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Sainte de !a manière la plus sévère et sous les plus graves menaces. C'est ainsi que nous lisons (//«tac. 2,9,) : « Malheur à celui (4ui cherche à faire un gain injuste liour établir sa maison, afin d'être délivré de la serre du malheur! » {Lévitique,\9, 11.) « Vous ne déroberez point; et ne dénierez point la chose à qui elle appartient, et aucun de vous ne mentira à son prochain ; » car « ni les voleurs... ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu. » (1 Cor. 6, 10.) C'est pourquoi l'Apôtre donne l'exhortation suivante {Ephes. 4-, 28.) : ^< Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais qu'il s'occupe, en travaillant des mains, à quelque ouvrage bon et utile. »
La chaîne, uu : lu ne déroberas point.
Simon était un mauvais sujet qui ne valait guère mieux
qu'un voleur. Ce n'est pas qu'il volât précisément; mais s'il
trouvait quelque chose, il se l'appropriait lors même qu'il
pût soupçonner à qui l'objet appartenait. — Un beau matin
il passa devant la forge d'un maréchal. Non loin de la porte
une chaîne se irouvait par terre. Simonayantsoigneusement
regardé autour de lui si personne ne l'observait, s'en saisit
lestement. Mais tout à coup il jeta un cri terrible et laissa
retomber la chaîne; il s'était brûlé les cinq doigts. Le
maréchal qui l'avait déposée à la porte pour la laisser se
refroidir, accourut à ce cri; en voyant ce qui s'était passé il
dit à Simon : « C'est très-bien fait, que vous vous soyez
briilé les doigts de voleur. Pour qu'il ne vous arrive pas un
plus grand malheur, retenez bien ces inots :
An bien d'autrui touchez aussi peu Qii'aii fer brùlaul. quaux charbons de feu.
Me gardez pas le bien qui ne vous appartient pas. L'empereur Rodolphe tenant un jour la diète à Nuremberg, beaucoup de personnes vinrent lui demander justice. Dans le nombre se trouvait un marchand qui, étant descendu dans l'un des principaux hôtels, où il avaitdonner à garder à
rhôtoiior une bourse (lo cuir contenant !200 marcs d'argent, n'avait pas cru devoir demander une reconnaissance de ce dëpôl. Au moment de partir, il réclama sa bourse, mais l'hôtelier fit l'étonné et nia tout. Le marchand après avoir exposé son affaire à l'empereur ajouta que ce dépositaire infidèle faisait partie de la députation de la ville, qui viendrait lui présenter ses hommages. L'empereur lui ordonna de se retirer et de se tenir caché à proximité. Peu après arrivèrent les députés de la ville. Rodolphe s'entretint familièrement avec ces messieurs, s'informant de leur nom et de leur profession. Dès qu'il eut connu ainsi l'hôtelier, il lui dit : « Ecoutez, vous avez là un beau chapeau; je vous donnerai le mien en échange. » L'hôtelier se fit un honneur de troquer avec le roi, et Rodolphe mit le nouveau chapeau avec une satisfaction visible. Pendant qu'on continuait à causer il sortit, et ayant avisé un bourgeois, il lui dit : « Courez vite chez la femme de l'hôtelier et dites-lui que son mari demande sans tarder l'argent et le sac en cuir du marchand ; qu'en signe de vérité, il envoie en même temps le chapeau. » La femme, à la vue du chapeau, n'hésita pas longtemps ù remettre l'argent. Le messager l'apporta à l'empereur, qui le mit de côté et rentra dans la saile avec le couvre-chef. En congédiant les députés, il retint l'hôtelier et fit appeler le marchand. Celui-ci répéta son histoire et l'hôtelier la nia sèchement. Ils en vinrent à une dispute fort vive, lorsque tout à coup l'empereur arrive avec le sac en cuir. A cette vue l'hôtelier resta pétrifié; l'empereur, après lui avoir fait des reproches sanglants, le condamna à une amende bien ()lus forte que la somme qu'il avait voulu s'approprier.
Soyez incorruptible.
Un juge inique peutégalement commettre un vol, s'il vend sa sentence, c'est-ù-dire s'il se laisse corrompre. — S. Félix de Cantalice était précisément chez un juge, au moment que celui-ci reçut en cadeau un magnifique veau. L'animal s'étant mis à beugler, le Saint dit en riant au juge : « Monsieur, savez-vous ce que ces cris signifient? L'animal demande
MnO DKS COMMANDEMEiNïS.
une sentenct! favorable pour celui qui Fa envoyé. » Le juge rougit, et rendit aussitôt ]e \e2iu. {Iliblioth. du la jeunesse.)
2) La tromperie, On se rend coupable de ce péché quand on trompe son prochain dans le négoce, par exemple : en employant de fausses mesures, de faux poids, de la mauvaise monnaie ou en vendant de mauvaises marchandises; (juand on demande un prix trop élevé de son ouvrage ou de ses marchandises, quand on change les bornes dans les champs; (juand on met le feu à la maison |)Our obtenir de l'argent des compagnies d'assurances; quand on fabrique de faux témoignages ou certificats, (juand on intente des procès injustes ou inutiles; (ju'on cherche à corrompre les juges ou les témoins, qu'on détourne l'argent d'autrui, qu'on fait banqueroute, etc. — Au sujet de ces péchés de tromperie^ l'Ecriture Sainte nous parle également de la manière la plus sévère: « Vous ne ferez point d'iniquité, « dit Dieu par la bouche de Moïse [Levit. 19, 35.) « ni en règle, ni en poids, ni en mesure ; que les balances soient justes, et les poids tels qu'ils doivent être. « Et ailleurs [Levit. 19, 14.): (c Vous n'arracherez point les bornes de votre prochain. » Et dans le nouveau-Testament, l'Apotre écrit (1 Thess. 4, 6.) : « Que jjersonne n'opprime son frère, ni lui fasse tort dans aucune affaire, parceque le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés. »
Le iruinpeur.
Un pauvre journalier avait en pays étranger, un frère déjà absent depuis vingt ans et que tout le monde croyait mort, puisqu'il ne donnait plus aucune nouvelle. Un beau matin, le journalierreçulunelettreaumoment où il était en ville. Mfiis comme il ne savait lire ni ce qui était imprimé ni ce qui était écrit, il alla trouver avec la missive l'hôte de son auberge, le priant de vouloir lui déchiffrer ce qu'elle contenait. L'au-
bergiste l'ayant vite parcourue, dit au journalier : « Ecoutez, voici ce qu'il y a dans la lettre : Votre frère qui est à l'étranger vient de mourir et vous a légué cinquante thalers.; mais il faut que vous partiez à l'instant même pour aller toucher la somme. » — « Monsieur, » dit le journalier, « où me faut-il aller pour toucher cette somme? » — « A Amsterdam, à plus de cent lieues d'ici, » répondit l'aubergiste, — « Eh ! » dit le journalier, « cent lieues pour aller, et cent pour revenir, cela fait 200 lieues; le voyage et la perle de mon temps pour aller chercher cet héritage vont me coûter plus que la somme elle-même. » — « Ecoutez, » dit l'aubergiste, « donnez-moi votre lettre et vendez-moi votre droit pour trente thalers, de cette manière vous pourrez rester ici, et pour moi, je m'arrangerai de manière à ne pas avoir trop de frais. Mais ne dites rien à personne de ce marché; acceptez-vous? » — « De tout cœur, » répondit le journalier. — Là-dessus l'aubergiste alla chercher trente thalers et les lui compta. Le journalier les ayant pris, le remercia et partit. — Cet argent mal acquis ne profita pas à l'aubergiste; car il mena une vie de débauches et devint pauvre; plusieurs années après, étant sur son lit de mort, il avoua avec angoisse qu'il avait trompé le pauvre journalier; en effet, la lettre disait que : « Celui qui se présenterait, muni de la lettre, chez une certaine personne à Amsterdam recevrait deux mille thalers en espèces, (par conséquent cent fois plus que l'aubergiste n'avait donné au journalier). On les avait effectivement comptés au voleur, qui les dépensa en débauches. Voila comment la tromperie et l'injustice sont récompensées. {Livre de lecture de Schuster).
La borne déplacée.
Llrich habitait une jolie maison entourée d'un verger rempli d'arbres fruitiers. La prairie de son voisin touchait à sa propriété. Or, désirant agrandir son verger aux dépens de son voisin, Ulrich recula la borne plus avant dans la prairie. Quelque temps après, il monta sur une échelle pour cueillir des cerises, lorsqu'il fut au sommet, il tomba avec l'échelle
CATÉC. PRATIQUE. T. 11. 4o
et se brisa la tête contre la borne. S'il ne l'avait pas déplacée, il serait tomber sur le gazon et ne se serait fait aucun mal.
3) Viisure. On pèche par usure en demandant des intérêts illégaux pour des sommes prêtées; en accaparant les blés ou les denrées afin de faire hausser les prix, et, en général, en abusant des besoins ou de l'ignorance du prochain, à son propre avantage ou à son propre profit. — L'usure est un péché abominable. L'usurier est un homme sans cœur, c'est un monstre qui suce la moelle des pauvres ; il est dans la société humaine ce que le ver solitaire est dans le corps humain, où il soustrait aux membres tout le suc des aliments pour se les approprier; il ressemble à l'araignée qui tend sa toile pour y attrapper les mouches auxquelles elle suce le sang. C'est pourquoi Dieu a dit par la bouche du prophète Ezéchiël (18, 13.) : « Celui qui donne à usure et qui prend du surcroît, vivra-t-il? Il ne vivra pas ; quand il aura commis toutes ces abominations, on le fera mourir et son sang sera sur lui ! » Et dans les Proverbes (11, 26.) nous trouvons : « Le peuple maudira celui qui retient le froment. »
Le châtiment de Vusurier.
Un religieux de l'ordre des frères Mineurs qui vivait dans une grande sainteté aperçut un jour dans une extase un homme couché au milieu des flammes, et de son corps sortait un grand arbre. Aux branches de cet arbre pendaient plusieurs personnes, tant hommes que femmes, les pieds tournés en haut et la tête en bas; elles étaient cruellement tourmentées par les flammes sortant de l'abîme. Mais celui qui était couché à terre souff'rait le plus. Le frère demanda à l'ange qui étaient ces personnes. Et l'ange répondit : « Celui qui est couché, c'est le père et la souche de tous les autres. Il était pauvre et il s'enrichit énormément par rfes intéréls usuraires. Les autres sont ses enfants et ses petits-fds. Ils
imitèrent les errements de leur père, ne rendirent pas ce qui avait été gagné par usure, et voilà pourquoi ils sont punis avec lui ; mais le plus éprouvé c'est le père ; il voit ceux qui, par sa faute, sont tombés dans le malheur, et c'est ce qui augmente et rend plus vives ses douleurs. »
L'usure étant une si grande iniquité, les princes et l'Eglise l'ont frappée de peines graves. Les pères du concile de Latran arrêtèrent que « les usuriers notoirement connus ne seraient pas admis à la sainte Table et que, s'ils mourraient dans ce péché, ils ne seraient pas inhumés en terre sainte, » etc.
Parmi les princes je dois mentionner S. Louis, roi de France. Ce pieux monarque, qui a tant fait pour la justice, publia des lois très-sévères contre les usuriers. Il forçait les juifs à restituer les sommes qu'ils avaient extorquées par de criantes usures, et si l'on ne trouvait plus ceux à qui cet argent appartenait, il l'employait en bonnes œuvres.
L'ennemi de l'usure.
On engagea un jour S. Ives à attendre quelques mois avant de vendre ses grains, afin d'en retirer un plus grand prix, parce que, grâce à ce moyen, les pauvres, auxquels il distribuait tout son avoir, recevraient de plus grandes aumônes. « Puis-je savoir, » dit le Saint, « si alors je suis encore en vie? » — « Pour avoir attendu ainsi, » dit plus tard celui qui avait donné ce conseil, « j'ai gagné le quintuple. » — « Et moi, » répondit le Saint, « j'ai déjà gagné plus du centuple en ne gardant pas mes grains. »
Comparaisons.
« D'un arbre vous ne pouvez exiger comme profit que le fruit; mais si vous voulez également lui prendre les feuilles et les branches, il périt. Usurier qui ravis à ton prochain ce qui lui est nécessaire pour vivre, reconnais-y ton image! » « Tous les biens d'un usurier semblent avoir des dents. Son argent a des dents. Son blé, qui est là pour être mangé par les gens, a des dents; et tous ses biens ont des dents, avec
SiO DES COMMANDEMENTS.
lesquelles ils dévorent les maisons, les habits, l'argent, les grains, les champs et tous les grains des pauvres. Ce qui est encore plus terrible, ils rongent la chair et les os des pauvres. C'est pourquoi maint pauvre a coutume de dire : Je dois malheureusement emprunter à un usurier cent ducats, qui me rongent journellement les os ! Aussi il y en a beaucoup qui nomment avec raison l'usurier une morsure, parce qu'il mord continuellement et qu'il dévore la fortune des pauvres. » {S. Bernardin.)
4) Autres dommages injustes causés au prochain.' — On pèche contre le septième commandement non-seulement par vol et rapine, par tromperie et usure, mais encore de différentes autres manières, par exemple : en gâtant les prairies, les blés ou les arbres d'autrui ; en réduisant les siens à la pauvreté par le jeu ou la dissipation; en négligeant le travail qu'on est obligé de faire; en calomniant les artisans ou les négociants alin de leur soustraire leur clientèle, etc. A cette catégorie appartiennent également, les contrehandiers qui importent clandestinement des produits exotiques, sans payer les droits d'entrée, les voleurs des bois, les braconniers, et ceux qui se permettent des fraudes dans les droits à payer à l'Etat.
Ne causez du dommage à personne dans ses prairies, ses terres ou ses jardins.
Pascal, un enfant appartenant à des gens fort pauvres, fut obligé, afin de gagner sa vie, d'aller garder les troupeaux, et il montra dans cette humble fonction beaucoup de probité et de fidélité. Il veillait avec le plus grand soin à ce que personne ne soutîVît le moindre dommage dans ses prairies ou ses terres par le fait d'un animal de son troupeau. S'il voyait que malgré sa vigilance un mouton ou une vache avait causé quelque dommage de cette nature, il le réparait de suite, soit au moyen de son mince pécule, soit en se mettant à travailler à l'endroit endommagé, bien qu'il n'y eût pas de sa
faute. Jamais il ne se laissait aller à prendre les produits des champs ou les fruits des jardins, quand même les autres bergers se le permettaient sans crainte. Un jour le chef des bergers ayant soif pria Pascal d'aller lui chercher quelques grappes de raisin dans un jardin privé. Le brave jeune homme s'y refusa, parce que c'était un larcin et en même temps une offense faite à Dieu. Le berger irrité de ce refus renouvela sa demande et insista avec menaces, « les raisins appnrtiennent à autrui., » répondit Pascal d'un ton résolu, « et nous n'y avons aucun droit; j'aime mieux me faire mettre en pièces que de voler la moindre chose et d'offenser ainsi Dieu, »
Montrez-vous compatissant envers les animaux.
C'est faire preuve d'une grande dureté de cœur que de torturer les animaux sans nécessité ou de blesser ou de tuer le bétail d'autrui. Les jeunes garçons surtout se font souvent un cruel plaisir de poursuivre et de tourmenter de petits animaux sans défense. Quelle cruauté d'arracher de petits oiseaux à leur nid, de les priver de la liberté et enfin de les laisser périr de faim ! Croyez-vous donc que ces petites créatures ne sentent pas non plus les souffrances? Nous lisons que le philosophe athénien Xénocrate était non-seulement un homme rempli de bienveillance pour ses semblables, mais encore compatissant envers les animaux. Un jour qu'il était assis à l'extérieur, un moineau poursuivi par un épervier vint se réfugier dans son sein. Xénocrate prit avec plaisir l'oiseau et le cacha jusqu'à ce que son persécuteur se fût éloigné. Dès que tout danger fut passé, il ouvrit son habit et laissa le moineau s'envoler en lui disant : « Je n'ai pas trahi celui qui est venu me demander protection. r>
La dureté envers les animaux conduit à l'assassinat.
(Tiré des didascalia de Francfort, 14 octobre 1853.)
Plusieurs hommes de mérite se sont occupés, non-seulement de présenter la torture des animaux comme un vice exécrable, mais encore de prouver que celui qui ne craint
pas de tourmenter les animaux sans défense qui sont en son pouvoir, s'endurcit tellement à la fin, qu'il ne recule plus devant les grands crimes. Nous trouvons dans l'histoire de ces derniers temps un fait qui prouve la justesse de cette assertion.
