‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 3)Chapitre 10 sur 44 · IL — DEVOIRS DES SUPÉRIEURS ENVERS LEURS INFÉRIEURS · texte numérisé non relu

IL — DEVOIRS DES SUPÉRIEURS ENVERS LEURS INFÉRIEURS

{Gr. Cat. Tö'- q.) a) Devoirs des maîtres envers leurs domestiques. — Explication. — « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, » écrit l'apôtre S. Paul(l. r??«.5,8.),« et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à sa foi, et il est pire (ju'un infidèle. »Quel arrêt sévère! Et combien les

(I) Nous conseillons aux prédicateurs, aux parents et aux instituteurs de lirtles ailniiralties sermons du K. P. Hunolt sur l'éducation des enfants; elles sont .sin)|iles et pratiques.

maîtres chrétiens doivent avoir à cœur de remplir lidèlenient leurs devoirs ! Voici quels sont ces devoirs : 1) Ils doivent traiter leurs domestiques non avec dureté mais avec bonté: la charité chrétienne l'exige. Par conséquent, ils montreront de la patience pour leurs défauts et leurs faiblesses, et ils les aideront en pnrolos et en actions, en réfléchissant que nous tous, maîtres ou domestiques, nous n'avons quun seul père, et que par là nous sommes tous frères et sœurs. Le Sage a donc raison de dire {Sir. 83, 31.) : « Si vous avez un serviteur, qu'il vous soit cher comme votre vie. Traitez-le comme votre frère : » En général, que les maîtres se conduisent envers les domestiques de manière à mériter les beaux noms de pêi'e et de mère de famille. — 2) Ils doivent donner à leurs domestiques le salaire qui leur revient et une nourriture suffisante; de plus, ils auront soin d'eux dans leurs maladies et, autant que possible, dans leur vieillesse. La justice l'exige ainsi. « Vous, maîtres, » s'écrie'S. Paul {Col. 4,4.), « rendez à vos serviteurs ce que l'équité et la justice demandent de vous, sachant que vous avez, aussi bien qu'eux, un maître qui est dans le ciel. » — L'Arabe soigne ses chameaux affaiblis par l'âge, en les dispensant de tout travail, en les conduisant dans de bons pâturages, où ils puissent se reposer de leurs fatigues passées; et c'est ainsi (lu'il les traite jusqu'à leur mort, — et vous, chrétien, vous pourriez traiter avec dureté et congédier des serviteurs âgés et infirmes! ^ — 3) Enfin les maîtres doivent, par leurs exemples, exhorter leurs domestiques à remplir leurs devoirs religieux et à pratiquer le bien, les éloigner du mal et de toutes les occasions du mal. La piété, la religion, le leur prescrivent. Car celui qui donne de mauvais exemples, n'obtient aucun bon résultat de son enseignement et (le ses avis. 11 sème de l'ivraie au milieu du bon grain

et empêche celui-ci de pousser et de croître. C'est pourquoi S. Basile interpelle les maîtres par ces paroles : « Comment vous ferez-vous écouter de vos serviteurs, puisque vous êtes vous-mêmes esclaves des passions les plus déréglées? » {Basil. M. Hom. 14. in ebrios.) Le parfait modèle d'un bon maître se trouve dans l'Ecriture Saillie, dans la personne du centenier de Capharnaüm.

S. François de Sales considéré comme maître.

L'évêque Camus de Belley disait du saint Evêquede Genève que jamais maître ne traita ses domestiques avec plus de bonté que François de Sales. Il ne leur disait jamais rien qui pût les contrister. C'était en les priant qu'il leur donnait ses ordres. 11 leur rendait toujours le salut de manière à leur faire connaître qu'il les aimait. Il craignait beaucoup de les surcharger. 11 ne se plaignait jamais d'eux. S'il était obligé de leur donner quelque avis, il le faisait sans se fâcher; voici un trait : Le Saint ayant parlé longtemps, avec un marquis, d'affaires importantes, la nuit vînt, ils furent dans les ténèbres, et ses domestiques ne lui apportèrent point de lumière; chacun d'eux croyait qu'on lui en avait porté. Cependant le marquis voulant se retirer, l'évêque, le tenant par la main, le conduisit ainsi à tâtons par la galerie et par la salle jusqu'à la porte, où il trouva ses serviteurs qui conversaient avec ceux du marquis; le seul reproche qu'il fit ensuite à ses domestiques fut de leur dire : « Avec un bout de chandelle nous nous serions fait beaucoup d'iionneur. >>

Un jour d'été, s'étant réveillé de grand matin, il appela pour qu'on vînt l'habiller; mais le domestique dormait d'un sommeil si profond, qu'il ne l'entendit point. Pensant qu'il est sorti de sa garde-robe, il y regarde, et le voyant dormir de si bonne grâce, que s'il le réveille il pourra nuire à sa santé, il s'habille et se met à prier, à étudier et à écrire. — Ce garçon s'étant éveillé et habillé, entra dans la chambre de son maître. Etonné de le voir travailler, « qui vous a donc

tiabillé? » lui ilemande-t-il brusquement. — Moi-même. Ne suis-je pas assez grand et assez fort pour cela? — Vous en coûterait-il tant d'appeler? — Je vous assure, mon enfant, qu'il n'a pas tenu à cela; j'ai crié plusieurs fois; pensant que vous étiez sorti, je me suis levé pour voir où vous étiez, et je vous ai vu dormir de si bonne grâce, que j'ai fait conscience de vous éveiller. — Vous avez bien meilleure grâce de vous moquer ainsi de moi. — 0 mon ami, je ne l'ai pas dit par un esprit de moquerie, mais en esprit dejoyeuseté. Allez, je vous promets de ne plus cesser de vous appeler que vous ne soyez éveillé, ou que je ne vous aille faire lever. Puisque vous le voulez ainsi, je ne m'habillerai plus sans vous.

François avait un jeune domestique de bonne mine, vertueux et fort aimable, que plusieurs bourgeois d'Annecy désiraient avoir pour gendre. Celui-ci lui en ayant fait parler, il le fit venir un jour devant lui, et lui tint ce discours: « Mon ami, j'aime votre âme comme la mienne propre, et il n'est sorte de bien que je ne vous souhaite, et que je ne voulusse vous faire, si j'en avais le moyen. Je crois que vous n'en pouvez douter. Vous êtes jeune, et il est possible que votre jeunesse donne dans les yeux de quelques personnes, mais il m'est avis que c'est avec j^lus d'âge et de raison qu'il faut entrer en ménage. Pensez-y bien : quand on y est embarqué, il n'est plus temps de s'en repentir. Le mariage est un certain ordre où il faut faire profession avantle noviciat; et s'il y avait un an de probation, comme dans les cloîtres, il y aurait peu de profès. — Au reste, que vous ai-je fait que vous veuilliez me quilter?Je suis âgé ; je mourrai bientôt, et alors vous pourrez vous pourvoir comme il vous plaira. Je vous laisserai à mon frère, qui aura soin de vous placer aussi avantageusement que les partis qui se présentent. »

A ces mots le jeune homme se jeta aux pieds de son maître, lui demandant pardon de la pensée qu'il avait eu de le quitter, en lui faisant de nouvelles protestations de fidélité, à la vie, et à la mort. Non, reprit le saint Evêque, non mon enfant, je n'entreprends pas sur votre liberté; je voudrais la racheter comme saint Paulin, de la perte de la mienne. Mais

je VOUS donne un conseil d'ami, et tel que je le donnerais à mon propre frère s'il était de votre âge. » [Beautés du Christianisme.)

