Louis de Gonzaguc
S. Louis de Gonzague ayant trouvé, dans sa jeunesse, un roman qu'il ne connaissait pas, se mita le feuilleter, croyant que c'était un bon livre; mais à peine en eut-il vu le titre qu'il le jela au feu et alla se laver ses mains, parce que de ses doigts il en avait touché la couverture, convaincu que rien n'est plus dangereux et plus malheureux pour la jeunesse que ces sortes d'ouvrages.
En effet rien ne produit autant de mal dans les jeunes cœurs que la lecture des romans.
C'est avec raison que S. Alphonse de Liguori donne l'avis suivant :« Défendez avec sévérité, 6 parents, à vos enfants de lire les livres romanescjues! Car ils laissent dans les cœurs des malheureux jeunes gens certaines impressions honteuses qui leur enlèvent toute piété et qui les font tomber de péché en péché.» — «Des lectures frivoles, » dit S. Bonaventure, « produisent des idées frivoles et éteignent la piété. »
SllO DES COMMANDEMENTS.
3) Pèchent encore par scandale ceux qui yermettent dans leur maison les réunions illicites de voleurs, de buveurs, de joueurs ou d'autres gens de mauvais aloi; et enfin
4) Les supérieurs qui donnent le mauvais exemple ou qui n'empêchent pas le mal, conformément à leur devoir. — Le mauvais exemple des parents et des supérieurs agit d'une manière excessivement pernicieuse sur ceux qui doivent leur obéir; leurs plus belles paroles s'en iront en fumée, si leurs actions contredisent leurs paroles.
Le père confus.
Un père qui était adonné à l'ivrognerie défendait à son fils <lt' jurer et de blasphémer en lui faisant observer que Dieu entcnd^tout. « Est-ce bien vrai ? » demanda le jeune homme; «fmais peut-il également tout voir? » — « Bien certainement, » répondit le père. « J'en suis fâché pour vous, iiîon cher père! » répliqua le fils, « car en ce cas Dieu vous a vu hier soir en état d'ivresse. »
[Gr. Cat. 14" q.)
Ce qui doit nous détourner du scandale. — Explication. — Puis(jue, par le scandale, on cause à l'âme un dommage si considérable, nous devons éviter ce crime par tous les moyens |)ossibles, et nous le ferons 1) en songeant que celui qui donne le scandale est un suppôt de .sa tan ; « car de même que celui-ci fut un homicide, dès Je commencement, » {Jean, 8, 44.) ainsi l'homme qui eionne le scandale, tue, |)ar séduction, les âmes que Jésus a rachetées j)ar son sang précieux, ne tenant îiucun compte de cet avertissement de S. Paul {Ro7n. 14, ■io.) : « Ne faites pas périr celui pour qui Jésus-Christ c.-t mort ! »
2) En considérant \es suites terribles du sca7idale,[)msque ceux qui ont été corromj)us en corrompent d'autres à leur tour, et que de cette manière le péché se transmet
sans cesse. Toute la race humaine n'a-t-elle pas été corrompue par la postérité de Caïn! Caïn donna à ses enfants le mauvais exemple, ceux-ci à leurs enfants et à leurs petits-enfants, et ainsi de suite, jus(ju'à ce qu'enfin les descendants de Selh fussent également atteints de la contagion {Genèse 6.). Jéroboam entraîna tout Israël dans ridolâtrie. (3. Rois. 12-14.)
3) En méditant enfin sur cette effrayante sentence de Jésus-Christ ; « Si (|uelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui (pj'on lui pendit au cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond do la mer. Malheur au monde à cause de ces scandales! Malheur à l'homme par qui le scandale arrive! » [Matth. 18, 6-7.)
Comparaisons.
« Un homme impie jette étourdiment de tous côtés autour de lui les charbons brûlants de ses péchés, et souvent lorsque déjà il est mort, les charbons prennent feu, et la fumée de ce feu entoure son tomt)eau comme une colonne d'infamie, et les péchés dont il avait répandu la semence, le suivent dans l'éternilé. » {Philolhée.)
« Si par vos discours vous entraînez votre frère au mal, vous êtes son meurlrier. Vous tuez par de mauvais exemples et de funestes suggestions l'âme, la [)lus noble partie de l'homme. » (Le vénérable Rede.)
« Observez les mouvements que produit une pierre jetée dans l'eau. A peine la pierre a-l elle touché l'eau qu'on voit se former autour d'elle un cercle; ce cercle en fait naître un second autour de lui, et celui-ci encore un nouveau, et ainsi de suite aussi loin que la vue porte, jusqu'à ce que tout ait ressenti le mouvement primitif de la pierre; ou bien observez I s avalanches et les épouvantables ravages qu'elles font. Il arrive que le pied d'un voyageur, un coup de vent ou une pierre qui tombe, détache du haut de la montagne une petite quantité de neige. Tout en roulant elle se pelotonne
302 DKS COMMANDEMENTS.
en boule serrée, et h mesure que la vitesse s'accroît, de nouvelles quantités de neige, de plus en plus considérables, viennent s'y ajouter, au point que dans le lointain le bruit de cette immense boule de neige retentit comme le roulement du tonnerre. Rien ne résiste à la puissance d'impulsion de cette masse qui entraîne avec elle d'énormes blocs de rocher, des arbres séculaires, et qui quelquefois écrase et ensevelit sous les ruines des villages entiers. — Or, nous voyons ces circonstances se reproduire dans le scandale. Une seule mauvaise parole dite par une seule personne, un seul mauvais exemple produit quelquefois des milliers et des millions de péchés comme autant de cercles, et entraîne une infinité d'âmes dans l'abîme de la perdition éternelle. » {Manuel de Schuster.)
Suites du scandale.
Rien ne cause plus de frayeur et ne donne plus d'inquiétude au moment de la mort, que le souvenir des scandales qu'on a donnés. Déranger, archidiacre d'Angers, avait eu le malheur de répandre au loin le venin de l'hérésie; il avait séduit un grand nombre d'âmes. Sur la fin de sa vie; il est touché de Dieu, il abjure ses erreurs, il se convertit. Tout à coup, au moment de mourir, il s'agite, il se trouble, il s'eflraie. « Pourquoi, mon frère, ces troubles et ces frayeurs, lui demande le prêtre qui l'assiste? Dieu est la miséricorde même, espérez en lui. » — « Je le sais, répond le malade, et j'ai bien confiance que Dieu aura égard à mes larmes et qu'il oubliera mes propres péchés; mais les péchés que j'ai lait commettre aux autres, me les pardonnera-l-il? 31ai heureux ! l\ me semble que les âmes que j'ai perdues m'attendent au tribunal de Dieu pour demander vengeance, il me semble que Jésus-Christ fait retentir au fonil de mon cœur cette voix qui m'épouvante : Où est un tel, où est une telle (jue tu as perdus? »Ce ne fut qu'avec les plus grandes peines qu'on parvint à lui rendre le calme; heureux si sa pénitence et son regret furent suffisants pour faire oublier au souverain Juge la perte des âmes qu'il lui avait enlevées. {Gaume.)
Exemples tirés de la Bible.
Convaincu des suites terribles du scandale, le pieux Eléazar aima mieux mourir que de donner scandale à la jeunesse. C'était l'un des docteurs de la loi les plus estimés, un homme d'un âge avancé à qui le roi Antiochus avait ordonné de manger de la viande de porc. On voulut lui persuader de se faire apporter de la viande qu'il lui était permis do manger, afin de faire semblant ainsi de manger, sur l'ordre du roi, de la viande du sacrifice. Mais il s'y refusa en disant : « Je veux laisser aux jeunes gens, non un scandale, mais un exemple de fermeté, en soutirant avec constance et avec joie une mort généreuse pour nos lois vénérables et saintes (2. Mach. (), 28.). — S. Paul, animé du même esprit, écrit aux Corinthiens (I. 8, 42-45.) : « Or, péchant de la sorte contre vos frères, et blessant leur conscience qui est faible, vous péchez contre Jésus-Christ. Si donc ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai plutôt jamais de chair toute ma vie, pour ne pas scandaliser mon frère. »
(Gr. Cat. i^'^q.) Obligation de réparer le dommage causé au corps ou à rame de notre prochain. — Explication. — De ce qui précède, il suit clairement qu'on est obligé de réparer, autant que possible, le tort qu'on a pu faire au corps du |)rochain ou à son âme par le scandale, et qu'il ne suffit |)as de confesser le péché qu'on a commis par-là et de s'en repentir. Nous pouvons surtout détruire le scandale et réparer le mal qu'il a occasionné, en le rélraclant, en demandant pardon, en remplaçanl désormais les propos licencieux par des discours édifiants, en donnant de bons exemples au lieu de mauvais, etc. comme le fit Marie Madeleine.
Le scandale réparé.