La cour d'assises de Hanau s'est occupée pendant les quatre derniers jours de sa session d'une grave affaire à charge de Jaan-Georges Müller, de Zunderbach, aubergiste et boucher, âgé de 34 ans, accusé de vol suivi de meurtre. Il ressort des actes antérieurs aussi bien que des débats actuels qu'il traitait avec la dernière cruauté les animaux destinés à être abattus, que souvent, après leur avoir plongé le couteau dans la gorge, il les laissait courir jusqu'à ce qu'ils tombassent épuisés de sang et de vie, ou bien qu'il les attachait encore vivants pour les éventrer et les écorcher. Des traitements de cette nature étaient une volupté pour lui, et il en parlait avec une satisfaction visible. La conséquence naturelle de cette conduite barbare c'est qu'il fut également insensible aux souffrances d'autres créatures. Or il arriva que le 31 mai de l'an 1853 un marchand juif, nommé Joseph Fronck, de Sonten, que le boucher avait accompagné dans une forêt, y fut trouvé assassiné et en partie dépouillé; aussitôt, tous les soupçons se portèrent sur le boucher qui, à la vue de la blessure mortelle, avait dit que c'était un coup de mouton. Malgré ses dénégations formelles, les jurés appuyés sur les déclarations des témoins et sur d'autres preuves, le déclarèrent, à l'unanimité, coupable sur tous les points, et la Cour de justice prononça contre lui la peine de mort : il interjeta appel contre cette sentence, bien qu'il n'eût aucun espoir de la voir modifiée. Voilà comment un jeune homme, par suite de l'habitude qu'il avait contractée de torturer les animaux, vit sa vie tranchée par la main du bourreau. Suite terrible des mauvais traitements infligés aux animaux!
La torture des animaux châtiée.
Un fait peut-être unique dans l'histoire est celui d'un bourgeois aisé, père de sept fils bien forts, mais tous muets.
La douleur que lui causait la malheureuse position de ses enfants lui rongeait sans cesse le cœur, et il ne comprenait pas pourquoi Dieu l'avait éprouvé d'une manière aussi terrible au-dessus des autres pères. Un jour il conduisit ses fils à une ferme voisine, habitée par un vieux suisse, où l'on mangeait du lait frais, du beurre et du fromage. Le malheureux père considérait tristement ses fils frais et roses assis autour de la table, mais ne disant mot. Des larmes mouillèrent ses yeux et il mur;nura en soupirant : « Mon Dieu! comment ai-je mérité un sort pareil? » Le vieux suisse qui avait tout observé le tira à l'écart et lui dit : « Je vois bien que vous êtes triste parce que vos fils sont muets; mais je ne m'en étonne point. Je vous ai connu tout petit; or, vous souvenez-vous encore que dans votre jeunesse vous tendiez des lacets aux oiseaux, que vous leur arrachiez la langue, après quoi vous les laissiez voler? Le savez-vous encore? Je vous ai souvent averti. Les oiseaux du ciel, qui maintenant ne peuvent plus louer Dieu par leurs chants, vous ont dénoncé auprès de Dieu, et jamais vous n'entendrez sortir de la bouche de vos enfants le doux nom de père. »
S. Bernard et le joueur.
On pèche aussi contre le septième commandement par les jeux de hasard; car le joueur se ruine ordinairement avec sa famille. S. Bernard reçut un jour la visite d'un homme qui avait été dans le monde un ami passionné du jeu de dés; il pria le Saint de le recevoir dans son couvent, ce qui lui fut .accordé. Mais le novice ne put en aucune manière s'habituer à la vie monastique, il alla trouver son supérieur, S. Bernard, et lui exposa qu'il voulait rentrer dans le monde, puisqu'il ne pouvait se plaire dans son nouvel état. « Mais que voulez-vous faire dans le monde, » objecta le Saint, « puisque vous ne connaissez rien? » — « Je me remets à jouer, » répondit-il ; et je peux fort bien vivre de mes gains, vu qu'antérieurement j'en ai vécu! » — « c'est bien, » dit Bernard; « en ce cas partez; seulement comme vous rentrez dans le monde, faites-moi un plaisir; voici une somme d'argent que
Aài DES COMMANDEMENTS.
je vous remets; vous m'en rapporterez tous les ans le gain. » Le joueur promit de le faire. Un an après, quand déjà on avait oublié cet ex-novice, on vint annoncer à S. Bernard que le joueur était revenu et désirait lui parler, Bernard s'en vint ù la porte du couvent avec une bourse vide, pour recevoir enfin du joueur les profits qu'il avait réalisés : mais quel fut l'étonnement du Saint en apprenant que non-seule- \ncni le joueur n'avait rien gagné mais qu'en outre il avait perdu l'argent emprunté, et qu'il désirait de nouveau entrer comme frère dans le monastère, Bernard l'accepta en disant : « J'ai perdu l'argent; de peur de vous perdre cette fois en même temps que votre âme, je vous accepte de nouveau, »
— Le joueur fit pénitence et mourut comme un saint.
Ne jouez pas.
Un jour qu'on parlait du jeu à la cour de Versailles, on demanda à Joseph II s'il aimait également le jeu, « Non, » répondit-il, «je ne joue point; si un prince perd au jeu, il ne perd que l'argent de ses sujets. » C'est ainsi que tout père de famille devrait penser et parler : « Si un père de famille perd au jeu, il ne perd que l'argent de sa famille, »
— S. Louis, roi de France, s'aperçut, un jour qu'il était indisposé, que le duc d'Anjou, son frère, et l'un des courtisans jouaient dans une chambre à côté. Aussitôt il se lève, et d'un pas chancelant il se dirige vers l'appartement des joueurs; il prend le trictrac avec les dés et les enjeux, et les jette par la fenêtre avec une juste indignation. — Puisse son exemple avoir beaucoup d'imitateurs dans ceux qui^ont chargés de veiller sur leurs inférieurs!
Une histoire pour les dissipateurs et les joueurs.
Un jeune paysan s'était adonné au jeu et à l'ivrognerie. Un jour qu'il était d'avis de se rendre dans son vignoble il recommanda strictement à sa femme de lui apporter son dîner, La femme s'excusa en disant qu'elle ne pouvait rien lui apporter à manger puisqu'il avait tout dissipé par sa passion pour la boisson et le jeu. A la fin cependant elle le
lui promit. Vers l'heure de midi elle se rendit au vignoble et plaça le panier fermé près de son mari. Celui-ci, ayant aussitôt dit sa prière, ouvrit le panier. Mais qu'y vitTÜ à sa grande stupéfaction? Son propre enfant, tout petit, mais pâle et portant les traces de la faim. « Tu as tout dissipé : mange maintenant aussi ton propre enfant à moitié mort de faim! » lui dit sa femme d'une voix sanglotante, pendant qu'elle prenait l'enfant hors du panier et le lui remit entre les bras. Ce reproche secoua vivement le jeune fermier; il reconnut ses torts, embrassa sa femme et implora son pardon; depuis ce temps il ne visita plus un seul cabaret, malgré les instances pressantes de ses anciens camarades. Songez-y, buveur! Ce que vous gaspillez en sales orgies, vous l'avez volé à votre femme et à vos enfants; car ils doivent s'en passer; oui, pendant que vous êtes plongé dans vos ignobles plaisirs, votre femme et vos enfants Janguissent peut-être à la maison, manquant du nécessaire et versant des larmes brûlantes de colère et de douleur. Indigne époux, indigne père! Malheur à vous, si vous ne vous convertissez pas à temps!
{Gr. Cat. 6«-7« q.) Quelques remarques. — a) Il y a des personnes qui se permettent des soustractions et des fourberies légères, dans la pensée que ce n'est pas là un grand péché; or il est à remarquer que ces soustractions et ces fourberies insignifiantes constituent de graves péchés contre le 7*= commandement, quand elles se répètent fréquemment ail point de causei'à la fin un dommage considérable au propriétaire, ou quand la perte de l'objet, insignifiant en soi, cause un dommage assez grand au prochain. De ces petits larcins on passe assez facilement à des vols plus considérables, et on court ainsi à sa perte.
Le domestique enclin au vol.
Un valet de ferme possédé du démon de la cupidité, n'avait plus qu'une pensée, celle de ne se donner de repos que lorsqu'il se serait acquis une ferme. Pour arriver à son but, tout
moyen lui semblait bon. L'argent était son Dieu, et partout où il pouvait s'en procurer il ne s'en faisait pas faute. A la fin il vola son maître de plusieurs manières. Il commença par ne donner aux chevaux que la moitié de leur avoine, et il vendit le reste. Plus tard, ayant remarqué que son maître avait quelques centaines de francs en réserve il osa les voler. Mais une pièce de monnaie rare qui se trouvait dans la somme le fit découvrir, et au lieu de sa ferme il n'obtint que son juste châtiment dans une prison.
b) Les enfants ne peuvent non plus soustraire la moindre chose à leurs parents ; car par là ils font fréquemment planer de faux soupçons sur les domestiques et ils privent leurs frères et leurs sœurs d'une partie de l'héritage. C'est à ce sujet qu'il est écrit dans le livre des Proverbes (28, 24) : « — Celui qui vole son père ou sa mère et qui dit qu'il n'a pas péché, est le compagnon de l'assassin. » — Les domestiques pèchent de la même manière quand ils commettent des infidélités à l'égard de leurs maîtres; il ne leur est même pas permis de distribuer des aumônes sur la fortune de leur maître, à moins que ce dernier ne le sache et ns l'approuve; car la justice va avant la générosité, dit S'-Augustin. Si donc ils veulent distribuer des aumônes, qu'ils le fassent sur leur propre bourse. « Si vous avez, dit encore S'-Augustin, donnez du vôtre; si vous n'avez pas, pour donner du vôtre, vous ferez mieux de ne rien donner que de dépouiller les autres. » {Serm. 178.)
{Gr, Cat. 8«-12e q.)
La restitution. — Exiüication. — Si on possède le bien d'autrui ou si l'on a causé du dommage au prochain, on est donc strictement obligé de restituer le bien d'autrui, de réparer les dommages autant que l'on peut, sans quoi on n'obtient pas le pardon auprès de Dieu. « Le péché n'est pas remis à moins que l'objet soustrait ne soit restitué,» dit S. Augustin [Epist. lo5 ad Macéd.) et S. Grégoire le grand {Moral, io. 19.) observe : « Si celui qui est con-
vaincu dene rien avoir donné de sa fortune, doit souffrir de si grands tourments, quel châtiment recevra alors celui qui est accusé d'avoir dérobé le bien d'autrui? « Dans l'Ecriture Sainte l'obligation de restituer est clairement exprimée, en plusieurs endroits. Dans l'Exode, (22, 5-6) nous lisons : « Si quelqu'un ravage un champ ou une vigne, en lâchant son bétail pour aller paître dans le champ d'autrui, il rendra du meilleur de son champ et du meilleur de sa vigne. Si le feu sort et atteint des épines et que le blé qui est en tas ou sur pied dans le champ, soit consumé, celui qui aura allumé le feu rendra entièrement ce qui aura été brûlé. » Et dans le Nouveau- Testament le Divin Sauveur dit : « En vérité, je vous dis, que vous ne sortirez point de là (de la prison jusqu'à ce que vous ayez payé la dernière obole. ^^{Matth. 5,26.) Et S. Paul (1. Cor. 6, 9-10.) écrit : « Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous trompez-point vous-même : ni les fornicateurs ni les larrons ni les ravisseurs, n'hériteront point le royaume de Dieu. »
Relativement à la restitution il faut faire attention aux quatre points suivants :
i)Qui doit faire restitution? Doit faire restitution a) celui qui possède injustement le bien ou la valeur du bien d'autrui, ou qui a sciemment causé du dommage; h) si celui-ci ne restitue ])as,ce sont ceux qui ont pris part au péché parconseil ou par action, ou qui ne l'ont pas empêché tout en pouvant le faire ou étant obligé de le faire d'après les conventions ou par le devoir de leur charge. Voici comment le catéchisme romain développe ce point d'une manière plus explicite : « Ce n'est pas seulement celui qui a volé qui doit faire restitution, mais encore celui et tous ceux qui ont participé au vol. Ainsi d'abord ceux
qui ordonnent de voler, secondement ceux qui ne pouvant ordonner, exhortent ou excitent à voler; troisièmement ceux qui s'entendent avec les voleurs ; quatrièmement ceux qui prennent part au vol et en retirent du profit; cinquièmement ceux qui pouvant empêcher le vol, ne le font pas, mais plutôt ydonnentpiein consentement; sixièmement ceux qui, sachant qu'un vol a été commis, ne le dénoncent pas; cette dernière classe comprend tous ceux qui sont complices dans le vol, les receleurs, îeux qui accordent protection aux voleurs en leur fournissant une retraite ou en leur ouvrant leur maison; tous ceux-là doivent indemniser celui qui a été victime d'un vol et on ne peut assez les engager à se conformer à cette obligation indispensable.
2) Combien il faut restituer. Ici il faut distinguer si l'on a soustrait ou conservé le bien d'autrui sciemment et injustement, ou sans le savoir et le vouloir. Dans le premier cas on doit indemniser intégralement le propriétaire, c'est-à-dire il ne suffit pas de restituer l'objet en lui-même ou sa valeur intrinsèque, dans le cas où il n'existe plus, mais il faut encore payer les intérêts qu'entre temps il aurait pu produire, déduction faite des frais que le propriétaire lui-même n'aurait pas pu éviter. Et en général il faut qu'on lui restitue tout le profit qu'on lui a fait perdre et tout le dommage qu'on lui a causé. Dans le second cas, dès qu'on apprend que c'est le bien d'autrui, il faut le restituer intégralement avec £e qu'il a produit, déduction faite des frais, et en général il faut qu'on dédommage le propriétaire de tout ce dont on est devenu plus riche parla possession et l'usufruit de son bien,
3) A qui il faut restituer le bien d'autrui. Il faut restituer le i)ien d'autrui à son 'propriétaire ou à ses héritiers; mais si cela ne peut se faire, il faut le donner aux
pauvres ou l'employer à de bonnes œuvres. Donc quand le propriétaire lui-même ou ses héritiers existent encore, il ne nous est pas permis de les frustrer de leur hien pour le donner aux j)auvres etc. ; car « comme ce serait une grande injustice, »dit S. Chrysostome,« de prendre à quelqu'un son habit pour le donner à un autre qui en aurait besoin, ainsi ce serait pécher que de distribuer en aumônes le bien qu'on doit restituer. »
^y Quand on doit restituer. On doit faire la restitution le plus tôt possible; le devoir de la restitution cesse seulement lorsque le propriétaire consent à s'en désister ou lorsque l'auteur du dommage est absolument hors d'état de restituer; toutefois il doit faire tous ses efforts pour remplir ses obligations selon l'étendue de ses moyens.
{Exemple tiré de la Bible.
Zachée nous donne un bel exemple relativement au devoir de la restitution. Il est tout disposé à restituer, et c'est pourquoi il dit au divin Sauveur : « Voici, Seigneur! Je donne la moitié de mes biens aux pauvres; et si j'ai fait du tort à quelqu'un en quelque chose, j'en rends le quadruple. » Jésus en fut fort réjoui et lui fit entendre ces paroles consolantes : « Aujourd'hui le salut est entré dans cette maison. » {Luc, d9,-8-9.)
Que rien ne vous détourne de la restitution.
Un homme fort riche, qui ne devait une partie de sa fortune qu'à des injustices criantes, était dangereusement malade; il savait que la gangrène était déjà dans ses plaies, et néanmoins on ne pouvait le déterminer à restituer. Toutes les fois qu'on lui parlait de restitution, il répondait : « Que deviendraient mes trois fils? ils seraient à la misère. » Cette réponse fut rapportée à un ecclésiastique : « Si quelqu'un, dit-il, lui annonçait que j'ai un excellent remède pour arrêter la gangrène, il demanderait à me voir, et j'espère que je
pourrais l'engager à restituer. » On s'empressa d'annoncer cette nouvelle au malade, qui fit prier l'ecclésiastique de venir au plus tôt. Celui-ci ne différa point et fut très-bien accueilli. Le remède est immanquable, dit l'abbé, il est simple et ne vous fera pas souffrir ; mais il est cher, très-cher. » — « Coutât-il deux mille et même dixmille francs, n'importe, dit le malade, en quoi consiste-t-il? » « Tout le remède consiste à faire fondre sur les endroits gangrenés de la graisse d'une personne vivante et en bonne santé, il n'en faut pas beaucoup. Si vous trouvez quelqu'un qui pour dix mille francs veuille se laisser brûler pendant un quart-d'heure une main, il y en aura assez. » — « Hélas! dit le malade, je crains bien de ne trouver personne : » — a Rassurez-vous, dit l'ecclésiastique, vous ne connaissez pas le dévouement de vos enfants pour un père qui leur laisse tant de richesses. Faites venir votre fils aîné, il vous aime, il doit être votre héritier; dites-lui : Vous pouvez sauver la vie à votre père, si vous consentez pour me guérir à voir laisser brûler une main, j'en ai la confiance, il acceptera. Si cependant il refuse, faites votre proposition au second en lui promettant de le faire votre héritier ; s'il refuse, le troisième acceptera sans doute pour avoir l'héritage. » Les trois fils sont appelés; la proposition leur est faite successivement : tous les trois la rejettent. « Mon père n'y pense pas, » se disaient-ils en se retirant d'auprès de lui. — « Je n'y comprends rien, dit alors l'ecclésiastique au malade, si ce n'est que vous seriez bien insensé de consentir à perdre votre corps et votre âme et à être tourmenté dans le feu de l'enfer pour des enfants qui ne veulent pas, pour vous guérir et vous sauver la vie, endurer le tourment du feu de la terre l'espace d'un quart-d'heure. Quelle folie! » — « Vous avez raison, répondit le malade, vous m'avez ouvert les yeux ; qu'on aille chercher le notaire; en l'attendant, je vous prie de me confesser; et de concert avec son confesseur, il prit les moyens de réparer, aussi bien qu'il put, ses injustices sans avoir égard à ce que deviendraient ses enfants.