Saint Louis avec ses domestiques.

Juge austère de ce qui était de l'intérêt des autres, le saint lioi avait une patience admirable dans ce qui ne regardait que sa personne. Un de ses valets de chambre laissa tomber une goutte de cire enflammée sur une jambe où il avait du mal. « Vousdevriez vous souvenir, lui dit-il, que mon grand père vous donna autrefois votre congé pour beaucoup moins. » C'est tout ce que la douleur lui arracha. Jamais ou ne vit un si bon maître, si aisé à servir, si disposé à excuser les fautes de ses domestiques; c'est que jamais peut-être on n'en vît un plus pieux, et que c'est le propre de la véritable piété de nous rendre sévères envers nous-mêmes, et indulgents pour les autres. (Anecdotes chrétiennes.)

Bonté envers les inférieurs.

La bonté et la condescendance de l'empereur Joseph 11 n'étaient pas telles qu'il voulût uniquement en faire parade auprès de ses amis ; on était charmé à Paris de voir qu'il était aussi un excellent maître, un ami affectueux et serviable de ses domestiques. On rapporte qu'ordinairement il faisait savoir à ses serviteurs le jour qu'il envoyait des dépêches à Vienne, et que tous, depuis le valet de chambre jusqu'au marmiton, pouvaient lui remettre des lettres pour leurs parents, afin de les enfermer dans le paquet. Un jour même, ayant remarqué que l'un d'eux n'avait pas écrit, il lui demanda pourquoi il n'avait pas de lettre à joindre au paquet. i,e domestique ayantrépondu qu'il n'avait ni encre, ni plume, ni papier, l'empereur répondit avec bonté: « Pourquoi n'en avez-vous pas demandé? » [Habsbourg. III.)

Sollicitude pour les serviteurs.

Ou sait que Thomas Morus se démit de ses fonctions de grand-chancelier, parce qu'il ne voulait pas prêter la main aux coupables menées de son roi. Mais avant de faire ce sa-

crifice, il eut soin que tous ses employés obtinssent des charges conformes à leurs capacités, de peur qu'ils n'eussent üi souft'rir de sa chute.

h) Devoirs des souverains envers les sujets. — Explication.— Lesouverain doit être, d'après la i)arole de l'Apôtre (Piom. 13, 4.j ce le serviteur de Dieu pour les bicnsdes sujets; » par conséquent les souverains sont obligés \) défavoriser le bien-être deleurs sujets de toutes leurs forces; ils feront tous leurs efforts pour faire régner le bonheur et le bien-être dans la patrie et pour éloigner tous les maux de leurs sujets; ils prêteront.une oreille bienveillante à leurs plaintes et à leurs supplications et leur viendront en aide; ils ne se permettront pas des extorsions et feront servirconsciencieusement les impôts au bien du pays, etc. ; 2) ils exerceront leur dir/nité avec sagesse, avec une justice incorruptihle, et ne feront aucune acception de personnes. L'exercice de la justice ne doit pas ressembler à une toile d'araignée que les animaux puissants déchirent aisément et dans laquelle les insectes faibles restent seuls attachés; qu'elle ressemble plutôt au soleil qui, dans sa course, n'incline ni à droite ni à gauche, et communi(jue ses rayons à tous les êtres sans exception; 3) ils puniront le mal et donneront à tous l'exemple d'une vie chrétienne. « Que le chef se distingue par les œuvres, « dit S. Grégoire-ie-Grand {pastor. cur. 12, 3.) « afin que, par sa vie, il montre le chemin de la vie à ses sujets et que le troupeau, (jui suit les goûts et les usages du pasteur, soit conduit plutôt par des exemples que par des paroles! La voix (|ui va le mieux au cœur est celle qui est soutenue par la vie du législateur, quand il montre par ses actions qu'on peut faire ce qu'il exige par ses paroles. »

^7(i DES COMMANDEMEMS.

Exhortation de Josephat aux Juges. (Exemple de l'Ecriture.)

Josephat dit aux juges : « Prenez bien garde à tout ce que vous ferez; car vous n'exercez pas la justice de la part d'un liomme, mais de la part du Seigneur; et tout ce que vous aurez jugé, retombera sur vous. Dans le Seigneur, il n'y a pas d'iniquité, ni acception de personnes, ni désirs de présents. » {^ Paralipom. 19, 6. 7.)

Qu'est-ce quirend un roi ou un magistrat réellement grand?

Voici une belle parole appartenant à un roi qui de tout temps a été renommé pour sa sagesse, à Alphonse roi d'Arragon. ïl disait que sans doute c'était quelque chose de grand et d'héroïque quand un roi se mettait à la tête de son armée, pour la conduire en personne contre l'ennemi; mais qu'il était bien plus grand ut plus glorieux quand, par son exemple, il conduisait tout un peuple dans le chemin de la justice et des bonnes mœurs. [Veith, Misericordia.)

Ce que les souverains doivent bien méditer.

En Abyssinie il existe une singulière coutume à l'occasion de l'élocticm de l'empereur. Les quatre principaux dignitaires s'avancent au devant du nouvel élu. Le premier porte une léte de mort, le second un vase rempli de terre, le troisième un réchaud avec du feu, le quatrième une épée nue. Le patriarche qui se trouve en tête du cortège, prenant le crâne des mains du premier, s'approche de l'empereur etluidit:« Songez, C souverain! que votre tête ressemblera un jour à ce crâne! Répondez, si vous le pouvez: cette tête a-t-elle porté un diadème, ou bien n'a-t-elle jamais rien vu qui la « ouvrit? Et comme il est certain que vous mourrez également, travaillez à ce que vous ne perdiez pas la couronne éternelle pourlacouronne terrestre. — L'une est bientôt flétrie, tandis que l'autre conserve toujours son éclat ! — Après cela le vénérable patriarclie, prenant en mains le vase rempli de terre, dit: « Vous êtes terre, et vous retournerez à la terre. Votre corps n'est que de la terre; c'est pourquoi, ne soyez point l'esclave des voluptés, mais régnez aussi sur vous-même.

Toutes les ricliesses ne sont que de la terre; ne les adorez donc point comme des idoles. Semez sur la terre le bien en abondance, afin d'en récolter les fruits pour le ciel ! » — Puis le vieillard prenant le réchaud dit: « Que votre exemple éclaire vos sujets, comme le feu qui ne s'éteint jamais ! » — Enfin le patriarche prenant l'épée nue dit : « Ne faites pas de blessures à vos sujets avec l'épée, mais songez que l'épée ne vous a pas été donnée en vain ; qu'elle vous serve à punir les crimes partout où vous les trouverez. »

Une obligation spéciale pour les souverains.

L'empereur Soliman, s'étanl emparé, en 1521, de la ville de Belgrade, reprenait le chemin de Constantinople, lorsqu'un beau matin une femme, qui avait réussi à passer au milieu de sesgardes, se trouva à la porte de sa tente. Il la fit entrer. Après s'être prosternée devant le sultan, elle lui parla ainsi: « Seigneur! vos soldats ont, la nuit passée, pillé ma maison et emmené mes bestiaux: où trouverai-je maintenant un asile, et avec quoi nourrirai-je mes onze enfants? » — Le sultan lui répondit en riant: « Vous devez avoir dormi bien fort pour ne pas entendre les voleurs. » — « En vérité, je dormais » répondit la femme, «car j'espérais que vous veilleriez pour moi; les souverains doivent veiller à la sûreté de leurs sujets. » Cette réponse hardie ne déplut pas au sultan. Il lui donna vingt pièces d'or, lui accorda une compensation convenable pour les dommages qu'elle avait subis, et en outre affranchit de tout impôt, pour plusieurs années, le village où elle demeurait.

