‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 3)Chapitre 15 sur 44 · Bernard · texte numérisé non relu

Bernard

écrit : « 11 y a trois points que nous devons examiner dan« la fête d'un Saint : le secours du Saint, son exemple et notre

CATÉC. l'KATIjCE. T. II« 18

confusion. Son secours, puisque, étant encore sur la terre, il avait un si grand crédit auprès de Dieu, il sera encore plus puissant au ciel devant la face du Seigneur.... Son exemple, puisque, tant qu'il a vécu sur la terre, on ne l'a jamais vu, dans ses relations avec les hommes, dévier à droite ou à gauche du chemin de la vertu, jusqu'à ce qu'il fût allé luimême rejoindre celui qui a dit : je suis la voie, la vérité et la vie... Notre confusion, puisque le Saint a été également un homme comme nous, formé du même limon et sujet aux mêmes passions que nous. Qu'est-ce qui peut donc nous empêcher de faire ce qu'il a fait, de marcher sur ses traces? » Ailleurs il dit encore ; « Aux jours de fête des Saints nous devons en partie nous réjouir, en partie nous attrister : nous réjouir, parce que nous avons envoyé au-devant de nous des protecteurs ; nous attrister, parce que nous ne pouvons pas encore les suivre. »

Comment un frère du désert célébrait les jours de fête.

Dans le désert vivait, comme S'-Augustin le rapporte, un frère rempli d'un ardent amour pour Dieu et d'une tendre dévotion aux Saints. La manière dont il célébrait ces jours de fête de l'année ecclésiastique estexcessivement ingénieuse : nous y trouvons un témoignage éclatant de sa profonde piété. Il avait représenté dans une série d'images tous les mystères de notre foi, tous les épisodes remarquables relatifs à la vie et à la passion de Jésus, ainsi qu'à l'histoire de Marie et de tous les saints. Lorsqu'un jour de fête arrivait, après s'y être préparé d'avance par la prière et le jeûne, il plaçait au fond de sa cellule l'image correspondant à la fête, afin d'avoir devant les yeux, tout le jour durant, la signification de la fête, de méditer sur l'amour infini de Dieu et sur les vertus sublimes de ses Saints, d'acquérir celles-ci et de les pratiquer pendant sa vie. Alors on voyait souvent des larmes couler le long de ses joues, larmes de repentir, et d'une sainte impatience de pouvoir bientôt célébrer au ciel le jour de fête éternel avec Dieu et ses Saints. A la fête de tous les Saints, il était également plongé dans ses méditations, et les larmes

PUEMIKU CO.VIMANDKMEN r DE i/kGLISË. 4t I

d'une sainte impalieDct! coulaient plus abondantes que jamais; — il contemplait en esprit ce que son image lui représentait, savoir des millions de chœurs célestes et debienheureux entourant le trône de Dieu. Ah! comme alors son cœur battait vivement! Il succomba aux ardents désirs de son âme et passa au sommeil des justes pour prendre éternellement part avec eux aux magnifiques fêtes qu'il n'avait vues ici-bas que dans des images. — Bienheureux celui qui célèbre aussi dignement sur cette terre les fêtes du Seigneur et des Saints; Il prendra part dans le ciel aux joies des élus comme le pieux frère du désert. {Ex Vitis Fr. Erein. S. Aug.}

(Gr. Cal. ¥ g.)

Remarque. — Que l'Eglise a aussi le droit d'abroger de nouveau les jours de fête, de les transférer ou de les Limiter à certains /î'eM.^/ors^/Meletempsetlescirconslances l'exigent, cela ne souffre aucun doute. La doctrine de l'Eglise est et doit être sans doute toujours la même, puisqu'elle a été donnée par Dieu; mais il en est tout autrement des dispositions et des ordonnances que l'Eglise fait pendant le cours des siècles, et dans lesquelles elle doit tenir compte de la diversité des temps et des lieux. Voilà pourquoi, sans préjudice pour l'unité de la doctrine de l'Eglise, il peut se trouver de la diversité dans la célébration des jours de fête {Catéch.).

Pratique. — Ecoutez les paroles de S. Ghrysostôme [Serm. 5 de Anna.) : » Lorsqu'il y a un jour de fête, le point important ce n'est pas la masse des personnes qui accourent, mais ce sont les vertus qui se montrent à cette occasion; ce ne sont pas les mets exquis (jui sont servis sur la table, mais les soins attentifs dont on entoure son âme. La plus grande fête c'est une bonne conscience. Celui qui vit bien, qui pratique de bonnes œuvres, célèbre encore, hors de la fête, un jour de fête et éprouve une joie véritable dans sa bonne conscience.

Mais celui qui vit dans le péché, qui se sent chargé de beaucoup de mal, quand même il y aurait dans l'Eglise la plus grande fêle, ne célèbre cependant pas de fête. » — Le comprenez-vous? Ce qui est le point cajiital dans la célébration d'une fête c'est une bomie conscience. Or donc; préparez-vous à chaque grande fête de l'année conformément à l'esprit de l'Eglise, avec tant de zèle, comme si c'était le dernier jour de votre vie. A l'occasion des grandes fêtes, dit l'Imitation de J.-C, il faut renouveler nos pieux exercices et implorer avec plus de ferveur les suffrages des Saints. 11 faut méditer de vivre, d'une fête à l'autre, comme si nous devions sortir alors de ce monde pour entrer dans l'éternelle fête. Et si le Seigneur diffère cette heure, croyons que nous n'étions pas assez bien préparés, pas encore dignes de la gloire infinie qui sera manifestée en nous au temps marqué, et faisons eîTort pour mieux nous disposer à ce passage. » (chap. 19. Liv. I.)

Gardez-vous bien de profaner les jours de fête par des travaux serviles, par des dissolutions ou des plaisirs coupables; célébrez, plutôt la fête avec tant de zèle et de dévotion comme si les mystères, en mémoire desquels elle a été instituée, s'accomplissaient de nouveau sous nos yeux. « Nous devons prendre soin, » écrit S. Jérôme, « que les fêtes des Saints deviennent pour nous des jours de joie, non pas tant par des dîners plus copieux, que par une récréation spirituelle; en effet, ne serait-ce pas une absurdité de vouloir honorer par le manger et le boire ceux qui cherchaient à plaire à Dieu précisément par le jeune et le mortification? »

Zèle pour la célébration des jours de fête. Lorsque S. Ambroise fut devenu évêque de Milan, il trouva dans son diocèse un abus qui s'y était glissé depuis longtemps el s'était profondément enraciné; il voyait avec dou-

DEUXIÈME COMMANDEMENT DK l'ÉGI.ISE. 4<^

leur que la célébration des jours de fête était troublée et rendue stérilo par les foires, les spectacles, d'autres amusements publics et des plaisirs bruyants

11 alla au-devant de cet abus avec toute la puissance de son zèle, l'attaqua avec un courage vraiment cbrétien, et en peu de temps il en était arrivé au point que non-seulement à Milan, mais encore dans les endroits l.ö plus écartés de <(:n Yast(> diocèse, le peuple cbrétien célébra pieusement les dimanches et jours de fête, en assistant avec un joyeux empressement à la Sainte Messe, ainsi qu'à la prédication et aux autres ofllces religieux, et que les amusements païens disparurent sans laisser presqu'aucune trace. {Lohner.).

UELXIÈWE COMMANDEMENT DE l'ÉGLISE.

{Gr. Cath. 1-3 9).

Ce qui est ordonné par le deuxième commandement. — Explication. Le deuxième con^niandement ordonne que tous ceux qui ont atteint l'âge de raison (vers sept ans) assistent avec attention, respect et dévotion à la sainte Messe, les dimanches et jours de fête, à moins qu'ils ne soient empêchés par une cause légitime, telle que maladie, soins à donner aux malades, etc., parce que la sainte Messe est l'acte religieux le plus saint et le plus salutaire, qui honore Dieu delà manièrelaplusdigne.Carcda sainte Messe est » comme le dit S. François de Sales, « le soleil .desexercices spirituels, l'abîme de la miséricorde divine, la source de l'amour divin, le cœur de la dévotion, l'âme de la piété, le moyen le plus précieux pour obtenir les grâces. » — « il est évident, » ajoute S. Laurent Justinien, « qu'il n'y a pas de sacrifice par lequel Dieu soit plus honoré que par le saint sacrifice de la Messe, que le divin Sauveur a laissé à son Eglise pour rendre un hommage parfaitement digne à son Père -»{Serm. de Corp. Christ.l — CeUe sublimeté et cette excellence du saint

411 DKS (.OMMANDrME>TS.

sacrifice de la Messe nous imposent donc l'obligation de n'y assister jamais, comme il a été dit plus haut, qu'avec attention, respect et dévotion,

Respect pendant le saint sacrifice de la Messe.

S'* Marguerite, reine d'Ecosse, entre autres beaux sentiments, inspirait surtout à ses enfants le respect à l'église, pendant la sainte Messe. « Nulle part, » leur répétait-elle souvent, « nous ne devons nous abstenir plus sévèrement d'une pose nonchalante que dans la maison de Dieu, surtout lorsqu'on célèbre le sacrifice de la nouvelle loi. Nous devons nous y montrer respectueux, non-seulement par l'âme, mais aussi par le corps. « — Ses enfants apprenaient la manière de se conduire à l'église principalement par l'exemple de leur pieuse mère; voilà pourquoi un bourgeois dit un jour à son voisin : « Voulez-vous savoir comment les anges prient dans le ciel, regardez seulement à l'église notre reine avec ses enfants. »

Comparaison.

« Celui qui se rend dans la maison d'un personnage haut placé ou dans le palais d'un roi, est très-réservé et modeste dans tout son maintien, dans sa tenue, dans ses regards, dans sa marche et ses manières; c'est ainsi que le chrétien doit être très-réservé et modeste dans l'église qui est la demeure de Dieu et la maison du roi des rois, (et principalement pendant le saint sacrifice de la messe). » (5. Chrysost.).

Une excellente manière d'assister à la sainte Messe.

Une bonne fille se plaignit un jour à son confesseur, pendant qu'elle lui faisait le détail de ses péchés, d'entendre si mal la Messe. « Que faites-vous donc? De quoi vous occupezvous? » demanda-t-il. Elle répondit : « Je ne fais rien autre chose pendant toute la messe que pleurer mes péchés. » — « Continuez, » répondit le confesseur, a continuez ainsi, vous l'entendez fort bien. » (Lasausse, Explicat. du Caléch.)

DEUXIKMK COMMANDEMENT DE 1,'kGI.ISE. il 5

Béconciliez-vous avec votre ennemi, avant d'aller au saint

sacrifice.

Thomas à Kempis nous rapporte qu'un jo.ur un prêtre commençant sa tournée d'un couvent à l'autre, rencontra un homme avec lequel il s'entretint amicalement en route, jusqu'à ce qu'enfin la conversation tombât sur des choses célestes. Alors Ir laïc laconta au pi rire l'histoire suivnTilu : 0 îl y avait déjà quelque temps qu'étant présent à la sainte Messe, je ne pouvais jamais voir la sainte hostie. Je pensais d'abord que cela venait de ce que j'étais trop éloigné de l'autel, ou de ce que ma vue était trop faible; m'étant donc approché davantage de l'autel, je ne réussis pas mieux à voir la sainte hostie. Cela me frappa beaucoup ; je fus pris de doutes très-graves, et je fis part de cet événement à mon confesseur. Il me demanda si je ne nourrissais contre personne une rancune secrète. Je répondis : « Oui, j'ai été si gravement offensé par une personne que je ne veux pas lui pardonner, quand même elle m'offrirait tout l'univers au prix de la réconciliation. » — « Quelles paroles insensées vous prononcez là, mon ami! » dit le confesseur; tâchez d'abord d'enlever de votre cœur cette grosse pierre; si vous ne le faites pas, le salut de votre âme est en grand danger, et le Seigneur, pour vous rappeler votre péché, ne se montrera jamais à vous sous l'apparence du pain. » Après qu'il eut longtemps continué ainsi sur un ton plein de charité, mon cœur fut enfin touché ; je pardonnai à mon ennemi, et depuis ce temps je vis à ma plus grande joie le Seigneur caché sous les humbles apparences du pain. » — Si cette histoire n'est pas un article de foi, elle peut néanmoins être crue sans répugnance par tout chrétien catholique; toutefois on ne pourra pas contester le sens profond qui y est renfermé! celui qui assiste à la sainte Messe avec un cœur rempli de sentiments haineux, n'en retireraaucun avantage.(ß'"ßruwMer).

{Gr. Cath. ¥ q.).

Péchés contre le deuxième commandement de VEglisc. — Explication. L'on pèche contre le deuxième commande-

i!(» m:s COMMXNDRMKMS.

ment de l'Eglise par négligence ou en assistant à la sainte Messe d'une manière indigne. Cest-à-dire 1) <|nand on néglige par sa propre faute la sainte Messe, soit en entier, soit en partie ; je dis : pai' sa propre faute; car une impossibilité physique ou morale peut servir d'excuse, comme il a été dit plus haut; 2) quand pendant la sainte .'..cö.^c ion se permet des distractions volontaires, qu'on regarde autour de soi, qu'on cause, qu'on rit, ou qu'on s'y conduit sans respect. Sous ce rapport le prophète Habacuc (2, 20) nous donne l'avertissement suivant : c< Le Seigneur est dans son temple; que toute la terre se taise devant lui ! » Et l'Apôtre, de son côté, nous dit : « Que toutes choses se fassent avec bienséance et avec ordre! » (1 Cor. 14, 40). C'est avec une profonde tristesse que S. Chrysostôme se plaint des irrévérences et de la conduite indigne de tant de personnes pendant l'office divin, lorsqu'il s'écrie : « J'en vois quelques-uns qui sont là à causer pendant qu'on récite la prière; oui, ils causent même pendant que le prêtre donne la bénédiction. Quelle témérité! Comment pourrons-nous apaiser Dieu? » ... « Ne savez-vous pas que vous vous trouvez avec les anges, que vous priez et chantez avec eux? Et vous êtes là à rire? N'est-ce pas une chose étonnante que la foudre ne descende pas non-seulement sur ces téméraires, mais sur nous tous?! »EtS. Pierre Damien écrit : « Combien les anges ne doivent-ils pas être irrités contre nous, quand ils voient que nous sommes sans respect en présence de celui devant lequel ils ne se montrent eux-mêmes qu'en tremblant.

Ne négligez pas la sainte Messe.

Ne dites pas : je voudrais bien aller tous les jours à la sainte Messe; mais je n'en ai pas le temps : mes occupations sont troj) nombreuses. Ecoulez! plus vous avez d'occupations, plus elles sont nombreuses et importantes, moins vous

DKt'MÉME COMMA!NI)KMl•;^T DE l/ÉC.I.l.SK. 417

(levez négligez la fréquenlalion de la sainte Messe ; car, personne n'osera nier que le succès de nos travaux est entre la main loute-puissante de Dieu; or, où avons-nous un moyen plus efllicace d'obtenir le secours et la bénédfction de Dieu que dans le sacrifice de la sainte Messe? — C'est pour cela que S, Louis, roi de France, ne vaquait jamais aux affaires de son gouvernement sans avoir assisté d'abord à la sainte .Messe. Baronius nous rap[)orte (1d37) que l'empereur Lotliaire, lors même qu'il était avec son armée en campagne, assistait ordinairement à trois Messes, et l'histoire de S. Wenceslas raconte que le jour de son couronnement comme premier roi de Bohême il aima mieux s'exposer au mécontentement de l'empereur Othon, en négligeant l'heure fixée, que d'omettre d'assister à la sainte Messe. — Combien ces exemples doivent faire rougir ces chrétiens tièdes qui ne trouvent que trop facilement des excuses pour se dispenser d'aller à l'église les dimanches et les jours de fête, prétextant qu'ils manquent d'habillements convenables, qu'ils n'ont ni le temps ni le goût d'assister à cette sainte action, que le chemin leur paraît trop long, ou que la saison est trop mauvaise, etc.

Les trois marchands.

Pendant l'hiver de 1570, trois marchands partirent d'Eugubio pour se rendre à la foire de Cisterno, et ils descendirent tous les trois dans la même hôtellerie pour y passer la nuit. Après la clôture de la foire oii ils avaient fait d'excellentes affaires, deux des ces marchands résolurent de retourner chez eux le lendemain matin, qui était un dimanche, et ils firent part de leur résolution au troisième. Mais ce dernier, qui avait plus de scrupules et de religion, leurrépondic : « Je ne saurais approuver ce plan ; je crois au contraire que nous ferions bien d'entendre d'abord la sainte Messe, et de nous mettre en route après. » Ils ne se rangèrent pas de cet avis et dirent : « Cette messe que nous négligeons, nous l'entendrons un autre jour, et Dieu ne nous en fera pas un si grand crime si nous la négligeons à cause du voyage. »

il^ Di;S COMANDEilKNTS.

Ils se hâtèrent donc de quitter Cisterno le lendemain de bon matin; mais le troisième assista d'abord dévotement au saint Sacrifice, après quoi il se mit en route. Cependant arrivés à Corfuone, à deux milles de Cisterno, en traversant une rivière, le pont s'écroula tout à coup, et ils se noyèrent tous les deux. Les chevaux se sauvèrent, mais les cavaliers, avec leur trésor, disparurent pour jamais dans l'abîme. Une heure après, le troisième marchand arriva, et après avoir déploré la triste fin de ses camarades, il remercia sincèrement Dieu de la protection qui lui était échue pour avoir entendu la sainte Messe. — Puisse cette histoire faire réfléchir ceux qui, à cause de quelques atïaires de commerce, de peu d'importance, négligent la Messe, les dimanches et les jours de fête ! Puissent-ils méditer souvent cette parole du Seigneur: « Que sert-il à l'homme de gagner tout l'univers, s'il perd son âme ! » [Manuel de Schuster.)

Le jeune homme irrévérentieux.

S. Vincent Ferrier raconte [Serm. 6. dorn. 16, post Trinit.) qu'un jeune homme n'ayant pas voulu se mettre à genoux pendant la sainte Messe au moment de la Consécration, le démon apparut d'une manière visible et lui donna un soufflet en lui disant : « 0 traître impie, pour qui Jésus-Christ a tant fait ! s'il n'avait fait que la centième partie pour nous de ce qu'il a fait pour toi, nous le servirions nuit et jour à genoux. » — Et il le tua.

Les courtisans punis.

Philippe II, roi d'Espagne, vit un jour, en écoutant la Messe, deux courtisans qui pendant tout Je temps du saint Sacrifice causaient ensemble. En sortant de la chapelle le roi leur dit : « Voilà donc comment vous écoutez la sainte Messe! Ne vous montrez plus à la cour! » Cette simple parole fut pour eux un coup de foudre. L'un d'eux mourut deux jours après, et l'autre devint fou.

DEUMf-.ME COMMANDEJIliNT DE I.'ÉGT.ISE. -419

(Gr. Cal. 5«-<> q.) Où Von doit assister à la sainte messe, les dimanches et jours de fête. — Explication. Nous devons entendre la messe, autantque possible, d^ns V Eglise paroissiale, parce que le curé de la ))aroisse prêche et dit la messe, avant tout pour les ouailles qui lui sont confiées, et (ju'en outre parla présence plus nombreuse des fidèles, la concorde mutuelle se fortifie, la piété et l'édification s'accroissent. Toutefois on peut satisfaire au commandement de l'Eglise dans tout autre oratoire public.

Les fidèles paroissiens.

Pendant les jours de la révolution française il y avait un village près de Morlain dont l'église, malgré les ordres les plus sévères, n'avait pas été fermée; au contraire l'office divin était plus suivi que jamais. Enfin apparut un commissaire avec un piquet de gendarmes; il ferma l'église et déclara qu'en vertu d'un arrêt de la Convention, la religion était supprimée. Mais ce que le commissaire avait le plus à cœur, la capture du curé, ne lui réussit pas. Toutes les maisons furent soigneusement visitées et fouillées; mais en vain; le curé s'était échappé à temps et avaitpu prendre le chemin del'Angleterre. 11 ne resta donc d'autre parti à prendre au commissaire que de mettre les scellés sur la porte de l'Eglise et de laisser sur les lieux quelques gendarmes pour veiller à l'exécution de ses ordres. Avant son départ il fit encore détruire quelques croix, donna ordre d'arrêter comme coupable d'opiniâtreté une paysanne qui avait prié le rosaire sur la tombe de son mari, se mit à boire jusqu'à en perdre la raison, et enfin il partit sans avoir payé. Le lendemain les gendarmes, de fort bon matin, entendirent la cloche sonner. Aussitôt ils coururent tout armés vers l'église, et y virent la commune entière rassemblée au cimetière , priant dévotement à genoux, comme s'ils assistaient à l'office divin. « Que diable faites-vous ici? » demanda brusquement un gendarme à un vieillard. « Nous entendons la S"" messe, »

répondit celui-ci- « Noire curé nous a promis, en partant, que tous les dimanches, à cette heure, il dirait la sainte messe pour nous, n'importe dans quel lieu il se trouverait. » Le gendarme éclata de rire. « Imbéciles que \ous êtes! Croyez-vous donc pouvoir entendre la messe à une si grande distance? » — « La prière, » répliqua le paysan, « fait un chemin bien plus grand; elle s'élève de la terre jusqu'au ciel. » L'autre ne fit que rire davantage. — « Vous croyez <lonc être dans une église? » — « Nous sommes dans un lieu sacré, » dit le vieillard à haute voix;« car nous sommes agenouillés sur les ossements de nos pères. » Le gendarme voulut encore répondre; mais un sourd tumulte se fit entendre parmi les assistants; trois cents têtes dirigeaient sur lui des regards enflammés; et à cette vue il crut prudent de battre eu retraite. Le même jour encore procès-verbal fut dressé de cet événement et envoyé à Morlain; mais en ce moment on avait sur les bras une afi'aire bien autrement pressante ; car la Convention avait exigé par un exprès les têtes de quelques girondins qui s'y tenaient cachés, et il fallait les rechercher. Le procès-verbal passa donc inaperçu. Les habitants de ce village continuèrent de se rassembler tous les dimanches et jours de fête devant leur église paroissiale afin d'y entendre la messe qui était dite pour eux en Angleterre; et ils firent ainsi sans être molestés jusqu'à ce que les églises fussent de nouveau ouvertes au culte.

{Gr. Cat. 7°-8*= q,)

Cest également une obligation d'entendre la parol-e de Dieu les dimanches et jours de fête. — Explication. Toutefois nous ne devons pas nous contenter d'entendre, les dimanches et les jours de fête, une simple messe; le zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut <le notre âme doit nous porter à assister également aux autres offices divins, et principalement au sermon et à l'explication delà doctrine chrétienne; en effet, écouter la ])afole de Dieu, fait partie de la célébration convenable

DKUXlfcME COMMANDEMENT l>K 1,'kOIJSK. 421

des dimanches et jours de fêle, el c'est en général un devoir essentiel du chrétien. Le deuxième commandement de l'Eglise nous y oblige du reste, non pas d'après la lettre, mais d'après l'esprit. Nous ne pouvons donc pas prétexter que l'Eglise ne l'ordonne j)as expressément; car dans les ])remiers temps on avait coutume de faire un sermon après l'Evangile, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans beaucoup de |)aroisses; voilà pourquoi l'Eglise, qui nous ordonne d'entendre la S" messe, n'avait pas besoin de nous ordonner par un commandement particulier et exprès d'assister au sermon. — Mais qui ne remplirait avec plaisir ce devoir, quand on pense quels effets salutaires la parole divine est en état d'opérer? C'est un remède très-efficace el recommandé par Dieu lui-même; là on nous rappelle les vérités de la foi, on nous exhorte au bien, on nous console dans les afflictions etc. En outre, c'est un bon signe si nous aimons à écouter la parole de Dieu; car « celui qui est de Dieu, écoule la parole de Dieu, » [Jean. 8, 47.) Par conséquent ceux-là ne l'écoutent pas, qui ne sont point de Dieu.

