, ni la chair et le sang des taureaux, mais je lui offre l'Agneau immaculé qui, après avoir été immolé, n'en demeure pas moins tout entier, sans division, sans tache et plein dévie, » — « Comment cela se peut-il? » s'écria i^gée. — « Si vous voulez savoir comment cela se peut, devenez un de nos disciples et on vous l'enseignera. » — « Eh bien! » répliqua le gouverneur, « je t'arracherai à force de tortures et de souffrances le secret de la chose! » — « Je m'étonne qu'un homme aussi sage que vous puisse déraisonner de la sorte!
DE l'euchauistie. 151
Vous avez entendu le mystère de la croix et celui du sacrifice; si vous voulez croire que Jésus-Christ, le crucifié, est vrai Dieu, je vous exposerai de quelle manière l'Agneau immolé vit, cet Agneau qui, sacrifié et reçu en nourriture, continue néanmoins de vivre sans mutilation et sans tache dans son royaume. » — « Mais comment peut-il vivre, » reprit JEgée, « après qu'il a été sacrifié et consommé? » — « Si vous croyez de luut votre cœur, vous ie concevrez; mais si vous ne croyez pas, vous n'arriverez pas à cette vérité. » (Veith.) M 2.
Témoignages des SS. Pères en faveur du saint sacrifice de la
Messe.
Dans tous les siècles nous trouvons les témoignages les plus irrécusables des SS. Pères en faveur du saint sacrifice de la Messe. Comme premier témoin, nous rencontrons d'abord S. Irenée qui fut instruit pai les disciples immédiats de S. Jean. Né dans l'Asie-Mineure, il quitta sa florissante patrie, pour aller prêcher l'Evangile sur les plages inhospitalières de la Gaule et devint évêque de Lyon. Dans son important ouvrage « Contre les hérétiques, » il dit entre autres, en parlant du sacrifice de la Messe: « Le sacrifice de la nouvelle Loi est la sainte Eucharistie. Jésus-Christ en l'instituant comme sacrement, l'a instituée en même temps comme sacrifice. En disant du pain: « Ceci est mon corps, » et du yin, « ceci est mon sang, » il nous a enseigné que c'était le sacrifice nouveau de la nouvelle Loi. Cette oblation, l'Eglise l'a reçue des Apôtres et elle l'offre à Dieu dans tout l'univers. » — Ces paroles sont tellement claires qu'elles n'ont pas besoin de plus ample explication. — S. Chrysostome, le plus grand orateur de l'antiquité chrétienne, d'abord prêtre d'Antioche, puis archevêque de Constantinople, écrit dans son ouvrage sur le sacerdoce: « Voici pourquoi il faut que celui qui devient prêtre, soit pur comme s'il était dans le ciel parmi les chœurs des anges ; lorsque vous voyez le Seigneur immolé sur l'autel et quand le prêtre se penche sur
l'adorable victime en priant, et que tous sont teints de son sang précieux: croyez-vous être parmi les hommes et appartenir à la terre? ou bien, comme ravi au ciel et élevé audessus de toute pensée terrestre, avec les yeux de l'esprit et une âme pure ne voyez-vous pas autour de vous ce qui est au ciel? 0 prodige, 6 bonté de Dieu! celui qui trône avec son Père dans les hauteurs des cieux, tous le tiennent en ce moment entre leurs mains, il se laisse prendre et recevoir par tous ceux qui soupirent après lui. » Dans un autre endroit, le même docteur dit encore : « Ce n'est point le prêtre qui faitque le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ, mais c'est Jésus-Christ lui-même qui a été crucifié po«r nous. » S. Ambroise, archevêque de Milan, qui se sert également du mot de Messe dans ses lettres à sa sœur Marcelline, écrit dans un de ses ouvrages: « Nous, prêtres, nous imitons le pontife aussi loin que nous le pouvons, en offrant pour le peuple des sacrifices, qui ont peu d'importance à cause de nos mérites, mais qui sont infiniment vénérables à cause de la victime ; car, quoique nous ne voyions pas comment Jésus-Christ offre le sacrifice, il est néanmoins offert lui-même comme victime, lorsque son corps est offert dans l'Eucharistie. » Ainsi le corps de Jésus-Christ, Jésus- Christ lui-même présent dans l'Eucharistie, s'offrant pour nous comme une véritable victime, voilà l'enseignement et la croyance de l'Eglise au témoignage de S. Ambroise. — S. Thomas d'Aquin, l'ange de l'école, confirme clairement et positivement notre proposition, quand il dit : <f L'Eucharistie n'est pas seulement un sacrement, mais aussi un sacrifice. » C'est ainsi que dans chaque siècle nous pourrions emprunter aux écrits des SS. Pères des témoignages qui prouvent la vérité du sacrifice de la Messe. — Nous croyons devoir faire suivre encore ici les aveux sincères d'un protestant qui reconnaît sans détour que dans tous les ouvrages des SS. Pères, il a trouvé la doctrine sur le saint sacrifice de la Messe.
DE L'EUCHAniSTIE. 453
Aveu sincère d'un protestant au sujet de la Messe.
Grabe, prêtre anglican et docteur de l'université d'Oxfort, en Angleterre, renommé par ses recherches a{)profondies sur les antiquités chrétiennes et la littérature chrétienne, dit dans une note ajoutée aux œuvres de S. Irenée qu'il a publiées: « Il est certain qu'Irenéeet tous les Pères, dont nous avons les écrits, contemporains des apôtres ou leurs successeurs immédiats, ont tenu la sainte Eucharistie pour le sacrifice de la nouvelle Loi. Or, que cette docrine, cette pratique, n'ait pas été celle d'une Eglise particulière ou de quelque docteur, mais bien de l'Eglise universelle, qui l'a reçue des apôtres, comme les apôtres l'avaient reçue de Jésus-Christ, c'est ce que nous apprend Irenée en propres termes, et avant lui Justin, martyr, aussi bien dans sa première apologie à Antoine que dans son dialogue avec le juif Triphon, où il est encore plus explicite et plus positif. » Grabe, sans parler des témoignages de S. Ignace, de Tertullien, de S. Cyprien et d'autres, cite encore un passage de la lettre de S. Clément aux Corinthiens, et qui démontre l'apostolicité du dogme catholique de la sainte Messe, car cette lettre fut écrite vingt ans avant la mort de S. Jean évangeliste et deux ou trois ans avant le martyre desSS. Pierre et Paul. — Grabe avoue franchement que cette doctrine, dont on ne peut douter qu'elle ne vient des apôtres, doit être conservée, quand même on n'en trouverait aucun témoignage chez les prophètes ou chez les apôtres, conformément au précepte de S. Paul : « Demeurez fermes et conservez les traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par notre lettre. » (2 Epît. aux Thess. 2, 15.)
Décisions des Conciles touchant le saint sacrifice de la Messe.
Déjà au premier Concile général de Nicée, on porta la décision suivante : « Dans l'offrande du pain et du calice qui se fait sur cette table divine, il faut s'élever en esprit, et reconnaître par la foi l'Agneau de Dieu étendu sur la table, cet
Agneau qui efface les péchés du monde et que les prêtres offrent d'une manière non sanglante. » — De même le Concile d'Ephèse (431) enseigne, « que dans les églises on célèbre le sacrifice non sanglant. » Le dernier Concile général réuni à Trente a dit : « Si quelqu'un soutient que dans la sainte Messe on n'offre pas à Dieu un véritable sacrifice, ou que l'oblation n'est autre chose que Jésus-Christ qui nous est donné en nourriture; qu'il soit anathème! »
Ad 4.
Antiquité des prières et des liturgies employées dans la célébration de la sainte Messe.
La sainte Messe fut toujours célébrée dans l'Eglise, et ce qui le prouve suffisamment ce sont également les prières et les liturgies, datant de la plus haute antiquité, celles-ci prescrivent en effet de quelle manière le saint sacrifice de la nouvelle Loi doit être offert. C'est ainsi que nous possédons beaucoup de ces anciennes prescriptions, prières et liturgies qui ont été établies en grande partie par les apôtres, telle, par exemple, que la liturgie ou le rit romain établi par S. Pierre; le rit de l'Eglise de Jérusalem fixé par S. Jacques; le rit de l'Eglise d'Alexandrie qui doit son origine à S. Marc. Dans le rit ou la liturgie de S. Jacques il est dit : « Seigneur! puisque vous nous avez visités dans votre miséricorde et que vous avez permis à nous, misérables pécheurs et vos indignes serviteurs, de nous approcher avec confiance de vos saints autels, nous vous offrons ce sacrifice abondant et non sanglant pour nos péchés et nos ignorances.» Dans la liturgie de S. Marc on trouve : « 0 Seigneur ! faites que par la vertu du Saint-Esprit nous soyons dignes de remplir ce ministère, afin que nous ne soyons pas condamnés devant le tribunal de votre Majesté, et que nous offrions le saint sacrifice, » etc.
DE l'eucharistie. 135
Ad 5.
Monuments ecclésiastiques témoignant de l'antiquité de la sainte Messe.
Nous trouvons encore d'autres preuves de l'antiquité de la sainte Messe dans des autels, des calices, des ornements sacerdotaux de la plus haute antiquité. Aujourd'hui on montre encore à Rome l'autel de bois sur lequel S. Pierre et ses successeurs jusqu'à S, Sylvestre, ont dû offrir le saint Sacrifice. S. Grégoire de Tours [De glor. mart. 1, 58) atteste que dans les souterrains et les carrières où les chrétiens, par crainte des persécuteurs, offraient le saint Sacrifice en secret, on trouva une foule d'instruments en argent destinés au saint Sacrifice, et surtout des calices. — Déjà au quatrième Concile de Carthage il est fait mention de l'aube qui devait être employée pour la sainte Messe; le lexique sacré de Dominique Macrus de Matta nous donne une description des ornements dont le pape Jules I (1352) se servait pour le saint Sacrifice. — Comme conclusion de notre démonstration nous ajoutons encore que les sectes des Nestoriens, etc., séparées de l'Eglise dans les premiers siècles, de même que l'Eglise grecque célèbrent la sainte Messe dans tout ce qu'il y a d'essentiel, précisément comme l'Eglise catholique.
{Gr. Cat. 32<^-54« g.)
Fin du saint sacrifice de la Messe. — Explication. Nous allons parler maintenant de la fin du saint sacrifice de la Messe; nous avons à répondre à deux questions : 1) A qui et 2) pourquoi offrons-nous le saint Sacrifice?
Ad 1. Nous n'offrons le saint sacrifice de la Messe qu'à Dieu seul; car il est le seul Seigneur à qui appartient tout honneur et toute adoration; ce n'est donc qu'à lui seul que peut être offert le sacrifice le plus saint et le plus adorable, puisqu'il est la plus solennelle manière d'adorer. Néanmoins on peut offrir aussi la sainte Messe,
en l'honneur d'un saint, ou y célébrer la mémoire des saints, en remerciant Dieu des grâces et du bonheur qu'il leur a accordés, en invoquant leur intercession. Offrir la messe en l'honneur d'un saint n'est donc autre chose que citer le nom du saint, que prier Dieu par l'intercession de ce saint, de vouloir nous appliquer les fruits du saint sacrifice de la Messe. Voici comment le Concile de Trente s'exprime à ce sujet : « L'Eglise enseigne que le saint Sacrifice est offert, non aux saints martyrs, mais à Dieu seul qui les a couronnés. » S. Augustin avait déjà dit : « Nous n'élevons pas de temples aux martyrs, nous n'avons pas de sacerdoce, de religion, de sacrifices pour eux. » — Qui d'entre les fidèles a jamais entendu que le prêtre ait dit à l'autel pendant qu'il priait : Je vous offre un sacrifice, Pierre, Paul ou Cyprien? 11 est vrai que sur leurs tombeaux on offre à Dieu un sacrifice, mais c'est uniquement afin de remercier, à l'occasion de cette fête, le Dieu tout-puissant à cause du triomphe qu'ils ont remporté et de nous exciter par le souvenir de leur mort à les imiter, avec la grâce de Dieu, dans leurs glorieux combats.
Le sacrifice de la Messe en l'honneur des saints.
La coutume d'offrir le saint sacrifice de la Messe en l'honneur des saints est très-ancienne. Dès les premiers siècles, alors que les chrétiens étaient persécutés et souffraient le martyre, il était d'usage que le jour anniversaire auquel un saint martyr avait obtenu la couronne de l'immortalité en souffrant la mort pour la foi, les fidèles se rassemblassent au lieu où l'on conservait avec respect ses restes précieux et l'on y célébrait la sainte Messe pour honorer sa mémoire. Tel est le témoignage que nous fournit une lettre de TEglise de Smyrne, et dans laquelle il est fait mention de l'honneur que les chrétiens y rendaient à S, Polycarpe. S. Cyprien confirme ce fait quand il dit : « Nous otfrons le saint Sacrifice
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pour eux (en leur honneur) chaque fois que nous célébrons les souffrances des martyrs et le jour anniversaire de leur triomphe. » — « Nous faisons mention, dit S. Cyrille de Jérusalem, des patriarches, des prophètes, des apôtres et des martyrs, afin que par leurs prières et leur intercession Dieu daigne agréer nos supplications. »
Ad 2. Pourquoi offrons-nous à Dieu le saint sacrifice de la Messe? — Réponse. Nous l'offrons à Dieu a) comme sacrifice de latrie ou d'adoration, b) d'actions de grâces, c) de propitiatiofi et d) d'impétration. — Nous offrons à Dieu la sainte Messe :
a) Comme sacrifice de latrie pour rendre gloire à Dieu et reconnaître son souverain domaine, en un mot, pour le louer et l'adorer. « Il est certain, » dit S. Laurent Justinien, « qu'il n'est pas de sacrifice par lequel Dieu soit honoré davantage que par celui de la sainte Messe, sacrifice que le divin Sauveur a laissé à son Eglise pour rendre à son Père tout l'honneur et la gloire qui lui sont dûs; » en effet, dans la sainte Messe, Dieu est honoré par un Dieu, par Jésus-Christ qui est Dieu de Dieu, le vrai Fils unique de Dieu.
De quelle manière nous pouvons rendre le plus grand honneur
à Dieu.
On raconte d'une sainte âme, embrasée de l'amour de Dieu et du désir de sa gloire, qu'elle s'écriait souvent: «Ah !mön Dieu, mon Dieu, que je voudrais avoir autant de cœurs et autant de langues qu'il y a de feuilles sur les arbres, d'étoiles dans le ciel, de gouttes d'eau dans l'océan, pour vous aimer et vous louer autant que vous le méritez! Oh! que n'ai-je en mon pouvoir toutes les créatures, pour les déposer à vos pieds, afin que toutes se consument d'amour pour vous ! pourvu que je vous aime moi-même plus qu'elles toutes ensemble, plus même que les anges, plus que les saints, plus que le paradis tout entier! » Un jour qu'elle se livrait à ces trans-
ports avec la plus vive ardeur, elle entendit le Seigneur lui répondre : « Console-toi, ^ma fille ; par une seule Messe que tu entendras avec dévotion, tu me rendras toute la gloire que tu souhaites, et infiniment plus encore. » (Saint-Juré^ l. III, 11.)
b)Commesac7ificed'acti07is de grâces \)onrremercierl)\en des bienfaits reçus et lui rendre hommage de ses dons; c'est pour cela qu'il est appelé Eucharistie qui signifie en grec action de grâces. En effet, Jésus-Christ lui-même nous a appris par son exemple que le saint sacrifice de la Messe a été principalement institué pour rendre grâces à Dieu des bienfaits qu'il nous a accordés; lorsqu'il célébra la première Messe, ce qui eut lieu le Jeudi-saint, avant la consécration ou la transsubstantiation, « il leva les yeux au ciel et rendit grâces à son Père céleste. » C'est que réellement nous ne pouvons remercier Dieu d'une manière plus digne que par le saint sacrifice de la Messe.
La vénérable sœur Françoise Farnèse
était tourmentée des plus vifs regrets en se voyant comblée des pieds à la tête des bienfaits divins, sans trouver moyen de se décharger de sa dette de reconnaissanc»:; envers Dieu, en le payant d'un juste retour. Elle se couvrait avec confusion le visage et s'écriait avec David : « Que rendrai-je au Seigneur pour tous les bienfaits dont il m'a comblée? » (P^.HS, 12.) Un jour qu'elle s'abandonnait à ces sentiments, inspirés par un ardent amour, la sainte Vierge lui apparut, et déposant entre ses bras son divin Enfant : « Prenez-le, >/ lui dit-elle, « il est à vous, et sachez en tirer parti ; avec lui seul vous satisferez à toutes vos obligations. » — 0 précieuse Messe! par laquelle le Fils de Dieu est déposé, non-seulement entre nos bras, mais dans nos mains, et jusque dans notre cœur, pour être entièrement à notre disposition. « Un petit enfant nous est donné. » {haïe 9, 6.) Sans nul doute, avec lui seul nous
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pouvons acquitter pleinement la dette de reconnaissance que nous avons contractée envers Dieu.
c) Comme sacrifice de projntiation, afin de satisfaire à la justice divine pour les péchés commis; en effet, dans la sainte Messe s'offre l'Agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde et dont le sang crie au ciel, non pas vengeance, comme le sangd'Abel, mais grâce et pardon. Jésus-Christ lui-même l'a déclaré par ces paroles que le prêtre répète chaque fois quand il célèbre la sainte Messe : « Ceci est mon sang verSé pour vous et pour plusieurs, en rémission des péchés. » C'est pourquoi Eusèbe de Césarée dit : « Dans le saint sacrifice de la Messe est offerte une victime d'expiation pour le monde entier, pour les âmes de tous les hommes, une victime pure pour chaque souillure et pour chaque péché. »
(Voyez la question öS"" qui suit.)
d) Comme sacrifice dHmpétration, pour obtenir de Dieu tous les secours temporels et spirituels nécessaires à la vie du corps et de l'âme. La sainte Messe est la clef d'or du paradis, au moyen de laquelle nous pouvons nous ouvrir la porte des trésors et des grâces célestes. Car c'est Jésus Christ lui-même qui prie pour nous, et que ne pourra-t-il pas auprès de son Père céleste? S. Jérôme remarque donc avec raison : « Il n'y a pas de doute, le Seigneur nous accorde toutes les grâces que nous lui demandons à la Messe, pourvu qu'elles nous soient convenables ; et ce qui est plus merveilleux, très-souvent il nous accorde même ce que nous ne lui demandons pas.»
Le vénérable père Avila avait coutume de dire : « 0 que je suis heureux pendant la sainte Messe ! Si grands que puissent être mes besoins, si je puis seulement célébrer le saint Sacrifice, je suis aidé. Car lorsque j'ai Jésus-Christ devant moi sur l'autel, j'obtiens tout ce que je veux. »
La victoire (TOthon.
Lorsque la redoutable armée des Maggyares (955) marcha contre le roi allemand Othon, leur vainqueur, celui-ci ordonna avant la bataille, un jour de prières et de confession, et l'évêque Ulric lui donna publiquement ainsi qu'à ses généraux la sainte communion. — Avant la célèbre bataille d'Hasting, pendant que le roi Harold avec ses Anglo-Saxons, cherchait sa force et son courage dans l'orgie et les chansons bachiques, les Normands passèrent la nuit en prières et assistèrent dès l'aurore à. la sainte Messe; ce fut de leur côté que vint se ranger la victoire. — Voulez-vous triompher aussi des puissants ennemis de votre âme, demandez à Dieu, pendant la sainte Messe, par des prières humbles et ferventes, la force et le courage pour triompher, et vos ennemis vaincus disparaîtront.
(Gr. Cat. 35«-36« q.)
Effets ou fruits de la sainte Messe, — Explication. Sous ce rapport, nous avons encore à répondre à deux questions : 1) En quoi consistent ces effets ou ces fruits de la Messe et 2) à ([ui sont-ils appliqués.