Le bon empereur.

L'empereur Joseph II reçut un jour d'un pauvre lieutenant une pétition, dans laquelle ce dernier demandait un subside, vu qu'il lui était impossible d'élever ses dix enfants avec les quatre cents florins qui formaient son seul traitement. L'empereur voulant s'assurer de la vérité se rendit à la demeure de l'officier, et trouva rassemblés autour de lui onze enfants qui en ce moment écoutaient ses leçons. Le

prince lui demanda d'où ^venait ce onzième enfant, puisque dans sa requête il n'avait parlé que de dix. L'officier lui répondit :« Il y a quelques années un tout petit enfant était couché devant ma porte; je ne pus me résoudre à laisser périr sans secours celte pauvre créature ; je le pris, et depuis cette époque, il a joui des mêmes soins que mes propres enfants que j'élève non sans beaucoup de peine. » — Touché de la générosité de cet homme, l'empereur stipula que tous les ans il lui serait compté cent florins pour chaque enfant, et lui promit en outre de se souvenir de lui à l'occasion.

Pratique. — Dieu a établi le souverain comme son serviteur, pour votre bien; en conséquence estimez-le, honorez-le et aimez-le; obéissez-lui avec empressement, et ne faites pas attention aux clameurs de ces ennemis de tout ordre légal dont le nombre, de nos jours, n'est que trop grand, qui crient fort haut contre les vices des princes et des grands (que ces vices soient réels ou imaginaires), et qui, se faisant passer pour philanthropes et amis de la justice, s'apitoient sur le sort du peuple, lors même qu'il n'y a pas d'ombre d'oppression, ^'e vous fiez pas à de tels individus ; ce sont des séducteurs du peuple; ils se couvrent du manteau de la dévotion et de la piété afin de pouvoir trüm[)er plus facilement: ils promettent un âge d'or, « ils promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes les esclaves de la corruption. »Ces faux amis du peuple ne cherchent constamment (]ue leur propre avantage; ils tâchent de renverser les autres pour s'élever eux-mêmes. C'est pourquoi, encore une fois — restez toujours attaché à votre souverain légitime et montrezlui une fidèle obéissance.

Saint Ephre.m

Diacre à Edesse, écrivit tout un ouvrage sur l'obéissance due aux souverains. « Bienheureux celui, » dit-il, «qui donne des preuves d'une obéissance réelle et sincère; car il

iniile notre divin Maître, qui resta ohéissanl jusqu'ù la mort. Oui, il est bienheureux ; car s'il imite le Seigneur dans son ol)éissance, il héritera aussi de son royaume éternel. — Celui qui est obéissant ne s'oppose pas à ceux qui lui commandent; il ne s'emporte pas quand il est réprimandé; il est toujours préparé à toute bonne action. » (De virlut. et vit. Tom. I. p. 3.)

« Vous ne tuerez point. »

[Gr. Cat. il«ç.) Ce que le cinquième commandement défend. — Explication. — Le cinquième commandement défend tout péché par lequel on peul nuire à soi-même ou au prochain, dans son corps ou dans son âme : il défend, par conséquent, V homicide corporel et spirituel et tout ce qui peut y donner occasion, comme : les (juerelles et les disputes, la vengeance et la haine, le scandale et la séduction, etc. Tout cela va être expliqué d'une manière plus détaillée dans le ^^ commandement.

I. — COMMENT ON lElT NUIRE A SOI-MÊME OU A SON ÎT.OCIIMN DANS • SON COUPS OU DANS SON AME.

{Gr. Cat. ^^-ù'^ q.) Péchés contre le corps et la vie du prochain; meurtre. — Explication. — On se rend coupable de péché contre le corps et la vie de son prochain,!) quand on abreuve sa vie d'amertume ou qu'on Vahrège par des chagrins ou de mauvais traitements, comme c'est souvent le cas des époux envers leurs femmes et leurs enfants, ou d'enfants impies qui causent des chagrins mortels à leurs parents ; quand on trouble ou qu'on mine la santé ou la vie de son prochain, en lui j)résentant ou en lui vendant des aliments ou des drogues nuisibles, en le surchargeant de

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travail, en le négligeant sous le rapport de la propreté, des soins corporels, par exemple, chez les enfants, les malades, les personnes âgées, etc. ; 2) quand on le bat ou on le blesse saiis raison légitime, comme il n'arrive que trop souvent dans les rixes et les batailles sauvages qui ont lieu dans les salles de danse et les cabarets; ou, ce <jui est le comble de l'atrocité, quand on le tue volontairement et sans raison légitime. C'est là un péché épouvantable et qui crie vengeance; en effet, celui qui tue son prochain pèche de la manière la plus horrible, a) contre Dieu, puisqu'il empiète audacieusement sur ses droits et détruit violemment une vie dont Dieu seul avait à disposer, et qui pour cette raison, redemandera la vie des hommes — de la main de l'homme « Genèse 9, 5.); il pèche b) contre la société en minant sa sécurité, et c)co7itre le prochain, \)u']sqü''i\ lui ravit le plus grand bien temporel, la vie, et que fréquemment il cause aussi sa mort éternelle, puis(]u'il peut aisément arriver que la malheureuse victime, au moment du meurtre, se trouve en état de péché mortel. — Voilà pourquoi la malédiction divine poursuit l'assassin; les remords de la conscience l'accompagnent partout, les tortures et le désordre intérieurs sont son partage. C'est prouvé par rEcrilure-Sainte aussi bien que par l'expérience journalière; l'assassin verra toujours s'accomplir en lui ces paroles : « Celui qui aura répandu le sang de l'homme, son sang sera répandu ; car Dieu a fait l'homme à son image. » {Genèse, 9. 6.) et : « Les meurtriers auront en jtartage l'étang inextinguible du feu {éternel) et du soufre. »{Apocal. 21, 8.)

Comparaison.

« Un locataire qui a une maison en location n'a pas le droit de détériorer ou de démolir la maison qu'il habite ou la maison voisine, puisqu'il n'en est pas le maître. C'est

CINQLIÈME COMMANÜKMKM DE DIEU. 2S1

ainsi qu'il ne nous appartient pas de tuer le corps dont Dieu est le mailre. {Lohn. bihl. conc.)

Exemples tirés de la Bible.

L'impie Caïn nous montre quelles malédictions et quel malheur s'attachent à l'assassin. Après qu'il eût tué son frère Abel, il erra partout en proie au désespoir en s'écriant: « Mon crime est trop grand pour que j'en obtienne le pardon. Voici, vous m'avez chassé aujourd'hui de cette terre, et je serai caché de devant votre face, et serai vagabond et fugitif sur la terre; et il arrivera que quiconque me trouvera, me tuera. » {Genèse. 4.) — Achab, roi de Samarie, désirait posséder la vigne de Naboth qui touchait à son palais. Toutefois Naboth ne voulait pas se défaire rie l'héritage de ses pères. Alors Jésabel, la femme d'Achab, fit venir deux faux témoins, qui devaient témoigner que Naboth avait blasphémé contre Dieu et dit du mal du roi ; et il arriva ainsi que l'innocent Naboth fût conduit hors de la ville et assommé de pierres; et qu'Achab entrât en possession de la vigne. Mais le châtiment de Dieu ne se fit point attendre. Le roi Jéhu reçut de Dieu l'ordre d'exterminer la maison d'Achab et de venger sur Jésabel le sang de tous les serviteurs du Seigneur. (5 Rois 21 et 22; — 4. Rois. 9.)

