‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 2)Chapitre 6 sur 28 · DU FERME PROPOS · texte numérisé non relu

DU FERME PROPOS

{Gr. Cm. 40«-42« q.)

Notion et qualités du ferme propos. — Explication. Comme l'eau découle de la source, ainsi, de la sincère contrition doit découler nécessairement le ferme propos, c'est-à-dire la volonté sérieuse de se corriger et de ne plus pécher; car, quiconque se repent sincèrement de ses péchés, a sans doute aussi la volonté sérieuse de ne plus les commettre. Cette maxime des Chinois qui disent : ce Le repentir est le printemps des vertus, » est aussi belle que sage. En effet, comme le soleil printanier réveille l'arbre de son sommeil d'hiver, ainsi, par le vrai repentir, se relève et se fortifie la volonté humaine, pour se réveiller du sommeil du péché et produire des fruits de vie dans des dispositions et par des oeuvres qui plaisent à Dieu, Où il y a un vrai repentir, il y a aussi un ferme propos. — Ce propos doit être intérieur^ sérieux, universel et surnaturel,

\) Le propos est intérieur, non quand on promet simplement de bouche de se corriger, mais quand on y est résolu dans le cœur; car le propos est un acte de la volonté.

2) Le propos est sérieux ou ferme, quand on est irrévocablement déterminé à haïr et à éviter pour toujours le péché, coûte que coûte, de sorte que nous puissions nous écrier avec S. Paul : « Ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni aucune créature, ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu. » {Epît. aux Rom. 8, 38-39).

3) Le propos est universel, quand on est résolu d'éviviter tous les péchés, au moins mortels, et chaque occasion de péché. « C'est une folie, w dit S. Jérôme, v de

vouloir être guéri seulement dans quelques membres, quand tout le corps est malade. »

4) Le propos doit être surnaturel, puisqu'il provient d'une contrition surnaturelle.

Comment on doit faire le ferme propos et l'exécuter.

Tous les pères de la vie spirituelle sont d'accord pour dire que l'on ne doit pas seulement faire de bons propos en général, mais encore en particulier, soit pour combattre une passion, soit pour acquérir l'une ou l'autre vertu en particulier. Il ne suffit donc pas de dire : a Je veux devenir un bon chrétien, je veux me sauver, » mais on doit s'attaquer courageusement à l'un ou l'autre vice, à telle passion pour la dompter, ou s'efforcer de travailler à l'acquisition d'une vertu spéciale. C'est ce que voulut enseigner au moyen d'une parabole, un ancien ermite à un religieux qui désirait reprendre son premier genre de vie dont il s'était relâché et qui éprouvait beaucoup de difficultés pour y parvenir, « Un homme, » lui dit-il, « envoya son fils à la campagne pour défricher un charaptoutcouvertderonceset d'épines qui lerendaiententièrement stérile. Le fils, ayant considéré la grandeur du travail, en fut étonné et désespéra d'y réussir. Bien loin de commencer l'ouvrage, il se couche à l'ombre d'un arbre, et s'endort sans rien fairenice jourlà,ni les jours suivants. Le père vient voir ce que son fils a fait, et, trouvant que celui-ci, épouvanté par la longueur du travail, ne l'avait pas seulement commencé, il l'encourage, il lui représente que cet ouvrage doit se faire peu à peu. « Il n'est pas nécessaire, mon fils, que lu nettoies ce champ en une seule fois, si tu défriches chaque jour seulement une étendue de la grandeur de ton corps, tu en viendras insensiblement à bout. » Le fils docile, défricha en peu de temps tout son champ, en ôta toutes les ronces et les épines, et le mit en état d'être cultivé. — Il est à remarquer ici qu'une des causes principales de notre peu d'avancement dans la vertu, c'est que nous ne mettons pas nos bonnes résolutions en pratique.

Ce que peut un sérieux et ferme propos,

nous le voyons dans l'exemple suivant. Un jour S. Bernard reçut au tribunal de la pénitence un pécheur d'habitude qui, depuis longtemps, avait la coutume de transgresser journellement le sixième commandement de Dieu, en se souillant lui-même. Ce pécheur déclara, d'un air triste et désespéré, être tellement enchaîné à cette déh.^table habitude, qu'il lui semblait impossible de s'en abstenir même un jour. S. Bernard lui mit vivement sous les yeux les suites déplorables de ce vice qui détruisait sa santé, et l'injure qu'il faisait à Dieu, en profanant le temple de son corps, puis il lui ordonna, s'il voulait faire une sincère et bonne confession, de s'abstenir, durant trois jours, de cette infamie en l'honneur de la très-sainte Trinité et de la douleureuse passion de Jésus-Christ. — Après trois jours, le pécheur revint et dit que par le souvenir des souffrances de Jésus-Christ durant sa flagellation, son couronnement d'épines et son crucifiement, il s'était senti fortifié au moment de la tentation et qu'il s'était abstenu du péché. Alors le saint l'engagea à rester pur encore pendant trois jours en l'honneur de la très-sainte Vierge Marie, et puis trois autres jours en l'honneur du saint Ange Gardien, et de se vaincre de la sorte de trois en trois jours. Le conseil fut suivi et le pénitent trouva successivement plus de facilité à triompher de son ancienne habitude, jusqu'à ce qu'il en lût complètement délivré; il mena dans la suite une vie pure et sans tache jusqu'à la mort. (Livre d'exemples de Buch fein.)

Ferme propos de David.

Ce qu'on doit entendre par propos universel, David nous le montre par son propre exemple. Non-seulement il voulut se préserver désormais avec le plus grand soin des deux grands crimes dont il s'était rendu coupable, mais il remplit encore son cœur de haine et d'aversion pour tout ce qui était mal. C'est pourquoi il disait : « Je déteste tous les sentiers de l'iniquité. » [Ps. 118, 128.) On doit rompre complè-

234 DES SACREMEiNTS.

tement avec le péché et renoncer à toute relation avec le démon. CMmparaisons.