Ad 1. Les grâces et les fruits qui nous sont communiqués par la sainte Messe sont incalculables. « Nulle langue humaine, » dit S. Laurent Juslinien, « ne saurait exprimer quels fruits abondants, quels dons admirable^ sont produits par le saint sacriüce de la Messe. Par elle les pécheurs sont réconciliés avec Dieu, les justes deviennent encore plus justes, les mérites sont augmentés, les grands crimes pardonnes, les vertus grandissent, les péchés diminuent, les tentations du démon sont vaincues, les malades guéris, les faibles fortifiés et les âmes tombées, relevées. » Le saint sacrifice de la Messe est, comme nous l'avons dit, le sacrifice de louange, d'action de grâces, de propitiation et dimpétration par excellence, le plus sublime qui puisse exister.
DE L'EUCHAHISTIF.. ICI
Mais les effets les plus merveilleux et les plus salutaires sont ceux que la sainte 'Messe produit comme sacrifice d'expiation ou de propitiation ; en effet, elle nous fait obtenir de la miséricorde divine 1) des grâces de repentir et de pénitence pour la rémission des péchés et 2) la rémission des yeines temporelles dues aux péchés. « Les saints mystères, « dit S. Thomas d'Aquin, « servent à nous purifier de nos péchés, ou parce qu'ils nous préservent des péchés futurs, ou parce que Dieu, en vertu de ce sacrifice, pardonne les péchés que l'homme ne connaît pas ou a oublié de confesser. » C'est pourquoi le saint Concile de Trente enseigne que le sacrifice de la Messe est véritablement propitiatoire et que par lui nous obtenons miséricorde, et nous trouvons grâce et secours en temps opportun, si nous nous approchons de Dieu, contrits et pénitents, avec un cœur sincère, avec une foi droite, avec crainte et respect. Car Notre-Seigneur, apaisé par cette oblation, et accordant la grâce et le don de pénitence, remet les crimes et les péchés, même les plus grands. A la pensée de cette admirable efficacité, Timothée, évêque de Jérusalem, s'écrie : « C'est à la Messe que la terre est redevable de sa conservation ; sans elle depuis longtemps la terre eût été détruite à cause des péchés des hommes. »
La sainte Messe est un sacrifice propitiatoire.
Quand Alphonse d'Albuquerque, ce fameux conquérant des Indes Orientales, se vit avec son armée, en péril de faire naufrage, à cause d'une violente tempête, il prit un petit enfant dans ses bras et, le tenant élevé vers le ciel : a 0 Dieu! si nous avons mérité de mourir à cause de nos péchés, » dit-il, « cette petite créature du moins est certainement exempte de péché. Ah! Seigneur, pour l'amour de cet innocent, pardonnez aux coupables. » Et la vue de ce petit enfant toucha le cœur de Dieu: la mer se calma et la crainte d'une
mort imminente fit place, dans ces cœurs abattus, à la joie la plus vive. Si ce noble Portugais conserva sa vie et celle de ses compagnons, en présentant cet enfant innocent, à plus forte raison, les chrétiens, lorsqu'ils présentent, pendant la sainte Messe, au Père éternel, Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, l'innocence et la sainteté même, n'obtiendront-ils pas grâce et pardon de leurs fautes, avec la rémission des peines temporelles dues à leurs péchés?
Comparaisons.
« Les péchés véniels fondent devant la sainte Messe comme la cire devant le feu, et beaucoup de peines que l'on aurait dû payer sont effacées en vertu du saint Sacrifice. »
« Mettez dans un plateau de la balance toutes les bonnes œuvres: les prières, les jeûnes, les veilles, les aumônes, les mortifications de la chair, etc., et dans l'autre plateau, une seule Messe et vous trouverez qu'il n'y a pas de comparaison; car dans la Messe est offert celui en qui habite corporellement toute la ^plénitude de la divinité, qui renferme en lui un trésor incomparable de mérites, et dont la supplication est d'un effet tout-puissant. » {S. Laurent Justinien.)
Ad 2. Ces fruits de la sainte Messe reviennent en général à toute VEglise; aux vivants comme aux morts. C'est pourquoi le prêtre prie au nom de toute l'Eglise dès le commencement du canon pour « tous les fidèles orthodoxes et qui font profession de la foi catholique et apostolique, ■>•> et après la consécration il prie Dieu « de se souvenir aussi de ses serviteurs et de ses-servantes qui nous ont procédés avec le signe de la foi et qui dorment du sommeil de la paix. » — Cependant les fruits particuliers de la sainte Messe sont appliqués i) au prêtre qui est le ministre du sacrifice; car chaque bonne œuvre produit son effet sur celui qui l'exécute; conséquemment aussi le saint sacrifice de la Messe ; 2) à ceux pour les-
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quels il a été spécialement offert; et 3) à tous ceux (jiii y assistent dévotement. « Celui qui a assisté avec dévotion à la sainte Messe, » ditS.Chrysostôme [Disc.Serm. 48.), « sera béni ce jour-là dans tout ce qu'il fait, dans ses travaux, dans son art, dans son commerce, dans ses voyages, et Dieu le fortifiera dans son corps et son âme. »
Les fruits de la sainte Messe.
Pour montrer combien souvent Dïeu bénit ceux qui font célébrer la Messe pour eux ou pour les autres, nous citerons l'exemple de S. Pierre Damien. Ce saint, ayant perdu en bas âge son père et sa mère, tomba entre les mains d'un de ses frères qui le traita de la manière la plus inhumaine, ne rougissant pas de le laisser mapquer de tout, même de chaussures et de vêtements tant soit peu convenables, et lui fournissant à peine la nourriture nécessaire à sa subsistance. Il arriva un jour à l'enfant de trouver sur son chemin une pièce d'argent. Pensez quelle fut sa joie : il croyait avoir en main un trésor. A quoi donc l'emploiera-t-il? Il n'avait pu retrouver celui à qui elle appartenait et se croyait donc autorisé à la garder pour lui. La pénurie où il se trouvait lui suggérait beaucoup de projets; mais après qu'il eut bien réfléchi, il se décida à la porter à un prêtre afin qu'il offrît le sacrifice de la Messe pour les âmes du purgatoire. Chose remarquable ! à partir de ce moment la fortune changea complètement à son égard. Il fut recueilli par un autre de ses frères d'un meilleur naturel, et qui eut pour lui toute la tendresse d'un père; il l'habilla décemment, le fit étudier, en sorte que, par la suite, Pierre devint prêtre, puis cardinal, l'un des plus fermes soutiens de l'Eglise et un grand saint. Vous voyez comment une seule Messe qu'il fit célébrer, au prix d'une légère privation, fut pour lui le principe d'éminents avantages.
Combien il est utile d'assister souvent et dévotement à la sainte Messe.
Du temps que le christianisme florissait encore dans la célèbre ville d'Alexandrie, il y vivait un honnête artisan exerçant la profession de cordonnier. 11 était chargé d'une famille nombreuse qu'il élevait dans l'aisance, car tout lui réussissait à merveille, et il avait de l'ouvrage autant qu'il en voulait, tandis que son voisin, exerçant le même état, et vivant seul avec sa femme, ne faisait aucun profit malgré toutes les peines qu'il se donnait nuit et jour, et voyait sans cesse ses affaires décliner davantage. Un jour donc celui-ci résolut d'aller trouver son heureux voisin et de lui demander confidentiellement quels moyens il employait pour faire tout réussir d'une manière aussi heureuse, — « Je vous apprendrai mon secret bien volontiers, » lui répondit son ami, « j'ai découvert d'importants trésors, et il m'est libre d'y aller puiser chaque jour ce qui me convient; il n'est donc pas étonnant que je sois si heureux et que ma famille vive dans l'aisance. » Cette communication ne put manquer de produire son effet; aussi à peine fut-elle faite, qu'elle excita l'impatient désir d'apprendre à connaître ce lieu fortuné, et le complaisant voisin ne se montra pas égoïste puisqu'il offrit de le montrer à son malheureux compagnon. « Je vous assure, » dit-il, « qu'il y a là des richesses assez pour tous les bourgeois de notre ville. » Sur cela il promit de venir prendre le lendemain matin notre homme tout stupéfait. Cependant le jour était à peine levé, qu'il alla chez lui, faisant semblant d'avoir rencontré plusieurs obstacles à leur projet, mais il réussit néanmoins à tranquilliser par de bonnes paroles le voisin un peu déconfit; « pour aujourd'hui, » dit-il en finissant, « nous nous contenterons d'aller entendre la Messe et nous remettrons l'exécution de notre projet à demain. — Mais comme les jours suivants c'était toujours la même histoire, notre homme perdit patience et s'écria : « S'il ne faut qu'aller à l'église et entendre la Messe, j'en connais bien le chemin, et je puis y aller seul quand cela me plaît; mais jusqu'à quand voulez-vous me jouer avec vos vaines
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promesses? » L'autre qui s'attendait à ces reproches avait la réponse toute préparée : « Ne vous fâchez pas, » lui dit-il, « car je vous ai déjà montré différentes fois le lieu où l'on conserve ce trésor caché, et où je vais puiser tous les jours tant de bonheur et des bénédictions, qui font prospérer ma famille; faites comme moi, et méditez bien cette parole du Sauveur: Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » C'est le célèbre évêque S. Jean l'Aumônier qui nous rapporte cette histoire.
L'assistance à la sainte Messe, récompensée et la négligence d'y assister punie.
A l'époque ou vivait S. Séverin, les sauterelles portaient partout le ravage dans les campagnes. Sur ses conseils tout le monde se rendit dans les églises pour y confesser ses péchés et implorer la protection de Dieu dans la sainte Messe. Il n'y eut qu'un homme pauvre qui continua de demeurer sur sa terre pour en chasser pendant toute la journée les insectes destructeurs et qui ne mit pas le pied à l'église. Mais le lendemain il trouva ses champs complètement ravagés, tandis que les autres n'avaient point souffert. Cette circonstance produisit une profonde impression sur tous les habitants de la contrée, et le malheureux ne reconnut que trop bien la faute qu'il avait commise. Le généreux évêque engagea alors tous ceux qui avaient reçu une leçon si frappante sans éprouver de dégâts, à secourir pour cette année leur frère que le malheur avait frappé si cruellement.
{Gr. Cat. 37«-38« q.) Parties principales et cérémonies de la sainte Messe. — Explication. On divise la Messe en messe des catéchu' mènes qui renferme tout ce qui se récite depuis le commencement jusqu'au symbole; elle est ainsi appelée parce que ceux qui se disposaient à se faire baptiser, les catéchumènes, pouvaient y assister ; et en Messe des fidèles (missa illuminatorum), parce que les fidèles seuls avaient le droit d'y assister; elle comprend les trois par-
lies principales de la Messe 1^ l'offertoire 2" la consécration et 3" la communion. Toutes ces parties sont accompagnées de différentes cérémonies qui touchent aux temps les plus anciens, et plusieurs même au temps des apôtres; leur sens élevé et plein de mystères est infiniment propre à inspirer à notre cœur la dévotion et le respect, et c'est pourquoi nous allons les expliquer rapidement.
Les cérémonies de la sainte Messe
sont les suivantes: l)Le prêtre accompagné d'un clerc se rend à l'autel. Ce clerc, appelé quelquefois servant, représente le peuple, au nom duquel il répond au prêtre pendant la sainte Messe. Devant le degré inférieur de l'autel, le prêtre récite d'abord, alternativementavecleclerc, un psaume du roi David {Ps. 42.), dans lequel, comme ce saint monarque, il supplie Dieu de le délivrer de la violence des ennemis de son âme, qui l'empêchent de servir Dieu pieusement, et d'éclairer son esprit afin qu'il puisse adorer Dieu dans son saint temple de la manière la plus convenable et lui présenter sur l'autel un sacrifice agréable. — Mais afin que Dieu agrée nos prières et nos offrandes, il faut que nous ayons un cœur pur de tout péché. C'est pourquoi le prêtre récite encore au pied de l'autel une autre prière, savoir le Confiteor ou la confession générale. Dans cette prière il confesse publiquement qu'il a commis des fautes ou des péchés, et il se frappe trois fois la poitrine pour exprimer sa douleur intérieure, son repentir. Il appelle aussi à son aide la bienheureuse Vierge Marie, tous les saints et les fidèles qui l'entourent afin qu'ils prient Dieu de lui pardonner ses péchés. Après cela le clerc recite à son tour à la place du peuple le Confiteor.
2) Après ces prières, le prêtre monte à l'autel et le baise pour exprimer son respect et son amour envers Dieu auquel l'autel et consacré, et envers les saints dont les reliques y reposent. Il se dirige ensuite du côté de l'épître et lit dans le missel l'introduction à la Messe, appelée Introït
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et qui se compose île quelques textes de l'Ecriture-Sainte surtout de l'ancien Testament, dont les paroles ont trait à la fête du jour. Le prêtre revient alors au milieu de l'autel et y récite alternativement avec le clerc : « Seigneur, ayez pitié de nous. » — « Christ, ayez pitié de nous. » (le Kyrie) et aussitôt après il loue et remercie Dieu de ce qu'il a eu réellement pitié de nous en envoyant sur la terre Jésus comme Sauveur. Cette prière d'action de grâces est appelée le Gloria et commence par les paroles que les anges chantèrent à la naissance de Jésus-Christ : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Après le Gloria, le prêtre se retourne vers le peuple en disant : « Que le Seigneur soit avec vous! » et au nom du peuple le clerc repond : « et qu'il soit avec votre esprit. »
5) Le prêtre revient immédiatement du coté de l'épître et récite une ou plusieurs oraisons du missel dont chacune se termine par ces paroles : « Par Notre-Seigneur Jésus-Christ » parce que nous devons toujours prier au nom de Jésus- Christ pour être exaucés de Dieu. Le clerc y repond « vlmew » c'est-à-dire, que Dieu daigne accorder tout ce pourquoi le prêtre a prié. Sur cela il lit un extrait de l'Ecriture-Sainte et d'ordinaire tiré des Epîtres des apôtres. A la fin le clerc répond : « Grâces à Dieu, » c'est-à-dire, « soient rendues à Dieu » pour les belles leçons qu'il nous fait donner.
4) Le prêtre passe alors du côté de l'évangile et là il lit un passage tiré de l'un des quatre évangelistes. C'est cette partie de la Messe qu'on appelle l'Evangile. A la fin le clerc répond : « Louange vous soit rendue, Jésus-Christ! » parce que c'est le Sauveur qui le premier a prêché la doctrine de l'Evangile et l'a fait annoncer ensuite par les apôtres à toutes les nations. Le prêtre revient au milieu de l'autel, et pour confesser qu'il tient pour vrai tout ce que Jésus a enseigné dans l'Evangile il récite le symbole appelé Credo, ou sont contenus les principaux dogmes du christianisme. C'est jusque-là que va la Messe des catéchumènes, ou la préparation, et alors commence proprement la célébration du sacrifice.
5) Après le Credo, le prêtre découvre le calice, prend d'abord la patène sur laquelle repose l'hostie ou le pain, puis il prend le calice avec le vin, et ces dons sensibles, il les offre à Dieu en élevant les yeux au ciel, le suppliant de vouloir les accepter pour le salut de tous les fidèles chrétiens vivants et morts. Le prêtre se lave alors les doigts, pour exprinier que, comme l'eau purifie le corps de ses souillures, ainsi notre cœur doit être purifié de la moindre tache du péché afin que les dons off"erts à Dieu lui soient agréables. Après s'être lavé les doigts, le prêtre se tourne vers le peuple et dit : « Priez, mes frères, afin que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit favorablement reçu de Dieu ! » Et le clerc répond pour tout le peuple : « Que le Seigneur reçoive de vos mains le sacrifice pour l'honneur et la gloire de son nom,pournotreutilitéetpour celle de toute lasainteEglise. » Cette partie de la Messe où le prêtre présente à Dieu le pain et le vin, s'appelle l'offertoire et forme la première parlie principale de la Messe.
6) Après Yoffertoire, le prêtre récite de nouveau une ou plusieurs oraisons du missel, que l'on appelle secrètes, parce qu'il les dit très-bas. Sur cela il élève la voix et récite un cantique de louange, appelé Préface qui se termine par ces mots : « Saint, Saint, Saint, est le Seigneur, le Dieu des armées, la terre est toute remplie de sa gloire. » Le clerc en ce moment agite la sonnette pour avertir les assistants d'unir leurs louanges à celles du prêtre et de redoubler d'attention et de respect.
7) En effet, alors commence la partie la plus importante et la plus auguste du sacrifice. Le prêtre baise, par respect pour Dieu, l'autel qui représente Jésus-Christ, et, les mains, étendues, il supplie le Père très-clément de vouloir bénir les dons du pain et du vin qui lui sont offerts. Il étend ensuite les mains sur le calice et l'hostie, au-dessus desquels il forme plusieurs signes de croix afin de rappeler aux assistants le sacrifice sanglant de Jésus-Christ sur la croix. Il fait ensuite la même chose que le divin Sauveur a faite lors de la dernière Cène et qu'il a commandée à ses apôtres et à leurs
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successeurs de faire. Il prend en effet d'abord le pain entre ses mains, le bénit et prononce sur ce pain, au nom de Jésus ces paroles : « Ceci est mon corps. » Puis il prend le calice avec le vin, le bénit de même et dit de nouveau au nom de Jésus : « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui est versé pour vous et pour un grand nombre, en rémission des péchés. « Par la vertu de ces paroles de Jésus, et par sa toute puissance, le pain est changé au corps, et le vin au sang de Jésus-Christ comme cela eut lieu à la dernière cène. Cette partie de la sainte Messe s'appelle la consécration et forme la deuxième partie principale du saint sacrifice. Après la consécration des espèces, le prêtre fléchit le genou pour adorer Jésus qui y est présent comme vrai Dieu et vrai homme. Il élève de même les deux espèces vers le ciel pour exprimer par là, que le corps du divin Sauveur a été élevé à la croix et qu'y étant suspendu et mourant, il a versé son sang pour notre salut.
8) Après la consécration, le prêtre récite plusieurs prières, entre autres pour les fidèles défunts; après quoi vient l'oraison dominicale ou le Pater noster. Un moment après il rompt au dessus du calice les espèces du pain ou la sainte hostie, et en laisse tomber une parcelle dans les espèces du vin, pour marquer que le corps et le sang de Jésus-Christ sont unis durant la sainte Messe et qu'il y est présent d'une manière vivante. Le prêtre se frappe alors trois fois la poitrine, en disant à Jésus : « Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde ayez pitié de nous, » et à la fin il ajoute : « Donnez-nous la paix! » Il récite ensuite trois autres oraisons, par lesquelles il se prépare à recevoir dignement le corps et le sang de Jésus-Christ. Après ces prières il prend la sainte hostie dans la main gauche, se frappe trois fois la poitrine et dit avec humilité : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans mon cœur, mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie; » voulant dire par là : « A cause de mes péchés je suis indigne, ô Jésus, que vous entriez dans mon âme avec votre corps et votre sang, mais par votre miséricorde, vous pouvez la purifier de tout
CATÉC. PRATIQUE. T. Ul. 8
péché. » II se nourrit alors du corps et du sang de Jésus sous les espèces du pain et du vin. Celte partie de la messe est appelée communion et forme la troisième partie principale de la sainte Messe.
9) Après la sainte communion le prêtre récite du côté de l'épître quelques prières, puis revenant au milieu de l'autel il fait avec la main droite le signe de la croix sur le peuple et lui donne la bénédiction en disant : « Que vous bénisse le Dieu tout-puissant, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. » Enfin le prêtre se dirigeant du côté de l'évangile y lit d'ordinaire le commencement de l'évangile de S. Jean. Arrivé à ces paroles : « Et le Verbe s'est fait chair » ce qui signifie. « Le fils de Dieu s'est fait homme pour nous racheter, » le prêtre fléchit le genou pour adorer Jésus, le divin Sauveur. Quand le dernier évangile est récité, la Messe est terminée. Le prêtre prend le calice, et après s'être agenouillé une dernière fois au pied de l'autel, il s'en retourne à la sacristie.