Toussaint, cet auteur dont les ouvrages ont été si justement condamnés, avait été attiré en Prusse par le roi Fré-
deric II. 11 y fut atteint d'une maladie de langueur dont il mourut après un an de souffrances. La veille de sa mort, il envoya prier ses amis de vouloir bien se trouver le lendemain à six heures du matin, chez lui, pour assister à une cérémonie religieuse qui devait y avoir lieu. « En effet, le lendemain, dit l'un d'entre eux, nous y trouvâmes le curé catholique qui se disposait à lui donner le saint Viatique; sa femme et ses enfants étaient à genoux au pied du lit, nous fîmes comme eux. » — En ce moment, M. Toussaint ayant fait relever ses coussins, de manière à être presque assis dans son lit, pria M. le curé d'attendre un moment, et, s'adressantà son fils, alors âgé de quinze ou seize ans, et le faisant placer sous ses yeux : « Mon fils, lui dit-il, écoutez et retenez bien ce que je vais vous dire. Je vais paraître devant Dieu et lui rendre compte de toute ma vie; je l'ai beaucoup offensé, j'ai grand besoin d'en obtenir miséricorde. Pour cela, mon fils, est-ce assez de mon repentir et de ma confiance? Ah! sans doute ce serait assez, tant la bonté de Dieu est infinie, si je n'avais à me reprocher que mes propres faiblesses et mes fautes; mais si j'ai scandalisé, si j'ai ofl'ensé d'autres personnes, ne faut-il pas encore que ces jtersonnes intercèdent en quelque sorte pour moi auprès de Dieu, en me pardonnant elles-mêmes? Eli bien! je compte encore sur cet acte de charité de la part de ceux qui peuvent avoir à se plaindre de moi. J'ai des torts envers votre mère, et sa piété (jui m'est connue me répond qu'elle me pardonnera, comme je l'en supplie. Je suis coupable île bien de négligences envers vos sœurs, second article sur lequel j'aurais des regrets désespérants, si je ne considérais qu'à leur âge les impressions sont encore faibles, et que votre mère saura et voudra réparer le mal par l'éducation solide et chrétienne ([u'eile leur donnera. Il n'y a donc que vous, mon fils, qui, au moment où j'expire, soyez pour moi le sujet des plus affreuses inquiétudes. Je vous ai scandalisé par une conduite trop peu religieuse et par des maximes beaucoup trop monilaines, me le pardoimez-vous? ferez-vous ce qu'il faut pour que Dieu me le pardonne? arriverez-vous de vous-même
CINQUIÈMK COMMANDEMKNT DE hlKl'. MO?)
à d'autres principes qui; ceux que je vous ai donnes? Par malheur, vous entrez dans un âge où l'on n'est que trop enclin à oublier les leçons les plus sages. Puis-je me flatter que vous n'oublierez que celles qu'il est si désolant pour moi de vous avoir données? Ecoutez-bien, mon fils, les leçons tardives que je vous donne en ce moment : J'atteste le Dieu que je vais recevoir et devant qui je vais paraître, que si j'ai paru peu cbréîion dans mes actions, dans mes discours el dans mes écrits, ce n'a jamais été par conviction, que ce n'a été que par respect humain, piir vanité et pour plaire à telles ou telles personnes. Si donc vous avez que^que confiance à votre père, ne vous en servez que pour rendre plus respectable à vos yeux ce que je vous dis aujourd'hui. Puissiez-vous graver dans votre âme et vous rappeler plus vivement cette dernière scène de la vie de votre père ! Mettez-vous à genoux, mun fils, joignez vos prières à celles des personnes qui m'entendent et qui vous voient, promettez à Dieu que vous profiterez de mes dernières leçons, et conjurez-le de me pardonner. »
{Gr. Cat. 16« q.)
Ce que le cinquième commandement ordonne, — Explication.— Nous avons expliqué jusqu'ici ce que le cinquième commandement défend; nous allons examiner également ce qu'il ordonne. 11 nous ordonne comme nous le dit le catéchisme :
1) De vivre en paix et en concorde avec le prochain. — De même que la colère, la haine et l'inimitié attristent et abrègent la vie, de même la paix et la concorde la prolongent et l'embellissent; ce (ju'un soleil radieux est pour le jour, la j^aix, la concorde l'est pour la vie humaine. C'est pourquoi S. Grégoire de Naziance s'écrie : « Enti'e toutes les choses qui sont douces et agréables à l'homme, laquelle est plus douce qu'une vie paisible? Qu'on nomme n'importe quel bien de la terre; pour
odii DES COMMANDEMENTS.
qu'i! soit réellement bon et agréable il faut qu'on jouisse en paix, etc. 5)
L'empereur pacifique.
L'historien ecclésiastique Baronius rapporte l'anecdote suivante de l'eujpereur S. Henri. Le supérieur d'un couvent fit un jour présent à S. Henri d'un fort beau cheval que celui-ci accepta et qu'il monta très-souvent. Or, ce cheval avait été volé à un soldat, et le voleur l'avait vendu, comme lui appartenant, au supérieur du couvent.
L'empereur faisant un jour son entrée dans une ville monté sur ce cheval, le soldat à qui il avait été volé sauta brusquement H la tête de l'animal et le réclama impérieusement de l'empereur au milieu des menaces et des insultes. Celui-ci, parfaitement calme et tranquille, répondit : « Puisque ce cheval vous appartient, prenez-le avec la selle dont il est recouvert. » — Le soldat, prenant ces paroles pour une moquerie, hésita à le prendre; mais l'empereur ne fut satisfait que lorsqu'il eut accepté le cheval avec la selle, voulant prouxer ainsi à son entourage qu'il nefautpas se quereller, mais éviter les disputes et les procès, conserver la paix et la concorde (1).
3) De favorise?' son bonheur tant spirituel que temporel suivant notre condition, ce qui a été expliqué plus haut à propos de l'amour du prochain.
Exemple de dévouement au bonheur spirituel et corporel du prochain.
Une fille de S. Vincent de Paul, attachée à l'hospice des Invalides à Paris, désolée à la pensée déchirante qu'un de ses malades allait mourir sans un regard vers le Dieu qu'il avait tint offensé, redoublait auprès de lui ses soins affectueux et vraiment maternels : à tout instant elle vole ou se tient à son chevet, j)rülitant des moindres crises de la maladie pour tâcher de parvenir jusqu'à son cœur. 11 reçoit ses soins avec insensibilité, ne la remerciant même pas. Enfin un jour, croyant qu'il allait expirer, elle se hasarde à lui
(1) Voyez pat-mi les huit béatitudes : « Bienheureux les pacifiques. »
CINUUIÈME COMMAMIEMENT DE Dll.l'. 307
présenter un crucifix. La figure baignée de larmes, elle le conjure, à mains jointes, de laisser au moins approcher de ses lèvres le signe sacré de notre rédemption. Il détourne
brutalement la tête La sœur insistant encore, il lui envoie-
;\ la face un crachat fétide!....
La sœur,sanslamoindre émotion, imitanten cela l'exemple du Dieu qui fut honni, souffleté, crucifié par la vile multitude, qui en reçut ?ur sa face adorable d'ignobles crachats, se contenta de prendre son mouchoir et d'essuyer cette dégoûtante souillure. Pensez-vous peut-être qu'elle ramollit ce cœur ignoble : non. La fille de Vincent de Paul restait encore silencieuse auprès de lui en répétant : « Mon frère, mon frère, sauvez votre âme! » Il la contraignit par les plus horribles imprécations de le laisser tranquille. Le lendemain, la mort était toujours imminente; même danger, même devoir pour la sœur de se représenter au lit de l'agonisant. Elle avait prié ardemment le Seigneur dans sa communion, et la possession du Pain eucharistique avait ravivé sa charité sainte. Elle approche du malade en tenant à la main un bol, dont elle rafraîchissait le contenu. « Voulez-vous boire un peu, mon frère? »lui dit-elle en soulevantdesa main blanche et délicate l'oreiller fétide sur lequel reposait sa tête, exhalant déjà une odeur cadavéreuse. — « Non, lui répondit-il sèchement : ne voyez-vous pas que je n'en ai pas la force? » — « Puisque vous vous sentez si mal, mon pauvre frère, continua l'ange, recommandez-vous donc un peu à Dieu, devant qui vous allez paraître. » — « Je m'en moque, répliqua encore stupidement le vieux pécheur : laissez-moi, vous disje, mourir en paix! » Et incontinent il lui couvre comme la veille, la joue d'un crachat!.... Mais, miséricorde de Dieu! c'est ici que le Ciel l'attendait, c'est ici que le Ciel voulait montrer aux âmes qui lui sont dévouées, qu'il ne faut pas se décourager, ni désespérer jamais ; qu'une seconde, un rien, suffisent pour convertir une âme et la sauver. A peine la sœur, toujours calme et sublime, a-t-elle essuyé sa belle et douce figure et s'est-elle éloignée de quelques pas, qu'elle entend le malade lui criant : a Ma sœur, revenez dans un
'M\)i t)KS COMAIANDE^IKMS.
instant J'ai besoin de vous! Elle s'éloigne et va vers
une fenêtre fixer son regard vers le ciel qu'elle invoque. Le malade la rappelle, atterré par le remords, et, puisant dans son repentir une force dont sans lui il n'aurait pas été capable, se replie sur sa couche, se redresse, s'enveloppe le corps entier de ses couvertures; puis, se glissant le long de son lit, il s'est mis à genoux, la tête nue appuvée sur une chaise. Pans cette atlitucle. au milieu des soupir , et des sanglots, il a dit à la sœur : « Venez... Je suis prêt... faites-moi... s'il se peut, confesser de suite, » Et le malade, versant des larmes abondantes et amères, se confessa, communia, reçut l'onction dernière. Et après avoir été pendant encore six semaines un modèle de résignation et de patience, l'invalide expira, tenant d'une main glacée le crucifix sur ses lèvres, souillées tant de fois par le cynisme de l'impiété et l'abomination des blasphèmes. {Episode d'un bagne, par Paul Jouhanneaud.)