Comparaisons.

« Levoyageur qui doit parcourir un chemin périlleux dans l'obscurité, se sert d'une lumière pour ne point faire fausse route ou une chute dangereuse. Nous sommes tous des voyageurs dans le grand voyage vers l'éternité, et nous avons à parcourir beaucoup de chemins périlleux; or, pour ne point faire fausse route, nous avons besoin d'une lumière. Celte lumière est la parole de Dieu. Elle éclaire notre intelligence, en nous faisant connaître Dieu, notre destinée et le chemin de la sainteté par lequel nous arrivons au but du voyage. »

« Si quelqu'un voulait vous enseigner le secret défaire de largent ou de retirer des trésors de la terre, ne lui prêteriezvouspas une oreille bienveillante? Le sermon vous apprend à

i2i DKS COMMANDEMENTS.

gagner dfS trésors célestes, et vous ne voulez pas l'écouter? »

« Lorsqu'un malade manifeste le désir de manger et de boire, nous regardons cela comme un symptôme de sa guérison ; c'est également un symptôme de la santé de l'âme (et de la piété) lorsque quelqu'un manilcste sa joie et son désir d'entendre la parole de Dieu. » {S. Chrisost,)

« Un arbre qui se trouve sur le bord d'un ruisseau ou qui est arrosé avec soin doit atteindre bientôt une élévation extraordinaire; de même l'homme qui écoute avec zèle la parole de Dieu et la conserve dans son âme atteindra bientôt un haut degré de perfection. » (S. August,)

Puissance de la parole divine.

Un prédicateur bien connu, nommé Whitefield, prêcha un jour, entouré d'une grande multitude, dans une rue de Philadelphie, et en terminant, il engagea ses auditeurs à faire une offrande dans un but de bienfaisance. Tout à coup il fut interrompu par des pleurs et des gémissements bruyants; un homme, à l'air sauvage et audacieux, s'étant frayé un passage par la foule, jeta une douzaine de grosses pierres à côté de quelques menues monnaies devant les pieds du prédicateur, en s'écriant : « Voilà mon aumône. J'étais d'abord venu ici dans l'intention de vous briser la tête avec les pierres; et voyez! vous m'avez brisé le cœur! [Veith.)

Combien il est salutaire d'entendre la parole de Dieu.

Luc Schort, un riche fermier en Amérique, avait atteint son vingtième lustre. Mais depuis un grand nombre d'années n'ayant plus sérieusement pensé ni à Dieu ni à l'éternité, il avait continuéjusqu'à l'âge le plus avancé, sacoupablevie telle qu'ill'avait menée dans sa jeunesse. En ce moment il est assis sur une pierre au milieu de ses terres qui lui ont déjà donné tant de fruits et qui portent de nouveau une moisson mûre pour la faux; il pense à sa longue vie passée. Voilà que tout à coup il se souvient d'un événement dont il a été témoin il y a iJo ans et auquel il n'avait plus du tout pensé. Le voici •

DKUXiKMi'; (;oMMA^D^:M^:^T m. i.'kcji.ise. 4^3

A l'époque où, n'étant âgé que de quinze ans, il habitait encore l'Europe, il entendit un jour prêcher un sermon sur ces paroles de S'-Paul : « Si quelqu'un n'aime pas Jésus- Christ qu'il soit anathcme! » Ce sermon fit un telle empression sur un gentilhomme présent qu'il tomba sans connaissance sur les dalles de l'église. Le jeune Schort aussi en fut vivement ému; mais cette émotion ne dura pas longtemps; quelques semaines après il s'embarqua pour l'Amérique et il y vécut comme s'il n'avait eu à se préoccuper que du corps et des intérêts matériels, sans songer qu'il y avait encore pour lui une âme, un jugement, un ciel et un enfer. Pour le moment il en était toujours au même point, car le pécheur centenaire repassait dans sa mémoire ce sermon prêché il y a 85 ans. Malgré sa légèreté invétérée, il se sent poussé à s'arrêter un peu sur ces paroles : « Si quelqu'un n'aime pas Jésus-Christ, qu'il soit anathême. » Aussitôt il se dit en luimême : a Oui, pour cette miséricorde, cette longanimité et cette bonté que Dieu m'a montrée depuis cent ans, je ne lui ai jamais montré le moindre amour; jusqu'à présent je n'ai rien fait pour l'amour de mon Sauveur. Or, puisque malgré tant de bienfaits de Dieu je n'ai pas aimé Jésus-Christ, il en résulte que cette malédiction m'atteint de plein droit. » Puis il se souvient du gentilhomme qui, à la suite de ce sermon, tomba inanimé sur le sol; un frisson de terreur parcourt ses membres pendant qu'il se dit : « A l'âge où je suis la mort me frappera aussi bientôt, et la malédiction de Dieu me suivra dans l'éternité! » Dans sa terreur il s'imagine qu'il va succomber; mais il se tient ferme à l'ancre de la miséricorde divine. 11 se convertit et il s'occupa avec ardeur, pendant les seize années qu'il vécut encore, à aimer Jésus- Christ et à échapper à la malédiction. — Voyez combien il est salutaire d'entendre la parole de Dieu! Si cette parole a porté de si bons fruits chez un pécheur pareil, après de si longues années, combien ne sera-t-elle pas avantageuse au salut de votre âme, pourvu que vous entendiez cette parole sainte régulièrement et avec de bonnes dispositions ! [Philoihée.)

i"ii DKa G(iMMAMlKMlCNTS.

Comment il faut entendre la parole de Dieu. — Explication. — Nous devons (Mitendre la parole de Dieu : 1) avec une attention soutenue et un désir sincère de notre salut. (( Lorsqu'on fait la lecture de décrets royaux, » écrit S. Chrysostôme, {Eom. 14 m Genes.) on dresse les oreilles pour bien entendre ce qu'on publie, et si quelqu'un se remue, il est poussé par son voisin afin qu'il se tienne tranquille; c'est ainsi qu'en assistant à la publication de la parole divine, l'on doit apporter encore un plus grand respect, un plus profond silence, et s'il survient des distractions, on doit les repousser comme on ferait d'un voisin incommode, » 2) nous devons bien méditer la parole de Dieu nous rappliquer et la suivre fidèlement; car « bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la suivent. » {S. Luc. il, 28.) Et S. Jacques (1, 22-25.) écrit : « Mettez en exécution la

parole divine, et ne vous contentez pas de l'écouler!

Car si quelqu'un écoute la parole et ne la met point en I)ratique, il est semblable à un homme qui considère dans un miroir, sa figure; après s'être considéré soimême et s'en être allé, il oublie aussitôt quel il était. »

La parabole des semences.

Le divin Sauveur lui-même nous montre par la parabole rapportée dans l'évangile de S'-Luc (8, 5-1S) comment nous devons écouter la parole de Dieu, si nous voulons qu'elle produise des fruits en nous. « Un homme, » dit le Sauveur, a s'en alla semer son grain, et, en semant, une partie du grain tomba le long du chemin, où elle fut foulée aux pieds ; et les oiseaux du ciel le mangèrent. Et une autre partie tomba sur des pierres; et quand le grain fut levé, il sécha, par(;e qu'il n'y avait point d'eau. Et une autre partie tomba au milieu des épines ; et les épines qui levèrent avec le grain,

nEVXIRMR COMMANDKMKNT DK, I Fr.l.lSK. 425

rélouffôrent. Et une aulre partie tomba dans une bonne terre; et quand le grain fut levé, il rendit cent pour un. En disant ceci, il élevait la voix : Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. Les disciples lui demandèrent ce que voulait dire cette parabole. Et il leur dit : Pour vous, il vous a été donne de connaître les secrets du royaume de Dieu; mais pour les autres, il ne leur est proposé qu'en parab(des; afin qu'en voyant, ils ne voient point, et qu'en écoutant, ils ne comprennent point. Voici donc ce que veut dire cette parabole. La semence est la parole de Dieu. Ce qui tombe le long du chemin désigne ceux qui écoutent la parole; après, le diable vient, il l'enlève de leur cœur, de peur qu'en croyant, ils ne soient sauvés. Et ce qui tombe sur les pierres, marque ceux qui, écoutant la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n'ont point de racine, parce qu'ils croient seulement pour un temps, et au temps de la tentation ils se retirent. Ce qui tombe dans les épines marque ceux qui ont écoulé la parole, mais en qui elle est ensuite étouffée par les sollicitudes, par les richesses et par les plaisirs de cette vie; de sorte qu'ils ne portent point de fruit. Enfin ce qui tombe dans la bonne terre marque ceux qui, ayant écouté la parole avec un cœur bon et droit, la retiennent, et portent du fruit par la i)atience. »

Comparaisons .

« Quand vous voulez allumer un feu, il ne vous suffit pas d'avoir de la lumière, mais vous employez encore du bois qui soit sec; quand vous voulez récolter, il ne vous suffit pas d'avoir répandu la semence; mais le champ sur lequel vous l'avez répandue doit encore être bon et fertile, si vous voulez y récolter quelque chose ; c'est ainsi que le succès de la prédication et de la parole de Dieu dépend, non de la parole même ou du prédicateur qui la prononce, mais des dispositions des auditeurs qui doivent être préjarés et capables de l'écouter et de l'accueillir. » {S. Clément.)

a Dieu fait tomber sa pluie sur le froment comme sur les épines; sur le premier afin qu'il soit recueilli parfaitement

mûr dans les granges : sur les autres afin qu'elles soient jetées au feu. Et cependant c'est la même pluie qui les arrose. Que chacun voie donc quelles racines il nourrit dans son cœur. La parole de Dieu est salutaire comme la pluie, votre cœur seul est mauvais s'il n'en profite pas. » {S. August.)

« Beaucoup de personnes assistant à la prédication ressemblent aux garçons de table, qui ?< rvent les autres sans rien prendre pour eux-mêmes. Ces personnes, en effet, fout part aux autres des vérités qui ont été exposées et ne gardent pour elles-mêmes rien de ce qu'elles ont entendu. {S. Franc, de Sales.)

« La nourriture, tant qu'elle n'a pas été prise par la bouche et digérée, ne profite pas à l'homme; de même la parole de Dieu ne profite pas à celui qui ne l'accueille pas dans son cœur pour l'y conserver. La seule nourriture prise par la bouche et bien digérée fortifie et donne de la vigueur; ainsi les seules prédications qui profitent, sont celles que l'on a entendues et conservées dans le cœur, » (S. Chrysost.)

Combien peu se plaisent à entendre la parole de Dieu!

Un célèbre orateur de la Grèce parlant un jour au peuple sur des affaires très-importantes de la patrie, trouva un accueil assez froid. Après qu'il eut vainement insisté sur l'importance de la question, il l'abandonna peu à peu et pria ses auditeurs d'écouter une contestation qui venait de s'élever naguère, o. Un homme, dit-il, voulant se rendre d'Athènes à une ville voisine, loua à cet effet un âne. Vers l'heure de midi, alors que l'ardeur du soleil était insupportable, il mit pied à terre pour se rafraîchir un peu à l'oaibre de sa monture, l'ânier s'y opposa en observant qu'il avait loué l'âne, mais non pas son ombre, qu'en conséquence la jouissance de l'ombre revenait de droit à lui, le propriétaire de l'âne. L'autre répliqua qu'en payant le prix du louage il avait acquis tout droit sur l'âne, et par conséquent aussi sur son ombre. La dispute s'envenima; des paroles on en vint aux coups et la justice dut enfin intervenir, » A ces mots l'orateur se tourna, comme s'il voulait s'en aller. Mais le

DEUXIÈME COMMANDEMENT DK 1,'kGLISE. 427

peuple lui cria de continuer et de raconter la fin de ce débat. « Comment! » reprit alors l'orateur prenant un air sévère et plein de dignité, » vous aimez à entendre parler de l'ombre d'un âne, et non du bien-être de la patrie! N'est-ce pas une inconcevable folie? « — Hélas! A combien de personnes ne pourrait-on pas adresser un reproche analogue et mêmebien pins sévère?Elles sesoucientdetoutexcepté de ce qu'il va déplus élevé et de plus nécessaire. Elles veulent bien entendre parler de toutes sortes de choses, s'en instruire, en raisonner et lire tout ce qui y a trait; mais non de celle sans laquelle tout le reste est vain et inutile, du salut de leur âme, de Dieu, de la doctrine chrétienne. Combien n'y en a-t-il pas qui tous les jours avalent à grands trais le poison qui tue l'âme, en dévorant des écrits et des livres immoraux? Combien, qui cherchent leur amusement dans des histoires fabuleuses et controuvées, dans des" romans extravagants ou d'autres lectures frivoles, et qui ne daignent pas s'occuper de la parole de Dieu! {Jos. Deharbe.).

Histoire analogue.

11 y a un peu plus d'un siècle vivait à Bologne un prédicateur dont les sermons étaient si peu goûtés qu'il n'avait d'ordinaire autour de lui qu'un nombre fort restreint d'auditeurs. Etait-il lui-même la causf de ce manque de sympathie? C'est ce qu'on ne se dit pas; il n'est fait mention que du singulier moyen qu'il imagina pour s'assurer un nombreux auditoire. Il termina donc un jour son sermon par cet avis : <f La nuit passée m'est apparu un esprit sorti des enfers qui m'a rapporté des choses extrêmement importantes et remarquables dont, pour ma part, je ne veux pas priver les fidèles, mais que je leur ferai connaître pour leur salut et leur avantage, dans mon prochain sermon. » Cet avis, qui se répandit avec la rapidité de la foudre « ne put manquer son eifet; le dimanche suivant l'église élait comble. Alors le prédicateur commença ainsi : » Mes frères, il ne m'est arrivé que trop souvent qu'avec un zèle réel, après une préparation consciencieuse et des études assidues, je me suis efforcé de

faire entrer la parole de Dieu clans votre esprit et dans voire cœur; chaque fois, cependant, vous n'étiez présents qu'en assez petit nombre. En ce moment au contraire, vous remplissez toute l'étendue du temple ; et quelle est la cause de cet empressement extraordinaire.^ Le désir ardent où vous êtes d'apprendre quelque chose des fantasmagories de satan. Vous pouvez vous convaincre par là que vous îrouvez plus de plaisir dans le démon et ses mensonges que dans les vérités divines de l'Evangile. » Oui, cela n'est, malheureusement, que trop vrai, et ce reproche convient parfaitement à notre époque qui ne veut rien savoir de Dieu ni de sa sainte parole.

Pratique. — Le sacrifice de la nouvelle alliance est sublime et précieux, au point que S. Bonaventure s'éciie : « Enlevez ce sacrifice à l'Eglise catholique; et il ne lui restera plus rien, si ce n'est l'incrédulité et l'erreur. » Ainsi donc, \)prenez rengagement inviolahle de ne jamais négliger la messe, les dimanches et les jours de fête, et d'y assister les autres jours de la semaine aussi souvent que vous le pourrez. Rappelez-vous avec quel zèle les premiers chrétiens assistaient à la célébration des saints mystères î

Zèle des premiers chrétiens pour assister à la célébration des saints mystères.

Lorsque le premiers chrétiens assistaient au Saint Sacrifice, les dimanches et jours de fête, ils s'exposaient à être martyrisés. Mais rien n'était capable de les intimider. Ils cherchaient à gagner les geôliers afin de pouvoir arriver dans les prisons où d'autres chrétiens languissaient, afin de pouvoir y célébrer les saints mystères avec leurs frères captifs. — Le saint prêtre Justin ne pouvant se tenir droit, et étant forcé, à cause de ses chaînes, de rester étendu dans sa prison, célébrait le saint sacrifice sur sa poitrine {Fleury. Hist. Ecclesiast .) .

DEl'XlfcME COMMANDEMF.^■r DK t'r.Cf.ISK. 429

Assistez tous les jours à la sainte mess(^, si cela se peut.

Bien que S' Eloy, qui exerçait le métier d'orfèvre, fût tous les jours accablé d'ouvrage, il ne négligeait aucun matin la S'" Messe, se conformant à cette sentence : « Le service du maître avant tout. » — S' Isidore, un domestique de ferme en Espagne, se levait de fort bon matin, afin de gagner du temps pour assister au moins à une messe avant d'aller à son travail. Au commencement, il eut bien des railleries à endurer, et il fut même un jour dénoncé à son maître comme si par cet acte de piété il négligeait son ouvrage. Celui-ci ayant adressé à ce sujet des reproches sévères au brave Isidore, le Saint répondit avec calme : « Maître! Si à l'époque de la moisson vous trouvez que vos terres rapportent moins, veuillez retenir sur mes gages le dommage que vous aurez soiiftert, » Mais cette retenue n'eut pas lieu; car la moisson dépassa toutes les espérances. Une ancienne légende rapporte qu'un beau malin, pendant qu'Isidore était encore à l'église pour entendre la messe, son maître s'était rendu à ses terres, et y vit deux bœufs, conduits par la main d'un Ange, tirer seuls la charrue. Depuis ce moment le maître laissa Isidore assister tous les jours bien tranquillement à la sainte Messe.

"2) Ecoutez aussi la pawle de Dieu. Ne vous contentez pas d'une simple messe basse, assistez plutôt, si cela vous est possible, à la grand' messe paroissiale, pendant laquelle on annonce la parole de Dieu, et ne négligez pas non plus les offices de V après-midi.

Les zélés auditeurs de la parole divine.

Lorsque S. Grégoire de Naziance parlait, ou n'entendait pas le moindre bruit. — Lorsque S. Chrysostôme prêchait à Constantinople, le peuple quittait le théâtre et les spectacles, et l'un courait avant l'autre pour être plus vite à l'église. LorsqueS. Bernardin montait en chaire, plusieurs personnes se trouvaient déjà à l'église au point du jour. — S. Antoine de Padoue ayant dû prêcher en plein air, faute de place suf-

430 DES COMMA.NDEMENTS.

Usante à Téglise, les auditeurs ne se laissèrent détourner d'entendre la parole divine, ni par l'ardeur du soleil, ni par la pluie. Que ne trouvons-nous encore aujourd'hui un zèle aussi fervent!

TROISIÈME COMMANDEMENT DE l'ÉGLISE.

(Gr. Cal. l«-2« q.) Ce que le troisième commandement ordonne. — Explication. Le troisième commandement de l'Eglise nous ordonne de confesser nos péchés, au moins une fois l'an à un prêtre approuvé. Dans les premiers temps de l'Eglise lorsque les fidèles s'approchaient volontiers du tribunal de la pénitence, un tel commandement n'était pas nécessaire; ce ne fut que dans les temps postérieurs, lorsque l'indifférence religieuse prit le dessus, que l'Eglise se vit obligée de prendre cette mesure, et c'est ainsi que que l'an 1215 pendant le quatrième Concile de Latran (Conc. 21) sous le pape Innocent III, elle décréta que celui qui ne se confesserait pas et ne communierait pas au moins une fois l'an, au temps pascal, serait exclu pendant sa vie de l'entrée à l'Eglise et privé après sa mort de la sépulture ecclésiastique. — Cette confession réduite à une seule par an, doit être faite à un prêtre approuvé, c'est-à-dire qui a reçu plein pouvoir de son évêque pour entendre les confessions. Autrefois il était ordonné par l'Eglise à chaque fidèle de se confesser une fois par an à son propre curé, oii si l'on voulait se confesser à un autre prêtre, on était obligé d'aller en demander l'autorisation à son curé. De là vient cette formule encore en usage dans quelques contrées : « Tu confesseras tes péchés une fois l'an à ton curé approuvé, ou avec la permission de celui-ci, à un autre prêtre. » Cette obligation de se confesser une fois l'an commence avec l'âge où l'on peut déjà discerner le bien du mal,

TROISIÈME COMMANDEMENT bE l'ÉGI.ISE. 431

c'est-à-dire, vers l'âge de sept ans. — Toutefois il faut bien remarquer que l'Eglise ne dit pas précisément : « Tu te confesseras une fois, » mais : « au moins une fois. » Ne nous contentons donc pas d\ne seule confession par an ; car celui qui ne se confesse qu'une fois l'an, se confesse mal et néglige le salut de son âme. Il se confesse mal; car toute fiction qu'on fait rarement, on la fait ordinairement mal; dans une maison qu'on nettoie rarement s'accumulent les ordures ; les mauvaises herbes qu'on n'arrache pas promptement et souvent, se multiplient, au point qu'on ne peut plus les déraciner. Combien la confession doit être pénible à celui qui pendant toute une année laisse s'accumuler le nombre de ses péchés! — Il néglige également le salut de son âme; car il continue à vivre dans l'iniquité, dans le bourbier infect du péché et ne s'inquiète pas du tout de l'état de son âme pendant une année entière. Et combien l'homme n'est-il pas fragile? La mort ne peut-elle pas le frapper à chaque minute dans l'état de péché où il se trouve? Et que doit-il devenir s'il ne se confesse qu'wwe/b^s l'an? — Ayez donc soin de vous approcher plus souvent de la la confession. « On doit se confesser souvent, » dit S. François de Sales, « afin qu'il ne reste aux péchés ni repos, ni demeure dans le cœur. »

Comparaisons entre la confession faite rarement et la confession

fréquente.

« Si dans une maison la poussière est rarement enlevée, on y trouvera bientôt beaucoup d'ordures: tandis que dans celles où l'on fait de fréquents nettoyages régnera constamment la propreté. Dans les maisons des riches, on nettoie souvent, et voilà pourquoi il n'y fait guère malpropre; dans les maisons des pauvres, au contraire, on trouve des ordures en masse; parce qu'on y enlève rarement la poussière et les saletés. Il en est de même du chrétien, relativement à son

Aüt DES COMMANDEMEMS.

intérieur; celui qui se nelloie rarement par la confession s'enfoncera bientôt profondément dans le péché, tandis que celui qui recourt souvent à ce mode de purification deviendra vite vertueux. » (5. Jérôme.)

« Imayinons-nous une personne qui négligerait de se couper de temps en temps les ongles, de se peigner les cheveux, de se laver le visage, de se nettoyer convenablement les yeux, les oreilles, le nez et les dents, il aurait plutôt l'air d'un animal des bois que d'un homme. De même, il est à peu près impossible qu'une personne, qui se confesse une seule fois l'an, se souvienne parfaitement de tous les péchés, de toutes les circonstances qui les modifient, de leur nombre, et qu'il puisse s'en confesser. » — « C'est vraiment agir comme un insensé, quand l'homme ne prend pas autant de soin de son âme que de ses souliers : ceux-ci sont fréquemment nettoyés et cirés, tandis qu'on laisse son âme s'encrasser. » (S. Antoine, p. lit. 9.)

Confessez-vous souvent.

