DE LA VERTU
{Gr. Cat. 'i'^ q,) Pom'quoi nous devons nous attacher à la vertu. — Explication. Nous devons tendre avec un zèle infatigable à la vertu et à une perfection toujours plus grande. Sans doute
oSi I>F. I.A VEI'.Tl- ET DF. I.A PERFECTION CHRETIENNE.
pour y arriver, il faut des efforts et des combats; au.ssi un nncien poète a dit : « Les dieux n'accordent la vertu qu'au j»rix des sueurs; car ce n'est que parles travaux et les sueurs qu'on peut obtenir la couronne de la vertu; » et ces efforts, ces combats nous ne devons pas les éviter; car la vertu nous rend honn et grands devant Dieu et devant les hommes ; l'homme n'est bon et agréable à Dieu, que pour autant qu'il est vertueux ; donc un homme sans vertu n'a pas de valeur intérieure, pas de mérite devant Dieu. Un proverbe dit : « Ce qu'est la noix sans noyau, la source sans eau, l'arbre sans fruit, le livre sans lettres, voilà ce que c'est que l'homme sans vertu. » Et c'est bien ainsi. La vertu seule rend l'homme véritablement bon et grand, bien plus, elle le rend vraiment riche devant Dieu, heureux sur la terre et bienheureux dans le ciel. C'est pourquoi S. Ambroise écrit : « Celui-là est vraiment riche qui jiarait riche au yeux de Dieu,... qui n'accumule pas les richesses, mais rassemble des vertus pour l'éternité. « {Ep. 10 ad Simp.) Et S. Laurent Justinien dit avec beaucoup de justesse : « La vertu a plus de valeur que le don de faire des miracles et de voir dans l'avenir, que le don des langues et des guérisons, que la connaissance de la nature et du ciel; car un grand nombre se sont i)erdus avec ces connaissances, et personne ne s'est perdu avec la vertu. »
La vertu rend l'homme vraiment bon et heureux.
Ln philosope nommé Charille, homme distingué et célèbre parmi les Lacedémoniens, répondit de la manière suivante à cette question : quel est le meilleur des Etals sur la terre? — « C'est celui où les citoyens rivalisent sous le rapport de la vertu. » II savait trop bien que ce sont les citoyens vertueux qui forment les bons Etals.
Le véritable ornement royal.
Alplionsft V, roi d'Arragon, surnommé le Sage et le Ma-
s '• '^E 'A VEUTl'. 335
gnaninie, fit très-peu de cas du luxe dans les vêtements; su mise simple le distinguait à peine des hommes du commun. Comme on lui ditde faire briller davantage la majesté royale et de la manifester aux yeux de ses sujets, il répondit: « Ce n'est point la pourpre ni l'éclat des diamants qui doit distinguer un roi, mais la sagesse et la vertu; voilà le véritable ornement des rois, (\i\\ les rend grands, cliers ;\ Dieu et aux hommes. »
La nrlu seule a de ta valeur.
Un gentilhomme demanda au chevalier Bayard, quels biens un noble devait laisser en héritage à ses enfants. Le héros répondit: « Il doit leur laisser ce que ni le temps, ni la puissance humaine ne pourront jamais leur enlever: la vertu et la sagesse. »
Personne ne peut nous ravir la vertu.
Lorsque, après la perte et le pillage de Megara,le général ennemi eut demandé à un sage qu'il rencontra dans son chemin, quelle perte il avait éprouvé: « Aucune, » répondit celui-ci; « car aucun de vos soldats n'a pu me ravir la vertu et la sagesse. » — Ces paroles trahissaient sans doute un fond de vanité; mais toujours est-il vrai de dire que les biens de l'âme, la vertu et la sagesse ne peuvent se perdre dans la guerre.
{Gr. Gut. S-^-o« q.) Notion et division de la vertu. — Explication. Ce qui est hors de doute, c'est que nous devons tendre à la vertu. Mais qu'est-ce que la vertu? En quoi consiste-t-elle? ^épense. La vertu chrétienne, — et c'est de celle-ci seulement qu'il s'agit et non de la vertu naturelle que pratiquaient aussi les païens, — la vertu chrétienne consiste donc dans la volonté permanente et les efforts continuels (le faire ce (jui plaît à Dieu. Cette volonté doit être permanente et ces eflfbrts cow/m«e/s, c'est-à-dire que l'on doit vouloir faire toujours et partout tout ce qui est agréable
*i:lCi DE lA VEI'.TU ET DE I.A PEKKECTION CHKETIENNE.
à Dieu ; celui qui fait quelque bien par ci par là, qui firatiqiie (le temps à autre quehjue vertu, n'est pas réellement vertueux. Une fleur qui brille çà et là au milieu (l'un champ désert ne forme pas encore de jardin; de même une bonne action pratiquée à certains intervalles au milieu d'une vie généralement indifférente au bien, ne forpip point pour cela un homme réellement vertueux. — La vertu chrétienne se divise, selon son origine, en vertu infuse et en vertu acquise. La vertu infuse est appelée ainsi, quand elle est un don de Dieu, qu'il communique à l'àme avec la grâce sanctifiante, afin de la rendre apte et disposée àla pratique des vertus surnatulelles, c'est-à-dire à faire des actions qui plaisent à Dieu et qui soient méritoires de la vie éternelle. C'est pourquoi l'Apôtre a dit: « La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui vous a été donné. » [Epît. aux Rom. 5, 5.) — La vertu est «rquise (\u2in(\ c'est une facilité om une habitude que l'homme obtient avec le secours d'en haut, par un exercice constant. Ces vertus, qui peuvent être acquises par Vexercice, s'appellent en général vertus morales, parce qu'elles règlent notre conduite morale de manière qu'elle soit agréable à Dieu. Aux \erlus infuses apjiartiennent particulièrement les trois vertus théologales et aux vertus acquises ou morales les (juatre vertus cardinales, qui renferment toutes les autres vertus. Nousallons traiter ces différentes espèces de vertus dans les trois paragraphes suivants.
' I. DES 7R0IÄ VFr.TlS TIlKOLOf. MES.
{Gr. Cal. 6'-\l<= q.) Explication. Les trois vertus théologales sonX : la foi , Vespérance et la charité. On les api)elle théologales, parce qu'elles viennent inimédiatement de Dieu, et qu'elles se