‹ Catéchisme pratique, ou, Doctrine chrétienne en exemples (volume 3)Chapitre 30 sur 44 · II. DES QUATHK VKUTUS CAI'.DINAI.KS. .Si · texte numérisé non relu

II. DES QUATHK VKUTUS CAI'.DINAI.KS. .Si

redoubla sa rage, et poussa son insolence jusqu'aux derniers outrages. S. François de Sales conserva toute sa patience. Lorsque ce furieux se fut enfin retiré, on demanda au saint évêque comment il avait eu la force de souffrir cet insolent, et comment il avait pu se taire dans une telle rencontre. « Nous avons, » répondit-il, « fait un pacte inviolable, ma langue et moi, et nous sommes convenus, pendant que mon cœur serait en emotion, que ma langue ne dirait mot, Pouvaisje mieux apprendre à ce pauvre ignorant la manière de se posséder qu'en me taisant; et sa colère pouvait-elle plus tot s'appaiser que par mon silence? Ne faut-il pas avoir compassion d'un malheureux quJ est emporté par sa passion? y- — Quelle admirable modération !

4) La force consiste à ne nous laisser détourner de la pratique du bien- par aucune peine ou persécution rii même par la mort. D'après l'explication de S. Augustin', la force consiste à affronter avec calme les dangers et à supporter les adversités; elle est le chemin royal, dont s'écarte d'un coté l'homme téméraire, et d'un autre côté VhomvcïQ pusillanime et craintif. « {Inepist.adHier.) C'est par la force que la vertu parvient à sa perfection et à sa récompense; sans la force on n'est vertueux que pendant un- certain temps; où la force manque, manque aussi la persévérance, et l'on n'arrive pas au but; il en est alors comme d'un navigateur, qui arrive heureusement au port, mais qui dans le port même fait naufrage et perd tout ce qu'il a. « Celui-là seulement qui aura ])ersévéré jusqu'à la fin sera sauvé. « C'est en pratitjuant celte vertu que se sont distingués tous les saints martyrs, tous les saints pénitents et les âmes éprouvées par le malheur

Exemples tirés de la Bible.

Animés de la vertu de force, les sept frères Machabées et leur mère supportèrent courageusement toutes les tortures :

5iÜ DE LA VF.ttTL" KT lil-: I.\ PKUKKCTION CHRÉTIENNE.

« Ils ne faisaient aucun cas des tourments. » (2. Mach. 7, 12.) — Mathalhias avec ses cinq (ils résista courageusement aux ordres criminels du cruel despote Antiochus Epipliane. 0 Quand toutes les nations ol)éiraient au roi Antiochus, et que tous ceux d'Israël abandonneraient la loi de leurs pères et consentiraient à ses ordonnances, moi, mes fils et mes frères nous obéirons à loi de nos pères. » M . Mach. 2, 19-20.) I! mourut avec calme de la mort héroïque des cœurs généreux.— De même Eléazar préféra mourir plutôt que de transgresser, même en apparence, la loi de Dieu. — Dans le nouveau Testament nous rencontrons comme premier martyr S. Etienne, qui mourut avec courage pour la foi ! Dans son martyre il fut suivi par tous les saints apôtres et les martyrs chrétiens.

A quoi le cœur fort ressemble.

Le pieux et savant abbé Théodore avait coutume de dire : « L'homme fort ne doit pas être comparé à la cire c;»ui prend toutes les formes qu'on lui imprime, mais plutôt à un sceau en diamant; un tel homme conserve intacte la figure que Dieu a gravée dans son cœur, et il se garde bien de se laisser emporter par les événements de la vie, ou de s'écarter, si peu qu'il soit, du chemin de la vertu et de la justice. »

(Voyez encore d'autres exemples dans la 1" partie, paste 92 et 1Ö0. — 2« partie, page 32().)

LIES Vtr.lLS OPI'OSKKS ,\LX l'ÉCHÉS r.AlMT.MA.