« Il est difficile de guérir les plaies du corps. Bien souvent ou doit employer le fer et les remèdes amers. La guérison de l'âme est plus facile; ou n'exige qu'un désir sincère et une volonté sérieuse d'être guéri, et la guérison s'opère.» (S. Chrysostôme. llom. 8 ad popul.)

« Quand le clou qu'on a enfoncé ne branle pas, c'est un signe qu'il a été enfoncé solidement. S'il branle au contraire dès que l'on y suspend quelque chose, c'est une preuve que le marteau n'a pas fait son devoir. Si vos résolutions sont si chancelantes de suite après que vous les avez formées, c'est qu'elles n'ont pas été fermes et que vous êtes habitué à ne pas les faire sérieusement. » (S. Vincent Février.)

« Les bonnes résolutions doivent être mises à exécution, sans cela elles servent aussi peu que les perles de rosée qui brillent le matin sur l'herbe et s'évaporent avant le milieu du jour. Ne tardez donc pas de les exécuter aussitôt que vous les avez prises devant Dieu et que vous trouvez l'occasion de les mettre en pratique. Le proverbe dit qu'il faut battre le fer quand il est chaud, sans cela il n'y a plus moyen de le forger. En outre n'oubliez pas ce vieux dicton: le chemin de l'enfer est tout pavé de bonnes résolutions, mais qui ne furent jamais mises à exécution. C'est pourquoi hâtez-vous de vous corriger comme vous l'avez résolu, sans cela tous vos propos, si beaux qu'ils soient, ne serviront de rien à votre salut. » {Munch.)

(Gr. Cat. 43MT« q.) Fuite des occasions. — Explication. Celui donc qui a pris une sérieuse et ferme résolution, doit être décidé, comme nous l'avons déjà dit en partie, 1) à éviter au moins tous les péchés graves, de manière qu'il n'en veuille plus commettre un seul à aucun prix; 2) à fuir le danger et surtout l'occasion prochaine du péché; 3) à employer les moyens nécessaires pour se corriger; 4) à pra-

tiquer des œuvres satisfactoires dues pour ses péchés et 5) à réparer le tort qu'il peut avoir fait. — ïl ne sufllt donc pas de fuir simplement le péché, nous devons fuir encore Voccasion prochaine du péché, c'est-à-dire, nous devons éviter toutes les personnes, les sociétés, les jeux, les objets, etc., qui ont été d'ordinaire pour nous une cause de péché; car q .iconque ne veut } as éviter l'occasion prochaine du péché, n'a pas la volonté sérieused'éviterlepéché lui-même. Et n'est-ce pas réellement ainsi?Si quelqu'un qui patauge dans la boue, vous dit qu'il prendra bien garde de ne point se salir, si quelqu'un qui touche de la poix prétend qu'il aura soin de ne pas en être souillé; si quelqu'un qui se trouve au milieu du feu veut vous convaincre qu'il ne court aucun risque de se brûler, que leur répondrez-vous? Eh bien ! c'est ce que je vous réponds aussi vous qui fréquentez les mauvaises compagnies, qui vous trouvez dans les occasions du mal et qui cependant osez dire encore: « Nous aurons bien soin de demeurer sages et vertueux; nous ne nous laisserons pas séduire. » Ah! qu'on ne s'y trompe pas! » Celui-là seul a renoncé complètement au crime dit S. Isidore de Séville, qui a renoncé à toute occasion mauvaise. » Que tous ceux qui ne veulent pas renoncer à l'occasion prochaine du péché ou à leurs péchés d'habitude remarquent bien que l'absolution du péché loin de leur être utile ou salutaire ne fait qu'aggraver leur culpabilité.

Celui qui n'évite pas l'occasion dupéché, n' évite pas le péché lui-même.

Alipius, l'ami de S. Augustin, avait autrefois' passionnément aimé les spectacles et S. Augustin l'avait guéri de cette passion. Ses amis lui proposèrent un jour d'aller avec eux à l'amphithéâtre ; il résista à leur invitation et à leurs pressantes sollicitations. Ils l'y entraînèrent de force: « Vous pourrez y entraîner mon corps, leur dit-il, mais ne pourrez

forcer mon esprit ni mes yeux à être attentifs au spectacle. J'y assisterai, mais sans y être et sans rien y voir. » Il ferma donc constamment les yeux; « Plût à Dieu, dit S. Augustin, qu'il eût encore bouché ses oreilles ! » En efïet ayant entendu tout à coup un cri extraordinaire, son ancienne passion se réveilla etil ouvrit les yeux. Ravi, transporté, il ne tarda pas à mêler ses applaudissements h ceux des autres spectateurs et sortit plus épris que jamais de l'amour du théâtre.. Il retomba dans son ancien péché jusqu'à ce que la main de Dieu l'eût changé entièrement. Vous le voyez ; celui qui n'évite pas l'occasion du péché, n'évite pas non plus le péché lui-même.

Comparaisons.

« Une chandelle qui fume encore, après qu'on l'a éteinte, peut se rallumer aisément par un leger souffle; de même le vice se ravive et domine de nouveau dans l'homme, si on ne l'a entièrement étouffé par le repentir et la pénitence, ou si l'on n'a pas soin d'éviter l'occasion du mal. » {Louis de Grenade).

« C'est en vain que nous chassons les mouches des mets qui couvrent la table si on y laisse tout ce qui est doux et sucré; car à peine les avez- vous chassées, qu'elles reviennent. C'est ainsi que l'on doit écarter tout ce qui peut attirer le péché, et par là j'entends surtout les occasions prochaines; sans cela le péché lui-même fera de nouveau son apparition et vous maîtrisera plus que jamais. {DrexeUus).