[Gr.Cat.ZQU].) De Viisage de la langue latine dans la sainte Messe. — Explication. C'est pour plusieurs motifs très-importants que la sainte Messe est célébrée en langue latine; nous nous contentons de citer les trois suivants : i) Puisque la foi nous fut transmise par Rome, la langue romaine ou latine fut conservée. 2) La langue latine n'est plus sujette aux changements, comme le sont nos langues vulgaires, La langue française, par exemple n'est plus la même qu'elle était il y a deux cents ans; bon nombre de mots ont vieilli, d'autres ont changé de signification. 3) Par là on conserve et l'on montre l'unité de l'Eglise et la catholicité de sa foi. Quel beau spectacle n'est-ce pas, quand, dans un pays étranger, on assiste aux offices catholi(iues! On ne comprend pas, il est vrai, la langue du pays, mais on comprend la langue de l'Eglise, et le cœur se sent porté à louer Dieu; la piété se reveille, quand on entend le prêtre entonner le joyeux
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■gloria et chanter le salut de paix : dominus voUsciim; on se croit alors transporté dans l'église de son endroit natal, et plein d'admiration pour la grandeur, l'unité et l'universalité de l'Eglise catholique on doit s'estimer heureux d'être un de ses membres.
L'émigré allemand.
C'était vers la fin de l'automne 1845, quand au jeune-homme allemand, séduit par Tespérance de découvrir des mines d'or en Amérique, prit le bâton de voyageur pour se rendre dans cette partie du monde si éloignée mais si vantée. Le cœur gros et les larmes dans les yeux, il quitta le sol allemand, sa patrie bien-aimée, et la douce perspective d'un brillant et riche avenir fut seule capable d'adoucir un peu l'heure cruelle où il se sépara de sa famiile et de ses amis. €e fut au milieu des souhaits et des vœux sincères de tous les siens qu'il s'élança vers l'objet de ses désirs. Après un voyage d'environ dix semaines, pendant lequel il courut de grands dangers sur mer, il mit enfin pour la première fois le pied sur le sol inconnu de sa nouvelle patrie. Un inexplicable découragement ou plutôt, je ne sais quelle terreur s'empara de son âme, quand il se trouva seul, abandonné de tous, étranger, ne connaissant rien delà langue du pays, sans amis, sans conseiller; le souvenir de ceux qu'il avait quittés et aimés, et dont il avait reçu des preuves si belles et si touchantes d'affection, vint alors se présenter à son esprit, et ne fit qu'augmenter sa tristesse. — Abordé au nouveau monde, il traversait pensivement les rues de New-York, une des principales villes de l'Amérique septentrionale; de temps en temps il ouvrait de grands yeux pour regarder les magnifiques et vastes édifices de la cité et s'en allait irrésolu par les belles rues et les places, ne sachant que faire, ni à qui s'adresser. Tout-à-coup il entend les tintements joyeux et cadencés d'une cloche dans les airs, comme si elle lui eût adressé une invitation, et il s'empressa en effet d'y répondre. Il entra dans une église et voilà qu'à ses yeux apparut revêtu de ses ornements sacerdotaux un prêtre catholique, montant
à l'autel pour y célébrer le saint sacrifice de la Loi nouvelle. Dans le chœur retentit le grave et majestueux Kyrie, après le quel, le ministre de Dieu entonne d'une voix vibrante et suave le gloria. — Transporté d'un saint ravissement, l'émigré allemand tombe à genoux, en louant la puissance et la gloire de Dieu, et abîmé dans son admiration, il ne peut que s'écrier : « 0 céleste et sainte Eglise! Comme dans ma patrie, tu parles ici le même langage, tu célèbres les mêmes mystères, et tu annonces la même foi divine! — 0 admirable unité! ô inexplicable harmonie? — Je n'ai point trouvé les montagnes d'or que je m'étais promis, mais j'ai retrouvé ma foi et mon Eglise et ses bénédictions et ses consolations! j'en remercie mille fois le ciel ! Non je n'en désire pas davantage! » Les larmes aux yeux il quitta la maison du Seigneur à New- York et s'en alla chercher fortune.
{Gr. Cat. 40« q.) Des ornements sacerdotaux pendant la sainte Messe. — Explication. L'église a établi austi un costume particulier pour le prêtre qui offre le saint sacrifice, afin de nous rappeler que le prêtre, à l'autel, n'agit point par lui-même mais qu'il tient la place de Jésus-Christ et célèbre un auguste et adorable mystère. — Autrefois chez les Juifs et les païens, les prêtres, en offrant des sacrifices, avaient un costume particulier; Dieu lui-même avait fixé en détail tous les ornements que devaient porter les prêtres de l'ancienne Loi, car voici l'ordre qu'il donna : « Aaron et ses fils s'en revêtiront lorsqu'ils entreront dans le tabernacle, ou lorsqu'ils approcheront de l'autel pour servir dans le sanctuaire, de peur qu'ils ne se rendent coupables d'iniquité, et qu'ils ne meurent. » {Exode. 28, 43.) Et combien plus ne convient-il pas au prêtre chrétien de porter des vêtements également distingués quand il offre le plus saint, le plus admirable des sacrifices! — Voici quels sont les différents ornements qui composent le costume sacerdotal pendant la celé-
DE L'ELCHaUISTIE. \'-i
l)ration des saints Mystères : Vamict, Vaube, le cordon ou cingulon, le manipule, Vétole, la chasuble.
Explication des ornements dont se revêt le prêtre pour célébrer la sainte Messe.
\") Vamict dont il se couvre le cou et les épaules, signifie que le prêtre uni au divin sacrifice s'oflreàDieu comme victime pour ses péchés et pour les péchés du peuple; l'amict est on même temps l'emblème du casque spirituel, nécessaire pour repousser les attaques de l'ennemi du salut. — 2) Vaube avec le cordon marque que le prêtre occupe la place du grand-prêtre Jésus-Christ que S. Jean dans l'apocalypse nous montre revêtu d'une longue robe et ceint d'un cordon d'or. — o) le cordon ou cingulon (cingulum) doit rappeler encore au prêtre les liens dont le Sauveur fut lié au jardin des Oliviers et la chasteté qui doit ceindre ses reins. — 4) le manipule est l'image du suaire de Jésus-Christ, et avertit le prêtre qu'il doit accepter avec joie les peines et les misères de la vie. — 5) Vétole symbolise le pouvoir sacerdotal. — 6) La chasuble signifie le joug du Seigneur que le prêtre doit toujours porter avec joie.
Des couleurs dans les ornements sacerdotaux.
Les couleurs des ornements sacerdotaux, et qui changent selon les différentes fêtes, ont aussi une signification spéciale. Il y a cinq couleurs ecclésiastiques, a) Le blanc (auquel correspond le jaune comme couleur de l'or ou de la gloire) est le symbole de la joie et de la pureté; on l'emploie aux fêtes de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge, des Anges et des Saintsqui ne sont pas morts martyrs; en même temps ilnous excite à nous réjouir de la grâce de notre rédemptionet à imiter la pureté angélique des saints. — b) Le rouge qui nous rappelle le feu et le sang, est employé au jour de la Pentecôte, quand le Saint-Esprit descendit sous la forme de langues de feu, ensuite aux jours où l'on célèbre les mystères de l'amour deDieu env3rs les hommes, tels qu'aux fêtes de la sainte Croix, de la couronne d'épines, des plaies de Jésus-Christ, et aux
t"74 DES SACREMENTS.
fêtes des martyrs; cette couleur nous rappelle le feu de l'amour divin et la disposition où nous devons être de sacrifier notre sang et notre vie pour la foi. — c) Le vert, symbole de l'espérance est employé pendant quelques dimanches depuis la Pentecôte jusqu'à l'Avent, parce que ce temps est appelé le pèlerinage vers la patrie céleste, afin de nous engager à marcher courageusement dans le sentier de la vie, avec la ferme espérance de parvenir un jour dans la céleste terrepromise. — d) l^e violet symbole de la pénitence et de la douleur des péchés, est employé les jours de pénitence et de jeûne durant l'avent, le carême et les quatre-temps. Cette couleur nous prêche le regret et la tristesse, la mortification et l'humilité pour effacer la dette contractée par nos péchés. — e) Enfin le noir est l'emblème de la douleur et du deuil ; c'est pourquoi on s'en sert le Vendredi-Saint et dans les messes pour les fidèles trépassés. Le noir nous rappelle le souvenir de nos quatre fins dernières et la miséricorde dont nous devons user envers les défunts afin que nous trouvions miséricorde à notre tour.
Pratique. L'auguste sacrifice du nouveau Testament est grand, sublime riche en bénédictions pour le corps et pour l'âme. « Il est le soleil des exercices spirituels, » dit S. François de Sales, « le centre de la religion chrétienne, le cœur de la dévotion, l'âme de la piété, le mystère ineffable qui comprend l'abîme de la charité divine, et par lequel Dieu nous communique magnifiquement ses grâces et faveurs. » S. Bonaventura s'écrie avec ravissement : « Autant l'océan a de gouttes d'eau, le soleil de rayons, le ciel d'étoiles, la terre de fleurs, autant le saint sacrifice de la Messe a de mystères. » — 0 Sacrifice admirable! qui ne s'empresserait d'y assister chaque jour avec la plus profonde piété! — Non, chrétiens! que rien ne vous arrête, mettez au contraire tout en œuvre \)pour assiste?' tous les jours à la sainte Messe; car il n'est pas d'autre exercice de dévotion aussi saint, aussi divin,
DE l'elciiauistie. 17")
aussi fécond en grâces et en bénédictions célestes. Voyez, en effet
Comment toutes les âmes saintes s'empressent d'assister tous les jours à la Messe.
S. Hedwige, duchesse de Pologne, entendait chaque jour toutes les Messes qui se célébraient dans sa chapelle. — S. Louis roi, assistait tous les jours à deux et même à trois Messes; lorsque ses courtisans lui observèrent que les affaires de l'Etat pourraient souff"rir par suite de cette coutume qu'il avait prise, il répondit : « Je m'étonne de ce que mes gens de cour murmurent parce que j'assiste à plusieurs Messes, alors que personne d'entre eux ne se plaindrait si j'employais le double de ce temps à jouer aux dés ou à chasser. » — Henri III, roi d'Angleterre, entendait également trois Messes chaque jour; quelqu'un lui ayant fait la remarque qu'il valait mieux entendre des sermons que des Messes, il répliqua : « J'aime mieux voir mon ami lui-même qu'entendre parler de lui. » — La bienheureuse Marie-Anne de Parades assistaittouslesjours à toutes lesMesses qui se célébraient à Quito, sa ville natale, depuis le matin jusqu'à midi. Tout le temps elle restait agenouillée sur les dalles du temple et elle était tellement absorbée dans sa dévotion qu'elle ne voyait et n'entendait plus rien autour d'elle.
(Voyez aussi Tom. If au 2« comra. de l'Eglise.)
2) Assistez à la sainte Messe, mais toujours avec attention, piété et respect. Occupez-vous de ce qui se passe sur l'autel; suivez le prêtre dans toutes les cérémonies. A Voffrande, offrez-vous vous-même avec Jésus au Père céleste ; après la consécration, adorez avec humilité votre Sauveur et priez-le de vous pardonner; à la communion, faites du moins la communion spirituelle, c'est-à-dire, réveillez dans votre cœur un vif désir de vous unir à Notre-Seigneur dans le sacrement de son amour. Le pieux frère-lai.
Un simple frère, ayant peu d'instruction mais beaucoup
de piété, avait coutume de dire, que durant la sainte Messe il se contentait de lire trois lettres qui lui suftisaient ; « l'une est noire, » disait-il, « l'autre rouge et la troisième blanche. » Alais que pouvaient signifier ces trois caractères?La première était noire, et lui rappelait ses péchés ; la vue de ces monstres hideux et noirs le remplissait de crainte, de repentir et d'une salutaire confusion. Ce caractère, il le considérait depuis le commencement de la Messe jusqu'à l'offertoire. La deuxième était rouge, et lui figurait la passion du divin Sauveur; il se prenait alors à penser au sang précieux dont les flots empourprés coulèrent des plaies de Jésus-Christ sur le Calvaire, lorsqu'il endurait la mort la plus cruelle, et cette lettre faisait l'objet de ses méditations jusqu'à la communion. La troisième lettre était blanche; car pendant que le prêtre se nourrissait du corps de Notre-Seigneur, le frère s'unissait par la communion spirituelle à Jésus-Christ, après quoi, tout abîmé en Dieu, il passait dans une douce considération (le la gloire céleste dont il espérait être devenu participant par les fruits du saint Sacrifice, le reste du temps de la Messe. Ce simple frère, qui ne savait pas même lire, entendait de cette manière la sainte Messe avec le plus grand fruit.
§ 3, DE LA SxMXTE COMMUNION.
{Gr. Cat. 41^2° g.) La sainte communion et obligation de la recevoir. ■ — Explication. Communier c'est manger réellement le corps de Jésus-Christ et boire son sang pour servir de nourriture à notre âme ; la sainte Communion est donc Vunion étroite avec Jésus-Christ que nous recevons dans la sainte Eucharistie. Le mot lui-même indique suffisamment ce qu'il signifie. « De même que deux morceaux de cire, » dit S. Cyrille d'Alexandrie, « sont fondus l'un dans l'autre et n'en font plus qu'un, de même celui qui communie devient un avec Jésus-Christ. » La sainte Commuaion consiste donc à se nourrir réellement du corps et
DE l'eucharistie. fî7
Ju sang de Jésus-Christ, car c'e4 son vrai corps et son vrai sang que nous y recevons. C'est pourquoi S. Cyrille de Jérusalem disait : « Si vos sens vous montrent le contraire, que votre foi vous fortifie! Ne jugez pas de la chose d'après le goût, mais soyez assuré j)ar la foi et sans avoir le moindre doute, que vous êtes honoré du corps et du sang de Jésus-Christ Sachez et ne doutez point quecequi à l'apparence du pain n'est pasdu pain, (juoique le goût dise le contraire, mais que c'est le corps de Jésus-Christ, et que ce qui paraît être du vin n'est pas du vin, quoiqu'il en ait le goût, mais que c'est le sang de Jésus-Christ. » Conséquemment, c'est bien le corps et le sang de Jésus-Christ que nous recevons pour être la nourriture de notre âme ;\\ suit de là que nous devons recevoir volontiers la sainte Communion, car comme le corps ne peut subsister sans aliments, ainsi l'âme ne peut vivre sans la nourriture spirituelle de la sainte Communion, C'est pourquoi l'usage de la sainte Communion ne vous a pas été recommandé seulement par l'Eglise, mais encore par Dieu lui-même et de la manière la plus pressante; car rs'otre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « En vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » (S. Jean, 6, o4.) Avec quel soin ne devons-nous donc pas suivre ce commandement puisqu'il n'a été donné que pour notre propre salut I Rappelonsnous l'exemple de tant de saints qui s'empressaient d'aller à la sainte Table avec les plus ardents désirs et une joie toute céleste. Plusieurs d'entre eux, tels que S. Térèse, S. Catherine de Sienne, S. Catherine de Gènes, avaient (juelquefois une telle faim de cette nourriture divine, leur ardeur pour la recevoir était si vive qu'elles étaient comme en délaillance quand elles devaient s'en priver.
S. Cogherine de Gènes.
Un jour que S. Catherine de Gènes vit la sainte Hostie dans la main du prêtre, elle voulut, dans un transport d'amour, s'élancer vers lui et la prendre : « Vite, mon Père! » s'écriat-elle, « donnez-moi ma nourriture bien-aimée: car je me défaillis et je me meurs. » Heureux, oui, mille fois heureux ceux qui éprouvent cette faim et cette soif, car ils seront rassasiés.
{Gr. Cat. 436-45« q.)
La sainte Communion sous une seule espèce. — Explication. Lorsque nous communions, il n'est pas nécessaire que, pour recevoir le sang de Jésus-Christ, nous buvions aussi au calice; car sous les espèces du pain nous recevons aussi son sang puisque nous le recevons tout entier avec sa divinité et son humanité. En effet, Jésus-Christ, comme nous l'avons dit, en parlant de sa présence dans la sainte Eucharistie, esi entière^nent présent sous chaque espèce. D'ailleurs, dans la sainte Communion nous recevons le corps vivant de Jésus-Christ, conséquemment aussi son sang; car un corps vivant ne peut exister sans qu'il contienne du sang. H est vrai que Jésus-Christ a institué le saint sacrement de l'Autel sous deux es-pèces, parce qu'il l'a institué en même temps comme sacrifice^ pour lequel les deux espèces sont nécessaires; mais il n'a pas ordonné de le recevoir sous deux espèces; il promet également la vie éternelle à ceux qui ne le reçoivent que sous Vespèce du pain, puisqu'il a dit : « Celui qui mange de ce pain, vivra éternellement. » (S. Jean, 6, 52. et 59.) Donc quand Jésus-Christ a dit : « Buvez-en tous, » il n'a pas imposé un précepte général, mais particulier qui ne s'adressait qu'aux apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce, pour autant qu'ils oflfriraient le saint Sacrifice. C'est pourquoi les prêtres eux-mêmes ne com-^
DE l'eucharistie. 179
munient que sous une seule espèce lorscju'ils n'offrent pas le saint sacritice de la Messe.
La communion sous une espèce a été en usage depuis longtemps dans l'Eglise. Dès les premiers temps du christianisme on ne la recevait que sous une seule espèce. Ainsi il n'est parlé dans S. Luc (24, 30.) et dans les Actes des Apütres(2, 42-46.) que de \^ fraction du pain. Au temps des persécutions les chrétiens emportaient le corps de Jésus-Christ dans leurs maisons, et le conservaient dans leur fuite ou en voyage, afin de pouvoir communier dans le besoin ou le danger. Nulle part nous ne trouvonvS qu'ils aient emporté pour cet usage l'espèce du vin dans leurs maisons. De même les anachorètes, qui demeuraient dans le désert, où il n'y avait point de prêtres, recevaient, comme le rapporte S. Basile, la sainte Eucharistie pour la conserver dans leur cellule, et seulement sous l'espèce du pain. On portait le saint Viatique aux malades, non sous les espèces du vin, mais toujours sous celles du pain. — En outre nous trouvons quelques exemples dans les temps de la primitive Eglise, qui prouvent que Ton communiait autrefois les petits enfants sous une seule espèce, sous celle du vin, comme le raconte S. Cyprien dans son traité des apostats. Si plus tard les papes Léon et Gelase ont ordonné l'usage du calice, ce ne fut que pour combattre l'erreur des manichéens qui abhorraient le vin comme quelque chose de diabolique.
Observation. C'est pour des motifs très-graves que l'Eglise catholique donne aux fidèles la communion seulement sous une espèce : 1) Afin de préserver le saint Sang de toute profanation, puisqu'il est exposé à être facilement répandu sous l'espèce de vin, et ne peut être conservé que très-diflicilement surtout dans les coutrées du Nord. 2) Afin de faciliter pour tous l'usage de la sainte Eucharistie, puisqu'un grand nombre auraient du dé,,'oût de boire au niênie calice. ô) Afin de faire coraprendi'e aux hérétiques que Jésus-(]|irist est présent tout ewtier sous chaque espèce. Nous ajouterons encore d'autres motifs : Comme la sainte Eucharistie doit être prêle pour les malades, il y aurait beaucoup a craindre, a) que si l'on devait conserver trop longtemps l'espèce du vin, elle ne .se corrompit, b) En outre il y a un grand nombre de personnes qui ont de l'aversion pour le vin et qui ne peuvent en souffrir l'odeur. C'est pourquoi, afin que la santé du corps ne souffrit pas de ce qui doit servir au salut de l'àme, l'Eglise a sage-
'i'80' DES SACREMENTS.
ment ordonné que les fidèles communiassent seulement sous IVspèce du pain. c) Il y a certaines provinces où le viu manque, el où on ne pourrait s'en procurer qu'à grands frais et avec beaucoup de difficulté, à cause de réloignemcnt oit elles se trouvent.