Tous les Saints ont reconnu l'utilité de la confession fréquente ; c'est pourquoi ils y recouraient souvent. S. François- Xavier se confessait tous les jours, quand il pouvait avoir un prêtre ; il en était de même du pape Clément VIII qui, pour en fournir l'occasion aux autres, entendait tous les jours les confessions; S. Charles Borromée et S. François de Sales se confessaient toutes les semaines, etc. — Un catholique fort zélé qui, dans sa paroisse passait pour un modèle de piété, s'approchait fréquemment du tribunal de la pénitence. Un autre qui s'en étonnait, lui demanda pourquoi il se confessait si souvent, puisqu'il vivait si saintement. Le catholique lui répondit : « Voyez, je me conduis comme un père de famille qui a de l'ordre. Celui-ci ne manque pas un seul jour de montrer les mêmes soins, et cependant il se fixe certains jours pour vérifier ses comptes. Comment vont les afl'aires? Ai-je avancé ou reculé depuis le dernier arrêté du compte? Si elles vont mal, à quoi cela tient-il? Que faire pour les remettre en bon étal? Si elles

QüATlUKME COMMANDKMKiNT ÜIC I.'lX.I-lSK. iVt

vont bien, (ju'y a-t-il à taire pour que j'avance encore davantage? En vérité, nous avons besoin de certains jours où nous fassions aussi un pareil inventaire moral, et ce sont les jours de confession. »

QUATRIÈME COMMANDEMENT DE l'ÉGLISE.

(Gr. Cat.. 3«-7« q.) Ce que nous ordonne le quatrième commandement de VEglise. — Explication. Lequatrième commandementde l'Eglisenous impose robligation de communier aumoins une fois Vandansla quinzaine de Pâques, et dans notre église paroissiale, à moins qu'une impossibilité ou une permission,soit générale, soit particulière, ne nous en disj)ense. — On est tenu de faire la communion pascale dès (ju'on a atteint l'âge de discrétion et qu'on est assez instruit pour recevoir avec profit cet adorable sacrement. On fixe ordinairement celte époque de dl à 12 ans; mais en cela c'est le curé qui doit décider. — C'est pour de grands motifs que l'Eglise a donné ce commandement et fixé la S^" Communion à l'époque de Pâques; ce fut alors que Jésus-Christ institua la S'" Cène, qu'il mourut et qu'il ressuscita et que nous aussi, nous devons mourir au péché et vivre d'une nouvelle vie. Toutefois il faut bien remarquer que, si l'Eglise nous ordonne de communier au moins une fois par an, elle nous recommande la communion fréquente de la manière la plus pressante; son intention et son désir le plus vif c'est que nous participions fî'ès-soMt^ewf à cette grâceinetTable.Nenous étonnons pas si l'Eglise ne nous ordonne pas la communion fréquente ; car supposant que l'amour de Dieu et le soin de notre salut suffisent pour nous y engager, l'Eglise a voulu uniquement prescrire ce que tout chrétien doit faire J30M7' le moins, afin de ne pas être exclu de sa communion. V L'Eglise, » dit le Père Segneri, « se conduit

CATÉC. PRATIQUE. T. H. 1»

43 i DES COMMANDEMENTS.

comme une tendre mère qui ayant un enfant malade, lui retire, à cause de sa maladie, tout aliment pour lequel il montre de l'antipathie, quand même il lui serait salutaire. Mais de peur qu'il ne meure de faim, elle le prie, par amour pour elle-même, de vouloir au moins prendre une bouchée, et elle veut l'amener afin qu'il ne manque pas tout-à-fait de nourriture. Au reste, elle souhaiterait que l'enfant se portât bien, et que, comme tant d'autres, il mangeât plus souvent de cette nourriture habituelle. >^

Recevons très-souvent laS^^ Communion. (Comparaisons.)

« Ne voyez vous pas avec quelle ardeur les petits enfants soupirent après le sein de leur mère? — Nous ne devons pas avoir moins d'ardeur pour nous approcher de la table du Seigneur. » {S. Chrysost. in Matth. kom, 85.) — Communier tous les jours et participer au corps sacré et au sang adorable de Jésus-Christ, c'est une chose bonne et salutaire puisqu'il dit lui-même en termes clairs: « Celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle. Qui peut donc douter que participer souvent à lavie, ne soit la même chose que vivre d'une vie forte? » [S. Basih Magn. epist. 289.) — « Ceux qui cherchent un prétexte ou une excuse pour se tenir éloignés de l'usage fréquent du pain des anges, ressemblent à ces convives invités, dont parle la parabole de l'Evangile, et qui, avec toutes leurs excuses en apparence plausibles, s'attirent néanmoins l'impatience et la colère du père de famille. » {S. Franc, de Sales.) — « De même qu'un homme, qui pendant un certain temps ne prend aucune nourriture, devient faible, se trouve mal, a la figure pâle et amaigrie, et meurt à la fin, ainsi en est-il de l'homme privé de la force divine, de la nourriture de l'âme qu'on reçoit à la table du Seigneur. » (Munch.)

L'exemple des premiers chrétiens.

Les premiers chrétiens s'approchaient fréquemment, et même journellement de la sainte Table. « Tous les jours ils

étaient ensemble dans le temple; unis et rompant le pain dans leur maison, ils prenaient leur repas avec joie et simplicité de cœur. » (Act. des Apôt. :2, 46.) .S'. François de Sales écrit à l'adresse de ceux qui communient rarement: « Les chrétiens (jui seront damnés n'auront rien à répondre, lorsque le juste Juge leur fera voir le tort qu'ils ont eu de se laisser mouri" spirituellement, puisqu'il leur était si facile d'entretenir leur santé et leur vie, en se nourrissant de son corps qu'il leur a laissé dans ce dessein. Misérables! leur dira-t-il, pourquoi êtes vous morts, vous qui aviez à votre disposition le fruit et le principe de la vie? »

Pratique. Le fréquent usage des sacrements de pénitence et d'Eucharistie donne à l'homme l'olivier de la paix; elle le conduit à la vie et au salut. Prenez donc l'engagement de vous confesser et de communier au moins une fois par mois. « Je puis assurer au moins, » dit S. François de Sales, « que la plus grande distance entre les communions est celle de mois en mois pour ceux qui veulent servir Dieu dévotement. » — De même qu'un homme affamé et altéré dans un désert aride, soupire après un peu de pain et d'eau, ainsi vous devez soupirer après le corps et le sang de J.-C, afin qu'étant déjà uni à lui en cette vie, vous restiez uni à lui pour l'éternité. Ainsi soit-il.

CINQUIÈME ET SIXIÈME COMMANDEMENT DE l'eGLISE.

(Gr. Cat. 1^-3" q.) Ce qui est ordonné par le cinquième et le sixième commandement de l'Eglise. — Explication. Dans le 5*= et leG'' commandement de l'Eglise il nous est ordonné d'observer a) \ts, jeûnes de précepte etb) ['abstinence de viande. . Ad a) Les jours déjeune de précepte sont : 1) Les quarante jours de carême, 2) les quatre-temps et 3) les vigiles des grandes fêtes.

Remarques historiques sur les jeûnes de précepte.

i) Le carême de quarante jours y qui comprend tous les jours entre le mercredi des Cendres et le dimanche de Pâques (les dimanches exceptés), a été établi, selon quelques auteurs, par le pape Télesphore, vers l'an 117; mais nous ne le trouvons converti en commandement par l'Eglise qu'au milieu du troisième siècle. Toutefois on ne peut douter que les premiers chrétiens n'aient observé volontairement le jeûne du carême, sans y être astreints par un ordre précis. Voici ce qu'écrit S. Jérôme [Epist. ad Marc.) : « En vertu de la tradition apostolique, nous observons tous les ans un jeûne de quarante jours, et nous faisons abstinence à Tépoqucqui nous est prescrite.» — Ce jeûne était très-strictement gardé; on ne mangeait qu'une fois par jour, le soir après le coucher du soleil, ou à trois heures de l'après-midi ; et encore mangeait-on fort peu; en outre on s'abstenait de viande et de laitage, de poissons délicats et d'autres mets recherchés ainsi que de vin. Le jcûny le plus sévère avait lieu pendant la Semaine Sainte et le jour du Vendredi Saint on prenait à peine une bouchée de pain. — Ce jeûne de quarante jours fut principalement établi dans l'Eglise pour lesmotifs suivants :

1) pour imiter le jeûne de quarante jours de Jésus dans le désert. « Avant que notre divin Sauveur, » dit S. Chrysostôme, « entrât dans la lutte et les tentations que le démon lui préparait, il jeûna pendant quarante jours, et par là il voulut nous montrer à tous que le jeûne et une vie austère doivent être nos armes pour résister aux attaques du démon. —

2) En mémoire de la passion douloureuse et de la mort de Notre- Seigneiir. « Comme la passion douloureuse et la mort de Jésus-Christ, ainsi que sa glorieuse résurrection, » observe le pape S. Léon, a sont comptées parmi les mystères les plus élevés de notre religion, il est juste que nous nous y préparions, non-seulement par la prière et les aumônes, mais encore par un long jeûne, afin de devenir dignes de célébrer ces mystères sublimes. » — 5) Pour nous préparer convenablement à la communion pascale. « Jésus jeûna pendant qua-

ClNQlilftlIR KT SlXlftMR COMMANDEMENT DE LV.r.MSK. 437

rante jours, » dit S. Jérôme, « et en nous laissant ce précieux héritage du jeûne, il préparait d'avance nos âmes h recevoir dignement la communion pascale. » — 4) Pour payer, en quelque sorte, à Dieu la dîme de notre vie. « Le carême de quarante jours, » écrit le pape Grégoire, « forme la dixième partie de tous les jours de l'année. Comme nous offensons Dieu -presque tous les jours, ne devons-nous employer annuellement un '-'MMain temps à son service et à notre propre sal-r? ï.

2) Les quatre-temps, c'est-à-dire le mercredi, le vendredi et le samedi qui ouvrent les quatre saisons, savoir a) après le troisième dimanche dans l'avent, b) après le premier dimanche dans le carême, c) après le dimanche de la Pentecôte, et rfj'après la fête de l'Exaltation de la S. Croix). Jadis les Juifs jeûnnient, d'après le prophète Zacharie (8,19) aux quatre saisons. Des chrétiens pieux et zélés imitèrent cet exemple, et c'est ainsi que nous trouvons ce jeûne des quatre-temps généralement observé à Rome sous le Pape Léon I, (440-461). De là il se répandit bientôt dans toute l'Eglise. Le jeûne des quatre-temps a été institué principalement pour los trois motifs suivants : a) Afin que nous sanctifiions chaque saison par quelques jours de pénitenca. De même qu'il n'y a |)as d'époque où nous n'offensions Dieu, ainsi il n'y a pas d'époque où nous ne nous efforcions de l'apaiser de nouveau par la pénitence. Or, comme l'année a quatre saisons, on établit pendant chacune d'elles quelques jours déjeune, et chaque mois comptant trente jours, on en consacra trois au jeûne. — b)Aßn de prier Dieu, l'auteur des fruits de la terre, quil veuille conserver les fruits croissants, ou de le remercier de ceux que ion a récoltés. En automne nous rentrons les fruits des champs et des jardins et nous en jouissons en hiver ; au printemps et en été nous en suivons attentivement la croissance et la maturité. — Nos péchés nous rendent indignes de tous ces innombrables bienfaits de Dieu ; or le jeûne des quatre-temps doit remédier au moins un peu à cette indignité.— c) Afin de prier Dieu qu'il daigne nous accorder des prêtres sages et pieux, de zélés ouvriers dans sa vigne ; c'est à cette

488 DKS COVMANDEMF.NTS.

époque que les évêques font d'ordinaire les ordinations. Or, comme un prêtre selon le cœur de Dieu est un des dons les plus précieux, l'une des grâces les plus signalées, nous devons pendant les quatre-temps, implorer Dieu, pour qu'il daigne répandre sa lumière sur les évêques, de sorte qu'ils n'imposent leurs mains qu'à des hommes dignes et vertueux. 3) Le jeûne des vigiles (veille des jours de fête) tire son origine du temps des persécutions, et a été institué pour que les fidèles se préparassent en esprit de pénitence à célébrer dignement la f^te du lendemain. Dans les premiers temps toutes les fêtes solennelles avaient leurs vigiles. Les fidèles s'assemblaient la veille, au soir, à l'endroit où la fête devait être célébrée, s'y préparaient par la prière, la lecture, en écoutant la parole de Dieu et en veillant toute la nuit, (de là la dénomination de vigiles ou veille); puis ils se séparaient de nouveau pour quelques heures jusqu'à ce que le moment fût arrivé de commencer l'ofhce divin. Sans doute que les premiers fidèles agirent ainsi pour imiter notre divin Sauveur {Luc. 6) qui passait toute la nuit à prier son père. Plus tard les jours déjeune des vigiles furent limités à un petit nombre, et en beaucoup de contrées ils sont en grande partie t>upprimés; ceux observés dans notre pays sont les cinq suivants : la veille de la Pentecôte, la veille de la fête de saint Pierre et de saint Paul, la veille de l'Assomption, la veille de la Toussaint et la veille de Noël.

Ad b.) Le sixième commandement de l'Eglise nous prescrit de nous abstenir de manger de la viande le vendredi et le samedi, d'après ce précepte : Vendredi chair ne mangeras ni le samedi rnêmement. « On doit distinguer entre jours d'abstinence ai jours déjeune. Les joursde jeûne proj)rementdits sont ceux où il n'est permis de prendre qu'un seul repas auquel, par dispense, on peut toutefois ajouter une collation le soir; si en même temps que le jeûne l'Eglise prescrit l'abstinence, l'usage de viande est également défendu. Dans les premiers temps, les jours déjeune de précepte étaient aussi des jours d'abstinence; cepen-

CIKQUIÈUK ET SIXIÈME COMMANDEMENT DE l.'ÉCLiaU 4ä9

dant dans plusieursdiocèsesde grands adoucissements ont été apportés sous ce rapport, au point (jnelusagede viande est accordée maintenant par une dispense que les évêques, en vertu de pouvoirs octroyés par le Saint-Siège, donnent annuellement à leurs ouailles. C'est ainsi, par exemple que dans notre pays tous les jours de carême ne sont pas des jours d'abstinence ; 'es seuls jours où il soit défendu de laire usage de viande, sort les mercredi, vendredi et samedi, et ensuite le Jeudi Saint. Quant aux jours des quatre-temps et des vigiles il est également prescrit de joindre l'abstinence au jeûne. —

Les autres vendredis et samedis de l'année sont simplement des jours d'abstinence sans jeûne, où en règle générale l'usage de viande est défendu sous peine de pécbé mortel. 11 n'y a d'exception à cette loi générale que pour le vendredi ou le samedi où tomberait la fête de Noël et dans quelques diocèses, pour les samedis depuis Noël jusqu'à la Purification inclusivement, jours auxquels il est permis de manger de h viande. L'Eglise dans sa bonté a encore introduit depuis quelques années une autre mitigafion à la loi de l'abstinence. Ainsi le Souverain Pontife a accordé à tous les évéques de la Belgique, la faculté de dispenser leurs diocésains res- [)ectifs, dans le précepte de l'abstinence pour tous les samedis qui ne sont pas des jours de jeûne, pourvu que les fidèles aient demandé la permission d'user de cette dispense, soit à leurévêque, soit aux vicaires-généraux, soit au doyen du district, soit au curé de leur paroisse. Mais en accordant cette faveur le Pape n'a point entendu abroger dans notre pays la loi de l'abstinence du samedi; il désire, il veut au contraire que cette loi continue à y subsister, mais qu'elle cesse d'obliger les fidèles qui en auront obtenu l'exemption. Conséquemment, ceux qui continuent à l'observer, en ont un double mérite, celui

i40 DES COMMANDEMENTS.

de la jxînitence et celui d'une obéissance plus libre aux lois de l'Eglise. L'usage de s'abstenir de viande, deux fois par semaine, est fort ancien dans l'Eglise; presque tous les saints Pères en font mention, et saint Epiphane le fait même remonter jusqu'aux temps des apôlres.

L'Eglise en prescrivant ces abstinences toutes les j^omn'ies a voulu par là nous faire expier les péchés dont presque chaque jour nous nous rendons coupables. Si elle a choisi de préférence le vendredi et le samedi, c'est que le vendredi rappelle surtout la douloureuse passion et la mort de notre Rédempteur, qui doit être plus spécialement pour ses disciples un jour de pénitence; c'est que le samedi, jour où le Seigneur resta enseveli dans le tombeau, doit être pour eux un jour de deuil et d'expiation; c'est que cette pratique de l'abstinence du samedi est un excellent moyen pour se préparer à célébrer dignement le saint jour du dimanche,

Relativement à ces abstinences, qui ne sont pas universelles, on est obligé de suivre Tordre du diocèse où l'on est établi, et quand on se trouve, de bonne foi et sans fraude, dans un autre diocèse où l'abstinence et le jeûne ne sont point commandés, on peut user sans scrupule de la liberté qu'on y trouve établie par les supérieurs.

(Gr. Cat. 4«-8« q.)

Qui doit jeûner et s'abstenir de viandes. — Explication. Est obligé Aq jeûner, c'est-à-dire, de se borner à un seul repas, les jours de jeûne proprement dit, tout chrétien qui a atteint sa vingt-et-unième année et qui n'en est dispensé par aucun motif légitime. Sont dispensés les malades et les convalescents, les vieillards et ceux qui sont soumis à des travaux fatigants ou que le jeûne empêcherait de remplir les devoirs de leur état. — Sont astreints à l'abstinence de viande tous les chrétiens à commencer dès

r,l.\Ql lK.Mi KT MXIÈMK OOM.HAISDKMKMT Uli I/KÜLISK. iil

Page de sept ans, si toutefois un motif légitime tel que : maladie, pauvreté, etc. ne les en dispense. Ainsi, celui qui saurait difticilenient s'abstenir de viande doit demander une dispense à son confesseur et faire à la place d'autres bonnes œuvres.

Louis XVI et le verre d'eau.

De tout temps de pieux chrétiens ont fidèlement observé les jours déjeune et d'abstinence ordonnés par l'Eglise. — Louis XVI devenu le jouet de ses persécuteurs, fut mis à toutes sortes d'épreuves. Ses bourreaux, qui se faisaient une gloire sacrilège de se révolter aussi bien contre l'Eglise que contre leur légitime souverain, lui servirent du gras un jour de vendredi, ne se contentant pas de l'avoir privé de sa liberté, mais voulant encore tyranniser sa conscience. Sans articuler aucune plainte, le roi prit un verre d'eau, y trempa un peu de pain, et, en souriant, prononça ces mots : ^ Voilà mon dîner! » Quel exemple! [Marguet. Essai sur l'abstinence.)

Le prince et le poète.

Le duc d'Orléans invita le célèbre Boiieau à dîner. C'était un vendredi, et l'on n'avait servi que du gras. L'on remarqua qu'il ne touchait qu'à son pain. « II faut que vous mangiez gras comme les autres, » dit le prince : « on a oublié le maigre. » — « Vous n'avez qu'à frapper du pied. Monseigneur, » répondit Boiieau au [jrince, « et les poissons sortiront de terre. » — Cette réponse plut au prince, et sa constance de rie vouloir loucher au gras, fit honneur à sa religion. {Dict. d'éducation.)

Qui est dispensé du jeûne?

L'Eglise n'est pas une marâtre; elle adoucit ses prescriptions disciplinaires, lorsque le bien réel de ses enfants l'exige. Les circonstances suivantes peuvent motiver cette dispense : l'incapacité physique, par exemple chez les enfants et les malades; tout épuisement par un travail excessif, ce qui est le cas chez les ouvriers, les soldats en campagne, les voyageurs h

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pied, les infirmiers, etc. S. Grégoire-le-Grand ayant appris que Marinion, archevêque de Ravenne, avait une hémorragie lui écrivit : « Non-seulement je vous engage à ne pas jeûner, mais je vous le défends strictement. Comme les médecins ont déclaré que dans une maladie, comme celle dont vous êtes atteint, le jeûne est nuisible, je vous permets de ne jeûner que cinq fois l'an, la veille des grandes fêtes. >

Le patriarche d'Alexandrie, Théophile, étant un jour interrogé si une femme malade (puerpera) est obligé d'observer le jeûne et de s'abstenir de vin, il répondit : « Le but du jeûne est d'humilier et de mortifier le corps; mais si le corps est déjà de lui-même affaibli et abattu par la perte des forces, il a besoin d'aliment et de boisson pour se rétablir. » — Le pape Innocent III, de son coté s'exprime ainsi : a La loi doit céder à la nécessité, et lorsqu'un malade a besoin de viande, on peut et on doit la lui donner, même en temps de jeûne. »

(6>. Cat. d^-M" q.)

Excellence et avantage du jeûne. — Explication. C'est pour les motifs les plus sages et les plus raisonnables que l'Eglise a donné la loi de jeûne; en effet, elle sait trop bien quo le jeûne 1) est agréable à Dieu et % très-salutaire à riionwie.

1) Le jeûne est très-agréable à Dieu. Nous pouvons nous en convaincre par les considérations suivantes : a) parce que Dieu lui-même a fréquemment recommandé le jeûne et a fait éclater sa grâce et sa miséricorde sur ceux qui le pratiquaient. Dans l'ancienne loi il disait par la voix du prophète Joël (!2, 12) : « Convertissez-vous à moi de tout votre cœur dans les jeûnes, les larmes et les gémissements. » Et le divin Sauveur dans le nouveau Testament dit {Matth. 17, 20) : « Cette sorte de démons ne sort que par la prière et par le jeûne. » Oui, le premier commandement même, que Dieu donna à nos pères était un commandement d'abstinence, savoir la défense de manger du fruit de l'arbre défendu. — Les Saints savaient fort

t.lNOîir.alîi I-.T SIXIKMK CO^IMAMDKMKNT 1)K I.'kGI.ISR. 443

bien que par le jeûne on pouvait obtenir de Dieu grâce et miséricorde jjour soi et |)our les autres; voilà pourquoi « ils jeûnaient, » comme l'écrit S. Cyprien, « et restaient nuit et jour en prière, lorsqu'ils voulaient obtenir quelque chose de Dieu. »

Exemples tirés de l'Ecriture.

Nous voyons par de nombreux exemples dans l'Ecriture- Sainle, combien Je jeûne est agréable au Seigneur, et comment il fait descendre sa grâce et sa miséricorde sur ceux qui le pratiquent, — Le peuple israélite avait souvent et gravement offensé le Seigneur : Moïse jeûna et le Seigneur pardonna à son peuple. « Je me prosternai devant le Seigneur, » dit Moïse (Deut. 9, 18-19) « durant quarante jours et quarante nuits, sans manger de pain et sans boire d'eau, à cause de tous vos péchés que vous aviez comuîis en faisant ce qui déplaît au Seigneur, afin de l'irriter; car je craignais la colère et la fureur dont le Seigneur était enflammé contre vous, pour vous détruire; et le Seigneur m'exauça encore cette fois-là. »

Holopherne avait déjà vaincu plusieurs peuples et attaqua également les Israélites. Dans leur affliction ils se tournèrent vers Dieu; « tout le peuple cria instamment vers le Seigneur; et ils s'humilièrent par le jeûne et la prière, eux et leurs femmes. » Le grand-prêtre Eliachim les y exhorta encore davantage, en leur disant : « Sachez, que le Seigneur exaucera vos prières, si vous continuez et persévérez dans le jeûne et la prière devant la face du Seigneur. » Et il en fut ainsi ; Dieu eut pitié d'eux et ils remportèrent la victoire sur Holopherne {Judith 4). — Josaphat était en but aux attaques incessantes des Ammonites, des Moabites et des Syriens. Alors « il eut recours au Seigneur, et publia le jeûne par tout Juda, » et il triompha de tous ses ennemis. (^ Paralip.^0,^.) — Voyez, combien le jeûne est agréable au Seigneur! Moïse et Elie ont également jeûné pendant quarante jours, comme Jésus-Christ, et voilà pourquoi ils furent jugés dignes de se

444 l)t& C(>M>iAM)K>;i.MS.

trouver sur le mont Thabor, lors de la transfiguration de Jésus.

b) Parce que Jésus-Christ, les Apôtres et les Saints de tons les temps ont jeûné. Qui ignore que le divin Sauveur a jeûné quarante jours et quarante nuits? {Matth. 4, 2.) et que les Apôtres jeûnèrent lorsqu'ils consacrèrent Saul et Barnabas par l'imposition des mains {Act. des Ap. l-s 3.), et également lorsqu'ils établirent des Anciens dans cliaque église? {Ibid. 14, 23.) De même les Saints ont jeûné; et aucun d'eux n'est devenu saint sans jeûner; c'est donc avec raison que S. Vincent Ferrier affirme <|ue personne ne peut devenir saint sans jeûner.