[Gautne. Catéch. de Pers. T. IV. p. 13.)
La restitution acccomplie.
Le Messager du peuple (1853 N'^ 64) rapporte le fait suivant : « A Glanmiinchweiler, village du Palatinat, u'ne veuve avec ses enfants vient d'éprouver une surprise bien agréable. Il y a 36 ans, lors de son déménagement de Nanzweiler à Glanmünchweiler, on vola à feu son mari dans un pupitre fermé, une somme de 1500 francs, sans qu'on pût avoir le moindre soupçon fondé sur aucune des personnes qui s'étaient accupées d'emballer ou de transporter les meubles. Voilà qu'il arrive aujourd'hui de Philadelphie, en Amérique, une lettre d'un missionnaire au bourgmestre de l'endroit avec prière de s'informer si quelqu'un de telle famille est encore en vie, parce qu'il a reçu d'un pénitent la somme de 1500 francs pour être restituée à cette famille, et qu'il tient l'argent à sa disposition.
Comme le mari de la-veuve est mort depuis longtemps et que sa famille n'est pas dans une position fort aisée, on peut s'imaginer la joie de la pauvre veuve et de ses enfants. »
{Gr. Cat. 13« q.)
Ce qui doit nous détourner des péchés contraires au septième commandement. Ce qui doit nous détourner de prendre le bien d'autrui et d'en négliger la restitution, c'est surtout la pensée : 1) Que la mort nous arrachera cependant le bien d'autrui, et peut-être plus tôt que nous ne nous y attendons : 2) que bien mal acquis, ne profite pas, et n'apporte que malheur, malédiction, inquiétude et une mauvaise fin : car « celui qui sème l'injustice récoltera le malheur. « [Prov. 22, 8.) « L'injustice ne profite point, » dit un auteur chrétien; « le baume que vous avez volé devient du poison sur vos blessures. La pierre que vous avez volée et qui devait servir de fondement à l'édifice de votre bonheur, fera crouler ce dernier et vous ensevelira sous les ruines : » 3) que c'est une suprême folie de s'exposer, pour un
35i DES COMMANDEMENTS.
bien périssable, à perdre le ciel et à précipiter l'âme dans Je feu éternel de l'enfer. « Il vaut mieux souffrir du tort dans ses biens, » dit S. Jérôme, « que perdre son âme: il vaut mieux perdre une chose qui, quoique nous fassions, périra un jour; il vaut mieux renoncer volontairement à un objet que de perdre l'âme pour laquelle nous devrions tout abandonner : » Et le divin Sauveur a dit ; « Que sert-il à l'hoçime de gagner tout l'univers, s'il perd son âme. » [Matth. 16, 26).
Les voleurs châtiés.
Dans la Souabe non loin du château de Rosenstein, se trouvaitune chapelle dédiée à la S'*^ Vierge Marie, continuellement visitée par une foule de pauvres, de malades et de pèlerins qui venaient y prier. Grâce à l'intercession de Marie, beaucoup de malheureux y étaient guéris et beaucoup d'affligés s'en allaient consolés, et beaucoup d'âmes timides étaient reconfortées ; et la reconnaissance de ceux qui avaient éprouvé la protection de Marie y apportait des dons en or, en argent et en pierreries, de sorte, qu'à la longue de grandes richesses s'accumulèrent dans l'humble chapelle. Les chevaliers qui habitaient le château de Rosenstein s'en aperçurent, et comme ils n'avaient pas de foi, ils se dirent l'un à l'autre : « Prenons des sacs, rendons-nous à la chapelle et emparons-nous des objets précieux qui s'y trouvent. » Un matin donc ils partirent pour la chapelle; le soleil était radieux, et les oiseaux gazouillaient dans les arbres; toutefois au-dessus de la chapelle se voyait un petit nuage noir. Les chevaliers étant entrés se mirent à entasser les bijoux dans leurs sacs. Et comme ils voulaient s'en aller avec leur butin, la foudre jaillit du nuage noir et les carbonisa entièrement, tandis que les bijoux restèrent intacts. — C'est ainsi que Dieu punit les impies. {Legendes d'Albert Werfer.)
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La mauvaise action porte son chûliment avec elle.
Un soir deux bateleurs arrivèrent dans un village avec un ours et passèrent la nuit dans une auberge. L'aubergiste venait précisément de vendre un porc gras et fit mettre l'ours dans retable vide. Vers minuit un voleur s'en vint rôder autour de la maison dans l'intention de s'emparer du porc. Ne sachant rien de ce qui s'était passé, il ouvrit doucement la porte de l'étalilc, entra et dans l'obscurité, saisit à la place du porc, l'ours qui s'étant levé en grognant d'une façon terrible, saisit le voleur avec ses pattes musculeuses et ne le lâcha plus. — Le malheureux se mit à jeter d'affreux cris d'épouvante et de douleur. Aussitôttout le monde fut sur pied dans l'auberge. Les bateleurs eurent toute la peine du monde à arracher le voleur aux griffes du féroce animal; ils le mirent entre les mains de l'aubergiste qui le livra à la justice.
Le voleur trouve fréquemment En ce monde son chàtiraenl.
L'usurier sur son lit de mort.
Un fameux usurier, se voyant près de mourir, fit appeler un confesseur. Celui-ci ayant trouvé que tout son bien était acquis par la voie injuste de l'usure, lui dit qu'il fallait absolument restituer. « Mais que deviendront mes enfants? » dit le malade, — « Le salut de votre âme, » dit le confesseur, « doit vous être plus cher que la fortune de votre famille. » — « je ne puis me résoudre à ce que vous exigez, » reprit le moribond, « et j'en courrai les risques. » Il se retourne vers la muraille de son lit, et meurt. Quelle mort! Combien elle doit faire trembler ceux qui ne doivent les biens qu'ils possèdent qu'à la fraude et à l'injustice! (Mérault. Conjuration de l'impiété).
Le vol puni.
Dénys le tyran, qui était un païen, avait, au dire d'Aristote, dépouillé les statues des dieux de leurs manteaux d'or et les avait couvertes d'ornements de peu de valeur, en di-
sant, qu'il lui faisait peine de voiries dieux chargés d'un si lourd fardeau. Lorsque dans la suite il fut chassé de son royaume, il dut, pour subvenir à ses besoins, s'occuper de l'instruction des enfants. Un jour qu'il était aux thermes, il fut publiquement raillé; le peuple lui dit qu'il n'avait quece qu'il méritait puisqu'il avait traité si insolemment les dieux. Il s'était approprié ce que ne lui appartenait pas, et il subit le châtiment de son vol. [Le D' Brünner). (Gr, Cat. \¥ q.)
Ce que le septième commandement ordonne. — Explication. De tout ce qui vient d'être dit on peut aisément conclure ce que le septième commandement ordonne; il nous ordonne de donner à chacun ce qui lui appartient, et d'être bienfaisant envers notre prochain, de lui fournir l'occasion de faire du profit, de lui payer scrupuleusement nos dettes et son salaire, de rendre soigneusement à son propriétaire ce qui a été soustrait, emprunté ou trouvé, de prévenir le prochain du tort qui pourrait lui être fait, de protéger ses biens contre tout dommage, et de les sauver lorsqu'ils sont en danger, etc. Celui qui agit ainsi, qui observe constamment la justice et la droiture s'attirera les grâces et les bénédictions de Dieu, comme le dit le prophète Ezéchiël (33, 15), dans les termes suivants : « Si le méchant rend le gage, et qu'il restitue ce qu'il avait ravi, et qu'il marche dans la voie des commandements de. la vie, sans commettre d'iniquité, certainement il vivra, il ne mourra point. » Le chevreau.
Le vieux Tobie, à une probité scrupuleuse, joignait une grande aversion pour le bien appartenant à autrui. Un jour sa femme ayant reçu un chevreau l'apporta à la maispn; et Tobie l'ayant entendu bêler, dit à sa femme : ". Prenez garde que ce chevreau n'ait été dérobé; rendez-le à ceux à qui il appartient, parce qu'il ne nous est pas permis de manger ou de toucher à quelque chose qui a été dérobé. »
La probité récompensée.
François Fleury, un jeune orphelin abandonné, qui avait été adopté par un riche fermier en France, servitson maître pendant sept ans en qualité de berger. Un soir qu'il allait conduire son petit troupeau dans le parc, un voyageur passe à cheval, et François vit un objet brillant s'échapper de sa poche. Il courut à l'endroit où l'objet était tombé, et trouva une montre en or. Un vieux berger, l'ayant vue, voulut la lui extorquer, mais inutilement. — Le jeune homme courut toute la nuit, et au point du jour il arriva sur la grand'route qui le conduisit quelques heures après dans une ville. Il y voit devant une hôtellerie un cheval sellé, et soupçonnant que c'est celui du propriétaire de la montre, il entre et trouve dans la salle du rez-de-chaussée un homme d'un certain âge. C'était monsieur Perdin, un riche marchand de Dunkerque. « Monsieur, » dit Fleury, « n'auriez-vous pas perdu hier soir cette montre? je l'ai trouvée et j'ai couru après vous pour vous la remettre. » L'étranger fit semblant de n'en rien savoir et dit au jeune homme que brobablement il se trompait de personne. « En ce cas je dois aller à la recherche de mon homme, » répondit-il, en se tournant vers la porte, disposé à partir. Cette probité extraordinaire jeta l'étranger dans l'étonnement. « Qui es-tu ? mon fils ! » demanda-t-il au garçon, en lui caressant les joues. — « Je suis un berger. » — « oui est ton père? » — « Il est là-haut avec les Anges, et ma mère aussi. » — « As-tu des parents? » — « Hélas! oui, monsieur. » Là-dessus, Fleury, ayant donné la montre à Perdin, voulut s'en aller, bien qu'affamé et frissonnant de froid; mais l'étranger le retint. « Laissez-moi, » dit-il avec effroi, « dans ma précipitation, j'ai oublié mon pauvre troupeau; il aura faim; ce qui ne lui est encore jamais arrivé. » — « Vous avez peut-être encore plus faim, mon garçon. » Et là-dessus il voulut lui donner quelques tranches de pain qui étaient sur la table. Fleury profitant du moment où Perdin était levé, et sans attendre sa récompense, s'enfuit avec une telle rapidité que le marchand qui
le poursuivit pendant quelque temps l'eut bientôt perdu de vue. Vers l'heure de midi Fleury était de nouveau près du parc aux moutons, mais il le trouva vide. En proie à la plus vive inquiétude, il courut à la maison. — « Maître, » dit-il, au fermier, « punissez-moi, j'ai été infidèle. Mais ce n'est pas de ma faute ; c'est notre maître d'écolequi en est responsable; il nous a si souvent dit que les gens honnêtes ne doivent pas garder les objets trouvés. Or, je n'en pouvais rien, si le monsieur allait si grand train à cheval. » — « Non, tu n'y pouvais rien, mon garçon ! » A ces paroles Perdin qui l'avait suivi à cheval entra dans la place, et voyant que le fermier tenait une houlette en main, il l'aborda amicalement en lui disant: « Frappez-moi, mais non pas ce garçon ; car c'est moi qui l'ai séduit. )i 11 raconta toute l'affaire au paysan, et insista si longlamps pour avoir le jeune homme près de lui qu'il le lui abandonna. Après que le négociant l'eut fait reposer et eut largement indemnisé le fermier, il mit le jeune pâtre derrière lui sur son cheval et le conduisit dans sa demeure.
Le pauvre Fleury y fut traité comme l'enfant de la maison, crut en grâce et en sagesse devant Dieu et les hommes, et au milieu d'étonnantes visititudes qui le purifièrent et le conservèrent, il devint un commerçant Irès-estimé, et un grand bienfaiteur des pauvres.
Exemple d'un rare désintéressement.
S'-Augustin rapporte dans ses sermons l'histoire suivante : « Lorsque j'étais à Milan, un homme très-pauvre trouva un petit sac renfermant 200 sous partie en or partie en argent. Il se souvenait du commandement divin qui lui ordonne de restituer ce qu'il a trouvé; mais ne connaissant pas le propriétaire il écrivit sur une affiche l'avis suivant qu'il rendit public : » Celui qui a perdu une somme d'argent consistant uniquement en sous, peut s'adresser en tel endroit à telle personne, a II arriva justement que celui qui avait fait cette perte, et qui cherchait tristement son argent dans tous les coins et recoins, s'arrêtât devant cette affiche, et après en
avoir pris connaissance, il arriva plein d'un joyeux espoir auprès du pauvre mais honnête ouvrier. Celui-ci lui adressa plusieurs (juestions sur la nature et le cachet du sac ainsi que sur le nombre des sous qui y étaient renfermés; car il craignait d'être trompé et de donner la somme à un homme à qui elle n'appartenait pas. Mais le propriétaire ayant exactement répondu à toutes les questions, son bien lui fut restitué. Plein de joie et de reconnaissance il présenta à l'honnête ouvrier 20 sous, la dixième partie de la somme entière ; mais celui-ci ne voulut pas les prendre. Il l'engagea alors à ne pas refuser dix sous ; ce fut peine perdue ; enfin il le supplia d'en accepter au moins cinq; tout fut inutile, et l'ouvrier resta inébranlable. Peiné de ce refus obstiné, il jeta son sac, en disant : « Puisque vous ne voulez rien accepter je vous déclare que je n'ai rien perdu. » Alors seulement le pauvre ouvrier consentit à prendre la récompense : mais il la partagea entre les autres pauvres, ne gardant rien pour soi. « — Quelle générosité, que Dieu lui-même doit admirer! A cette histoire S'-Augustin ajoute la conclusion suivante : » Mes frères, si vous avez trouvé quelque chose, rendez le; car si vous ne le rendez pas, c'est comme si vous l'aviez volé. » Cette observation et cette narration de S' Augustin méritent d'être prises en sérieuse considération, surtout de nos jours. Combien d'annonces d'objets perdus ne lisons nous pas actuellement dans les journaux, et combien peu d'objets retrouvés! De belles récompenses sont promises à celui qui rapportera l'objet perdu, et néanmoins le plus souvent il ne se fait pas connaître.
Pratique. — Donnez, et laissez à chacun ce qui lui appartient; regardez comme sacrée la propriété de votre prochain ; ne lui causez aucun dommage dans sa fortune ; soyez probe et honnête dans vos relations et contribuez au bien-être commun dans la mesure de vos forces. Ayez toujours présente à l'esprit, cette maxime de l'Ecriture-sainte : « Ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse, ne le faites pas à un autre, « et conformez-y
votre conduite; alors vous ne pécherez jamais contre le septième commandement. Ne détournez jamais un objet, si peu important qu'il puisse être, et pénétrez-vous de cette maxime. « On commence par de petites choses et on finit par de grandes. » Ne prenez non plus rien à vos parents. Car celui qui prend quelque chose à son père ou à sa mère et prétend que ce n'est pas un péché, est le compagnon d'un voleur de grands chemins. « Combien de fois ces soustractions ne causent-elles pas du dommage aux autres frères et sœurs et ne font-elles pas planer des soupçons injustes sur les gens de la maison? — Soyez content de ce que vous avez! » C'est une grande richesse, que la piété qui se contente de ce qui suffit, « écrit S. Paul (l Tim. 6, 6. et suiv.) : « Ayant donc de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents. Mais ceux qui veulent devenir riches, tombent dans la tentation et dans le piège du diable. » Et dans les Proverbes (16, 8) il est écrit : « Il vaut mieux avoir un peu de bien avec justice, qu'un gros revenu là où l'on n'a pas de droit. « Par conséquent fuyez toutes les occasions et tous les actes coupables qui pourraient vous pousser à l'injustice, au larcin et au vol, et vous entraîner à votre perte; gardez-vous de la gourmandise, de la boisson, de l'oisiveté, des jeux de hasard, de l'orgueil et de la coquetterie. Ne touchez pas au bien d'autrui, et si vous vous l'êtes approprié, rendez-le incontinent, vous souvenant de ce proverbe : »
Le bien injuslement acquis Engendre d'élcrneis Suucis.
Le solitaire et les deux disciples.
