DE LA SATISFACTION
{Gr. Cat. 68«-72« q.)
De la satisfaction nécessaire dans le sacrement de Pénitence. — Explication. Par satisfaction sacramentelle on entend l'accomplissement de la pénitence imposée par le confesseur. En général sa^is/hffß signifie proprement acquitter com|)lètement une dette ou réparer l'injure qu'on a faite à un autre. La satisfaction sacramentelle au contraire est un réparation par laquelle l'homme dédommage en partie Dieu pour les péchés commis; car, pendant toute l'éternité même, nous ne pourrions satisfaire complètement à Dieu pour nous péchés. Or cette partie de la satisfaction c'est la pénitence que le confesseur nous a imposée. Elle nous est imposée par le confesseur par ce qu'elle nous est nécessaire 1) pour obtenir le pardon des peines temporelles dues aux péchés et 2) pour préserver le pécheur des rechutes et le corriger.
1) La pénitence sacramentelle ou la satisfaction est nécessaire pour obtenir le pardon des peines temporelles; car Dieu en remettant le péché ne remet pas toutes les peines ; il est vrai que la peine éternelle est toujours remise avec le péché, mais il n'en est pas de même quant aux peines temporelles, à savoir celles que nous avons à souffrir ou ici-bas ou dans le purgatoire. C'est d'ailleurs ce qu'exige aussi bien la justice que la bonté et la miséricorde divine. Lz justice divine doit exiger de nous une certaine satisfaction afin qu'en supportant ces peines nous fassions au moins quelque réparation pour l'injure faite à Dieu ; la bonté, la miséricorde divine doit exiger de nous cette satisfaction afin que la crainte des châtiments nous fasse éviter avec plus de soin la rechute dans le péché. » Voici comment s'exprime à ce sujet le Concile de Trente: « La justice de Dieu semble exiger
qu'il reçoive différemment en grâce ceux qui avant le baptême ont péché par ignorance, et ceux qui, après avoir été une fois délivrés de la servitude du péché et du démon, et avoir reçu le don du Saint-Esprit, n'ont pas craint de violer, de propos délibéré, le temple de Dieu, et de contrister l'Esprit-Saint. Il est convenable même pour la clémence divine que nos péchés ne nous soient pas ainsi remis sans aucune satisfaction, de peur que nous ne prenions occasion de là de les regarder comme des fautes légères, et que nous ne nous laissions aller à des péchés plus énormes. « {Sess. 14, cap. 8.)
Comparaison.
Dieu remet toujours avec la coulpe du péché la peine éternelle, la damnation, mais il ne remet pas toujours toutes les peines temporelles que le pécheur doit subir, soit dans cette vie, soit dans le purgatoire. La même chose à lieu quand quelqu'un a reçu une blessure mortelle. La mort doit s'en suivre, s'il n'y a pas de prompt remède. Or ce remède est appliqué et le danger de mort disparaît; mais quoique tout danger de mort ait disparu, reste encore la guérison à opérer et toute la plaie à cicatriser. — Par la miséricorde divine le péché mortel a disparu, l'âme est sauvée de la damnation éternelle; mais la guérison complète de la blessure que le péché a produite, le soin de faire disparaître entièrement la cicatrice qu'elle a laissée, c'est à nous que Dieu l'abandonne, car ce serait trop exiger de la bonté divine de vouloir qu'il nous remît les péchés sans aucune satisfaction de notre part. Quand Dieu fait de son côté ce qui convient, il faut qu'à notre tour nous fassions notre devoir. » (Le D' Massl.)
Exemples tirés de VEcriture.
Nous voyons dans l'Ecriture plusieurs exemples de péchés pardonnes, avec l'obligation de satisfaire à Dieu en cette vie. Ainsi nous avons l'exemple de David. Il avait commis
deux péchés énormes, un adultère et un homicide; il s'en repentit. Dieu lui pardonna ces crimes, mais le prophète Nathan lui dit, de la part de Dieu : « Le Seigneur a ôté votre péché, mais la mort frappera votre fils. » Ainsi voilà après un crime pardonné, une peine temporelle. Dieu pardonna de même à nos premiers parents leur prévarication dans le paradis terrestre, il leur remit la peine de la damnation éternelle, mais il les soumit à de nombreuses peines temporelles, aux maladies, aux fatigues, et enfin à la mort, que S. Paul appelle la solde, la punition du péché. — Le peuple d'Israël était tombé dans le péché d'idolâtrie; à la prière de Moïse, Dieu pardonna au peuple son crime, mais, comme punition temporelle, aucun de ceux qui avaient péché, n'entra dans la terre promise; ils moururent tous dans le désert. Moïse lui-même fut exclu de la terre promise ; c'est la punition temporelle du péché qu'il avait commis, en se défiant de l'assistance divine. Dieu lui avait pardonné son péché, mais Moïse dut en subir le châtiment temporel.