Tous les Saints de l'ancien et du nouveau Testament ont jeûné. {Exemples tirés de l'Ecriture.)

Moïse et Elie ont jeûné, comme nous venons de le rapporter, quarante jours et quarante nuits; David jeûna afin d'obtenir de Dieu la guérison de son enfant; le prophète Daniel jeûna et força même les lions de jeûner dans leur fosse, où il avait été jeté; l'héroïque Judith jeûna, et devint par là tellement courageuse qu'elle trancha la tête à Holopherne {Jud. 9, 4.) ; SS. Pierre et Paul jeûnèrent pareillement et ils furent ravis et eurent des visions célestes [Act. des Ap. 40, 40 ef 2 Cor. 4:2, 2.). « Jésus-Christ lui-même, » écrit S. Chrysoslôme {llom in Genes.), a s'est fortifié par un jeûne de quarante jours, contre les tentations du démon, non parce qu'il avait besoin de cette force, mais pour nous montrer, par son exemple, que nous devons nous armer et nous fortifier au moyen du jeûne, afin de pouvoir triompher dans la lutte contre Satan. »

c) Parce que le jeûne est une humiliation de notre orgueil et un frein à notre concupiscence; c'est ce que David reconnaissait en disant (Ps. 34, 43.) : « J'affligeais mon ànie par le jeûne, » et S. Cyprien écrit : « Le jeûne dompte toutes les révoiles de la chair et désarme les ré-

CINQUIKME KT SIXIKMK (.OMMANOKMK.NT »K I.'kOI.ISE. 4 4-i

volles de la conçu i)iiscence. Si nous voyons quelque part une piété bien solide, soyons certains qu'elle ne l'est pas devenue sans jeune. » {Lib, de jejun.)

â) Le jeûne nous est utile et salutaire; en eflet a) par le jeûne nous satisfaisons à Dieu pour les péchés commis et de cette manière nous détournons les châtiments que nous avons mérités. Voilà pourquoi Dieu dit par la bouche de Joël (2, 12-13.) : « Tournez-vous vers moi par le jeûne!... car il est miséricordieux et il détournera le châtiment. » S. Bernard à »son tour écrit : « Le jeûne ne nous obtient pas seulement le pardon , mais nous mérite aussi la grâce; il n'efface pas seulement les péchés passés .que nous avons commis, mais il chasse aussi les péchés futurs (|ue nous pouvions commettre. » S. Zenon dit également : « C'est par un aliment que Dieu a été offensé, c'est par le jeûne qu'il est de nouveau appaisé. » — Ainsi, de même que David jeûnait pour implorer de Dieu la santé de son enfant malade, de même nous devons jeûner, afin d'obtenir de Dieu la santé de nos âmes malades.

Par le jeûne nous nous réconcilions avec Dieu. {Ex. lires de la Bible.)

Les Ninivites étaient plongés dans les péchés et les vices. Alors le Seigneur parla : « Encore quarante jours et la coupable Ninive ne sera plus. » Cependant le roi se soumit avec tout le peuple à un jeûne de quarante jours, et Ninive trouva grâce devant Dieu {Jon.ù.). — Moïse jeûna et détourna par là le bras vengeur de Dieu de dessus son peuple. — David mangea, comme il le dit lui-même, des cendres pour du pain, et mêlait des larmes à sa boisson, — il obtint le pardon.

b) Nous obtenons, par le jeûne, Vempire sur notre sensualité, et par là nous sommes fortifiés contre la rechute' dans le péché. C'est donc avec raison que S. Chrysostôme

Ufi DIS r.OMMA^DKMf^TS

nous dit: «Jeûnez, puisque vous avez péché, jeûnez, aßn que vous ne péchiez plus! » S. Jérôme, de son côté, écrit {ad Demetr.) : « Les traits enflammés de Satan doivent être éteints et rendus inoffensifs par le froid de la mortification et des veilles. » — « Contre les ennemis terrestres, » ô\tS. Ambrolse {in ep ist. ad Eph.cap.Q.), « le corps est fortifié par la nourriture, et l'esprit est excité à la résistance par un vin généreux. Contre les ennemis spirituels on doit combattre spirituellement et revêtir les armes de la sobriété et delà tempérance, afin que par le S. Esprit nous vainquions les mauvais esprits. » S. Paul le reconnut également; voilà pourquoi il écrit (1 Cor. 9, 27.) : o Je mortifie mon corps et je le réduis en servitude. »

L'arme la plus solide et la plus victorieuse.

S. Gérasime exhortait souvent ses anachorètes à un jeûne austère. « Moins on accorde de nourriture au corps, » disait-il, « plus on donne de force à l'esprit. Le jeûne accompagné d'une prière persévérante voilà l'arme la plus solide et la plus victorieuse contre les séductions du monde et les tentations de Satan. » {Stolberg, hist. de la Religion.)

Dans le Lévitique (14, 5.), Dieu exige qu'il lui soit offert deux passereaux, dont l'un sera égorgé et l'autre relâché en liberté. — Ces deux passereaux signifient le corps et Vâme. Le corps doit être tué, c'est-à-dire, sacrifié à Dieu par la mortification et le jeûne, et l'âme peut alors s'élever libre et sans entraves jusqu'à Dieu. »

c) Par le jeûne, l'exercice de la vertu et de la prière est rendu plus aisé,etnous parvenons d'autant plus sûrement à l-a grâce de Dieu et au salut. « Si nous ne jeûnions pas, » dits. Basile, « nous serions exclus du paradis. Jeûnons donc, afin de pouvoir y entrer! « Oui, le jeûne nous con-

CmOUlKMK KT SÏXIÉWK OOMMANDKMKiSr DE I.'ÉOl.ISE. 4 i7

duit à Dieu et à toutes les vertus. Voici ce qu'écrit S. Pierre (I. 4, 1-2.) : « Celui qui souffre en la chair, cesse de pécher; de sorte que durant toutle temps qui lui reste de cette vie mortelle, il ne vit plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. »

Compaj'aisons .

« Si une terre reçoit trop de semence ou trop de pluie, elle ne portera pas des fruits. C'est ainsi que l'homme, sans jeûner, ne peut porter des fruits pour la vie éternelle. {Lohner.)

« Jeûner, c'est vivre à la manière des anges qui ne mangent ni ne boivent ; celui donc qui jeûne, entre, pour ainsi dire, au rang des anges. (5. Äthan. Alexandr.)

« Par le jeûne nous arrivons à la vertu et ;\ la sainteté; en vérité, le jeûne est une charrue de la sainteté; il défriche les cœurs, déracine les péchés, sème la charité et prépare à l'innocence une riche moisson. » {S.Pierre Chrysol.serm. 51.) « Avant que les grues, » écrit S. Vincent Ferrier, « émigrent en automne dans d'autres pays, elles restent quelque temps sans manger, et cherchent à diminuer leur embonpoint en prenant du sable et de l'eau, afin d'être plus légères dans leur vol. C'est ainsi que par la sobriété notre vol vers Dieu et les régions célestes est préparé et facilité.

d) Enßn le jeûne nous procuremême beaucoup d'avantages corporels] en eflfet, il prolonge la vie et conserve la santé. « La débauche, » dit le sage Sirach (37" chap.), « tue plus d'hommes que le glaive. Il y en a beaucoup qui sont morts par l'intempérance ; mais celui qui est sobre prolonge sa vie. » Et S. Jérôme écrit : « Le. jeûne est la mère de la santé, comme la bonne chère est la mère de la maladie; sans la viande et sans le vin, la volupté se refroidit bien vite. »

i'i'/i Di'.S C0M?J.\M)KMK1NTS.

Le jeûne, moyen de prolonger sa vie.

Ce sont précisément les hommes qui se sont le plus mortifiés qui ont atteint l'âge le plus avancé. Les patriarches dans le désert qui, par leur vie sainte et pénitente, ont acquis une grande renommée, en sont un exemple frappant. S. Paul, le premier ermite, qui ne buvait que de l'eau et ne mangeait journellement qu'un petit morceau de pain, atteignit l'âge de H5 ans; S. Paphnuce. S. Sabas et S. Jean d'Egypte furent à peu près centenaires; S. Antoine, qui mena une vie si austère, mourut à l'âge de 105 ans; S. Jean Stylite, l'abbé S. Théodore, S. Jacques, ermite en Perse, arrivèrent pareillement à l'âge de 104 et de lOS ans. Les Esséniens, qui vivaient sobrement et pratiquaient un jeûne fort sévère, se faisaient également remarquer par leur longévité. Un grand nombre d'entre eux atteignit l'âge de 100 ans. Or, si dans les climats chauds de la Syrie et del'Egypte où l'on ne vieillit pas autant que dans les climats froids, l'on rencontre si fréquemment des exemples de longévité parmi ceux qui offrent à Dieu leur corps comme un sacrifice vivant, combien plus avantageuse ne sera pas pour notre santé l'observation de la loi du jeûne? Combien de personnes qui ont une santé délabrée, pourraient trouver dans le jeûne un moyenefticace.de la rétablir! (Vie des Pères du désert.)

{Gr. Cat. 12«-13«^.) Objection, i) N'est-ce pas de la superstition de s'ahstevir de certains aliments? Rép. Si on le fait en esprit d'obéissance et de pénitence, comme l'Eglise catholique le prescrit, ce n'est nullement de la superstition, mais, comme il a été dit plus haut, un exercice extrêmement agréable à Dieu et salutaire à nous-mêmes. Dieu lui-même défendit certains aliments aux juifs. On lit dans le Lévitique, (11'^ chap.) : « Dites aux enfants d'Israël : Vous mangerez d'entre les animaux à quatre pieds de toutes celles dont la corne du pied est fendue, et qui ruminent; mais vous ne mangerez point deccllesqui ruminent seu-

CINQUIÈME KT SIXIÈME üOMMANOI' MKNT DE i/kCI.ISK. -449

lement ou qui ont la corne fendue seulement, comme le chameau; car il rumine, mais il n'a point l'ongle fendu entièrement; il vous est souillé; et le hérisson qui rumine, mais n'a pas l'ongle fendu; il en est de même du lièvre; le pourceau est impur, quoiqu'il ait la corne fendue, parce qu'il ne rumine point; etc. w Les apôtres défendirent pareillement aux premiers chrétiens certains aliments, lorsiju'ils leur donnèrent le commandement de s'abstenir de ce qui avait été offert aux idoles, et du sang des bêtes étouffées [Act. des' Ap. 15, 29.). S. Jean- Baptiste ne mangeait que des sauterelles et du miel sauvage. Eléazar et les frères Machabées préférèrent subir une mort douloureuse plutôt que de ne pas observer la différence prescrite des aliments. Lorsqu'on jeûne de cette manière, c'est-à-dire, par mortification et parobéissance, certes, ce n'est pas de la superstition, mais bien si l'on s'abstenait de certains mets comme si, de leur nature, ils étaient mauvais et impurs; c'est ce que prétendaient certains hérétiques qui furent combattus et condamnés par l'Eglise catholique, et contre lesquels s'élevait jadis S. Paul, lorsqu'il écrivit à Timothée (1.4,1-4.): « L'Esprit saint dit expressément qu'aux derniers temps quelques-uns abandonneront la foi, suivant l'esprit d'erreur et les doctrines des démons, qui interdisent le mariage et l'usage des viandes que Dieu a créées pour être mangées avec des actions de grâces par les fidèles, et par ceux qui connaissent la vérité. »

2) Jésus-Christ na-t-il pas dit clairement : « Ce qui entre par la bouche, ne souille pas l'homme? » Rép. Sans doute; mais la désobéissance, qui vient du cœur le souiHe [Matth. 15, 11. 18.), ainsi que le prouve la chute de nos premiers parents. Des mets pris à certaines époques et à certains jours ne souillent assurément pas l'homme; car les mets n'entrent pas dans le cœur, mais dans le

corps. Mais ce qui sort du cœur de l'homme, c'est là ce qui souille l'homme; en effet, de l'intérieur, du fond du cœur s'élèvent les mauvaises pensées et les mauvaises actions. Le cœur est la source d'oii coule le poison et la mort; car du cœur vient aussi la désobéissance contre l'Eglise. — Toutefois qu'on ne croie pas que la transgression de la loi du jeûne constitue un péché grave, seulement lorsqu'elle a sa source daiiù le mépris du commandement, ou dans une opposition préméditée contre l'Eglise. Cette opinion est fausse et a été formellement rejetée par l'Eglise. {Alexandr. VIL prop. 23.) La désobéissance est bien flagrante et coupable, lorsque sciemment et volontairement on fait ce que l'Eglise défend, quand même il ne serait question ni d'orgueil ni de mépris du commandement. {Catéch.)

Louis XVI et l'ojjicier.

Depuis la fin du règne de Louis XV, le relâchement s'était glissé à la cour. On servait maigre et gras tous les jours d'abstinence quand il y avait eu une partie de chasse. Louis XVI fit réformer cet abus ; il montra même à cet égard que sa soumission à laloi de TEglise étaitaussi parfaite qu'éclairée. Un vieil officier ayant soutenu que ce qui entre dans le corps ne souille pas l'âme, se croyait, d'après ce principe, dispensé de la règle commune. « Non, Monsieur, » lui répondit vivement Louis, « ce n'est pas préciséir.ent le manger de la viande qui souille l'âme et fait l'offense, mais bien la révolte contre une autorité légitime et la transgression de son précepte formel. Tout se réduit donc ici à savoir si Jésus- Christ a donné à l'Eglise le pouvoir de commander à ses enfants, et à ceux-ci l'ordre d'obéir; le catéchisme l'assure; mais, puisque vous lisez l'évangile, vous eussiez dû voir que Jésus-Christ dit, quelque part, que celui qui n'écoute pas l'Eglise, doit être regardé comme un païen, et je m'en tiens là. » {Vertus de Ijiuis XYL)

CINQUIÈME fcT SIXIÈME COMMANDEMENT DE I.'kOMSE. 45 J

i) Ce que nous avoyis à faire pendant les jours de jeune. — Explication. Nous ne devons pas nous contenter de nous abstenir de certains mets, les jours de jeûne; nous devons plutôt, d'après l'intention de l'Eglise, passer ces jours en esprit de pénitence et les sanctifier par la prière et par la pratique des bonnes œuvres. « Le jeûne réjouit le Seigneur, « dit S. Grégoire (m Pastor.), « lorsque cequevous vous retranchez, revient aux nécessiteux. Ce que vous refusez à votre corps doit servir à restaurer le corps des pauvres. » Tobie dit à cet égard (12, 8.) : « La prière avec le jeûne et les aumônes vaut mieux qu'amasser des trésors d'or. » Voilà le jeûne que Dieu demande de nous, lorsqu'il nous interpelle ainsi par la bouche du prophète Isaïe (58, 3-7.) : « Ne jeûnez point comme vous l'avez fait jusqu'à présent, si vous voulez que le ciel entende vos cris. Est-ce un jeûne choisi par moi, que l'homme, tous les jours dans la douleur, courbe sa tête comme un roseau fragile; et qu'il dorme dans un cilice et sur la cendre, est-ce là un jeûne, et un jeûne agréable au Seigneur? N'^ a-t-il pas un jeûne de mon choix? Rompez les liens de l'iniquité, portez les fardeaux de ceux qui sont accablés, donnez des consolations aux affligés, brisez les liens des captifs. »

Qu'est-ce qui est préférable déjeuner ou de travailler ?

« Jeûner est sans contredit une très-bonne action! » dit un jour un anachorète. — « Oh ! » reprit un autre, « travailler vaut incomparablement mieux, k — Un troisième dit : « Faire l'aumône est la meilleure des actions, si pour pouvoir la faire, vous jeûnez et vous travaillez. » {Fleurs du désert.)

Comparaison.

« Le jeûne sans œuvres de miséricorde est une statue de la faim, et non pas une statue de la sainteté; le jeûne sans

i5'iî DES COMMANDEMENTS.

la compassion pour les pauvres, c'est une satisfaction accordée à l'avarice. » [S. Chrysologue.) « Le jeûne sans les aumônes est une lampe sans huile. » {S. Césairc in admon, 2.) c Si nous voulons bien jeûner, nous devons nous abstenir non-seulement de certains aliments, mais encore du péché. A quoi bon si le corps est vide d'aliments et que l'àme est chargée de vices?» {S. AugusL) « La justice des hommes en cette vie consiste en ces trois élémer.ts, savoir : le jeûne, les aumônes et la prière. Si vous voulez que votre prière s'élève jusqu'à Dieu, donnez-lui deux ailes, le jeûne et l'aumône. » [Id. in Psalm. 45.) « Celui qui ne s'abstient que de manger et non pas de pécher, ressemble au démon qui s'abstient d'aliments corporels, sans cesser de faire le mal. » {S. Honoré.) « Si votre jeûne consiste à donner du pain aux affamés, à conduire les pauvres voyageurs dans votre maison, à habiller celui qui mnnque de vêtements, à briser les chaînes de l'innocent, à protéger les opprimés et à vous garantir des souillures du monde, alors votre jeûne est agréable au Seigneur; alors votre lumière brillera comme l'aurore. {Munch.)

Pratique. Hélas! Quelle honte de voir des chrétiens', des catholiques passer légèrement sur In loi du jeûne de l'Eglise, (|ui ne nous a cependant donné ses commandements qu'au nom de Dieu et par l'inspiration du Saint- Esprit! Ecoulez comment S. Chrysostômc s'en plaint. {Hom. 42, ad pop. Antioch.) : « Les chiens dressés, de leur nature très-vora^es et affamés, ne dévorent pas le lièvre qu'ils saisissent, et l'homme, créé à l'image de Dieu et doué de raison, ne veut point s'abstenir de ce que le Seigneur du ciel et de la terre a défendu par son Eglise, tandis qu'un chien, qui est privé de raison, bien que fatigué et affamé à force de courir, ne mange pas ce que son maître temporel lui a défendu de manger! » — Regardez donc le précepte du jeûne et de l'abstinence comme un précepte que Dieu lui-même vous a donné par

CINQDiKMK ET SIXIEME COMMANDEMENT DE I.'ÉftLIfiE. 453

l'intermédiaire de son Eglise, et que rien ne vous détourne de sa fidèle observation! Pénétrez-vous de ces belles paroles de S. Basile : « Les anges écrivent les noms de ceux qui sont fidèles a la loi du jeûne. Soyez sur vos gardes, afin que votre ange n'omette pas votre nom; ne désertez pas ce drapeau de votre religion! » Imitez toujours les beaux exemples que tant de pieux chrétiens nous ont donnés en cela.

Observation scrupuleuse de la loi du jeûne.

Pie V jeûnait d'une manière excessivement rigoureuse. Un jour qu'il était fort malade, ses médecins lui ordonnèrent de faire gras, mais il refusa obstinément de prendre de la viande les jours de jeûne et d'abslinence. Alors ils eurent recours à la ruse, et lui firent servir un plat maigre, dans lequel on avait préalablement mis le jus d'un poulet. Mais Pie s'étanf aperçu de suite de la fraude, repoussa le plat en s'écriant d'un Ion de profonde tristesse : « Vous voulez donc que pendant le peu de jours que j'ai encore à vivre, je transgresse les commandements que j'ai toujours gardés et pour l'observation fidèle desquels Dieu, depuis 55 ans, m'a accordé sa grâce. » — S"' Claire portail sous sa robe un cilice de crin et jeûnait toujours au pain et à l'eau. Le lundi, le mercredi et le vendredi de carême, elle ne prenait absolument aucune nourriture, de sorte qu'à la fin son confesseur dut l'engager, vu son extrême faiblesse, à modérer ses austérités. --Voilà la rigueur que les saints déployaient contre euxmêmes, et vous, ô pécheur, vous êtes si plein de ménagements à votre égard !

45i DK LA. TRANSGRESSION DF.S COMMANDEMENTS.

DE LA TRÂiNSGUESSION DES COMMANDEMENTS.

£ I. — Du péché en général.

(Gr. Cat. i« 2* q.)

Notion du péché, et comment on le commet. — Explication. Le péché est une transgression volontaire de la loi divine. « Le péché qu'est-il autre chose, » dit S. Ambroise [lih, de Parad.), « qu'une transgression de la loi divine et une désobéissance aux commandements célestes? » Or, on peut transgresser la loi divine soit par pensées, désirs, paroles et actions coupables; c'est en ce sens que S. Augustin écrit : « Le péché c'est toute pensée, toute parole, toute action contraire à la conscience qui réside en nous; « soit par omission du bien qu'on est obligé de faire; et ces péchés d'omission ne sont pas moins graves et punissables que les péchés de transgression, bien qu'on n'en tienne très-souvent aucun compte.

Charles-Quint et son confesseur.

Le grand et célèbre empereur Charles-Quint confessait un jour ses péchés afin d'en recevoir l'absolution en vertu du précepte de Jésus-Christ. Après qu'il eut fini l'aveu de ses fautes et qu'il eut récité son acte de contrition avec le ferme propos d'éviter désormais tout péché, il attendit l'absolution : mais son confesseur, qui était un religieux fort sévère, lui demanda s'il avait examiné et avoué tous les péchés qu'il avait commis. L'empereur lui ayant répondu qu'il avait confessé tous les péchés dont il se souvenait, le religieux lui fit cette réponse : « Vous ne les avez pas encore tous confessés ; jusqu'à présent vous vous êtes accusé des péchés de Charles : accusez-vous encore maintenant des péchés de l'empereur, » — indiquant par là que Vumission des devoirs de son état est également un péché dont on doit se repentir et se corriger; que l'état dans lequel Dieu nous a placés est aussi un point sur lequel nous devrons un jour lui rendre compte. Or, si l'on considère les hommes dans les différents états où la

Providence les a appelés, combien ils sont souvent indifférents et négligents dans raccomplissement des leurs devoirs. On pourrait leur dire également ce qui fut dit à l'empereur Charles-Quint : « Souvenez-vous bien que ce n'est pas seulement comme chrétien que vous devez bien remplir vos devoirs et qu'un jour vous serez appelé en jugement pour en rendre compte, mais encore que l'accomplissement des devoirs de votre état doit être journellement un point de votre examen de conscience, un point sur lequel doit rouler votre accusation dans la confession; car ces devoirs deviendront un jour, après la mort, un objet d'examen devant le tribunal de Dieu. » {Philothée.)

Funestes effets des péchés par omission de ses devoirs.

Un jeune berger auquel son père, pendant son absence, avait confié la garde du troupeau, écouta un jour avec le plus grand plaisir le chant du rossignol. Il en fut tellement ravi qu'il pénétra toujours plus avant dans la forêt et oubli;i son troupeau pour donner son attention au chant. Entretemps le loup fondit sur les moutons abandonnés, en égorgea plusieurs qu'il emporta au fond des bois. Enfin le rossignol cessa de chanter et le jeune berger étant sorti de son ravissement, se souvint de ses moutons. Il courut à la hâte à l'endroit où i! les avait laissés; en chemin il voit avec terreur les traces sanglantes du loup, et à son retour il trouve à son grand regret le nombre de ses moutons diminué. Il se repentit trop tard de s'être laissé détourner de son devoir par les charmes d'un chant momentané, pendant lequel le loup avait trouvé occasion d'exercer de grands ravages. Avec quelle facilité les jeunes gens ne se laissent-ils pas entraîner par un futile plaisir, et combien de regrets et de pertes ne s'attirent-ils pas souvent/jar l'omission de leurs devoirs! — Jamais un plaisir ne goûte bien quand on n'a pas la conscience d'avoir fidèlement rempli son devoir.