{Gr. Cat. 46'' q.)
Pourquoi Jésus-Christ veut se donner à nous dans la sainte Communion. — Explication. En se donnant à tous les fidèles comme nourriture dans la sainte Communion, il veut
1) nous donner une preuve de sa tendresse et de l'ardeur de son amour. Comme le soleil brille dans tout son éclat à l'heure de midi, ainsi l'amour de Dieu se manifeste de la manière la plus admirable dans ce banquet merveilleux. C'est ici que son divin cœur s'est ouvert comme une rose entièrement épanouie. « 0 charité étonnante! » s'éciie S. Chrysostôme, « le Seigneur se donne lui-même à nous dans le très-saint Sacrement; il nous donne tout ce qu'il possède, de sorte qu'il ne lui reste plus rien à donner. Il vous a tout donné, il ne s'est rien réservé. 0 admirable merveille de la charité divine! le Dieu, le maître de toutes choses, devient notre propriété. » Atin de représenter cet amour sous une faible image, on a figuré souvent Jésus-Christ sous le symbole (\\\n pélican, avec cette inscription : « Meus sanguis vestra vita. » « Mon sang est votre vie. »
S. Philippe de Néri au lit de mort.
S. Philippe de Néri avait fait de l'amour infini de Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie l'objet de ses pieuses méditations. Lorsqu'il fut étendu sur son lit de mort et qu'on lui apporta le saint Viatique, il se souleva à la vue du saint Sacrement et malgré son épuisement, il s'écria encore d'une voix claire et puissante : « Voilà mon amour, mon amour ! Mon Jésus, mon Dieu vient à moi. » — Une joie toute céleste vint illuminer en ce moment les traits du saint vieillard.
DE l'eucharistie. 18i
mourant, car il sentait qu'il recevait le plus précieux don du ciel, son Dieu lui-même.
La fête (le l'amour bienfaisant du Sauveur.
« Lorsque la toute-puissance de Dieu me jette dans l'admiration, de sorte que je l'adore en silence; lorsque son immensité m'anéantit en quelque sorte, de manière que je ne puis que ni'humilier devant elle, la charité divine qui se manifeste en Jésus-Christ et surtout dans le sacrement de l'amour, produit un tout autre effet sur moi; celle-là parle à mon cœur. » — Voilà comment s'exprimait le pieux Stanislas, duc de Lorraine; et comme il lui semblait important d'attirer avant tout les sentiments de reconnaissance des chrétiens vers la source sublime et inépuisable de tous les bienfaits, ce prince religieux, dont la bienfaisance semblait elle-même sans bornes, établit dans ses provinces, du consentement de l'évêque de Toul, une fête religieuse pour célébrer la charité bienfaisante du Sauveur.
Comparaison.
« Quel pasteur a tellement aimé son troupeau, jusqu'à le nourrir de sa propre chair et de son propre sang? Voyez quel est le brûlant désir qui dévore notre divin Sauveur, pour demeurer auprès de nous ! C'est là la qualité propre de l'amour le plus ardent. » (S. Chrysost. Rom. 60 ad pop.)
2) Le Seigneur veut se donner en nourriture à tous les fidèles afin de s'unir à nous de la manière la plus étroite. C'est ce que le divin Sauveur a déclaré lui-même en disant : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. » (S. Jean, 6, 57.) K Vous vouliez, ô Dieu d'amour, « s'écria S. Laurent Justinien, « que notre cœur et votre cœur ne tissent plus qu'un cœur. »
L'union étroite avec Jésus-Christ.
Lorsque Charles-Quint eut reçu sur son lit de mort la sainte Communion, il ressentit avec un bonheur tout céleste
fSS" DES SACREMENTS.
eetie douce union avec Jésus et c'est pourquoi il s'écria : « 0 Jésus, mon Seigneur et mon Dieu ! maintenant vous demeurez en moi et moi en vous, » — Faisant allusion à cette union intime, Jésus-Christ dit un jour après la sainte Communion à sa bien-aimée servante Marguerite d'Ypres: «Voyez, ma fille! quelle belle union existe entre nous! Aimons-nous ainsi et demeurons toujours unis par la charité, ne nous séparons plus jamais! »
« De même que lorsque quelqu'un mêle sur le feu de la cire fondue à un autre morceau de cire fondue, elles ne semblent plus qu'une seule masse, de même Jésus-Christ, au moyen de la sainte Communion, se change en nous et nous change en lui. » {S. Cyrille.)
3) Enfin le Seigneur veut se donner en nourriture aux iidèles, afin de les unir entre eux de la manière la plus étroite par le lien de la charité et de la paix. « Car nous ne sommes tous qu'un seul pain et qu'un seul corps, nous tous qui participons à un même pain. » (l Epît. aux Cor. 10, 17.) C'est de cette double union que parle S. Jean Damascène quand il dit : « La sainte Communion nous unit à Jésus-Christ et nous communique sa chair et sa divinité; en outre elle nous réconcilie et nous unit tous les uns aux autres en Jésus-Christ, de sorte que nous ne formons tous qu'un seul corps. » {üe Fide m IV, 3.)
Le rai Robert. t
Puisque par la sainte Communion nous participons à la * même table commune et que nous sommes les membres d'une grande famille, les commensaux de Dieu et des frères les uns à l'égard des autres, nous devons nous aimer mutuellement et nous pardonner nos offenses. C'était ce que savait et pratiquait si bien le roi Robert. Quand il eut permis à un certain nombre de gentilshommes, condamnés à
DE l'eucharistie. 183
mort pour crime de rébellion, d'assister avec lui à un banquet, et d'aller le lendemain matin à la sainte Table, il demanda ensuite aux juges sévères : « Conviendrait-il d'envoyer à l'échafaud, ceux que Jésus-Christ a reçus à sa table? » — Cette question nous pouvons nous la poser dans bien des circonstances moins importantes, par exemple, s'il convient de haïr notre prochain, de le mépriser, de le juger témérairement, alors qu'il puise la vie à la même source que nous? « Nous ne sommes tous qu'un seul pain, qu'un seul corps nous tous qui participons tous au môme pain. » [Veith.)
(Gr. Cat. Al^ q.)
Effets de la sainte Communion quand on la reçoit dignement. — Explication. Lorsque nous recevons dignement la sainte Communion, elle produit en nous, par l'union étroite avec Jésus-Christ, qui est la source divine des grâces, les effets les plus salutaires et nous communique des grâces innombrables, entre autres :
1) Elle conserve et augmente la grâce sanctifiante; car par la sainte Communion Jésus-Christ demeure en nous ; et où demeure Jésus-Christ est la vie, la grâce sanctifiante, tout comme la lumière et la chaleur sont où est le soleil.
^) Elle affaiblit nos mauvaises inclinations, donne U goût et la force pour avancer dans le bien, afin que nous marchions courageusement dans le sentier difficile et rapide du ciel. « Une expérience de trente-trois ans, » dit S. François de Sales, « m'a montré clairement quelle est la vertu de ce divin sacrement pour fortifier l'âme dans le bien et la détacher du mal, pour la consoler spirituellement, en un mot, pour la diviniser, du moins pour autant qu'on reçoit la communion avec une foi. vive, une piété et une pureté convenables. »
La sainte Communion ajfaiblU nos mauvais penchants. {Comparaison.)
« Nous attendons avec raison qu'une bonne médecine triomphe des mauvaises dispositions et du germe de la maladie qui se trouve en nous, mais non que le germe de la maladie triomphe de la médecine ou la rende inelîicace. 11 en est de même du grand remède destiné à guérir nos âmes, de la sainte Eucharistie; elle n'est pas vaincue ou absorbée au dedans de nous par le mal, mais au contraire, comme un vrai remède elle absorbe le mal, le comprime et achève ainsi notre guérison et notre sanctification. » [S. Bernard.)
La sainte Communion nous fortifie dans le bien au milieu de notre pèlerinage terrestre.
Le prophète Elie fut persécuté comme prédicateur austère du vrai Dieu par l'impie Jésabel, l'épouse du roi Achaz. Pour mettre sa vie en sûreté il s'enfuit dans le désert, sans avoir à boire ni à manger, et dépourvu de tout secours humain. Le soleil dardait ses rayons ardents sur son front, et le sabip brûlant enflammait la plante de ses pieds nus. Dès le premier jour de voyage il s'affaissa d'épuisement au pied d'un arbuste et s'écria avec découragement : « Seigneur, je n'en puis plus, laissez-moi mourir! » Sur cela il s'endormit de fatigue. Alors parut un ange du Seigneur qui le toucha et lui dit : « Lèvetoi et mange, » Elie se leva et trouva, déposés à sa tête, du pain et une cruche d'eau. Après qu'il eut mangé et bu, il s'endormit de nouveau. L'ange du Seigneur vint pour la seconde fois, le toucha et dit : « Lève-toi et mange, car le chemin que tu as à faire est long. » Elie se leva et mangea, et fut tellement fortifié par le pain de l'ange qu'il put continuer sa route pendant quarante jours et quarante nuits sans se fatiguer, et arriva heureusement au mont Horeb, où il se retira dans une caverne pour s'entretenir uniquement avec Dieu. Ce pain que l'ange donna à Eue, l'Eglise le considère comme le symbole du Pain des anges que nous recevons dans la sainte Communion. Nous voyageons à travers le désert dangereux de la vie, où le serpent de la tentation tour-
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mente notre âme, où les péchés comme autant d'animaux sauvages s'attaquent à notre vie spirituelle, où le mauvais exemple, comme une atmosphère brûlante, dessèche les germes naissants de la vertu, où la tiédeyir d'une vie molle épuise toutes les sources de la piété et de la crainte de Dieu. Au milieu de toutes ces circonstances, la vie de l'âme est exposée â de grands dangers, nous nous décourageons facilement et nous nous laissons tomber désespérés et sans force comme une proif du premier ennemi venu. Mais le Pain des anges que nous trouvons dans la sainte Eucharistie rend à notre âme une force irrésistible, pour que nous puissions avancer courageusement comme Elie, parvenir sans encombre et sans malheur à la sainte montagne d'Horeb, à la patrie de la vie éternelle, où nous pourrons nous reposer sur le cœur de Jésus, et dans la douce possession du Sauveur, oublier tout le bruit du monde, toutes les misères de ce corps de péché. (Bède Weber.)
3) Elle nous purifie des péchés véniels et nous préserve (les péchés mortels. « Quel bonheur n'est-ce pas, » s'écrie un pieux auteur, « de pouvoir loger, par la sainte communion, le Sauveur dans notre âme! Il est descendu à Bethléem dans une étable, et par sa présence, il l'a changéeenun paradis oùchantaient les anges; il est descendu dans la maison deZachée le publicain etlui a pardonné tous ses péchés, il est descendu dans les limbes et, par sa grâce, il a changé ces sombres et tristes prisons en lieux de gloire, de joie et de rédemption. »
Le repas du prophète Elisée.
Le prophète Elisée invita un jour ses disciples à un repas et leur offrit un ragoût préparé avec toute espèce d'herbes des champs. Mais à peine en eurent-ils goûté, qu'ils remarquèrent qu'il contenait du poison et ils se dirent avec effroi : « la mort est dans ce plat ! » Elisée fit alors semer un peu de farine sur les mets empoisonnés et à l'instant le poison en disparut. Le ragoût était de nouveau sain et appétissant. Cette
histoire ressemble à notre vie sur la terre. C'est un lieu d'exil, de malheur et de deuil, corrompu par des matières empoisonnées. Nous aussi, nous pouvons nous écrier avec les disciples du prophète Elisée : « La mort est dans ce plat. » La mort dans les mauvais livres, la mort dans les lieux corrompus, la mort dans votre âme, dans votre corps, partout la mort temporelle et la mort éternelle! Mais Jésus-Christ, dans le saint sacrement des Autels, est la farine du prophète Elizée ; répandue dans '.a vie de ce monde, elle éloigne toutce qui peut nous empoisonner et nous tuer. Prise comme nourriture céleste, avec un sentiment de piété, elle éloigne la mort de nos demeures, la mort de notre corps, la mort de notre âme. Par elle, la demeure est purifiée de la mort des péchés et remplie des suaves parfums delà vertu ; par elle, le corps de l'hamme, sortant de la mort et de la corruption, renaît à une vie nouvelle et immortelle; par elle l'âme jouit de la consolation des saints, laquelle s'accroît chaque jour, et nous indemnise infiniment de toutes les soufifrances d'ici-bas. C'est de Jésus dans le très-saint Sacrement qu'il est dit dans l'Apocalypse de saint Jean : « Voici qu'il séchera toutes les larmes de vos yeux et la mort n'existera plus, ni la tristesse, ni les peines, ni les plaintes ne seront plus; car tout ce qui précédait est passé et Jésus renouvelle tout. » {Bède Weher.)
4) Elle est pour nous un gage de notre résurrection future et de notre boîiheur éternel. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, >) dit le divin Sauveur, » a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » {S. Jean, 6, 55.) « Car comment, » dit S. Irenée, « comment nos corps pourraient-ils être condamnés à la mort pour jamais? Comment nos corps qui ont été nourris de la chair de Jésus-Christ et abreuvés de son sang, ne ressusciteraient-ils pas pour la vie éternelle? Jésus-Christ n'est-il pas la résurrection et la vie? En s'unissant à nos earps, au moyen du saint sacrement des Autels, il dépose en nous le germe de la vie et de la gloire ; c'est un feu qui.
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couve sous la cendre, et qui dévorera un jour tout ce que le péché a introduit d'impuren nous, il n'attend que le signal des trompettes du jugement dernier, pour transformer en un moment les corps des justes et les rendre semblables au corps glorieux de Jésus-Christ. (S. Irenée, lib. 4 contr. hœres.) — Aussi les saints, pleinement convaincus de cette vérité, regardaient-ils joieusement la mort en face.
Communion de S. Jérôme avant de mourir.
Lorsqu'on apporta le saint viatique au célèbre docteur de l'Eglise, saint Jérôme, il était étendu pâle et exténué sur la terre nue; se levant alors avec peine, il dit à haute voix cette prière : «0 Seigneur! vous êtes le pain de vie! celui qui vous reçoit dignement, pourrait mourir mille fois dans son corp», que son âme vivrait éternellement. Mourir pour lui n'est pas la mort, c'est le passage de la mort à la vie, c'est le commencement de la vie éternelle en vous. Voilà queje suis déjà comme mort, mais vous me ressusciterez; je suis malade et faible, vous êtes le médecin qui me guérirez; je suis nu et je frissonne de froid, vous me revêtirez richement; je meurs d'inanition et de faim, vous êtes l'aliment dont je serai pleinement rassasié. » Quand il eut reçu le saint viatique, il fut rempli d'un ardent désir de mourir. « 0 quel gain c'est de mourir! »s'écriait-il; «car, dès ce moment, Jésus-Christ sera ma vie. Cette misérable demeure du corps sera démolie, mon âme obtiendra une demeure céleste qui n'a pas été bâtie de main d'homme. Des ténèbres j'entre dans la lumière, du danger dans un lieu de sûreté, de la pauvreté je passe à la richesse, du combat à la victoire, de la tristesse à la joie, de la vie du temps à la vie de l'éternité. Ici-bas j'étais aveugle, dans le ciel Jésus m'éclairera; ici j'étais blessé dans toutes mes parties, là-haut le Sauveur versera de l'huile sur mes blessures; ici j'étais désolé et abattu, maintenant je vais à la rencontre des consolations ineffables. Allons, mes amis, entonnez des cantiques de louange en l'honneur du
Sauveur qui m'introduit dans un lieu de rafraîchissements. »
{Gr. Cat. 48«-o0« q.)
Effets de la sainte communion quand on la reçoit indignement. — Explication. Tous ne reçoivent pas avec la sainte communion les grâces dont nous venons de parler; oh non ! car il en est pour qui le chemin de l'autel estlecheminde l'enfer; en effet, celui qui reçoit indignement la sainte communion, c'est-à-dire en état de péché mortel, s'attire 1) des châtiments éternels et souvent aussi des châtiments temporels. Il s'attire
i) des châtiments éternels, la damnation; « car celui qui mange indignement ce pain et boit indignement le calice du Seigneur, est coupable du crime contre le corps et le sang du Seigneur;... Il boit et mange son jugement, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. » (1 Epît. aux Cor. 11, 27-29.} Il lui arrive ce qui arriva aux impies Philistins pour qui l'arche d'alliance fut une source de malheurs et de malédictions, tandis que, pour les pieux Israélites, elle était une source abondante de bonheur et de bénédictions. Et comment pourrait-il en être autrement? La communion indigne est en effet la plus horrible injure qu'on puisse imaginer ; car celui qui est assez audacieux pour communier indignement commet a) un affreux sacrilège comme Judas, puisqu'il s'attaque au corps et au sang du Seigneur; « il se rend coupable du crime contre le corps et le sang du Seigneur; il boit et mange, sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. » De ses lèvres souillées il touche celui qui est la pureté même et il unit les membres du Dieu trois fois saint à des membres qui ont été les instruments des plus infâmes habitudes, b) // se rend coupable de la plus noire ingratitude, puisqu'il fait au divin Sauveur l'insulte la plus san-
DE l'elxhai'.istie. 189
glante, au moment même où il reçoit de lui la plus grande preuve d'amour.
Noire ingratitude du chrétien.
Nous savons par l'Ecriture que le roi David fut éprouvé par beaucoup d'adversités et de malheurs; mais de tous les malheurs qui le frappèrent, il n'en est pas un seul qui lui causât autant de tristesse et blessât plus sensiblement son cœur que lorsqu'Architopel un de ses premiers conseillers, son principal confident, se révolta contre lui et embrassa le j)arti du rebelle Absalon. « Si mon ennemi m'avait outragé, s'écrie David avec douleur, je l'aurais supporté; si celui qui me hait, s'était élevé contre moi, je me serais dérobé à ses recherches. Mais toi que je regardais comme un autre moimême; toi le chef de mes conseils, toi qui vivais familièrement avec moi, toi le confident de mes secrets ; avec qui je marchais dans la maison du Seigneur! » {Ps. 34, 13.) Voilà comment s'exprimait David dans le profond sentiment de sa douleur. — Appliquons ceci à un chrétien qui reçoit indignement son Seigneur et son Dieu. Toute l'énormité de sa conduite injurieuse ne saute-t-elle pas aux yeux? Jésus-Christ ne doit-il pas aussi lui dire : « Si mon ennemi, un païen, un turc, un juif, l'avaient fait, et m'eussent déshonoré aussi ignominieusement, certes c'eût été un crime énorme; mais quel forfait monstrueux n'est-ce pas, quand un de mes amis, de mes frères, quand un chrétien, un catholique m'assaillit par de tels outrages ! »
Comparaison.
Nous ne devons pas nous étonner, si celui qui communie indignement, mange et s'incorpore sa perte et sa damnation ; car si on mettait dans la bouche d'un homme mort un morceau de pain, ce pain lui rendrait-il la vie? Non, il se changerait en vers qui au lieu de ranimer le cadavre ne feraient que le dévorer. Il en est de même de l'âme qui reçoit en état de péché mortel la sainte Eucharistie. — Mais l'homme qui
communie indignement ne s'attire pas seulement la damnation il s'attire encore
2) une foule de châtiments temporels, tels que l'aveuglement et l'endurcissement du cœur, et parfois la mort subite, etc. A cause de l'indigne réception de la sainte communion « il y en a beaucoup parmi vous qui sont malades et languissants, et plusieurs sont morts. » Voilà ce qu'écrivait déjà S. Paul. (1 Epît. aux Cor. il, 30.) Et Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même disait de Judas : « Il vaudrait mieux pour lui de n'être pas né. » (S. Matth. 26, 24.)
Fin déplorable de Judas.