12) La pénitence ou satisfaction sacramentelle est nécessaire pour nous corriger, kw. lieu de faire de mauvaises actions il faut que l'on pratique de bonnes actions; c'est pourquoi le confesseur impose des œuvres de pénitence. Par là le pénitent est porté à abhorrer le péché, car 'les punitions inspirent l'éloignement du mal.
Comparaison.
« un médecin prudent ne cherche pas seulement à retirer le trait de la plaie, mais encore à guérir celle-ci, en y appliquant des onguents et des lénitifs. Il en est de même du confesseur, le médecin de l'âme; il ne tâche pas seulement de retirer de l'âme le dard du péché, mais aussi à guérir la blessure en y appliquant le baume salutaire de la pénitence, » [S. Chrys. ad pop. Antioch. hom. 80.) [Gr. Cat. 73^ q.)
Objection. Mais Jésus-Christ n'a-t-il pas satisfait pleinement pour nos péchés, puisqu'il est dit que « le sang
de Jésus-Christ nous purifie de tous nos péchés? « — Réponse. Jésus-Christ a satisfait surabondamment pour nos péchés, mais il veut néanmoins que vous unissions nos satisfactions aux siennes. 11 a prié également pour nous, et cependant il veut que nous priions aussi pour parvenir au salut. De même, ses mérites sont infinis, et néanmoins il ne nous sont pas appliqués sans mérites de notre part; c'est ainsi que nous ne devenons pas participants de ses satisfactions sans les nôtres. Il est vrai que le sang de Jésus-Christ nous purifie de tous nos péchés. Mais suffit-il, lorsqu'on est malade ou blessé, d'avoir des remèdes et des onguents pour être guéri? Ne faut-il pas en outre, qu'on s'en serve et qu'on les applique? 11 n'y a pas de doute que le sang du Sauveur est un remède incomparable et possède une vertu infinie; mais ce remède, si excellent qu'il soit, ne peut ni rendre la santé à notre âme, ni guérir nos blessures spirituelles, à moins que nous ne l'appliquions. Or nous ne pouvons l'appliquer qu'au moyen des sacrements, qu'en faisant pénitence et en ])ratiquant de bonnes œuvres. C'est ce que nous apprend S. Paul puisqu'il apportait lui-même ce qui lui manquait encore pour avoir part aux souffrances et aux mérites du Sauveur. Singulière expression que celle-là! Manque-t-il donc encore quelque chose à notre rédemption? Oh non! Considérée en elle-même rien n'y manque, mais il lui manque seulement par rapport à nous, une application suffisante, qui ne s'effectue que par notre coopération. En outre nos satisfactions retirent toute leur valeur des mérites de Jésus-Christ: « car sans lui nous ne pouvons rien faire. »
(Gr. Cat. 74«-77e q.) Du pouvoir qui appartient au jwêtre de nous imposer des œuvres de pénitence, et de notre devoir de les accomplir. — Explication. Le prêtre a le pouvoir de nous imposer
des œuvres de pénitence et ce pouvoir il le tient de Jésus-Christ qui a donné à son Eglise le pouvoir de lier et de délier. (S. Matth. 18, d8.) Or comme le prêtre à le pouvoir de délier, c'est-à-dire de remettre les péchés il a aussi le pouvoir de lier, c'est-à-dire de différer l'absolution ou d'imposer des œuvres satisfactoires, des punitions pour les péchés. Conséquemmont c'est aussi notre devoird'accomplir exactement et sans tarder là pénitence imposée. Car celui qui, après la confession, n'accomplit pas la pénitence, quoiqu'il ait eu dans la confession la volonté del'accomplir, commet un péché grave et se prive de beaucoup de grâces, sans que pourtant sa confession soit nulle. Et qui donc refuserait d'accomplir une pénitence aussi légère, telle que le confesseur l'impose d'ordinaire? Que celui auquel la pénitence imposée semble trop pénible, se rappelle.