{Gr. Cat. 48« g.)

Ce que Von entend far confession. — Explication. La confession est raccusation humble de ses péchés faite à un prêtre approuvé, pour en obtenir l'absolution. C'est une accusation humble, parce qu'elle suppose dans le pécheur de la confusion et de la douleur d'avoir corn-

mis le péché. Celui qui se confesse doit se rappeler l'accusation humble et repentante du publicain de l'Evangile; il y trouvera un vrai modèle de cette humilité et de cette contrition qui est une des conditions nécessaires de la vraie confession. Il se regarde comme le plus grand pécheur du monde: » Seigneur, soyez-moi propice! » il n'ose pas même lever les yeux au ciel ; il abaisse tristement ses regards vers la terre, se frappe la poitrine, et, de cette manière, il apaise la justice de Dieu irritée contre lui, l'excite à la miséricorde et à l'oubli de ses fautes. Cette accusation doit se faire en outre à un prêtre approuvé pour entendre les confessions. Nous ferons bien de nous choisir un confesseur qui sache nous guider avec prudence et charité dans le chemin du salut; ce chemin est plein de dangers et de difficultés, et c'est pourquoi nous avons besoin d'un conducteur expérimenté et sage.

Comparaison.

« L'homme qui entreprend un voyage sur mer, ne se contente pas d'être porté par un solide et beau navire, mais il désire encore que celui-ci soit dirigé par un habile pilote, car chacun sait, qu'au moment du danger, un pilote expérimenté et prudent vaut plus qu'un navire bien gréé. De même encore lorsqu'on se rend dans un pays lointain, ce n'est pas tant à la beauté de la voiture que l'on tient, mais plutôt à l'habilité du conducteur afin qu'il puisse la conduire sans danger. Voilà comment doit agir le chrétien dans toutes ses entreprises et ses actions spirituelles; il ne faut pas qu'il se fie à sa propre prudence, mais qu'il se cherche un bon guide, un sage conseiller qui le soutienne dans sa faiblesse et puisse l'instruire dans son ignorance. [S. Chrysostôme.)

{Gr. Cat. 49«-55e q.) Conditions d'une bonne confession. — Explication. La confession doit être entière, sincère et claire, 1) La con-

238 DES SACUEMEiNTS.

fessioii est entière quand le pénitent se confesse de tous ses péchés et de chaque péché au moins mortel donl il se souvient, ainsi que de leur no77ibre et des circonstances qui changent l'espèce du péché. Ainsi pour que la confession soit entière, il faut a) qu'on n'omette aucun péché mortel de propos délibéré. « On ne peut rien omettre, dit S. Thomas d'Aquin {Supp. IIÎ. qu. 9 art. 4.), de ce qui doit être révélé, c'est pourquoi la confession doit être complète et entière. Toutefois il est bon et utile de confesser aussi les péchés véniels; si l'on doute qu'un péché soit véniel ou mortel, on le confessera, parce que souvent il arrive qu'on regarde un péché mortel comme véniel, b) Il faut de plus que l'on indique le nombre de fois que l'on a commis tel ou tel péché, et lorsqu'on ignore le nombre exact, on doit le dire approximativement, par exemple j'ai commis ce péché environ autant de fois par jour, par semaine, par mois, c) On est tenu également de déclarer les circonstnces qui changent l'es- ' pèce du péché, ou qui d'un péché véniel font un péché mortel, et en général tout ce qui peut mettre le confesseur à même de bien juger de l'état où se trouve la conscience de son pénitent, alin de le prémunir contre les rechutes. Sous ce rapport, S. Augustin observe trèsbien : « Le pénitent doit être exact dans ses aveux; il doit déclarer les circonstances de temps (quand), de lieux (où), de durée (combien de temps), d'intention (pourquoi), de personnes (contre qui) et de délibération avec laquelle il a péché. » {De pœnit.) Conséquemment elle n'est pas entière la confession de celui qui s'accuse en général d'avoir péché contre les dix commandements de Dieu, contre les commandements de l'Eglise, d'avoir transgressé le premier ou le sixième commandement; il doit s'exprimer d'une manière plus précise, en disant comment et combien de fois il a péché contre le premier ou

DE LA PÉNlTEiNCE. 239

le sixième commandement. De même il ne suffit pas de dire : « J'ai omis d'assister le dimanche aux offices di- \'ins, » il faut qu'on ajoute combien de fois et pourquoi, si c'a été par négligence, par mépris, etc. Ensuite en déclarant les circonstances, on doit s'exprimer aussi honnêtement que la nature du péché l'exige, s'abstenir de nommer les personnes par leur nom, éviter de raconter des détails superflus. « Ce défaut, dit Scaramelli, est ordinaire aux femmes, même à celles qui sont pieuses ; elles font dans la confession de longs récits et de chaque péché une histoire. «

Confession entière et faite avec soin.

Un aumônier de l'armée française rapporte le fait suivant : « En 1859, le soir du premier jour où je préparai les enfants à la première communion, je m'efforçai de leur montrer toute l'importance de la confession générale. Que vois-je? Un enfant qui sort des rangs et vient me dire, les larmes aux yeux, pendant qu'il me montre un papier, en présence de tous ses compagnons : « Monsieur l'aumônier, me dit-il, comme je ne sais ni lire ni écrire, que je craignais d'oublier quelques péchés et de faire un sacrilège, j'ai fait ma confession à l'un de mes camarades, qui m'a tout mis sur ce papier que voici. » — Cette confession ne rappelle-t-elle pas au lecteur celle du chevalier Bayard et de Joinville qui la firent en présence de leurs compagnons d'armes? {Souvenirs d'un aumônier militaire.)