Un jour un solitaire traversait la campagne avec deux disciples. Le soleil était brûlant, et nulle part soit de près, soit de loin, on n'apercevait le moindre ruisseau, pas môme un arbre. Et après avoir marché bien longtemps, ils arrivèrent
près d'une maison, et autour de cette maison il y avait des arbres qui portaient des fruits et répandaient un frais ombrage. Alors l'un des deux disciples dit : « Si nous demandions aux gens qui habitent cette maison de nous donner à manger quelques-uns de ces fruits. » Et il frappa à la porte en appelant; mais personne ne répondit. Alors l'autre disciple dit: « Personne n'habite cette maison. Cueillons trois pommes de l'un des arbres, une pour chacun de nous, et mangeons-la pour nous rafraîchir! En même temps il étendait la main vers l'arbre le plus rapproché de lui. — Mais le vieux solitaire lui cria: » N'en faites rien, mon fils! Il est écrit : r> <a Tu ne déroberas point ! » « Il ne nous est pas permis d'endommager même une feuille de ces arbres, encore moins d'en cueillir un fruit. Voici de l'ombre; que cela nous suffise! »Et ils s'étendirent tous les trois à l'ombre des arbres qui s'y trouvaient : puis le vieux solitaire se mit à parler du fruit défendu du paradis, comment notre premier père, pour en avoir mangé avait fait entrer dans le monde la mort et la corruption, et que nous devons dominer et dompter nos désirs. Les deux disciples écoutaient ses paroles et ne pensaient plus ni à boire ni à manger. — Au moment où le vieillard cessa de parler et où les trois voyageurs se disposaient à continuer leurs routes la porte de la maison s'ouvrit, et le maître qui était un payen s'étant avancé, dit : Je vous salue : Sachez que je me suis tenu caché dans la maison pour voir ce que vous étiez disposés à faire de mes fruits. J'ai entendu les paroles que vous avez prononcées et je les garde dans mon cœur. Entrez dans ma maison et mangez y ce que je vous servirai. » — Et ils entrèrent dans sa maison et il leur servit du lait, du pain et des fruits dont ils mangèrent. Lorsqu'ils furent rassassiés le payen leur dit : « A quelle religion appartenez-vous.^ » « Le solitaire parla : « Nous sommes chrétiens et nous croyons en Jésus-Christ. » Là-dessus le payen reprit : « Parlez-moi de Jésus-Christ ! » Et le solitaire commença à lui enseigner la religion chrétienne et à lui expliquer l'évangile. Et le payen crut, et ayant suivi ses hôtes il se fit baptiser dans le premier ruisseau qu'ils
rencontrèrent. Alors les trois disciples avant de continuer leur chemin entendirent ces paroles de la bouche du solitaire : « Dieu récompense le bien, et aucune bonne action n'est sans bonnes conséquences. Faites luire votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils louent le Père qui est aux cieux. ( Legendes d'Albert Werfer.)
« Tu ne feras pas de faux témoignage contre ton prochain. »
{Gr. Cat. 1-2« q.)
Ce que le huitième commandement défend avant tout. — Explication. Le huitième commandement défend avant tout de faire un faux témoignage, ou de dire devant la justice quelque chose qui n'est pas vrai; car, comme nous l'avons clairement expliqué à propos du serment, lorsqu'on est appelé en témoignage devant la justice, on ne doit dire que la pure vérité, telle qu'on la connaît, ni plus, ni moins. — Le faux témoignage, est un crime énorme, puisqu'il blesse la vérité, la charité, la justice et la religion. Le faux témoin blesse la vérité; en effet, il ment d'une manière effrontée et indigne dans des choses importantes, qui concernent directement le bon ordre et la société, et cela devant Dieu et les hommes, qui ont le droit d'exiger de lui la vérité; il blesse la charité; en effet, il cause sciemment à quelqu'un du tort et de la peine, puisque par son .faux témoignage il fait en sorte, (|ue par exemple, dans un procès, celui qui est dans son droit, perd, que l'autre qui a tort, gagne, ou que l'innocence, est opprimée et que le coupable est acquitté; il blesse pour le même motif la justice, en trompant les juges; enfin il blesse la religion, en prenant Dieu, la vérité elle-même, à témoin de sa fausse déposition.
HUITIEME COMMANDEMENT OK DlF.f. 'MW
Voilà pourquoi Dion montre une si giauile horreur ]>our les faux témoins : « Il y six ehoses, d'après le livre des Prov., (G, 16-10) que Dieu hait, et môme, la septième' lui est en abomination : le faux témoin qui profère des mensonges, et il le menace de châtiments et de la mort.-- u Le faux témoin ne demeurera point impuni. » (Prov. 19, 5.) « Le témoin menteur périra. » (Prov. 21, !28.) L'Eglise, de son côté, frappe le ûiux témoin de rexcommunication, et le faux témoignage est un cas réservé dans plusieurs diocèses.
Exemples tirés de la bible.
Autrefois, par la loi de Moïse, les peines les plus sévères étaient prononcées contre le faux témoin. « Les juges s'informeront exactement; et s'il se trouve que ce témuin est un parjure, qui a déposé faussement contre son frère, vous lui ferez comme il avait dessein de faire à son frère...., vous ne l'épargnerez point; mais il y aura vie pour vie, œil pour œil, dent pour dont, main pour main, pied pour pied. » Voilà ce qui est écrit dans le Deuleronome 91, 18-21- — Les témoins qui déposèrent faussement contre Naboth sont appelés dans l'Ecriture les enfants de Satan : « Us amenèrent deux méclianls hommes et les tinrent vis-à-vis de Naboth; et ceux-ci, pareils à des enfants de Satan, déposèrent faussement contre lui. » (5 Rois, 21, 13.) Nous voyons également par l'histoire de la chaste Susanne que ses faux témoins n'échappèrent pas au châtiment. Les deux vieillards qui firent un faux témoignage contre elle, croyaient sans doute pouvoir compter sur l'impunité, puisque personne autre qu'eux n'avait vu la chose; et cependant Dieu mit au grand jour, par leur propre bouche, leur faux témoignage, et ils durent subir eux-mêmes la peine qu'ils avaient destinée à l'innocence. (Dan. 13.)
{Gr. Cal. 5-5" q.)
Quelques autres péchés contre le huitième commandement. — Explication. — Par le huitième commandement sont
CATÉC. ."RATIQUi:. T. 11. )Ü
3ô2 DES COMMANDEMENTS.
encore défendus les péchés suivants : 1) le mensonge, 2) l'hypocrisie, 3) la médisance, 4) la calomnie, 5) les faux soupçons, les jugements téméraires et, en général, tous les péchés par lesquels on fait du tort au j)rochain dans son honneur ou dans sa réputation.
i) Le mensonge. — Mentir c'est parler autrement (pi'on ne pense pour tromper quelqu'un, ou dire sciemment et à dessein une fausseté. C'est ainsi par exemple que le négociant ment, quand il dit que sa marchandise est bonne, qu'elle lui a coûté vingt francs, etc., tandis qu'il sait bien qu'elle est mauvaise et ne lui à coûté que dix francs. Toutefois ce ne serait pas un mensonge si on n'avançait quelque chose que par plaisanterie ou d'une manière ingénieuse et piquante, de manière que tout homme doué d'un peu d'esprit pourrait en saisir aisément le sens; c'est pourquoi les fables et les paraboles ne sont pas des mensonges. — Le mensonge proprement dit est un aftreux péché. — « Le mensonge est dans un homme une tache honteuse, » est-il dit dans l'Ecclés. (20, 26), et dans les Proverbes nous lisons (42, 22) : « Les fausses lèvres sont une abomination à l'Eternel; » car le mensonge procède du diable, qui « est un menteur et le père du mensonge. » (S. Jean, 8, 44.) Et quels maux ne cause pas le mensonge ! Il entraîne à sa suite des péchés innombrables; voilà pourquoi le proverbe dit: « menteur, voleur. » Oui, tout pécheur est aussi un menteur; car « les pécheurs » comme dit un orateur chrétien, « se servent du mensonge comme d'un anneau magique, au moyen duquel ils se rendent invisibles pour quiconque pourrait les observer. « Le menteur n'a aucune valeur morale, pas plus qu'une horloge qui sonne autrement que ses aiguilles n'indiquent. Par conséquent il n'est jamais permis de mentir, soit pour son propre avantage soit pour l'avantage d'autrui, pas même par
plaisanterie ou par nécessité; car chaque mensonge est contraire à la vérité de Dieu ; de même qu'on ne peut jouer avec la poix sans se salir, de même on ne peut jouer avec le mensonge sans souiller son âme. « Il n'est jamais permis de mentir, » dit S. Augustin (epist. 8) ; *< même le mensonge proféré dans l'intention de louer Dieu, est défendu. » Nous voyons par l'exemple d'Ananie et de Saphire combien Dieu hait et punit le mensonge. Pour avoir menti, ils furent frappés de mort subite. (Act. des Ap. 5.)
Le mensonge puni.
Deux mendiantssachantquerévêque Epiphane devait passer par un chemin, se concertèrent pour l'y attendre et lui demander l'aumône ; afin de mieux réussir, l'un des deux contreferait le mort, tandis que l'autre, au milieu de lamentations, demanderait quelque chose pour l'enterrer. L'ëvêque arriva et la comédie fut jouée. Aux supplications du mendiant le Saint répondit d'un air sévère : « Dieu lui soit propice ! et lui donnant en même temps une pièce d'argent, il ajouta : « Ayez bien soin de ce cadavre ! Votre compagnon ne se lèvera plus jamais. » Le mendiant n'attachant aucune importance à ces paroles, rit sous cape de la crédulité du Saint ; dès que celui-ci fut hors de vue, il poussa du pied son compagnon, et lui dit en plaisantant qu'il pouvait se lever maintenant en toute sûreté. Mais celui-ci ne fit pas mine de l'avoir entendu. Le vivant s'imaginant que l'autre jouait encore la comédie, le loua de ce qu'il savait si bien contrefaire le mort. Mais ce dernier ne répondant pas encore, il lui cria enfin : « Hola, mort lève-toi, sans cela tu ne recevras pas un sou ! » et en même temps il secouait le cadavre de ses deux mains. Alors enfin il vit, à ne pas pouvoir en douter, qu'il était effectivement mort. Epouvanté à cette vue le mendiant se mit à pleurer amèrement et à maudire son mensonge.
304 DES COMMANDEMENTo.
Rien qu'un seul mensonge.
Il y avait à Arras un soldat, âgé d'environ vingt ans, qui n'était entré au service que parce que le sort l'y avait forcé. Ce jeune homme aimait tendrement sa mère, il soupirait sans cesse après le moment où il pourrait la revoir ; et quoiqu'il ne fût au régiment que depuis fort peu de temps, il avait demandé plusieurs fois un congé à son ca{»itaine, qui le lui avait toujours refusé. La résistance qu'on opposait à ses désirs ne servit qu'à les rendre plus vifs ; et, voyant qu'il n'avait pas d'autre moyens de les satisfaire, il prit enfin le parti de déserter. Une nuit qu'il était en sentinelle sur le rempart de la ville, il se ceignit d'une longue corde attachée à sa baïonette, qu'il avait eu soin d'enfoncer dans le mur, et essaya ainsi de descendre jusqu'au bas des fortifications. Mais comme le poids de son corps fil casser la corde ou la baïonnette, il tomba lourdement dans le fossé et se cassa la cuisse. Une femme qui, en passant le lendemain matin, avait entendu ses soupirs, et aperçu le triste état où il était réduit, alla en donner avis aux corps-de-garde. Le sergent vint tout de suite, et demanda au soldat la cause du fâcheux, accident qui lui était arrivé. Celui-ci répondit naïvement qu'il avait une envie démesurée de voir sa mère, que c'était pour cela qu'il avait déserté; mais que malheureusement le moyen qu'il avait pris ne lui avait pas réussi. « Que dis-tu là ? s'écria le sergent qui l'aimait, et qui voulait le sauver. « Gardetoi de parler ainsi à nos officiers; si tu te donnes pour déserteur, tu ne peux manquer d'être perdu. Il en sera, ce que Dieu voudra, reprit le soldat ; mais mon curé et ma mère m'ont toujours dit qu'il ne fallait jamais mentir. » Peu de temps après, l'état-major ayant été informé de cette nouvelle, en tint le conseil de guerre : le malheureux jeune homme y comparut, il avoua sincèrement qu'il avait voulu déserter ; et comme on lui fit entrevoir les suites terribles que pourrait avoir pour lui cet aveu ; « Vous ferez de moi, dit-il, tout ce que vous voudrez ; mais, quoiqu'il puisse arriver, je dirai la vérité, parce que mon curé et ma mère m'ont appris, dès
Hl'lTIF.MR COMMANDKMKM 1)K MVV- "HS
mon bas âge, qu'il vaut mieux mourir que mentir. » Les oflFiciers qui composaient le conseil de guerre, étonnés et charmés de son amour pour la vérité, auraient voulu trouver un moyen de le sauver; mais ne pouvant se dispenserde le juger selon la loi, ils signèrent tous à regret l'arrêt de sa condamnation. Il subit la mort avec la même tranquillité qu'il avait confessé '^'^ r.iiito ; et tous ceu\ ijiii furent témoin'^ (h; S0T1 courage et do sa p'* lé, ne purent s'empfVher de le plaindre et de l'admirer. [Mmlor des enfants.)
Ne mentez pas même par badinage.
Edouard étr>it le fils de parents fort riches; mais il avait la détestable habitude de mentir à tout propos. Un jour il était à sa chambre en train d'écrire une lettre, et sur sa table s« trouvaient neuf louis d'or qu'il devait renfermer dans la lettre. Emilie, sa petite sœur, étant venue dans la chambre, vit les pièces brillantes et dit : « Edouard, où est-ce que cet or croit? » Edouard répondit : « Les louis d'or croissent sur des plantes. On les met en terre tout comme des fèves; et il en sort de grands arbustes qui se remplissent de pièces d'or. » Après cela Edouard se remit à écrire activement; mais Emilie s'empara des louis, sans qu'Edouard s'en aperçût, courut au jardin et les cacha dans la terre. Lorsqu'Edouard eut terminé sa lettre, elle rentra et s'écria pleine de joie : « Edouard, comme tu auras beaucoup de louis; je les ai plantés tous. » Edouard se leva tout désespéré, prit Emilie par la main, et ayant couru au jardin avec elle, il lui dit : Tu uas me montrer de suite où tu as enfoui les pièces? » Mais soit que l'enfant ne connût plus au juste l'endroit, soit que quelqu'un eût vu Emilie au moment où elle plantait les pièces, toujours est-il qu'elles avaient disparu. Lorsque le père apprit cet événement : « Edouard, » dit-il à son fils, « tu as bien mérité cette punition de neuf louis. Emilie était sans doute bien naïve d'aller planter des louis d'or; mais toi, tu es très méchant de répandre continuellement des mensonges. »
A la vérité, il n'est jamais permis de parler c<,ntre la vé-
rite; cependant il est très-souvent opportun de taire entièrement la vérité, en ne répondant pas du tout à une question, et en refusant les éclairtissen.ents, ou de voiler au moins la vérité d'une manière sage et prudente, lorsque l'honneur du prochain et le service de Dieu le réclament évidemment.
// y a souvent nécessité de taire la vérité.
S. Cyprien fut invité, par le proconsul Aspasius Paternus à lui fournir les noms des prêtres de Carthage, mais le Saint répondit : « Vos lois portent que personne ne doit être dénonciateur, donc, les prêtres ne sauraient être dénoncés par moi. Faites-les chercher, on les trouvera. » — S. Justin, martyr, lors de son interrogatoire à Pionie fut sommé par le préfet payen de dire où les chrétiens s'assemblaient ordinairement, 11 se contenta d'indiquer sa propre demeure et donna à entendre que là où demeure un chrétien là aussi pouvait se trouver en même temps un temple de Dieu, en disant : a Vous imaginez-vous donc que nous nous rassemblons tous dans le môme lieu? Notre Dieu n'est pas renfermé dans un seul lieu. Il est présent partout, mais invisible; et comme par son immensité il remplit le ciel et la terre, nous ne pouvons lui refuser nulle part l'hommage qui lui est dû. »
On peut quelquefois voiler la vérité d'une manière sage et prudente.
S. Athanase étant poursuivi par les Ariens, se réfugia dans un vaisseau. Ils l'eurent bien vite atteint; alors le Saint ordonna au pilote de virer de bord et de se diriger vers ses ennemis. Ceux-ci lui demandèrent s'ils n'avaient pas vu l'évêque Athanase. « Oui, » répondit-il, « il n'y a pas longtemps qu'il a pris la même route que vous suivez. » Cette réponse était parfaitement conforme à la vérité; et c'est ainsi qu'Athanase fut sauvé des mains de ses ennemis.
[Gr. Cat. 6« q.)
-) L'hypocrisie. On pèche par hypocrisie lorsqu'on
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cherche à induire les autres en erreur, en se faisant passer pour meilleur ou plus pieux qu'on n'est réellement. 11 y a, malheureusement, encore heaucoup de ces hypocrites qui parlent de justice, et sont plongés dans l'iniquité, des pharisiens chrétiens, qui ont toujours Dieu dans la bouche, nais qui portent 'o démon dans leur cœur; de leurs icvres découle le iniel, mais leur cœur renlerme du poison. C'est à eux que le divin Sauveur adresse ces paroles : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! car vous êtes semblables aux sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors, mais qui audedans sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte d'ordure. Ainsi, intérieurement vous paraissez justes aux hommes, mais au-dedans vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniqutté. » [Matth. 23, 27, 28.) — En vérité, ce péché d'hypocrisie n'est pas moins grand et détestable que le mensonge. « La justice hypocrite, » dit S. Augustin, « n'est pas de la justice, mais une double iniquité, puisqu'elle est iniquité et hypocrisie. »
Comparaisons.
a Le cygne cache sa peau noire sous des plumes blanches; ainsi l'hypocrite sous un bel extérieur cache une âme noire. » {Münch.) « L'autruche est un oiseau qui, bien qu'ayant deux ailos, ne vole pas. Voilà le portrait des hypocrites qui, bien que portant devant eux l'image de la sainteté, ne sont cependant pas saints. » {S. Grég.) — « Un hypocrite ressemble à un tas de fumier qui, étant couvert de neige, cache ainsi sa forme intérieure. » (S. Clém. d'Alex.) « Un hypocrite ressemble à une fausse pièce de monnaie qui paraît être autre qu'elle n'est en réalité. » [Richter.)