1) La grandeur et l'énormité de ses péchés et les châtiments éternels qu'ils lui ont mérités ;\\ trouvera que la pénitence la plus sévère n'a pas de proportion avec l'injure infinie qu'il a faite à Dieu par le péché. A cette pensée il se soumettra volontiers à la pénitence imposée.
Le pécheur bien disposé à la pénitence.
Un grand pécheur alla se confesser au vénérable archevêque de Sens, Pierre de Corbeil. Il lui fit un aveu sincère de tous les crimes qu'il avait commis, et il fit cet aveu en poussant des soupirs, des sanglots, versant un'torrent de larmes, et demandant avec humilité si Dieu voudrait bien lui pardonner ses péchés. Le prélat lui répondit: « N'en doutez pas, mon fils, pourvu que vous soyez sincèrement résolu de faire pénitence. » — « Faire pénitence! répondit le pécheur contrit et humilié, quoi ! Dieu, que j'ai si grièvement offensé, s'en contentera? Ah ! ordonnez-moi tout ce que vous jugerez à propos, je suis prêt à le faire. Mais pouvez-vous m'imposer une pénitence assez longue, assez rigoureuse pour égaler
la grièveté de mes crimes? » — Le saint prélat, versant des larmes de compassion et de joie de voir un pénitent si bien disposé, lui dit: « Votre pénitence ne sera que de sept ans.»
— a Eh quoi ! mon père, rien que sept ans pour de si grands crimes, que je ne pourrais expier pendant tout le cours de la plus longue vie! » — « Elle sera moindre encore, mon cher enfant, dit l'archevêque, car je ne vous oblige qu'à jeûner trois jours au pain et à l'enu. » — «Ah! mon père, répondit cet homme véritablement contrit, fondant en larmes et se frappant rudement la poitrine, ne m'épargnez pas, je vous en supplie. Je suis à vos pieds et j'implore une miséricorde que je ne puis acheter trop cher. Proportionnez, autant qu'il est possible, ma pénitence à mon iniquité. Ne ménagez pas ma faiblesse, je suis prêt à tout faire et à tout entreprendre pour obtenir un pardon dont je suis indigne.»
— Le prélat, inspiré de Dieu, et ne pouvant assez admirer les opérations de la grâce, lui ordonna de dire seulement une fois l'Oraison Dominicale, et lui déclara qu'il avait tout sujet de croire que tous ses péchés lui étaient remis. Dans le moment cet homme, dont le cœur était brisé par la douleur, jette un grand cri, qui marquait son étonnement et sa reconnaissance envers le Dieu des miséricordes; et, à l'instant, il tomba mort aux pieds du saint archevêque, expirant ainsi dans l'exercice actuel de la plus vive contrition, et allant au ciel peut-être sans passer par les flammes du purgatoire. {Tiré de Thomas de Cantimpré.)
2) Que le pénitent se rappelle combien les pénitences actnelles sont peu de chose en comparaison des pénitences publiques imposées autrefois par VEcjlise. Avec quelle sévérité ne punissait-on pas alors même des péchés légers. Nous allons en donner un aperçu.
Pénitence publique sous Vancienne discipline de VEglise.
Là pénitence publique consistait en quatre degrés ou stations, par lesquelles on faisait passer les pécheurs, a) La première station était celle des pleurants. Le pécheur
pénitent était admis à cette première classe de la manière suivante : lorsqu'il avait fait l'aveu de ses fautes à l'évêque et demandé d'être admis parmi les pénitents publics, il devait paraître à l'église le mercredi des cendres, les pieds-nus; il recevait de la main du prélat des cendres sur la tête, pendant qu'on lui adressait ces paroles : « Homme! souvenezvous que vous êtes poussière et que vous retournerez en poussière; » puis on le couvrait d'un ruJe cilice, et on lui indiquait la durée de sa pénitence; enfin, l'évêque le faisait sortir de l'église, en lui disant : « A cause de vos péchés et de vos iniquités, vous êtes chassé de la maison de Dieu, comme autrefois Adam du paradis terrestre. » C'était de cette manière que les pénitents étaient admis dans la classe des pleurants appelés ainsi, parce que les pénitents appartenant à cette classe se tenaient à genoux hors de la porte de l'église ou sous le portique, et devaient supplier par leurs larmes de repentir les fidèles, à mesure qu'ils entraient, de leur pardonner les scandales qu'ils avaient donnés, et implorer l'intercession de leurs frères.