3) De prendre aussi des soins intelUfjents pour la conservation de notre vie et de notre santé. — Nous devons soigner notre corps dans tous ses besoins en lui accordant une nourriture convenable et bien réglée , en lui donnant le repos et le délassement nécessaire; dans les cas de maladie, en recourant aux avis du docteur et aux remèdes de la médecine; en outre en mettant de justes bornes aux travaux du corps et de l'intelligence, en domptant les passions; car tout ce que nous sommes obligés de faire d'après la volonté de Dieu, nous ne pouvons le faiie (jue quand nous sommes en vie et en bonne santé.
Voyez plus liuiit p. 87 et 88, et p. 132 et 135.
Pratique. — Chrétien ! apprends, par ce cinquième commandement de Dieu, à être pacifique, affable et doux, comme il convient à un enfant de Dieu! Ne te laisse pas entraîner par l'une ou l'autre passion à maltraiter ton propre corps ou celui de ton prochain! Evite surtout ces funestes batailles qui ont souvent lieu parmi la jeunesse désordonnée. Evite également le séducteur comme un
CINQUIÈME i:OMMAM)KllENT DE DIEU. 309
serpent venimeux, et veille sur ton âme immortelle, de |)eur qu'elle ne souffre quchiue atteinte, qu'elle ne soit tuée |)ar les suppôts de Satan! Toi-inènie ne séduis personne par des paroles ou j)ar des actions mauvaises, et traite l'enveloppe de ton âme, ton corps, d'une manière intelligente, comme cela convient; prends soin de sa santé; car la santé est un bien jirécieux.
Ce que vaut la santé.
Un garçon boucher parcourant la campagne arriva un jour plein (le fatigue et d'ennui à une auberge où il se fit servir un cruchon de bierre et un morceau de pain. Peu après s'arrêta au même endroit une voiture dans laquelle se trouvait un monsieur fort riche qui demanda du rôti froid et une bouteille de vin dont il se régala dans la voilure même. Le garçon boucher le regarda avec des yeux d'envie et pensa : « Si j'étais aussi heureux que lui! » Le monsieur l'ayant remarqué lui dit : « Auriez-vous envie do faire un échange avec moi?» — « Gela s'entend, » répondit l'autre. « Que monsieur se fasse la peine de descendre, et qu'il me donne tout ce qu'il a, je veux également lui donner tout ce que j'ai. » — Aussitôt le monsieur ordonna à ses valets de le prendre hors de la voiture. Jlais grand Dieu! Quel spectacle ! Les jambes de ce riche propriétaire étaient paralysés, il ne pouvait se tenir debout et devait être soutenu par les mains des valets jusqu'à ce qu'on lui eût apporté ses béquilles sur lesquelles il s'appuyait. « Hé bien! » demanda-t-il, « avez-vous encore envie de changer avec moi? » — « Parbleu, non ! » fit notre garçon boucher saisi d'effroi ; « mes jambes aux(|uelles il ne manque rien me sont plus chères que vos richesses. J'aime mieux manger du pain noir et aller à pied, que d'avoir du vin et du rôti et de me faire porter par d'autres comme un petit enfant. Que Dieu vous garde ! » — Là-dessus il se leva et sortit. « Vous avez raison, » lui dit le monsieur en le voyant partir; « si vous pouviez me rendre mes bonnes jambes d'autrefois, vous recevriez ma voiture, mes chevaux, mes richesses et tout le reste. »
310 DFS COMMANbtMlvNTS.
« Tu ne commettras point d'adultère. »
{Gt\ Cat. l^-a-" q.) Ce que le sixième commandement défend. — Explication. — Le sixième commandement défend 1) tous les péchés d'impureté, et non-seulement tout acte déshonnête dont on aurait à rougir pour soi-même, par exemple, des libertés criminelles, des jeux indécents, des familiarités inconvenantes, des attouchements impurs sur soi ou sur d'autres; non-seulement les épouvantables péchés d'adultère, de concubinage, d'inceste, de pollution, etc., niais encore toute parole inconvenante, tout propos obscène, toute plaisanterie équivoque, toute chanson qui respire la passion, en un mot, tout ce qui peut seulement blesser la pudeur. Voilà pourquoi S. Paul donne l'avertissement suivant aux chrétiens d'Ephèse : (5, 3-4) « Qu'on n'entende pas seulement parler parmi vous ni de fornication, ni de quelque impureté que ce soit,.... qu'on n'y entende point de paroles déshonnètes, ni de folles, ni de bouffonnes... »
Tu ne commettras point d'adultère.
En 1125, un grand du royaume de Juida, royaume de la Guinée Supérieure, s'élant plaint au roi qu'un de ses sujets avait séduit sa femme, ce prince, après avoir examiné les preuves, porta une sentence qui condamnait le coupable, dans quelque lieu qu'il pût se trouver, à être battu jusqu'à la mort, et son corps à être exposé aux bêtes sauvages, sur la place même où il aurait été exécuté. Les officiers de justice commencèrent sur-le-champ leurs recherches, et, ayant trouvé le condamné rentrant dans sa propre maison, le tuèrent à coup de massue, et laissèrent le cadavre exposé au même lieu selon l'ordre du roi. Les voisins représentèrent bientôt au grand-maître du palais qu'un cadavre infectait le quar-
SIXIÈME COMMANDl.MKM DK DIEU. 311
lier, et le supplièrent d'obtenir un ordre du roi pour le faire transporter en plein champ. Cet officier, qu'on n'avait pas manqué d'intéresser par des présents, fit valoir leurs raisons au roi. Le prince lui répondit : « Si je ne punissais pas l'adultère avec autant de sévérité, le repos des familles serait troublé continuellement. Le cadavre restera où il est, jusqu'à ce que les bêtes l'aient dévoré ; le peuple le verra, deviendra sage aux dépens de ce misérable et apprendra à ne pas imiter sa conduite. Si la puanteur incommodé les passants et les voisins, ils n'ont qu'à passer par un autre chemin ou à changer de quartier. Tout ce que je puis faire, à votre recommandation, c'est de permettre qu'on mette pendant le jour une natte sur ce corps, mais de manière que le visage soit découvert, afin que le criminel soit reconnu aussi longtemps qu'on pourra distinguer ses traits. »
Cette punition s'étendit encore plus loin, car il donna à l'olfensé tous les biens du coupable. (Trésor des Noirs.)
Le sixième commandement défend également 2) tout ce qui conduit à r impure té, comme : a) la trop grande liberté des yeux. « Ne jetez point les yeux de tous côtés dans les rues de la ville, « nous dit le Sage (9, 7-8.)... « détournez les yeux d'une femme parée, et ne regardez point curieusement une beauté étrangère ! » Et, à la vérité, cet avis est fort sage, puisque les yeux sont les fenêtres par lesquelles l'impureté entre dans les cœurs, comme le dit S. Augustin par ces paroles : « Dès que les yeux cherchent à se délecter par des regards, le péché se rend maître du cœur. «Et S. Chrysostôme dit : « Des regards dangereux allumeront dans votre cœur le feu de l'impureté; il y brûlera comme dans une fournaise et causera une grande ardeur. « — David ayant vu une femme qui se baignait, la regarda avec une coupable curiosité, et aussitôt il fut pris dans ce regard comme dans un filet, car il tomba dans l'horrible péché d'adultère.
?)\'î DES C.OM.\iA>Dl,MlMS.
Comparaison.
« Celui qui se permet des regards indécents et consent à des pensées coupables, s'imaginant que c'est quelque chose de passager, ressemble au cerf qui, blessé d'un trait, échappe aux mains du chasseur, mais porte néanmoins la mort avec lui dans sa fuite, puisque le trait est encore fixé dans son corps. » {S. Ephrem.)
h) Les habillements immodestes [i). C'est avec raison que S. Augustin dit : « Plus rhonime extérieur, c'est-à-dire le corps, est atlifé et paré, plus aussi l'homme intérieur est négligé et dégradé; » et S. Ephrem : « Celui qui vise à la coquetterie et à la distinction dans les habillements, fera du tort à son âme; « en efTet, celui qui aime de beaux habillements, n'aime que fort peu ou n'aime point la vertu de chasteté.