{Gr. Cat.\V-i>A''q.)

Explication. Aux sept péchés capitaux sont surtout opposées les vertus suivantes :

1) Vhumilité. Cette vertu consiste à reconnaître à la vue de nos défauts et de notre faiblesse, que tout bien vient de Dieu, et à nous regarder nous-mêmes comme peu de chose. « L'humilité, » dit S. Augustin, « c'est l'amour envers Dieu poussé jusqu'au mépris de nous-mêmes; » parce que nous reconnaissons en effet notre propre

DES VKUTI S OITOSKKS Al'X Pl'CHKS CAPITAfX. TiH

néant, nous recourons à Dieu (|ui alors nous assiste et nous fortifie. « Etre humble, » dit S. FMnlippe de Neri, c< c'est mépriser le monde, ne mépriser aucun de ses frères, se mépriser soi-même, et mépriser le mépris. » — Cette vertu d'humilité forme le fondement, la base de toutes les vertus; elle est |)0ur chaque vertu, ce que les fondements sont pour un édifice, les racines pour un arbre. « L'humilité, »dit S. Thomas de Villeneuve,« est la inère d'un grand nombre de vertus; car elle enfante l'obéissance, la crainte de Dieu, la patience, la modestie et la paix; bien plus, sans l'humilité nous ne pouvons ni arrivera la perfection, ni parvenir au salut; car il n'y a (|ue«celui qui s'humilie qui sera élevé,)>dit le divinSauveur lui-même, {S. Matth. 18, 3.) et« Dieu ne donne sa grâce qu'aux humbles, et il résiste aux superbes. » C'est pourquoi il nous dit encore : « Si vous ne devenez (petits et humbles) comme les enfants, vous n'entrerez j)as dans le royaume des cieux. » (S. Mo^^/l18,3.) S. Ambroise écrit : « Celui qui désire s'élever jusqu'à la hauteur de la divinité, doit descendre jusque dans les abîmes de l'humilité. » S. Bernard s'exprime plus énergiquement encore au sujet de l'humilité, comme condition nécessaire pour arriverau ciel, quand il dit : « L'humilité est nécessaire non-seulement pour acquérir des vertus, mais aussi pour parvenir au salut. Car Jésus- Christ a dit : « La porte du ciel est étroite; et ceux qui sont petits, c'est-à-dire, les humbles peuvent seuls y entrer. »

Exemples tirés de la Bible.

L'homme humble rapporte tout ce qu'il pourrait posséder de bon, à Dieu et rien à soi-même. C'était par cette belle vertu d'humilité que se distinguait Joseph d'Egypte. Quand Pharaon lui eut dit : « J'ai appris qu'il vous suftit d'avoir entendu raconter un songe, pour l'expliquer, » le modeste jeune

518 DE Î,A VF.rîTtl ET DK I.A PEr.FFXTlON CHRÉTIENNE.

homme répondit : « Ceci est au-dessus de mes capacités; Dieu, sans moi, répondra des choses prospères à Pharaon. » (Genèse, 41, 45) — Nous trouvons surtout un modèle d'humilité dans la très-sainte Vierge Marie. Lorsqu'Elizabeth la nomma < bénie entre toutes les femmes. » Marie renvoya aussitôt cet éloge à Dieu, en s'écriant : a Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit s'est réjoui en Dieu, mon Sauveur. Il a regardé avec ])onté la bassesse de sa servante. » {S. Lv, i, 47) — S. Paul en écrivant aux Corinthiens, dit dans un sentiment do profonde humilité : « Je suis le moindre des apôtres, et je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Eglise de Dieu. Mais c'est 7?flr la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. » (1 EpU. 15, 9-10.) — S. Pierre témoigna la même humilité à l'occasion de la guérison du paralytique, quand le peuple en exprima son admiration; il dit alors : « Pourquoi vous énierveillez-vous de ceci.'' Et pourquoi nous regarilez-vous; comme si, par notre vertu ou notre puissance, nous avions fait marcher cet homme? — C'est Dieu qui lui a rendu la santé. » (Act. des Apôtres, 3.) — L'humilité attire les bénédictions et la bienveillance de Dieu. — Quand Abraham intercéda en faveur des villes de Sodomc et de Gomorrhe, il dit : « Seigneur, devant vous je ne suis que cendre et poussière, » Et Dieu eût fait grâce à ces villes en considération de la prière de l'humble patriarche, si elles avaient eu seulement dix justes dans leur sein. {Genèse, 18, 27.) — Le pubücain qui se tenait de loin, n'osant lever les yeux, et suppliait Dieu d'avoir pitié de lui, trouva grâce devant le Seigneur et s'en retourna justifié chez lui. [S. Luc, 18.)

