DES INDULGENCES
{Gr. Cat. 85«-85« q.)
Ce qu'on entend par indulgence. — Explication. L'indulgence est étroitement liée au sacrement de Pénitence et nous montre la nature de la pénitence sous son côté plein de douceur; car l'Eglise en nous communiquant
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les indulgences nous aide à obtenir le pardon des peines temporelles ;\e dis àes,peines temporelles dues aux péchés, parce que l'Eglise, par les indulgences qu'elle nous accorde, ne nous remet pas le péché, ni la coulpe, ni les peines éternelles; tout ceci nous est remis dans le sacrement de Pénitence par l'absolution du prêtre; l'indulgence ne "^'nr.pliquo qu'aux peinos temporelles, (vù restent à subir après le rnrdon des péchés, (c'est ce que nous avons montré plus haut à la q. 68*'-72''). C'est pourquoi le Catéchisme dit en parlant des indulgences : « que c'est le pardon des peines temporelles accordé hors du sacrement de Pénitence, peines que nous eussions dû subir, même après la rémission de nos péchés, ou ici-bas ou dans le purgatoire; en effet, l'église nous remet les peines dues à nos péchés, en offrant pour nous à la justice divine la réparation nécessaire qu'elle puise dans les trésors inépuisables des satisfactions de Jésus-Christ et de ses saints, et qu'on nomme pour cela le trésor spirituel de l'Eglise. On peut le considérer comme un bien commun appartenant à tous les fidèles, sous l'administrade l'Eglise, puisque en vertu de la communion des saints, par laquelle nous sommes tous membres d'un seul corps, le superflu de l'un sert aux besoins de l'autre. » Le savant Binterim nous le montre dans une
« L'Eglise cherche, par l'assistance des autres membres du corps spirituel, à soutenir la faiblesse de quelques-uns et à hâter ainsi la satisfaction. La tête de ce corps est Jésus-Christ que le Père a envoyé en expiation de nos péchés. Les saints dans le ciel et les fidèles sur la terre sont membres de ce corps. Un membre est-il fatigué, malade et faible, courbe t-il la tète, les autres membres le soutiennent et allègent le fardeau pesant qui pèse sur lui. De même qu'il n'y a dans un membre du corps de Jésus-Christ aucun bien auquel les
autres, en vertu de sa bonté, ne puissent avoir part, de même il n'y a pas de peine à laquelle ils ne puissent s'associer. C'est ce que nous explique l'admirable Bossuet de la manière suivante : « Dieu, » dit-il, « fléchi par les uns s'adoucit envers les autres. C'est ce que nous montrent et les richesses infinies des satisfactions de Jésus-Christ et la bonté si grande de Dieu, qui a égard non-seulement à l'intercession infinie et toute-puissante du sang de son Fils, mais encore à celle de tous ses membres, à cause de l'union qu'ils ont avec lui : ce qui fait l'accomplissement de cette prière du Sauveur luimême, lorsqu'il dit : « Je veux, mon Père, que l'amour par lequel vous m'avez aimé soit en eux, comme je suis moimême en eux. » — A cette comparaison nous en ajoutons encore une autre. « Un ouvrier a contracté une grande dette; il faut qu'il travaille toute sa vie durant afin de gagner assez pour efifacer la dette. Or, voilà qu'arrive un homme riche qui lui dit : « de ne faire que ce qu'il peut; s'il lui manque quelque chose, il est prêt à y suppléer, afin que la dette soit entièrement acquittée. » — Quelle consolation, quelle joie n'éprouverait pas cet ouvrier en entendant ces paroles? Eh bien! Voilà de quelle manière l'Eglise agit à notre égard. Nous devons accomplir les œuvres de pénitence qui nous sont imposées par l'Eglise et faire tout ce qui est est en notre pouvoir; alors elle nous accorde du trésor de ses grâces autant qu'il nous faut pour payer nos dettes, pour expier les peines temporelles dues au péché.