{Gr. Cat. 3'^-9" q.) Différentes espèces de péché. — Explication. — Tous les péchés ne sont pas également grands; en effet, il y a

àï)(i DK I,A TRANSGRESSION DES COrûMASDEMENTS.

a) (les i^échés graves ou mortels, lorsqu'on transgresse volontairement la loi divine dans une chose importante. On les 3ip\ye\\e péchés mortels parce (ju'ils font perdre à l'âme la vie surnaturelle, c'est-à-dire, la grâce sanctifiante et qu'ils la rendent digne de la mort ou de la damnation éternelle; en effet « quand le péché est consommé, » dit l'apôtre S. Jacques {i, 15), « il produit la mort, » et S. Jean dit d'un homme qui vit dans le péché mortel : « Tu as la réputation d'être vivant, mais tu es mort. » [Apocal. 3, 2.) C'est avec raison que celui qui a commis de grands péchés est comparé à un mort; en effet, la partie la plus noble de son être, la partie immortelle est morte; et si celui-là qui est innocent, libre de convoitises et de désirs coupables, qui ne veut que ce que Dieu veut «est vivant, i< celui-là au contraire est mor^ spirituellement, qui fait le mal et qui se livre aux pensées coupables de son cœur. — Il y a ^) des péchés véniels lorsqu'on transgresse la loi divine soit, dans des choses peu importantes, soit d'une manière qui n'est pas tout-àfait volontaire, parce que du côté de l'esprit manque la connaissance suffisante du mal ou du côté de la volonté le consentement plein et entier. On appelle ces péchés véniels parce que, vu la faiblesse humaine et la facilité avec laquelle on les commet, on peut plus aisément en obtenir le pardon de Dieu et même sans se confesser. — Cette différence entre les péchés mortels et les péchés véniels est signalée dans la sainte Ecriture; car quelques péchés y sont comparés à des fétus de paille, d'autres à des poutres {Matth. 7. 3.) ; dans les Proverbes (24, 16.) on lit « que le juste lui-même tombe sept fois par jour, » et S. Jacques (3, 2) écrit : « Nous péchons tous en plusieurs choses. » — Toutefois ne regardons aucun péché comme peu important; bien plutôt, craignons et évitons soigneusement tout péché, qu'il soit

grave ou légor, comme le phis ijraïul uiaî sur !a terre; faisons comme Joseph d'Egypte, recalons avec effroi devant tout péché, en nous écriant à son' exemple : » « Comment ferais-je un si grand mal, et pècherais-je contre Dieu. {Gén. 39, 9.)

Craignez tout péché.

Marie-Térèse, épouse de Louis XIV, avait une grande délicatesse de conscience; étant tombée dans une faute qu'elle se reprochait avec amertume, on voulait la rassurer, en lui disant qu'elle n'était que vénielle : « Il n'importe, réponditelle en fondant en larmes, Dieu en est offensé, elle est mortelle pour mon cœur. » [Merault.).

{Gr. Cat. W-\'ö'q.) Malice et gravité du péché mortel. —Explication. — Certes, personne ne commeltrait un grave péché si Ton voulait toujours en considérer la malice et la gravité. - Considérant d'abord la malice du péché mortel, nous voyons qu'il est a) une révolte téméraire contre Dieu, une etîroyable injure faite à Dieu, notre souverain maitre, la désobéissance la jdus coupable à sa sainte volonté. La révolte contre un roi de la terre, constitue le crime de lèse-MajesIé qui est puni de sa peine de mort; quel crime ne doit-ce donc pas être de se révolter contre la majesté du roi des rois! A celui qui commet un péché mortel s'applique cette parole du Seigneur ; « Vous avez rejeté mon joug et vous avez dit : Je ne veux pas vous servir. » {Jér. 2, 20.) En vérité, c'est comme si le })écheur disait à Dieu : « Tu ordonnes, tu défends, tu promets, tu menaces. Tu me menaces de l'enfer, tu me |)romets le ciel, tu me défends le péché, tu m'ordonnes de te servir; mais je ne veux pas te servir! » Voilà comment le pécheur parle au souverain Seigneur du ciel et de la terre. — Quelle malice! — b) Le péché mortel est l'ingratitude la plus honteuse contre Dieu, notre plus

CATÉC. »'RAflÖÜE. T. 1 I. 'Id

grand bienfaiteur notre meilleur père. Tout ce que l'homme est et possède, est un don de Dieu ;et (jue fait le pécheur? Il se sert des dons de son créateur en guise de traits pour l'en blesser; il exploite ses bienfaits pour l'offenser, et les grâces de Dieu deviennent dans la main du pécheur des instruments de crimes outrageants. Quelle ingratitude! Ecoutez comment Dieu se plaint par la bouche d'Isaïe (1, 2) « Cieux, écoutez ; et toi, terre, prête l'oreille ; car le Seigneur a parlé disant : J'ai nourri des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi. » — c) Le péché mortel est U7i mépris des grâces et des mérites de notre aimable sauveur et une exécrable trahison ci son égard. « Le pécheur fait échouer ainsi toutes les vues de Dieu; il anéantit, autant qu'il le peut, les desseins et le sang du Sauveur; et rend sans aucun effet les sacrements, les grâces, la doctrine, la parole divine, les promesses et les menaces de J.-C. »[Humbert. médit.) — Le pécheur cru cifie de nouveau Jésus-Christ. « Ceux, qui ont été une fois illuminés, » écrit S. Paul {Hébr. 6, 4-6), « qui ont goûté le don du ciel, qui ont été faits participants du Saint- Esprit, qui sont de nouveau tombés, (par le péché mortel) crucifient de nouveau le tils de Dieu et l'exposent à l'opprobre. » — Hélas! qui |)ourrait comprendre toute la malice du péché mortel, cette terrible insulte faite à Dieu, puisque nous ne sommes pas en état de nous faire une idée de la grandeur et de la bonté de Dieu qui est offensé par le péché!

Sainte Catherine de Gênes

Tremblait de commettre le moindre péché. « Je ne me refuse pas, o mon Dieu, » disait-elle souvent, « à ce que, à l'heure de ma mort, lu me montres tous les esprits malins avec toutes leurs terreurs et leurs tourments : Car tout cela comparé avec la moindre offense faite contre toi, ne m'effraie nullement. Il ne peut y avoir, à proprement parler, d'of-

§ I. DU l'ÉCHF. liN (iÉNKIUI>. 4.50

(ense lôi;;ère à ton rgard, puisque ton infinie majesté b'ea trouve olïensée. »

Explication. — Examinons en second lieu la gravité du péché mortel : Dieu lui-même nous a montré de |)lusieurs manières combien il y a de malice et de gravité à l'offenser. Nous devons le reconnaître : a) par les châtiments sévères infligés aux mauvais anges et à nos premiers parents \: à cause de leurs péchés les uns lurent chassés du ciel , les autres du paradis. « Nous savons hien, » dit S. François de Sales, « qu'un seul péché mortel a changé plusieurs milliers des plus beaux anges en horribles démons ; » b) par la peine éternelle que tout péché mortel mérite. « 0 vous tous, » s'écrie le même saint, « vous tous, qui aimez Dieu, craignez et tremblez, lors même que vous n'entendez que le nom de péché mortel; car il n'y a rien que le bon Dieu haïsse et maudisse davantage. Ce n'est que pour le péché mortel que le feu de l'enfer brûle et brûlera éternellement; »c) par la passion et la mort douloureuse que le fils unique de Dieu a souffertes pour nos péchés,.

Par la gravité du remède, reconnaissez la gravité de la blessure.

Dieu a dû mourir à cause du péché; combien le péché ne doit-il donc pas être exécrable aux yeux de Dieu! Plongé dans la méditation de cette vérité, S' Bernard s'écrie: « Je n'ai besoin d'aucune autre démonstration pour connaître quel grand mal constitue le péché. Je reconnais assez par la gravité du remède la gravité de ma blessure; et comme le remède étaitsi précieux, jevois clairement combienma maladieaélé dangereuse etgrave. Or Dieu lui-même — etconsidérez ceci bien attentivement, ochrétien! — Dieu lui-même, le Dieu saint et innocent a voulu souffrir dans son humanité pour ces péchés, dont nous faisons si peu de cas, pour ces plaisirs, que nous nous accordons si facilement; Dieu lui-même a voulu se livrer à la mort, à la mort ignominieuse de la

ÀtiO DE LA THANSr.riKSSION DES COMMANDF.MENTS.

oroix! n et S' Thomas de Villeneuve dit: « Si vous me placez en (ace de mille enfers, je ne tremblerai pas autant devant eux, que lorsque je vois que pour nos péchés Dieu luimême est mort, que Jésus-Christ, son fils bien-aimé, compté parmi les larrons, subit la mort la plus affreuse. »

{Gr. Cat. 14« q.)

Suites du péché mortel. — Explication. De même cjue Dieu a disposé la nature de la semence du chardon, de manière qu'elle ne produit ni roses, ni œillets, ni lis, mais des chardons seuls, de même il a voulu, dans ses dispositions providentielles, que le mal eût, non pas de bonnes suites, mais des suites mauvaises. En vérité, le péché mortel est le malheur de l'homme; en effet 1) il nous sépare de Dieu, nous prive de son amour et de son amitié; tout péché est en quelque sorte un glaive qui eou|)e le lien entre Dieu et l'homme et fait au pécheur une blessure qu'il conserve toute sa vie; il nous sépare de Dieu, la source de notre propre salut. Et que la suite en est malheureuse: une âme sans Dieu, une âme séparée de Dieu! « Vous pleurez le corps, » écrit S. Augustin, u dont l'àme s'est séparée, et vous ne pleurez pas l'âme, tiont Dieu s'est séparé? » {Serm. 9.) 2) // défigure en nous r image de Dieu et nous fait perdre la paix de la conscience. « La lèpre la plus honteuse, » dit S. Chrysostôme, « c'est le péché mortel. D'abord il déligure le corps , puis l'âme. » Ailleurs il dit encore« Le pécheur n'est pas heureux; le sommeil est sans douceur pour lui, puisqu'il a peur et qu'il tremble; la nourriture elle-même ne lui goule pas ; la conversation de ses amis ne l'égaie pas et ne saurait lui enlever son mal; » car ajoute S. Ephrem, ■c il est toujours poursuivi par le témoignage accablant (le sa conscience; il fuit le regard des autres et il hait sa propre noirceur. » (1 n'est donc (pie trop vrai, ce proverbe: « Il n'y a i>as de repos pour celui qui persévère

§ I. DU l'ÉCriÉ EN Gt^NÉRAL. 46i

dans le péché. » — 3) // nous enlève tous nos mérites et notre droit à Vhéritage au ciel, nous attire le jugement de Dieu et enfin la damnation éternelle ;l\ ce sujet nous lisons dans le livre de Tobie (12, 10.): « tous ceux qui commettent le péché et l'iniquité, sont ennemis de leur îime;» car, «rr^niequi pèche doit n^'H-ir. »{Ezech. 18,90.) Heins! que le péché "ond malheureux! 1' prive l'homme de tous ses mérites et le rend pauvre devant Dieu ; « Il ressemble dit S. Basile, « au marchand qui, après avoir amassé des richesses immenses et échappé heureusement aux dangers de l'océan, approche du port, mais vient malheureusement faire naufrage et perdre tout ce qu'il a, en vue de sa patrie tant désirée. » En vérité, S. Pdipert a raison, lorsqu'il dit : « Le péché mortel ressemble à un cavalier furieux qui pousse son cheval, (le pécheur) de l'épéron et du fouet à sa perte. »

Exemples tirés de la Bible.

Nous pouvons voir par plusieurs exemples tirés de l'Ecriture sainte, combien d'inquiétudes intérieures pendant la vie et quelle fin malheureuse à la mort le péché mortel nous réserve. Après qu'Adam eut commis son péché, la conscience lui fit les reproches les plus amers et ne lui laissa plus aucun repos. — Quels horribles tourments de conscience ne souffrit pas l'impie Caïn, après qu'il eut tué son frère Abel ! — Le roi Antiochus vivait dans le péché, et dans son orgueil il méprisait Dieu. Mais quelle fut la fin de sa vie coupable? Tl tomba de son char, et dans sa chute il se fit de graves blessures. Les suites de cet accident furent que du corps de ce roi impie sortit une énorme quantité de vers et que sa chair tomba en pourriture, au point que personne ne pouvait en supporter la puanteur. C'est ainsi que ce prince mourut misérablement sans avoir obtenu miséricorde auprès de Dieu. (2 Mach. 9, 13.) — Judas tomba dans le désespoir après avoir péché et se pendit. — Et quel malheureux sort ultendaii le mauvai:^> riche dans l'éternité? sur la terre il

Üii DE I,A TRANSGRESSION DES COMMANDEMENTS.

vivait dans l'abondance et la volupté, et dans l'éternité il est en proie à d'incroyables tourments, au point qu'il soupire après une seule goutte d'eau pour pouvoir élanclier sa soif brûlante. Voilà les tristes suites du péché.

Le miel du péché.

Dans un ancien ouvrage intitulé: Le ver de la conscience (!e D'-ni de l'auteur est Zehnlncr) il est fait mention d'un prince allemand qui ménagea un jour à lui et à ses convives un singulier spectacle. Dans les souterrains de son château, il gardait un ours qui était assez bien apprivoisé; après le repas il fit amener cet animal féroce et placer devant lui un plat rempli de miel bouillant. La farce était, vu les mœurs grossières du temps, passablement cruelle. Car chaque fois que la bête maladroite cherchait ù lécher son mets favori, elle se brûlait la langue et la gueule. Malgré toutes ces souffrances, l'ours ne pouvait ou ne voulait cependant pas en démordre; au milieu de hurlements de douleur, et avec une rage plus farouche que grotesque il continua à vider la douce mais brûlante portion. La plupart des convives eurent le courage de contempler cet étrange spectacle sans soupçonner qu'il représentait d'une façon assez exacte leur propre histoire; car les anges et leur reine virginale sont témoins de ce spectacle lugubre, qui excite le ricanement des démons, chaque fois que quelqu'un goûte à la coupe empoisonnée du péché où, croyant trouver la douceur, il ne trouve que le feu brûlant de l'enfer ; une fois qu'il en a goûté il ne peut plus s'en séparer, quoiqu'il sacrifie aux flammes dévorantes ses forces, son esprit, son honneur, sa félicité, sa foi, sa vie spirituelle et sa vie éternelle, et que de celte manière il passe ses misérables jours entre les sauvages voluptés et les hurlements de douleur, entre le faux, amour et les accès de rage, entre la débauche et le désespoir. Voilà donc le miel du péché. La douceur remplie de fureur et de désolation, l'agréable misère de ce monde, l'enfer anticipé.

Une image frappante du péché.

Une antique légende rapporte que Ninus roi d'Assyrie, ce-

§ I DU l'ÉCHF, EN GÉNÉRAI.. 463

danl aux pressantes sollicitations de son épouse favorite, Sémiramis, lui accorda un jour pour le court espace de vingtquatre heures, l'administration complète et illimitëe du pouvoir, de tellesortequ'à tous ses vasseaux il recommanda sous peine de mort l'obéissance la plus stricte h ses ordres. A peine Sémiramis fut-elle en possession ce cette souveraineté, que, sans tard.r, elle se mit à fain de son propre chrf, de grands changements ibns la royaume; ensuite elle ordonna à ses satrapes et à ses satellites de se saisir du roi Ninus et de lui trancher la tête, afin de pouvoir gouverner seule. Image frappante de la puissance dévorante du péché, une fois qu'il réussit à dominer.

La fin du pécheur.

Bien que maintefois le pécheur soit heureux en apparence, cependant le châtiment divin ne se fait pas attendre. — Dieu agit souvent avec les pécheurs de la même manière que l'empereur romain Héliogabale. Quelques Romains avaient tramé une conspiration contre lui; il en est instruit à temps, mais ne faisant semblant de rien il invite à dîner, comme par hasard, tous les conjurés et les traite avec un luxe impérial. Dès que le repas est terminé, l'empereur se lève subitement, quitte la salle et celle-ci est hermétiquement close. Peu après la voûte de la salle s'ouvre pour laisser tomber sur les convives une multitude de roses. Cela leur parut à tous une farce amusante, une vraie fête de roses. Mais peu à peu cette pluie de fleurs les inonde et les accable tellement que la plaisanterie prend une triste fin ; la salle se remplit de plus en plus, les murs disparaissent sous les fleurs — et les convives trouvent une mort amère sous les douces roses. — Dieu en agit souvent de même. Sur ses ennemis, c'est-à-dire sur les pécheurs, il ne répand que des roses, mais comment finit cette pluie de roses?

Comment le péché enveloppe peu à peu l'homme et l'entraîne à sa perte.

Sur les créneaux d'une tour élevée et soigneusement gardée, comme nous lisons dans les vieux livres, se tenait un pauvre

464 Üt LA Ti'.AMSüRE -blON DES CüMMA.NDEMENTS-

pribunnicr ; ses yeux se proniefiaient avec nvidité sur l'iiorizon lointain, jusqu'à ce que fatigué de cette exploration, il laissât tomber sa vue sur les objets qui se trouvaient sous lui ; il découvre au pied de la lour un ami qui lui montre un rouleau de cordes et lui enseigne par des gestes expressifs quel usage il doit en faire plus tard. Le prisonnier comprit l'IîMi \ile le sens de ces signes muets. Ayant donc dépouillé sa tête des plus longs cheveux auxquels depuis longtemps les ciseaux n'avaient plus touché, il les noua les uns aux autres de manière à en faire une espèce de cordon qu'il descendit ensuite le long de la tour, au moyen d'un fragment de mortier durci, attaché au bout. Alors son complice, qui attendait en bas, y lia un cordon de soie de même longueur, que le prisonnier tira aussitôt à lui au moyen de sa faible ficelle de cheveux. Une fois qu'il eut la corde de soie en mains, son libérateur y lia la corde qui peu après fut solidement fixée à l'un des créneaux; et le long de laquelle le prisonnier se laissa glisser jusqu'à ce qu'il se trouvât heureusement sur le sol, en liberté. — Dans les rapports moraux de la vie, et malheureusement cela n'arrive que trop souvent, on peut montrer les mêmes faits, mais avec des conséquences tout-à-fait opposées. En effet, combien de fois n'arrive-t-il pas qu'à un fil fin et délié s'attache peu-à-peu, souvent d'une manière inaperçue et en silence, un cordon plus fort et enfin une grosse corde, mais uniquement dans le but de rendre captif l'homme juste, qui n'est pas dans l'esclavage du péché, d'envelopper de plus en plus le prisonnier et d'empêcher son évasion. Ces fils d'abord très-fins, forment par le mélange avec d'autres, un tissu de plus en plus serré et fort; image des penchants et des passions qui poussent l'esprit humain à l'insubordination, ou qui entravent et limitent son libre arbitre, dès que, s'étant livré à à des convoitises matérielles et égoïstes, il se laisse emprisonner dans les liens de leur servitude. {Viith, Mater dolo' rosa).

§ 1. nu l'ÉCIiK KN GÉNÉRAI- . 465

Par nos péchés nous fabriquons nous-mêmes notre croix.

M. T. Cicéron raconte que les anciens représentafent le péché assis sur un trône ; la tête courbée, les vertus se tenaient autour de lui, et il les jetait l'une après l'autre à terre. Or, quel est le sens de cette allégorie? Rép. Le péché chasse toutes les vertus, Tune après l'autre, du cœur de l'homme, et le rend par-li\ même malheureux, parce qu'il est impossible que l'homme soit heureux sans vertus. — Que le péché traîne réellement i\ sa suite le malheur, c'est ce que nous enseigne encore une fable de l'antiquité. « Le péché et la douleur, » ainsi raconte Platon, « portèrent un jour devant le trône de Jupiter leurs plaintes mutuelles et entamèrent une violente querelle. Mais Jupiter, pour les punir, les attacha l'un à l'autre avec des chaînes de diamant. » La morale est exprimée dans ces paroles de l'Apocalypse : « Autant l'âme a été dans les délices, autant elle trouvera de tourments et d'afflictions, » [Âpoc. 18, 7). Par conséquent, par nos péchés nous fabriquons notre propre croix.

Comparaisons sur les suites funestes du péché mortel.

« Le péché défigure l'âme du chrétien de la môme manière que la poussière souille l'habit d'un homme; et, de même qu'on chasse la poussière de l'habit au moyen de la verge, ainsi Dieu fait sortir le péché de l'âme de l'homme au moyen de châtiments et de coups de verge. » {S. Basile) « Quei chagrin ne causerait pas à une belle jeune lille une maladie qui la rendrait difforme, au point que son propre père ne la reconnaîtrait plus, que son fiancé la mépriserait, et qu'elle serait regardée comme la plus laide de tout le voisinage ! L'âme est tout aussi malheureuse et défigurée par le péché, au point que Dieu ne reconnaît plus en elle son image, qu'elle est méprisée par Jésus-Christ son époux, et que tous les anges et les saints n'en font plus de cas. j>(S. Bonavent. Serm. 122}.

A un humble arbrisseau revêtu de belles feuilles d'un vert sombre, pend un fruit oblong, dont le rouge magnifique surpasse le pourpre et l'écarlate. Ce fruitsuperbe, qui réjouit

i6(» DE LA TKANSGREsSiON DF.S COM'lANDBMENTS.

les yeux, fait aisément naître le désir de le goûter. Mais en le mangeant, il produit aussitôt dans la bouche une saveur brûlante comme du feu, et il peut même occasionner la mort. — Ce fruit, qu'on nomme le poivre de Cayenne, est une image saisissante du péché qui nous attire par son apparence trompeuse, nous fascine par son rire agaçant, et nous entraîne à des plaisirs défendus. A peine commis, le péché nous ravit le doux repos, jette dans notre conscience un feu dévorant, y engendre un ver rongeur, et apporte à notre âme la douleur et la mort. » (Philolhéc),

« Le péché déprime les hommes vers la terre, c'est un fardeau excessivement lourd à porter; il pèse sur l'homme comme du plomb et entrave ses efforis pour s'élever; il oblitère son jugement; il abaisse les regards de son esprit vers la terre et il éloigne de Dieu toutes les aspirations de l'homme {S. Chrysost.).

« Le péché ressemble, à un champignon, qui est rouge comme de l'écarlate et paraît orné de perles blanches, mais qui par sa belle apparence cherche à tromper les hommes. » {S. Franc. Sal.)

d. De même qu'une seule gelée blanche suffit pour faire pencher vers la terre toutes les belles fleurs du printemps, ainsi un seul péché mortel sufht pour gâter en une fois toutes nos bonnes œuvres et nos mérites. » [Idem.)

« L'homme en état de péché mortel ressemble à Samson réduit en captivité. Les yeux de l'esprit lui ont été arrachés par ses ennemis; il a perdu sa force surnaturelle (sa chevelure spirituelle) et jour et nuit il doit] tourner la meule de ses ennemis. II est devenu le jouet de ceux-ci: ils le tiennent enchaînés entre les deux colonnes de la nature corrompue, la crainte et la convoitise, et se moquent de sa détresse. Comment peut-il se sauver? De la même manière que Samson dans sa détresse : en invoquant le Seigneur afin d'obtenir de nouveau ses forces perdues, en renversant ces deux colonnes qui soutiennent l'édifice dans lequel ses ennemis triomphent, c'est en se mortifiant lui-môme et en écrasaut les ennemis de son salut. » (Grasset.)