La véritable humilité.

S. Dominique avait ramené à Toulouse une foule innombrable d'hérétiques dans le giron de l'Eglise catholique, et opéré beaucoup de miracles par la puissance de Dieu; aussi fut-il regardé et vénéré comme un ange du Seigneur. Néanmoins, il ne demeura pas dans cette ville, quoique ses amis l'engageassent vivement à y rester, vu qu'il y pouvait faire plus de bien que tout autre et que sa présence était néces-

1)ES VKIITIS (ll'I'OSI.K.S Al X Pl.tüll.S (.AI'ITAIX. .»'♦!)

saire à beaucoup de nouveaux convertis. Il répondit en toute humilité : « Je n'ai été qu'un simple instrument dans la main de Dieu; ce n'est pas moi, mais bien lui qui a éclairé ces âmes et ce serait une folle i)résomption de croire que le Seigneur a besoin de moi pour son œuvre. » Après cela il s'éloigna et se rendit ù Carcassonno, où il établit sa résidence. Lorscju'un de ses amis intimes lui demanda dans cette ville, pourquoi il n'aimait pas mieux habiter Toulouse, où il pouvait travailler librement et sans obstacle, il dit : « J'y rencontrai trop de marques d'honneur et j'y étais sans cesse tourmenté |)ar les louanges des hommes; mais ici il me va beaucoup mieux; grâce à Dieu, j'y rencontre toute espèce de mépris, puisque tout le monde est prévenu contre moi. »

Comme un aigle au vol puissant et hardi, le séra[)hique 8. François s'élança jusqu'aux plus sublimes hauteurs de la sainteté. Dieu montra un jour dans une vision à un compagnon de ce glorieux patriarche, la place qui lui était dé.stinée^ parmi les séraphins; et comme celui-ci demanda ensuite à François quelle opinion il avait de lui-même, il répondit : « Mon cher frère, je ne crois pas que la terre porte un plus grand pécheur.» — «Mais, père bien-ami, comment pouvezvous dire chose pareille sans blesser la vérité, puisqu'il y a des voleurs, des adultères, des assassins et d'autres criminels qui sans comparaison ont commis des péchés bien plus grands que vous? » — A cela le Saint répondit par ces remarquables, paroles : « Ce que je sais et ce dont je suis intimement convaincu, c'est que si ces personnes dont vous parlez, avaient reçu de Dieu d'aussi grandes grâces que moi, elles y auraient infailli^Dlement mieux coopéré et en auraient témoigné plus de reconnaissance au Seigneur que je ne l'ai fait. Aussi je crois fermement ([ue si Dieu me retirait un moment sa main, je tomberais dans les plus honteux excès et je deviendrais le plus scandaleux de tous les hommes. » Voilà la véritable humilité, quand on rapporte tout à Dieu et rien â soi-même, {Le messager de Jéricho.)

o.")() riK lA VEKïU KT LK I.A l'KP.FECliUN OUllÉTIE.NNE.

lU'a/iiipcnse de ihainilité , ou : celui qui s'ahaisse, sera élevé.