{Gr. Cat, 86« et 91^ q.) Conditions requises pour gagner Vindulgence. — Explication. Comme on a pu le voir par la comparaison précédente l'indulgence ne nous est pas accordée sans notre participation ; nous devons faire tout ce dont nous sommes capables, et alors l'Eglise supplée à ce que nous ne sommes pas en état de faire, en puisant aux trésors inépuisables des satisfactions de Jésus-Christ et des saints. C'est pourquoi pour gagner l'indulgence, il est requis de notre côté :
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1) Que nous soyons en état de grâce et que nous aijona obtenu, par un vrai repentir, le pardon des péchés, dont hs peines temporelles doivent nous être remises par l'indulgence. Le pécheur qui veut gagner une indulgence, duit donc avant tout faire pénitence et chercher à obtenir le pardon de ses fautes dans le sacrement de Pénitence. alln de rentrer en grâce avec Dieu. Par là nous réfutons cette accusation ou ce préjugé si souvent répété, par lequel on voudrait faire accroire que l'Eglise, au moyen des indulgences, nous dispense de faire pénitence pour nos péchés. Non, l'Eglise ne nous exem{)te pas du devoir de faire pénitence selon nos moyens, puisque chacun a d'autant plus de part aux indulgences, que son esprit de mortification et son amour de Dieu sont plus grands; elle veut seulement aider notre impuissance à satisfaire à toutes les peines temporelles durant cette vie, et atteindre ainsi, par un moyen plein de charité, ce qu'elle s'efforçait d'obtenir autrefois par d'austères pénitences publiques. Jamais donc l'Eglise ne nous dispense du devoir de faire pénitence, bien plus, c'est la première condition qu'elle exige si nous voulons gagner l'indulgence.
Grégoire VII et Vévéque de Lincoln.
S. Grégoire VII accorda à l'évêque de Lincoln une indulgence, mais en même temps il lui donna l'avis suivant ; ft Exercez-vous sans cesse dans la pratique des bonnes œuvres et pleurez pendant toute votre vie,autant que vous le pouvez, les péchés que vous avez commis. » Cet avis, l'Eglise nous l'adresse à tous pour gagner l'indulgence; car elle ne peut se montrer indulgente qu'à l'égard des véritables pénitents qui s'efforcent de satisfaire pour leurs fautes. l'Eglise veut que le pénitent prie, jeûne, fasse des aumônes, autant que le permettent ses occupations, sa santé et ses moyens. Selon la remarque du cardinal Baronius, les indulgences sont seu-
lenient utiles à ceux qui ne discontinuent pas de pratiquer, selon leurs forces, des œuvres de piété et de charité, mais nullement à ces pécheurs lâches, paresseux, inconsidérés, dont toutes les œuvres de pénitence se bornent à une confession précipitée, à une communion tiède et à la récitation inattentive des prières fixées pour gagner l'indulgence. Non, pour la gagner il faut nécessairement une pénitence et une satisfaction personnelle, et même une satisfaction qui soit en rapport avec nos péchés. L'indulgence est un bienfait et accordée seulement aux vrais pénitents qui en sont dignes. En outre, il est requis :
2) Que nous accomplissions exactement les bonnes œuvres prescrites pour gagner Vindidgence; par exemple, que nous fassions certaines prières, que nous visitions telle église, que nous jeûnions, que nous distribuions des aumônes. Quiconque ne remplit pas les conditions prescrites, ne gagne pas l'indulgence.
[Gr. Cat. 87«-90« q.)
Ce que nous devons croire des indulgences. — Explication. Le Concile de Trente exprime de la manière suivante ce que nous sommes tenus de croire des indulgences : c< Le saint Concile enseigne, que l'usage des indulgences très-salutaire au peuple chrétien et approuvé par l'autorité des saints Conciles, doit être conservé dans l'Eglise. Le même Concile frappe d'anathème tous ceux qui assurent ou qu'elles sont inutiles, ou que la puissance de les accorder n'est pas dans l'Eglise. » {Sess. 25.) — Ainsi, d'après ces décisions, nous devons croire relativement aux indulgences les deux points suivants :
1) Que l'Eglise catholique a le pouvoir ou le droit d'accorder des indulgences. L'Eglise a reçu ce pouvoir de Jésus-Christ lui-même, qui ne fit aucune exception ni réserve, quand il dit: « Tout ce que vous délierez sur la
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terre, sera délié dans le ciel. » (S. Matth. 16, 19 et 18, 18.) Puisque Jésus-Christ remit d'abord ce pouvoir à S. Pierre, et ensuite à tous les apôtres, il s'en suit que le droit d'accorder des indulgences appartient principalement à notre saint Père le Pape, comme successeur de Pierre à qui le Sauveur donna les clefs du royaume des cieux, et que les évèques en tant que successeurs des apôtres, peuvent aussi accorder des indulgences (partielles). Je m'explique plus au long à ce sujet.