Comparaisons.

o Ce n'est que lorsqu'un malade déclare au médecin tous les détails de sa maladie, où et comment il l'a gagnée, depuis combien de temps il en est atteint, que le médecin est en état de lui prescrire un remède efficace. Voilà ce que le pécheur doit faire en confession, s'il veut être guéri de sa maladie. » [Faber.)

Nous devons confesser tous les péchés graves et les circons-

tances nécessaires: car à quoi sert-il de boucher dans un vaisseau un trou par lequel l'eau s'infiltre, si on y laisse ouvert un trou beaucoup plus grand? Vous n'en périrez pas moins, vous serez englouti par les abîmes. Il en est de même des confessions incomplètes. A quoi sert-il, de déclarer au médecin de votre âme une seule blessure, quand vous cachez les autres qui sont beaucoup plus dangereuses. » {S. Bonaventure.)

[Gr. Cat. m^q.).

2) La confession doit être sincère. — Explication. La confession doit être sincère, c'est-à-dire que l'on doit s'accuser tel qu'on croit être aux yeux de Dieu, sans rien cacher, rien déguiser ou excuser par de vains prétextes; on doit se conduire comme le publicain repentant. Celui-ci n'accusait ni Dieu, ni le prochain. « 11 frappait sa sa poitrine, » pour indiquer que là se trouvait caché son propre ennemi. Pour que la confession soit simple et sincère, dit S. Bernard, on doit bien se garder de vouloir excuser la mauvaise intention dans laquelle on a commis le péché; car ce ne serait pas se confesser, mais couvrir et pallier ses propres fautes; ce serait irriter la majesté divine, et non l'apaiser. » — « De plus, dit le même Saint, il n'est pas permis de diminuer le péché, en essayant de lui donner un autre caractère, soit en rejetant la faute sur d'autres comme s'ils nous avaient entraînés, soit en représentant les occasions comme absolument inévitables et nous étant commandées; car l'homme ne pèche pas s'il n'a pas la volonté de le faire; or, agir de la sorte serait une ingratitude contre la bonté de Dieu, qui est disposé à nous pardonner, tandis que vous avez recours à des artifices et des déguisements, comme si vous vouliez le tromper. »

C'est par une, confession sincère que nous pouvons le mieux vaincre l'ennemi de notre âme.

Voici un fait arrivé à l'abbé Sérapion, tel que nous le raconte Cassien d'après l'abbé Moïse. Sérapion, lorsqu'il était encore fort jeune, avait pris l'habitude, après avoir terminé son repas en compagnie de son directeur Théon, de s'emparer furtivement d'un pain et de le manger en cachette pendant qu'on ne le surveillait pas; mais il n'avait pas le courage de découvrir à son maître spirituel cette sensualité que le démon lui faisait commettre chaque jour et dont tous les jours signalaient le retour sans pouvoir surmonter la tentation. Or, en une circonstance où se tenait dans la cellule de l'abbé une conférence spirituelle, où l'on raisonnait sur le danger où l'on s'expose en se dispensant de faire part à son directeur spirituel des tentations de l'ennemi de nos âmes, Sérapion, frappé de vifs remords, se met à genoux en présence de toute l'assemblée et avec un déluge de larmes il confesse sa faute et montre à tous les moines le pain qu'il avait soustrait, et que selon sa coutume il tenait caché sous sa robe. Alors l'abbé Théon lui dit : « Mon fils ne craignez rien, vous avez vaincu le démon par l'aveu que vous venez de faire. A l'avenir vous serez délivré de cette tentation, au moyen de laquelle le démon ne vous a que trop tourmenté. » Le saint vieillard n'avait pas encore fini de parler qu'on vit sortir de la poitrme du jeune homme une flamme de souffre qui remplit d'une horrible puanteur toute la cellule où les religieux se trouvaient réunis. C'était un signe manifeste que le démon vaincu et terrassé par la généreuse confession du jeune homme ne fut plus désormais tourmenté par une tentation semblable. J'ai voulu raconter ces étonnantes histoires, afin que le lecteur reste bien convaincu qu'il n'est rien qui abatte plus sûrement les forces du démon et qui le contraigne plus puissamment à se retirer, qu'une entière et complète sincérité à se montrer tel qu'on est à son père spirituel. Car qu'y a-t-il de plus audacieux qu'un larron tant qu'il ne craint pas d'être vu? Mais aussi on ne voit rien de plus vil et de

CATÉC. PRATIQUE. T. 111. 11

plus lâche que lui quand il est découvert. Tul est le vrai portrait de l'ennemi de notre salut. {Scaramelli. Tom. /, n° 118.)

Un aveu sincère procure le pardon.

Un prince visita un jour les galères du bagne pour voir les prisonniers qui, les chaînes aux pieds, y étaient condamnés aux travaux forcés. Il fut vivement ému à la vue des peines rigoureuses auxquelles ils étaient soumis, et se proposa d'en rendre au moins un à la liberté. Mais d'abord il voulut examiner qui d'entre eux était le plus digne de cette faveur. Il demanda donc successivement à tous pour quelle cause ils étaient là. Pour réponse il ne reçut que des plaintes et des lamentations, et chacun des galériens de lui dire qu'il était l'homme le plus honnête et le plus innocent du monde, que des calomniateurs les avaient faussement accusés auprès de l'autorité, et les avaient amenés dans ce lieu d'ignominie parmi les scélérats. Il n'y en eut pas un seul qui ne priât le prince d'avoir pitié de lui et de le rendre à la liberté. Enfin, le noble visiteur s'approcha d'un tout jeune prisonnier et lui dit ; « Et toi, qu'as-tu fait pour venir ici? » — « Mon bon seigneur! j'ai été un indigne vaurien. Je n'ai voulu écouter ni mon père, ni ma mère; je les ai abandonnés, pour mener une vie de débauche, pour voler et tromper; s'il me fallait raconter tontes les turpitudes que j'ai commises toute ma vie, je devrais avoir au moins deux heures. Enfin la justice s'est emparée de moi, et je consens volontiers à souffrir la punition de mes crimes, car je sais que je l'ai méritée mille fois. » — Le prince savait bien que tous avaient mérité leur arrêt de condamnation, mais il dit en riant : « Comment se fait-il qu'un monstre pareil se trouve dans une compagnie aussi honorable? Vite, qu'on lui ôte ses chaînes et qu'on le chasse d'ici de peur qu'il ne corrompe à son tour ces braves gens. » A l'instant on fit tomber ses liens, et il fut mis en liberté. Voilà comment Dieu en agit avec nous; quand nous confessons sincèrement et avec regret nos fautes, il est bon et miséricordieux, il est tout disposé à nous les remettre.