Exemple lire de la Bible.
L'effet pernicieux des habillements immodestes sur la jeunesse nous est signalé par le sage Salomondans un exemple : « Etant un jour à la fenêtre de ma maison, » dit-il, [Prov. 7,6-24.) « et regardant par les barreaux, j'aperçois des jeunes gens, et je considère parmi eux un jeune homme insensé qui passe par une rue au coin de la maison d'une certaine femme et qui marche dans le chemin qui y conduit. Et je vois venir au-devant de lui une femme parée comme une courtisane, adroite à surprendre des âmes, bruyante et débauchée, et dont les pieds ne peuvent rester dans la maison. — Elle prend ce jeune homme et le baise, et le caressant avec un visage effronté elle lui dit : « Venez, enivronsnous de délices jusqu'au matin , réjouissons-nous en amours! » Elle le prend ainsi au filet par de longs discours et l'entraîne par les caresses de ses paroles. Il la suit aussitôt comme le bœuf qui s'en va à la boucherie et comme un agneau qui va à la mort en bondissant, et il ne comprend
(1)V. plus haut, 5« Coniniand., 13« Quest., page 296.
pas, Tinsensé qu'il est, qu'on l'entraîne pour le lier, jusqu'à ce que la llèclie lui ait percé le foie; eomme l'oiseau qui se hâte vers le filet, ne sachant point qu'on l'a tendu contre sa vie. »
Funestes efjfets de la coquetterie.
Il y a plus d'une femme qui met des robes décolletées et qui s'excuse de ces nudités en disant que néanmoins sa conduite est toujours honnête et chaste. Voici ce que S. Chrysostôme répond à ces femmes : « Non-seulement vous n'êtes pas innnocentes, mais vous êtes encore plus coupables que ceux qui se laissent béduire par vous! En effet, qui hait-on, qui punit-on le plus, ou de ceux qui boivent du poison ou de ceux qui le préparent et le donnent h boire à d'autres? Or vous préparez un poison bien plus violent et d'une manière bien plus perverse. Les empoisonneurs se laissent ordinairement entraîner à ce crime par nécessité, par trouble ou pour venger des injustices souffertes; mais vous le faites par pure vanité, par pure ambition, uniquement par désir de passer pour belles et aimables. Voilà, ce qui vous engage à vous jouer de tant d'âmes précieuses et à mettre votre plaisir dans la pertedetant de cœurs faibles qui par là se perdent, non pour le temps, mais pour l'éternité. » (Lih. de VirginUule.J
c) La flatterie et la séduction. — 11 y en a beaucoup qui s'entendent à faire les beaux parleurs et à gagner ainsi à leurs desseins criminels et impurs des âmes innocentes et inexpérimentées; ces flatteurs, ces séducteurs ressemblent à l'abeille qui, il est vrai, a du miel dans sa bouche, mais qui a en même lem|>s un dard avec lequel elle blesse. De là cet avis de l'Ecriture sainte: « Mon fils, si les pécheurs veulent vous attirer, n'y consentez point. S'ils disent : Venez avec nous! mon (ils, n'allez point avec eux. » {Prov. I, 1011.)
Fuyez les /laikurs et les séducteurs.
S"' Térèse avait dès sa plus tendre jeunesse une aversion
CATÉC. l'IlATIQUE. T. II, ii
314 WS COMMANDEMKNTS.
instinctive pour toute flatterie, et mettait en garde contre elle toutes les jeunes âmes. « Fuyez les flatteurs! » leur ditelle, « car ils ressemblent aux oiseleurs qui sifflent Irèsagréablement pour attirer sur les gluaux les oiseaux qui sont exposés à leurs pièges. C'est ainsi qu(î les flatteurs, parleurs paroh s caressantes, prennent surtout les jeune âmes. >
Comparaison.
€ La bouche du séducteur ressemble aux puits de Sodome qui exhalent la puanteur et la contagion. Cliaque parole est une flèche qui tue tous ceux qui l'entendent et tous ceux (\m la répètent, ! » (Couturier.)
d) Les livres obscènes et les images licencieuses. —
(Voyez le 3« Commandement de Dieu, \o' q.)
e) Les réunions nocturnes, les spectacles et les bals indécents. Une source spéciale de l'impureté ce sont les spectacles indécents. ^<- k\x\ théâtres ledémon de l'impudicité déploie sa pompe avec la plus grande somptuosité et les charmes les plus séduisants. Tout y res[)ire la volupté. Les décors, les lumières, la musique, les chants voluptueux, le ton, la déclamation, les maximes, les intrigues, la toilette, l'indécence, la lubricité des acteurs^ et des actrices, qui revêtus de tous les apj)as de la volupté, sont animés du feu de la volupté et portent dans leurs mains le flambeau de la volupté; de tous cotés ils en secouent les étincelles sur les cœurs facilement inflammables; et ces cœurs ne s'embraseraient pas! » — Les danses et les réunions nocturnes qui en sont la conséquence, sont encore plus pernicieuses pour l'innocence ; « car les danses sont, comme dit S. Ambroise, le cercueil (le l'innocence et le tombeau de la pudeur; » ou, comme .s'exprime S. Charles Borromée, la danse mondaine n'est autre chose (ju'un cercle dont le centre est le diable, et dont la circonférence est formée de ses
esclaves; voilà pourquoi rarement ou plutôt jamais une danse n'est sans péché. Mais comment en serail-il autrement? Que voit-on, ((u'entencl-on, <|ue pense-t-on, que fait-on ordinairement à ces danses dangereuses" où les deux sexes sont si rapprochés, où ils se donnent la main et s'enlacent? Celui qui prétend pouvoir y conserver son innocence, doit vraiment être un ange!
Aversion de Philippe H pour les spectacles.
Philippe II no connaissait que trop bien les efl'ets peroicieux des spectacles; c'est pourquoi il chassa de sa cour les comédiens et les bouft'ons, comme gens bons tout au plus à flatter et à nourrir les voluptés et la paresse, à remplir les esprits oiseux de vaines chimères, qui les gâtent, et à exciter dans les cœurs des mouvements désordonnés que la sagesse et la religion nous ordonnent d'étouffer.
Funestes effets des danses et des bals.
Une dame du grand monde demanda un jour à S. François de Sales si, par complaisance pour son mari, qui paraissait le désirer, elle ne | ouvait de temps à autre assister au bal? « Je veux vous le permettre, » répondit le saint évêque, « mais à une condition, c'est que pendant tout le temps que vous vous y trouverez, vous pensiez constamment à une seule chose, — à la mort. » — Interrogé un jour sur ce qu'il pensait de la danse, le Saint répondit : « La même chose que je pense des champignons : les meilleurs ne valent rien! »>
Nous trouvons les mêmes idées sur la danse émises par un célèbre courtisan français qui savait fort bien ce qui se passe ordinairement à la danse. Voici ses paroles ; « Je n'ai jamais douté que les bals et les danses ne fussent très-dangereux. Ordinairement il ne s'y trouve que des jeunes gens qui, pouvant à peine résister aux tentations dans la solitude, le pourront encore moins dans des lieux où tout est calculé pour les exciter. Aussi je liens ([u'il ne faut pas aller au bal, quand on est chrétien. »
Senlimenls d'un sauvage sur la danse.
Un homme élevé loin de la corruption des Etats policés, dans les mœurs simples et vraies de la nature est conduit en France dans un âge où il peut juger sainement des objets, il n'avait vu jusque-là que des déserts, des forêts et des mers. Tout est nouveau pour lui, tout lui paraît extraordinaire dans nos grandes cités; il regarde avec étonnement la belle régularité des maisons particulières, la majesté des temples et la magnificence des palais. Des jeunes gens, curieux de connaître l'impression que produira sur le sauvage le spectacle d'un bal, lui proposent de l'y conduire. Leur offre est acceptée, au grand plaisir des jeunes gens, qui se font une fête de jouir de la surprise et des transports d'admiration de l'étranger. Le bal commence; le sauvage considère tout en silence. 11 écoute les sons voluptueux d'une musique efféminée... Il regarde la nombreuse jeunesse des deux sexes, parée avec tout l'art et toute l'élégance qui peuvent plaire aux yeux et séduire tous les sens; il voit comment une mesure savante sépare, éloigne, rapproche et unit cette jeunesse, qui dans tous ses mouvements s'étudie à plaire... Il paraît étonné, mais aucun signe d'admiration ne lui échappe. Enfin, impatients de connaître l'effet de leur épreuve, les jeunes gens interrogent le sauvage. Quelle est leur surprise, quand ils entendent cette réponse naïve : « En vérité, il n'est pas possible de trouver un moyen plus efficace pour séduire les âmes et corrompre les mœurs!... {rapporté par Saint- Charles Borromée.)
f) Les rapports trop familiers entre personnes de différent sexe. — Il faut que la |)aillc brûle quand on la présente au l'eu : de même la concupiscence s'enflammera si on se |)ermet des relations trop familières avec des personnes de l'autre sexe. « Etes-vous plus maître de vous-même (|ue David? » demande S. Augustin ; et H répond : « Assurément non; vous n'êtes ni plus fort que David, ni plus sage que Salomon. Or, si la fréquentation
trop assidue des personnes de l'autre sexe et leurs caresses empoisonnées ont perdu ces deux grands hommes, qu'arrivera-t-il à ceux qui recherchent de dessein prémédité à converser avec des femmes, restent dans la même maison qu'elles, ou paraissent à tous les divertissements où elles se trouvent? » — Il suit clairement de là combien soni i'unestes surtout cos relations coupables qui se continuent si souvent enli e jeunes gens, pendant des années entières.