Pendant tout l'ofTice divin, qui durait généralement trois heures, ils devaient se tenir ainsi en plein air, malgré le froid le plus rigoureux et le temps le plus détestable. Après que les pénitents avaient montré pendant un certain temps, d'ordinaire pendant plusieurs années, un véritable esprit de pénitence et de mortification dans cette station, ils pouvaient passer à
b) la station des écoutants. Cette station était nommée ainsi parce que ceux qui la composaient pouvaient entrer dans la partie inférieure de l'Eglise, pour y écouter le chant des psaumes et entendre la prédication. Lorsque celle-ci avait eu lieu, on les renvoyait de l'église avec les païens, les juifs, les hérétiques et les catéchumènes. Quelle profonde humiliation, quelle confusion ne devail-ce pas être pour ces pénitents! Après avoir demeuré durant trois à cinq ans dans cette station, ils passaient à
c) la station des prosternés, appelés ainsi, parce que, après la prédication, ils se prosternaient à terre au milieu de l'E-
glise et devaient en pleurant et en se frappant la poitrine, demander pardon. Ils sortaient aussi avant l'offertoire; mais avant leur sortie, l'évêque descendait de l'autel vers eux, se prosternait également.à terre et pleurait avec eux. Entretemps toute l'assistance des fidèles priait pour ces pénitents. Après que l'évêque s'était levé, il étendait les mains sur eux et leur donnait labénédiction. Sur cela il les avertissait qu'ils eussent à continuer leurs œuvres de pénitence hors de l'église, à la maison. D'ordinaire ils devaient jeûner au pain et à l'eau le lundi, le mercredi et le vendredi ; réciter différentes prières, distribuer des aumônes selon leur pouvoir, veiller, coucher sur la terre, s'abstenir d'assister aux banquets, d'aller au bain, et en général mener une vie tout-à-fait retirée du monde. Pendant tout ce temps ils ne pouvaient ni contracter mariage, ni entrer au service de l'armée, mais ils devaient assister régulièrement à tous les offices religieux, la sainte Messe exceptée.
d) La quatrième station était celle des assistants, appelés ainsi, parce que, après avoir déposé le cilice, ils pouvaient assister debout comme tous les autres fidèles à toute la Messe. En se tenant debout ou levés, ils indiquaient qu'ils s'étaient relevés de leur chute dans le péché, et qu'ils étaient de nouveau les membres de Jésus-Christ ressuscité. Mais il leur était défendu de communier ou de présenter des offrandes pendant la sainte Messe. — Lorsqu'un pénitent, durant le temps de sa pénitence publique, tombait dangereusement malade, le prêtre, par précaution, lui accordait l'absolution, mais s'il guérissait, il devait achever le temps de sa pénitence.
Pour certains péchés particuliers qu'à cette époque on avait coutume de confesser publiquement souvent par le seul amour de la pénitence, on imposait des peines très-graves. Voici l'indication sommaire de quelques-uns des canons pénitentiaux. 1) Celui qui avait reconcé à la foi catholique devait faire dix années de pénitence en rentrant dans le giron de rEglis€. Après ce temps on pouvait lui donner la communion. 2) Pour un foMX serment ou un parjure volontaire
et délibéré, on devait jeûner quarante jours au pain et à l'eau et passer les sept années suivantes en pénitence, de plus, on n'était plus admis à prêter serment. Le blasphémateur public contre Dieu, ou contre la sainte Vierge ou quelque Saint devait se tenir hors de la porte de l'église à genoux , pendant toute la grand'messe de sept dimanches consécutifs, et, le dernier de ces sept dimanches, y être sans manteau, sans souliers, et une corde au cou ; jeûner au pain et à l'eau les sept vendredis qui précèdent ces dimanches. Celui qui avait juré le nom de Dieu une seule fois sans y penser, était tenu de jeûner sept jours au pain et à l'eau, quinze jours pour la seconde et pour la troisième fois. 5) Pour avoir fait sans nécessité quelque œuvre servile un jour de dimanche ou de fête, on était obligé de jeûner trois jours au pain et à l'eau. Pour avoir assisté aux danses les jours de fête, trois années de pénitence. Pour avoir manqué trois dimanches de suite aux oftîces divins on devait rester exclu de de l'entrée de l'Eglise aussi longtemps qu'on y avait manqué auparavant. 4) Pour avoir maudit son père ou sa mère, il fallait jeûner quarante jours au pain et à l'eau; pour les avoir injuriés, faire trois ans de pénitence, et pour les avoir frappés sept ans. o) Le meurtre volontaire était puni par une pénitence de toute la vie; le coupable devait se tenir à la porte de l'église, et on ne lui donnait la Communion qu'en danger de mort. 6) Le fornicateur devait faire pénitence pendant trois ans et l'adultère de six à dix ans — etc.