DE LA PËMTENtE. l24o

{Gr. Cat. oT-^ q.) La fausse honte. — Explication. Ce qui fait que l'on manque souvent et gravement à la sincérité, c'est la fausse honte. L'ennemi de notre àme travaille non-seulement à rendre nos confessions inutiles; mais il a le talent de les rendre nuisibles et criminelles. « Le démon, dit S. Clirysostome, ôte à l'homme la honte au moment de pécher, mais avant la confession il la lui rend, afin qu'il cache ses fautes et se damne. » {Hom. 3 de pœnit.) « Le loup, dit un auteur pieux, prend la brebis par la gorge, pour qu'elle ne puisse pas crier et éveiller le berger; et le démon ferme notre bouche par une fausse honte, afin de nous empêcher de confesser nos fautes et de découvrir aux pasteurs de nos âmes l'état de notre conscience. »En arrière donc, cette fausse honte! Quiconque rougit de se confesser sincèrement, doit se rappeler :

a) Qu il n'y a pas de honte de confesser ses péchés ; mais ce qui était une honte c'était de les commettre sans rougir«

Socrate et le jeune Athénien.

Que doit-on dire au chrétien qui, par une fausse honte, cache en confession les péchés les plus graves? Ce que Socrate dit un jour à un jeune Athénien, son disciple. Celui-ci était sur le point d'entrer dans une maison suspecte, quand il vit passer son maître; aussitôt il s'élança dans le vestibule pour s'y cacher. Mais Socrate, s'avançant jusque sur le seuil, lui dit : « Sortez, mon fils, en ceci il n'y aura pas de honte ! Il y a seulement de la honte et du crime à entrer dans un tel lieu; mais en sortir, c'est un honneur, une gloire. » — Plus le pécheur cache ses fautes, dit Hugues de S. Victor, plus il s'enfonce dans les ténèbres; quand il en fait l'humble aveu, il sort des ténèbres, et voilà ce qui est honorable.

b)öwe la confession qui manque de sincérité ne procure ni la rémission des péchés ni la paix de la conscience, mais qu'elle est, aussi bien que la communion qui suit, un péché énorme, un sacrilège, et conduit à la damnation éternelle. « Les péchés cachés flagellent la conscience, dits. Ambroise, déchirent le cœur, remplissent l'âme et même tout l'homme de crainte et de terreur. » S. Chrysostôme ajoute : « Celui qui vit avec un péché mortel qu'il a caché au confessionnal, porte un cachot vivant, que dis-je, l'enfer même dans sa conscience. »

Combien il est funeste de taire un péché.

Il y en a beaucoup qui dans la confession sont muets lorsqu'ils devraient déclarer sincèrement leurs péchés. Ils ressemblent en quelque sorte au hérisson qui se roule sous les arbres pour enfoncer ses dards dans les fruits, puis se traîne dans son trou pour secouer ce qu'il a emporté et le dévorer. Or, quand on veut s'emparer ds cet animal, il se forme en boule ronde et ne laisse voir que ses pointes. Vainement on cherche ses pattes au moyen desquelles il se releva avec son butin, ses pieds qui l'aidèrent à emporter les fruits, la bouche qui servit à les dévorer. Rien de tout cela ne se montre aux yeux, il a tout caché, il a même l'air d'être sans vie. Et néanmoins, on sait que c'est un voleur, quoiqu'il cache les instruments dont il s'est aidé pour commettre le vol. Ce fut de cette façon que se conduisirent nos premiers parents et leur fils Caïn; car lorsqu'ils furent interrogés par Dieu qui avait été le témoin de leur péché, ils cherchèrent à le lui cacher; quand il demanda à Caïn : « Où est ton frère Abel?» il voulut par ces paroles l'engager à avouer son crime ; Caïn comme on le sait, lui répondit : « Qu'en sais-je? suis-je le gardien de mon frère? » Ainsi, il n'y eut pas plus moyen de l'amener à reconnaître sa faute, qu'il n'y en a d'amener certains pécheurs à confesser leurs iniquités au confessionnal. Claude Vieuxmont dit un jour à l'un de ces hommes silencieux qui voulait cacher ses péchés : « Vous semblez être le

conseiller secret de Satan, puisque vous craignez de tomber en sa disgrâce, si vous confessiez ce que vous avez commis d'après ses conseils. » Comment pouvez-vous espérer secours et protection de la part deDieu, si vous ne livrez pas l'ennemi de votre âme et que vous continuez de le cacher dans la demeure de votre corps, lorsque vous n'ouvrez pas la bouche comme une porte rour l'on faire sort'r? « Epheta ! » s'écria le divin Sauveur, « ouvrez la bouclie, car si vous refusez de parler, vous vous perdrez. » — « Faites tout ce que vous voulez, » dit S. Augustin, « si vous cachez vos péchés et ne les confessez pas, vous deviendrez la proie de la damnation sans avoir pu vous confesser. » Quand vos mains sont souillées, et que vous voulez les purifier, que choisiriez-vous, si d'un côté on vous mettait de l'eau et de l'autre du feu? Sans doute que vous opteriez pour l'eau; vous aimeriez mieux les purifier dans l'eau que dans le feu. Or, Dieu, comme le dit Sirach, vous a proposé de l'eau et du feu, et vous pouvez étendre vos mains comme vous le voulez, vers l'un ou vers l'autre. Mais que faut-il entendre par celte eau, sinon la confession de vos fautes qui nous purifie? et par ce feu, sinon ou le purgatoire ou le lieu de l'éternelle damnation? (Liure d'homélies de Brunner).