VA\>i goutte d'eau tonil);i du sein des nuages et rougit de confusion en contemplant l'étendue immense de la mer. — « Où suis-je? » se dit-elU', « qu'est-ce que la mer? Et que suis-je? Est-il bien certain que je suis quelque chose? » Pendant qu'elle considérait ainsi sa petitesse, une coquille de perle s'empara de la goutte et la conserva. Or, il arriva que celte gouttelette d'eau devint plus tard une perle précieuse qui brilla au diadème des rois. C'est ainsi qu'elle trouva son élévation dans son abaissement, et qu'elle passa de l'obscurité à la lumière.

ViU des Pères du désert de la Théba'ide avait coutume de dire : « Plus un homme s'abaisse par l'humilité, plus il sera élevé. Si l'orgueil monta même jusqu'au ciel, il fut précipité jusque dans les profondeurs de l'enfer; et si l'humililé s'abaissait jusque dans les dernières profondeurs de l'enfer, elle serait élevée de là jusque dans le ciel.

Un grand serviteur de Dieu, que S. Ignace estimait beaucoup, disait souvant : « Celui cjui croit valoir peu de chose, vaut beaucoup; mais celui qui croit valoir beaucoup, ne vaut souv(;nt que peu de chose. »

.S'. Philippe de ISéri tl les deux jeunes clercs. S. Philippe de Néri s'entendait très-bien au discernement des caractères et des esprits. Il arriva un jour que deux jeunes clercs qui s'étaient confiés à sa direction, frappèrent à sa porte. Quand ils entrèrent dans la pauvre chambre du Saint, ils s'arrêtèrent interdits; car ils se trouvèrent en présence de plusieurs cardinaux et d'autres grands seigneurs venus pour rendre visite à Philippe. Celui-ci se leva de son siège, alla vers eux et leur adressa quelques mots rudes, sur un ton brusque. « Lourdauds que vous êtes! comment avezvous été assez impertinents pour vous mêler à une aussi honorable compagnie? Hâtez-vous de déguerpir d'ici le plus tôt possible I » Sur cela il saisit une de ses vieilles pantoufles dont il leur administra quelques bons coups sur le dos. (detail l'épreuve à laquelle il voulait les soumettre; or, quel

DRo VERTUS OPI'OSI'.KS Al\ li;(.lli;S (AIMTAIX. 'i.'t

eu fut le résultai? L'un des jeunes disciples jeta autour de lui des regards sombres et irrités, fronça les sourcils et partit. L'autre demeura gai, fit ses remercînients pour la leçon salutaire qu'il avait reçue et demanda de pouvoir revenir une autre fois. Le maître habile ordonna alors à celui-ci de rester au milieu de l'illustre assemblée, tandis qu'il laissa partir l'autre et lui relira sa direction. Er: quoi se distinguèrent ces deux jeunes gens d'une conduite si diflérente? Tous les deux s'étaient tt)urnés du côté de la vertu et avaient choisi le chemin étroit de la mortification ; tous les deux aspiraient à la perfection évangélique et conséquemment aussi à l'humilité, sans laquelle la perfection est impossible. Mais l'un le voulait sincèrement et de gaieté de cœur; il était humble et voilà pourquoi il soutint l'épreuve; l'autre était sombre, ambitieux et susceptible; il n'avait recherché dans sa piété que sa propre personne et sa propre gloire, c'est ainsi qu'il fut surpris par l'épreuve qu'il ne put supporter; l'humilité lui faisait défaut. {Veith. Misericordia.)

La fuusse humilité.