{Cr. Cat. 78=-79« q.) OEuvres satisfactoires volontaires. — Explication. Puisque nos péchés sont si affreux et si dignes d'être punis aux yeux de Dieu, nous ne devons pas nous contenter de remplir simplement la pénitence imposée par le confesseur, nous devons encore nous efforcer de satisfaire à la justice divine par d'autres œuvres de pénitence volontaires et par la patience dans les douleurs et les adversités. Si nous néfiflifîfeons de rendre à Dieu la satisfaction qui convient, nous aurons à souffrir d'autant plus
DE LA PÉNITENCE. loi
longtemps et plus sévèrement dans le purgatoire et cela sans mérite pour le ciel; car Dieu purifie par le feu ce que nous n'avons pas purifié par des larmes de pénitence.
Une parabole de S. Brigitte.
Un fripon qui devait payer à son créancier vingt livres d'or alla demander conseil à un fripon plus grand encore pour savoir ce qu'il avait à faire. Celui-ci lui donna le conseil de prendre dix-neuf livres de cuivre et de les dorer au moyen d'une livre d'or, puis de les remettre en cet état au créditeur. Il suivit ce conseil et paya effectivement vingt livres de cuivre doré et garda dix-neuf livres de l'or qu'il avait emprunté. Le prêteur c'est Dieu qui nous prête sur gage le temps actuel pour nous aider à parvenir au bonheur céleste. Le fripon qui donne le mauvais conseil, c'est le démon. Celui-ci persuade à l'homme de se réserver la plus grande partie du temps accordé par Dieu, pour le faire servir aux plaisirs sensuels, à la volupté, aux jouissances de la terre, qu'il n'a besoin que de se confesser régulièrement et qu'après comme avant la confession il peut faire hardiment ce qui lui plait; carde même que le cuivre doré passe pour de l'or pur, de même les péchés désignés par le cuivre, sont eflacés de suite par la confession, quand même il n'y aurait aucun changement dans les dispositions du cœur.
Plût à Ditu qu'il ne s'en trouvât point qui suivissent ce conseil perfide du démon ! Car notre créancier éprouve par le feu ce qu'on lui paie en retour. Profitons donc du temps que Dieu nous accorde pour faire pénitence, afin que nous payions, au moins autant d'acompte à Dieu que nos moyens nous le permettent.
{Gr. Cat. 80^-81« q.) Ce qui appartient encore à la satisfaction. — Explication. 11 faut encore remarquer qu'il ne suffit pas de satisfaire à la justice divine; nous devons encore : 1) réparer autant que possible le scandale donné et tout le tort que
nous avons injustement causé au prochain. « Il ne sutïit pas, » dit S. Grégoire-le-Grand, « de ne plus faire des dettes, mais on doit encore payer celles que l'on a contractées précédemment, » réparer le scandale donné et le tort causé au prochain. Il faut que nous imitions l'exemple de Zaché, qui disait : « Je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai fait tort à quelqu'un, je lui rendrai quatre fois davantage. » {S. Luc, i9, 8.)(i).
Le jeune Chinois ou le scandale réparé.
Un jeune Chinois s'était oublié jusqu'à dire à sa mère quelques paroles offensantes qui avaient scandalisé tout le voisinage. Dès qu'il fut revenu à lui, il assembla ses voisins, et, se mettant à genoux en leur présence, il demanda pardon à sa mère. Ensuite, pour expier sa faute, il s'imposa lui-même une pénitence pénible et humiliante. Puis adressant la parole à tous ceux qui étaient présents : « Un chrétien, » leur dit-il, « peut bien s'écarter de son devoir dans un premier mouvement de colère; mais sa religion lui apprend aussitôt à réparer sa faute, et c'est pour vous en convaincre que je vous ai priés d'être témoins de tout ce qui vient de se passer. » — Puissent tous les pécheurs qui ont donné scandale, faire de même!