Comparaisons.

« Lorsque vous cachez vos péchés et que vous obtenez frauduleusement l'absolution, celle-ci est non-seulement sans valeur mais encore pernicieuse pour vous. Une quittance volée n'efface par la dette, mais au contraire elle attire des peines d'autant plus sévères ; il en est de même de l'absolution qu'on a escamotée. » {Drexélius).

« Le péché caché tourmente l'homme; il ressemble au pus qui est renfermé dans un ulcère et qui ne peut trouver d'issue. Il vaut mieux de le faire sortir par une incision futelle même douloureuse; celle-ci du moins ne dure qu'un moment, et quand la matière fétide a trouvé une ouverture, la douleur est finie. Or cette incision salutaire c'est la confession. » {S. Grégoire le Grand.)

c) Qîi'il vaut mieux après tout, de déclarer ses péchés à un prêtre qui est tenu au secret le plus inviolable, que de vivre toujours inquiet dans le péché, de mourir malheureux et d'être couvert de honte au dernier jour en présence du monde entier. « Pensez hien, pécheur, dit S. Augustin, quecequevous découvrez, Dieu le couvre; ce r;i» vous cachez maintenant pour un seul (pour le conlesseur), Dieu le révélera un jour devant tous. « {In Psalmis.) Mettons-donc de côté tout respect humain; ne nous laissons jamais détourner d'une confession sincère par cette pensée: « Qu'est-ce que le confesseur va croire de moi si jelui découvre des péchés aussi graves?» Le confesseur, sachez-le bien, est plein de compassion et d'amour à l'égard d'un pécheur qui fait pénitence et s'accuse franchement de ses péchés. D'ailleurs le pénitent n'a pas à craindre que la moindre chose soit révélée hors du confessionnal; car le confesseur est tenu d'endurer plutôt la mort du martyre que de révéler quoique ce soit de la confession.

Le martyr du secret de la confession.

L'impératrice Jeanne, princesse ornée de toutes les vertus, avait choisi pour son directeur Saint Jean Népomucène, chanoine de Prague. Wenceslas, époux de l'impératrice, était très-jaloux, et il interprétait mal les actions les plus innocentes de son épouse. La soupçonnant d'infidélité, un jour qu'elle venait de se confesser, il va trouver le confesseur et l'interroge pour savoir si les soupçons étaient fondés. Le saint lui dit qu'il ne peut parler, que le secret de la confession est inviolable, que toutes les connaissances acquises parla confession sont comme si elles n'étaient pas. L'empereur irrité garde un morne silence. Quelques jours après il fait revenir le saint devant lui; il emploie les caresses, les promesses, les menaces pour l'engager à révéler la confession de l'impératrice ; tout est inutile. II le fait traiter

DE LA l'ÉiMTENCE. 217

avec la dernière inhumanité sans pouvoir rien obtenir. Enfin il le menace de la mort, s'il ne satisfait à ses désirs. «Vous pouvez me faire mourir, répond Saint Jean Népomucène, mais vous ne me ferez pas parler. » Wenceslas, furieux, ordonne qu'on le jette dans la rivière pieds et mains liés. Le martyr fut bientôt étoutfé dans les eaux; des personnes pieuses enlevèrent son corps et le mirent dans un tombeau, oh il s'opéra un j;rand nombre de miracles. Ceci arriva i'an 4385. En ouvrant son tombeau, le 14 avril 1719, on trouva son corps dégarni de ses chairs, mais sa langue était si fraîche et si bien conservée, qu'on eût dit que le saint ne venait que d'expirer. On la garde avec beaucoup de respectdans la cathédrale de Prague.

Le secret de la confession est inviolable.

Chacun sait combien est sévère le secret de la confession, et bien des personnes se sont déjà dit: Il nous semble que c'est trop exiger de vouloir qu'il n'y ait aucun cas où le sceau sacramentel puisse être violé! — Tel était aussi l'avis de Henri IV, roi de France. — Aussi un jour il pressa vivement son confesseur le P. Cotton, de la compagnie de Jésus, en lui parlant de ce chapitre: « Mon Père, lui dit-il, queferiezvous, si quelqu'un venait se confesser à vous, d'avoir fait avec d'autres le complot de m'assassiner?

— « Je mettrais tout en œuvre pour l'en détourner. »

— « Mais s'il refusait de suivre vos bons conseils? »

— « Alors je me présenterais pour empêcher autant que possible le forfait, »

— « Mais à quoi me serviraient votre présence et votre protection au moment même que les conjurés s'élanceraient sur moi le fer en main? »

— « Sire, répondit le Jésuite enflammé d'un noble dévouement, je me jetterais entre vous et les assassins, et la pointe du poignard où la balle meurtrière me traverserait le cœur avant d'arriver jusqu'à votre Majesté ; mais jamais je ne violerais le sceau sacré de la confession. »

Cette réponse plut tellement au monarque que les larmes

lui vinrent aux yeux et qu'il embrassa cordialement son confesseur. Après une pause d'un moment, le roi continua et dit :