Le meurtrier puni.

Théodoric, roi des Goths en Italie, avait fait décapiter Symmaque, un vieillard fort respectable. Mais bientôt il éprouva les effets des remords vengeurs; l'image de sa victime et les terreurs de l'éternité s'emparèrent de son âme et lui firent voir toutes sortes de fantômes. Un jour on lui servit à souper un poisson d'une taille extraordinaire. A cette vue, Théodoric, jetant un cri de terreur, s'enfuit de table; il avait cru voir un spectre qui voulait le saisir. « Je vois la tête de Symmaque, » s'écriait-il, « ses yeux étincelants , ses dents qui veulent me déchirer; va-t-en ; va-t-en, » Pareil à un insensé, le roi s'élança hors de la salle. Brisé par la terreur il se mit au lit; une fièvre violente le saisit, et trois jours après il était un cadavre.

Supplice et tourment épouvanlahles dans l'âme du meurtrier.

L'iiistorien Plularque raconte le fait suivant : Un certain Dessus avait tué son père. Bien que le meurtre ne fût pas connu, cependant des pensées effrayantes tourmentaient son intérieur. Un jour il alla se promener avec quelques amis. Dans le voisinage il y avait des corbeî^iix qui se mirent à croasser. Bessus oubliant qu'il avait ses amis avec lui dit avec colère aux corbeaux : « Que me venez-vous toujours reprocher la mort de mon père? » — Ses amis s'arrêtèrent saisis de stupeur. On fit une enquête et le crime fut découvert. — La conscience avait parlé.

Le bandit découvert.

L'assassin n'a pas de repos intérieur; partout il est poursuivi par les furies. Un homme (jui, comme voleur et assassin, avait la conscience chargée de crimes fort graves, entra un soir dans une auberge dans l'intention d'y passer la nuit. Cet homme était assis derrière la table, l'aubergiste sur un banc près du poêle, et le domestique au milieu de la place, en train d'attacher une ficelle à son fouet. Tout d'un coup l'aubergiste se mit à crier : « Jean, un larron, un larron ! et le domestique, s'étant promptement levé, s'approcha de la table pourmoucher la chandelle. (Dans plusieurs contrées on donne le noni de larron à un nœud dans la mèche qui fait que celle-ci brûle d'un côté et que le suif découle.) Mais notre homme sautant hors de son coin, s'élança d'un bond à la porte et se mit à fuir à toutes jambes. Dans sa précipitation il laissa tomber une lanterne sourde, et l'aubergiste vit qu'il avait eu dans la place deux larrons, l'un à la mèche, l'autre derrière la table. — C'est ainsi qu'une conscience bourrelée se met dans de folles terreurs à propos d'un larron à la mèche ; en effet l'assassin n'a pas de repos.

(Gr. Cat. A' q.)

Cas où il est permis de tuer un homme. — Explication. — Il y a des cas où il est permis de tuer un homme. Cela

CINQUIEME COMMANDEMENT DE ÜIEÜ. "IH'r't

est permis 1) à lautovité pour punir les crimes; c'est pour cela qu'elle porte le glaive en main, comme l'écrit S. Paul {Piom. 13, 4.) : « Si tu fais le mal, crains; parce que l'autorité ne porte point vainement le glaive; car elle est la servante de Dieu, établie pour faire justice en punissant celui qui commet le mal. »S.Augustin dit également : u Le pouvoir de l'autorité est le pouvoir de Dieu, et lorsqu'elle tue, c'est Dieu qui tue. » — 2) Lliomicide n'est permis aux autres que lorsqu'il s'agit de combattrepour la patrie ou en cas de lécjitime défense, quand il n'y a plus d'autre moyen de sauver sa vie. Par conséquent, un soldat peut tuer son ennemi dans un combat légitime; on peut se défendre quand quelqu'un s'attaque injustement à notre vie ou à celle de notre prochain, à nos biens qui sont pour nous d'une grande valeur, ou même à notre pudeur, etc. « Que si le larron est surpris pendant qu'il entre par effraction dans une maison, et est frappé de sorte qu'il en meure ; celui qui l'aura frappé ne sera point coupable de meurtre. » Voilà ce qui se trouve dans l'Exode. (22, 2.)

Exemples tirés de la Bible.

David fit exécuter sans pititî les criminels du pays, et il ne pécha point. « Je retrancherai chaque matin, » dit-il (100. 8.) « tous les méchants du pays, afin d'exterminer de la cité du Seigneur tous les ouvriers d'iniquité. » — Les fils de Levi ne péchèrent pas davantage, lorsqu'un jour, par l'ordre de Dieu, ils tuèrent dans un combat plusieurs milliers d'hommes. Après le combat, Moïse leur parla ainsi: « Aujourd'hui vous avez consacré vos mains à l'Eternel. » [Exode. 52, 29.) — Abner ne pécha pas non plus, en tuant Azaël pour sa défense légitime. Azaël poursuivait Abner ; car il voulait avoir le nomade l'avoir tué. Et Abner lui cria: «Retirez-vous, et ne me poursuivez pas davantage, de peur que je ne sois forcé de vous percer de ma lance! » Mais Azaël ne fit pas attention à cette

menace, de sorte qu'Abner lui donna un coup de lance qui le jela mort par terre. (2. Rois, 2. 22.)

Trois choses qui plaisaient beaucoup à l'empereur Maximilien Z*^''.

L'empereur Maximilien I" avait coutume de dire que trois choses lui plaisaient particulièrement, chaque fois qu'elles lui tombaient sous les yeux; une plaine remplie de soldats, un chœur rempli de moines etun gibet rempli de malfaiteurs. Un jour qu'on lui en demandait la raison, il répondit: « Nous aimons à voir une plaine remplie de soldats, puisque par là les villes sont protégées. Nous aimons aussi à entendre les chants et les prières des religieux au chœur, puisqu'ils maintiennent le service divin et la religion. Le gibet enfin, lorsqu'il est bien garni, montre, que dans un tel pays la justice est bien observée. » {Manuel de Sc/iuster.)

{Gr. Cat. o'^ q.) Le Duel. — Explication. — Mais il n'est jamais permis, pour défendre son honneur, de provoquer ou d'accepter un duel, quand môme il n'irait pas à outrance et jusqu'à la mort de l'un des combattants ; car le duel est toujours un grand péché, qui est en opposition avec toutes les dispositions divines et humaines, puisque par là on exerce une vengeance personnelle et on cherche à se faire justice à soi-même, tandis que le Seigneur dit: « C'est à moi que la vengeance est réservée, c'est moi qui la ferai. » [Piom. 12, 20.) Outre cela, on met enjeu sa santé et sa vie, et on fait descendre sur soi et sur mainte famille le deuil et la misère. C'est pourquoi l'Eglise a décidé que les duellistes, les témoins et ceux qui prennent part au duel seraient excommuniés, et que ceux quiauraient succombé dans le duel ne recevraient pas la sépulture ecclésiastique. [Conc. Trid. Sess. 23, cap. 19.)

Le duel refusé.

Le comte de Salles ayant mis à sa place un faux brave qui blasphémait en sa présence, fut provoqué par lui en combat

singulier; mais le noble comte lui répondit: « Après avoir défendu les intérêts de Dieu, je ne dois pas les trahir pour les fausses maximes d'un honneur mal entendu. » (Le comte (le Valmont.)