2) Nous devons employer les moyens propres pour ne plus retomber dans le péché et nous corriger; car lorsque quelqu'un retombe toujours dans les mêmes fautes, on doit en conclure que ses confessions ont été probablement mauvaises et que son état est très-dangereux. C'est ce que le divin Sauveur a indiqué par les paroles suivantes : « Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va et prend avec lui sept autres esprits plus méchants, et ils entrent dans cette maison et y demeurent; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. » (S. Luc, 11, 24, 26.) C'est pourquoi il dit aussi
(I) Voyez Tome II, sur la restitution.
DE LA PÉNITENXE. 263
au paralytique de trente-huit ans, qu'il avait guéri : « Voilà que vous êtes guéri; ne péchez plus désormais, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis. » {S. Jecm, 5, 14.) C'est l'affaire capitale : nous devons devenir meilleurs et ne plus retomber dans nos anciens péchés.
Le prince et les prisonniers.
Une ancienne histoire nous raconte qu'un prince demanda un jour aux gentilshommes de sa cour de quoi ils s'étaient occupés dans les prisons où les folies de la jeunesse les avaient conduits. L'un d'eux répondit qu'il avait passé son temps à étudier l'algèbre et la géométrie; l'autre à dessiner et à peindre; un troisième à s'exercer sur la guitare et la mandoline, et tous citèrent l'un ou l'autre passetemps, excepté un seul d'entre eux qui se taisait. Comme le prince; en fit la remarque, et que c'était à son tour de répondre, il dit : a Pour ce qui me regarde, j'ai employé le temps de ma captivité uniquement à penser aux moyens de ne plus retourner en prison. » Cette manière de passer le temps fut regardée comme la plus sage. Or, s'il y a dans l'Eglise tant d'enfants qui, reconnaissant encore leurs devoirs à son égard, retournent de suite et chaque fois, après avoir été absous, dans l'ancienne prison du péché, oserait-on admettre qu'ils ont bien réfléchi au passé, qu'ils s'en sont repentis et qu'ils ont récupéré la liberté spirituelle?
Comparaisons.
a Ceux qui ne satisfont pas après la confession et refusent de recourir aux remèdes prescrits, ressemblent à ces malheureux qui laissent leurs plaies et leurs ulcères à découvert, et qui promettent au médecin, aussi longtemps qu'il est près d'eux, d'employer les moyens prescrits, mais négligent ensuite de se servir des bandages et des onguents qu'il leur a ordonnés. » {S. Pacian. Parœnes ad pœnit.)
« Suffirait-il au soldat qu'une flèche a frappé, de la retirer de la blessure? Non, , il doit encore bander sa blessure et y
CATÉC. PRATIQUE. ï. lU. 12
iOC DES SACREMENTS.
appliquer une emplâtre. Ainsi la confession seule ne sutiit pas pour que la pénitence soit complète ; il faut encore qu'on emploie des remèdes efiicaces qui puissent dans la suite nous préserver du péché. » [S. Chrysostôme.)
(Gr. Cat. 82« q.) Remèdes contre la rechute. — Explication. Nous devons surtout recourir aux moyens suivants pour ne plus retomber dans le péché : 1) Suivre exactement les avis et les instructions du confesseur. Comme le malade est tenu de suivre les ordonnances du médecin, s'il veut être guéri et ne plus retomber dans sa maladie, ainsi le pénitent doit suivre strictement les avis et les instructions de son confesseur. 2) Examiner chaque jour notre conscience (Voyez ci-dessus la question 2i2'^^), « car l'examen journalier de la conscience, » dit Louis de Grenade, « aide puissamment, non-seulement à vaincre les mauvaises inclinations, mais encore à avancer dans la vertu. »
3) Prier instamment, entendre la parole de Dieu, et recourir aux sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie.
4) Penser souvent aux fins dernières de Vhomme (voyez Tome l", page 527);enlin 5) éviter avec le plus grand soin les occasions prochaines du péché, et écarter tout ce qui a pu souvent ou peut aisément nous faire tomber dans le péché. (Voyez ci-dessus q. 44''-47'-.)
Les boucles de cheveux coupées.