— « Mais comment donc! L'Eglise ne pourrait-elle pas faire une loi en vertu de laquelle les prêtres auraient la faculté de rompre le secret de la confession, lorsqu'ils apprendraient le complot dirigé contre la vie d'un roi? »

Le P. Cotton lui fit observer que si dans un tel cas il était permis au confesseur de parler, la vie des monarques serait exposé à un danger beaucoup plus grand; car le coupable sachant qu'un aveu de ce genre l'amènerait devant les tribunaux, aurait garde de découvrir au prêtre son affreux projet, et conséquemment ne pourrait jamais en être détourné, ni s'en repentir. — D'ailleurs si l'on voulait que les crimes dirigés contre la majesté d'un roi de la terre fussent découverts, on pourrait exiger à bien plus forte raison qu'on découvrît les crimes qui outragent la majesté du souverain roi des cieux. Les rois exigeraient donc pour eux ce que Dieu ordonne d'omettre pour lui-même. — Ces considérations sur l'inviolabilité du sceau sacramentel plurent beaucoup au roi et il approuva son digne confesseur en lui disant: « Bien tapé! bien répondu, mon Père! »

Qu'on remarque bien que tous ceux qui accidentellement apprendraient quelque chose de la confession, sont obligés au secret le plus rigoureux.

{Gr. Cat. 58« q.) Ce qu'il y a à faire quand on a omis quelque chose en confession. Si l'on a omis quelque chose en confession, on doit examiner si cette omission a été volontaire ou non. Si elle n'a pas été volontaire, on peut s'accuser du péché omis, dans la confession suivante; mais si cette omission a été volontaire, soit parce qu'on avait honte de confesser cette faute, soit qu'on avait négligé d'examiner convenablement sa conscience, on doit dire sans tarder dans combien de confessions on a fait cette omission coupable, et les répéter toutes.

S. Vincent Ferrier explique ceci par la comparaison suivante. « Lorsque, » dit-il, « vous avez mal boutonné un habit à un seul bouton, tous les autres boutons qui suivent sont dérangés et ne correspondent plus avec leurs boutonnières. Que faut-il que vous fassiez alors? Depuis l'endroit où vous avez manqué la première boutonnière, vous devez tout déboutonner et faire passer les boutons de nouveau dans leur boutonnière propre. Sans cela vous ne pourrez remédier au désordre. La même chose est nécessaire, quand quelqu'un fait une mauvaise confession ou une mauvaise communion, il faut qu'à commencer de cet acte sacrilège, depuis lequel les péchés commis dans la suite, ne lui ont plus été pardonnes, il répète toutes les confessions comme si jamais il ne les avait faites, sans cela il ne pourra point mettre ordre à sa conscience. Le défaut d'une seule confession frappe de nullité toutes celles qui suivent. »

(Gr. Cat. 59«-60° q.) 3) La confession doit être claire. — Explication. Enfin la confession doit être claire, c'est-à-dire, (.ue l'on doit s'exprimer de telle manière que le confesseur puisse tout bien comprendre et juger suffisamment de l'état de notre âme; il faut donc que l'on s'exprime d'une manière intelligible. Ce ne serait donc pas s'exprimer clairement -que de se servir de ces termes généraux : Je n'ai pas aimé Dieu, j'ai pensé, j'ai dit du mal, etc. Cela ne suffit pas, il faut qu'on s'exprime plus nettement en précisant les péchés, en les nommant par leur nom, en déclarant leur espèce et leur nature.

[Gr. Cat. 61^-63« q.) De la confession générale. — Explication. Par confession générale on entend celle dans laquelle on répète toutes les confessions ou plusieurs confessions de la vie

passée. Une telle confession est parfois nécessaire, et

parfois utile ou de conseil. Elle est nécessaire à tous ceux dont les confessions antérieures ont été nulles, soit par défaut de sincérité, ou de contrition et de ferme propos, soit par défaut d'examen suffisant de la conscience. U n'y pas de doute que ceux-là doivent faire une confession générale (dit Scaramelli); au moins de tout le temps où ils ont fait des confessions sacrilèges et nulles. Car puisque leurs péchés ne leur ont jamais été pardonnes, il est nécessaire qu'ils les soumettent de nouveau tous au pouvoir sacerdotal afin qu'ils soient effacés par le sang du Sauveur. D'ordinaire la confession générale est titile et de conseil : 1) lorsqu'on se prépare à la première communion, 2) quand on embrasse un état de vie, 3) quand on est dangereusement malade, 4) au temps du jubilé, d'une mission, etc., et en général 5) quand on n'a jamais fait une telle confession. On ne peut méconnaître l'utilité de la confession générale; d'ailleurs, elle nous est recommandée d'une manière toute s})éciale par l'exemple des saints, qui non-seulement conseillaient aux autres les confessions générales et annuelles, mais observaient eux-mêmes cette salutaire pratique. Ainsi nous lisons de S. Eloi, évêque, que pour purifier entièrement sa conscience, il fit à un prêtre la confession générale de tous les péchés qu'il avait commis dès sa plus tendre enfance et qu'après cela il marcha avec un courage beaucoup plus grand et un zèle plus ardent dans le chemin de la perfection. Nous lisons de même dans l'histoire de S. Englebert, évêque, qu'il se retira avec un autre évêque dans sa chapelle domestique, et qu'il s'accusa devant lui de tous les péchés de la vie passée, au milieu d'un tel torrent de larmes, que sa poitrine en était toute trempée, et que le confesseur fut aussi étonné qu'édifié de la vivacité et de la sincérité de son repentir.

DE LA PÉNITENCE. Soi

Effets admirables de la confession générale.