§ 1. DL rÉCIIÉ EN GENERAL. 467

(Gr. Cui. lo« q.) Nous devons aussi éviter les péchés véniels. — Explication. — Qu'il ne nous suffise pas d'éviter uniquement les péchés graves, nous devons également éviter avec le plus grand soin jusqu'aux péchés véniels; en effet 1) le péché véniel est égalemeyit un outrage fait à Dieu, et par conséquent c^est le plus grand mal après le péché mortel. S. Basile écrit : « Si le Seigneur dit que les hommes rendront compte au jour du jugement de toute parole oiseuse qu'ils auront prononcée {Matth. 12, 36.), on ne peut absolument rien regarder comme de peu d'importance; car quiconque méprise une chose, sera méprisé par elle. Qui oserait nommer le péché une bagatelle, lorsque l'Apôtre dit : « que par la transgression de la loi vous déshonorez Dieu? » {Rom. 2, 23.)

Le péché véniel et les larmes de pénitence.

Le célèbre solitaire d'Egypte, Macaire, étant encore enfant, avait un jour, en compagnie d'autres enfants, volé des figues, et n'en avait mangé qu'une seule. Cependant il reconnut bientôt ce que c'est d'offenser Dieu, même par le plus petit péché; il se repentit de cette faute d'enfance avec tant de douleur qu'il la déplora pendant toute sa vie.

2) Le péché véniel affaiblit la vie de famé, comme une maladie affaiblit le corps, et diminue le nombre des grâces. « Le péché mortel peut être comparé à la mort, » dit S. Laurent Justinien, « et le péché véniel à une maladie. Par le péché mortel, la cognée est mise à la racine de l'arbre, par le péché véniel l'écorce est pour ainsi dire entamée, ce qui rend l'arbre malade. » Et S. François de Sales écrit ; « Le péché véniel ne nous détourne pas précisément tout de suite du chemin qui conduit à Dieu; mais il peut cependant nous arrêter dans ce chemin. »

468 1>E LA THANSiRtSSlU.N UES COMMANDEMENTS.

3) Le péché véniel entraine aussi à sa suite une foule de châtiments de la part de Dieu, savoir des châtiments temporels, soit dans cette vie soit dans l'autre. Nous savons en eflet, que rien d'impur ne peut entrer au ciel, etcju'un jour nous devrons rendre compte, même de toute piirole oiseuse. [Matth. 12, 36.)

Exemples tirés de la Bible.

Dieu châtie souvent de peines très-fortes les péchés légers en apparence. — Les Bethsamites furent frappés de mort, parce qu'ils s'étaient permis un regard indiscret sur l'arche d'alliance; un Israélite fut lapidé par ordre de Dieu, parce qu'un jour de sabbat il avait ramassé un peu de bois; la sœur de Moïse fut couverte d'une lèpre hideuse et chassée du camp Israélite en punition d'un sentiment de jalousie, d'un murmure contre le saint législateur; Moïse lui-même, pour une simple défiance, fut condamné à ne voir que de loin la terre promise; David, en punition d'un mouvement de vanité, vit 70,000 de ses sujets enlevés par la peste; — ces châtiments aussi soudains que terribles, sont les preuves de la justice divine contre un péché qui nous paraît souvent une bagatelle!

4) Enfin le péché véniel nous conduit peu à peu à de grands péchés ; en effet, « celui qui est intidèie dans le» petites choses, l'est aussi dans les grandes. » {S. Luc. 16, 10.) « Evitez les petits péchés! » nous dit S. Chrysostônie, « car ils en produisent de grands. » Examinons, par exemple, une jeune fille vaine et coquette; elle commence par se parer d'une manière exagérée; de la \anité dans les habillements, elle en vient à fixer ses regards sur tous les objets sans distinction. La liberté des regards excite dans son cœur une inclination qui peutêtre dans le commencement n'est pas coupable, mais qui néanmoins n"est (jue trop tendre et trop dangereuse. Celte inclination dégénère peu à peu ; il vient s'y joindre des ruses diaboliqties, el enfin on en arrive à fouler aux

§ 1. Ul l'KCHÉ IvN OLNÉUAL. 46i>

pieds la fleur de la virginité. Voyez comment par des péchés véniels on décline et on tombe enfin dans l'abîme. {Scarameîli.)

L'accroissement du péché dans le cœur.

Sur le nionl de la Table, près du Cap de Bonne-Espérance, se montre quelquefois, au milieu du ciel le plus serein, un petit nuage solitaire. Dès que le navigateur qui fréquente ces mers s'en aperçoit, il se hâte de gagner le port et le voyageur s'élance dans la première hutte de palmiers qui s'offre; c'est que ce petit nuage grandit subitement avec une vitesse si étonnante, qu'au bout de quelques heures tout le ciel en est couvert et qu'il détruit sans ressource tout navire qui se trouve en mer. Sur terre c'est une épouvantable tempête qui éclate, le vent furieux mugit, et dans sa rage il broie des forêts entières, renverse le voyageur attardé, le précipite des rochers et des montagnes, à moins qu'il ne se couche sur le sol. — C'est ainsi que dans le cœur humain, une petite inclination coupable, en apparence presque innocente, se développe, grandit et devient un vice; telle est du reste la marche des péchés véniels, aboutissant enfin à des péchés mortels. Par conséquent, soyez sur vos gardes, si le petit nuage du péché véniel se lève dans votre cœur !

Comparaisons.

« une étincelle de feu, quelque petite qu'elle soit, quand elle tombe sur une matière inflammable, doit être éteinte sur le champ; de même, on doit étouffer le mal, quelque léger qu'il soit, dès qu'il se montre dans notre âme; car si nous le laissons grandir, comme le feu il nous consumera entièrement et causera notre ruine. » {S. Jérôme.)

a Gardons-nous des petites souillures de l'âme! Si l'on ne prend pas attention à la poussière, si on la laisse s'accumuler sur un vêtement et qu'on ne l'ôte pas, elle s'y adhérera et le gâtera. » (S. Isidore.)

« Du petit provient le grand. Comme dans la semence se trouve le germe du fruit, ainsi dans de petites fautes se trouve

470 DE L* TRAN3GKESS10> UKS COMMANDEMENTS.

le germe de grands vices ; comme les gros nuages orageux proviennent de vapeurs insignifiantes, ainsi les grandes fautes proviennent de petits péchés. Donc, ne badinez pas avec le péché léger, il ressemble à la vipère sous les fleurs, qui vous pique dès que vous vous en approchez. » {Munch.)

« Les maisons ne s'effondrent pas en un moment. La ruine commence par quelques gouttes d'eau qui peu à peu font pourrir la charpente de l'édifice, puis s'infiltrent dans la maçonnerie, qu'elles ramollissenletqu'elles détruisent enfin jusque dans les fondements; or, il arrive ainsi que le bâtiment entier devient caduc et s'effondre en une seule nuit. Par la pourriture continue, la cliarpenle s'affaisse et la maison menace ruine. Parce que dès le commencement, quand le dommage était encore léger, on n'a pas raccommodé la maison, ni réparé le toit pour empêcher la pluie de s'infiltrer, en punition de celte négligence, on trouve un beau matin la maison écroulée, — C'est de la même manière que les hommes en viennent à commettre des fautes graves et à finir leur vie dans de grands péchés. D'abord nos petites inclinations favorites et nos passions, pareilles à des gouttes d'eau, trouvent accès dans notre cœur, le pénètrent graduellement, ramollissent et affaiblissent les forces de notre âme, et c'est ainsi que tout l'édifice tombe en ruines, parce qu'au commencement, lorsque le dommage était encore léger on ne voulait pas y remédier, et qu'on négligeait d'arrêter quelques gouttes d'eau. » {S. Cassien.)

Pratique. Méditez cette grande vérité, que S. Chrysoslome énonce {hom. de Anna.): « Le péché procure un plaisir qui ne durequ'uninslant et unedouleur qui dure éternellement. » C'est pourquoi fuyez le péché comme un serpent venimeux! Je vous dis avec le sage Tobie (4, 6, 23): « Mon fils! Ayez Dieu dans votre cœur tous les jours de votre vie et gardez-vous de céder jamais au péché.... il est vrai que nous menons une vie pauvre; mais nous avons beaucouj) de biens, jiourvu que nous

§ 11. DES DIFFÉRENTKS KSPKC.KS 1)K PÉCHÉS. 471

craignions Dieu, que nous fuyions le péché et fassions le bien. »

Horreur du péché.

S. Philippe de Neri avait une patience incroyable avec les jeunes gens, afin de les éloigner du péché, et quand ils se rassemblaient en groupe jusque devant sa cellule pour y faire leurs jeux bruyants, il y prenait son plaisir et s'amusait avec eux. Un jour le tapage était tellement grand que quelques pères de la maison s'en plaignirent; mais le saint répondit: « Laissez leur dire ce qu'ils veulent; continuez seulement à jouer et à vous amuser; je ne désire qu'une chose de vous, c'est que vous ne péchiez pas. » Quelquefois il jouait lui - même à la balle avec eux, devant sa cellule, afin de leur oter l'occasion d'aller quelqu'autre part où peut-être ils auraient pu pécher. Un jour, un homme de distinction ayant exprimé au saint son étonnement de ce qu'il savait supporter ces jeux bruyants et ces cris des enfants, il lui répondit : « Pourvu qu'ils ne commettent pas de péché; pour le reste, je puis tout supporter, quand même ils couperaient du bois sur mon dos. {Philolée).

§ 2. Des différentes espèces de péchés.

(Gr. Caf. 16«-1 9« g.)

Les différentes espèces de péchés et les sept péchés capitaux. — Explication. Nous allons parler maintenant des espèces particulières de péchés, qui sont: i) les sept péchés capitaux, 2) les six péchés contre le Saint-Esprit, %) les quatres péchés qui crient vengeance au ciel, 4) les neuf péchés d'autrui. — Nous les passerons en revue dans l'ordre qui précède et nous traiterons d'adord des sept péchés capitaux qui sont: i) L'orgueil, 2) l'avarice 3) la luxure, 4) l'envie, 5) la gourmandise, e) la colère, 7) la paresse. On les appelle péchés capitaux, parce que chacun de ces péchés est la source de plusieurs autres, ou parce

i,l DE LA TRANSCiRESSlON Dtb COMMANDEMENTS.

(jue les autres péchés sortent de ceux-ci comme d'autant de sources. De même que la tête conduit le corps et lui donne le mouvement, de même les péchés capitaux im- ()riment le mouvement à Tâme pour commettre les autres péchés. Ils sont presque toujours péchés mortels^ parce (jue ordinairement, en les commettant, on manque à l'un ou l'autre devoir grave envers Dieu, envers soi-même ou envers le prochain, ou, comme dit S.Grégoire:« parce qu'on pèche d'une manière grave contre l'âme et d'une manière grave contre le corps, « contre le corps jtar la luxure et la gourmandise, contre l'âme par l'orgueil, l'envie, l'avarice, la colère et la paresse.

{Gr. Cat. 20«^ q.) i) V orgueil. — Explication. On pèche par orgueil lorsqu'on s'estime d'une manière déréglée, qu'on ne donne pas à Dieu l'honneur qui lui est dû et qu'on méprise son prochain. «L'orgueil est la passion qui cherche unefausse élévation, »dit S. Augustin; « en effet, on s'érige en quelque sorte soi-même comme le principe de tout, et l'on abandonne l'éternel principe. Dieu, à qui le cœur doit être attaché. » De là résulte que le premier péché capital traîne à sa suite un cortège d'autres péchés, des maux temporels et éternels. « L'orgueil, « dit S. Grégoirele-Grand, « est le chef et le loi de tous les péchés. Les enfants qui lui doivent en particulier le jour comme à leur père, sont: la désobéissance, la vanité, l'hypocrisie, la division, l'opiniâtreté, la discorde et l'indiscrétion. » S. Bernard, de son côté, écrit: « De l'orgueil naissent: la contiance en soi, le dédain de Dieu, la présomption et d'autres coupables produits de l'âme, » hélas! oui, et biensouvent encore l'ambition, les (juerelles et les disputes, la jalousie, la cruauté, l'incrédulité et l'hérésie, et même la haine de Dieu. Qui pourrait énumérer toutes les tristes conséquences de l'orgueil? C'est pourquoi « au-

§ M DES l)IFFÉBE!STES r.SPÈ(;RS 1)K PKCIIES. 473

cun péché ne déplaît autant à Dieu que l'orgueil, » dit encore S. Bernard. « Il a précipité une foule d'anges du ciel en enfer et chassé les premiers hommes du paradis, » En tout temps, Dieu résisteà l'orgueilleux; et quel malheur d'avoir Dieu pour adversaire! — Tout ceci se trouve renfermé dansées paroles du sage Sirach (Ecc/e«. iO, 7, 15.) : (' L'orgueil est odieux à Dieu et aux hommes. Il est le principe de tous les péchés ; celui qui y persévère, est chargé de malédictions et finalement il est renversé. »

Exemples tirés de l'Ecriture- Sainte.

L'Ecriture-Sainte confirme cette grave et triste vérité par de nombreux exemples. Lucifer voulut être semblable à Dieu ; mais il fut précipité, avec tous ses adhérents, du ciel en enfer. — Pharaon, dans son orgueil, dit à Moïse: « Où est le Seigneur, pour que j'obéisse à sa voix? Je ne connais pas de Seigneur au-dessus de moi. » Et comment fut châtié son orgueil? Le Seigneur envoya sur lui et sur tout son royaume de terribles fléaux et Pharaon trouva enfin la mort dans les flots de la mer Rouge. — Nabuchodonosor, roi de Babylone, se laissa aller, par suite de ses heureuses conquêtes, à un orgueil eff'réné; mais bientôt le châtiment de Dieu l'atteignit. Il fut frappé de folie et vécut longtemps au milieu des animaux de la forêt. {Dan. 5.) — Holoferne, le général de Nabuchodonosor, soumit les peuples l'un après l'autre, et devint lelleaient fier de ses victoires, qu'il exigea qu'on honorât son roi comme un Dieu; mais bientôt son orgueil fut humilié. L'héroïque Judith lui coupa la tête, [Judith. {"5.) — Aman, dans son orgueil insatiable, voulut qu'on pliât les genoux devant lui; mais il expia son orgueil et sa soif de vengeance par le gibet. {Esth. 7.) — Le roi des Juifs, Hérode Agrippa, ■ parut à une fête populaire, dans un costume resplendissant d'or et prononça un discours. Ensuite il entendit avec une vive satisfaction le peuple qui criait: « Non, ce n'est pas un homme, c'est un Dieu qui nous parle, » Mais cinq jours

après, une horrible maladie ddvora l'orgueilleux roi qui se regardait comme un dieu immortel. « Malheur à moi ! » s'écriait-il, a je vous paraissais être un dieu, et voilà que je dois mourir. » — Qui ne connaît cet orgueilleux Pharisien qui, regardant avec mépris l'humble Publicain, priait en ces termes: « 0 Dieu, je vous rends grâce de ce que je ne suis point comme le reste des hommes, e.\r. » Quelle fut la conséquence de cet orgueil? L'humble Publicain sortit justifié du temple, mais non le Pharisien ; et c'est ainsi que se vérifie la sentence de Jésus-Christ: Quiconque s'élève, sera abaissé. » (Luc, 18, 14.)

Dieu humilie les orgueilleux.

L'empereur Cbarles-le-Gros se rendit un jour au couvent de Saint-Gall pour y demandi^r conseil à un savant religieux, qui n'était autre que saint Nolker. Dans sa suite il avait un chapelain (proprement un gonfalonier qui, dans les circonstances solennelles devait porter le labarum devant l'empereur); c'était un homme fou d'orgueil et qui méprisait les savants modestes. Un jour qu'en compagnie de plusieurs officiers de la cour il passait par l'église, il vit saint Notker, lisant dans le chœur. « Voilà, » dit-il, « cet homme pieux, qui est cité pour le plus savant de tout le royaume; venez avec moi pour voir comment je vais confondre sa sagesse; car j'ai envie de lui proposer une question à laquelle il ne saura assurément pas répondre. » Il alla donc, certain de sa victoire, vers Nolker et lui dit: « Nous savons fort bien, révérend père, que non-seulement vous possédez toutes les connaissances qu'on peut acquérir sur la terre, mais aussi qu'à la source qui s'ouvre à vos pieuses méditations, vous puisez la connaissance des mystères célestes; veuillez donc nous en communiquer quelque chose, et nous faire savoir ce que Dieu fait en ce moment au ciel ? » Notker lui répondit avec un grand calme : o Voici ce que je sais à coup sûr et ce que je puis vous dire : // élèœ les humbles et humilie les orgueilleux. » Dans sa bouche celle réponse n'était pas seulement une leçon, mais encore une prophétie qui s'accomplit peu

après, puisque le lendemain, le chapelain tomba de clieval d'une façon fort ignominieuse pour lui. {Veith. La Samaritaine.)

Châtiment de l'orgueil.

La noble dame Gertrude qui habitait un magnifique château, était très-enlichéc de son haut rang. Un jour Marie, la fille d'un pauvre maçon, vint la trouver: « Madame, » ditelle, « mon père est à la mort et vous prie de venir le voir; il a quelque chose d'important à vous dire. » La dame lui répondit d'un ton moqueur; « Ce sera certes quelque chose de bien important! Qu'est-ce qu'un pauvre maçon peut avoir à me dire? Allez, je n'ai rien à démêler chez vous. » Peu de temps ai)rès, Marie revint horsd'haleine: «Madame, » s'écria-t-elle, » venez bien vite ! Votre feue mère, pendant la dernière guerre, a fait cacher dans les murs une grande somme d'or et d'argent. Mon père a reçu l'ordre de votre mère de ne le dire qu'à vous seule lorsque vous auriez vingt ans. Voilà qu'il va mourir et il ne peut attendre plus longtemps. » Dame Gertrude se hâta tant qu'elle put ; mais quand elle entra dans la chambre, lebrave hommevenait d'expirer. Presque folle de frayeur et décolère, elle fit démolirplusieurs murs en difiérents endroits, mais ne trouva aucune trace de trésor; elle se repentit toute sa vie de sa conduite hautaine, car par là elle avait attristé un brave homme à ses derniers moments, et elle s'était privée d'un grand trésor.

Comparaisons.

« Il arrive à l'orgueilleux ce qui arrive à une balance. Quand l'un des plateaux descend, l'autre s'élève. Celui qui s'élève maintenant, sera rabaissé dans l'autre monde, et réciproquement, celui qui se rabaisse maintenant, sera élevé plus lard. (S. Bernard.) »

« On se relève de toute chute, quand on invoque le Seigneur; mais celui qui est tombé par orgueil, ne trouve aucun secours, parce que, l'orgueilleux reconnaît difficilement ses torts, ou, s'il les reconnaît, parce qu'il ne recourt pas au médecin, mais qu'il veut se guérir lui-même. Il n'y

476 DE LA TRADSr.RESSlON DES COMMANDKMENTS.

a pas de médecine qui aide, quand elle-même engendre la maladie. » (S Ambroise).

« Les orgueilleux sont comme des tours qui s'élèvent fort haut dans les airs, mais qui aussi sont renversées par les ouragans. {S. Isidore).

a L'homme orgueilleux est ordinairement incorrigible; il ne veut pas avouer qu'il a manqué. ^ oilà pourquoi tou'c correction le met en colère. Il ressemble à un homme tourmenté d'un abcès douloureux ; on ne saurait toucher ce dernier du bout des doigts sans provoquer des cris de douleur. »

{Gr. Cat.^i'q.).

2) L'avarice. — Explication. On pèche par avarice quand on cherche et qu'on aime d'une manière déréglée l'or et l'argent, quand on est dur envers les pauvres. « Le nom d'avare s'applique donc, » dit S. Augustin, « non-seulement à celui qui s'approprie le bien d'autrui, mais encore à celui qui garde avidement le sien, » et qui ne donne rien au pauvre. — L'avarice est un vice abominable; en effet, comme s'exprime S. Basile, « il remplit les bois de brigands, les maisons de voleurs, les familles de mécontents, les marchés de fraudes, leà salles d'audience de faux témoignages , les réduits qu'habite l'innocence de besoin et de misère, les yeux des orphelins de larmes, le cœur des veuves de soupirs, la prison de malfaiteurs et l'enfer de réprouvés. « Oui, l'avare est capable de tout péché; il est dur envers les l)auvres et les malheureux, menteur, parjure, voleur, trompeur, plein d'inquiétudes pour tous les biens temporels; il se met au service de l'usure et delà simonie, de la trahison et même du meurtre. Delà ces paroles du sage Sirach {Ecclés. 10, 10.):« Il n'y a pas déplus grande injustice que d'aimer l'argent; car celui qui le fait, expose même son âme en vente. » S. Paul, de son côté,

§ II. BKS DIKFKRENIES ESPÈCES DE IKCHRR. 177

dit (i Tim. Ô, 0.): « (>ou\ ({iii veiiieiit (IcvL'iiir riclies, tombent dans la tentation et dans le piège, et en plusieurs désirs insensés et nuisibles, qui plongent les hommes dans le malheur et dans la perdition. » — Et quelle vie malheureuse ne mène pas l'avare! Il n'a aucun repos; toujours la soif de l'or le tourmente; il n'accorde rien ni à lui-même, ni aux autres, de sorte qu'il est inutile pour le monde et j)Our le ciel. « L'avare ressemble à un porc, » dît S. Bonaventure, « qui n'est bon à rien tant qu'il vit, mais seulement quand il meurt. Alors les démons s'emparent de l'âme de l'avare, les vers de son corps et les joyeux héritiers de ses richesses. » Voici comment S. Chrysostôme dépeint l'avare : « L'avare est le gardien et non le possesseur de ses trésors; le valet et non le maître de son argent. 11 aimerait mieux donner àquelqu'un un morceau desa chair que la moindre partie de son trésor enfoui, et il le surveille avec tant d'inquiétude qu'on croirait que quelqu'un lui a sévèrement défendu d'y toucher. »

Exemples tirés de la Bible.

Que l'avarice est un mal funeste! Aclian, obéissant à son avarice, avait, malgré une défense expresse, enlevé du butin un beau manteau rouge, deux cents sicles d'argent, et un lingot d'or du poids de cinquante sicles, et il avait caché tout cela en terre. C'est pourquoi il fut lapidé et tout ce qu'il avait fut brûlé. {Josué, 7). — Le roi Achab et son épouse Jésabel tentèrent, par avarice, de s'approprier la vigne de Naboth. A quel crime ne se laissèrent-ils pas aller dans ce dessein 'Mis firent faussement accuser l'innocent Naboth, le laissèrent condamner et lapider (3. Rois, 21). — Giezi, le , serviteur du prophète Elisée, désirant obtenir de beaux habits et de l'argent, trompa par avarice le général d'armée du roi- de Syrie, Naaman, et mentit au prophétie C'est pourquoi il fut frappé de lèpre. — Judas se laissa séduire par l'amour de l'or jusqu'à trahir son seigneur et son maître et à le ven-

tJre ä ses ennemis; les suites de ce furlait — qui ne les connaît? — Ananie et Saphire retinrent, par avarice, une partie (^e leur fortune, et néanmoins ils avouaient avoir livré tout l'argent. Ils furent frappés l'un et l'autre d'une mort subite. (Ad. des Ap. 5).

Suites de f avarice et de l'envie.