S. Elisabeth, landgravinne de Thuringue, distribuait un jour des aumônes aux pauvres gens. A ceux qui avaient faim, elle donnait des aliments, à ceux qui étaient nus, des vêtements, à ceux qui avaient soif, des rafraîchissements, aux pèlerins étrangers un logement, et il n'y aval t pas de pauvre que la bonne sainte Elisabeth ne secourût. Et voilà qu'elle aperçut une jeune fille dont la belle et longue chevelure retombait en boucles blondes sur ses épaules. Et elle fit signe à la jeune fille de s'approcher et lui dit : « Mon enfant, tous les pau-
OK I,A l'ÉMTKNCE. 2()7
vres et les pèlerins qui viennent ici, s'en sont ivlournes avec des aumônes, et tu ne partiras pas sans avoir reçu également une aumône de ma main. » Et la pieuse landgravinne se tournant vers les femmes de sa suite, leur dit : « Allez au couvent et apportez-moi des ciseaux. » Elles allèrent chercher des ciseaux et les remirent à leur maîtresse. Et S. Elisabeth prit d'une main les ciseaux et de l'autre elle saisit la belle et blonde chevelure de la jeune fille, et elle en coupa les boucles soyeuses avec une merveilleuse habileté. Alors la jeune fille se mit à jeter de grands cris, et pleura en disant: « Malheur à moi! Vous m'avez dépouillée du plus bel ornement de ma tête, de ma chevelure si longue, et si lisse, et si blonde. » Et tous ceux qui étaient là plaignirent la jeune fille. Mais S. Elisabeth sourit avec bonté et de sa main elle se mit à essuyer doucement et tendrement les larmes des joues (le la jeune fille, en disant : « Mon enfant! Ne pleure pas. Sache que je t'ai fait du bien, en coupant ta chevelure. Si je n'avais pas coupé tes boucles, tu en serais devenue orgueilleuse et la vanité aurait rempli ton cœur. Ne cherche pas la beauté extérieure, mais la beauté intérieure qui demeure toujours! » Et S. Elisabeth prit la jeune fille près d'elle, et celle-ci devint de jour en jour plus pieuse, et elle eut soin des pauvres, et enfin elle mourut d'une douce et sainte mort. — C'est ainsi que nous devons éloigner tout ce qui pout-être une occasion de péché pour nous. (Légendes d'Albert Werfer.)
Combien on est insensé de ne pas fuir les occasions de péché.
Qui ne connaît certain conte devenu trivial, celui d'un homme qui se rendait souvent dans un mauvais lieu et s'y faisait accompagner comme partout de son fidèle Phylax? Un jour il fut rencontré dans la rue par un de ses amis, qui fut étonné de ne pas le voir avec son compagnon ordinaire. « Commentse fait-il, quevotre Phylax ne soit pas aujourd'hui à vos côtés? » fut la demande. — « C'est pour de très-bonnes raisons, » dit l'autre, « car lorsqu'il alla la dernière fois avec moi dans cette maison, il fut accueilli par une grêle de
coups; or, le mâtin ne l'a pas oublié et voilà pourquoi il ne veut plus y revenir. » — « Je vous avoue, » répliqua cet ami, avec une rude franchise, « que votre Phylax est plus sensé que son maître. Car mainte et mainte fois on a dupé ce dernier dans celte maison et néanmoins il y retourne toujours. » — Si triviale que soit cette histoire, elle n'en est pas moins un épisode frappant de l'histoire générale du péché. L'animal se rappelle longtemps les cuups qu'il a reçus, le lieu et l'occasion où ils lui furent administrés; l'homme de son coté est rudement frappé dans son âme, chaque lois qu'il commet le péché, et néanmoins il a la folie de s'y livrer de nouveau!! Chaque fois qu'il abuse de la grâce, la conscience le flagelle, le fait souffrir cruellement par ses remords s'il a encore quelques sentiments de christianisme en lui, et il est assez stupide pour se livrer de nouveau à ces tortures intérieures ! Voyez comment le joueur qui a tout perdu, proteste et jure qu'il ne jouera plus, et bientôt après il va s'asseoir de nouveau autour de la table de malheur. L'ivrogne s'irrite contre lui-même quand il se reveille de sun lourd sommeil; mais quelques jours après il retourne au cabaret. Cette malheureuse jeune fille dit en pleurant et en baissant les yeux qu'elle ne se fiera plus à aucun séducteur, et bientôt après elle lui a de nouveau donné sa confiance. Voilà comment, lorsque l'on pèche de nouveau, on retourne dans la maison de Salan pour être de nouveau flagellé. Qu'il faut être insensé! Qu'ils y réfléchissent tous ceux qui aiment à s'exposer si aisément à l'occasion du péché.