Funestes effets des liaisons familières.
Hadding, l'un des anciens rois du Danemarck assiégeait depuis plusieurs mois une ville forte, sans réussir à s'en emparer, lorsqu'enfin il parvint à son but par un moyen fort singulier. Il fit prendre tous les pigeons qui venaient de la ville chercher leur nourriture dans les champs ensemencés, et lorsqu'il en eut un nombre sufiisant il leur fit lier à tous sous les ailes un long ruban soufré. Le soir venu on mit le feu à ces rubans, puis on laissa voler les pigeons, qui se dirigèrent tous directement vers leurs pigeonniers, et quelques heures après la ville entière n'était qu'un brasier; en effet le feu secomnmniqua des pigeonniers aux maisons qui généralement étaient en bois.
L'ennemi de notre salut se sort d'un stratagème analogue. H s'empare d'une foule d'âmes immortelles en y mettant le feu. — D'abord il noue entre de jeunes cœurs les liens d'une tendre amitié, à laquelle il donne les apparences d'un sentiment noble et élevé; mais ces liens attachés en quelque sorte aux ailes de l'innocence et de la chasteté sont enduits du soufre infernal de la concupiscence à laquelle il ne faut qu'une occasion pour s'embraser et pour produire des flammes, qui ruinent la paix des particuliers comme des familles, et détruisent le bonheur spirituel. Ces liaisons familières enfantent bientôt le mensonge et les intrigues, la désobéissance et l'orgueil, le chagrin et le mépris des parents, l'impudence, la jalousie, la haine, et hélas ! j'ose à peine le dire
3iS DES COMMANDEMENTS.
l'assassinat, lâchement commis dans les ténèbres, et enfin la ruine et le dégoût de la vie.
g) U ivrognerie et la débauche. — L'intempérance est la inère de l'impudicité; le vin excite à la volupté, l'ivresse enflamme les ardentes passions de la jeunesse. C'est pourquoi S. Paul s'écrie {Eph. 5. dS.) : « Ne vous laissez ] .linf n!!or aux excès du vin d'où naissent les dissolulions. » Et cette remarque de S. Jérôme n'est que trop vraie : « Un corps rempli de vin se jette dans de coupables voluptés. » On peut dire qu'un ivrogne n'est jamais chaste. Une fois que le vin a troublé la raison et enflammé les passions, quelle épouvantable confusion ne règne pas alors dans les pensées, les désirs, les actions d'un homme, et plus encore d'une femme! Oui, en vérité, « l'ivresse est » comme dit S. Ephrem, « la mère du libertinage. »
Un bon conseil de S. Jérôme.
S. Jérôme met les jeunes gens en garde contre l'intempérance par les paroles suivantes : « Je me trouve à même, » dit-il, « de donner un conseil, si l'on veut donner quelque valeur à l'expérience que j'ai faite moi-même. J'exhorte et je conjure une âme, qui désire vivre dans la grâce de Jésus- Christ et conserver la chasteté, d'éviter le vin comme un poison mortel. Ce sont-là les premières armes du démon contre les jeunes gens. Le vin avec la jeunesse enflamme doublement les ardeurs de la concupiscence. Pourquoi versez-vous de l'huile dans le feu ? Pourquoi ajoutez-vous à ce corps où le feu couve toujours, des matières inflammables?
Comparaison.
<i Le mont Etna, les monts Vésuve et Olympe qui vomissent continuellement du feu, ne bouillonnent pas avec autant de fureur que le sang des jeunes gens, lorsqu'il est embrasé par le vin et l'abondance des viandes. » [St-Jérôme.)
h) Voisiveté et la vie efféminée. « L'oisiveté enseigne
aii\ hommes beaucoup de mal. » (Eccl. 33, 29.) : elle est la source et la mère nourricière de tout péché, le principe de tout crime et spécialement le poison de la jeunesse. Si David était entré en campagne avec ses hommes et n'était pas resté oisif chez lui, il n'aurait pas commis d'adultère. De même que l'eau stagnante produit des insectes, il la terre inculte de mauvaises herbes, ainsi lamede 1 homme oisif ne produit que des pensées, des désirs et des actions coupables.
Le jeune solitaire .
Un jeune solitaire n'employait généralement pas son temps d'une manière consciencieuse; ii passait plus d'une heure dans l'oisiveté, et il arriva ainsi que dans ces heures d'oisiveté il fut fréquemment assailli de tentations contre la pureté. Il s'en plaignit auprès de son abbé; mais celui-ci, soupçonnant aisément la cause de ces tentations, l'accabla de travaux fatigants. Plus tard il lui demanda s'il était encore tenté : « Hélas! répondit le jeune homme, comment pourrais-je l'être? J'ai à peine le temps de respirer, » {Couturier.) — Une vie efféminée fait également beaucoup de tort à l'innocence.
Comparaison.
« Celui qui dirige la guerre ne peut faire rien de plus insensé que de laisser parvenir des vivres à l'ennemi. Cette folie est celle de l'homme sensuel, efféminé, qui aecorde tout à sa chair, son ennemi le plus cruel. Il faut qu'il succombe puisque lui-même la soutient, l'agace, l'arme contre l'esprit, est de connivence avec elle. {S. Vinc. Ferr.)
[Gr. Cat. 3«-5« q.) Infamie et funestes effets de Vimpureté. — Explication. — L'impureté est un péché que le grand Apôtre défend de nommer dans l'assemblée des Saints; mais le monde l'excuse et lui brûle de l'encens. Toutefois la sainte Ecriture parle tout autrement de cet horrible péché; elle
'520 DES C0M5IANDEMENTS.
est remplie de malédictions contre lui, vu qu'il n'y a pas de péché plus honteux et plus funeste que l'impureté. Je vais donc prouver :
1) Vinfamie deVimpureté. — L'impureté est un péché excessivement honteux, puisqu'elle ravale jusqu'aux animaux immondes l'homme, l'image et le temple de Dieu, i\n\ 0^4 appelé à une vie pure et sainte; c'est pourquoi elle est appelée aussi péché immonde. « Quand l'homme, » dit S. Bernard, « se laisse aller à l'amhition, c'est un homme qui pèche, mais qui pèche en Ange; succomhet-il à l'avarice, c'est un homme qui pèche, mais qui pèche en homme; s'ahandonne-t-il aux sales désirs de la chair, il pèche, mais il pèche en hête. » — Par le péché d'impureté, Vimage de Dieu est renversée en nous, le temple de Dieu y est profané. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, « nous dit S. Paul (1 Cor. 3, 16-17)« et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu'un profane le temple de Dieu (surtout par l'impurefé) Dieu le perdra. » S. Vincent Ferrier écrit : « Celui qui jetterait l'image du Crucifié dans un cloaque, serait regardé comme un traître et un incrédule; or chaque fois, 6 homme, que vous vous adonnez à la volupté, vous jetez l'image de la Divinité, qui est en vous, dans le bourbier des voluptés, dans un cloaque impur. »
L'impureté renverse en nous le temple de Dieu.
S^-Ambroise fit un jour une allocution bien vive à une jeune fille qui s'était oubliée, et il appuyait surtout sur les paroles suivantes : « Tout est là ! Depuis que vous avez perdu le trésor de la virginité, vous nêtes plus le temple de Dieu, mais le hideux séjour du démon! » puis il continue : « Ouvrez les yeux, âme malheureuse ! et regardez ce que vous fûtes un Jour dans l'état de grâce, et ce que vous êtes maintenant dans l'état de péché! Vous étiez l'épouse du Très-Haut, vous étiez le temple du Dieu vivant, vous étiez un vase d'élection, vous
étiez la couche du roi éternel, vous étiez la sœur des Anges et l'héritière du royaume éternel. Voilà, ce que vous avez été quand vous étiez en état de grâce! Mais chaque fois que j'ai dit : Vous étiez, vous étiez, vous étiez, chaque fois aussi vous soupirerez et vous pleurerez en songeant à votre changement si subit! Car l'épouse de Dieu est devenue une amie du démon; le temple du Saint-Esprit s'est transformé en caverne de voleurs, le vase d'élection en réservoir de corruption, la couche du roi céleste est un tas de fumier, la sœur des Anges en compagne des démons. »
L'impudicité ravale V homme à la condition des bêtes.