Le duel considéré au point de vue chrétien.

En 1850 M. L'Allemand envoya à l'assemblée législative de France une pétition, pleine de sens, de patriotisme et de religion pour l'abolition du duel ; elle contenait entre autres les considérations suivantes. « Le duel intervient d'ordinaire à l'issue d'une dispute , comme un appel fait au hasard ou à l'adresse. Le premier juge, le hasard, est encore le moins inique et le moins absurde des deux. Or, sa décision revient à tirer au sort pour savoir qui sera tué de l'offenseur ou de l'offensé. Je m'explique les combats singuliers des anciens; ils avaient divinisé la force physique : avoir raison chez eux, c'était se montrer le plus vigoureux. Mais le christianisme reconnaît un tout autre droit, et le courage d'un duelliste n'est pas le courage d'un chrétien. Le Christ, notre maître er rédempteur, nous a donné l'exemple du vrai courage. Car il méprisa et vainquit la mort. Or, le Christ pardonnait à ses ennemis, à [ses bourreaux. Les premiers chrétiens imitèrent le courage divin du Sauveur; comme lui ils bravèrent les tortures, la mort, et c'étaient, ne vous en déplaise, les meilleurs soldats de l'empire. Il n'est plus permis de calomnier nos doctrines et nos mœurs, de taxer de lâcheté et de bassesse la mansuétude et l'humilité de cœur que nous prêchons. 11 est courageux, chez vous, celui qui dompte ses penchants et se rend maître de lui-même ; il est courageux dans notre Eglise, celui qui fait de son corps un instrument docile de sa personnalité ; nous accordons une palme à celui qui meurt pour sa foi, pour sa patrie, pour ses pères. Il est beau, il est héroïque de tomber, l'olive à la main, apôtre et martyr de la fraternité. Ce courage est vulgaire dans l'histoire, et nous saluons martyr le pontife qui en a renoué les traditions. Or, nous proscrivons le duel, comme un homicide et un suicide calculés, »

'28(> DES COMMANDKMEKTS.

Les dueUistes el le prêtre.

Deux soldais de la garnison de Toul s'étaient transportés sur le terrain, à peu de dislance des remparts, pour sacrifier peut-être leur vie au préjugé barbare du duel; l'intervention officieuse des témoins n'avait pu réconcilier les deux adversaires, et déjà ceux-ci croisaient le fer avec acharnement, lorsque la Providence conduisit là M. l'abbé Géry, curé de la paroisse St-Gengoult. A la vue de ces deux liommes qui jouent si cruellement leur vie, le prêtre, ému et transporté, s'écrie : « Arrêtez! » ils s'arrêtent en effet. Le prêtre, dont l'apparition subite avait suspendu le combat, s'approche d'eux et leur dit : « Qu'allez-vous faire? est-ce un coup d'épée qui prouverait que vous avez raison ou tort? Mes amis, pardonnez-vous vos griefs, que je ne veux pas même connaître; embrassez-vous, et que cela finisse! » Subjugués par l'ascendant d'une religion divine, dont la voix vient de se faire entendre, nos deux soldats se tendent la main, ils s'embrassent et embrassent aussi le digne pasteur qui vient de les désarmer, et d'épargner peut-être à leurs familles d'inconsolables regrets. [Ami de la Religion. LXX" vol.)

Le vénérable curé de Maubeuge empêcha également par un effort énergique un duel entre deux officiers. Il s'avança courageusement vers les deux combattants et leur reprocha leur projet insensé dans les termes suivants : « Je suis venu ici pour vous montrer la folie de votre projet. Vous vous battez en duel afin de vous faire passer par là comme des hommes d'honneur et de courage. Moi, je vous dis que celui qui accepte un duel n'est ni homme de courage ni homme d'honneur; il est plutôt lâche et méchant ; en effet, il plie son front orgueilleux sous le joug d'un préjugé barbare, auquel il n'a pas le cœur de tenir tête. Il manque de l'unique courage qui honore véritablement l'homme; le courage du pardon; il se montre l'esclave des plus viles passions, de l'orgueil, de la liaine, de la cruauté. Il est également méchant; car pour assouvir une vengeance personnelle, il joue avec un bien qui ne lui appartient pas, avec la vie, qui appartient à la société, à la famille, à Dieu ; il blesse effrontément la

première loi de toute sociale qui défend aux particuliers de se faire soi-même justice; il foule aux pieds toute moralité, pour ne reconnaître que le droit brutal comme le droit le plus élevé, en établissant comme principe : L'honneur se trouve à la pointe de l'épée et dans la balle d'un pistolet, » Après ces paroles énergiques le pieux ministre de Dieu les pria et les conjura, au nom de leurs parents et au nom da Dieu de la paix, de renoncer à un combat qui pouvait coûter une victime ou peut-être même deux à la fois. Touchés de la charité du prêtre, les duellistes laissèrent aussitôt tomber le fer homicide, se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et scellèrent d'un baiser leur sincère réconciliation.

{Gr. Cat. 6«-^.) Le cinquième commandement défend aussi la colère, la haine, les querelles, Venvie, etc. — Explication. — S. Jean (i. Epît., 3, 15.) écrit : « Tout homme qui hait son frère est un homicide; » c'est qu'il le tue en esprit en souhaitant sa disparition de ce monde, afin qu'il ne le voie plus. De ces paroles résulte que par la colère, la haine, les querelles, etc. on tue aussi son prochain, au moins d'une manière spirituelle, et c'est pourquoi le cinquième commandement défend non-seulement tout attentat réel contre la vie du prochain, mais encore tout ce qui conduit et pousse à cet attentat, comme la colère, l'envie, les querelles, les injures et les imprécations; car les personnes qui sont en colère tuent par leur volonté. C'est pour cette raison que le Sauveur dit aux Juifs : « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point; et quiconque tuera, méritera d'être condamné par le jugement. Mais moi, je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère, méritera d'être condamné par le jugement. » {Matth. 5, 21, 22.)

La colère et la haine conduisent à l'homicide. L'histoire suivante montre quel désastre peuvent produire

la rancune et les disputes, et avec quelle facilité la colère et la haine conduisent à Thomicide. A Padoue il y avait deux frères de la maison Limine qui, par une belle nuit d'été, étaient assis au balcon, et considéraient les innombrables étoiles qui émaillaient la voûte céleste. L'un des deux se prit à dire : « Je voudrais bien avoir autant de bestiaux et de moutons qu'il y a d'étoiles. » — L'autre répondit en riant : « Et moi, je voudrais avoir un pré aussi grand que le ciel. » « Mais où mettriez-vous paître tous vos bestiaux? » — « Dans votre pré! » reprit le premier : — « Oui, pourvu que j'y consente. » — « Vous pouvez consentir ou refuser tant que vous voulez, » répliqua son frère, « je le ferai bien malgré vous. » De fil en aiguille la discussion s'envenima et ils se livrèrent à une telle fureur qu'ayant mis l'épée à la main, ils fondirent l'un sur l'autre et se percèrent mutuellement. {Veit h.)

(Gr. Cat. 7-^-9« q.)