Afin d'inspirer une terreur salutaire à tous ceux qui communient indignement, l'Ecriture-Sainte nous a conservé le terrible exemple de Judas Iscariote, où nous pouvons reconnaître combien sont vraies ces redoutables paroles de S. Paul : a Celui qui mange et boit indignement etc. mange et boit son propre arrêt de condamnation. » — Ecoutons comment S. Cbrysostôme s'exprime sur le sort du malheureux Apôtre : «Judas murmure, Jésus le souffre. Il est avare et voleur; Jésus le souffre. Il forme le dessein de trahir son son maître; Jésus le souffre. Mais dès qu'il a communié indignement, aussitôt il est livré au pouvoir du démon. » — « Après qu'il eut mangé, Satan entra en lui. »
Suites terribles de la communion indigne.
S. Cyprien raconte qu'une femme, quoiqu'elle eût caché un péché honteux en confession, osa cependant se présenter à la table sainte. Mais qu'arriva-t-il? A peine eut-elle reçu la sainte hostie sur la langue, qu'elle tomba dans d'affreuses convulsions et expira sur la place même. — En 1833 un jeune homme se confessa en Cochinchine, mais il cacha un péché mortel, et, après cette confession nulle et sacrilège, il alla à la sainte Table. Mais le châtiment le frappa à l'instant même. Saisi tout-à-coup d'un accès de rage, il se précipite hors de
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l'Eglise, s'élance dans les lieux déserts et sur les montagnes où il ne cesse de crier: « Je suis Judas, j'ai trahi Jésus! » On l'engage à faire pénitence, mais c'est en vain ; il répète toujours ce cri épouvantable qui pénètre jusqu'à la moelle des os : » Je suis Judas, j'ai trahi Jésus! » C'est ainsi qu'il vit et c'est ainsi qu'il meurt; au moment de communier indignement, il s'était incorporé son arrêt de condamnation. — Lothaire II, roi de Lotharingie avait quitté son épouse légitime Theulberge pour prendre Waldrade. Le pape Adrien II cita à Rome le prince scandaleux qui avait déjà résisté aux différentes menaces du pape Nicolas I prédécesseur d'Adrien. Humilié enfin par des revers, Lothaire supplia le Souverain- Pontife de retirer l'excommunication dans laquelle il avait vécu et promit de ne plus avoir de relation avec Waldrade. Comme preuve de sa sincérité, il reçut, de la main du pape la sainte Hostie. Tous deux appelèrent sur le coupable le jugement de Dieu, et à l'effroi de son siècle, Lothaire avex; ses compagnons qui l'avaient aidé à opprimer Theutberge et en avaient appelé comme lui au jugement de Dieu, mourut misérablement avant d'avoir revu sa patrie. (869; « Dieu, dit S. Cyprien, nous donne quelquefois des exemples aussi terribles pour nous mettre sur nos gardes et nous détourner de la communion sacrilège.
{Gr. Cat. 51*'-64« q.)
Dispositions nécessaires pour bien communier. — Explication. Afin de ne pas recevoir indignement la sainte Communion et ne pas manger notre condamnation, nous devons nous disposer à la recevoir dignement, d'après l'avis de l'Apôtre : « Que l'homme s'éprouve soi-même, et qu'après cela il mange de ce pain et boive de cette coupe. » {1 Epît. aux Cor. M, 28.) Or, ces dispositions sont de deux sortes : les unes regardent 1) râ7ne, les autres 2) le corps.
1) Les dispositions de l'âme consistent à éloigner de notre cœur tout ce qui est mal et à l'orner de vertus.
Conséquemment nous devons a) purifier le cœur de tout péché grave, par mie bonne confession, et nous efforcer en même temps de nous détacher de tous les péchés véniels, parce qu'ils diminuent au moins les effets de la grâce dans la sainte Communion, quoiqu'ils ne nous rendent pas indignes de communier ni coupables de sacrilège. b) Nous devons exciter dans notre cœur la piété par de saintes méditations et par des actes de foi et d'adoration , d'humilité et de repentir, d'espérance, de charité et du plus ardent désir de nous unir à Jésus-Christ. Il est naturel que nous nous préparions de celte manière à la sainte Communion, car vous n'avez qu'à vous rappeler comment Dieu avant d'introduire l'homme dans le monde, sa demeure, l'orna et la prépara avec une admirable magnificence! Il sema le ciel d'étoiles étincelantes, il couvrit la terre d'un tapis de plantes et de fleurs aux couleurs les plus riches; et vous, chrétiens! qui recevez votre Dieu dans la sainte Eucharistie, vous n'auriez pas soin, vous oublieriez d'orner et d'embellir sa demeure?
Le religieux Cistercien.
Dans l'histoire de l'Ordre Cistercien, on raconte d'un religieux que chaque fois qu'il allait à la sainte Table il éprouvait de si grandes douceurs, qu'il croyait avoir reçu un rayon de miel; cette sainte jouissance il la goûtait durant trois jours consécutifs. Mais un jour qu'il avait imposé à l'un de ses frères des ordres d'un ton trop impérieux et s'était même emporté contre lui, il alla à la sainte Table, sans s'être réconcilié avec lui, et au lieu d'éprouver de la (h)uceur, il ne sentit dans sa bouche que l'amertume du fiel, pour ne pas avoir accompli la parole du Sauveur, qui a dit dans l'Evangile : « Si vous apportez votre offrande à l'autel, et que là vous vous rappeliez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez votre offrande devant l'autel, et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère, et alors vous viendrez la
DE l'eucharistie. 193
présenter. » (S. Malth. 5, 23-24.) — Apprenons de là, combien Dieu veut que nous nous réconciliions sans tarder avec nos frères, et comment même une faute légère nous attire la disgrâce de Dieu, lorsque nous nous approchons de la sainte Table sans nous être purifiés. C'est pourquoi nous devons nous efforcer de rendre notre cœur exempt de tout péché même véniel, autant que c'est en notre pouvoir, afin de recevoir dignement la sainte Communion.
Comparaison.
« Que serait-ce, si quelqu'un pour recevoir un monarque, ornait de sculptures la façade et l'entrée de sa maison, s'il couvrait les murs du vestibule de précieuses tapisseries, si tout le reste était brillant et recherché aux yeux du royal visiteur, mais que l'appartement où il devrait loger et prendre son repos fût rempli d'ordures et d'immondices, de sorte que le roi en y entrant reculât de dégoût? — Sans doute il est beau que le chrétien garde son corps pur par une fervente prière, des jeûnes fréquents et des mortifications; mais il faut encore qu'il veille avec soin sur toutes ses pensées, afin que la demeure qu'il prépare dans son cœur au souverain Roi, ne contienne rien de hideux, de déréglé qui puisse offenser ses yeux. » (S. Pierre Damien.)
La meilleure manière de se préparer à la sainte Communion
nous est indiquée par S. François de Sales dans son Introduction à la vie dévote : « Commencez le soir précédent, » dit-il, « à vous préparer à la sainte Communion, par plusieurs aspirations et élancements d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure, afin de vous pouvoir lever aussi plus matin : que si la nuit vous vous réveillez, remplissez soudain votre cœur et votre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles votre âme soit parfumée pour recevoir l'époux, lequel veillant pendant que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et mille faveurs, si de votre part vous êtes disposé à les recevoir. Le matin levez-
CATÉC. PRATIQUE. T. Ul. »
VOUS avec grande joie, pour le bonheur que vous espérez; et vous étant confessé, allez avec grande confiance, mais aussi avec grande humilité prendre cette viande céleste, qui vous nourrit à l'immortalité. Et après que vous aurez dit les paroles sacrées : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans mon cœur, » recevez plein de foi, d'espérance et de charité, celui lequel, auquel, par lequel, et pour lequel vous croyez, espérez et aimez. Ame chrétienne ! imaginezvous que comme l'abeille ayant recueilli sur les fleurs la rosée du ciel et le suc le plus exquis de la terre, et l'ayant réduit en miel, le porte dans sa ruche ; ainsi le prêtre, ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vrai Fils de Dieu, qui comme une rosée est descendu du ciel, et vrai Fils de la Vierge, qui comme fleur est sorti de la terre de notre humanité, il le met en viande de suavité dans votre bouche et dans votre corps. L'ayant reçu, excitez votre cœur à venir faire hommage à ce roi de salut. »
Comparaison.
u Lorsque quelqu'un attend un hôte de distinction il cherche à se préparer dans sa demeure afin de le recevoir : il laisse de côté les affaires qui ne sont pas trop pressantes, ne s'occupe que de celui qui doit venir le voir, ne pense qu'à l'honneur qui va lui être fait par sa visite, et examine si tout est bien disposé afin de plaire à son noble visiteur. C'est ainsi que le chrétien, qui veut recevoir la sainte Communion, ne doit penser qu'à ce grand acte, ne parler que de cela, il doit oublier toutes les autres pensées, les autres soins, les vanités et ne s'occuper que de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui veut venir à lui et établir sa demeure dans son âme. » {Louis de Grenade.)
2) Les dispositions du corps consistent a) à être à jeun, c'est-à-dire, à n'avoir rien pris depuis minuit , pas même une goutte d'eau. L'Eglise a établi cette loi sous peine de péché grave, d'un côté à cause des grands abus qui résulteraient de l'inobservation de cette loi, d'un autre
DE l'eucharistie. 195
côté à cause du respect que l'on doit au saint Sacrement, « afin, » dit S. Augustin, « que rien n'entre dans la bouche du ciirétien, avant que le corps de Notre-Seigneur y soit entré. « Cependant les malades qui communient en viatique peuvent communier sans être à jeun. En outre h) il faut qu'on soit vêtu convenablement; car qui se permet de paraître en présence d'un roi de la terre avec un extérieur négligé ou des vêtements malpropres? A. combien plu^orte raison devons-nous donc paraître devant le souverain roi du ciel et de la terre avec un extérieur honnête?
Comment les Saints se préparaient à la sainte Communion pour ce qui regarde le corps.
Généralement les saints jeûnaient le jour avant de recevoir la sainte Eucharistie. S. Marguerite, princesse royale de Hongrie, ne prenait la veille que du pain et de l'eau. Sainte Stéphanie de Sancino fut tourmentée une nuit par une soif brûlante ; mais au moment de se désaltérer, elle se rappela qu'elle aurait dû s'abstenir de la sainte Communion, si elle buvait. Elle surmonta donc le besoin de la nature, endura les ardeurs de la soif, mais elle reçut par la sainte Communion un si doux rassasiement, que pendant quarante jours de suite elle put se passer de boire et de manger,
{Gr. Cat. ßo'^-TO« q.)
Conduite pendant et après la sainte Communion. — Explication. Nous avons encore à répondre aux questions suivantes : Comment devons-nous nous conduire 1) pendant la communion, 2) après la communion et 3) le jour de la communion?
1) Pour recevoir la sainte Communion, il faut s'approcher de la sainte Table avec un profond respect, les mains jointes, et les yeux baissés; tenir la nappe devant soi, la tête levée, avancer la langue sur la lèvre inférieure et recevoir respectueusement la sainte hostie.
(On doit faire attention à ne pas garder la sainte hostie dans la bouche, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement décomposée ; si elle s'attache au palais, on doit la détacher, non avec le doigt, mais avec la langue.)
2) Après avoir reçu la sainte Communion, on doit se retirer avec la plus grande modestie dans un lieu tranquille de l'église et y passer quelque temps en prières. Il n'est pas de moment plus précieux, plus riche en grâces que celui qui suit la communion; »ettons-le donc à profit le mieux que nous pouvons. « Après la sainte Communion, »dit S.Térèse, «Jésusse trouve dans notre cœur comme sur un trône de miséricorde pour nous accorder des grâces. Il nous y dit : que voulez-vous que je fasse pour vous? — C'est pourquoi on ne doit pas laisser passer inutilement une occasion si favorable de nous enrichir; la majesté divine n'a pas coutume de mal payer les logements ou il a été bien reçu. » — Quelle conduite inconvenante n'est-ce donc pas de sortir de l'église de suite après avoir reçu la sainte Communion, sans témoigner à l'hôte céleste l'attention et le respect convenables.
Ne partez pas de suite après la sainte Communion.
S. Philippe de Néri remarqua un jour, à sa grande douleur, comment une personne, immédiatement après avoir reçu la sainte hostie, se dirigea vers la porte de l'église pour s'en aller. Aussitôt le saint homme ordonna à deux enfants de chœur de prendre des flambeaux allumés et d'accompagner la personne qu'il leur désigna. Celle-ci surprise de ce procédé étrange, demanda ce que cela signifiait et sur la réponse des enfants, que le prêtre leur avait donné cet ordre, elle se dirigea vers S. Philippe pour le mettre à la raison. Mais celui-ci avec un sérieux charmant lui dit : « Quand un prêtre porte le saint Sacrement dans un ciboire, il est toujours accompagné de deux ministres munis de flambeaux
DE l'eucharistie. 497
allumés, et le même honneur doit être rendu, me semble-t-il, à celui qui porte la sainte Eucharistie dans son cœur. » L'autre reconnut sa faute et alla s'agenouiller aussitôt pour rendre à Jésus-Christ ses devoirs d'adoration et d'actions de grâces. — Sachez aussi, chrétiens, que par la sainte Communion votre cœur est devenu un ciboire où repose le Saint des saints; n'oubliez pas d'allumer les flar.il)eaux de la dévotion et de faire des prières par lesquelles vous vous humiliez, vous le remerciez, vous vous oifrez à lui, vous lui exprimez votre amour et vous implorez ses grâces.
3) Le jour même où Von a communié, on doit le passer, autant que possible, dans des exercices de piété et fuir les distractions et les plaisirs trop mondains; nous devons surtout en ce jour visiter Jésus dans le saint Sacrement et l'y adorer dévotement.
L'autel domestique.
D'après les annales des missions de l'année I086, les Indiens, quand ils avaient reçu la sainte Communion, demeurent dans l'église jusques tard dans la soirée pour y offrir au divin Sauveur leurs prières et leurs actions de grâces. Le jour de la première communion était surtout pour eux un jour de grande fête. Une pieuse mère qui avait le bonheur de pouvoir conduire sa petite fille pour la première fois à la sainte Table, l'habilla avec le plus grand soin. Pendant que l'innocente enfant accomplissait ce grand acte religieux et s'accupait de son Dieu, la soigneuse mère retourna vite à la maison, nettoya la petite chambre à coucher de sa fille, en couvrit le sol de feuilles, orna les murs de fleurs et l'embauma de parfums de tout genre ; autour de l'humble autel domestique elle suspendit des guirlandes et alluma des cierges. Elle attendit ensuite avec une sainte impatience le retour de l'heureuse enfant. A peine fut-elle entrée que la mère ivre de joie se précipita à bras ouverts à sa rencontre, la baisa tendrement, félicita la jeune épouse de Jésus-Christ et la conduisit ensuite dans la petite chambre soigneusement
ornée, où elle dit à sa fille surprise : « Voici que lu portes maintenant dans ton cœur ton Seigneur et ton Sauveur; demeure ici doucement recueillie, remercie ton divin époux de son aimable condescendance et confie lui tout ce qui est cher à ton cœur ! célèbre souvent devant cet autel domestique le souvenir de ta première communion. » Quelle douce invention de la tendresse maternelle! Après ces paroles, la pieuse mère quitta la chambre, et l'heureuse communiante y passa toute la journée à s'entretenir tranquillement avec son Dieu. — Puissions-nous apprendre de cette enfant innocente de quelle manière nous devons passer aussi le jour où nous avons communié.
Pratique. « C'est le sacrement des sacrements, «s'écrie S. Bernard, « car il contient le Saint des saints, l'amour qui surpasse tout amour, et la douceur qui l'emporte sur toutes les douceurs. Là, ô chrétien ! tu peux te nourrir, comme dans un lieu d'abondance, à des sources de lait, à des torrents de miel et de baume céleste. Là tu bois à la source de la sainteté et de la grâce, puisque tu reçois au dedans de toi l'auteur même de la sainteté et de la grâce. » Recourez donc souvent à cette source fle grâce et faites usage des richesses de l'amour divin! Approchez de la sainte Table aussi souvent que vous le pouvez et qu'on vous le permet; mais recevez toujours le Pain des anges avec une grande piété et pureté de cœur. « Pensez-y, »nous dit S. Chrysostôme, « appréciez l'honneur qui vous tombe en partage quand vous vous approchez de la sainte Table. Là nous nous nourrissons de celui que les anges ne contemplent qu'en tremblant; nous nous unissons à lui, nous devenons avec lui une seule chair, un seul corps. » Combien notre cœur ne doit-il donc pas être pur, rempli de dévotion, quand nous allons nous asseoir au banquet sacré dans la sainte Communion.
Communiez donc souvent et dignement.
Saint Pasteur engageait vivement ses frères à participer souvent et dignement aux saints mystères. Il voulait qu'ils soupirassent ardemment après la sainte Communion, comme le cerf altéré soupire après les sources d'eau vive. « On remarque, » disait-il, « que lorsque les cerfs ont avalé des serpents, ils sont dévorés par le feu que 1(^ poison allume dans leurs entrailles f i qu'ils cherchent de i'eau pour se rafraîchir. 11 en est de même de notre âme; elle ne peut traverser ce désert de la vie, sans absorber quelque chose de son poison, et elle ne peut en être délivrée que lorsqu'elle recourt souvent au corps et au sang de Jésus-Christ. » (Voyez tome II, p. o29, 434 et 59o.)
{Gr. Cat. l"^-6« q.)
Ce qu'on entend par pénitence. — Explication. On peut considérer la pénitence 1° comme une vertu, 2° comme unepeme, 3° comme un sacrement.
1) La pénitence considérée comme vertu est une disposition du cœur par laquelle l'homme déteste ses péchés et se convertit à Dieu. « Un pénitent, » dit Tertullien, « est un homme qui s'irrite contre lui-même et qui est son propre ennemi; il déplore et déteste ses péchés, il se punit avec une sainte colère, et, comme pénitent, il se conduit envers lui-même de la même manière qu'il s'est conduit auparavant, comme pécheur, envers Jésus. Si autrefois il l'a crucifié par sa vie criminelle, il élève maintenant contre lui-même, contre l'homme coupable, ce cri : « Qu'on le crucifie ! Apportez des liens, afin d'enchaîner sa liberté effrénée! Donnez des verges! Je veux châtier sa coupable audace. Fournissez des épines, je veux en entourer ses yeux, ses oreilles et sa langue. .Oui, qu'on dresse la croix, je veux y attacher son esprit, sa
mémoire, ses désirs et sa volonté. « Et autant cette colère contre lui-même est amère, autant elle contient de douceur, parce que la vengeance est douce, non celle qu'aime le monde, mais celle que Dieu commande. Cette vertu de pénitence distingua tous les saints pénitents. Jamais ils n'oublièrent les péchés dont ils s'étaient rendus coupables, pas même lorsqu'ils en avaient été absous par le prêtre, et que Dieu leur avait fait connaître, par une révélation toute spéciale, que l'absolution qu'ils avaient reçue, avait été ratifiée dans le ciel. »
Exemples de saints pénitents.
Nathan avait donné à David la consolante assurance que le Seigneur lui avait pardonné ses péchés, et néanmoins ils étaient toujours présents à son esprit et l'objet continuel de ses larmes de repentir. — S. Thaïs, autrefois une grande pécheresse, mais à laquelle Dieu avait fait miséricorde, récita, jusqu'à sa mort, la prière suivante, que S. Paphnuce lui avait apprise : « Seigneur, qui m'avez créée, ayez pitié de moi. » — S. Augustin avait fait tracer sur les murs de sa chambre les Psaumes de la pénitence, et, dans sa dernière maladie, il les récitait en versant des larmes de repentir, que reveillait dans son cœur la pensée des égarements de sa jeunesse.