Quelque chose pour les hypocrites.
Des vases vides surnagent et ne s'enfoncent pas dans l'eau. C'est ainsi que les hypocrites ne se laissent pas longtemps abaisser par l'humilité; mais ils s'exaltent eux et leurs ex-
'M^H DES COMMANOIMENTS.
ploits tandis «ju'ils ravalent et déprinnenl les autres et leur coiuluiie, ressemblant au pharisien qui priait dans le temple : « 0 mon Dieu, je vous remercie de ce que je ne suis pas comme celui-là. » — « Les hypocrites, » dit S. Grégoire, a cherchent des témoins de leurs belles actions; et s'ils ne les trouvent pas, ils deviennent leurs propres panél;\ ri-: ■ -, Pt cela bien souvent aux dépens de la vérité. » C'est ainsi qu'un jour Jonathas ayant battu les avant-postes des Philistins, le roi Saiil fit annoncer dans tout le pays au son des trompettes : « Saiil a battu les avant-postes des Philistins; j> et tout le peuple était dans la joie et criait : « Vive le roi ! » De même que Saiil arrachait la palme de la victoire aux mains de son fils et laissait proclamer sa propre gloire au son des trompettes, ainsi les hypocrites poursuivent la louange des hommes, ne se souvenant pas de l'avertissement du Seigneur : « Garilez-vous bien de faire vos bonnes-œuvres devant les hommes, afin d'être vus par eux; sans quoi vous ne recevrez pas de récompense de votre Père qui est aux cieux. Lors donc que vous ferez des aumônes, ne le proclamez pas au son de la trompette, comme font les hypocrites dans leurs synagogues et dans les rues, afin d'être loués par les hommes ! En vérité,je vous le dis : de cette manière, ils ont déjà reçu leur réconipense. » {Malth. 6, :2.)
L'hypocrite confondu.
Un jour se présenta chez le saint abbé Sérapion un solitaire fort zélé, afin de recevoir decet homme, rempli de l'espritde Dieu, l'uneou l'autreinstruction. Sérapion lui ordonna de demeurer pendant quelque temps sous son toit et de se recueillir dans la prière. Mais le solitaire gémissait du fond du cœur. « Qui suis-je, » dit-il, en tenant les yeux baissés, « et pour qui me prenez-vous , en m'imposan^ de i)areilles choses? Je suis un grand pécheur; je suis indigne de ce vêtement religieux; je ne suis pas même digne d'élever mes regards vers Dieu! » — L'abbé rempli de compassion, le consola, et après que, suivant son habitude, il lui eut lavé les pieds, il lui servit un repas frugal; lorsque
mUriÈME (OMMANDKAIKNT DK DIKl'. 3ü9
le repas fui terminé, l'abbé se tourna de nouveau vers lui pour lui laver également, mais dans un sens spirituel, la tête et les mains. « Eh bien, mon frère! » lui dit-il pour commeneer, « quel bon conseil avez-vous voulu recevoir de moi? ou plutôt que vais-je vous dire ?En vérité, rien de nouveau. Si votre intention est sérieuse, alors prenez une résolution bien ferme, ne soyez plus si distrait, restez dans votre chambre, ne vous promenez pas inutilement à droite et h gauche, soyez plus occupé de votre salut. » — A ces mots le visage du novice s'empourpra; se croyant gravement ofî'ensé et insulté et ne pouvant maintenir sa colère, il éclata en paroles vives et impétueuses dont les flots s'arrêtèrent bientôt lorsque Sérapion le regarda d'un œil calme et sévère sans cesser d'être amical. « Voyez-vous maintenant, mon frère, » parla l'abbé, »quand il s'agit de vous humiliervousmême, vous vous y entendez parfaitement bien ; mais du moment que vous êtes humilié par d'autres, vous montrez un caractère hautain et emporté. Maintenant seulement je vous connais, et maintenant seulement vous vous connaissez vous-même. — Fuyez cette modestie hypocrite, fausse et orgueilleuse et tendez de toutes vos forces à la véritable modestie. Ou bien soyez tel que vous vous montrez, ou bien montrez-vous tel que vous êtes. »
{Gr. Catéch. l''-9^ q.).
3) La médisance. On pèche par médisance lorsqu'on révêle sans nécessité les fautes du prochain ; je dis sans nécessité, car il peiil se présenter des cas où l'on peut et l'on doit révéler les fautes du prochain, savoir, quand cela est nécessaire pour le bien du coupable ou qu'on peut empêcher par là un plus grand mal; mais en tout cas oh ne doit le faire que dans une bonne intention; en outre l'on ne peut pas exagérer les fautes, ni soutenir comme certaine une faute qui ne l'est pas; enfin on ne doit les révéler qu'à ceux qui peuvent remédier au mal; mais si on ne le faisait que par pure méchanceté.
370 f^ES COMMANDEMENTS.
si on allait proclamer partout les fautes du prochain pour lui ravir son honneur et sa réputation, ce serait de la médisance, un péché qui trahit autant de manque de charité que de méchanceté. Le médisant possède la qualité contraire de la neige. La neige couvre tout et rend tout brillant, et le médisant découvre tout et rend tout sale. « Les médisants, » dit le cardinal Hugues (in ps. 5), « ressemblent aux scarabées qui abandonnent les fleurs pour aller se mettre sur le fumier; ils taisent les bonnes œuvres de leur prochain pour ne parler que de ses jiéchés et de ses défauts.» C'est pourquoi Salomon donne l'avis suivant : « Ne te mêle point aux gens médisants; car la ruine s'élèvera tout à coup sur eux. » (Prov. 24, 22).
Combien nous trouvons souvent de plaisir à voir et à révéler les fautes d' autrui.
11 y a une vingtaine d'années, pendant les exercices du carême au mois de février, il arriva que dans une église de Turin le sermon du soir avait duré si longtemps que l'obscurité s'était à la fin répandue dans les nefs remplies de fidèles. Le sermon qui traitait en particulier de la nécessité de la pénitence, paraissait avoir produit un grand effet; car à peine fut-il terminé que du milieu de la foule s'éleva la voix d'un homme qui demandait la permission d'exposer seulement en quelques paroles ce qui lui pesait sur le cœur. Il déclara donc, avec l'expression du plus vif repentir, que les graves paroles du prêtre l'avaient fortement ému, et qu'il se sentait porté à faire une confession publique; puis cet homme, dont personne ne distinguait le visage, exécuta son singulier dessein sans attendre le consentement du public. a Je confesse, » s'écria-t-il, » devant Dieu et la sainte Eglise, qu'étant encore enfant et jeune homme j'ai mainte fois offensé mes parents par mon orgueil rebelle, par le mensonge et la fausseté, que j'ai souvent battu ma mère et que j'ai fait descendre mon père au tombeau, à force de le chagriner. Par
HlilTIËME COMMA^DEHE^T DE DIEU. 3'i i
mon hypocrisie et mes infâmes intrigues j'ai séduit un grand nombre de filles, qui actuellement sont dans la honte et la misère; j'ai également rendu infidèles des femmes mariées qui sans moi fussent restées chastes. Je n'ai pas passé un jour sans faire subir à ma femme les traitements les plus indignes, j'ai entièrement négligé l'éducation de mes enfants, j'ai trompé et pillé mes clients et j'ai foulé aux pieds la justice. Livré à toutes les mauvaises passions, j'étais habitué à passer des nuits entières dans les orgies; chaque matin je suis revenu ivre à la maison. Toutes ces actions criminelles, tous ces attentats horribles, par lesquels j'ai causé tant de mal, je les déplore du fond du cœur; et si j'étais encore assez pervers et malheureux pour persévérer dans mon habitude de pécher^et pour continuer à servir de scandale aux estimables citoyens de cette ville, je permets, à n'importe qui, de s'élever contre moi etde me demander publiquement raison. Comme garantie de la vérité, comme preuve de la sincérité de ma conversion, et en même temps pour humilier mon orgueil, je déclare demeurer dans la rue des Carmélites et me nommer Bonaventure, avocat. » En ce moment s'éleva une autre voix qui retentit avec force sous les voûtes de l'église: « Arrêtez ce malfaiteur, cet effronté menteur! C'est moi qui suis l'avocat Bonaventure, et tout ce que ce coquin a dit sur mon compte n'est que calomnie; ne le laissez pas échapper! » Mais l'abominable Sosie qui venait de faire cette confession, au lieu de faire la sienne, et qui d'après l'opinion générale n'avait rien dit de faux, fut assez avisé pour s'esquiver à la faveur de l'obscurité, et on n'a jamais su qui il a été.
L'enseignement à tirer de cet étrange événement ne saurait être douteux pour personne. Se confesser à la place d'autrui, mettre au jour ses fautes et les stigmatiser avec rigueur, voilà à quoi presque tout le monde est très-apte et vite prêt, au lieu de se frapper soi-même la poitrine de componction, dans la conscience de sa propre misère et de laisser la fonction déjuge à celui pour qui rien ne reste caché (Veilh).
oTi »ES COMMANDfcMK.NTS.
Comparaison .
Le niéilisant ressemble à un homme qui a accès dans un grand et beau jardin, et qui, au lieu de s'occuper des beautés variées qu'il a devant so\, parcourt les allées, s'attachant uniquement à ramasser les pierres sans valeur, les fleurs fanées et les mauvaises herbes; et qui, après cela, se tourne verssescompagnonspourleurdireavec un sourire malicieux : « Voyez donc les vilains objets que ce jardin renferme ! » — Ne pourrait-on pas répliquera ce misérable ; « Homme sans cœur! dans quel jardin planté par la main des hommes ne croissent pas de mauvaises lierbes? Pourquoi ne diriges-tu tes regards haineux que sur ce qui est mauvais, et les détournes-tu de tant de belles choses, telles que les fruits et les fleurs magniflques du jardin? — Le soleil lui-même a des taches : lu ne trouveras pas un seul homme qui n'en ail. »
(Gr. Cat. 10«-12« q.)
4) La calomnie. On se rend coupable de ce péché, quand on attribue au prochain des fautes qu'il n'a pas commises, ou qu on exagère ses fautes réelles. Ce péché, de même que la médisance, devient plus grand, selon la gravité des fautes et selon la position de la personne à qui on les impute; ensuite selon l'importance du tort et des dommages qu'elle a subis, enfin selon le nombre des personnes qui ont entendu la calomnie, et l'inleiition plus ou moins mauvaise ()u'on a eue. — La calomnie est un horrible péché contre la charité chrétienne; en effet, si c'est pécher et agir contre la charité (jue de dévoiler et de rendre publiques lesfautes secrètes du j)rochain, ce doit être assurément un crime diabolique que d'imputer faussement à quelqu'un des fautes et de les rendre publiques. En agissant de la sorte le calomniateur devient le meurtrier de l'honneur de son prochain et lui cause souvent un tort irréparable. Quel nom donnerait-on à celui qui, de gaité de cœur, irait
IHÜTIKMK (.O.MMA.NDl'.MKM DK DIKU. 373
salir et souiller de boue ce (jue son voisin a de plus précieux, par exemple, un bel habit; cet acte ne causeraitil pas un grand chagrin à celui qui en serait la victime? Avec quelle inhumanité n'agit pas le calomniateur qui, non-seulement souille la bonne réputation de son prochain, mais qui encore cherche à la détruire tout-à-fait?! C'est pourquoi l'Ecriture dit [Eccl. 10, 11) ; « Celui (|ui calomnie en secret ne fait pas moins que le serpent qui pique dans les ténèbres. «
Atrocité et funestes effets de la calomnie.
Le saint abbé Ypericius avait coutume de dire : « Il vaut mieux manger de la viande et boire du vin que de dévorer le cœur de nos frères par la calomnie; car, semblable au serpent qui chassa Eve du paradis, le calomniateur tue nonseulement sa propre âme, niais encore celle de ses auditeurs. »
Ne nous étonnons donc pas si Dieu, qui récompense selon sa justice, envoie parfois de rudes châtiments aux calomniateurs. C'est ainsi que S. Bernard rapporte {In vita Malachiœ) que le calomniateur de Malachie eut la langue toute enflée et consumée parles vers. — La Sainte Ecriture nous fournit également un exemple à ce sujet.
La calomnie et le châtiment d'Aman.
Aman calomniait le peuple Israélite auprès de son roi en lui annonçant que ce peuple se servait de nouvelles lois, agissait â l'encontre des habitudes de tous les peuples, méprisait les ordres du roi et blessait l'union des peuples par ses discordes. En conséquence le roi ordonna d'exterminer cette nation. Mais en ce moment Mardochée, la pieuse Esther et tout Israël supplièrent le Seigneur de faire éclater devant tout le monde leur innocence aussi bien que la calomnie d'Aman. Et Dieu exauça leur prière; le peuple d'Israël fut épargné, et le calomniateur fut condamné à la potence ; c'est ainsi que « Dieu le récompensa comme il l'avait mérité. » [Esth. 13-16).
Explication. Il faut bien remarquer à ce propos que ce n'est pas seulement le médisant ou le calomniateur qui commet un péché grave, mais encore celui qui écoute avec plaisir les propos médisants, qui ne les empêche pas, tout en le pouvant, ou qui par ses questions et son approbation les fait naître et les entretient. En effet, « celui qui invente des propos et des bruits infâmes et médisants n'est pas le seul calomniateur; celui-là l'est aussi qui écoute avec plaisir ce serpent, et qui prend part à sa conversation envenimée. Il est l'aide le plus méprisable du méchant, et il est pour le calomniateur ce que le receleur est pour le voleur. L'un et l'autre sont complices d'une égale infamie. Le méchant serait confus et interdit, n'atteindrait pas son but pervers, s'il ne trouvait pas des complaisants et des âmes vénales. » — Voilà pourquoi le sage Sirach nous donne l'avertissement suivant [Eccl. 28, 28) : « Bouchez-vous les oreilles avec des épines, et n'écoutez point la langue médisante! » Et dans le livre des Proverbes {25, 23.) nous lisons : « Le vent du nord chasse la pluie, et le visage sévère chasse la langue qui médit en secret. » S. Bernard écrit : v Je ne veux pas décider qui, du calomniateur ou de celui qui l'écoute, est le |)lus coupable. — Je ne trouve d'autre différence entre eux sinon que le premier a le démon sur la langue, et le second dans les oreilles. »
J\e prêtez aucune attention au calomniateur.
S. Jean, patriarche d'Alexandrie, ne supportait en sa présence aucune parole qui pût blesser la charité envers le prochain. Si quelqu'un tenait des propos peu charitables il se détournait aussitôt et commençait à parler d'autre chose; si cela lui arrivait une seconde fois, il donnait ordre à son chef d'office de ne plus permettre l'entrée de sa maison à cet homme sans charité qui ne pouvait maîtriser sa langue.
HUITl^.ME COMMANDKMEM' DK niKU. 375
(Gr. Cat. 13«-44'' q.)
A quoi sont tenus le médisant et le calomniateur . — Explication. Comme c'est une obligation de. restituer le bien volé, ainsi c'est une obligation de rétablir l'honneur lésé du prochain; en effet, « la bonne ré|)utation vaut mieux que beaucoup de richesses. » [Prov. 22, 1). Conséquemment, celui qui a divulgué les fautes secrètes du prochain, bien qu'elles soient réelles, doit cherchera le disculper età rétablir son honneur d'une manière licite. Mais celui qui a blessé l'honneur du prochain parla calomnie, qui lui a faussement imputé des fautes ou qui a exagéré ses fautes réelles, celui-là doit se rétracter, deynander pardon, et réparer autant que possible tous les dommages qu'il a causés; toute personne offensée y a droit, elle peut et doit dire au médisant : « Rendez-moi ce que vous m'avez pris! Vous m'avez pris mon honneur, ma réputation , mon crédit ; rendez-moi tout cela!» Car la religion, la justice, la charité ne cessent de nous crier : A chacun ce qui lui appartient! 11 n'y a pas de pardon à moins que le mal ne soit réparé autant que faire se peut. Je dis : « Autant que faire se peut; » car, malheureusement, le mal, bien souvent, ne se laisse plus réparer entièrement. « S'il tombe de l'encre sur une feuille de papier blanc, il reste toujours une marque quoiqu'on fasse pour effacer la tache. C'est ainsi qu'on a de la peine à faire disparaître entièrement les effets de la calomnie : elle laisse toujours une souillure.
Le coussin de plumes.
Il n'y a malheureusement que trop de médisants et de calomniateurs sur la terre. Peu d'entre eux ont la force de vaincre leur orgueil au point d'avouer leur péché, de retracter la calomnie et de rendre ainsi à leur prochain l'honneur qu'ils lui ont ravi. Mais supposé même que les médisants
o7(> DES COMMA.NbEMKNTS.
veuillent de tout leur cœur rétracter leurs paroles, et réparer l'honneur qu'ils ont ravi à leur prochain, — sont-ils bien toujours en état de le faire encore? Je dis : Non, et je le prouve par l'histoire suivante qui est réellement arrivée.