Péchés contre son propre corps et sa vie; suicide. — Explication. — De même qu'on peut se rendre coupable en attaquant le corps et la vie du prochain, ainsi on peut le devenir en attaquant son propre corps et sa propre vie, savoir : 1) Quand on affaiblit sa santé ou qu'on abrège sa vie; ce qui peut arriver d'une foule de manières, par un excès de délicatesse ou par négligence; par l'usage d'aliments nuisibles; par la gourmandise et l'intempérance dans le boire et le manger; par l'excès de sommeil, de veilles et de plaisirs, surtout par celui de la danse; par l'usage d'habillements trop légers et trop décolletés chez les femmes; par l'habitation de lieux malsains, la malpropreté, l'oisiveté et la paresse; par le travail excessif auquel on soumet le corps et l'esprit, sans leur donner le repos et le délassement nécessaires; par des émotions et des passions violentes qui nuisent à la santé, comme la tristesse, l'envie, la jalousie, la colère, le chagrin, la volupté, etc., par l'abus du corps et des

forces physiques pour se livrer à des actions criminelles; par la négligence à recoui'ir aux secours du médecin, par l'emploi de remèdes réputés dangereux; enfin par la témérité de s'exposer sans nécessité aucune au danger de mort, quoiqu'on n'ait pas le moindre dessein de se tuer.

Une victime de la témérité.

Un jeune homme rêvait, une nuit, que se trouvant sur le bord escarpé du Tibre il était grimpé sur un arbuste dont les longues branches plongeaient dans le fleuve; il s'y était cramponné pour se balancer au-dessus de l'eau, mais la branche s'étant cassée, il fut précipité dans le fleuve et se noya. Le lendemain en se promenant à la campagne avec quelques amis, il arriva à un endroit où la rive était escarpée et plantée d'un arbuste comme il l'avait vu en songe. Il raconta, en riant, son rêve à ses compagnons; puis tout d'un coup il lui prit envie de tenter l'aventure dont il s'était cru la victime, pour voir si réellement la position était dangereuse; ce fut inutilement que ses amis firent lous les efforts pour le détourner de son projet insensé. 11 s'élança donc sur l'arbuste, et s'attacha des deux mains à l'une des branches qui descendaient dans le gouffre ; mais le bois, trop faible, se cassa et l'imprudent fut précipité dans les flots où il trouva la mort. Ce malbeureux fut ainsi la victime de sa témérité; il a été son propre meurtrier en s'exposant témérairement et sans utilité au danger de mort.

Punition de l'imprudence et de l'intempérance.

Par une chaude journée d'été, le jeune Guillaume s'était iteaucoup échauffé en jouant au soleil ; ses joues brûlaient et la soif le dévorait. Or, il trouva sur son chemin une source qui jaillissait claire et limpide de la terre. Aussitôt Guillaume se mit à boire avidement de cette eau froide. Pour le moment sa fraîcheur lui ht beaucoup de bien, mais peu après il sentit de la pesanteur et de la fatigue dans tous ses membres, puis une prostration qui lui laissait à peine la

CATÉC. PRATIQUE. T. II. )•",

force (le marcher. Arrivé tant bien que mal chez lui, il fut pris d'une fièvre ardente. « Ah! » soupirait-il, quand il lui alla mieux, « qui aurait jamais dit que cette belle source contenait un poison si dangereux! » — « Cette source limpide, » lui répondit son père, « n'est pas la cause de votre maladie, mais c'est votre imprudence et votre intempérance. »

2) Mais on pèche tout spécialement contre le respect dû au corps et à la vie, par le suicide, c'est-à-dire lorsque volontairement et de propos délibéré on s'ôte la vie. Quel crime abominable! Le suicide commet un triple crime : a) un crime contre la majesté divine; en effet, il montre la |)lus noire ingratitude et la plus indigne insensibilité envers Dieu, qui lui a donné la vie, et il commet la plus coupable usurpation sur les droits de Dieu qui est seul maître de la vie et de la mort. » Comme nous ne sommes pas venus en ce monde par notre propre volonté, « dit Laclance [de Instit. div. Hb. 2. cap. 8.), « nous ne pouvons pas en sortir sans un ordre de Dieu, qui nous y a placés. » — Il commet b) un crime contre sa propre âme, qu'il pousse sans pitié en enfer; car par là il commet un horrible péché niortel, dont il ne peut plus se repentir ni faire pénitence. S. Isidore dit avec beaucoup de raison : « Déjà les anciens regardaient le suicide comme criminel et infâme, cou|:aient la main avec laquelle il avait attenté à sa vie et enterraient celle main séparément du corps, parce qu'ils ne croyaient pas devoir enterrer l'auleur du meurtre avec le reste du cor|)s. Or, si la main de l'homme est encore punie après sa mort, quelle punition ne recevra pas l'âme (jui a poussé sa main; » Enfin il commet e)uyi crime contre la société et surtout envers les siens Auxquels il prépare un deuil et une honte indicibles; carii se sépare violemment de la société où Dieu l'a mis pour J'avantage de ses concitoyens. Aussi l'Eglise, à cause de

CJNQLIKME COMMANDEMENT DE DIEr. 2!M

rénormité de ce crime, refuse au suicide la sépulture ecclésiastique pour le j)unir encore après sa mort et pour inspirer une salutaire terreur aux fidèles.

Comparaison .

« Un homme qui s'ôte volontairemenl la vie, ressemble à un soldat qui, la veille du combat, abandonne son poste. »

La religion nous défend le suicide.

Lorsque Louis XVI était dans la prison du Temple, Santerre entra d'un air riantet lui annonça que le sursis de trois jours qu'il avait demandé lui était refusé. Louis XVI dit à Clery : « Je croyais, à l'air de Santerre, qu'il venait m'annoncer que le sursis était accordé. »

Le prisonnier se mit à déjeuner aussi tranquillement que de coutume; sa surprise fut grande lorsqu'il s'aperçut qu'on lui avait enlevé son couteau. On lui communiqua un arrêté de la municipalité ainsi conçu : « Louis ne se servira ni de couteau ni de fourchette à ses repas; il sera confié un couteau à son valet de chambre pour lui couper son pain et sa viande, en présence de deux commissaires, et ensuite le couteau sera retiré. » — « Les malheureux! s'écria Louis XVI, quelle idée ont-ils de moi? Quand je serais assez lâche pour me donner la mort, ne savent-ils pas que la religion me le défend ? » {Magasin religieux.)

Le jeune riche el le bûcheron.

Un pauvre homme était parti de bon matin, pendant l'hiver de 1762, pour la forêt de Hyde-Park, afin d'y ramasser du bois, lorsqu'il y vit un jeune homme bien mis, ayanf une épée au côté, qui se promenait d'un air triste et rêveur. Ce pauvre homme, croyant que c'était un officier qui venait là pour se battre en duel, se cacha derrière un rocher. Le gentilhomme s'approcha de cet endroit, ouvrit un papier, qu'il lut d'un air fort ému, et qu'il déchira. Il lira do su poche un pistolet, regarda l'amorce et cassa la pierre avec une clef. Après avoir jeté son chapeau à terre, il appuya le

2Ü2 DES CUM.MANDKMEMS.

pistolet sur son front; l'amorce prit, le coup ne partit point. L'homme qui s'était caché s'élance sur l'ofticier et lui arrache son pistolet. Celui-ci, furieux de se voir désarmé, mit l'épée à la main, et voulut en frapper son libérateur qui lui dit tranciuillemeul : « Frappez! Je crains aussi peu la mort que vous; mais j'ai plus de courage et de résignation. Il y a plus de vingt ans que je vis dans les peines et dans l'indigi^nce; j'ai une femme dont tous les membres sont paralysés par le rhumatisme et cinq enfants privés de tout, qui me demandent en pleurant un morceau île pain que je ne puis leur donner. J'ai laissé à Dieu le soin de mettre fin à mes maux. Et je ne veux pas briser moi-même le joug de la misère qu'il m'a imposé. y> Le gentilhomme, frappé de celte réponse, resta un moment immobile, puis répandit un torrent de larmes, et tira sa bourse, qu'il donna ù ce vieillard. Il prit ensuite son nom, son adresse et lui fit jurer de ne faire aucune perquisition à son sujet, si le hasard les faisait se rencontrer encore. Oui, c'est ordinairement le manque de foi et de confiance qui pousse au suicide : de plus, ce qui y donne occasion ce sont : une vie dissolue, les mauvaises lectures, un faux point d'honneur, l'endurcissement et le désespoir, comme ce fut le cas chez Judas. [Matth. 27, 5. Act. des Ap. 1, 18.)