Nous le voyons dans Nabuchodonosor. Ce roi s'était adonné à la volupté et à l'impiété; c'est pourquoi s'accomplit en lui cette parole du Seigneur : « Qu'il paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de champs; qu'on lui ôte son cœur d'homme et qu'on lui donne un cœur de bête! » (Dan. 4, 12-15.) Et il fut fait ainsi. Comme il était adonné à des vices dignes des animaux, il fut ravalé à la condition des brutes, jusqu'à ce qu'étant retourné en lui-même, il revint à Dieu. Comparaison.
« De même que la pourriture enlève à la pomme sa beauté, sa couleur, son parfum et son prix, ainsi ce péché enlève à l'âme la beauté, la valeur de la grâce, le parfum du bon exemple et toute sa splendeur. » [S. Bonavent.)
2) Les funestes effets de Vimpiireté. — Autant ce péché est honteux, autant il est pernicieux pour le cö?*;;« aussi bien que pour Vâme; en effet, a) il enlève à l'homme son innocence et ruine sa santé ainsi que la vie du corj)s et de l'âme. « Celui qui se livre aux plaisirs infâmes devient un criminel, et il sera la pâture de la pourriture et des vers. » {Ecoles. 49, 3.) b) Il conduit l'homme à une foule d'autres péchés et de vices, et même quelquefois au meurtre et au désespoir; c) il lui attire la misère, le mépris, la honte et enfin la damnation éternelle; car l'impudique se convertit fort rarement. Voilà pourquoi
nous trouvons dans l'Ecriture sainte : «Ni les fornicateurs, ni les adultères, ni les efféminés, ni ceux qui commettent des péchés contre nature n'hériteront point le royaume de Dieu. (I Cor, 6. 9.); au contraire les fornicateurs trouveront leur partage dans l'étang de feu et de soufre. » {Apoc. 4, 8.) En vérité, l'impudique qui boit à la coupe des plaisirs, couronnnée de roses, ressemble à la mouche qui se désaltère au vase de lait empoisonné; lun et l'autre y trouvent leur perte.
L'impureté détruit la santé du corps.
II n'y a pas de péché qui se venge plus cruellement sur ceux qui s'y sont livrés que l'impureté. « L'impudique, » dit S. Jérôme, « se fait un tort tellement grand que Dieu lui-même, bien que, en vertu de sa toute- puissance, il puisse tout, ne peut cependant, d'une jeune fille coupable, en faire une vierge? » L'impureté affaiblit et énerve les hommes et les conduit de bonne heure au tombeau. — Guillois raconte le fait suivant : « Un brave père de famille ayant vu que son fils montrait de malheureuses inclinations au vice contraire à la vertu de pureté, afin de le corriger, eut l'idée de lui mettre sous les yeux, un spectacle dans lequel il pût voir quelles suites affreuses le vice traîne après lui, même en ce inonde. Il le conduisit donc dans un hôpital, où ne se trouvaient réunis que des malades qui s'étaient attirés leurs âOufFrances par une vie coupable. A la vue de ces spectres décharnés et aftVeux, avec leurs membres à moitié pourris, et qui poussaient des cris lamentables, tous les sens du jeune homme égaré se soulevèrent, et il faillit s'évanouir. « Va, misérable ! lui dit alors le père, suis la pente de tes indignes penchants; bientôt tu t'estimeras heureux de trouver un refuge dans cette salle, où, victime des douleurs enfantées par une vie infâme, tu forceras ton père de bénir Dieu pour ta mort. » Ces paroles produisirent, à la vue de tant d'horreurs, «ne telle impression sur le jeune homme qu'il renonça à tout jamais au vice honteux. Entré dans la carrière des armes,
SIXIÈME COMMANDEMENT l)E DIEU. 323
il préféra supporter les railleries de ses camarades plutôt, que de se laisser entraîner au péché.
L'impudique se concertil rarement.
Théodore de Bèze qui. après la mort de Calvin, fut le chef de la Secte calviniste, eut avec S. François de Sales plusieurs entretiens sur la véritable religion, qui le touchèrent profondément sans cependant le convertir. Le saint évêque avait réussi à ramener plus de soixante-dix mille calvinistes dans le sein de l'Kglise catholique; mais tous ses efforts échouèrent auprès de Bèze, bien que celui-ci lui eût avoué qu'on peut également se sauver dans l'Eglise catholique et qu'il n'y avait eu aucun motif de s'en séparer. Qu'est-ce qui pouvait donc enchaîner à son parti cet homme si instruit? Un jour M. Deshaies, l'un de ses confidents, pour lequel il n'avait rien de caché, le pressa de s'en expliquer; alors de Bèze, faisant entrer une jeune fille fort belle : « Voilà dit-il, ce qui me convainc de la bonté de ma religion. » Des poésies erotiques fort licensieuces que de Bèze a composées et fait imprimer, ne sont que trop propres à confirmer cet aveu humiliant qui échappa au réformateur dans un moment de belle humeur.
Limpureté entraîne les hommes à leur perte.
iElien rapporte: Un jour Théodate, courtisaneAthénienne, rencontrant dans la rue le sage Socrate, lui dit d'un ton ironique : « Réunis autant de disciples que tu poux? Je n'ai qu'à vouloir, et je les prends tous dans mes filets, si bien que pas un seul ne retourne plus auprès de toi. » Socrate lui répondit : « Vous dites l'entière vérité; car vous entraînez les hommes à leur perte sur un chemin glissant; tandis que moi, je veux les conduire à la vertu par un chemin monlueux et fatigant. »
Comment Vimpudique meurt.
Un jeune homme se mourait. Or, pendant qu'on lui rappelait les grandes vérités de la religion, il tenait en mains une espèce de médaillon qu'il portait fréquemment à ses le-
vros; tout le monde en était très-édifié, croyant que c'était une image pieuse de Jésus ou de la Sainte Vierge; il meurt en baisant encore une fois cette image; on la lui prend des mains. Grand Dieu! c'était le portrait du coupable objet de sa passion! Voilà la divinité qu'il adora en mourant et dans le sein de laquelle il rendit son âme souillée par l'impureté. — S.Thomas dit donc avec raison : « L'impudicité est un péché dont on se débarrasse très-difiicilement; et voilà pourquoi elle cause infailliblement la f)erte du jeune âge. »
Exemples tirés de la Bible.
L'Ecriture Sainte aussi nous montre par de nombreux et terribles exemples les suites funestes et les châtiments effrayants de l'impureté. — Les hommes avaient corrompu leurs voies; ils s'abandonnaient à tous les désordres de l'impureté. Alors Dieu parla dans sa colère : « Non, mon esprit ne restera plus avec l'homme, parce qu'il est toute chair; » et il envoya le déluge qui engloutait tout l'univers et la race coupable des impudiques {Genèse, 6.). — Les deux villes de Sodome et de Gomorrhese livraientà d'horribles débauches, en foulant aux pieds la nature et la raison. Une pluie de feu tomba du ciel, la terre vomit des flammes qui dévorèrent tous les habitants de ces villes maudites {Genèse, 49.). — Ce fut principalement à cause de leur impureté que 24,000 Israélites dans le désert et presque toute la tribu de Benjamin furent exterminés par le fer. — Ce fut par l'impureté que David, Salomon, les deux juges qui voulurent séduire la chaste Susanne {Daniel, 13.), Hérode et Hérodiade furent entraînés aux plus grands crimes.
(Gr. Cat. 6«-8« q.)
Enormitédu péché d'impureté. — Explication. Puisque rimpureté est un péché si honteux et si funeste, tout Ijéché d'impureté, commis sciemment et volontairement avec soi-même ou avec d'autres est un grand péché, un péché mortel; car S. Paul dit d'une manière générale :
« Sachez que nul fornicateur, nul impudique ne sera héritierdu royaumedc Jésus-Christ et de Dieu. » {Eph. 5,5.) (.opendant, parmi les péchés d'impureté, l'un peut être plus grave que l'autre, selon les personnes avec lesquelles on le commet, ou selon que le péché est plus contraire à la nature, ou que les suites en sont plus funestes. Quand on a des doutes par rapport aux péchés contre la sainte pureté, quand on ne sait pas si telle ou telle action est une faute grave ou non, qu'on demande des éclaircissements à son confesseur et en attendant, qu'on s'abstienne soigneusement de ce qui cause notre doute.
Une remarque de S. Alphonse de Liguori.