Trois hommes voyageaient ensemble ; ils rencontrèrent un trésor et ils le partagèrent ; ils continuèrent leur route en s'entretenant de l'usage qu'ils feraient de leurs richesses. Les vivres qu'ils avaient portés étant consommés, ils convinrent qu'un d'eux irait en chercher à la ville, et que le plus jeune se chargerait de cette commission ; il partit.

Il se disait en chemin : « Me voilà riche, mais je le serais bien davantage si j'avais été seul quand le trésor s'est présenté. Ces deux hommes m'ont enlevé mes richesses : ne pourrais-je pas les reprendre? Cela me serait facile, je n'aurais qu'à empoisonner les vivres que je vais acheter; à mon retour je dirais que j'ai dîné à la ville; mes compagnons mangeraient sans défiance, et ils mourraient : je n'ai que le tiers du trésor, et j'aurais tout. » — Cependant les deux autres voyageurs se disaient : « Nous avions bien affaire que ce jeune homme vint s'associer avec nous : nous avons été obligés de partager le trésor avec lui; sa part aurait augmenté les nôtres est nous serions véritablement riches : il va revenir, nous avons de ions poignards. » Le jeune homme revint avec des vivres empoisonnés ; ses compagnons l'assassinèrent ; ils mangèrent et moururent, et le trésor n'appartint à personne. (Morale en action.).

L'acare à son lit de mort.

S'-Bernardin raconte l'histoire suivante : « Un richard fit apporter devant lui, pendant sa dernière maladie, son argent et ses autres trésors, puis il leur parla ainsi d'un air triste : « 0 mes écus, 6 mes trésors! Voyez, je meurs! Venez-moi donc en aide, je vous en supplie, venez-moi donc en aide, mes écus ! Devrai-je réellement vous quitter, mes chers tré-

sors! » Après cela il les palpait, les caressait en Inirlanl : « Mes écus hélas! mes écus ! » Enfin s'emparant d'un gobelet d'argent, il y mordit avec rage et rendit son âme à l'éternilé. C'est cet homme et plusieurs de ses pareils que Jésus avait en vue, lt)rsqu'il disait : » « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. »

Le duc de Montmorency.

Le duc de Montmorency, pour inspirer au jeune duc d'Enghien, son neveu, le mépris des richesses, lui donna une sage leçon. En allant dans son gouvernement, il passa par Bourges, rendit visite à ce jeune seigneur, qui y faisait ses études, et lui donna une bourse de cent pistoles pour ses menus plaisirs. A son retour il le vit encore et lui demanda quel usage il avait fait de cet argent. Le duc d'Enghien lui présenta sa bourse toute pleine. Que de parents auraient loué la rare abstinence de leurs enfants en pareil cas! Mais le duc de Montmorency pensait bien plus noblement; il prit la bourse, jeta l'argent par la fenêtre et dit à son neveu : « Apprenez, monsieur, qu'un aussi grand prince que vous ne doit point garder d'argent ; puisque vous ne voulez point l'employer à jouer, il fallait en faire des aumônes et des libéralités. L'avarice, qui est si hideuse dans les particuliers, est encore plus horrible dans un prince. » {Morale en action).

Une sage économie n'est pas de V avarice.

Gallus, le dernier abbé du couvent des Bénédictins de Banz, était tellement bienfaisant, qu'il était presqu'avare envers lui-même, afin de pouvoir largement secourir les indigents. Un jour son domestique s'aperçut que son vénérable maître avait grand besoin d'une nouvelle soutane et d'un nouveau chapeau, vu que l'une et l'autre étaient plus usés qu'il ne convenait à sa dignité. « Le vieux chapeau est bon pour moi, « répondit-il ; » de plus je suis déjà vieux, et à la place d'une nouvelle soutane, l'ancienne fera encore son service, si on la retourne. « — Le même jour il donna à une pauvre fa-

iiiilli* (lu voisinage quarante florins, pour acheter une vache, et ù un parent pauvre trois cents florins pour doter sa fille. Il chargea un jour son confrère d'autrefois, M. Schatt, (depuis longtemps le couvent était supprimé, et Gallus vivait de sa pension) de lui acheter à Bamberg une chaîne de montre en or de six carlins. Mais quelques jours après il lui écrivit • « Ma conscience n'approuve pas mon désir : le luxe doit cédera la nécessité; donc, pas déchaîne d'or, mais du pain pour les pauvres! J'ai acheté pour six carlins de pommes de terre, et à cet effet j"ai envoyé mon cocher à Gieszbach pour aller les y chercher. J'aime mieux continuer à voir mon cordon de montre tout usé que les visages des pauvres creusés par la faim et le chagrin. »

Comparaisons.

L'avarice ressemble au vieux levain ; par tout où on le jette, dans chaque maison où il arrive, il rend tout sale et malpropre : quand même vous n'auriez acquis que peu de chose par avarice et par injustice, elle infectera tous vos trésors et (pareille au levain) elle les aigrira; plus d'une fois même, l'avarice pratiquée d'une manière légère, a dévoré le bien injustement acquis. {S. Augustin.).

« L'avare est semblable à une baleine, qui dévore les autres poissons; c'est ainsi que l'avare ruine ses frères. » [Hugues Cardin.).

« L'avarice n'est jamais rassassiée. Il lui manque, » dit un père du désert, » ce qu'elle a et ce qu'elle n'a pas. Elle n« veut pas user de l'un et ne peut pas user de l'autre. »

« L'avare est un idolâtre; il consacre à son or tous les soins et toutes les pensées de sa tête toujours inquiète; il lui sacrifie toutes ses réflexions et ses aspirations, oui, il lui sacrifie même toute la sueur de son front; et qui plus est, il lui immole son âme et son salut, ici et dans l'éternité. > (TertuU.)

« Les vieux avares peuvent-être comparés au voleur qui, devant être pendu demain, vole encore la veille au soir. Si on lui demande pourquoi il a fait cela, il répond ; pour avoir

Il satisfaction d'être maître de l'argent d'autrui, seulement pendant une nuit. » {Thomas Monis.).

<a L'avarice ressemble au feu ; plus on lut donne à dévorer plus il veut avoir. » [Le même.),

{Cr. du. 22= q.).

3) La luxure. — Explication. — On pèche par luxure, lorsqu'on se permet des pensées, des désirs, des paroles ou des actions qui blessent la sainte vertu de chasteté. — Ce péché abominable à les suites les plus funestes et les plus tristes. Nous ne mentionnerons que les suivantes : Perte de la santé du corps, aveuglement de l'esprit, endurcissement du cœur, oubli de Dieu et souvent impénitence finale et damnation éternelle. [Voijez le sixième commandement de Dieu.).

{Gr. Cal. 23« q.)

4) L'envie. — Explication. — On pèche par envie lorsqu'on est jaloux du bien qui arrive à son prochain, qu'on éprouve de la peine quand il a des succès, et de la joie quand il a du malheur. « L'envie, » dit S. François de Sales, « est à proprement parler une douleur ou une peine d'esprit causée par le bien-être du prochain, parce- (ju'bn se figure que notre propre bonheur est diminué par-là, » Que l'envie est un péché détestable! «En effet, porter envie à notre prochain à cause de sa vertu ou de son bonheur c'est haïr en lui les mérites ou les bienfaits divins, c'est faire tourner à notre proj)re détriment le bien d'autrui, se chagriner à cause des richesses, de la noblesse,nous faire une peine de l'honneur qui revient à autrui et placer en quelque sorte sur notre poitrine des génies malfaisants qui déchirent les chairs jusqu'aux entrailles. » (S. Cypr.) L'envie est un vice réellement diabolique; c'est pourquoi, dans le livre delà sagesse(2,2i- 25.) nous lisons : « C'est par l'envie du démon que la mort

CATÉC. l'IlATiyilE. T. II. . '21

est entrée clans le momie; et ceux (jui l'écoutent l'imitent. »Et S. Basile écrit :« L'envie est un vice insupportable, c'est un enseignement du serpent, une invention des mauvais esprits. » — Ce vice abominable est également très-pernicieux ; car i'I cause la ruine de celui qui en est atteint. « L'envie et la colère abrègent les jours de la vie, » dit le S9ge Sirach (30, 26.), » et dans les Proverbes : 14, 30.) il est écrit : « L'envie ronge les os. « « Elle consume le cœur, fait dépérir le corps, tourmente l'esprit, trouble le repos de la conscience, remplit toute la vie de chagrin et de tristesse et chasse toute joie de l'âme. Comme le ver dévore le bois même, auquel il doit son existence, ainsi l'envie ronge le cœur même qui lui a accordé l'entrée. [Louis de Gren.)

L'envie cause également la ruine dû prochain ; elle ne produit partout que malheur et ruine; elle fait naitre l'ingratitude et les murmures contre Dieu, l'aveuglement et la calomnie, la haine, la soil' de vengeance, les pièges e t la perlidie, la persécution et l'assassinat. « L'envie, » écrit S. Chrysologue, « a précipité les Anges du ciel et a chassé les premiers hommes du paradis. L'envie a souillé la terre du premier sang humain ; l'envie excita les fils de Jacob à vendre^leur frère... L'envie avait soif (horrible pensée !) du sang de Jésus et elle atteignit son but! »

Exemples tirés de la Bible.

Le démon fut le premier qui sentit les atteintes de l'envie. Il jeta un regard envieux sur le bonheur des premiers hommes dans le paradis. Il les fit tomber dans le péché et attira ainsi la mort sur eux. Delà ces paroles:« c'est par l'envie du démon que la mort est entrée dans le monde. » (Sag. 2, 23.) — L'impie Gain ayant vu que le sacrifice de son frère Abel était agréable au Seigneur, se laissa dominer par l'envie; il attira son bon frère dans la campagne, où il l'assomma. — Joseph, le fils du patriarche Jacob, était plein d'inno-

cence et d'amabilité, et pour cela il était l'enlant de prédilection de son père. Celte préférence, excita la jalousie de ses frères qui le vendirent à des marchands ismaélites. — Saiil ayant vu comment David, après sa victoire sur Goliath, était aimé et loué de tout le peuple, sentit l'envie s'allumer dans son cœur; il persécuta donc David de toutes les manières possibles, il alla même un jour jusqu'à saisir un javelot qu'il lança contre David ; mais celui-ci échappa heureusement à sa fureur. — Les pharisiens elles grands prêtres s'apercevaient avec dépit que de jour en jour le divin Sauveur trouvait parmi le peuple plus d'attachement et d'affection. C'est ce qui fit naître en eux la haine et la jalousie; et voilà comment l'innocent Jésus fut livré entre les mains de Pilate, uniquement par envie, et cç)ndamné à mort. Voyez jusqu'où va la malice et la perversité de l'envie! — Cette passion de l'envie sévissait également lorsque la synagogue persécutait le premier martyr S. Etienne. Voici ce que S. Luc rapporte à ce sujet: « Or Etienne plein de foi et de puissance, faisait de grands miracles et de grands prodiges parmi le peuple. » Mais à peine ce saint commença-t-il à s'attirer l'estime du peuple par ses miracles et la sainteté de sa conduite, que l'envie dressa sa tète parmi ses ennemis, qui se mirent à se disputer avec lui, afin de donner au peuple une preuve de son ignorance et de leur haute science. Toutefois nous savons combien ils se trompèrent; car ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l'esprit qui parlaient par sa bouche. Leur envie n'en fut que plus violente, et ils ne rougirent pas de recourir à la calomnie; ils subornèrent des hommes qui devaient dire: Nous avons entendu Etienne proférer des paroles blasphématoires contre 3Ioïse et contre Dieu. » — Ici nous voyons les envieux représentés comme dans un tableau ; d'abord ils cherchent des défauts dans leur prochain; s'ils en trouvent, ils les publient partout avec joie, et tâchent encore, autant que possible, deles exagérer; mais s'ils netrouvent rien de repréhensible, ilssont assez éhontésd'imaginer une calomnie et de la publier partout comme la vérité.

iSi DE lA TRANSGRESSION DES COMMANDEMENTS.

Les grands hommes ont des envieux.

S. Jérôme, à cause de sa profonde science et de sa grande connaissance de l'Ecriture sainte, avait beaucoup d'envieux, qui cherchaient à mettre en circulation sur son compte une foule de mauvais bruits. S. Grégoire avait également des envieux, qui persistèrent tellement dans leur calomnie, qu'ils ne se laissèrent pas même apaiser par la mort du saint. Ils voulaient en eft'et, après la mort du saint, brûler ses écrits, et auraient accompli leur funeste projet, s'ils n'en avaient été empêchés. — Ah ! si tout le monde se souvenait de cette parole de l'apôtre, qui dit: « Celui qui hait son frère est un meurtrier, et celui qui lui porte envie, est dans les ténèbres et marche dans les ténèbres. »

Funestes effets de l'envie.

Philippe , roi de France, et Richard, roi d'Angleterre ayant entrepris une croisade en 1187, s'étaient emparés de l'île de Chypre: en partant de là pour aller délivrer la Terre- Sainte des mains des Musulmans, une reine (dit un historien) se mit de la partie, et vint contrarier tous leurs desseins; cette reine était la jalousie, la discorde, l'envie. L'un ne voulait pas accorder à l'autre la gloire et l'honneur d'une bonne entreprise, d'un combat heureux, et il arriva ainsi que tous deux quoique réunis ne firent rien du tout. Si d'abord ils avaient triomphé de leur envie, ils auraient également remporté la victoire sur leurs ennemis. {Dr. Brunner.)

(V. plus baut l'exemple : Suites de l'avarice et de renvie, p. ilS.)

La paysanne envieuse.

Une paysanne possédait une belle propriété et beaucoup de bestiaux, et cependant elle portait toujours envie aux autres. i^e soir, quand les troupeaux rentraient du pâturage, elle se mettait à sa porte et se chagrinait outre mesure, quand elle voyait passer une belle vache qui appartenait à son voisin. Voyait-elle sur un champ d'autrui du beau chanvre, elle s'écriait, pleine de colère: « Tout réussit aux autres, et rien ne me réussit! » — Voilà comment elle se chagrinait et se

§ II. DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PECHES. iSîJ

tourmentait sans cesse. C'est pourquoi elle était toujours maladive; elle mourut à la fleur de l'âge d'une fièvre bilieuse, peu après qu'une de ses voisines avait hérité cent ëcus. {Rochov.)

Le garçon envieux.

Wunibaîd, le fils d'un riche propriétaire invita ses jeunes camarades WolframetEugèneàvenirdans la soirée jouer chez lui. Ilsvinrent l'un et l'autre. Alors Wunibaîd leur montra ses joujoux: des images, des soldats de plomb bariolés de couleurs, de petits verres à boire et autres objets. Devant cette exhibition, Wolfram garda le silence: son visage devint blême, etil ne manifesta pas la moindre joie. Pendant que Wunibaîd était sorti, Eugène demanda à Wolfram: « Qu'estce qui vous manque, pour avoir l'air si ennuyé? Ne trouvezvous aucun plaisir à ces beaux objets? » Walfram répondit: « A quoi me servent tous ces beaux objets.' Ils ne m'appartiennent tout de môme pas. » — « Vous pouvez cependant les voir et y prendre plaisir, » reprit Eugène. — « Non, » dit Wolfram, « Je n'éprouve que du chagrin de ce que ces joujoux soient à Wunibaîd, et non à moi, » Eugène répliqua: « Ecoutez, Wolfram, aujourd'hui vous n'êtes guère sage, vous portez envie a Wunibaîd, et l'envie est un vice détestable! »

Comparaisons sur la laideur et les suites funestes de Penvie.

« La méchanceté de l'envieux est même plus grande et plus perverse que celle du démon. En effet, l'envieux répand son venin sur ses semblables, ce que le démon ne fait pas. Celui-ci brûle d'envie contre les hommes, les hait et les poursuit; mais jamais il ne ressent de l'envie et de la hain« envers d'autres démons. Parmi les hommes, au contraire, l'un envie l'autre; semblables à des chiens furieux, ils aboient contre leur prochain? {S. Chrysost.)

« Rien ne fait plus de tort à la santé du corps que l'envie et la colère. De même qu'un ver funeste ronge la racine de la plante, ainsi la colère et l'envie rongent le fil de la vie tant

qu'il sail (lévort^r. Dans la colère, le fiel déborde, se répand dans le sang et empoisonne toutes les humeurs. L'envie produit le même effet. Ce n'est donc pas sans raison que les livres saints ont dit : « L'envie ronge les os. » Il n'est pas petit, le nombre d'hommes que la colère et l'envie ont conduit au tombeau et y conduiront encore. » (Munch.)

« Diou ferait une grande injustice à l'envieux s'il le prenait en paradis; car il mourrait de douleur, s'il voyait que d'autres jouissent des mêmes biens que lui , quisqu'il veut avoir tout pour lui seul. Voilà pourquoi l'envieux ne peut entrer au ciel. » (S. yinc. Ferr.)

« De même que Jésus-Christ dit delà charité: Voilà à quoi tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ; ainsi, le démon peut dire: voilà à quoi l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous portez envie, comme je vous ai moi-même porté envie. » {le même.)

« Qui ne connaît la chauve-souris, cet animal hideux et méprisé? Eh bien ! l'envie ressemble à cet animal, » dit S. Antoine ; en effet, la chauve-souris ne peut pas supporter la lumière du jour, elle préfère les ténèbres delà nuit; il en est de même de l'envieux qui ne peut voir son prochain dans une position heureuse ; il se réjouit plutôt des accidents fâcheux qui frappent son prochain. »

a L'envieux a aussi quelque ressemblance avec la mouche, qui dédaignant les parties saines du corps, ne se repose que sur les abcès et les plaies; c'est ainsi que l'envieux, glissant dans la conversation, sur les bonnes qualités des autres hommes, n'insiste que sur leurs défauts, afin de les déprécier aux yeux du monde. Il va plus loin encore; le bien qu'un autre fait, il tâche de le présenter, de l'interpréter comme quelque chose de mauvais. »

{Gr. Cal. W q.) 5) La gourmandise ou Vinlempérnnce dans le boire et le manrjer. — Explication. On pèche par intempérance lorsqu'on mange et boit avec excès, ou hors du temps con-

§ Tl. DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PÉCHÉS. 'iST

venable, qu'on recherche des mets trop exquis, d'un trop grand prix, ou qu'on se jette sur la nourriture avec voracité, etc. 0"> ne connaît les suites funestes de ce péché? L'Ecriture sainte nous les dépeint avec les plus vives couleurs, l'expérience nous les apprend suffisamment; l'une etl'aiîîi'e nous disent q'-e de l'intempérance naissent la di?.- :,inîion et la pauviri.!-, la ruine delà jnix et (iu bonheur domestiques, le désœuvrement, les propos graveleux, les farces et les plaisanteries indécentes, l'adultère, la luxure, le blasphème et les injures, les rixes et les batailles et même l'assassinat. « L'excès dans un repas, » dit l'Ecclésiastique, {M, 33-34.) « amendes maladies, et la gourmandise produit le choléra. Plusieurs sont mortsàcause de l'intempérance. « Dans le livre des Proverbes (23, 32) nous lisons; » Le vin s'insinue doucement ; mais à la fin il mord comme le serpent, et il répand son venin comme lebasilic. « Et ailleurs (21, 47): « Celui qui aime les festins sera dans l'indigence. » C'est pourquoi l'Apôtre donne l'avertissement suivant aux Ephésiens (5,18.):« Ne vous laissez pas enivrer par le vin d'où nait la dissolution, » et ces paroles de S"^ Augustin ne sont que trop vraies: « L'intempérance est la mère de tous les vices et la source de toutes les mauvaises actions. Elle est la racine des crimes et le principe des vices: elle trouble la tête, les sens et la parole, et se précipite sur tout le corps pour le ruiner; elle est le naufrage de la pureté, elle est la cause de la dissiî^ation du temps... elle corrompt l'âme; « car« il est impossible qu'on ait du goût pour le ciel quand on prend trop de goût au repas. » {S.Bernard.)

Exemples tirés de la Bible.

Adam et Eve nous entraînèrent avec eux dans le malheur, parcequ'ils mangèrent du fruit défendu. — C'est par la gournKindise que les Israélilc.^ dans le désert se laissèrent aller

i88 DE LA TRAî*SGRESSION DES COMMANDEMENTS.

à l'idolalrie et s'attirèrent parla les plus grands cbâiiments.

— Le divin Sauveur dit au sujet des contemporains de Noc : « Ils mangeaient et ils buvaient, » jusqu'au jour ou No6 entra dans l'arche; et le déluge vint et les perdit tous. {S. Luc. il, 27.) — Noé s'étant enivré, resta couché nu dans sa tente.

— Loth, pendant son ivresse, commit, sans le savoir, un inceste, et lui, que Sodome n'avait pas pu vaincre, fut vaincu par le vin. — C'est pendant un banquet qu'Absalon fit assassiner son frère (2, Rois, 13.) que Balthasar profana les vases sacrés que son père Nabuchodonosor avait enlevés duc temple de Jérusalem, crime qui leur attira aussitôt la vengeance divine, (Dan. 5), et qu'Hérode immola S' Jean Baptiste à sa passion. (Marc, 6.) — Holopberne, étant appesanti par le vin, eut la tête tranchée par la main de Judith. (Judith. 15.) — Et quel est le sort, dans l'éternité, du mauvais riche, qui, pendant sa vie de plaisir, avait étouffé toute compassion pour les misères d'aulrui, toute pensée de la mort et de l'éternité? (Luc. 16.)

Dans l'ivresse sont renfermés tous les vices^.

Quelqu'un ayant demandé à Frédéric IV pourquoi il haïssait si fort 1b vin et l'ivresse, il répondit: « Parce que tous les vices y sont renfermés. » (Habsbourg.)

Suites effrayantes de l'intempérance.

Voici ce que S. Augustin rapporte (Serin. 53.) : « Voyez! notre excellent et estimé citoyen Cyrille a, comme vous le savez, un fils qui ne voulait pas se corriger, et qui avait dissipé dans les orgies une partie de ses biens. Aujourd'hui ce fils dénaturé, pendant son ivresse, a terrassé sa mère enceinte ; il a voulu faire violence à sa sœur ; il a tué son père et blessé mortellement ses deux sœurs, » Que de crimes, que d'excès, dans un seul homme et dans un seul jour!

iS. François de Sales et son domestique.

S. François de Sales avait un domestique adonné au vin; un jour qu'il en avait encore pris plus qu'à son ordinaire, il Qublia de se retirer à temps, et il ne revint au palais que bien.

avant dans la nuit, lorsque toutes les portes étaient fermées, selon l'usage. Il frappa, il cria longtemps, personne ne répondit. Le Saint, voyant qu'on ne répondait point, se lève et va ouvrir lui-même à son domestique, qui, dans l'état où il était, ne savait guère ce qu'il faisait ni ce qu'il disait; il avait même peine à se soutenir. Le iSaint, touché de compassion, le conduisit par la main, le mena dans sa chambre, et porta la bonté jusqu'à l'aider à se déshabiller: ensuite, l'ayant mis tranquillement dans son lit, il se retira et alla prier le Seigneur pour lui. Le lendemain ce domestique fut en état de se rappeler que c'était le saint évêque qui l'avait reçu, et lui avait rendu tous ces services; il évitait sa présence, n'osant paraître devant lui : le Saint, au contraire, cherchait une occasion de lui parler seul. Il trouva en effet un moment, et lui dit, avec sa douceur ordinaire : « Un tel, il y a apparence qu'hier vous étiez malade; qu'en dites-vous? » Ce mot, prononcé avec une douceur ineffable, fut comme un coup de foudre qui atterra ce pauvre homme : il se prosterna devant le Saint, il lui avoua humblement sa faute, lui en demanda mille fois pardon. Il était aisé de fléchir le Saint; sa charité lui parlaittoujoursenfaveur descoupables qui reconnaissaient leurs torts. Il jugea cependant nécessaire de profiter de l'occasion pour donner des avis salutaires à ce domestique. « Je vous pardonne, » lui dit-il, toujours avec la même bonté ; « mais faites attention au triste état où vous vous mettez; il peut vous arriver mille accidents; vous pouvez tomber, on peut vous insulter: vous ruinez votre santé; mais, ce qu'il y a de plus triste, vous perdez votre âme, vous offensez Dieu, vous causez du scandale; si vous aviez le malheur de mourir dans cet état, que deviendriez-vous et comment iriezvous paraître devant Dieu?