L'incrédulité pousse au suicide.

Il y a quelques années, un jeune homme, nommé Gustave, ayant h peine atteint sa seizième année, fut trouvé mort dans sa chambre; il s'était asphyxié. Ce malheureux enfant s'était dégoûté de l'existence; et il l'avait à peine essayée. Qui le porta à ce trait de folie, ù ce crime? L'incrédulité; dès quinze ans il était es[)rit fort. Son père l'avait dit : « Quand mon fils sera sorti de l'enfance, je le laisserai choisir sa religion et son Dieu. »Lemoment du choix arriva, et l'infortuné choisit la mort ! ô malheureux! ô malheureux père ! {Le dogme et la morale.)

(Comparez rexeoipie du tome I, p;ige 91, Suites funestes des mauvaises lectures.)

CINQUIÈMK COMMANDEMKNT I>1', OItl . 29!'.

Suite des 7nau vaincs lerture.'!.

Le 2S avril 4790, uno jeune femme se jela du Pont-Royal clans la Seine. Les secours pour la sauver furent inutiles; on trouva sur elle le dernier volume d'un roman détestable, et en l'examinant attentivement, on découvrit sur un des feuillets ces mots écrits des mains de la jeune dame : Je fus trahie comme elle, je doi- périr comme elle. — Yoilà où conduit ia lecture desroüians. (Meraull.)

[Gr. Cal. 40'^ q.)

Cas où il est permis d'exposer notre santé ou notre corps à un danger. — Explication. — Il peut se présenter plusieurs cas où ce n'est |)as un crime mais plutôt une vertu de sacrifier sa santé et sa vie; c'est surtout lorsque un devoir plus élevé eyivers Bleu ou envers le prochain le commande ou le permet; par exemple : pour sauver la vie à un homme, pour défendre la patrie, pour protéger ou confesser ia foi; c'est pourquoi le divin Sauveur dit : « Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent tuer l'âme. » {Matth. 10, 28.) — D'après cela un prêtre ou un médecin au milieu des épidémies, un soldat au champ de halaille ne peuvent se soustraire à leur devoir pour sauver leur vie ou leur santé. — Sous ce rapport nous devons admirer les martyrs fini donnèrent généreusement leur sang et leur vie pour ia foi, puis tant de saints personnages qui s'épuisèrent au service delà charité; enfin une foule de nobles guerriers et de héros qui moururent pour leur patrie.

Leopold d" A II t rieh e .

Dans ia mémorable bataille de Sempach contre les Suisses (1586) l'armée Autrichienne, après une lutte acharnée, fut battue et courut le plus grand tlanger. Les troupes impériales étaient commandées par Leopold, fils d'Albert le Sage, tiui, dans ses guerres précédentes, avait donné les plus belles

2Mi DES C0J1.MANDEMENTS.

preuves d'un courage intrépide et d'une intelligence supérieure; comme on lui conseillait de ne pas s'exposer au (langer, Leopold, avec une magnanimité digne de sa haute origine, répondit aux officiers qui l'entouraient : « Je partage votre sort ; pour ma patrie je veux vaincre ou mouriT. » Au plus fort de la mêlée on le conjura de veiller à sa sécurité. Leopold répondit : « Plutôt mourir avec gloire que de vivre avec honte! » Lorsqu'il vit que tout était perdu il se Jeta au milieu des rangs serrés des ennemis; autour de lui son bras sema la mort et la ruine jusqu'à ce qu'enfin, accablé par le nombre, il reçut un coup mortel d'une main inconnue. Son corps fut retrouvé criblé de blessures sous un amas de cadavres. (Habsbourg. F. L p. 60.)

La nwrt pour la patrie.

L'histoire nous offre beaucoup d'exemples d'hommes qui se sont sacrifiés volontairement pour leur patrie. Parmi ceux qui méritent toute notre admiration, brille surtout Codrus le dernier roi d'Athènes. Pendant son règne, plus de d, 000 ans avant J.-C, les Doriens se jetèrent avec une puissante armée sur le territoire Altiquc où ils mirent tout à feu et à sang. Ayant consulté l'oracle sur l'issue de la guerre, les Doriens reçurent pour réponse que leur armée serait victorieuse si elle se gardait de tuer le roi ennemi. Cet oracle parvint aussi aux oreilles de Codrus, et son patriotisme alla si loin qu'il résolut de sacrifier sa vie pour le salut de la patrie. S'élant donc travesti en campagnard, il passa dans les rangs ennemis, et voulant exciter la colère des soldats, il blessa l'un d'eux d'un coup de faucille et fut assommé à l'instant. Dès que les Athéniens furent informés de cet événement ils envoyèrent un héraut aux ennemis afin de réclamer le cadavre de leur roi. Cette révélation abattit le courage des Doriens à tel point qu'ils battirent en retraite sans tirer l'épée. Les Athéniens honorèrent l'exploit de leur roi comme il le méritait. La dignité royale fut abolie, parce qu'après un homme pareil aucun autre n'était digne de porter le nom de roi (1 .Xlhènes.

CINQUIÈME COMMANORMENT DK 1)1 tlf. 29f)

(Gr. Cal. il« 7.) Si Von peut se souhaiter la mort. — Explication. — ]| arrive assez souvent que des hommes se souhaitent la mort. Si ce souhait provient du découragement ou du' désespoir, c'est un péché; mais ce n'en est pas un s'il a pour mobile le désir de ne plus offenser Dieu et de jouir de f.d divine contemplation. S. Paul était transporté de ce saint dé!=ir lorsqu'il s'éerioit : « Je désire être dégagé des liens du corps et vivre avec Jésus- Christ »{Philip. 1, 13.); il en était de même du roi David dont l'impatiente ardeur éclatait en ces termes : « Comme le cerf altéré soupire après l'eau des fontaines, ainsi mon âme soupire ardemment après toi, ô mon Dieu. Oh! quand entrerai-je et me présenterai-je devant la face de Dieu? » {Ps. 41. 2-3.) Cette ardeur consumait encore le cœur d'une foule de serviteurs et de servantes (le Dieu. ^

Le saint désir de la mort dans le cœur des Saints.

(c La mort ou l'amour divin! » s'écriait S'^Térèse; « le ciel ou l'amour dont sont enflammés les Saints au ciel ! Hélas ! tant que celle vie mortelle durera, je n'aimerai Dieu qu'imparfaitement. Pourrais-je donc soupirer après autre chose qu'après Dieu ? La vie est une mort, dont la mort délivre. Puissé-je mourir, afin de n'aimer que Dieu, de l'aimer parfaitement! Je me meurs de douleur, de ne pouvoir mourir! » — Cette sainte se réjouissait chaque fois qu'elle entendait sonner l'heure. « Dieu soit loué! » disait-elle, « encore une heure de moins dans cet exil terrestre! Je m'approche de ma patrie, ce séjour pur et parfait. » — Et S. Augustin soupirait : « Ah, Seigneur! je veux mourir pcuir te voir; jene veux pas vivre, mais mourir. {In Ps. 141, n. 18.)