A ce sujet, voici ce que S. Alphonse de Liguori écrit : «On ne saurait parler d'une manière détaillée de ces péchés (contre la pureté). » S, François de Sales dit qu'on souille la sainte pureté rien qu'en les nommant. Par conséquent, il faut que chacun soumette ses doutes en cette matière à son confesseur et agisse conformément à ses avis. J'observe ici en général que dans la confession il ne suffit pas de s'accuser de l'acte impur entièrement accompli, mais qu'on doit encore se confesser de tout attouchement impur, de regards immodestes, de paroles obscènes, et de ces dernières, surtout quand on a trouvé du plaisir à les prononcer ou qu'elles ont scandalisé d'autres personnes. De plus, on doit se confesser de toute pensée impure. » {Caléch. p. 112.)
(Gr. Cat. Q'^ q.)
Ce que le sixième commandement de Dieu ordonne. — Explication. — De même que le sixième commandement nous défend sévèrement tout impureté et tout ce qui y conduit, ainsi il won&ordonne de la manière la plus formelle d'être chastes et honnêtes dans nos pensées, nos regards, nos paroles et nos actions et de conserver soigneusement Yinnocence de l'âme comme le plus grand bien et le plus bel ornement de l'homme. Non, il n'y a pas de vertu plus
32rf DF.S COMMANDF.MENTS.
helle et plus sublime que la vertu d'innocence et de chasteté qui, parlà-même, nousesttant recommandéedansce commandement. La chasteté nous rend agréables à Dieu et aux hommes, comme il est écrit au livre de la Sagesse: « Une race chaste est en honneur devant Dieu et devant les hommes; » {Sag. 4, 1.) elle nous rend semblables aux anges. « La chasteté est le lis parmi les vertus, » écrits. François de Sales; « elle rend les hommes presque semblables aux anges. » Et S. Chrysostôme dit: « La chasteté est de la famille des anges; elle vit dans les corps, mais non pas d'après les corps; elle est sur la terre, mais elle vit proprement avec ses pensées dans le ciel. Etre ange c'est tout simplement un bonheur, être vierge, c'est an mérite. » « La chasteté, » comme s'exprime S. Ephrem, « est un char spirituel qui enlève dans les hauteurs célestes celui qui le possède. « Et quelle récom[)ense est réservée à cette vertu dans l'éternité? « Ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes, |)arce qu'ils sont vierges, suivent l'Agneau partout où il va » {Apoc. 14, 4.) — Combien ne devons-nous donc point aimer cette vertu? x\ucun sacrifice ne peut nous paraître trop grand, aucun combat trop rude afin de conserver et de fortifier en nous cette vertu. Voyez seulement ce que la chnsle Susanne, ce que Joseph d'Egypte, ce que les Saints ont fait pour rester toujours en possession de cette vertu angélique.
Le combat pour la vertu céleste de chasteté.
Les âmes saintes et chastes sont plutôt prêtes à mourir qu'à sacrifier leur innocence; elles défendent au prix de leurs biens et de leur vie leur honneur contre les ravisseurs qui veulent leur enlever cette perle. — S. Edmond, archevêque de Cantorbéry, étant un jour excité à l'impureté par une femme, se défendit à coups de verges; S. Bernard de Sienne à coups de discipline; et S. Thomas d'Aquin au moyen d'un
SIXIÈME COMMANDK.MENT DK UlKli. 327
tison enflammé. — Zonoras raconte que l'emporour Isaac Commène étant tombé malade on voyage, les médecins lui dirent qu'il pourrait se guérir en ayant commeroc avec une femme; mais ce remède lui inspira une telle répulsion qu'il préféra mourir. {Le Dr Richter. La mine d'or. II. p. 5 et G.)
La victime de Vinnocence.
En Tyrol se trouve, perché sur un rocher à pic, un couvent de religieuses, où aujour i'hui encore, vivent des vierges consacrées à Dieu sous la règle de S. Benoît. A l'époque où des bandes de brigands français infestaient le Tyrol et où l'innocence des vierges était aussi peu à l'abri de leur brutalité que les biens et les richesses l'étaient de leur insatiable cupidité, le couvent sans défense fut également visité par ces oiseaux de proie et indignement pillé. L'un d'eux aperçut une religieuse; animé d'une ardeur impudique, il se mit à poursuivre la timide cqlombe. Celle-ci s'enfuit du premier étage aux étagessupérieurs; le brigand la suit ; mais elle s'élance sur le toit; le monstre la poursuit toujours. Arrivée là aune hauteur effrayante, au bord de l'enceinte taillée dans le roc qui se penche menaçant au-dessus de l'abîme, serrée de près par son persécuteur et tremblante de crainte, elle prend une résolution héroïque; pleine de foi et de confiance en Jésus-Christ à qui elle voulait garder sa virginité, après avoir fait le signe de la croix, elle se précipite dans le gouffre béant, et quelques semaines après, on retrouva les restes de son corps fracassé. — Jeunes filles, ceci s'adresse à vous. La chasteté ne s'achète pas trop cher au prix de la mort ; et s'il n'y a pas d'autre moyen de sauver notre chasteté, eh bien! à l'exemple de cette vierge héroïque, après avoir fait le signe de la croix, précipitons-nous dans l'abîme et teignons de notre sang les pierres du rocher! [Bede Weber, serm. au peuple de Tyrol.)
L'ami et le défenseur de l'innocence.
Bayard respecta toujours l'innocence de la vertu. Eh ! combien de fois la pudeur alarmée ne trouva-t-elle pas au-
328 DES t.OMMAM)t:y.F.MS.
près de lui un asile assuré ! Lorsque, par une infamie dont nous n'avons que trop d'exemples aujourd'hui, une femme, plus marâtre que mère, força elle-même sa fille à se laisser conduire chez le chevalier, il n'abusa pas de sa pauvreté et de sa jeunesse, quoique vivement épris de ses charmes. Cette aimable vierge ne l'eut pas plutôt aperçu, que, se jetant à ses pieds et les arrosant de ses larmes, « Monseigneur, lui ditelle, vousnf^déshonorerez pas une malheureuse victime de la misère dont votre vertu devrait vous rendre le défenseur. » — Levez-vous, ma fille, lui répondit Bavard, vous sortirez de ma maison aussi sage et plus heureuse que vous n'y êtes entrée. » Sur-le-champ il la conduisit dans une retraite, et le lendemain il envoya chercher la mère. Après lui avoir fait les reproches qu'elle méritait, il lui donna six cents francs pour marier sa fille à un honnête homme qui consentait à l'épouser avec cette dot, et y ajouta cent écus pour les habits et les frais de la cérémonie.
Après la prise du château de Solre, dans le Hainaut, par le vicomte de Turenne, quelques soldats ayant trouvé dans la place une femme d'une rare beauté, l'amenèrent à leur commandant comme la plus précieuse portion de leur butin. Le vicomte n'avait alors que vingt-six ans, et il n'était pas insensible. Cependant il feignit de ne pas pénétrer le dessein de ses soldats, et loua beaucoup leur retenue, comme s'ils n'avaient pensé, en lui amenant cette femme, qu'à la dérober à la brutalité de leurs compagnons. Il fit chercher son mari, et, la remettant entre ses mains, il lui dit que c'était à la discrétion de ses soldats qu'il devait l'honneur de sa femme. {Turpin.)
(Gr. Cat. 10« q.) Moyen de conserver la chasteté. — Explication. — Puisque la vertu de chasteté est si méritoire aux yeux de Dieu et en même temps le plus bel ornement de notre âme, nous devons mettre en œuvre tous les moyens pour la conserver fidèlement. Ces moyens sont les suivants : 1) Nous devons éviter les mauvaises compagnies et les oc-
SIMKME COMMANDKMKNT DL DIEU. 'à"!'^
casions de péché; car, « celui qui aime le danger y périra. >i{Ser. 3, 27.) Une lumière, |)Our ne point s'éteindre, doit rester dans la lanterne, et une âme qui veut garder intacte son innocence, doit rester chez elle et ne pas fréquenter la société des méchants, car « ne savez-vous pas qu'un peu de levain aigrit toute la pâte? » (1 Cor. Ö, 6.)
î! \aui bien niiniix de Ttiir lis f^^batich's a\anl. Que (Je lesfrt'quciilPi' el de les fuir ensuite; Quand c'est trop lard on frotte, on se brosse sojivent, Mais la lache iiu'en nous leur contact a produite, Toujours laisse ure trace, un impur souvenir, Le parti !e |)Iusm'! . c'eiliie (oujours les fuir.
Fuyez les mauvaises compagnies.
S. François de Sales nous donne là-dessus l'exhortation suivante: «Evitez en général tout commerce avec les hommes corrompus. Ces âmes vicieuses et ces cœurs infectes ne parlent guère à personne sans que la vertu n'en souffre; ce sont comme autant de basilics qui portent le venin dans leurs yeux et leur haleine. Au contraire, fréquentez tant que vous pourrez les gens chastes et vertueux ; ils exerceront sur vous une salutaire influence. »
2) Nous devons bien veiller sur nos sens et principalement sur nos yeux. Disons avec David : « Détournez mes yeux, afin qu'ils ne voient point la vanité. « (P5. 418,37.) Et à l'exemple de Job « nous ferons un pacte avec nos yeux pour ne pas même penser à une vierge.» (M. 31,1.)