Il y a quelques vingt-cinq ans, vivait en Autriche un pieu\ et brave curé; il avait le malheur d'être haï et persécuté par cinq personnes de la commune, parce qu'il ne voulait pas consentir à ce qu'ils exigeaient de lui contrairement à lajuslice. Pour se venger de lui, ils gagnèrent une femme de mauvaise vie, qui accusa le digne prêtre des choses les plus infâmes, et dans la commune et même devant le synode épiscopal. Le curé fut effectivement appelé devant ses supérieurs ecclésiastiques, et bien qu'il défendît son innocence d'une manière victorieuse, cette dénonciation perfide et calomnieuse lui causa un si profond chagrin qu'il tomba dans une maladie de langueur, dépérit visiblement et fut bientôt sur son lit de mort. — Alors les calomniateurs eurent peur; en proie au repentir et à l'inquiétude, ils se rendirent chez leur curé, lui demandèrent pardon à genoux et se déclarèrent disposés à retracter de suite leur infâme mensonge, à réparer son honneur et sa réputation. — « Mes chers enfants! » leur répondit le malade, « je vous pardonne votre méchanceté de tout mon cœur; mais vous n'êtes plus en état de me rendre mon honneur et ma réputation. » — « Oui oui, » dirent ses paroissiens repentants ; « nous voulons le faire, nous pouvons le faire et nous le ferons. Dites-nous seulement comment nous devons nous y prendre. » — « Eh bien donc! » continua le prêtre, « prenez cet oreiller, et aprèsêtre montésàla tour, ouvrez-le d'un coup de couteau, et laissez voler toutes ses plumes. Après cela, revenez me dire ce qui est arrivé. » Les paroissiens ne savaient pas ce qu'il voulait dire et crurent en définitive que leur curé déraisonnait. A la fin ccfiendant sur ses instances réitérées, ils portèrent l'oreiller au clocher, l'ouvrirent et en dispersèrent les plumes. Après cela ils revinrent au presbytère. « Que sont devenues les plumes? » demanda le malade. » — « Hélas, » répondirent-ils, « le vent les a chassées au loin et tes a dis-
Hl'mfMI'. COMMANDKMKM 1»K IHElf. 377
pensées de tous côtés. » — « .le l'avais bien pensé, » dit le curé ; « cependant soyez assez bon pour me les rapporter dans la taie. » — « Pardon, monsieur le curé, » répondirentils tous étonnés, « nous ne saurions y parvenir, c'est chose impossible; car lèvent les a trop dispersées. » — « Eh bien, mes enfants, » reprit le prêtre, « vous êtes tout aussi peu en état de me rondre mon honneur et ma réputation, parce que vos accusations calomnieuses se sont déjà répandues trop au loin, et que par conséquent vous ne sauriez vous rétracter devant toutes les personnes qui les ont entendues. » Après ces paroles qui firent une profonde impression, il donna sa bénédiction à tous les assistants éplorés, et mourut quelques heuresaprès, victimedu péché de calomnie. (ß»'6//oM. de la jeunesse.)
(Gr.Cat. 5*^ 9.)
5) Les faux soupçons et les jugements téméraires. — Explication. -- Enfin on pèche encore contre le huilicmc commandement par de faux soupçons et par des jugements téméraires ; on pèche
a) par de faux soupçons lorsque sans aucune raison suffisante l'on suspecte la vertu ou la conduite du prochain, et
b) par des jugements téméraires, lorsque, sans une raison suffisante l'on regarde quelqu'un comme le véritable auteur d'un crime. Si, par exemple, après qu'un vol a été commis, vous alliez présumer, sans en avoir des preuves, que telle ou telle, personne est coui)able de ce vol, ce serait un faux soupçon; et si, également sans le moindre fondement, vous croyiez avec certitude que cette personne a volé, ce serait un jugement téméraire. Et « c'est avec raison qu'on appelle ces jugements des hommes, jugements téméraires, « dit S. François de Sales, « parce qu'ils ne sont pas juges les uns des autres, et qu'en jugeant ils usurpent l'office de Notre-Seigneur. »
Voilà pourquoi le divin Sauveur nous dit : « Ne jugez
pas, aün que vous ne soyez pas jugés! Pourquoi
voyez-vous une paille dans l'œil de votre frère, vous qui ne voyez pas une poutre dans votre œil? » [Matth. 7, 1-3.)
S. Paul et les habitants de l'île de Malte.
Le vaisseau qui Irnnsportait S. Paul d Jérusalem à Rome ayant fait naufrage sur les côtes de l'île de Malte, les insulaires s'empressèrent de bien accueillir l'équipage. Ils allumèrent un grand feu, et Paul ayant ramassé quelques sarments et les ayant mis au feu, une vipère, que la chaleur en fit sortir, se suspendit à sa main. Les barbares se permirent, à cette occasion, un jugement téméraire et précipité sur le compte de S. Paul, en se disant entre eux : «Cet homme est, sans doute, quelque meurtrier; puisque, après avoir été sauvé de la mer, la vengeance divine le poursuit encore et ne veut pas le laisser vivre. » Mais bientôt cette pensée fausse et peu charitable disparut pour faire place à l'admiration, car Paul ayant secoué la vipère dans le feu, n'en reçut aucun mal. Les barbares s'attendaient qu'il enflerait ou qu'il tomberait mort tout d'un coup. Mais ils virent bientôt qu'il ne lui était arrivé aucun mal, selon que Jésus avait prédit à ses disciples, que jamais la morsure d'un animal venimeux ne leur ferait aucun mal. Ce prodige et un grand nombre d'autres qu'il opéra dans cette île, convertirent une foule de personnes. {Act. des Ap. chap. 28).
La tabatière retrouvée.
Un général avait montré aux officiers qui dînaient chez lui, une nouvelle tabatière en or. Quelques moments après, il voulut prendre une prise, fouilla dans ses poches et s'écria avec étonnement : « Où donc est ma tabatière? Messieurs, veuillez examiner si quelqu'un, par distraction, ne l'auraitpas mise en poche. » Tous se levèrent aussitôt et retournèrent leurs poches, sans que la tabatière parût. Il n'y eut que le porte-drapeau qui demeura assis, visiblementgêné et qui dit: « Je ne retourne pas mes poches, je donne ma parole d'hon-
HUITIÈME COMMANDEMENT DK DIKII. 3(9
neurque je n'pi pas la tabatière en question. « Les ofticiers se séparèrent en secouant la tête d'un air d'incrédulité et chacun d'eux le prit pour un voleur. Le lendemain matin le général le fit appeler et lui dit : « La boîte est retrouvée ; un endroit de ma poche s'était décousu, et c'est par là quelle s'était glissée entre la doublure; quand le domestique brossa mon habit, il rolrouva la tabatière. Mais veuillez me dire maintenant, pourquoi vous ne vouliez pas montrer vos poches alors que tous les autres l'avaient fait? Le porte-etendard dit: «A vous seul, monsieur le général, j^ ferai laveu. Mes parents sont fort pauvres. Je leur passe donc ma deniisoldeet à midi je ne mange rien de chaud. Lorsque je fus invité, j'avais déjà mon diner en poche. C'était un morceau de pain noir et une saucisse, qui, si j'eusse retourné la poche, en seraient tombés, ce qui m'aurait rempli de confusion. » Le général, profondément touché, dit : « Vous êtes un excellent fils. Vous dînerez tous les jours avec moi, de sorte que vous serez mieux en état de soutenir vos parents. » Il le conduisit ensuite dans la salle à manger, et, en présence de tous les officiers, il lui remit la tabatière d'or, comme un témoignage de son estime.
Ayez le soupçon en horreur.
S. Anselme, en remplissant les fonctions épiscopales, fut souvent trompé à cause de sa bonté et de sa simplicité par beaucoup de personnes. Lorsque ses amis attiraient sur ce . point son attention et le mettaient en garde contre cette sorte de gens, il leur répondait : « J'aime mieux être trompé en pen'sant du bien des hommes, quand même, à mon insu, ils seraient méchants, que de me tromper en pensant du mal d'eux, sans m'être convaincu que réellement ils sont tels.
Ne jugez point.
Au fond du désert de la Thébaïde un jeune anachorète tomba malade. Malgré ses souffrances, une douce sérénité brillait sur son visage. Alors son supérieur lui adressa les paroles suivantes : « Mon frère, vous êtes heureux. » —
380 OFS COMMANDEMENTS.
« Oui, mon père, » répondit le moribond, — ■ « Me permettez-vous une réflexion?» — «Oh! oui, mon père, parlez! » — « Trop souvent à la mort le démon se cache sous la figure d'un ange de lumière, et couvre de fleurs le passage à l'éternité; dites-moi, quelle est la raison de ce calme parfait, de cette joie qui brille dans vos yeux, do ce bonheur inexprimable qui vous ravit? Nous sommes tous dans l'angoissp et nous tremblons?» — « Mon père! j'étais encore jeune lorsque, entrant dans votre règle, j'ai lu dans l'Evangile ces paroles sacrées *. Ne jugez point et vous ne serez point jîigé! Ces paroles furent pour mon cœur comme un trait enflammé; je les ai gardées comme un dépôt précieux; je les ai méditées; je n'ai point jugé, et voilà pourquoi j'espère en la miséricorde démon Dieu. » — En prononçant ces paroles il expira. Ces paroles n'ont point besoin d'explication;je les abandonne à votre méditation et souvenez-vous qu'en ne jugeant pas sur terre, vous mériterez de n'être point jugé au-delà du tombeau.
« Si vous voyez une maison dans un endroit solitaire, écarté et sauvage, pourriez-vous présumer pour cela que cette maison est un repaire de brigands? Ne pourrait-ce pas être également la retraite de la piété et de la crainte de Dieu? Reconnaissez dans cette image le néant du jugement téméraire et du soupçon injuste. »
« Celui qui juge témérairement, a la nature de la sangsue, qui suce le mauvais sänget ne touche pas au sang pur. »
— « Ceux qui prennent d'une certaine herbe d'Ethiopie, appelée Ophiusa, croient voir partout des serpents et autres choses eff'royables. Ceux cjui ont avalé l'orgueil, l'envie, l'ambition, la haine, ne voient rien qu'ils ne trouvent mauvais et blâmable; ceux-là pour être guéris doivent prendre du vin de palmier, et j'en dis autant pour ceux-ci : buvez le plus que vous pourrez du vin sacré de la charité, elle vous délivrera de ces mauvaises humeurs, qui vous font faire tant de jugements bizarres. » [S. Franc, de Sales.)
HUITIÈME COMMANDEMEiNT DE DIKI . 'M'.l
(W. cal, IG'- 19'^ q.
Ce que le huitième commandement ordonne. — Explication. — Le huitième commandement ordonne:
1) De dire toujours la vérité. La vérité doit être pour nous quehjue chose de sacré e( d'inviolable: de même qu'elle demeure en Dieu, ainsi elle doit aussi demeurer en nous, j)uis(iue nous sommes l'image de Dieu. A cette iin l'Apôtre nous lait l'exhortation suivante: « Dépouillez-vous du mensonge et parlez selon la vérité, chacun à son prochain ; car nous sommes les membres les uns des autres. » {Ephés. 4, 25.) « Dieu a donné la langue à l'homme, » dit S. Chrysostome, » afin qu'elle dise toujours la vérité, qu'elle loue et honore Dieu. » Dieu prend un plaisir particulier dans l'amour de la vérité. David ayant un jour adressé à Dieu cette question. « Seigneur! qui est-ce qui séjournera dans votre tabernacle? Qui estcequihabiteraenla montagne devolre sainteté?«il reçut pour^i'éponse: «Ce sera celui qui tnarche dans l'intégrité, qui fait ce qui est juste, et qui profère la vérité telle quelle est dans son cœur. » {Ps. 14, 1-3.') Que chacun donc soit « sincère et exempt de toute chute. » {Phil. 1, 10.)
Un ennemi du mensonge.
L'empereur Maximien envoya des soldats pour prendre saint Antoine, évêque de Nicomédie. Il arriva que ces soldats entrèrent sans le savoir dans la maison de ce vénérable vieillard. Ils lui demandèrent à manger. Le Saint les reçut avec beaucoup d'affabilité, et leur donna de quoi apaiser leur l'aim. Le repas fini, ils lui demandèrent où ils pouvaient découvrir l'évéque Antoine. « C'est moi, » leur réponditleSaint. Les soldats, reconnaissants, lui dirent: « Nous nous garderons bien de vous prendre; nous dirons que nous ne vous avons pas trouvé. » — « A Dieu ne plaise!» reprit le Saint; «je ne veux pas que vous disiez un mensonge. J'aime bien mieux
382 DES rOMMANDEMEMS.
mourir que de vous conseiller un péché. » Et il partit avec eux pour se rendre en prison. {Gaume. Cat. de pers. T. IV.
Un martyr de la vérilé.
Le curé d'Autun ayant été saisi par le peuple, le maire, qui voulait le sauver, lui conseilla de laisser dire au moins au peuple qu'il avait prêté serment, quoiqu'en réalité il n'eût pas voulu le prêter. « 11 ne m'est pas permis, » répondit le curé, « de racheter ma vie par un mensonge. Dieu, qui ne me permet pas de prêter ce serment, peut tout aussi peu permettre que je fasse croire aux autres que je l'ai prêté. » — Le maire se tut, et le curé mourut en martyr.
Récompense accordée à l'amour de la vérité.
Parmi les nombreux prisonniers et esclaves que l'empereur Auguste traînait à sa suite, lorsqu'il entra triomphant à Rome, après sa victoire sur Antoine et Cléopatre, se trouvait un prêtre Egyptien qui, à ce qu'on assurait, n'avait pas menti plus d'une fois dans toute sa vie. Cette renommée si extraordinaire lui acquit l'admiration de la ville entière ; et le sénat en ayant eu connaissance, regarda comme une obligation sacrée de rendre les honneurs dûs à la vérité dans la personne de ce prisonnier. — Non-seulement l'Egyptien futémancipé ou déclaré libre et richement récompensé, mais encore, aiin d'en Iransmettreàla postérité le souvenir, on lui érigea une statue dans une place publique. {Veith.)
La vérité ne se rencontre que rarement.
Louis XI, roi de France, avait coutume de dire : « J'ai ici à la cour toutes les choses en abondance, et il ne m'en manque qu'une seule; »et quand on lui demandait ce que c'était: « La vérité! » répondait-il, {Corneille a Lapide, in Exod. 18. 21.)
Le huitième commandement nous ordonne:
(2Z)e veiller soigneusement àla conservation deVhonneur et de la réputation; a) de notre propre honneur et de notre
réputation, si la gloire de Dieu, rédification du prochain et les devoirs de notre état l'exigent, conformément à ces paroles de l'Apôtre (2. Cor. 8, 21.): « Nous tâchons défaire le bien, non-seulement pour Dieu, mais encore pour les hommes. » Oui, nous devons à nous-mêmes de défendre et de sauver notre honneur, quand on l'attaque.— Toutefois nous devons être toujours prêtsàsoutfrir le mépris et l'opprobre pour notre salut, pour le salut du prochain et pour l'amour de Jésus Christ. C'est dans ce sens qu'il est écrit: «Si quelqu'un vous donne un soufflet sur la joue droite, présentez aussi la joue gauche ; » [Matth. 5. 39.) et « vous êtes heureux si vous souffrez des injures et des diffamations pour le nom de Jésus- Christ. >) (S. Pierre, 4. 14.)
L'exemple des apôtres.
Les apôtres furent persécutés et maltraités par les juifs, parce qu'ils prêchaient au nom du crucifié; ils furent traînés devantle Grand Conseil; on les mit en prison; on les flagella et on leur ordonna de ne plus prêcher au nom de Jésus. « Mais les apôtres sortirent du conseil, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir cet outrage pour le nom de Jésus. » {Act. des Ap. 5.)
La diffamation méprisée.
Un jour, Pie VI trouva dans sa chapelle, sur son prie-Dieu un libelle diffamatoire contre sa personne; on y lisait entre autres les paroles suivantes: « ce que Grégoire VII , le plus grand de tous les prêtres a rétabli, Pie VI, le moindre de tous les prêtres l'a de nouveau renversé. » — LeSaint- Père considéra cette attaque avec les yeux d'un véritable imitateur de Jésus-Christ et, ayant pris son crayon, il écrivit sous ce libelle: « Le royaume de J.-C. n'est pas de ce monde; celui qui distribue des couronnes célestes, ne prend pas des couronnes périssables. Donnons à César ce qui appartient à César, et à Dieu, ce qui appartient à Dieu! » — Réponse
384 DES COMMANDEMtMS.
vraiment sublime, loul-à-fail ilaiis le sens de l'Evangile, et qui fit plus d'honnenr au Saint-Père que la justification la' plus détaillée et la plus savante de sa conduite.
Le chrétien doit pouvoir souffrir l'outrage et l'opprobre.
Quelqu'un ayant dit à l'empereur Frédéric qu'on parlait mal de lui, il répondit : « Ne savez-vous pas que les grands seigneurs sont placés comme un point de mire pour tout le monde, afin qu'on puisse les viser et tirer sur eux avec de bonnes et de mauvaises paroles, et que la foudre frappe plutôt les tours élevées que les humbles cabanes? Celui qui ne saurait passersur cette misère et sur bien d'autres, celuilà n'est pas chrétien ni en état de régner. {Habsbourg).'