Jésus-Christ en disant à S. Pierre : « Ce que tu lieras sur la terre, sera lié au ciel; » et aux autres apôtres: « ce que vous lierez etc., » leur communiqua par là le pouvoir d'imposer certaines œuvres de pénitence et l'assurance que Dieu approuvait cette pénitence comme s'il l'avait imposée lui-même. En ajoutant; « Ce que tu délieras sur la terre etc., » et « ce que vous délierez swt X^X^Tre, sera délié au ciel. »Jésus-Christ leur donna le pouvoir de remettre en tout ou en partie les peines imposées , avec l'assurance que ces peines étaient également remises par Dieu. Ne faut-il pas conclure évidemment, que Jésus-Christ a conféré à l'Eglise le pouvoir d'accorder des indulgences? Mais qui pourrait en douter? Si tout père de famille a le droit de remettre à son enfant en tout ou en partie, en considération des prières de sa mère ou desses frères et sœurs, la peine qu'il a méritée; si un monarque a le pouvoir d'amnistier ou de gracier un criminel politique ou autre, pourquoi donc l'Eglise ne pourrait-elle pas exercer la helle prérogative de faire grâce à ses enfants? Il est certain que l'Eglise possède cette prérogative et qu'elle l'a exercée pendant la suite des siècles.
L'église a accordé anciennement des indulgences,
II n'y a que la forme des indulgences qui ait changé, mais la nature en est toujours demeurée telle que l'Eglise l'a héritée
i?ib DES SACREMENTS.
des apôtres. On peut adopter quatre périodes, dit Binterim, })endant lesquelles la forme des indulgences a varié. La première forme qui est très-simple, est celle en usage aux temps apostoliques, et, comme preuve, on peut citer l'exemple de l'incestueux deCorinlhe. L'apôtre lui remit une partie de sa peine au nom de Jésus-Christ, à la prière de la communauté chrétienne, et Taccueillit de nouveau dans la communion de l'Eglise. « C'est pourquoi je vous conjure de lui donner des témoignages de votre charité... Ce que vous lui accorderez, je vous l'accorde aussi ; car si j'ai donné quelque chose, je l'ai donné à cause de vous au nom de Jésus-Christ. » (2. Epît. aux Cor. 2. 10.) — La deuxième période est celle du temps des persécutions, quand les évêques, à la prière des martyrs, remettaient aux apostats une partie de la pénitence qu'ils avaient à subir. S. Irénée indique cette indulgence en termes obscurs, quand il écrit: « Les saints martyrs ne se montraient pas hautains à l'égard des apostats, mais ils communiquaient volontiers à ceux qui en avaient besoin^ une partie du bien quils avaient en abondance, ils leur montraient un cœur compatissant et tendre comme celui d'une mère, et versaient pour eux beaucoup de larmes devant Dieu le père. Ils demandaient la vie ; Dieu la leur accordait et ils la partageaient avec leur prochain et s'en allaient en tout point commetriomphateurs auprès de Dieu. » {Eusébiellist. eccl. Lib. ^.cap.^.) Quel était ce bien que les martyrs possédaient en abondance et partageaient avec les nécessiteux, sinon le trésor de leurs mérites? Ils priaient pour les apostats, partageaient avec eux et leur appliquaient leurs mérites, afin que leurs peines fussent mitigées. — La troisième période pourrait être fixée vers la fin du neuvième siècle, époque où la plus grande partie des pénitences était remplacée par des pèlerinages, des aumônes, des flagellations, etc. — La forme actuellement en usage, qui est la quatrième et la dernière période, apparut au onzième siècle et depuis lors elle se répandit tantôt plus, tantôt moins. Elle semble avoir atteint son apogée à la fin du quatorzième siècle.
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2) Nous devons croire en ce qui regarde les indulgences quelles nous sont très-salutaires; et qui pourrait en douter, quand il pense aux avantages spirituels et aux bénédictions extraordinaires qu'elles nous procurent? En effet, elles effacent les peines temporelles dues aux péchés, nous engagent à nous réconcilier avec Dieu, puisqu'elles remplacent les pénitences effrayantes de la primitive Eglise, par des pratiques salutaires plus faciles ; elles nous excitent à faire pénitence et à nous corriger, puisque sans cela on ne peut les gagner; elles nous portent à nous approcher plus souvent des sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie, à pratiquer les bonnes œuvres; enfin elles consolent les pénitents zélés dans leurs craintes des châtiments divins.