2) La pénitence considérée comme peine est, ou la satisfaction que le prêtre nous impose pour les péchés commis, ou celle quenousnous imposons à nous-mêmes pour les expier. Enfin
3) Considérée comme sacrement, la Pénitence est un sacrement où le prêtre remet les péchés à la place de Dieu, lorsque le pécheur se repent de tout son cœur, se confesse sincèrement, ayant la volonté de satisfaire pour le mal commis. — Ainsi, dans ce sacrement le prêtre remet réellement les péchés en vertu du pouvoir que Dieu lui a donné. En effet, après sa résurrection, le divin Sau-
veur a communiqué à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés, lorsqu'il souffla sur eux et dit: « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. « (S. Jean, 20, 22-23.) Mais puisque Jésus- Christ a établi ses moyens de salut pour tous les temps et tous les hommes qui en ont besoin, il a donné ce pouvoir non-seulement aux apôtres, mais encore à tous ceux qui leur succéderaient dans le sacerdoce, comme l'Eglise l'a toujours cru et enseigné. « Les prêtres ont le même pouvoir sur l'âme, de sorte que dans le ciel, Dieu ratifie ce que le prêtre a lié ou délié sur la terre. » — Cependant, il faut bien remarquer qu'un prêtre ne peut validement absoudre que lorsqu'il a reçu de l'évêque la mission d'administrer le sacrement de Pénitence dans une paroisse.
{Gr. Cat. 7« q.) Des péchés qui peuvent être remis dans le sacrement de Pénitence. — Explication. Dans le sacrement de Pénitence peuvent être remis tous les péchés que Von a commis après le Baptême, pourvu qu'on les confesse avec les dispositions nécessaires. S. Ambroise écrit : « Dieu n'établit pas de distinction, car il a promis sa miséricorde à tous les hommes, et chargé ses prêtres de pardonner tous les péchés sans exception. » Et le Seigneur Dieu a dit lui-même par la bouche d'Ezéchiël : « Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, s'il garde tous mes préceptes et s'il accomplit le jugement et la justice, il vivra de la vie et ne mourra point ; je ne me souviendrai plus de ses anciennes iniquités. » (18, 21-22.) « Si nous confessons nos péchés, « dit S. Jean, « Dieu est fidèle et juste pour nous les remettre. » (1 Epit. 1, 9.) S. Isidore écrit : « La confession et la pénitence justifient; toute l'espérance du chrétien repose dans la confession et la péni-
tence. C'est laque la miséricorde a reçu un vaste champ; il n'est pas de faute si grave qui ne puisse y être pardonnée. »
Jésus-Christ a institué la confession. — Explication, Pour obtenir le pardon de nos péchés, nous devons les confesser, puisque Jésus-Christ lui-même a établi la confession. C'est ce que nous prouvons d) par ses paroles^ 2) par le témoignage des SS. Pères et 3) par l'usage ou la pratique continuelle dans VEglise de confesser les p)échés.
Ad 1. Par les paroles de Jésus-Christ: « Les péchés seront remis à tous ceux, etc., » il est clairement prouvé qu'il a institué la confession ; car les prêtres n'ont pas l'omniscience; or, si nous ne leur découvrons pas nos péchés et l'état de notre âme, ils ne peuvent pas savoir, si, en vertu du pouvoir judiciaire que Dieu leur à confié, ils doivent remettre ou retenir nos péchés. Si donc le prêtre d'un côté ne doit pas agir à sa guise ou au gré de son humeur, et si d'un autre côté il doit imposer au pécheur la pénitence qu'il a méritée, il s'en suit que ce dernier doit confesser entièrement et sincèrement ses péchés, pour que le prêtre puisse prononcer une juste sentence et exercer raisonnablement le pouvoir de juge. C'est pourquoi le Concile de Trente a déclaré : « Il est manifeste que les prêtres ne pourraient porter ce jugement sans connaissance de cause, ni garder l'équité dans l'imposition des peines, si on déclarait seulement les péchés en général et non en particulier ou en détail. » {Sess. 14, c. 5.)
Ad 2) Les SS. Pères attestent d'une voix unanime et^ dans toute la suite des siècles que c'est Jésus-Christ lui-même qui a institué la conlession, et que nous ne pouvons pas espérer le pardon de nos péchés si nous refusons de les confesser à un prêtre. C'est pourquoi
S. Chrysostôme a dit : « Celui qui a honte de révéler ses péchés à un homme, ou qui ne veut point se confesser et faire pénitence, sera couvert d'ignominie au jour du jugement en face de l'univers. » [Uomél. sur la Samaritaine.) et S. Jérôme : « Quand le malade rougit de confesser ses plaies au médecin, il ne peut être guéri. » — Pour le prouver encore davantage nous citerons les témoignages des SS. Pères des quatre premiers siècles.
Témoignages des SS. Pères sur la confession.
Dans une lettre attribuée à S. Clément, mais qui en tout cas appartient à un auteur du premier siècle, il est dit : « Si l'envie ou l'incrédulité ou un autre péché s'est glissé dans le cœur de quelqu'un, celui-ci, s'il porte de l'intérêt à son âme, ne doit pas avoir honte de se confesser au prêtre, afin d'échapper aux peines du feu éternel. » — Au ii^ siècle, c'est S. Irénée, dificiple de S. Polycarpe, qui avait eu pour maître l'apôtre S. Jean; parlant d'un hérétique, appelé Marcus, il rapporte que certaines femmes, s'étant laissées séduire par cet imposteur, se convertirent et se confessèrent de teurs désordres et de la passion secrète qu'elles avaient eue pour lui. « On a vu souvent, « dit- il, « de ces femmes qui, s'étant converties et étant revenues h l'Eglise, se sont confessées non-seulement des péchés extérieurs qu'elles avaient commis, mais encore de leurs pensées et de leurs désirs impurs; tandis que d'autres qui avaient honte de faire cet aveu, ont reculé et désespéré de leur salut. » {Lib. 1 adv. Hœret.) — Au lu^ siècle Tertullien parlant de la confession publique des péchés, que l'on imposait comme une pénitence après la confession secrète, dit : « Je présume que plusieurs fuient l'exomologèse (la confession) ou qu'ils la diffèrent de jour en jour, parce qu'ils craignent de faire connaître leur conduite, et qu'ils ont plus de soin de leur honneur que de leur salut ; semblables à ceux qui, ayant contracté des maladies dans les parties secrètes du corps, cachent leur mal aux médecins et se laissent mourir par une fausse honte. Comme si l'on pouvait cacher à
Dieu ce qu'on dérobe à la connaissance des hommes! Vaut-il mieux être condamné pour un crime que l'on tient caché, que d'être absous d'un crime dont on s'est confessé? Durant le même siècle, Origènes et S. Cyprien déposent également des témoignages éclatants en faveur de la confession des péchés comme partie du sacrement de Pénitence. S. Cyprien s'adressant aux relaps, leur disait : « Que chacun donc confesse sa faute, tandis qu'il est encore dans le monde, tandis que sa confession peut être admise, que la satisfaction à laquelle il se soumettra, et l'absolution qu'il recevra du prêtre, peuvent encore être agréables à Dieu. — Au iV siècle nous trouvons en faveur de la confession des péchés, les témoignages de S. Basile-le-Grand, de S. Pacien, évêque de Barcelone, de S. Ambroise, de S. Grégoire de Nysse, de S. Chrysostôme, de S. Jérôme. Ainsi S. Basile dit entre autres : « Il faut nécessairement confesser ses péchés à ceux qui sont chargés de la dispensation des mystères de Dieu ; » et S. Ambroise pour nous faire éviter les péchés, apporte ce motif: « Personne ne sait si Dieu lui accordera encore assez de vie pour pouvoir se confesser à Dieu et au prêtre, etc. » {Voyez Gousset, Théol. Dogmat. De la Pénitence.)
Ad 3. Par Vusage qui a toujours subsisté jusqu'à nos jours de confesser les péchés; certes, il est impossible qu'on se soit entendu aussi universellement, si la confession est simplement une institution humaine et non divine; ni les fidèles ni les prêtres ne se fussent soumis à une loi aussi pénible. Que la confession était déjà en pratique du temps des apôtres c'est ce que nous savons par les traditions et même par l'Ecriture-Sainte.
La confession au temps des apôtres.
Déjà au temps des apôtres les chrétiens se confessaient. Ainsi nous lisons dans les Actes des Apôtres : « Plusieurs de ceux qui croyaient, venaient confessant et déclarant ce qu'ils avaient fait. » (19, 18.) C'est pourquoi l'apôtre S. Jacques écrivait dans son épîlre : « Confessez vos péchés (non à Dieu
seulement mais) les uns aux autres, » c'est-à-dire, le troupeau au pasteur, les fidèles au prêtre, le prêtre à un autre prêtre. (5, 16.)
Sentiments de Henri VIII sur la confession auriculaire.
Voici comment s'exprimait, au sujet de l'institution divine de la confession, le trop fameux Henri VIII, roi d'Angleterre, lorsqu'il était encore membre de l'Eglise catholique, et qu'il prenait contre Luther la défense de ce sacremenf. « D'ailleurs, » dit-il, « si on ne trouvait aucun mot, ni dans un sens naturel, ni dans un sens figuré, touchant la confession, si aucun des SS. Pères n'en parlait, cependant en voyant depuis tant de siècles le peuple confesser aux prêtres ses péchés, en voyant le bien qui en résulte, je ne puis croire ni penser qu'une telle institution doive son origine et sa conservation aux desseins des hommes, mais à la volonté manifeste de Dieu. D'un côté, le peuple ne pouvait être amené par aucune considération humaine à confier à des oreilles étrangères, au prix de tant de confusion, de tant de danger, les crimes les plus secrets, dont on craignait même d'être averti ou soupçonné et qu'on devait avoir le plus grand intérêt à cacher. De même, il n'a pu se faire naturellement que tant de prêtres, parmi lesquels il s'en trouve de bons et de mauvais, aient gardé le secret de ce qu'ils savaient par la confession, même ceux qui ne savent rien taire, si Dieu, qui a institué ce sacrement, n'avait pris par une grâce spéciale cette institution salutaire sous sa protection. C'est pourquoi je suis convaincu que la confession n'a pas été établie et conservée par un usage populaire, ni par une recommandation des SS. Pères, mais par Dieu lui-même. »
Explication. De ce que nous avons dit, on peut conclure suffisamment qu'on ne peut obtenir le pardon des péchés, si on se confesse à Bien seul; car, pourquoi Jésus-Christ aurait-il donc donné à ces apôtres et à leurs successeurs, dans le sacerdoce, le plein pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, selon qu'ils l'auraient
jugé convenable. C'est pourquoi S. Augustin a dit : « Que personne ne dise : Je fais pénitence en secret aux yeux de Dieu ; c'est assez que le Seigneur sache ce qui se passe au fond de mon cœur. C'est donc en vain que Jésus-Christ a dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel? » C'est donc en vain que les clefs ont été confiées à l'Eglise? — Nous devons donc nous confesser au prêtre et non à Dieu seul ; c'est ce que l'apôtre S. Jacques a déclaré par ces paroles : « Confessez vos péchés (non à Dieu seulement, mais) les uns aux autres, afin que vous soyez sauvés. » Tous les prétextes et toutes les excuses qu'on allègue pour se soustraire à la confession, ne sont donc pas fondées; d'ordinaire on ne veut pas se confesser parce qu'on ne veut pas renoncer au péché.
Les passions nous éloignent de la confession.
Deux militaires entrent un jour dans une église de Paris pourvoir ce qu'elle avait de remarquable. En la parcourant, ils aperçoivent dans l'enfoncement d'une chapelle un prêtre qui confessait. Les voilà de rire et de s'égayer aux dépens du pénitent et du confesseur; « la rencontre est plaisante, » dit l'un des deux à son camarade, « il faut que je m'amuse. Laisse-moi seul quelques moments, nous nous retrouverons ce soir à la comédie. » — « Que prétends-tu faire? » lui dit l'autre. « Ne t'en mets pas en peine, » répliqua le premier, « je veux t'apprêter à rire. » Là-dessus il le quitte brusquement et va examiner quelques tableaux de l'église, en attendant que le prêtre sorte du confessionnal ; il le suit à la sacristie. « Monsieur, » lui dit-il en l'abordant, « je pense à me confesser; mais allons-y doucement, s'il vous plait. Vous savez, je le présume, que tous les militaires ne sont pas dévots; et moi, en particulier, je réclame de votre part d'autant plus d'indulgence que je n'ai pas une foi bien robuste. Je désirerais même que vous commençassiez par me résoudre certaines difficultés que la prévention peut-être m'exagère, mais
qui enfin ont suffi pour me faire négliger, haïr même et mépriser la confession. » — « Vous êtes donc catholique, » lui demanda alors le prêtre. — « Mais, sans doute, » répoxidit-il ; « mon éducation même a été soignée, et, avant que que j'entrasse au service, je me confessais fréquemment. Mais ce que j'ai lu, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu dire de la confession, m'a bien prévenu contre elle; le reste se devine. » — « Parfaitement, » réplique le prêtre; « mais vous n'avez pas deviné le moyen de dissiper vos préventions. Confessez-vous, monsieur, et vous changerez bientôt d'idée. » — « Mais que je me confesse sans éclaircissements préliminaires , j'ai peine à m'y résoudre. Je voudrais que la nécessité de cette œuvre me fût démontrée. » — « Confessez-vous, monsieur, avec la résolution sincère de changer de conduite, et vous n'en douterez pas plus que moi. » — « Mais comment cela? » — « C'est que vous n'êtes devenu incrédule que par libertinage, vous n'avez pensé mal de la confession, qu'après vous être abandonné au vice. » Le militaire rougit, et, après un moment d'hésitation : « Rien de plus vrai, » dit-il, en se jetant au cou du prêtre, « rien de plus vrai, comment n'ai-je pas fait moi-même cette réflexion? Je ne puis vous confesser aujourd'hui que l'intention où j'étais de vous tourmenter et d'insulter à votre ministère. Vengez-vous de ma folie, en devenant mon guide, je m'engage d'honneur à venir vous trouver au jour que vous fixerez, » et il tint parole. Cette première démarche faite , toutes ses préventions s'évanouirent et il continua le reste de sa vie de penser en chrétien, parce qu'il vécut chrétiennement. {Robinot. Sermons.)
(Gr. Cat. 11M2'' q.) Nécessité du sacrement de Pénitence. — Explication. Il n'y a donc pas de prétextes ou d'échappatoires qui puissent nous soustraire au devoir de la confession et de la pénitence; car elle est nécessaire pour le salut à tous ceux qui ont commis un péché grave après le Baptême. « Si quelqu'un nie, » dit le Concile de Trente, « que la con-
fession sacramentelle soit nécessaire au salut, de droit divin, qu'il soit anathème. » Le même Concile a dit encore : •« Le sacrement de Pénitence est nécessaire au salut pour tous ceux qui sont tombés depuis le Baptême, comme le Baptême l'est pour ceux qui ne sont pas encore régénérés. » {Sess. 44. — Can 6 et 2.) S. Jérôme appelle la pénitence la seconde planche qui nous sauve du naufrage du péché, c'est-à-dire qu'elle est l'unique espérance qui reste encore au chrétien après sa chute dans le péché, pour pouvoir échapper à la mort éternelle. — Notre-Seigneur Jésus-Christ, ayant établi les prêtres comme juges, il s'en suit que, lorsque nous avons péché, nous devons comparaître devant leur tribunal. Comme les prêtres ont le pouvoir de nous juger, ainsi il y a pour nous un devoir de nous soumettre à leur pouvoir judiciaire; nul coupable ne doit, en effet, se soustraire à la justice, et voilà aussi pourquoi le pécheur ne peut obtenir de pardon sans qu'une sentence ait été prononcée par les apôtres ou par leurs successeurs. — Il n'y a qu'un seul cas, c'est lorsqu'on ne peut recevoir le sacrement de Pénitence; alors il peut y être suppléé par une contrition parfaite et la sérieuse résolution de confesser les péchés à la première occasion.
Henri IV.
Voltaire avait dit dans une de ses facéties irréligieuses, et beaucoup d'esprits forts ont répété après lui, que l'Eglise enseignait ceci : « Tout adulte, mourant sans confession, n'importe la cause qui l'en a empêché, est damné. » Non, l'Eglise ne dit pas cela. Nul catholique instruit n'oserait porter un tel jugement; nous ne savons point ce qui se passe entre Dieu et l'homme dans ces moments terribles où le mourant conserve encore sa connaissance sans pouvoir en donner des signes extérieurs.
Ainsi Henri IV, frappé par un assassin, était mort sans
donner aucun signe de connaissance, et cependant voici comment S. François de Sales parla de sa mort. Après avoir fait l'éloge de ce prince, entremêlé de réflexions pieuses sur le néant des grandeurs et sur la fragilité de la vie, il ajouta : « Au demeurant, le plus grand bonheur de ce grand roi défunt, fut celui par lequel, se rendant enfant de l'Eglise, il se rendit père de la France ; se rendant brebis du grand Pasteur, il se rendit pasteur de tant de peuples, et convertissant son cœur à Dieu, il convertit celui de tous les bons catholiques à soi. C'est ce seul bonheur qui me fait espérer que la douce fit miséricordieuse providence du Père céleste aura insensiblement mis dans ce cœur royal, en ce dernier article de sa vie, la contrition nécessaire pour une heureuse mort. Ainsi prié-je cette souveraine bonté qu'elle soit pitoyable à celui qui le fut à tant de gens; qu'elle pardonne à celui qui pardonna à tant d'ennemis, et qu'elle reçoive cette âme réconciliée en sa gloire qui en reçut tant en sa grâce après la réconciliation. » {Lettre lOo'^ de S. François de Sales.)
Comparaisons sur la nécessité de la pénitence.
a Les larmes de repentir sont aussi une espèce de baptême et comme le sacrement de Baptême ne peut être réitéré, nous qui avons si souvent besoin d'être purifiés, nous devons nous rebaptiser et nous laver par des larmes de pénitence. Dans le premier baptême l'eau est prise au dehors, mais dans le second au dedans de nous. » (iS. Bernard. Serm. 1 in oct. Pasch.) « La pénitence est aussi nécessaire au pécheur, que les remèdes au blessé. » (S. Ambros. de Virg. Laps. cap. 8.)
{Gr. Cat. 13« q.)
Effets du sacrement de Pénitence. — Explication. Les effets salutaires du sacrement de Pénitence sont les suivants :
1) Par ce sacrement Pieu nous pardonne les péchés commis après le baptême. « 0 pénitence, » s'écrie S. Chrysostôme, « ô pénitence, toi qui par la miséricorde divine effaces les péchés et ouvres le ciel, qui guéris le cœur
brisé de componction et ranimes l'âme affligée? » — 2) Dieu nous remet les yeines éternelles et au moins une partie des peines temporelles. La peine éternelle nous est remise, car puisque la coulpe avec le péché a été effacée, il ne peut plus y avoir de châtiment, car il n'y a de châtiment que là où il y a coulpe. Cependant, toutes les peines temporelles ne sont pas entièrement remises et if. cela se fait, « dit S. Augustin, « par une sage disposition de la Providence, afin que, par suite d'une trop grande condescendance, nous ne soyons pas portés à regarder le péché comme une bagatelle, à tomber dans des fautes graves par lesquelles nous pourrions nous attirer la colère de Dieu au jour du jugement. » S. Paul ' exprime cette idée par les paroles suivantes : « Lorsque nous sommes jugés (dans le sacrement de Pénitence), c'est le Seigneur qui nous reprend, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde. » (1 Epît. aux Cor. W, 32.) — 3) Dieu nous rend la grâce sanctifiante cjue nous avions perdue, ou si nous ne l'avons pas perdue, il l'augmente; de même les mérites que nous avions acquis avant la perle de la justification, revivent; car « lorsque l'impie se sera détourné de l'impiété. Dieu rendra la vie à son âme. » {Ezech. 18, 27.) — Enfin 4) Il nous accorde encore des grâces spéciales pour mener une vie sainte, etc.
Effets des larmes de pénitence.