Comparaison.
M Un proverbe vulgaire vous dit déjà que l'outrage et l'insulte sont un bain purifiant pour les âmes. Car, quand on a couvert quelqu'un dinjures et d'outrages, alors parmi le peuple on dit d'ordinaire à d'autres, avec un air de triomphe : « En voila un que f ai bien lavé! — et c'est vrai. » (Cliniaque.)
Comment nous pouvons le mieux avoir soin de notre honneur.
Quand nous voulons prendre soin de notre honneur, le défendre et le sauver, nous ne pouvons nous servir à cette fin que des moyens permis. Ce qu'il y a de mieux, c'est de mener en tout temps une conduite chrétienne et de fuir autant que possible l'apparence même du mal. « Conservez une conscience pure, » dit S. Pierre (1. 5, 16) « afin que ceux qui décrient la vie sainte que vous menez en Jésus-Christ, rougissent de vous diffamer comme ils font. »Et S. Paul écrit (Thess. I. o, :2:2. ) : « Abstenez-vous de tout ce qui a quelque apparence du mal. » — Que le monde dise donc de nous ce qu'il veut, cela nous importera fort peu. — S"" Brigitte abandonna l'éclat de la vie de cour, après la mort de son mari ; elle distribua ses richesses aux pauvres, elle soigna les pauvres dans les hôpitaux et passa sa vie au servict; de Dieu et dans la pratique de la charité. Aussi la moquerie
Hl'ÏTlKME COMMANDESIKNT UE DlEl!. 38?>
ne lui fit pas défaut. Lorsqu'on lui rapporta que le inonde déversait le blâme et d'anièros railleries sur l'abandon volontairequ'elle avait fait et sur sa manière de vivre, elle répondit tranquillement au sujet de ces propos médisants :" « Ce n'est pas pour vous que j'ai commencé, et ce n'est pas pour vous (jueje cesserai. »
b) Si nous devons défendre notre propre honneur, nous ne devons pas moins défendre l'honneur et la réputation de notre prochain ;de tout temps nous devons le protéger contre les traits de la calomnie et ne parler et ne penser de lui qu'en bonne |)art, S. Chrysostônie écrit fort bien sous ce rapport: «Dites au prochain: Si vous avez à louer et à recommander quelqu'un, j'ouvre mes oreilles pour recevoir ce baume; mais si vous voulez dire du mal de lui, je les bouche, afin qu'aucune parole n'y trouve accès; car je ne saurais recevoir de la boue et des ordures. »
La bonne opinion de son prochain.
Une vision admirable fut un jour accordée au frère Léon, l'un des premiers compagnons de S. François. Un grand nombre de frères mineurs lui apparurent, s'avançant plein d'une éclatante beauté et rangés en ordre. Dans le nombre il en vit un plus brillant et plus beau que les autres; de ses yeux jaillissaient en quelque sorte des rayons tellement éblouissants, qu'à peine il pouvait les soutenir. — Le pieux frère Léon ayant demandé qui c'était, voici ce qu'il apprit : « Ce frère dont l'éclat extraordinaire vous frappe, c'est Bernard de Quintevalla, le premier compagnon de S. François; et il brille ainsi, parce que tout ce qu'il voyait, il l'expliquait en bien pour les autres, et qu'il estimait chacun audessus de lui. S'il rencontrait un pauvre, il avait coutume de dire : En voilà un qui supporte sa pauvreté avec plus de patience que toi. S'il voyait des hommes riches et habillés avec luxe, il se disait pour sa propre confusion. En voilà qui portent sous leurs riches vêtements des cilices, et veulent éviter les honneurs; ils châtient leur corps bien plus sévere-
CATÉC. PRATIQUE. T. 11. 47
ment que toi. — C'est à cause de cette simplicité dans sa manière de voir qu'il a mérité devant Dieu un tel éclat et une telle clarté. » La vie devient aimable quand on abandonne la justice à celui à qui elle appartient, à lui qui seul connaît les cœurs.
Le huitième commandement ordonne enfin : 3) de mettre en général un frein à notre langue, a) en ne parlant jamais sans réflexion, nous rappelant qu'un jour nous rendrons compte de chaque parole inutile [Matth. 12, 36.) ; et b) en tenant notre cœur à l'abri de l'ambition, de la jalousie, de l'envie, de la haine, de la soif de la vengeance etc. ; en effet « comment pouvez-vous dire de bonnes choses, » dit le divin Sauveur {Matth. 12, 34). « Vous qui êtes méchants? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. »
— On pèche beaucoup par la langue : « la langue est un membre bien petit, » dit S. Jacques, « et cependant elle produit de grandes choses (c'est-à-dire beaucoup de mal). »C'est pourquoi le sage Sirach écrit [Ecoles., 13. 3) : « Celui qui garde sa bouche, garde son âme ; mais celui qui est irréfléchi dans ses i)aroles s'en trouvera mal. » Ne parlons donc jamais sans réflexion; car « la nature donna, » comme dit S. Thomas d'Aquin, « à beaucoup d'animaux l'ouïe, mais la. parole, elle ne l'a donnée qu'à l'homme raisonnable, afin d'indiquer que nous devons parler raisonnablement. » Et S. Chrysostôme nous adresse l'exhortation suivante : « Surveillons toujours notre bouche et servons-nous de la raison comme d'une clef, non pas pour fermer à jamais la bouche mais pour l'ouvrir en temps opportun. » L'historien païen, Plutarque lui-même, dit dans ses préceptes de morale: « Comme il est avantageux que les maisons aient des portes, et les portes des serrures, ainsi il est avantageux qu'on mette une serrure à la bouche. »
HUITIÈME COMMANDEMKNT DK DIEL'. '^87
St Louis de Gonzague.
Un des condisciples de ce saint lui ayant demandé un jour quel moyen il employait pour ne pécher jamais eri paroles, il répondit : « Avant de parler, je réfléchis à ce que je vais dire, et je le recommande à Dieu, afin de ne rien dire qui pourrait lui déplaire. »
Le meilleur cilice.
Une personne qui était prompte et inconsidérée dans ses paroles, demanda à son confesseur s'il ne lui permettait pas de porter un cilice. Mais celui-ci mettant le doigt sur la bouche lui dit : « Voici (vous taire) le meilleur cilice pour vous. » — Une foule de personnes pourraient prendre ceci à cœur ! Car dompter sa langue c'est bien mieux et beaucoup plus méritoire que de porter un cilice. L'Apôtre S. Jacques nomme la langue «un monde plein d'iniquité ; un mal inquiet et intraitable, plein d'un venin mortel. » (S. Jacq. 3, 6. 8.) Et les saints Pères disent : « Si les péchés commis par la langue lï-'existaient pas, il y aurait un tiers de péchés de moins dans le monde. »
Comparaisons, « Vos paroles ressemblent à une pierre que vous lancez dans l'espace : réfléchissez donc bien avant de les prononcer. » {S. Jérôme.)
« De même que vous choisissez les mets que vous voulez prendre, ainsi choisissez les paroles que vous voulez prononcer. » [S. Augustin).
« Je voudrais avoir à mes deux lèvres des boutons que je devrais défaire chaque fois que j'aurais à parler; de cette façon j'aurais plus de temps pour considérer et peser mes paroles. » {Si François de Sales.)
Pratique. — Remarquez bien cette maxime : « Avec la vérité on subsiste toute sa vie; avec le mensonge on subsiste souvent à peine une heure. » Ayez donc en horreur tout mensonge et toute fausseté; ne parlez pas autrement que vous ne pensez! « La langue a ses racines dans le cœur, » dit S. Bernard, « afin que l'homme con-
sidère qu'il doit dire ce qu'il pense dans son cœur, comme si la nature voulait montrer que le cœur et la bouche doivent être d'accord, et que, comme il n'y a qu'un cœur, ainsi il ne doit y avoir qu'une langue. » — Ne parlez jamais mal de votre prochain et ne l'affligez pas par des moqueries ou des insultes! « Le coup de verge fait une meurtrissure, mais le coup de langue brise les os, » dit le sage Sirach {Eccl. 28, 21.). « C'est un grand péché écrit S. Jérôme {ps. 149), de dire du mal d'autrui. Pense en toi-même : Je suis un pécheur, il est un pécheur. Qu'as-tu à démêler avec lui? Fais attention à toi-même et prends garde de tomber! Pourquoi te réjouis-tu du malheur d'autrui? Piesteras-tu debout par le motif qu'il tombe? Que la chute de ton frère t'inspire de la crainte et non de la joie. »—Ne permettez pas non plus qu'on calomnie votre prochain ! Faitesvous, avec un noble courage, le protecteur del'innocence et foulez aux pieds la calomnie comme un insecte venimeux qui ronge la racine d'une fleur parfumée. Toutefois ne cachez pas les fautes du prochain à ceux qui peuvent les corriger! Car « ce n'est pas médire, » dit S. Thomas d'Aquin, « quand on dit le mal pour empêcher qu'on ne commette de nouveaux péchés ou qu'on ne cause du dommage à autrui. »
L'amour de la vérité.
Pascal Baylon détestait du fond du cœur le moindre péché. Etant portier du couvent, il alla un jour avertir l'un des pères qu'une femme désirait se confesser. Le père accablé de besogne chargea le portier de lui dire qu'il n'était pas à la maison. « Je préfère dire, mon Révérend père, » objecta Pascal, « que vous êtes empêché. » — « Non, » dit le père, « faites seulement ce que je vous ai dit. Je sais pourquoi. » Mais Pascal ne voulant pas y consentir reprit: « Mon père, je ne puis et je De veux pas le faire; ce serait
NEUVIÈME KT ÜIXIKME COMMANDEMENTS DK DIEU. 389
une fausseté et un péché, dont Dieu me garde. » — On trouve encore des personnes qui ont une horreur absolue du mensonge; mais à coté d'elles il y en a beaucoup, fort pieuses à la vérité, qui ne se font aucun scrupule de dire de petits mensonges par nécessité ou par plaisanterie, dans le but louable de produire un bien ou d'empêcher un mal. Cependant un inrnsonge reste mensonge, et il n'est pas permis de faire le mal pour produira un bien. {Bibliolh. de la jeun.)
Maîtrisez votre langue.
Le philosophe Zenon dit un jour à un jeune homme bavard: « Souviens- toi, mon ami, que nous avons reçu deux oreilles et une seule langue afin de ne jamais oublier que nous devons écouter le double de ce que nous parlons.
n Tu tte convoiteras pas la femme deton prochain. » — <.< Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni son champ, ni son domestique, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce que lui appartient. »
{Gr. Cat. {"-¥ q.)
Ce que le neuvième commandement défend. — Explication. Le wezmme commandement de Dieu a certains rapports avec le sixième; celui-ci défend en effet toute action extérieure opposée à la pureté; celui-là, au contraire, défend tout désir \m\)ur; dans le sixième commandement Dieu défend le péché du corps et dans le neuvième, les péchés du cœur et de l'esprit qui se trouvent en opposition avec le vertu angélique. Dieu sait tout ce qui se passe en nous comme hors de nous et il s'en trouve offensé dès que c'est mauvais ;'car, «c'est lui qui scrute les cœurs et les reins. » — Conséquemment le neuvième commandement de Dieu défend:
1) Avant tout lô désir de posséder la femme d' autrui ;
3fifl ms (.OMMANbt.MENTS.
« Quiconque regarde une femme pour la convoiter, » dit le divin Sauveur {Matth. 5, 18.), « a déjà commis l'adultère dans son cœur. » S. Chrysostôme développe ce passage d'une manière plus explicite dans la comparaison suivante.
Comparaison de S. Chrysostôme.
'< Di-^u n'extirpe pas seulement la maladie, mais encore jusqu'à sa racine ; car la racine de l'impureté c'est un regard (ou une pensée) impudique. C'est pour cela qu'il défend non-seulement l'adultère, mais encore la mère de l'impureté, le simple désir. Ainsi les médecins ne s'arrêtent pas aux maladies, ilä s'efforcent de faire disparaître encore les causes des maladies. Lorsque, par exemple ils veulent guérir des yeux malades, ils tâchent d'éloigner l'aflllux de mauvaises humeurs. Dieu en agit de même. L'adultère et l'impudicité en général, qu'est-ce autre chose qu'un aveuglement de l'âme? C'est pourquoi Jésus-Christ s'oppose au flux de l'impureté par la crainte de sa loi, en défendant non-seulement l'adultère, mais encore les mauvais désirs. Car si le cœur est atteint et perverti, que peut il y avoir encore de bon dans le corps? Ne rejetons-nous pas les légumes dont le cœur est pourri? Comment l'homme vaudrait il encore quelque chose, quand son cœur est corrompu?
Le neuvième commandement défend en général 2) les mauvaises pensées et les mauvais désirs. Or on pèche.
a) par mauvaises pejisées quâïiô on se représente volontairement des objets ou des actions obscènes ou qu'on y prend volontairement plaisir, ou encore, quand on fournit une occasion ou un motif aux mauvaises pensées, par exemple par l'indiscrétion des yeux, par la lecture des mauvais livres, parla fréquentation des spectacles, des bals, des mauvaises compagnies etc., ou quand on s'y arrête à dessein. On pèche également h) par mauvais désirs, (juand on a un désir volontaire de voir, d'entendre ou de faire quelque chose qui blesse la pureté.
Tant que les pensées et les désirs déshonnêtes nous déplaisent, et que nous employons tous nos efforts pour les chasser de notre cœur, il n'y a pas de péché; c'est même chose méritoire de repousser les pensées et les désirs déshonnêtes et de les combattre; « nous recevrons en récompense la couronne de la vie éternelle. » {S.Jacq.i, 12.) «Vous êtes ten?', » dit S. Augustin, « afin que vous soyez exercé, liouvé et reconnu par vous-même. Les vases de terre sont éprouvés au four, et les hommes justes pnr la tentation. Les vases doivent passer par le feu parcequesans cela ils ne sont pas achevés; et l'homme doit soutenir In hîtte contre ses passions, en surmonter les attraits, afin qu'il se perfectionne lui-même dans la liberté morale. »
Saint Dosithée.
Les tentations auxquelles nous résistons augmentent nos mérites et nous rendent dignes de la couronne céleste; c'est qu'en effet elles constituent pour nous autant d'actes de vertu qui sont agréables au Seigneur, S. Dosithée dit un jour à son maître spirituel qu'il était fort tourmenté par les tentations; son maître, ému de pitié lui répondit qu'il prierait le Seigneur de vouloir le délivrer de ces pensées et de ces tentations impures. Mais Dosithée répondit: « 0 non, mon père! priez plutôt que Dieu nie donne la patience et la grâce, afin que je sorte victorieux de ce combat et que je mérite ainsi la couronne du ciel. Car, bien que les tentations soient très-incommodes, elles sont néanmoins très-utiles et méritoires pour les hommes. »
Saint Ephrem
Après avoir soutenu une lutte fort longue contre les tentations, trouva enfin le repos intérieur, mais aussitôt il pria le Seigneur de lui accorder une nouvelle occasion de combattre et de triompher, en lui disant: « Seigneur! laissezmoi de nouveau entrer en lutte avec l'ennemi, afin que je
392 HES (.OHJIA.NDEMf NTï'i.
puisse vous donner de plus gnindes preuves de mon amour et qu'un jour je puisse être trouvé digne d'une plus grande n'conipense au ciel.
{Gr. Cal. 5" q.)
Hemèdes contre Us mauvaises pensées et les mauvais désirs. — Explication. Pour vaincre en nous les mauvaises nensées et les mauvais désirs, nous devons surtout employer les remèdes suivants:
1) Nous devons y résister, dès le premier moment. Ne nous amusons jamais avec les pensées et les désirs déshonnêtes; car ils ressemblent aux vipères; celui qui joue avec eux est mordu ; nous devons plutôt leur écraser la tête comme aux serpents venimeux.
Résistez dès le premier moment. {Comparaisons.)
« Un petit ruisseau qui vient à peine de s'échapper de la source où il prend son origine, peut être facilement conduit partout où l'on veut ; mais si par le concours de plusieurs autres ruisseaux et cours d'eau, ce mince filet est devenu un torrent, il est impossible de le conduire, La même chose a lieu avec les mauvaises pensées et les passions humaines; si, ne faisant que de naître, elles sont encore petites et faibles, il faut les extirper de suite et les chasser loin de soi, parcequ'alors c'est encore possible; mais si elles résident en nous depuis quelque temps, elles deviennentdeplus en plus fortes et vigoureuses, et il devient impossihlede s'en défaire. » (S.Chrysost.)
a Si une robe blanche est souillée, soil par des taches de sang, soit par l'une ou l'autre ordure, et que vous la lavez de suite, la robe reprendra sa blancheur primitive, et les taches disparaîtront entièrement; mais si vous ne la lavez pas de suite, et que vous y laissez les taches et les ordures pendant plus ou moins longtemps, elle aura de la peine à reprendre sa blancheur; il en est de même du cœur humain. Si une mauvaise pensée surgit dans votre cœur et que vous l'étouffez de suite, il n'en sera nullement souillé, ou du moins il reprendra sa pureté; mais si vous la laissez quelque
temps dans votre cœur, vous ne l'en pourrez chasser que difficilement et avec beaucoup de peine. » {S. August.)