Comparaison.
Je suppose que nous allions visiter une vaste prison, dans laquelle sont renfermés une multitude de malheureux, chargés de fers, lis sont tous condamnés à des peines terribles, les uns poui" dix ans, les autres pour vingt, les autres pour quarante. Nous leur disons : « Le roi, dans sa bonté, veut bien abréger la durée de vos peines, ou même vous les remettre entièrement, à condition que vous ferez telle prière, telle pratique de piété, très-courte, très-facile. Si vous acceptez, les portes de la prison vont s'ouvrir, vous pourrez revoir vos parents, vos amis, vos familles. » — Est-il un seul de ces prisonniers qui refusât une condition si avantageuse et si douce? Eh bien! ces prisonniers, c'est nous; nous sommes tous débiteurs à la justice de Dieu. Cette prison, c'est le purgatoire. Les peines de ce monde ne sont rien comparées à celles qu'on y endure. Lors donc que nous gagnons une indulgence et que nous remplissons fidèlement les conditions prescrites, nous pourrons échapper à tout jamais à la prison du purgatoire. Qui ne voit par là combien les indulgences nous sont salutaires? {D'après Gaume.)
27 i< DES SACREMENTS.
(Gr. Cat. 92^-93« q.)
Division des indulgences. — Explication. Il y a deux espèces d'indulgences : d'abord l'indulgence ;?/emVr^ par laquelle nous obtenons la rémission de toutes les peines temporelles dues à nos péchés; ensuite l'indulgence partielle quand nous obtenons seulement la rémission d'une j^df'iiß des peines temporelles. Ainsi iTy a des indulgencespartiellesdequarante jours, de septans, etc., c'est-à-dire que par là nous sont remises autant de peines temporelles que nous eussions dû subir pendant quarantejours ou pendant sept ans d'après \es anciens canojis pénitentiaux de l'Eglise. Cette différence entre l'indulgence plénière et l'indulgence partielle, nous la rencontrons déjà dans les anciennes règles de la discipline pénitentiaire. D'après celles-ci, les pénitences prescrites pouvaient être ou mitigées ou abrégées quant à la durée, ou toutes les peines pouvaient être remises ; la satisfaction était calculée non d'après la durée, mais d'après le degré de repentir que montrait le pénitent, et l'Eglise, comme condition nécessaire d'un pardon entier, exigeait le plus haut degré de contrition ou l'extrême nécessité. En voici deux exemples.
Fabiola. — L'évêque Natalis.
Fabiola, dame romaine, parut tout-à-coup, pendant la semaine sainte dans les rangs des pénitents publics à Rome. On ne refusa point de l'admettre, mais le grand repentir qu'elle montra lui fit obtenir un pardon entier et complet. « Quels péchés, demande S. Jérôme, ne seront pas effacés par ces larmes? Quelles anciennes souillures ne disparaîtront pas au milieu de ces sanglots? » — Eusèbe raconte de même que le pape Zephirin reçut de nouveau dans la communion de l'Eglise l'évêque Natalis qui manifestait un grand repentir. Le pape n'agit point ici selon la sévérité des lois, mais selon la douceur de l'esprit de conciliation, qui guide
DE LA PÉKITENCE. 279
toujours l'Eglise. Nous pourrions encore fournir d'autres exemples. (Comparez le savant ouvrage de Binterim. Denkwurd.)
{Gr, Cat. 94« q.)
Indulgence du jubilé. — Explication. Par l'indulgence du jubilé on entend une indulgence plénière que le pape accorde tous les vingt-cinq ans ou dans des circonstances importantes, et, à cette occasion, afin d'encourager les fidèles à en profiter, on donne aux confesseurs un pouvoir spécial pour changer la plupart des vœux et absoudre de tous les péchés réservés.
Histoire de l'indulgence du Jubilé.