On raconte du Père Abraham à Sancta Clara, plus connu par ses écrits humoristiques et ses sermons originaux que par son grand zèle et sa piété solide, qu'il avait une pénitente qui s'appelait sans cesse la plus grande pécheresse du monde. Le spirituel religieux, qui voulait la guérir de cette maladie, après l'avoir consolée à différentes reprises, et avertie, mais en vain, de ne plus tenir de tels propos, lui dit un jour, à l'occasion du même aveu humiliant, mais d'un ton de voix très-doux : « Je dois vous avouer, ma bonne femme, que jusqu'ici j'avais eu une toute autre opinion à voire sujet, et que je vous avais toujours crue humble et vertueuse; mais depuis que j'ai parlé à certaines personnes, qui vous connaissent à fond, et qui ont eu affaire avec vous, je commence à devenir de votre avis. » Se redressant aussitôt avec indignation, celle femme, prétendument humble, s'écria : « Qui peut déclarer la moindre chose sur mon compte? Et comment votre révérence ose-t-elle me dire cela

55i DK l.A VERTi; ET DE I.A l'KUFECTiON CIIKÉTIENNE.

••Il faceï Quand ai-je fait cola? Que Dieu punisse de telles calomnies? Comment? Ne vais-je pas chaque jour à l'église? iVe jeûné-je pas deux fois par semaine? etc.

Quelques moines louaient un jour en présence de S. Antoine, un père en le représentant comme un homme trèspieux et très-saint. L'iiomme de Dieu éprouva alors celui dont on avait fait tant l'éloge, pour voir s'il était en état de s'humilier et de supporter une injure. Mais le frère nesupjjorta point l'épreuve, et S. Antoine lui dit : « Mon tils! tu ressembles à une maison dont la façade paraît très-belle et très-ornée, mais dont l'intérieur a été dépouillé par les voleurs. » (Le messager de Jéricho.)

Comparaisons.

L'âme humble a beaucoup de ressemblance avec les petits orangers qui portent des fruits bien plus beaux que les grands orangers ordinaires. C'est ainsi que les actions et les sentiments d'une âme humble sont beaucoup plus méritoires devant Dieu et plus agréables à ses yeux, que les actions en apparence plus grandes d'une âme orgueilleuse. » {S. Joseph de Cu per tin.)

« Pendant que Dieu résiste au superbe, il donne sa grâce à l'âme humble. Quelle terrible punition pour l'orgueilleux» quelle magnifique récompense pour l'autre! L'orgueilleux ressemble à un rocher, l'homme humble à un charmant vallon. Le ciel fait descendre sa grâce comme une pluie rafraîchissante ; or, cette eau céleste ne saurait s'arrêter sur le rocher de l'orgueil, elle en découle, et c'est ainsi que l'orgueilleux perd la grâce et l'amour de son Dieu; dans la vallée de l'humilité l'eau céleste de la grâce divine peut s'y rassembler et féconder l'âme humble afin qu'elle produise des fruits pour la vie éternelle. » {S. Augustinus de Verb. Apost. Serm. 9. c. 5.)

Lorsque quelqu'un passe par une porte un peu basse» il ne se fait aucun tort en se baissant légèrement; mais il peut se faire du mal, s'il ne se courbe pas, ne fut-ce que de l'épaisseur d'un doigt, et s'il continue au contraire de mar-

cher la tête levée; car il pourra aisément se la cogner et la blesser. Il en est de même de l'iline par rapport à riuimilité; si grande que soit l'âme, il ne vous est pas permis pour cela de vous élever avec orgueil ; bien plus, vous devez craindre pour vous; car il peut vous en coûter très-cher de vous élever même très-peu et de ne pas être entièrement humble, » {S. Bernard.)

2) La libéralité. Cette vertu consiste dans la dis[)osition à assister de sa fortune les malheureux qui ont besoin de secours, ou a coopérera d'autres œuvres qui ont un but louable; S. Augustin la désigne comme une disposition de l'àme à donner librement de ses biens, sans espoir de récompense, uniquement par amour pour Dieu et pour le prochain. S. Ambroise nous montre ce que la libéralité doit être, dans les paroles suivantes : '.< Quand il s'agit de libéralité, on ne demande pas combien on a donné mais avec quel sentiment, dans quelle intention on a donné; car elle n'est pas parfaite la libéralité qui s'exerce plutôt par désir de vaine gloire, que par miséricorde. » S. Chrysostôme nous dépeint la récompense de cette vertu quand il écrit : « Les bénédictions divines qu'on s'attire par la libéralité, sont un bien très-riche, et l'on ne peut laisser à ses descendants un héritage plus noble et plus heureux. » Le divin Sauveur exprime cette vérité en quelques paroles : « Donnez et il vous sera donné. » (S. Luc. 6, 38.)