Pratique. Ecoutez, chrétiens, ce que vous dit S. Anastase : « Quiconque a avalé du poison, est perdu s'il ne se hâte de s'en décharger par un vomitif; c'est pourquoi ne balancez pas longtemps, si vous avez eu le malheur d'absorber du poison soit par votre propre faute, soit par la méchanceté des autres. Hâtez-vous de vous en délivrer et d'éloigner l'ennemi mortel que vous portez dans votre intérieur. Le péché est le poison le plus funeste, débarrassez-vous-en par la confession. » Suivez bien cet
avis et ne négligez pas de vous confesser si vous êtes tombé dans le péché ! Confessez-vous volontiers et souvent, si vous voulez faire des progrès dans la perfection. De même qu'un remède pris à de rares intervalles ne produit qu'un soulagement passager, dit Scaramelli, tandis que ceux dont on use fréquemment rendent la santé, de même aussi la confession faite rarement produit, il est vrai, des fruits salutaires, mais la confession fréquente produit la perfection. — Confessez-vous chaque fois comme il faut, après avoir bien examiné votre conscience, avec un vrai repentir, un ferme propos de vous corriger, en faisant l'aveu sincère de tous vys péchés, afin que ]v sacrement de Pénitence, destiné à votre salut, ne devienne pas pour vous une source de damnation ; « car, y dit S. Térèse, « il y a beaucoup de chrétiens qui se damnent à cause des confessions mal faites. »
Les trois classes de pénitents.
S. Benoît Joseph Labre recommandait à ceux à qui il parlait, de se confesser souvent, et il ajoutait presque toujours alors: « Mais il faut faire de bonnes confessions; car une multitude de chrétiens se précipitent dans l'enfer parce qu'ils ne font pas de bonnes confessions. Parmi les pécheurs qui se confessent, il y en a de trois sortes. Il y a de vrais pénitents, des pénitents imparfaits et de faux pénitents. Au sortir du confessionnal, ils se divisent et forment comme trois processions, dont chacune prend un chemin bien différent. La première procession est composée de vrais pénitents, c'està-dire, de ceux qui, avant de s'approcher du saint tribunal, ont recherché avec soin, au fond de leur cœur, tous les péf'hés dont ils se sont rendus coupables, en ont fait un aveu sincère, pénétrés d'une douleur très-amère d'avoir offensé un Dieu infiniment parfait, le plus tendre des pères, et sont bien déterminés à satisfaire entièrement ici-bas à la justice divine, en ajoutant considérablement à la pénitence qui leur a été imposée, et en s'efTorçant d'obtenir la rémission des
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peines temporelles dues à leurs fautes, par l'application des indulgences de l'Eglise, Si ces saints pénitents sont bien fidèles, ils s'élèveront vers le ciel, à l'instant même de leur mort, et seront mis aussitôt en possession du bonheur éternel ; il y a bien peu de ces vrais pénitents. La seconde procession est composée de pénitents imparfaits. Rien d'essentiel n'a manqué à leur confession , ni l'examen, qui a été sérieux, ni l'accusation de leurs péchés, qui a été humble, sincère et entière, ni la contrition, qui a été surnaturelle et profonde. Mais lâches et peu zélés parachever de se purifier par des actes de contrition et d'amour réitérés, par des mortifications et autres bonnes œuvres, par l'application des indulgences, ils meurent dans l'amitié de leur Dieu, sans j)Ouvoir jouir aussitôt de ses embrassements, parce qu'ils ont encore à satisfaire à la Justice divine. Leur âme, séparée de leur corps, soupire ardemment après le ciel ; mais comme rien de souillé n'entre dans les divins tabernacles, ils doivent aller se purifier de leurs souillures dans le purgatoire. Enfin la troisième procession est composée de faux pénitents ; c'est la classe la plus nombreuse ; le remède a été pour eux, par leur faute, un poison mortel ; tous ces chrétiens sacrilèges arrivent à l'enfer par le chemin qui devait les conduire au ciel. Là ils gémiront éternellement d'avoir fait servir à leur damnation ce qui pouvait être pour eux un moyen de salut. » Voilà ce que disait ce très-vertueux pauvre de Jésus-Christ, plein de zèle pour engager les autres à ne faire que de bonnes confessions. Puissiez-vous tous faire partie de la première procession.