2fl(> DES COMMANDEMENTS

1]. - (OMMEM ON (ELT M IRE Ai: IKOCII.VIN D\NS I.V VIF, HE i>ON A.ME.

(Gr. Cat. 12«-13« q.)

Le scandale. — Explication, — Comme on peut nuire au prochain dans son corps, ainsi on peut lui nuire dans son âme, ce qui arrive quand on lui donne scandale. C'estri-dire. quand on l'entraîne de propos délibéré au péché, soit par parole, soit par action ou par omission; de même, quand on lui en fournit le sujet ou roccasion. Car comme le feu follet conduit à des endroits marécageux oii l'on trouve facilement la mort du corps, ainsi le scandale conduit au gouffre du péché et à la mort spirituelle. — En général ceux-là se rendent coupables du péché de scandale qui excitent les autres au mal, qui le conseillent, qui y donnent la main, qui l'ordonnent ou qui l'approuvent; mais en particulier ceux, •î) qui tiennent des discours impics ou obscènes, m qui s'habillent d'une manière indécente. « Une femme habillée d'une manière immodeste, » dit S. Bernard, « est un instrument dont se sert le démon i)our pousser les âmes dans l'abîme. » Et : « les propos obscènes corrompent en peu de temps; et ce que l'on écoute volontiers, on finit ordinairement par le faire. »

Un mot sur la coquetterie.

S. Cyprien adresse les paroles suivantes aux d'âmes et aux demoiselles coquettes : « Lorsque vous vous habillez coquettement et qu'ainsi parées, vous vous pavanez en public, que vous attirez à vous les regards des jeunes gens, que vous excitez leurs désirs, que vous nourrissez leurs convoitises, que vous les agacez par vos regards, alors vous êtes cause, si vous ne vous perdez vous-mêmes, de la perle des autres ; vous êtes un glaive tranclianl et un poison mortel pour ceux qui vous regardent. Vous ne pouvez pas vous excuser en disant : Dans mon ûme je suis chaste et pudique. Votre toi-

CINOIMÉME COMMANDF.MENT DE DIEI'. ^07

leite indécente vous contredit, cl vous no pouvez plus vous compter parmi les vierges de Jésus-Christ, puisque vous vivez de manière à vous attirer l'amour des créatures. » S, Grégoire de Naziance interpelle de la manière suivante tous les pelits-ma très qui visent à l'élégance : « Un paon dispose les plumes de sa queue en roue, fait parade de sa beauté afin d'attirer sa femelle; comme sa voix, ses pieds et ses autres membres n'ont rien de séduisant, il appelle les couleurs i\ son aide pour tâcher de la captiver au moyen de la parure. Beaucoup de jeunes élégants ressemblent au paon ; ils cherchent à captiver les femmes par un luxe exagéré, faute de posséder d'autres avantages. »Et Tertullien, s'adressanl à tous, s'écrie : « — Arrière avec le luxe terrestre si nous aspirons au luxe céleste! Revêtons-nous de la soie de l'intégrité, de la toile éblouissante de la sainteté, de la pourpre de la pudeur! Voilà la parure qui sied aux âmes véritablement éprises de Dieu. »

Thomas Morus et la dame noble.

Un jour le célèbre chancelier Thomas Morus arriva chez une dame du grand monde au moment où la femme de cliambre de celle-ci finissait de lui emprisonner étroitement la taille dans un corset, et était en train de la coiffer à la chinoise en relevant ses cheveux sur le sommet de la tête, pour que son front parût plusgrand et sa taille plus élancée. A cette vue le chancelier lui adressa ces paroles sévères et rien moins que flatteuses : « Mylady, si Dieu, pour toutes ces ])eines et ce supplice que vous vous imposez, ne vous envoie pas en enfer, il vous fera assurément une grande injustice! » C'était en vérité un compliment fort désagréable, etil n'yavait qu'un homme comme Thomas Morus, qui, sérieusement ou par j)laisanterie, osât dire ainsi sa façon de penser sans tenir compte des convenances. Toutefois, si l'on considère mûrement tous les inconvénients qui se rattachent à cette vanité excessiv^ et louchant parfois à la folie, quand on réfléchit à la négligence des plus saints devoirs qu'elle traîne à sa suite, à la prodigalité et aux séductions dont elle est souvent l'oc-

casiou, à cette longue chaîne de désordres dont elle est le premier anneau, on trouvera que l'illustre Thomas Morus, qui d'ailleurs connaissait son siècle et ses gens, n'avait rien dit de trop fort. (Veilh. Mater dolorosa.)

Le luxe frivole est un filet.

Le livre intitulé ri«>/)e//erfu Cie/ rapporte qu'un Saint, étant en prière, fut ravi en extase et vit le ciel ouvert devant lui. Pendant qu'il était rempli d'une joie ineffable de ce que tant de monde entrait par cette porte, il vit s'ap|)rocher deux horribles dragons, qui, déployant un grand filet, retendirent devant l'entrée afin d'empêcher tous ceux qui voulaient y pénétrer. Alors il supplia Dieu de lui révéler quels étaient ces dragons et ce que signifiait ce filet. Un ange apparut à ses côtés et lui dit : « L'un des deux dragons est rim[)ureté, l'autre est la vanité, et le filet est le luxe frivole des femmes; celles-ci emportées par leur sotte vanité et leur impudicité, causent un si grand mal dans le monde qu'elles referment les portes du ciel, que Jésus-Christ nous a ouvertes par son sang, afin que les grâces célestes ne puissent descendre ni les âmes entrer dans la gloire élernelle.

Comparaison au sujet des discours impies et obscènes.

L'homme atteint de la lèpre ne corrompt pas seulement son propre corps, mais encore celui de son prochain, s'il entre en contact avec lui ; c'est ainsi que celui qui lient des propos impies et obscènes, qui murmure contre la Providence divine ou qui calomnie ses supériiiurs, ne pousse pas seulement sa propre âme dans l'abîme, mais encore les âmes <le ceux qui écoutent ses propos impies et se laissent séduire par eux. [S. August.) « Ce que la nielle est pour les plantes, les propos immoraux le sont pour le cœur. Une seule nuit ^uifit pour détruire les espérances du jardinier; et souvent une seule parole suffit pour étoufl"er le germe de la vertu. »

« Assurément ce serait une criante injustice que de mettre le feu à la maison de son voisin; serait-ce une moindre injustice d'allumer, par des propos obscènes, des passions cri-

minelies dans le cœur des autres, de les entraîner par là à une vie dissolue, et de pousser ainsi leur âme dans la perdition éternelle? Gardez-vous bien de tenir de pareils propos, surtout en présence des jeunes gens; car pour eux, ces propos sont comme le feu dans du bois sec. »

"2) Se rendent encore coupables de scandale ceux qui répandent de mauvais livres et des gravures immodestes ; en effet, rien ne saurait produire un effet plus nuisible sur le cœur de l'homme, rien ne saurait l'exciter davantage au péché qu'un mauvais livre, qu'une image licencieuse. Des livres qui sont bien écrits, mais qui prêchent l'incrédulité ou l'impiété, ressemblent à une coupe d'or couronnée de roses mais remplie d'un poison mortel. « Une giavure obscène attachée à la muraille, » dit S. Augustin, « et représentant par exemple l'adultère de Jupiter, combien n'excite-t-elle pas aux |»laisirs sensuels le jeune homme qui la voit! »

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