Claire de Montfalcon.
On demanda un jour à la bienheureuse Claire de Montfalcon pourquoi elle ne regardait pas les personnes avec qui elle parlait? « A quoi bon, )^ répondit-elle; « puisqu'on ne parle qu'avec la langue? Les yeux de David n'auraient pas versé tant de lariTies s'il avait su maîtriser ses regards. »
3) Nous devons fréquenter les Sacrements; celui qui se confesse volontiers, ne péchera plus volontiers, et celui
;!?><• DtS COMMANDEMENTS.
(\\ù reçoit fréquemment la nourriture ct-Ieste, ne voudra plus toucher aux glands des pores, c'est-à-dire des impudiques. « L'Eucharistie est le vin qui fait germer les vierges. [Zach. 9, 17.) Elle est le pain des forts; réconforté parcette nourriture divine, quelle force n'aura-t-on pas contre les tentations? Elle est le pain des anges; les vices grossiers de la chair ne saurai^^nt atteindre une ame qui s'en est nourrie. L'esprit injpur osera-t-il s'approcher de vous quand vous êtes rempli de la divinité elle-même? » {Couturier.)
S. Philippe de Néri et le jeune homme impur.
Un jour un jeune homme, tourmenté par le péché d'impureté,vint trouver S. Philippe de Néri et lui confia sa peine. Le Saint lui donna l'avis suivant : « Voici, mon fils! 11 est trèsavantageux d'avouer au confesseur ses pensées impures. En s'accusant de la tentation, elle est à moitié vaincue. Celui qui a eu le mal heur de tomber dans quelque péché contre la pureté doit se confesser de suite. » — Le jeune homme suivit fidèlement le conseil du sage directeur, et c'est ainsi qu'il fut bientôt délivré du péché d'impureté.
S. Joseph de Cupertin
donne le même conseil. Il dit : « Voulez-vous résister aux assauts, approchez-vous souvent de la Sainte Table; car là où Dieu se tient fréquemment, l'ennemi de Dieu ne saurait se maintenir longtemps. Avec le temps Dieu remporte toujours la victoire ; car Dieu peut plus avec sa grâce que Satan avec tous ses assauts. »
4) Doits les tentations nous devons nous recommander à Dieu et à la Sainte Vierge Marie. « Dès que nous commençons à prier, » dit S, Augustin, « nous cessons de pécher. »
Le regard levé au ciel.
La chaste Susanne leva les yeux au ciel [Dan. 13.35.) et le Seigneur lui envoya son assistance; elle conserva sa chas-
SIXIKMK CO.MMANOIOIKNT DE bIF.lI. 3<il
télé, lorsque d'impudiques vieillards vinrent lui dresser des embûches. Levez de même les yeux au ciel, et du haut de Sion le Seigneur vous enverra du secours si les séducteurs approchent.
5) JSous devons penser que Dieu voit tout et qu'à chaque instant nous pouvons mourir. « Dans toutes vos actions souvenez-vous de voire fin dernière, et vous ne pécherez jamais. » [Sir. 7, 40.) Et qui pourrait avoir la hardiesse de pécher sous les yeux de Dieu?!
(V. les Ex. IPartie. p. 111 a 117.)
6) ISous devons enfin nous exercer avec soin dans rhumilité, la mortification et le renoncement à nous-mêmes, comme l'écrit l'Apôtre : v Or, ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié la chair, avec ses affections et ses convoitises. » {Gai. 5, 24.) Non, il n'y a pas de meilleur moyen de vaincre l'esprit impur que Thumilite, le renoncement à soi-même et la mortification. « Le plus sûr moyen de forcer une forteresse à se rendre, » dit S. Bonaventure, « c'est de lui couj)er les vivres, et c'est ainsi que toute chair, quelque rebelle quelle soit, peut être domptée, en lui refusant la nourriture et en la mortifiant. Or, voulez-vous rester chastes, jeûnez, renoncez à vous-même! »
Le saint ermite Hilarion
se sentait vivement assailli, dans sa solitude, de lentalions contre la pureté, bien qu'il ne prît ordinairement par jour que six onces de pain d'orge et quelques herbes cuites à l'eau. Afin de combattre ces assauts, il diminua encore sa frugale nourriture; il allajusqu'à rester trois ou quatre jours de suite sans rien prendre, et c'est ainsi qu'il chassa l'esprit impur qui l'avait attaqué.
Pratique. Or, savez-vous maintenant, âmes pures, ce que vous devez aimer, ce que vous devez haïr? Vous aimerez Yinnocence, et vous haïrez tout ce qui pourrait la
.i.S-2 DF.S COMMA^DEME^TS.
blesser? Oui, aime'::: Vinnocence de volve âme. Méditez souvent ces paroles de l'Ecriture Sainte : « 0 ! comiiien elle est belle la race chaste! Sa mémoire est immortelle et elle est en honneur devant Dieu et devant les hommes. Elle triomphe et est couronnée pour jamais comme victoiieuse après avoir remporté le prix dans les combats pour la chasteté. « [Sag. 4, 1-2.) En vérité, il ne peut y avoir rien de plus aimable qu'un cœur innocent et pur. « Combien est beau, » dit S. Grégoire de Naziance, a tout l'intérieur d'une âme qui n'est point parée d'écla- « tantes pierreries, mais qui brille par sa simplicité, sa « pureté et son innocence! »Et S. François de Sales écrit: « Le cœur chaste est comme la mère perle qui ne peut recevoir aucune goutte d'eau, qui ne vienne du ciel; c'est ainsi que le cœur chaste ne doit se donner aucun plaisir immoral, pas même se permettre une mauvaise pensée. » — Détestez également tout ce qui pourrait le moins du monde souiller la vertu d'innocence si délicate; le moindre souffle ternit le miroir, et de même la moindre souillure ternit l'innocence. >'e faites donc jamais, soit seul, soit devant d'autres personnes, ce que d'honnêtes gens blâmeraient s'ils le savaient; et si quelqu'un veut vous séduire, repoussez-le et ajipelez au secours. Ecoutez les paroles du sage Salomon [Prov. 1, 10.) : « Mon lils, si les pécheurs vous attirent par leurs caresses, ne vous laissez point aller à eux! » — Fuyez les maisons, les familles où vous pourriez trouver une pierre d'achoppement! Fuyez les promenades, les réunions, surtout les compagnies que vous trouvez dans les campagnes, dans les forêts, à l'époque de la moisson ou pendant les soirées d'hiver! « Soyez vigilant et tempérant. » (1. Pierre. 5, 8.)
Un miroir pour les âmes pures.
Rebecca est pour toutes les âmes pures et virginales un miroir vivant dans lequel elles peuvent se regarder fré-
SEPTIÈME COMMANDEMKNT DK DIEU. 333
quemment et où elles apprenflront ce qu'elles ont à faire, si elles veulent conserver fidèlement la chasteté. — Kebecca n'est pas oisive, au contraire, elle est active et elle porte une cruche. Après avoir puisé de l'eau, elle retourne, ne s'arrête pas longtemps dans les places publiques, et bien qu'elle remarque le serviteur d'Abraham, elle ne le regarde pas indiscrètement, et ne lui parle pas; et lorsque le serviteur lui demande à boire, elle le satisfait aussitôt et lui parle amicalement et modestement. Quoiqu'elle entende qu'il est le serviteur d'Abraham, elle ne le conduit pas cependant dans sa maison, mais elle en informe d'abord sa mère. Elle ne s'enquiert pas curieusement du motif qui l'a amené. Elle obéit à ses parents lorsque ceux-ci désirent qu'elle aille s'unir à Isaac, quelle que soit la peine qu'elle éprouve à les quitter. {Cornelius à Lapide.)
« Tu ne déroberas point. »
{Gr. Cal. l-o^ q.)
Ce que le septième eommandement défend. — Explication. Le septième commandement défend tout dommage causé aux propriétés du prochain, ce qui se fait 1) par rapine ou vol, 2) par tromperie, 3) par usure ou 4) pai' tout autre moyen injuste.
1) La rapine ou le vol. Ce ne sont pas seulement les voleurs proi)rementdits,qui sont coupables de ce péciié, mais encore tous ceux qui leur donnent aide et conseil, qui ne rendent pas les objets trouvés ou prêtés, qui ne paient pas leurs dettes, qui mendient sans nécessité, qui retiennent le salaire, qui s'indemnisent en secret, etc. Sont également coupables de vol, les juges qui vendent leur sentence, et qui, corrompus par l'argent ou les dons, lèsent le bon droit des faibles ou des pauvres. Tous ces péchés de rapine et de vol sont défendus dans l'Ecriture