Ce fut le pape Boniface VIII qui le premier donna au Jubilé de l'année sainte la forme qu'il conserve encore aujourd'hui. 11 ordonna qu'à commencer par l'année 1300, cette indulgence générale serait accordée tous les cent ans à ceux qui visiteraient pieusement les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Rome. Ainsi, tout d'abord le Jubilé signifiait autant qu'une indulgence accordée au bout de cent ans ou le commencement d'un nouveau siècle après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le pape Boniface fut amené à introduire le Jubilé à cause de certaines circonstances particulières. Vers la fin de l'année 1299 on vit arriver de tous les points de l'univers catholique un nombre prodigieux de pèlerins. Quand on leur demanda pourquoi ils avaient fait ce lointain pèlerinage, ils repondirent tous : qu'ils avaient appris de leurs pères et de leurs ancêtres que ceux qui allaient à Rome à la fin de chaque siècle, pour y visiter les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul et qui y remplissaient leurs dévotions selon les prescriptions de l'Eglise, pouvaient y gagner de grandes indulgences. Parmi cette foule de personnes de tout âge et de tout sexe, qui parurent à Rome au commencement de l'année 1300 pour gagner la grande indulgence, on remarqua surtout un noble savoyard âgé de plus de cent ans, qui s'était fait porter à Rome par ses enfants, et qui disait se souvenir d'avoir assisté au Jubilé
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du siècle précédent. Or il n'y a que peu de personnes qui atteignent l'âge de cent ans comme ce noble Savoyard et le ])lus grand nombre même n'arrivent pas à un âge encore moins avancé, c'est pourquoi le pape Clément VI, trouva bon d'abréger le temps pour le Jubilé, et de cent ans il le réduisit à cinquante; effectivement il accorda, l'an JôoO, une indulgence généraleàceuxqui visiteraient les(|uatre églises principales de Rome, indulgence semblable à celle que Boniface VIIJ avait accordée pour l'an 1300. Le pape Clément s'était rappelé sans doute le passage de l'Ancien-Teslainent où il est dit que les Jui/s avaient une année jubilaire c'est-à-dire une année de joie et de pardon, qui devait être célébrée tous les cinquante ans. — Cependant cet espace était encore trop long pour la vie ordinaire de l'homme. Combien de personnes qui eussent désiré gagner l'indulgence du Jubilé, et meurent avant d'avoir vu revenir un Jubilé de cinquante ans ! Grâce donc à Paul II qui, l'an 1470, ordonna que la vingtcinquième année serait une année sainte pendant laquelle on célébrerait un Jubilé général.
Cérémonies du Jubilé à Rome.
L'ouverture <du Jubilé se fait avec un grand appareil. Le jour de l'Ascension de l'année qui précède celle du Jubilé, après l'évangile de la messe solennelle, un auditeur de la Rote vient à sa porte, dite de bronze, de la basilique de Saint- Pierre, pour y promulguer, en latin et en italien, la bulle du Pape, puis on l'affiche sur la porte des quatre églises stationnales. — Après les premières vêpres de Noël de la même année, il se fait, à Saint-Pierre, une procession solennelle, à laquelle le pape assiste. Elle fait le tour de la place, et entre dans le vestibule, dont les cinq portes sont fermées. Le pape s'approche de la dernière des cinq portes à droite, qu'on appelle la por/e sainte, et qui est murée; là, il reçoit des niains du grand pénitencier un marteau de vermeil dont il frappe cette porte à trois reprises, en chantant : « Aperite mihi [)ortas justitiœ. d Le grand pénitencier la frappe à son tour de deux coups. Aussitôt des ouvriers font tomber la
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muraille; le pape, tenant une croix de la main droite et un cierge de la main gauche, entre le premier, suivi des cardinaux et de la foule des fidèles qui se précipitent sur ses pas, et l'on entonne le Te Deum. Pendant ce temps, trois cardinaux délégués par le pape vont accomplir la même cérémonie aux trois autres églises pafriarchales.
La porte sainte reste ouverte toute l'année du jubilé, d'une fête de Noël à l'autre. Quand arrive le moment de la fermer, le Pape se rend le même jour, à la même heure, et dans le même appareil, à la porte qu'il a ouverte l'année précédente. Il prend trois fois de la chaux dans un vase avec une truelle d'argent, et en pose à l'endroit oîi le mur doit se relever, au milieu d'abord, puis â droite, et enfin à gauche. Les maçons achèvent l'ouvrage, après que le Pape l'a recouvert de plusieurs médailles, et quand le tout est terminé, on applique sur la porte, du côté du vestibule, une croix de bronze. La nu'me cérémonie est accomplie dans le même temps, par un cardinal, dans les trois autres basiliques.