Exemples tirés de la Bible.

Nous trouvons un bel exemple de la vertu de libéralité dans la conduite du sage Salomon, Il fit élever un temple au Seigneur et l'orna de la manière la plus splendide et la plus magnifique, n'épargnant aucuns frais, ni aucune peine. (3. /tu. Bois.^) — Tobie était aussi extrêmement libéral. « Tous les jours, au rapport de l'Ecriture, il allait visiter ses parents, les consolait, et distribuaitsonbien à chacun d'eux,

CATÉC. PRATIQUE. T. II. 9*

selon qu'il le pouvait. 11 nourrissait ceux qui avaient faim, donnait des vêtements à ceux qui étaient nus, et ensevelissait avec soin ceux qui étaient morts ou qui avaient été tués. » {Tobte, 1,19-20.) — Les premiers chrétiens ne se distinguèrent pas moins par leur libéralité. Il est dit dans les Actes des apôtres « qu'ils vendaient leurs biens et leurs terres, et les distribuaient à tous, selon que chacun en avait besoin. » (2, 45.)

Bénédiction réservée à la libéralité.

S. Hilarion visitait les monastères qui lui étaient soumis, en compagnie d'une foule de ses disciples. En chemin il arriva près d'un ermite avare, et quand ils s'approchèrent de sa vigne, ceux qui y faisaient la garde, leur jetèrent des pierres, afin de les empêcher d'arracher une grappe de raisins. Or, quelle fut la suite de cette conduite? L'avare malgré tous ses soins ne put réunir que peu de grappes ; de plus, tout son vin se gâta et tourna en vinaigre. Un autre ermite, nommé Sabas pria au contraire S. Hilarion et ses disciples d'entrer dans sa vigne et d'y cueillir autant de grappes qu'il leur plairait d'en manger. Quelle fut la suite de cette libéralité? Dieu le bénit, et le solitaire récolta trois fois plus de vin que de coutume. {Fleurs du désert.)

Le roi Artaxerxès.

Plutarque raconte que le roi Artaxerxès avait la main droite plus longue que la main gauche et qu'il fut surnommé pour cette raison : Artaxerxès à la longue main. Un jour qu'on s'étonna de cette irrégularité, le roi donna cette réponse remarquable : « Dieu m'a donné une main plus longue afin de m'en servir pour répandre les bénédictions, distribuer des bienfaits et faire beaucoup de bien, puis une autre main plus courte afin de ne pas prendre, ni dissiper beaucoup. »

Comparaisons.

< Produisez des fruits comme la terre, ne soyez pas audessous de cet élément insensible. La terre en effet produit

DES VElirUS OPl'OSÉKS AUX PÉCHÉS CAPITAUX. Sfiîi

des fruits, non pour son usage mais pour le vôtre. Et vous, vous prétendez récolter seul et conserver tout pour vous! » (S. Ànibros. Serm. 81 de ho m. Dioit.) — « Voulez-vous être un bon marchand, un heureux spéculateur, donnez ce que vous ne pourrez pas toujours conserver, pour recevoir en échange ce que vous ne perdrez jamais. — Donnez le peu que vous avez afin de recevoir au centuple en retour; partagez l'héritage terrestre pour recevoir en échange l'héritage céleste. » (5. August, in epist.) (Voyez les exemples et les compai'aisons cités plus haut, page 44-69 et 479.