« Lorsque quelqu'un prend un charbon ardent dans ses mains elle rejette de suite, il ne se brûle pas et n'éprouve aucune douleur; mais s'il le garde pendant une minute, il ne peut plus Je rejeter sans conserver une grave blessure. Il en est de même des mauvaises pensées dans notre cœur; il faut les rejeter de suite, comme on rejette les charbons ardents. » {S. Césaire d'Arles.)
« Un matelot doit veiller continuellement à ce que l'eau ne s'enfîltre pas par les fentes étroites de son navire ; et si l'eau y a pénétré, il doit la vider promptement, sans quoi son embarcation sombrerait; la même chose a lieu pour notre âme ; l'homme doit se hâter d'en chasser le moindre mal qui aurait pu s'y glisser, sans quoi il y trouvera sa perte. » {S. Bernard.)
%'^ous devons invoquer le secours de Dieu. C'est pourquoi le sage Salomon nous dit {Sag. 8, 21) ; « Gomme je savais que je ne pouvais avoir la continence si Dieu ne mêla donnait, je m'adressai au Seigneur et je lui fis ma prière de tout mon cœur. » Dès que nous commençons à prier la tentation doit nécessairement fuir; car la pensée] de Dieu et la pensée de péché ne sauraient subsister l'une à côté de l'autre.
Priez et résistez à F heure de la tentation.
S. Jérôme, après avoir vécu longtemps dans le monde, se retira dans la solitude. Dès ce moment il eut de fréquentes tentations contre la pureté. « Ah ! combien de fois, dit-il dans une de ses lettres, « combien de fois dans ce désert» qu'une chaleur effrayante rend presqu'insupportable, n'ai-je pas été visité par des pensées obscènes ? La douleur et la peine que j'en ressentis me décidèrent à m'enfoncer dans les lieux les plus retirés pour y lutter et y pleurer mes péchés. Je n'avais plus d'autre lit que la terre, plus d'autre nourriture que celle des solitaires, dans le désert; je ne buvais que
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de l'eau et je me nourrissais d'herbes sauvages. Dans cette affreuse solitude où je m'étais exilé pour échappera la solitude plus affreuse de l'enfer, mon imagination me représentait très-fréquemment les réunions des dames à Rome. Dans mon corps épuisé, je sentais le feu de l'impureté et j'étais en quelque sorte consumé par la concupiscence. Dans cet état déplorable, je me jetai aux pieds de Jésus-Christ, je les arrosai de mes larmes, et après avoir jeûné pendant plusieurs semaines, je réussis enfin à dompter la chair. Il m'est arrivé plus d'une fois à passer les jours et les nuits à implorer le secours du ciel; je ne cessais de pleurer, je me frappais la poitrine jusqu'à ce qu'enfin les assauts de la tentation se fussent calmés, et que mon esprit eût recouvré sa tranquillité. Dieu m'est témoin, » ajoutait-il, « qu'après avoir versé des larmes en abondance, je me trouvais calme au point de me croire dans la compagnie des Anges. »
5) Si la tentation persiste, ne perdons pas courage, mais persévérons et cherchons à nous occuper; nous devons faire comme les Israélites qui, battus deux fois dans leur guerre contre les Benjamites, ne perdirent pas courage pour cela, mais qui, après avoir prié et jeûné, recommencèrent l'attaque, et luttant de toutes leurs forces, remportèrent une victoire éclatante. {Juges. 20.) C'est ainsi que cela se passe; aux braves appartient la victoire , et celui qui persévère jusqu'à la fin sera sauvé.
Heureux celui qui persévère dans lu lutte.
Un frère dit un jour à S. Egide : « Je suis cruellement tourmenté par une tentation qui n'est pas ordinaire; souvent j'ai prié le Seigneur de vouloir m'en délivrer ; mais il n'en fait rien. r> Egide lui répondit : « Si un roi pourvoit ses soldats d'excellentes armes, il veut aussi qu'ils combattent avec d'autant plus de courage. Si l'on se montre fidèle dans le combat. Dieu aura égard à cette fidélité et accordera de nouvelles armes. Dans chaque vice qu'on aura combattu on trou-
veni la source d'une vertu, et plus le vice aura présenté de dangers à combattre, plus aussi sera grande la récompense, une fois qu'il sera vaincu. Le motif pour lequel on cesse de s'avancer dans la voie du Seigneur est aussi le même qui fait perdre la récompense. Le plus souvent il en est des tentations comme d'un paysan qui d'une épaisse forêt, pleine de buissons et d'arbres veut faire un terrain fertile. Comme il ne peut eftectuer ce travail sans de grandes fatigues, il se répent le plus souveut de l'avoir entrepris, d'autant plus qu'il lui coûte plus de peine qu'il ne l'avait cru d'abord ; et qu'outre cela il ne recueille pas de suite les fruits qu'il avait espérés. Mais ne voulant pas abandonner entièremeut l'entreprise, il cultive enfin un sol fertile, et alors il ne recueille plus du dégoût de son travail, mais du plaisir à cause de l'abondance de fruits qu'il y récolte. « — C'est ainsi que dans la lutte contre les tentations il ne faut pas reculer, mais persévérer avec constance : car « bienheureux est l'homme qui endure la tentation; quand il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. » {Jacq, i, 12.)
{Gr. Cat. 6« q.) Ce que le neuvième commandement de Dieu ordonne. — Explication. Le neuvième commandement de Dieu nous ordonne de tendre uniquement vers ce qui est honnête et saint; nous ne devons nourrir et conserver dans nos cœurs que des pensées et des désirs honnêtes, suivant en cela l'exhortation de l'Apôtre (PÄz7. 4, 8) :« Enfin, mes frères, que tout ce qui est véritable et sincère, tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint, tout ce qui peut vous rendre aimables, tout ce qui donne une bonne réputation, tout ce qui est vertueux, tout ce qui est aimable dans la conduite, soit l'objet de vos pensées ! » Gardons-nous surtout de souiller, même par le moindre péché, la vertu angélique de l'innocence et de la pureté.
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Ce que Dieu désire de nous dans le neuvième commandement
Un jour que S. François de Sales avait auprès de lui un ami, il reçut la visite d'une dame qui était généralement admirée pour sa beauté. Après un entretien d'une heure, elle partit. Dès que le saint Evéque fut revenu près de son ami, celui-ci lui dit : « Une beauté extraordinaire, n'est-ce pas? » — Œ Je ne l'ai pas regardée. » — « Comment? Vous avez parlé avec elle pendant une heure entière et vous ne l'avez pas vue?» — « Je l'ai bien vue, » dit le saint Evêque, « mais sans la regarder. » Comme l'autre s'en étonnait, le saint s'expliqua plus clairement, et lui dit : « Je l'ai remarquée, il est vrai, avec mes yeux du corps, mais je n'ai accordé dans mon cœur aucune attention à sa beauté; comme je ne parlais avec elle que de choses bonnes et édifiantes, mon cœur n'était également occupé que de pensées bonnes et salutaires, et il n'y avait aucune place pour les désirs et les inclinations déshonnêtes; car, je ne sais que trop bien, ce que Dieu exige de nous dans le neuvième commandement. »
{Gr. Cat. 7«-9« q.) Ce que le dixième commandement de Dieu défend et ordonne. — Explication. De même que le neuvième commandement a certains rapports avec le sixième, ainsi le dixième a certains rapports avec le septième. Dans le septième commandement il est ^e/e?ic??f de prendre ou de retenir le bien du prochain, e! il est ordonné de donner et de laisser à chacun ce qui lui appartient. Le dixième commandement va encore plus loin et défend de désirer d'acquérir le bien d'autrui par des voies injustes, et cela avec raison ; car, « le désir des richesses, » dit S, Paul (1 Tim. 6, dO), « est la racine de tous les maux. » Nous le voyons dans Achab qui convoitait la vigne de Naboth. Quelles injustices ne commet-il pas ! Afin de mener à bonne fin les desseins cupides de son mari, Jésabel fit venir de faux témoins qui devaient dire que Naboth avait blasphémé Dieu et mal parlé du roi. Et
NELVIÈVIE ET DIXIÈMK COM.MANDESIENTt. DK DIKl). 397
c'est ainsi que Naboth périt victime de la cupidité de son roi. — Parcontre, le dixième commandement nous orc?ownß de donner à chacun ce qui lui appartient et d'être contents de ce que nous avons. « Que votre vie soit exempte d'avarice, » nous dit l'Apôtre [Hebr. 13, 5.) « et soyez contents de ce que vous avez! » Le contentement donne le bonheur suprême. « Le bonheur de cette vie temporelle, » dit S. François de Sales, « consiste à se contenter de ce qui suffit. » — Le pauvre lui-même peut se procurer ce contentement, s'il songe que le plus grand bien sur la terre ne consiste pas dans les trésors terrestres mais dans une conscience pure et dans la vertu, — que nous avons notre patrie là-haut, que Jésus-Christ lui-même a été pauvre par amour pour nous, et que tous ceux qui, par amour pour lui, supportent la pauvreté avec patience, seront un jour magnifiquement récompensés au ciel.
Le berger heureux et content.
Les puissants de la terre sont souvent regardés comme les hommes les plus heureux, mais il est très-rare qu'ils le soient vraiment; ce n'est pas la domination sur les autres qui nous rend heureux mais la domination sur nous-mêmes et sur le vice. En voici une preuve : Le vénérable Tauler ayant un jour rencontré un berger se lia de conversation avec lui : «Qui êtes-vousmonami?» lui dit-il. — Le berger : « Je suis un roi. » — Tauler : « Et où est votre royaume?» — Le berger : « Dans mon cœur. » — Tauler. « Et quels sont donc vos sujets? » — Le berger: « Mes passions, mes désirs, et mes inclinations que j'ai à diriger, à combattre et à vaincre. » — Tauler : « Mon ami, que vous êtes heureux. r> — Le berger: «Oui, je suis heureux. » — {Philoth.) — De cette manière tout pauvre peut être heureux et content.
Contentement et goûts simples de S. François de Sales
S. François de Sales étant évêque avait coutume de dire :
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« Un revenu annuel de 1200 écus ne sufiit-il pas pour vivre? Ne me reste-t-il pas encore toujours assez pour mes besoins? Les apôtres étaient des évêques incomparablement meilleurs que nous et il s'en fallait de beaucoup qu'ils eussent autant que nous. Nous sommes loin de mériter ce que Dieu nous donne. Je voudrais que le ciel me privât également des économies que je fais! » Il habitait à Annecy une maison aussi jolie que spacieuse, qu'il avait en location; les chambres en étaient fort belles; cependant lui-même occupait une petite chambre obscure et étroite, qu'il appelait la chambre de François ; mais la chambre où il recevait son monde s'appelait chambre de l'évêque. Il disait bien souvent : « Nous ne sommes que les fermiers et les administrateurs des biens que Dieu nous a accordés, surtout si ce sont des biens ecclésiastiques qui appartiennent aux pauvres; la chose essentielle, c'est que nous soyons des administrateurs fidèles. Si nous avons la nourriture et des vêtements décents, que voulons-nous encore davantage? Je proportionne mes vœux à mes moyens. Les morceaux me sont coupés selon la grandeur de ma bouche : si j'avais plus, je ne saurais trop qu'en faire. Ne suis-je pas très-heureux de vivre comme un enfant sans inquiétude? Chaque jour a ses peines. Plus l'homme a, et plus grand sera le compte qu'il doit rendre. — Prenons pour exemple le contentement de ce saint et grand prélat; car « la piété avec le contentement d'esprit est un grand gain. » {Thim. 6, 6.).
[Gr. Cat. iO'-q.).
Pourquoi Dieu ne défend pas seulement les mauvaises actions mais encore les mauvaises pensées et les mauvais désirs. — Explication. — Nous ne devons pas nous étonner de ce que Dieu défend même les mauvaises pensées et les mauvais désirs; car ces pensées et ces désirs souillent le cœur et conduisent aux mauvaises actions. Voilà pourquoi le divin Sauveur dit : « Du cœur sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les for-
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nications, les larcins, les faux témoignages, les médisances. [Matth. 15, 19.) » Or l'Eternel regarde le cœur. « (1 Rois. 16, 7.) Les mauvais désirs nous entraînent à tous les péchés et à tous les vices. « Celui qui ne sait pas modérer ses désirs, ressemble à quelqu'un qui étant emporté par des chevaux indon]i)tés, est traîné, déchiré, mis en pièces par eux. « {S. Ambroise. Lib. de virg.). Et Benoît XIV avait coutume de dire : » Là où les passions et les désirs déshonnêtes marchent en tète, avec la bannière, on peut être certain que là aussi on verra suivre une grande procession. »
Effets funestes des mauvaises pensées et des mauvais désirs.
Un homme violent et cruel, appelé Appollodore, fut un jour, à ce que rapporte Plutarque, tourmenté par un songe effrayant. Il se vit prisonnier chez les Scythes barbares qui, l'ayant entouré, l'immolèrent, le coupèrent en morceaux et le jetèrent ainsi membre par membre dans une marmite. Alors du milieu de ces chairs qui cuisaient, son propre cœur lui parla ainsi : « C'est moi qui t'ai causé tous ces malheurs. » — Oui, en vérité? Le cœur, c'est-à-dire les mauvaises pensées et les mauvais désirs du cœur produisent beaucoup de malheurs et de perdition parmi les hommes.
Soyez le maître de vos désirs, sans quoi vous en serez l'esclave.
S' Dominique voulant encourager ses disciples à la lutte contre les mauvais désirs et les passions, leur dit : « Celui-là est victorieux de l'univers qui est maître de ses passions : il faut ou que vous leur commandiez, ou que vous en deveniez les esclaves, et il vaut assurément mieux être le marteau que l'enclume. » {Invita.).
Comparaisons.
« Le poison mêlé à un aliment, non-seulement le gâte et le rend impropre à tout usage ultérieur mais gâte encore le vase dans lequel le poison a été conservé; c'est ainsi que
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tout péché est non-seulement dangereux, et funeste quand il est commis par nous, mais encore il nuit à l'âme lors même qu'elle ne s'y arrête que par la pensée. {S. Augustin.).
« Un oiseau donne quelquefois dans un piège, et bien souvent il est pris seulement par l'aile ou par quelqu'autre partie de son corps : ce piège le retient donc prisonnier, et l'oiseau est perdu bien qu'il nesoitpris que par un seul membre. Il en est de même de l'homme, quant à ses penchants, à ses désir , et à ses passions : il arrive bien souvent qu'un seul désirs une seule passion le relient, et ainsi il se perd pour le corps et pour l'âme. » {S. Ephrem.).
Pratique. — Vous êtes chrétien, mon ami ! c'est pourquoi
(1 Ne désirez pas les biens de ce monde ! Dirigez vos pensées vers ce qui est éternel, et vous n'aurez pas de peine à mépriser les choses terrestres ! « Conduisez-vous selon l'esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair. » {Gai. 5, 16.). Hélas! Que vous importent toutes les joies du monde tous les biens de la terre? N'êtesvous pas créé pour le ciel? « Que le païen recherche les richesses, lui qui vit sans Dieu, » s'écrie S. Bernard, « que le juif les recherche, lui à qui sont données des promesses terrestres; mais avec quel front, ou plutôt avec '.iUel cœur le chrétien recherche-t-il les richesses, après que J.-C. a appelé bienheureux les pauvres? » Ainsi donc, en arrière avec les coupables désirs pour les biens et les richesses. Retenez bien la maxime suivante:
Très-souvent les biens de la terre.
Empêchei t notre âme de faire Ce que veut le maître éternel.
Les courts plaisirs de ce monde Sont une souice trop féconde D'obstacirs au bonheur du ciel.
2) Chassez promptement et sérieusement de votre esprit toute mauvaise pensée et tout mauvais désir, vous souve-
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nant de la présence de Dieu ou des peines terribles et éternelles de l'enfer!
Ce que je suis ce (jne je fais.
Dieu ! lu le vois el tu le sais !
Le pauvre étudiant.
Albert, un pauvre étudiant, passait la nuit dans un moulin ; un banc di! la chambre du r^z-de-chaussée lui servait de lit. Vers minuit s'étant éveillé, il entendit un petit bruit contre le mur. Ayant regardé de ce côté, il vit au clair de la lune une montre en argent. 11 lui vint un vif désir de s'en emparer et de fuir par la croisée. Il se disait bien en luimême: « Tu ne déroberas point! » Cependant le désir de posséder la montre devint de plus en plus violent. Tout à coup il se lève, saute par la fenêtre et s'enfuit. Après avoir fait quelques centaines de pas il voulut revenir pour aller prendre la montre. Il n'en fit pourtant rien et continua sa route. Là-dessus la lune s'étant dérobée derrière les nuages, une obscurité profonde enveloppa la campagne. Albert s'égara et s'étendit par terre sur une colline. Peu après il dormit d'un profond sommeil, car il était fatigué. Au point du jour il fut éveillé par un bruit désagréable, et en levant les yeux il fut pris d'une horrible frayeur. II était couché sous un gibet, et au-dessus de sa tête pendait un voleur autour duquel tournoyait une bande de corbeaux Alors il se dit en luimême : « Voilà^quel eût été à la fin ton sort, si tu avais commencéàvoler. » — Il se mita genoux et promit solennellement à Dieu de résister promptement et sérieusement à tout mauvais désir.