Belle par elle-même, la cérémonie a un sens mystérieux et sublime. La porte sainte se trouve à droite, les puits baptismaux à gauche de l'église, ce qui signifie les deux entrées ouvertes à l'homme pour arriver au ciel. Le baptême est la première, mais on n'y passe qu'une fois; la porte de la pénitence est la seconde, et, grâce à la miséricorde divine, elle n'est jamais irrévocablement fermée. C'est le jour de Noël, jour par excellence d'indulgence et de pardon, que la porte sainte est ouverte. Au pontife, représentant du Sauveur, est réservée la prérogative de l'ouvrir, et la gloire de la franchir le premier. On emploie le marteau et non les clefs, parce que la porte ouverte avec les clefs subsiste toujours, elle peut encore être fermée; mais ouverte avec le marteau, elle est démolie, et chacun peut entrer sans obstacle et sans crainte.
L'époque du jubilé voit toujours accourir à Rome un trèsgrand nombre de pèlerins, des personnages illustres de de toutes les nations, quelquefois même des têtes couronnées. {Rome en 1848-49-30).
282 DES ÖACREMEMS.
{Gr. Cat. 95« q.).
Indulgences pouvant être appliquées aux âmes du purgatoire. — Explication. Toutes les indulgences que le Pape déclare pouvoir être appliquées aux âmes du purgatoire sont accordées à celles-ci par voie de suffrage, c'est-àdire par la médiation des fidèles. L'Eglise, il est vrai, n'oxerce sa juridiction ou le pouvoir flf's clefs que sur les membres de l'Eglise vivant sur la terre ; car le Sauveur a dit : « Tout ce que vous aurez lié sur la terre, etc.; » donc aussitôt que quelqu'un de ces membres est mort, il échappe à la juridiction de l'Eglise sur la terre et tombe sous la main de la justice divine. Mais, quoique l'Eglise n'ait plus le pouvoir de juger, puisque c'est le juge suprême qui exerce alors ce pouvoir, elle peut néanmoins exercer encore un certain pouvoir par ses suffrages et sa médiation, et puisque l'Eglise militante est en communion avec l'Eglise souffrante, elle peut encore s'occuper du rôle de médiatrice et se charger d'une partie de la dette à payer, en la faisant acquitter par les membres vivants. En ce cas elle ne prononce pas de sentence, n'absout pas, mais elle supplie, elle offre des sacrifices en réparation, et agit par les autres. Qu'elle le puisse, c'est ce dont nous ne pouvons douter ; et que ses supplications obtieuiient leur effet, que ses offres ne sont pas rejetées, c'est ce dont nous est garant l'amour que Jésus-Christ porte à l'Eglise, son épouse.
Indulgences en faveur des âmes du purgatoire.
Ces indulgences étaient en usage dès les premiers temps de l'Eglise. « Ce sont des remèdes de vie après la mort, des satisfactions par l'offrande du sacrifice. » (Remédia vitœ post mortem, satisfactio per oblationem sacrificii), comme s'exprime la liturgie du pape Léon I (N. 33.), ou la rémission des peines à la prière de l'Eglise, comme dit le sacramentaire des Gaules. (Binterim, V, 3, p. 488).
I)£ L'EXTBÈME-ONOTIOiS. 283
Pratique. La doctrine des indulgences est sans contredit un des plus beaux dogmes du christianisme ; la nature de la pénitence s'y montre sous son côté miséricordieux et doux. Vrainicnt, c'est une institution salutaire et belle, dans laquelle la justice s'unit avec prudence à Ja miséricorde, à la douceur. — Profitez donc avec soin de cet exceller. t moyen de salut ; faites beaucoup d'estime des indulgences, efforcez-vous d'en gagner un grand nombre et d'une manière pieuse, aussi bien pour vous que pour les âmes du purgatoire; car ce que vous avez fait pour elles, ne demeurera pas sans récompense pour vous. Si vous aidez les âmes à sortir du purgatoire, elles vous aideront à monter au ciel. C'est pourquoi S. Augustin disait : « Je prie pour les âmes des fidèles trépassés, afin que lorsqu'elles seront un jour dans le royaume des cieux, elles ne négligent pas de prier aussi pour moi. » {De civit. Bei Hb. 21, cap. 10).