Le saint évêque François de Sales avait une vénération particulière pour l'image de S. Marie Madeleine au pied de la croix; il l'appelait parfois son livre et sa bibliothèque. — Un jour que, dans la demeure de Ms^ Camus, évêque de Belley, ses yeux tombèrent sur une image de ce genre, il s'écria : « Ah ! que cette pénitente a fait un échange heureux et avantageux ! Elle donna ses larmes aux pieds de Jésus, et ces pieds sacrés lui donnèrent leur sang, ce sang qui effaça toutes ses iniquités. »
DE LA PÉNTTE>CE. "lH
Les péchés effacés.
S. Jean Climaque nous raconte au quatrième degré de sa célèbre échelle spirituelle : « Un jeune homme perdu de débauche, et que la grâce de Dieu, frappant vivement à son cœur, fit rentrer dans le bon chemin, alla trouver un des moines les plus renommés pour la sainteté de sa vie, et, se prosternant à ses pieds, lui demanda le saint habit. C* lui-ci qui était instruit de la vie dissolue du jeune homme, lui demanda s'il aurait le courage de faire devant tous les moines une confession générale de tous ses péchés. Le jeune homme lui répondit qu'il était tout prêt à faire cette confession en présence de toute la ville d'Alexandrie. Le dimanche suivant, pendant que deux cents trente moines étaient réunis à l'église, l'abbé y fit entrer notre jeune homme, couvert de cendres, revêtu d'un sac, les mains liées derrière le dos et entouré de quelques moines qui le flagellaient avec une discrète modération. A un spectacle de pénitence si touchant, il s'éleva dans l'assemblée un pieux murmure et une tendre commisération. Mais quand le jeune homme, placé au milieu de l'église, se mit, en versant un torrent de larmes, à faire une confession publique de tous ses crimes; à s'accuser de ses péchés d'impureté en spécifiant le nombre et les circonstances, de tous ses homicides, ses vols et de tous les sacrilèges dont il s'était souillé, les moines restèrent stupéfaits, les uns par l'horreur que leur inspiraient des méfaits aussi énormes, les autres par l'édification que leur causait une pénitence si peu commune. Pendant ce temps-là, un saint moine vit un homme dont l'aspect était effrayant, qui tenait d'une main un grand écritoire et un large parchemin écrit du haut jusqu'en bas, et de l'autre main, une plume. Le moine remarqua que cet homme effaçait avec la plume chaque péché qui avait été confessé par le jeune homme, de sorte que lorsque la confession fut terminée, tous les péchés étaient rayés du parchemin ainsi que de l'âme du pénitent. —
Ce qui arriva d'une manière visible à ce jeune homme
contrit et humilié, a lieu pour nous invisiblement, toutes les fois que nous confessons quelque péché, quelque défaut, quelque imperfection, puisque aussitôt ces iniquités disparaissent du livre de notre vie, comme disparaissent de notre âme toutes les souillures et que nous recouvrons notre première innocence. {Scaramelli, T, I.)
Comparaisons.
a Comme l'eau éteint le feu qui brûle, ainsi la pénitence étei;it les péchés et le feu de l'enfer (les peines éternelles). » {S. Chrysostom. Serm. depœnit.)
« La pénitence est comme un grand four qui reçoit le bronze et le change en or; qui fond le plomb et le transforme en argent. » {S. Ephrem, de pœnit.)
« II n'y a pas de procédé plus apte à nettoyer les linges maculés que ne l'est la confession sacramentelle pour purifier notre âme de toute espèce de souillure. » [Scaramelli.)
« Toutes les bonnes œuvres et leurs mérites qui avaient été en quelque sorte tués par le péché, recouvrent leur première vie par la grâce sanctifiante que le sacrement de Pénitence confère ; il en est comme d'une campagne brûlée par une longue sécheresse, qui sous une pluie bienfaisante recouvre de nouveau sa première fraîcheur et se pare d'une nouvelle et riante verdure ; les fleurs qui laissaient pencher leurs calices, se relèvent gracieuses ; il en est comme d'un nouvel édifice que l'on bâtit sur les débris d'un bâtiment incendié. »
S. Thomas d'Aquin dit à ce sujet : « Les œuvres qui ont été faites dans la grâce sanctifiante, ne sont pas anéanties par Dieu qui les garde après les avoir acceptées, mais elles sont en quelque sorte paralysées, dépouillées de leur vertu du côté de l'homme; or, quand les raisons qui les rendaient inefllcaces et impuissantes ont disparu. Dieu, de son côté, rend à ces œuvres la vertu qu'elles avaient précédemment. »
« Il commence à aimer la lumière celui qui reconnaît ses fautes. Dieu vous accuse à cause de vos péchés; mais si vous vous accusez vous-même, aussitôt vous faites un traité avec
Dieu. Vous êtes homme, mais vous êtes aussi pécheur. L'homme c'est Dieu qui l'a créé, mais le pécheur c'est vous qui l'avez créé en vous-même, c'est vous qui vous êtes fait pécheur. Effacez, détruisez en vous le pécheur, qui est votre ouvrage, afin que Dieu puisse sauver le sien qui est l'homme. Haïssez en vous votre ouvrage à savoir le pécheur, et alors vous aimez en vous l'œuvre de Dieu, qui est l'homme. Mais au moment même où commence à vous déplaire ce que vous avez fait, les bonnes œuvres commencent aussi en vous, puisque vous vous accusez vous-même de vos œuvres mauvaises. L'aveu de vos fautes est donc le commencement de vos bonnes œuvres. Accomplissez ce que l'éternelle vérité vous prescrit, et vous parviendrez ainsi à la lumière. » {S. Augustin.)
(Gr. Cat. 14«- q.)
Ce qui est requis pour le sacrement de Pénitence. — Explication. Pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence, cinq choses sont requises ; 1) Uexamen (le conscience, 2) la douleur des péchés commis, 3) le ferme propos, 4) la confession ou l'accusation des péchés et 5) la satisfaction. Ils se trompent donc grossièrement ceux qui croient que pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence, il suffit de confesser simplement les péchés de bouche; non, il faut plus; toutes les parties de notre être doivent faire pénitence : Vesprit (par l'examen de conscience), le cœur (par la douleur), la volonté ( par le ferme propos), la bouche (par l'accusation) enfin tout l'homme (par la satisfaction).
Comparaisons.
« La pénitence ressemble à un arbre : la racine c'est l'accusation des fautes et de notre culpabilité, le tronc c'est la douleur du cœur, les branches ce sont les bonnes résolutions, les feuilles la confession complète, et les fruits la satisfaction. » {Lecard. Hugo, de pœnit.)
2f4 DES SACREMENTS.
« Dans notre guérison doit se manifester la sublime sagesse de notre médecin expérimenté, qui guérit par des remèdes contraires, au moyen desquels la maladie n'est pas seulement arrêtée, mais les causes même du mal sont écartées. Le péché contre Dieu s'accomplit par le cœur, par la bouche et par les œuvres. Ce triple désordre doit être enlevé d'après les prescriptions du médecin, au moyen de la douleur que le cœur ressent par la contrition, que la bouche exprime par la confession que les œuvres achèvent par la satisfaction. » (S. Bonaventure.)
§ I. DE l'examen de conscience.
{Gr. Cat. 15« q.) Ce qu'on entend par examen de conscience. — Explication. La première chose nécessaire dans le sacrement de Pénitence, c'est l'examen de conscience, car apprendre à se connaître soi-même, c'est le premier rayon de l'aurore du salut. Sans cette connaissance de soi-même, il ne peut y avoir de douleur ni de ferme propos, ni de confession sincère et entière, etc. Examiner sa conscience, c'est donc réfléchir sérieusement aux péchés que l'on a commis, afin ([u'on puisse bien les connaître.
[Gr. Cat. 16«-19« et 2^ q.)
De la manière d'examiner sa conscience. — Explication. Nous devons faire l'examen de conscience de la manière suivante :
\) Commencer par invoquer le Saint-Esprit., sans la grâce duquel nous ne pouvons ni bien connaître nos péchés, ni les confesser, ni nous en repentir d'une manière utile à notre salut. Donc, si nous voulons voir au moyen de nos yeux aveuglés le mal qui se cache dans les ténèbres, nous ne pouvons y parvenir qu'après que le Saint- Esprit a fait tomber les bandeaux nombreux qui nous couvraient la vue, dessillé les yeux et entr'ouvert à nos
DE LA PÉNITENXE. "ll'd
regards l'abîme du mal. C'est pourquoi nous devons implorerson assistance et dire : « Venez, Esprit-Saint, etc. » « La connaissance de soi-même, dit S. François-Xavier, est un don particulier de Dieu ; celui qui veut l'obtenir, doit le demander par la prière.
2) Nous devons nous retirer à l'écart pour examiner notre intérieur ; c2ly au milieu du bruit du monde, entouré des embarras de la vie, nous ne pourrions pas examiner notre conscience comme il le faudrait.
Cest dans ta solitude que nous acquérons la connaissance de nous-méme.
On raconte de trois jeunes gens qu'ils étaient liés d'une amitié si étroite, qu'ils renoncèrent tous ensemble au monde pour se consacrer à une vie sainte. L'un d'eux prit pour maxime. « Bienheureux les pacifiques, » et résolut de rétablir la paix et la charité parmi les hommes qui étaient divisés et vivaient en inimitié. L'autre se proposa principalement de visiter et de soigner les malades. Le troisième se consacra à la vie contemplative dans un désert. Or, le premier, malgré tout son zèle, ne put rétablir partout la paix, ni faire renaître l'union. Découragé, il s'en alla trouver celui qui servait les malades, mais qui s'était également fourvoyé dans son entreprise. Tous deux se rendirent donc auprès de leur ami qui habitait le désert et lui racontèrent toutes leurs contrariétés, le priant de leur communiquer à son tour ce qu'il avait éprouvé. Celui-ci garda un moment le silence, puis versa de l'eau dans un vase et les pria, pendant que l'eau était encore agitée et en mouvement, de la regarder. Lorsqu'après quelque temps elle fut redevenue calme et unie, il les pria d'y regarder de nouveau, et ils y découvrirent leurs traits comme dans un miroir; alors le solitaire leur dit : « Voilà ce qui arrive à ceux qui demeurent parmi les hommes; au sein de l'agitation et des distractions de tout genre, ils ne peuvent voir leurs défauts; c'est dans le calme et
surtout dans la solitude que l'homme peut le mieux se connaître lui-même. « [Häglsperger.)
3) Nous devons ensuite scruter avec attention et %èle^ avec sévérité et impartialité les replis les plus secrets de notre cœur, et y employer d'autant plus de temps et de soins que nous avons vécu plus légèrement et différé plus longtemps de nous confesser. L'on doit s'éprouver comme devant Dieu; l'on doit s'examiner comme s'il s'agissait d'un étranger, sans aucun amour-propre. « Secouez votre conscience, » nous dit S. « Augustin ; ne la flattez pas en vous contentant de l'agiter légèrement et à sa surface ; non , descendez en vous-même, pénétrez au fond de votre cœur, examinez tout avec soin, pour voir s'il n'y a point quelque part une vipère venimeuse qui porte en elle l'amour dévorant du monde. » Mais surtout, l'on doit, a) tâcher de se rappeler depuis quel temps on s'est encore dûment confessé et si l'on a accompli la pénitence imposée; b) passer ensuite en revue les commandements de Dieu, et ceux de l'Eglise, les devoirs de son état et les différentes espèces de péchés, puis se demander de que41e manière on a transgressé la loi de Dieu par pensées, par paroles, par actions et par omissions. — Les enfants peuvent facilement se rappeler leurs fautes en pensant à la manière dont ils se sont conduits à l'église, à l'école, à la maison vis-à-vis de leurs parents et de leurs frères et sœurs, dans la rue ou dans les champs, seuls ou avec d'autres. Il faut encore remarquer que lorsqu'il s'agit des péchés mortels on doit aussi rechercher leur nombre et leurs circonstances ^ surtout celles qui changent l'espèce.
Examinez avec soin votre conscience.
Un jour un campagnard se présenta pour se confesser, mais sans s'être dûment préparé, et, s'adressant au prêtre, il
lui dit : « Monsieur, voudriez-vous bien entendre ma confession? » — « Volontiers, mon cher ami, » répondit le confesseur, mais sachez bien que Dieu l'entendra aussi. » A ces mots le paysan fut saisi d'effroi et dit : « Si Dieu entend aussi ma confession, je veux d'abord réfléchir un peu mieux à ce que je vais dire, et examiner plus attentivement mon cœur. » Oui, Dieu entend notre confession, et c'est pourquoi nous devons sonder notre conscience comme si Dieu était présent à nos yeux.
Des défauts que Von commet clans l'examen de conscience. — Explication. En examinant sa conscience on doit surtout se garder des défauts suivants : i) d'y aller trop lestement et trop superficiellement; 2) de cacher son vice favori ; 3) de regarder comme léger ce qui passe pour tel aux yeux du monde, mais de se mettre en esprit devant le ^tribunal de Dieu. « 0 homme! » s'écrie S. Augustin, « montez en esprit devant le tribunal du souverain Juge, représentez-vous comme étant l'accusé, et exercez sur vous un jugement d'autant plus sévère, afin que la sentence du Maître suprême soit plus miséricordieuse et plus douce. » Enfin 4) on doit aussi éviter d'être trop inquiet, trop scrupuleux.
{Gr. Cat. 22« g.) Vexamen journalier de conscience et la fréquente confession.— Explication. Nous pouvons nous faciliter l'examen de conscience pour la confession surtout par deux moyens : 1) par Vexamen de conscience journalier; car lorsque nous jetons chaque soir avant de nous coucher, un regard sur notre intérieur, si nous lisons chaque jour dans le livre de notre vie, nous nous rappelons aisément ce qui est écrit dans ce livre; 2) par la fréquente confes' sion; car celui qui se confesse souvent, examine souvent sa conscience, et ce que l'on fait ou pratique souvent, s'apprend facilement.
CATÉC. PRATIQUE. T. UI. 10
L'abbé Sisois
exhortait souvent ses disciples et de la manière la plus pressante d'examiner chaque jour leur conscience. Un jour qu'on lui raconta que quelques solitaires se vantaient d'avoir vu des anges, il répondit : « Il est bien plus heureux celui qui voit toujours son cœur et ses péchés, et les a sans cesse devant les yeux. » — Le conseil que donne S. François de Sales, d'examiner chaque jour sa conscience est exprimé d'une manière aussi belle que frappante : « On doit se rendre au lit comme on se rend au confessionnal. En effet, quand nous allons nous confesser, nous examinons notre conscience, nous faisons un acte de repentir et de bon propos, et voilà ce que nous devons faire aussi, avant de nous mettre au lit. »
Comparaisons,
« De même qu'un enfant qui possède un jardin pour son amusement, y conserve plus longtemps les fleurs, en allant voir chaque jour si elles sont fraîches ou fanées et si elles ont assez d'humidité, qu'en n'allant pas les voir; de même l'enfant qui s'examine chaque jour, et passe attentivement en revue ses actions, s'il a vécu d'après ce qui lui est commandé, s'il n'a pas commis quelque faute contre Dieu, contre ses parents, ses maîtres, son prochain ou soi-même, cet enfant conservera aussi plus longtemps son innocence et la bonté du cœur. Et n'est-il pas bien plus important de faire cet examen que d'aller voir un jardin, ou quelque partie des biens temporels? L'âme n'est-elle pas infiniment plus noble que tout ce qui tient de la terre? La vertu n'est-elle pas bien plus importante que toutes les jouissances des sens? » {A. Parizeck.)
« Plus sévères et plus fréquents sont les examens que l'on fait subir aux élèves, plus grands sont les progrès qu'ils font dans les études. De même plus sévèrement et plus fréquemment vous examinerez votre conscience, plus grands seront les progrès que vous ferez dans la vertu et le bien. »
« Lorsqu'on dresse tous jours convenablement ses comp-
DE IJi PÉNITENCE. 219
tes, il n'est pas diftîcile, de faire l'addition au bout d'un mois ou au bout d'une année. » {Ocerberg.)
La fréquente confession nous facilite l'examen de conscience et la préparation à la confession.
Un saint religieux avait l'habitude de se confesser chaque jour avant de célébrer la sainte Messe. Lorsqu'il fut tombé malade et que son supérieur eut reconnu la maladie comme mortelle, il en informa le patient et lui dit en même temps de mettre ordre à sa conscience et de se confesser. « Dieu merci, » dit le malade, « depuis plus de trente ans, j'ai confessé chaque jour mes fautes, comme si je devais mourir ensuite; je n'ai donc pas à me préparer davantage que les autres jours où je disais la Messe. » — Voilà ce que nous devons faire aussi; nous nous confesserons souvent, et chaque fois que nous nous confesserons et que nous communierons, nous le ferons comme si bientôt après nous devions entreprendre le grand voyage de l'éternité. S'il s'agit donc de mourir, il suffira de la confession ordinaire, par laquelle on se préparait à la sainte Commuion quand on se portait bien; et alors nous verrons arriver avec calme et sans aucune inquiétude extraordinaire, le dernier moment décisif, {Le P. De Geramb.)
{Gr, Cat. ^o-^ q.)
Nécessité et notion de la contrition. — Explication. Le deuxième acte absolument nécessaire pour recevoir le sacrement de Pénitence, c'est la contrition. « La contrition est aussi nécessaire au pénitent, » dit S. Ambroise, « que les remèdes au blessé. » {Ad virg. Laps. cap. 7.) Et Dieu lui-même exige cette contrition pour le pardon des péchés. « Convertissez-vous, » nous dit-il par la voix du prophète Joël, « convertissez-vous à moi de tout votre cœur dans les jeûnes, dans les larmes, dans les gémisse-
220 DES sacreme:sts.
ments, » (2, 12.) et par la voix d'Ezéchiël : « Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, il vivra de la vie. » (18, 21.) Or, par cette contrition on entend une douleur de l'âme et une détestation des péchés commis. » Etre contrit ou se repentir, » dit S. Grégoire, « n'est autre chose que pleurer les péchés commis et ne plus en commettre de nouveaux que l'on doive pleurer; car celui qui pleure ses pé'^hés et les commet encore, ne sait pas ce que c'est que la contrition, ou bien il agit comme s'il ne la connaissait pas. » •
Comparaison.
Dieu désire de nous de dignes fruits de pénitence ; or ces fruits sont les sentiments et les larmes de douleur. Dans la confession les paroles sont les branches et les feuillles mais la douleur c'est le fruit. L'accusation des péchés n'a de valeur que pour autant qu'elle est le fruit delà contrition intérieure De même que le Sauveur prononça une malédiction contre ce figuier qui était plein débranches et de feuilles, mais dépourvu de fruits, de même il rejette et condamne ces confessions qui sont privées du fruit d'une vraie douleur. » (S. Grégoire.)
{Gr. Cat. 24« — 29« q.)
Qualités de la douleur ou de la contrition — Explication. La douleur pour être vraie doit avoir les qualités suivantes ; elle doit être 1) intérieure, 2) universelle et 3) surnaturelle.
1) La douleur doit être intérieure, c'est-à-dire que l'on ne doit pas se contenter de réciter du bout des lèvres un acte de contrition, mais que l'on doit délester le péché comme le plus grand mal et désirer sincèrement qu'on ne l'eût pas commis. « La marque d'une confession vraiment repentante et utile, ne consiste pas dans les paroles de la bouche, dit S. Grégoire mais dans la douleur du cœur; et celui-là seulement a changé ses
DE LA PÉMTENXE. 221
dispositions et fait une bonne confession qui cherche par une contrition ou une douleur intérieure à effacer de son âme ce dont la bouche l'a accusé. » C'est à cette douleur que nous excite le prophète Joël quand il s'écrie : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements. » {2, i3.) et ce n'est (jue cette douleur qui a de la vaieur devant Di; n, comme nous le dit îe roi David par oc-s, paroles : « Le sacrifice que Dieu demande est une âme brisée de douleur ; vous ne dédaignerez * s, mon Dieu, un cœur contrit et humilié. » (Ps. 50, d8)
2) La douleur doit être universelle, c'est-à-dire que l'on doit se repentir de tous ses péchés ou au moins de lous les péchés mortels que l'on a commis; car puisque chaque péchémortel nouséloigne de Dieu, il faut aussi que chacun c'est-à-dire que tous sans exception soient détestés. C'est pourquoi le prophète Ezéchiel a dit : « Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, il vivra. « (18, 21.) — Si l'on n'avait à se confesser que des péchés véniels, en ce cas, on devrait avoir une véritable contrition d'un seul péché au moins, puisque sans cela la confession ne serait d'aucune valeur, et pour avoir un plus sûr sujet de contrition, il est bon d'ajouter aux péchés véniels, un péché mortel de la vie passée dont on éprouve une grande douleur quoique déjà il ait été remis.