Une confession générale faite avec un grand repentir et le ferme propos de changer de vie, fut pour plusieurs le principe d'une grande perfection. S. Angèle de Foligno atteste en eflet dans sa vie, qu'après une confession générale elle se consacra entièrement à1)ieu, de sorte qu'on ne peut douter que ce fut alors que commença sa vie si sainte et si admirable, a Moi-même, » dit Scaramelli, « j'ai connu bien des personnes, qui avaient mené pendant longtemps une vie libre, et après une confession générale, elles changeaient tellement que non-seulement elles s'élevaient au plus haut degré de perfection, mais parvenaient encore aux sublimes hauteurs de la vie contemplative. »

De même une multitude de pécheurs qui étaient sur le point de devenir la proie du désespoir et de l'enfer, ont été changés complètement par une confession générale, remplis de confiance en Dieu et ramenés dans le chemin de la vertu. Le pieux et zélé Overberg, qui mourut directeur du grandséminaire de Munster, en 1826, se sentit un jour poussé instinctivement à faire une promenade à l'extérieur, quoique le temps fût froid et pluvieux. Devant la porte du séminaire il trouve un homme à la marche indécise, tantôt s'arrêtant, tantôt revenant promptement sur ses pas, après avoir regardé autour de lui. Overberg le suit, l'atteint bientôt et le saluant avec son affabilité ordinaire, il commence à engager une conversation avec lui, que l'inconnu essaie d'abord de rompre d'un ton brusque, mais qu'il accepte ensuite; après quelques moments il devint tellement expansif qu'il avoua, s'être livré dès sa jeunesse aux péchés les plus affreux, et que maintenant il était au comble du désespoir, que pour y mettre un terme il voulait se suicider. — « Et sera-ce mieux alors? » lui demande Overberg. L'autre soupire. Le saint prêtre lui adresse ensuite des paroles brûlantes de charité qui lui vont au cœur, l'amène avec lui à sa chambre, entend sa confession générale, et dès ce jour cet homme devint tout autre.

i>5a DES SACREMEMS,

Le divin Sauveur et sainte Marguerite de Cortone.

Notre Seigneur Jésus-Christ voulut bien lui-même nous offrir un illustre exemple de l'excellence de la confession générale dans la personne de la célèbre pénitente sainte Marguerite de Cortone. Le divin Sauveur voyant avec quelle ardeur cette personne avait accompli l'œuvre de sa conversion, voulut bien d'abord l'instruire et puis la combla de toute sorte de consolations, se montrant plein de commisération et de tendresse pour cette pécheresse qu'il appelait souvent sa pauvrette. Un jour cette Sainte transportée de ce sentiment de confiance, qui est le caractère de l'amour filial, lui dit: « Seigneur, vous qui me donnez souvent le nom de pauvrette, quand donc aurai-jc le bonheur de m'entendre nommer par votre bouche divine du beau nom de petite fille? » — (c Vous n'en êtes pas encore digne, lui répondit Kotre-Seigneur; avant de rece :oir de moi ce titre, et avant de vous traiter comme ma fille, il faut commencer par vous purifier encore mieux en faisant une confession générale de tous vos péchés. » Marguerite, en entendant cette réponse, se livra tout entière à la recherche de ses péchés, et pendant huit jours entiers elle en fit la confession au prêtre, plutôt par des larmes que par des paroles. Quand la confession fut terminée, elle quitta le voile dont sa tête était couverte, se mit une corde au cou, et, dans cet état d'humiliation, elle alla recevoir le corps de notre divin Rédempteur. A peine avait-elle communié, qu'elle entendit au fond de son âme retentir une voix pleine de tendresse qui prononçait ces mots: « Ma chère'fille! » A cette appellation si douce et qu'elle avait sollicitée avec tant de soupirs, elle tomba dans une extase délicieuse, elle fut plongée dans une mer de ravissement et de|]sainte allégresse. Quand elle fut revenue de cette douce extase, elle se mit à redire avec le sentiment d'une admiration ineffable: « 0 parole pleine de suavité: ma chère fille, ma chère fille!!! » On doit comprendre par ce récit quelle vertu est attachée à une confession générale pour purifier une âme, pour lui restituer sa blancheur, pour l'em-

DE LA PÉNITENCE. 2o3

bellir de riches parures, puisque cette confession put faire sortir notre Sainte de l'état d'esclavage où elle gémissait au commencement de sa conversion, pour l'élever au grade eminent de fille chérie de Dieu. En effet, celle que Notre- Seigneur regardait autrefois avec un œil de compassion fut ensuite à ses yeux un objet d'amour et de complaisance. {Scaramelli.)

(Gr. Cat. 64«-67« q.)

Conduite à tenir pendant la confession. — Explication. Voici de quelle manière on doit se confesser. D'abord on fait le signe de la croix et l'on dit : « Je me confesse à Dieu tout-puissant, etc. » Ensuite on expose humblement et clairement ses péchés, et l'on termine par ces paroles: « De tous ces péchés, etc. »(On doit éviter d'employer des formules trop longues.) Après cela on sera bien attentif aux avis du confesseur et à la pénitence qu'il impose, et s'il fait des questions, on répondra avec sincérité et humilité. « Que le pécheur, dit S. Augustin, se mette entièrement entre les mains du juge, qu'il s'assujettisse sans réserve au jugement du prêtre et soit disposé à faire pour la conservation de son âme tout ce qu'il serait disposé à faire pour celle de sa vie. » Qu'il accepte avec résignation le blâme, les corrections que le confesseur juge à propos de lui donner; qu'il se soumette volontiers aux obligations qu'il lui imjjose; qu'il accueille avec joie les avis qu'il lui communique, et reçoive avec obéissance la i)énitence qu'il lui impose. — S'il arrive que le pénitent n'obtient pas l'absolution, il doit accepter ce refus comme une punition due à ses péchés, se persuader que le prêtre ne le fait que pour le plus grand bien du pécheur, suivre consciencieusement ses conseils et se préparer à l'absolution par une véritable conversion.

Page 1