3) La Chasteté Cette vertu consiste à retenir dans le devoir tous les penchants et les désirs qui blessent la sainte modestie. C'est une vertu vraiment céleste, (jui nous rend semblables aux anges, et dont le catéchisme ne saurait parler assez souvent pour nous la recommander et nous la faire aimer. Aussi avons-nous traité tout au long, dans le sixième et le neuvième commandement de Dieu, de cette vertu par laquelle se distingua surtout la très-sainte Vierge Marie. Tous les Saints l'ont aimée et eue en grande estime; car tous « ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucitié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés » dit S. Paul. (E/?e^. aux Gai. 5, 24.) Et nous, ne les imiterions-nous pas? Ne voudrions-nous pas aimer et garder fidèlement l'angélique vertu de chasteté? Voyez quelle réconipense, quelle magnifique couronne vous attend? « Toutes vos prières et tous vos chants de louanges sont inscrits au livre de vie, dit S. Cyrille de Jérusalem {catech. 15.), les aumônes que vous distribuez, les jeûnes que vous observez, les liens du mariage que vous respectez, la continence que vous pratiquez pour l'amour de Dieu , tout cela est annoté. Mais mie couronne extraordinaire est réservée à la virginité et à la chasteté, à cause de la quelle vous brillerez comme un ange. »

S56 DE LA veutu et de la perfection chrétienne.

Fra)i{üis l el la demoiselle chaste.

François I étant allé dans la ville de Manorque, logea chez un particulier dont la fille lui avait présenté les clefs de la ville; c'était une jeune personne d'une rare beauté et d'une vertu plus rare encore. S'étant aperçue qu'elle avait fait sur l'esprit du roi une impression que ce monarque n'avait pu cacher, elle alla mettre du souffre dans un réchaud et en reçut la fumée au visage pour se défigurer, ce qui lui réussit au point qu'elle devint méconnaissable. François I fut d'autant plus frappé de ce trait de vertu qu'ici la vanité de subjuguer un roi était un piège dangereux dans un âge où l'envie de plaire est déjà si forte et si naturelle. Le monarque, voulant lui donner une marque de son estime, lui assura une somme considérable pour dot, {Morale en action.)

4) Uamour bienveillant du prochain est opposé à l'envie et consiste à vouloir du bien à tous les hommes et à prendre une part sincère à la joie comme à la tristesse du prochain. « C'est la véritable et sincère charité, dit S. Bernard, quand nous voyons avec joie et amour le bien qui arrive aux autres, comme si nous l'avions reçu nous-mêmes, « L'apôtre nous exhorte à la pratique de cette vertu quand il dit : « Aimez-vous les uns les autres avec une charité fraternelle; réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, et pleurez avec ceux qui pleurent. » {Epit. aux Rom. 12, 10. 15.)

Exemples tirés de la Bible.

Cette vertu de bienveillance se manifesta d'une façon particulière à l'occasion de la naissance si désirée de saint Jean- Baptiste. Quelle joie n'éclata pas en effet dans les montagnes de la Judée! Tous les voisins arrivèrent pour féliciter les heureux parents de ce que le Seigneur eut béni Elisabeth jusqu'alors stérile. « Les voisins et les parents se réjouirent avec elle. » {S. Luc. J, o8.) Ils contemplèrent avec allégresse le nouveau-né, et, pleins d'une sainte espérance, ils s'écrie-

rent : « Quel sera un jour cet enfant? » (S. Luc. 1, (jCy.) La charité les porta h féliciter l'heureuse mère; et l'espérance, de retirer des fruits de cette naissance, remplissait les cœiirs des plus douces émotions. — Quelle bienveillante charité, Booz ne témoigna-t-il pas h la pauvre Kuth? « Quand ce sera l'heure de manger, lui dit-il, venez ici, et mangez le pain et Irempez-lr dons le vin. « Et Icr^qu'ellc se leva no'.^r glai'ier, il donna cet ordre à ses serviteurs, disant : « Jetez à dessein des épis de vos gerbes, et laissez-les afin qu'elle les recueille sans honte. >* (Ruth. 2.) — Quel amour bienveillant ne trouvons-nous pas dans Tobie?

