II. Dl'.S ülATUK VtllïlS CAllDINAI.KS
marchands à Lyon, d'enchérir le pain : il leur répondit qu'il examinerait leur demande. En se retirant, ils laissèrent adroitement sur la table une bourse de deux cents louis. Ils revinrent, ne doiitant point que la bourse n'eût bien plaidé leur cause. M. Dugas leur dit : « iMessieurs, j'ai pesé vos raisons dans la balance de la justice, et je ne les ai pas trouvées de poids. Je n'ai pas jugé qu'il fallût, par une cherté mal l'ondée, faire souffrir le public. Au reste, j'ai distribué votre argent aux deux hôpitaux üe celte ville; je n'ai pas cru que vous en voulussiez faire un autre usage. J'ai compris que, puisque vous étiez en étal \\e faire de telles aumônes, vous • ne perdiez pas, comme vous le dites, dans votre métier. » {DicC. d'anecdotes.) (Voyez le septième commandenient do Dieu.)
3) La tempérance consiste à mettre un frein aux inclinations et aux désirs sensuels qui nous détournent du bien; « La tempérance, dit S. Thomas d'Aquin, signifie une certaine modération que la raison prescrit dans les actions et les passions de l'homme ; » — « C'est à la tempérance, ajoute S. Bernard, qu'il appartient de prescrire une mesure et un but non-seulement à la justice mais encore à la force et à la prudence. «La tempérance chrétienne règle et modère en nous les passions et les penchants vicieux, ainsi que les soins donnés à notre corps et aux biens de la terre, afin que nous ne nous y attachions pas trop fortement et que leur perte ne nous .afflige pas à l'excès; elle nous montre même de quelle manière et dans quelle mesure convenable il faut [)ratiquer la vertu, afin que dans les exercices de piété et les austérités de la pénitence, on n'aille pas trop loin, et (ju'on observe une mesure raisonnable (i). C'est à la pratique de cette vertu que nous exhorte S. Pierre quand il dit : « Abstenez-vous des désirs charnels qui combatlent contre l'âme. » (l Ep. *2, 11.)
(1 ' Voyez fexemple : le disciple et le père du désert, page 88.
rUl DE LK VEmi ET DE I..\ m.HKKf.TlON CHKETIENNE.
Le solitaire et h concombre.
Nous lisons dans la vie des anciens Pères qu'un solitaire, qui traversait un jardin rempli de légumes et de fruits de la plus belle apparence, ressentit une telle envie pour un concombre, qu'il le demanda au jardinier et le porta dans sa cellule pour le dévorer. — Mais il reconnut bientôt ici combien il était encore dominé parla gourmandise, ets'indignant contre lui-même, il prit la résolution sérieuse d'employer comme un moyen de vaincre la gourmandise, le concombre qui avait été une cause de tentation. Il le suspendit donc dans un endroit où il pouvait toujours le voir, afin que par la mortificati(m de lui-même, en le regardant sans le manger, il se fortifiât dans la vertu où il se trouvait si faible naguères. Déplus il ne laissa passer aucun jour sans s'imposer d'autres mortifications pour extirper cette ivraie nuisible, qui avait grandi insensiblement et menaçait d'étouffer le bon grain qu'il avait semé jusqu'alors avec tant de soin. Et en efïet, il triompba si complètement de lui-même, que dans la suite il n'éprouva plus de pareilles tentations; il vécut toujours dans la paix la plus profonde, comme si, par cette seule victoire, il eut banni complètement de son cœur tout désir des cboses de la terre et, par la mortification d'une seule mauvaise passion, vaincu toutes les autres.
Admirable modération et calme de S. François de Sales.
S. François de Sales était né avec un caractère vif et violent. Dès qu'il eut reconnu son défaut, il s'appliqua fortement à s'en corriger, et il devint un modèle de douceur, comme il le fit bien voir dans une occasion. Un jeune gentilhomme qui le haïssait vint faire un bruit horrible sous ses fenêtres; il joignit aux aboiements de plusieurs chiens les injures de quelques valets insolents. Non content de cela, il eut l'effronterie de monter lui-même à la chambre du saint évêque, et y vomit contre lui tout ce que sa fureur lui put suggérer de plus offensant. Le prélat regarda cet emporté d'un œil tranquille, et ne lui répondit pas une seule parole. I.e gentilhomme, prenant cette modération pour du mépris.