Le domestique, touché jusqu'aux larmes et pénétré de la plus vive douleur, promit de ne plus boire de vin de sa vie. « Non, » répondit le Saint, « Dieu ne demande pas tant de vous; mais ce que je vous ordonne, c'est, durant un temps, de ne boire que moitié vin, moitié eau. A présent, mon ami, pensez à vous réconcilier avec Dieu ; allez vous confesser^

490 DE LA TnANSGREb-lO.N [)Li COMMANDEMENTS.

après vous y être saintement préparé, et, dans la suite vivez <'n bon chrétien. » Le domestique obéit, et vint se confesser au saint évêque, qu'il regarda désormais comme son père ; il lui fut constamment attaché toute sa vie, et le servit dès lors avec toute la fidélité et tout le zèle possibles; heureux d'avoir trouvé un si bon maître, plus heureux d'avoir fidèlement suivi ses avis salutaires.

Comparaisons.

a Si vous arrosez outre mesure le meilleur terrain, il sera changé en un marais d'où s'élèveront des exhalaisons malfaisantes. Il en est de même du corps; si vous le nourrissez trop bien, il deviendra semblable à un marais, qui produit les pernicieuses exhalaisons de la sensualité. » (Loh- 7U'r.)

« De même que les nuages obscurcissent le ciel, ainsi les repas trop copieux obscurcissent notre âme. Comme les ouragans jettent le désordre dans les éléments, ainsi l'usage immodéré d'aliments porte le trouble dans notre estomac, et comme les vagues détruisent le vaisseau, ainsi l'ivrognerie détruit notre âme. » ( S. Chrysol. serm. 41.)

« Trop d'eau renverse le moulin, et trop de nourriture et de boisson ruine le corps humain. Gardez donc une sévère sobriété dans le boire et le manger. » {Munch.)

<i L'ignoble rougeur du vin se change rarement sur les joues du buveur dans la noble rougeur de la pudeur. » {Idem.)

(Gr. Cal. To"' q.)

6) La colère. — Explication. On pèche par colère lorsqu'on se fâche, qu'on s'emporte injustement, qu'on se laisse aller à des désirs de vengeance, à propos d'une chose qui nous déplaît. Celui-là est donc en colère dont l'âme se laisse dominer par un mouvement impétueux ;i cause d'une injustice supposée ou réelle, et qui nourrit dans son cœur des désirs de vengeance. La colère est l'un des péchés les plus aiïreux et les plus funestes. Se-

§ II. OES mKKKIlENTLS ESPÈCES DE PÉCHÉS. 401

nèque lui-même, un auteur païen [de ira, cap.\.)\di nomme une <( folie momeyitanée . » « car, » dit-il, « comme on reconnaît un fou à son air égaré et menaçant, à son front sombre, à ses gestes arrogants, à sa marche précipitée et à sa tenue inquiète, de même on reconnaît l'homme irrité. Ses yeux s'allument et lancent des éclairs; son visage est enflammé; son sang bouillonne; ses lèvres tremblent; il grince des dents, ses cheveux se dressent, ses poings se serrent, ses pieds frappent la terre, tout son corps est excité. En vérité, une bête féroce ne saurait être plus affreuse ni plus terrible qu'un homme en colère. » Et quels malheurs ne commet-il pas bien souvent dans sa rage et sa fureur ? « Il n'y pas de lion, pas de serpent, » dit S. Chrysostôme, « qui puisse déchirer les entrailles avec autant de violence que la colère, qui déchire tout, pour ainsi dire, avec des ongles de fer : car il ne nuit pas seulement au corps, mais il ruine même la santé de l'âme.... La colère est un feu violent qui consume tout. » C'est dans un mouvement de colère que les crimes les plus horribles ont été commis; c'est de la colère que naissent les haines et les inimitiés, les querelles et les batailles, les blasphèmes et les injures, les duels, le meurtre, et l'homicide. « C'est pour la colère que le glaive est aiguisé, » écrit S. Basile; « c'est par colère que les frères se méconnaissent, que les hommes se tuent, que les parents et les enfants oublient la nature; mais avant tout, ceux qui sont en proie à la colère ne se connaissent pas euxmêmes. )) A ce sujet nous lisons dans le livre des Proverbes (29, 22.) : « L'orgueilleux provoque des querelles : l'homme emporté multiplie les prévarications. » Et ailleurs (27, 3.) : « La pierre est lourde et le sable est pesant, mais la colère de l'insensé est plus pesante encore. » C'est pourquoi l'Apôtre nous donne l'avertisse-

4^J2' nE LA TRANSGRESSION DES COMMANDEMENTS.

nient suivant : « Que toute aigreur, tout emportement,, toute colère, toute querelle, toute médisance et toute malice soient bannis d'entre vous. » {Ephes. A, 31.)

Exemples lires de la bible.

Saiil dans un mouvement de fureur, provoqué par la jalousie, veut percer David de sa lanre. — Esaü veut, dans sa colère, tuer son frère Jacob; Acliab se laisse entraîner par Jésabel à une vengeance sanguinaire, parce que Naboth l'avait irrité par son refus; Absalon, excité par la colère, tueson frère Ammon. etc.

Les parents de la colère.

Un solitaire interrogeait un jour sa colère. « Déclaremoi, » lui disait-il, « criminelle passion, quel est ton père, ta mère, quels sontles maudits enfants, quels sont ceux qui te font la guerre et qui te mettent à mort? La colère pouvait; répondre : « J'ai plusieurs pères; le premier c'est l'orgueil; j'ai pour mère la sensibilité et l'amour proj)re; mes filles sont l'inimitié, les rancunes, les contestations et la haine. Les ennemis qui me font mourir sont la douceur et l'humilité : je ne saurais vivre et respirer devant elles. » {Tiré de S. Jean Climaque.)

La colère pousse aux plus grands crime».

Suénon, roi de Danemark, était implacable dans sa colère. Ayant* appris un jour que quelques nobles avaient secrètement médit de lui, il les fit tous tuer le lendemain^ fête de la Circoncision. — Henri 11^ roi d'Angleterre, était tellement' intraitable dans sa colère, que, dans ses paroles et ses actions, il commettait fréquemment des folies et des exlrava- ^ gancesdont les personnes de la plus basse extraction auraient dû rougir. A un homme qui lui avait apporté une lettre désagréable, il voulut, dans son emportement, arracher lesyeux. A l'un de ses courtisans, qui dans la conversation semblait prendre le parti du roi d'Ecosse, il abattit le chapeau de la tête et déchira les habits. Dans sa colère il se servait souvent des expressions les plus grossières, d'injures

§ II. DES DIKFÉRENTKS ESl'KCES DE PÉCHÉ*. W5''

et de menaces. — Dans la ville de Thessalonique en Iliyrie, le peuple s'élant soulevé, tua Botheric, le gouverneur impérial. A cette nouvelle,, l'empereur Théodore, enflammé de colère, ordonna à ses troupes d'entourer secrètement le peuple, réuni dans l'hippodrome, et fit égorger 7,000 hommes sans faire de distinction entre les coupables et les innonocents. — Voilà à quels excès la colère peut pousser l'homme.

Comparaisons.

S. Basile compare un homme emporté et vindicatif à une guêpe ou à une abeille. — « Celle-ci, » dit- il, o en se vengeant, se fait beaucoup plus de tort qu'à eeluiidont elle veut se venger. En effet, elle lui cause bien quelque douleur par sa piqûre et son dard qu'elle laisse dans la plaie, mais par-là elle se donne elle-même la mort. Les hommes vindicatifs n'en agissent pas autrement. Par le désir de nuire aux autres, ils ne reculent devant ancun péché, pas même devant les plus grands méfaits, et pendant qu'ils ne causent souvent aux autres qu'une douleur passagère où une perle temporelle; ils se ravissent à eux-mêmes, par leurs péchés, la vie éternelle. »

« La chaux bouillonne dès qu'on l'arrose d'un peu d'eau ; ' il en est de même des hommes emportés, dès qu'on les offense le moins du monde. Gardez-vous de la colère; car comme la chaux, en bouillonnant tombe en morceaux et se dissout, ainsi l'homme emporté ruine sa santé et creuse sou- . vent de bonne heure son propre tombeau. » (Munch.) — € La colère est une ivrt^sse de l'esprit qu'elle prive de sa tranquillité, précisément comme le fait le vin. Considérez l'homme emporté par sa colère! Il est comme enivré, comme stupéfié par cette maladie. 11 n'est pas maître de lui-même;... il parle à tort et à travers, il dit des injures et des invectives, id bat et frappe, il menace, il blasphème et jure, il crie de toutes ses forces et crève à force de crier. » {S. Basile, Magn. hom. 21 de ira.)

« Dès que les matelots en mer s'aperçoivent qu'une tem*-

'lOi PE r.A TRANSGHESSION ÜES COMMANDEMENTS.

pt'te est proche, ils assujettissent leur navire au moyen d'ancres; de même l'iionime, dès qu'il remarque que la colère * s'élève dans son cœur, doit veiller sur son cœur et le tenir attaché à son esprit. » (S. August.)

{Gr. Cat. 26«-27« q.)

La paresse. — Explication. Ici nous devons avant tout distinguer entre la paresse en général et la paresse spirituelle ou la tiédeur.

a) On pèche par paresse en général, lorsque cédant à la répugnance naturelle pour les peines et les efforts qu'exige tout travail, on néglige ses devoirs. On l'appelle aussi oisiveté. Les suites malheureuses de ce péché sont connues; il donne naissance à l'omission des devoirs de son état, à l'appauvrissement, au mensonge, à la tromperie et à plusieurs autres péchés d'injustice et d'impureté. De là ce proverbe : « L'oisiveté est la mère de tous les vices, » dans l'Ecclésiastique (33, 29.) nous lisons : « L'oisiveté enseigne une grande malice, » et dans le livre des Proverbes (6, 11.) : « La pauvreté tombera sur le paresseux comme un homme armé, et la misère comme un ravisseur. » C'est donc avec raison que S. Chrysostôme désigne l'oisiveté comme « la mère de la pauvreté et la racine du désespoir. «

Exemples tirés de la Bible.

Les effets funestes de la paresse et de l'oisiveté nous sont indiqués dans l'Ecriture Sainte par de nombreux exemples. David resta pur et chaste tant qu'il était occupé; mais étant resté oisif dans son palais, il devint adultère et homicide (2. Rois. 11.). — Salomon vécut dans la sagesse et la chasteté aussi longtemps qu'il était occupé de la construction du Temple; mais s'étant livré depuis à l'inaction, il devint un adorateur des idoles (3. Rois, 11.). — Samson fut invincible, tant qu'il combattit contre les Philistins; mais lorsqu'il passa son temps dans l'oisiveté aux pieds do Dalila, il fut fait pri-

§ 11. DES D.FrÉHKNTES ESPÈCES DE PÉtllÉS. 495

sonnier et eut les yeux crevés. Voilà pourquoi la Sainte Ecriture nous prémunit fortement contre ce péché, par ces paroles : « Paresseux, va vers la fourmi,- considère ses voies, et deviens sage. » {Prov. 6, 6.)

La paresse est la mère de tous les vices.

Nous trouvons cette vérité rendue sensible par un événement remarquable raconté dans le S'^ livre de Moïse. Moïse monte au sommet du Sinaï; il entre dans le nuage sacré qui enveloppe le sommet de la montagne, s'y entretient longtemps et intimement avec Dieu et reçoit les oracles de sa bouche divine. Que faisait pendant ce temps le peuple au pied de la montagne? L'Ecriture Sainte dit : « Le peuple s'assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour danser. » — « // s'assit. » Le voilà, ce peuple qui se plonge dans la mollesse ; le voilà étendu nonchalemment sur la pelouse en attendant le retour de son grand Prophète. En tout cela il n'y a pas grand mal, ce n'est qu'un peu 6'oisiveté, une modique perte de temps. Se trouvant dans l'inaction, ces Israélites commencèrent à s'inviter mutuellement à divers repas : « Il s'assit pour manger et pour boire. » Les parents avec leurs parents, les amis avec leurs amis prennent place avec joie et bonheur à ce repas sur l'herbe. On n'y garde pas la modération convenable dans le boire et dans le manger, on se livre à quelque excès. Quel mal y a-t-il, après tout, si ce n'est un peu de gloutonnerie et d'intempérance? Bientôt, remplis d'une bruyante allégresse, ils se livrent au jeu. « 7/ s'assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour danser. » Les hommes et les femmes, les jeunes garçons et les jeunes fdles, tous se mettent en branle pour la danse, tous entonnent en chœur des chansons. On joue, on rit, on danse, on folâtre: mais dans tout cela on n'apporte aucun mauvais sentiment. Qu'y a-t-il encore de mal en cela? Peut-être un peu de licence, quelque immodestie, quelque péché véniel un peu grave. En avant, donc, en avant, car dans tout cela il n'y a pas encore grand mal. Les hébreux enfin, abrutis par le vin, devenus plus hardis et plus entreprenants, par l'excès de la

joie et la fupeur de ses yeux, su mirent à dire entre eux : 0 Dieu seul sait quand Moïse reviendra de la montagne. Dieu sait combien de temps il voudra que nous restions dans cette vallée. A quoi sert d'attendre plus longtemps? A quoi bon de nous occuper plus longtemps de ce retard? Faisons-nous un dieu visible comme on a coutume d'en faire dans l'Egypte. Réunissons tous nos pendants d'oreilles, tous nos anneaux d'or, et faisons en un simulacre d'une forme imposante et qui soit digne d'être exposé au culte public sur un autel : « Aaron, tels sont nos vœux. » Aaron s'y prête avec condescendance. On coule en fonte un veau d'or, il est exposé à la vénération publique; on brûle devant cette idole un encens sacrilège; on lui offre d'abominablies sacrifiées. Vous venez de voir quel mal immense a produit un peu d'oisiveté, un peu de bonne chère, un peU' de licence dans la conduite. Tels furent les degrés que pa-rcourut le malheureux peupl« d'Israt'l pour aboutir enfin à prostituer ses hommages aux pieds d'un veau. {Scaramelli.)

Suites de l'oisiveté. {Fable.)

Deux socs de charrue avaient été faits du même fer et dans le même atelier. L'un vint dans les mains- d'un laboureur, l'autre fui jeté dans un coin et y resta huit ou neuf mois, de sorte qu'il se recouvrit entièrement de rouille. Enfin on y pensa de nouveau et on alla le rechercher, mais quel fut l'élonnement du soc rouillé, en regardant son frère! Celui-ci' était clair et brillait comme un miroir; il était môme plus luisant qu'il n'avait été au commencement. « Est-ce possible? » s'écria le soc rouillé; « nous étions cependant entièrement semblables l'un à l'autre. Comment se fait-il que vous soyez devenu si beau? Et moi je suis devenu si laid,, bien que j'aie toujours joui du repos !» — « C'est justement ce repos, » dit l'autre, « qui vous a été funeste. Le travail et l'exercice m'ont conservé si beau ; c'est à cela que je dois de l'emporter sur vous. »

b). On pèche par paresse spirituelle ou par tiédeur, lorsqu'on est négligent dans le service de Dieu et dans le

§ II. DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PÉCHÉS. 4flT

som du saint. Cette espèce de paresse n'est pas moins funeste que la première; car de la tiédeur naît l'aversion de tous les exercices religieux,le mépris de la parole de Dieu et de tous les moyens de la grâce, l'irritation contre les exhortations salutaires, l'amour du monde, l'impénitence, l'incrédulité. « Un sol qui s'affaisse peu à peu, » dit Cassien,« où qui rstdétrempé par l'infiltration longue quoiqu'insensible de l'eau, entraîne quelquefois la chute d'un grand édifice; de même un refroidissement graduel du zèle et la tiédeur toujours croissante, jettent à terre le plus grand colosse de la perfection. « C'est pourquoi Dieu prononce celte sentence terrible contre toutes les personnes tièdes : « Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Mais parceque tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche! » {Apocal. 3, 46.) En vérité, l'homme tiède ne saurait être un objet de satisfaction aux yeux de Dieu; il ne peut par conséquent compter non plus sur le ciel et la bienheureuse éternité^ car « le royaume de Dieu ne revient pas aux dormeurs, » dit S. Léon, « et la bienheureuse éternité n'est pas promise à ceux qui sont entièrement roidis par la paresse et l'oisiveté. »

Jusqu'où la tiédeur peut nous faire tomber.

Les funestes etfels de la tiédeur nous sont révélés par le malheureux Euprépien dont S'-Théodore Sludile a déploré la ruine. Cet homme vécut longtemps dans un monastère, et il y fut un modèle accompli de toutes les vertus qui doivent briller dans un religieux. Il était d'une grande ferveur dans la prière, d'une morlication que rien ne pouvait rebuter, d'une obéissance parfaite. Deux fois il fut emprisonné pour la foi, et montra une rare constance dans les fers. Deux fois les païens lui firent subiii une rude flagellation, et il souffrit ces barbares traitements,, il endura ces douleurs atroces, il versa des flots de sang pour l'amour de Jésus-Christ. Qui,

n'aurait prédit à une vie si pleine de ferveur, à une venu si constante, une'persëvérance à jamais inébranlable? Qui ne l'eût couronné d'une brillante auréole de sainteté? Et pourtant Euprépien tomba d'une manière honteuse. Qui put donc renverser celte colonne de la sainte Eglise, cette colonne que n'avait pu seulement ébranler la plus violente tempête df>s plus terribles persécutions? Ce fut la liédeur. Les désirs de la perfection commencèrent par s'endormir dans son ame; il commença à se ralentir dans ses prières, dans l'exercice des vertus ; enfin, il se mit à retourner en arrière, seulement pas à pas, puis il tomba dans le goutfre du péché mortel, et ce qui est bien pire, il fit une mort lamentable.

Voilà pourquoi S'-Ignace, apparaissant un jour à un de ses disciples voués à la dévotion, eut si grandement raison de lui dire que si les bienheureux étaientsusceptibles de s'alïliger, ils se montreraient en habits de deuil et avec le visage assombri d'un voile noir, pâles de tristesse, pour signifier avec quel déplaisir ils voient une personne naguères pleine de ferveur, passer à un état de tiédeur pour le service cle Dieu. Cette tristesse serait causée à ces âmes fortunées par le danger où elles verraient exposés, ceux qui ont le malheur d'abandonner leur Dieu et de se plonger dans l'abîme de leur perdition. » [Scaramelli I, 96, suiv.)

Comparaisons.

« Lorsqu'une fois le froid a envahi l'âme, alors il se manifeste, comme dans les fièvres du corps, un frisson dans ses sentiments; toute force est relâchée, on éprouve un dégoût pour tous les exercices sérieux, l'esprit se resserre, la grâce s'éloigne, la raison s'endort, la lumière divine s'éteint, la première ferveur se ralentit, la charité fraternelle meurt, la volupté est flattée, on ferme les yeux à la vérité, l'ancienne habitude met en avant un droit nouveau et déplorable, la loi est oubliée, la crainte de Dieu mise de côté; — on fait un bond du sommet dans l'abîme, du trône dans un cloaque, du paradis dans l'enfer. » (S. Bernard).

« Lorsque quelqu'un tombe dans la gueule d'un lion,

d'un tigre ou d'un ours, qui sont des animaux aussi féroces que forts, il est mis en pièces ; mais si quelqu'un était mordu par un scorpion ou par une vipère, qui sont des animaux ^ . petits et faibles; il devrait mourir-aussi bien que celui qui serait saisi par les plus forts animaux. C'est ainsi que nonseulement celui-là perd son âme, qui est l'esclave de grandes et hideuses pap:^;ons, telles que l'ivrognerie, l'impudicitè etc. ; mais encore celui qui se laisse vaincre par Vindolence et la tiédeur. » (5. Ephrem.)

« Combien n'y en a-t-il pas qui s'étaient avancés fort loin dans la voie du bien ! mais étant devenus tièdes et négligents, ils tombèrent dans les tentations les plus dangereuses et furent vaincus. ïl leur est arrivé ce qui arrive aux soldats qui, croyant avoir vaincu l'ennemi, mirent leurs armes de côté et se livrèrent sans souci au repos et à la bonne chère. Les ennemis cachés dans des embuscades, fondirent brusquement sur eux, et, après en avoir tué un grand nombre, ils emmenèrent les autres avec eux. Il en est ainsi du péché ; il paraît bientôt dompté; mais si l'on devient tiède, et négligent, il revient avec plus de force, jette l'homme à terre et le réduit de nouveau en esclavage. » {Idem.)

. Pratique, (et gr. Cat. 28- q.) — Quels fruits allez-vous retirer, chrétien, de cette instruction sur les péchés capitaux? Ecoutez, les voici: vous fuirez les péchés capitaux avec le plus de soin possible, comme la source de tous ies vices, et vous vous efforcerez sérieusement d'acquérir les vertus opposées, dont nous parlerons bientôt d'une manière plus étendue. Examinez-vous tous les jours pour voir si vous n'êtes pas chargé de l'un de ces péchés ; prenez tous les matins la ferme résolution de lutter courageusement, avec le secours de Dieu, contre votre vice dominant; demandez-vous tous les soirs, pendant votre examen de conscience si, dans cette lutte, vous avez eu le dessus, et si vous avez vaincu votre péché favori ; avez-vous failli, ne -perdez pas courage, repentez-vous

en, et ne tardez pas à vous en confesser à la première occasion. Ne vous laissez pas aller à la défaillance pendant la lutte, et quand même vous n'avanceriez tous les jours que d'un pas vers le chemin de la vertu, vous unirez peu à peu par dompter en vous tout péché dominant, tout vice capital.

Travaillez tous les jours un peu à votre avancement.

Florian, jeune charretier, s'était attiré, une maladie dangereuse par l'abus de liqueurs fortes. Le métlecin lui dit: « Si vous ne renoncez pas complètement au genièvre, vous devez mourir; c'est un poison pour la jeunesse. » Le malade lui répondit : « Je ne saurais y renoncer ; j'y suis trop habitué. Il faul que tous les jours je vide cette petite bouteille. » — « Eh bien, » reprit le médecin, « en ce cas, il faut que j'avise autre chose. » Le lendemain, il apporta une petite boîte remplie de cailloux blancs. En la remettant au jeune homme, il lui dit: « Prenez cette boîte et mettez tous les jours un de ces cailloux dans votre flacon de genièvre ; laissez les y tous et je vous assure que la liqueur ne vous fera plus de tort. » Le malade, croyant que ces petites pierres avaient la vertu de rendre le genièvre inoffensif, ne manquait pas d'en mettre tous les jours une dans sa bouteille. Il arriva de la sorte que, sans qu'il s'en aperçût, il buvait chaque jour quelques gouttes de moins. Le flacon fut à la fin plein de cailloux, et Florian s'était déshabitué de la funeste habitude de boire du genièvre.

Qui (ait ponr s'amender chaque jour on effort. Contre le vice cnßn devien-Jra fetnie et fort.

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