3) La douleur doit être surnaturelle, c'est-à-dire que nous devons nous repentir de nos péchés, non à cause des suites naturelles qu'ils ont eues, mais à cause de motifs surnaturels, parce que nous avons offensé, outragé Dieu, perdu sa grâce, mérité l'enfer etc. « Ce n'est que la haine du péché et l'amour de Dieu, dit S. Augustin, qui produisent la vraie contrition. Si vous pleurez vos péchés, parce que vous ne ressentez qu'amertume et regret dans l'âme, à la pensée de ce qui était autrefois votre joie et vos délices, alors les soupirs que vous adres-
sez à Dieu sont vrais et vous pouvez dire avec raison : « Seigneur, c'est contre vous seul que j'ai péché. » — Mais si on ne se repentait de ses péchus que parce qu'ils ont été pour nous une cause de pertes temporelles, de honte, de maladie etc. ce ne serait qu'une douleur naturelle qui ne servirait de rien. « Celui qui évite le mal unifjLiement par crainte des châtiments, dit S. Augustin, est un ennemi de la justice qui le punit; et, s'il le pouvait, il détruirait cette justice afin de pécher librement. Chez l'homme où la crainte seule agit, la volonté est toujours foncièrement attachée au péché, quoiqu'il s'en abstienne extérieurement. »
Exemples d'une douleur naturelle tirés de la Bible.
Le roi Saul n'était animé que d'une douleur simplement naturelle. Il détestait sa désobéissance, mais uniquement parce qu'il se voyait dépouillé de la royauté. — De même Esaü éclata en plaintes bruyantes et en pleurs amers, mais c'était uniquement parce qu'il avait perdu le droit d'aînesse. — Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, fit appliquer aux tortures les Juifs demeurés fidèles à leur foi ; il dépouilla le temple de Jérusalem de ses trésors et fit même dresser dans le sanctuaire du Dieu vivant, l'idole d'un faux dieu pour l'y faire adorer. Un jour ce monarque fut mis en fuite dans une bataille, et pour se venger de son échec, il s'en prit aux Juifs. « Jérusalem, » dit-il, « deviendra le tombeau de toute la race juive. » Mais à peine cette parole fut-elle sortie de sa bouche, que Dieu, qui entend tout, le frappa d'une plaie incurable et invisible ; une douleur cruelle et d'afïreux tourments déchirèrent ses entrailles; les vers sortaient de son corps comme d'une source ; sa chair tombait en lambeaux, avec une infection insupportable à son armée. Il commença alors à se repentir de tous les maux qu'il avait fait endurer aux Juifs; il promit même de se faire Juif et de parcourir la terre pour publier la toute-puissance de Dieu. (2 liv. de Mach. 9.). Quel vif repentir ? quels regrets?
mais où fallait-il en chercher la cause? C'était uniquement dans les souffrances qui déchiraient ses entrailles. Or, cette cause était simplement naturelle, c'était un repentir selon le monde. A quoi cette douleur servit-elle? A rien. «Ce pervers criait vers Dieu, » dit l'Ecriture, « mais il n'obtint pas miséricorde. » ß liv. de Mach. 9, lö.)\ il mourut misérablement comme nn îiypocrite et un dés; spéré dans une terre étrangère.
La douleur de l'orgueil humilié ou le faux repentir.
Alexandre-le-Grand, dans un moment de fureur, assassina de sa propre main son plus vaillant capitaine, son ami le plus dévoué qui lui avait sauvé mainte fois la vie. C'était aumilieu des orgies d'un banquet, Clitus se mita parler de l'histoire de la patrie-mère et à vanter hautement le roi Philippe, père d'Alexandre, dont-il éleva les actions glorieuses ainsi que celles de Parménion, jusqu'aux nues, et au-dessus de tout ce qu'on avait fait. Alexandre déjà échauffé par le vin, et transporté décolère en entendant cet éloge qui froissait cruellement son orgueil, s'élança dans l'avant-cour, arracha la javeline d'un de ses gardes, et au moment que Clitus sortit, il le perça et le renversa mort en disant: « Va maintetant rejoindre Philippe et Parménion! » Mais à peine le meurtre fut-il commis, et eut-il vu les flots de sang qui rougissaient le sol, que son crime se présenta devant ses yeux avec toute son énormité, toute sa noirceur, et, dans son désespoir, il voulut se tuer avec l'arme qui avait percé Clitus. Mais les gardes s'élancent vers lui, le désarment et l'entraînent malgré lui dans son appartement, où il s'étendit sur le plancher, ne cessant d'y pousser de longs gémissements, se déchirant le visage, et suppliant ceux qui l'environnaient de ne pas le laisser survivre à une telle honte. Durant trois jours, il ne voulut voir personne, et ne cessa de pleurer, jusqu'à ce que son écuyer pénétrât de vive force dans sa chambre, et l'engageât par les prières les plus instantes à reprendre courage et à accepter des aliments. Qu'en cette
circonstance, il n'ait pas manqué de flatteurs qui mirent en jeu tout leur esprit pour relever par toute espèce de motifs consolants le conquérant abattu, et diminuer par de faux raisonnements la grandeur du crime, c'est ce qu'on peut supposer aisément. On examina minutieusement les causes qui pouvaient avoir amené cette catastrophe, et bientôt l'on dérnuvit que ledieuBacchus avaitcausécemalheur pour punir Alexandre qui avait négligé pendant toute une année de lui offrir les sacrifices d'usage. Ainsi donc la faute dont on vou- . lait disculper le monarque, fut réjetée sur la colère d'un dieu. Mais remarquons la manière dont le repentir du roi se manifesta ; il regrettait d'avoir payé d'une si noire ingratitude le meilleur des amis, d'avoir perdu sa haute renommée, d'avoir souillé pour toujours l'éclat de sa gloire ; il croyait que puisque personne ne serait plus assez franc pour oser parler en sa présence, il devait désormais vivre isolé, craint de tous et évité comme une bête fauve. Son douloureux repentir ne s'appuyait donc que sur des motifs graves et importants, mais ce que nous n'y trouvons pas du tout, c'est le sacrifice si agréable à Dieu d'un cœur contrit et humilié. Son indignation et ses plaintes n'étaient que l'effet de l'orgueil blessé ; il ne vit pas dans son forfait une offense à la sainteté de Dieu, qu'il ne connaissait pas, mais une tache, une dégradation de lui-même; et c'est la différence réelle dont parle S. Paul quand il dit : « La tristesse qui est selon Dieu, (qui a Dieu pour objet, ou qui provient d'un sentiment d'avoir outragé Dieu) produit pour le salut une pénitence stable, au lieu que la tristesse de ce monde produit la mort. » (2 Eplt. aux Cor. 7, 40.). L'une, comme s'exprime S. Augustin, est le fruit de l'amour pourDieu, l'autre de la vanité et des passions ; les regrets qu'éprouve le pécheur en déplorant son iniquité, a pour effet la justice. (Fei7Ä.)
Exemples de douleur surnaturelle tirés de la Bible.
Le roi David avait une douleur surnaturelle. Jour et nuit il pleurait ses péchés, plein de regret d'avoir offensé son Dieu. « C'est contre vous, mon Dieu, contre vous seul que
DE LA PÉNITENXE. 225
j'ai péché; j'ai fait le mal en votre présence. » {Ps. 50, 5.) C'était cette douleur que ressentait l'illustre pénitente, sainte Marie Madeleine. Lorsque Jésus-Christ était à table chez Simon le pharisien, parut une femme pécheresse connue de toute la ville; elle sejeta à ses pieds, et se mettant au-dessus de toutes les considérations humaines, elle arrosa de ses larmes les pieds du Sauveur, les baisa humblement et les couvrit de parfums précieux. Or, le pharisien qui l'avait invité, voyant cela, dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, certes il saurait quelle est cette femme qui est à ses pieds. — Et Jésus lui répondit : « Simon, j'ai quelque chose à vous dire. » Et il dit : « Maître, parlez. » — « Un créancier avait deux débiteurs; l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Et comme ils n'avaient pas de quoi payer, il fît grâce à tous deux. Or, dites lequel des deux l'aime le plus? » — « Je crois que c'est celui à qui il a le plus remis. » — Jésus lui dit: « Vous avez bien jugez. » Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : « Voyez-vous cette femme? Je suis entré en votre maison, et vous ne m'avez pas donné d'eau pour laver mes pieds; celle-ci a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez pas donné de baiser; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a cessé de baiser mes pieds.... C'est pourquoi je vous dis : Beaucoup de péchés lui sont remis, car elle a beaucoup aimé. » (1 S.Luc. 7, 56.)
Le publicain repentant donna également des preuves d'une contrition surnaturelle. « Se tenant au loin, il n'osait pas même lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, disant: Mon Dieu, soyez-moi propice à moi pécheur. » {S. Luc. 18, 13.)
S. Pierre eut la lâcheté de renier son divin Maître; mais lorsque celui-ci eut jeté sur l'apôtre infidèle un profond regard de compassion, il sortit et se mit à pleurer amèrement. [S. Luc. 22.) Toutes les nuits il se levait quand le coq chantait, dit un pieux écrivain, puis il pleurait si amèrement que ses larmes creusèrent à la fin comme deux sillons dans ses joues.
iO.
(Gr. Cat. W'Zi' q.) Moyens d'obtenir la douleur surnaturelle. — Explication. Pour obtenir cette douleur surnaturelle, nous devons 1) prier instamment Dieu de nous accorder sa grâce, à l'exemple de S. Augustin qui disait : « 0 tout aimable Jésus! Par ces larmes précieuses et votre miséricorde sans bornes, par lesquelles vous avez daigné venir si merveilleusement à notre secours, quand nous étions malheureux et perdus, accordez-moi le don des larmes que mon âme désire si ardemment ! Je ne puis pleurer si vous ne me l'accordez ; et mon âme sans vous est comme une terre aride sans eau. » 2) bien nous pénétrer de ce que la foi nous enseigne sur la malice du péché et ses suites funestes (i). Car la douleur surnaturelle doit procéder de la grâce et être fondée sur des considérations de la foi, puisque celle-ci est le fondement et la racine de toute justification et que la contrition ne nous excite point sans cela à renoncer entièrement et pour toujours au mal.
{Gr. Cat. 52«-36« q.)
Division de la contrition. — Explication. La douleur surnaturelle ou la contrition est a) parfaite ou b) imparfaite.
a) La contrition parfaite est la douleur d'avoir offensé Dieu, provenant d'un amour parfait envers lui ; ainsi la contrition est parfaite, lorsqu'elle provient de Vamonr parfait, c'est-à-dire, lorsqu'on déteste le péché plus que tous les autres maux, uniquement parce qu'il outrage Dieu, le souverain bien. « Si vous avez péché, » dit S. Chrysostôme, « pleurez et gémissez, non parce que vous avez mérité l'enfer, car ce motif est imparfait ; mais pleurez et gémissez parce que vous avez offensé
(!) Voyez Tome II , de la transgression t!es commandements.
Dieu qui est infiniment bon et vous a aimé jusqu'à sacrifier son Fils unique pour vous sauver. »
b) La contrition imparfaite est la douleur d'avoir offensé Dieu, laquelle provient d'un motif bon et surnaturel mais imparfait; ainsi la contrition Qèi imparfaite, lorsquenoire amour envers Bien est imparfait, et que c'est la crainte de l'enfer et de la perte du ciel, la laideur du péché qui nous portent à le détester par dessus toutes choses et à ne plus vouloir offenser Dieu. — 11 est vrai que la contrition imparfaite suffit pour la validité de la Confession, néanmoins, ont doit s'efforcer de s'exciter à une contrition parfaite puisque notre repentir sera d'autant plus méritoire et plus agréable à Dieu, et que nous sommes d'autant plus assurés d'obtenir le pardon que notre contrition est plus parfaite.
Effets de la contrilion parfaite.
Césaire raconte qu'il y avait à Paris un jeune écolier qui, étant tombé dans des fautes graves, alla au monastère de Saint-Victor, et ayant demandé le prieur, se prosterna à ses pieds pour s'accuser. Mais quoi ? A peine eut-il prononcé quelques paroles que la contrition dont son cœur débordait, les larmes qu'il versait, les soupirs et les sanglots qui l'oppressaient ne lui permirent pas de continuer sa confession. Le ministre de Jésus-Christ, voyant que l'excès de la douleur dans laquelle était plongé ce jeune homme le mettait dans l'impossibilité de prononcer une seule parole, lui dit d'écrire sur un papier tous ses péchés, et ensuite de revenir pour en faire l'aveu ; car il lui semblait que par ce moyen il lui serait plus facile de les accuser. Le jeune homme suivit ce conseil. 11 revint quelque temps après et se jeta aux pieds du prêtre. Mais à peine commença-t-il à faire cette lecture que suffoqué de nouveau par sa douleur et par ses larmes, il ne put la continuer. Le confesseur se fit alors remettre le papier, et comme en le lisant il lui survint, je ne sais quel doute, il demanda à son pénitent la permission de la mon-
trer à l'abbé pour en prendre conseil. Le jeune homme ne fit aucune difficulté sur ce point et le prieur alla aussitôt mettre ce papier entre les mains de l'abbé. Celui-ci l'ayant déroulé, le trouva tout blanc, sans aucune trace d'écriture. « Que voulez-vous donc que je lise, y répliqua l'abbé, « ce papier ne présente aucun trait de plume? » — « Comment, répondit le prieur, « j'avais lu auparavant sur ce papier toute la confession de mon pénitent? » Ils se mirent tous deux de nouveau à examiner le papier et trouvèrent tous les péchés complètement raturés, tout comme ils avaient été déjà effacés dans la conscience du jeune homme si parfaitement contrit. Remarquez bien que ce jeune écolier n'avait pas prononcé un seul mot dans sa confession, et que pourtant déjà tous ses péchés lui étaient remis, parce que s'il n'avait pas prononcé des paroles avec la langue, il avait beaucoup parlé avec le cœur; il n'avait pas, à la vérité, pour employer les paroles de S. Grégoire, il n'avait pas montré les rameaux et le feuillage, mais comme il avait déjà détesté au fond du cœur ses iniquités, il avait recueilli le fruit de son pardon. Il n'avait autre chose à faire que de les soumettre à l'absolution sacramentelle.
Telle est l'efficacité de la contrition parfaite aux yeux de Dieu.
La contrition parfaite et la contrition imparfaite. (Parabole.)
Un père avait un fils qu'il aimaitavec une tendresse particulière; il l'avait élevé avec la plus grande sollicitude, lui avait prodigué les plus aimables caresses et promis plusieurs avantages dans le partage des biens. Or, dans la môme maison vivait aussi un domestique que la passion pour la boisson entraînait quelquefois à des excès. Un jour que son maître était sorti, il tâcha d'attirer avec lui le fils à une partie de plaisir dans la commune voisine, où tous deux se livrèrent à l'orgie, et, quand la nuit fut venue, ils s'en retournèrent. Le père, inquiet de la longue absence de son fils, était resté levé, tandis que tout le monde se livrait au sommeil. Enfin, il entend heurter rudement à la porte, s'empresse de l'ouvrir
aux deux malheureux et les laisse entrer sans leur adresser le moindre reproche, comptant les avertir plus tard. Des larmes silencieuses roulaient de ses yeux. Il veut prendre le bras de son fils chancelant pour le reconduire à sa chambre, mais celui-ci, croyant que son père veut le châtier, bondit en arrière, le saisit à la gorge, le frappe, le jette contre terre et, après l'avoir mis tout en sang, il s'en va dans la grange pour y dormir d'un lourd sommeil. Le lendemain, en s'éveillant, il est surpris de se trouver en ce lieu, il essaie de recueillir ses souvenirs de la veille et entrevoit vaguement ce qui s'est passé le soir. Pour s'en assurer, il rentre dans la maison, se dirige vers la chambre de son père, et l'état lamentable du pauvre vieillard lui dévoile tout. A cette vue, le crime qu'il a commis se dresse devant lui dans toute sa noirceur; la douleur semble avoir brisé son cœur et rendu sa langue muette; il tombe à genoux, et, se rappelle alors la bonté inépuisable de son père, sa douceur, sa patience, ses vertus eminentes qui lui attiraient le respect et la considération de tous les habitants. A cette pensée, il s'écrie enfin au milieu de profonds sanglots : « Mon père, ne me regardez plus comme votre fils, je ne le mérite plus; mettez-moi au nombre de vos domestiques, châtiez-moi, déshéritez-moi, si vous le voulez, mais du moins pardonnez-moi et gardez-moi votre affection, votre tendresse. Peu m'importe tout le reste, mais être haï de vous, ce serait le plus grand de mes tourments. »
Le serviteur qui, en entraînant le jeune homme, avait été la première cause de cette triste scène, se dit aussi : « J'irai demander pardon à mon maître qui fut toujours si bon pour moi; moi aussi je suis coupable; je me suis exposé à perdre l'excellent poste que j'occupe, à voir diminuer mes gages, à être chassé honteusement et exposé à la misère. Pour éviter ce triste sort, je le prierai d'oublier le passé, de me garder dans sa maison, et je lui promettrai de me conduire désormais en honnête garçon et il me pardonnera. »
Et le bon père pardonna à son fils, et le maître compatissant eut pitié de son serviteur, promettant à tous les deux
d'oublier le passé. Ce père si vertueux, ce maître si généreux, c'est l'image de Dieu que les pécheurs, par leurs crimes insultent, outragent, et ont cloué un jour tout meurtri sur la croix. Ce fils qui est triste d'avoir maltraité son père, non par crainte d'être déshérité ou chassé, mais uniquement par amour pour un père si doux, si aimable, si vertueux, est l'image du pécheur repentant, qui est triste d'avoir offensé Dieu, non par crainte d'avoir perdu l'héritage céleste et mérité les châtiments éternels, mais par la vue de Dieu luimême, considéré dans ses perfections et ses amabilités infinies. Ce serviteur qui regrette d'avoir été la cause première des mauvais traitements qu'a subis son maître, parce qu'il s'est exposé à perdre sa place, à être chassé honteusement et abandonné à la misère, mais qui espère le pardon de sa bonté dans laquelle il trouve un nouveaumotif d'amour, est l'image du pécheur qui déteste le péché à cause des châtiments dont il est menacé et des récompenses qu'il a risqué de perdre. Plein d'une crainte salutaire, à cause de ses fautes, mais s'appuyant en même temps sur la miséricorde de Dieu qui relève son espérance, le pécheur commence à l'aimer comme la source de toute justice et de toute bonté. (L. S.)
Quand on doit s'exciter à la contrition. — Explication. On doit s'exciter à la contrition, a) dans le sacrement de Pénitence, avant la confession, ou du moins avant l'absolution du prêtre; car, sans la contrition, l'absolution ne servirait de rien, et b) hors du sacrement de Pénitejice, 1) lorsqu'on est en danger de mort; 2) chaque fois qu'on a eu le malheur de commettre un péché mortel, et qu'on ne peut se confesser de suite. C'est ce qu'exige le soin que nous devons avoir du salut de notre âme; car la contrition est tellement nécessaire, qu'en aucun cas, rien n'est capable de la remplacer ou d'y suppléer. {Voye% la question 23^)