(Voyez les exemples cités plus haut, page 5a5.)

L'amour bienveillant des premiers chrétiens.

Les premiers chrétiens se distinguaient généralement par un amour bienveillant entre eux ; ils ne connaissaient ni l'envie, ni la haine; ils se partageaient leurs joies et leurs douleurs, ils ne formaient qu'un cœur et une âme. Les païens eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher d'en manifester leur admiration. « Voyez, disaient-ils, comme ils s'aiment, tandis que nous nous haïsso-ns, et comme ils sont disposés à mourir les uns pour les autres, tandis que nous sommes prêts à nous tuer! »

(Voyez d'autres exemples encore de l'amour du prochain, surtout page 83. « Les deux, Arabes. »)

5) La sobriété dans le boire et le manger, consiste dans la mortification de nous-mêmes, surtout de notre appétit, ou de notre goût pour les aliments. « La sobriété, dit S. Thomas d'Aquin, est la privation d'aliments, réglée d'une manière raisonnable; » — « elle est l'alphabet de la vie spirituelle, » ajoute S. Vincent de Paul. Celui qui ne sait pas maîtriser sa sensualité, vaincra difficilement les autres vices contre lesquels on doit néanmoins lutter sans cesse, si on ne veut pas en être l'esclave. » C'est pourquoi l'apôtre S. Paul nous dit :

« Marchons dans la décence et non dans la débauche et dans les festins etc. » {Epît. aux Rom. 13, 15.)

(Nous avons parlé de la tempérance dans le boire et le manger, à roccasion du 6* commandement 44-2-i5ô et de la loi de l'abstinence 531, c'est pourquoi nous n'ajouterons ici que quelques exemples.)

Exemples tirés de l'Ecriture.

Daniel se distingua avec ses trois compagnons Ananie, Misaël et Azarie, par la vertu de tempérance. Nabuchodonosor avait ordonné à son premier chambellan de conduire à la cour royale quelques-uns d'entre les jeunes-gens les plus distingués et les plus instruits du peuple juif qu'il avait emmené captif à Babylone. Ils devaient y être nourris et élevés, et chaque jour on devait leur distribuer des mets et du vin qui venaient de la table du roi. Mais Daniel refusa de se souiller en mangeant des mets de la table royale, (dont quelques-uns sans doute étaient défendus aux juifs), et il pria l'officier de lui donner, ainsi qu'à ses trois compagnons disposés comme lui, des légumes et de l'eau au lieu des mets de la table du roi. L'oflicier que Dieu rendit favorable à Daniel, répondit : « Je crains le roi mon Seigneur qui a ordonné qu'on vous servît des viandes et du vin de sa table. S'il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jeunesgens de votre âge, vous serez cause de ma mort. » Daniel dit a Eprouvez, je vous prie, vos serviteurs durant dix jours, €t après cela regardez nos visages et vous traiterez vos serviteurs selon ce que vous aurez vu vous-mêmes. » L'officier les éprouva durant dix jours et après les dix jours, leur visage parut frais et plus brillant de santé que celui de tous les autres jeunes-gens. Il continua donc de leur apporter des légumes et de l'eau. Or Dieu donna à ces jeunes-gens une grande science et beaucoup de sagesse. A Daniel il accorda l'intelligence de toutes les visions et de tous les songes. {Daniel. 1.) Voilà comment Dieu récompense la vertu de sobriété. — Dans l'Ecriture nous trouvons encore comme un exemple spécial de sobriété, S. Jean-Baptiste. Il ne vivait que de sauterelles et de miel sauvage, et ses vêtements étaient

faits de poils de chameaux; sa demeure était le désert. (S. Mallh. 3, 4.) II maîtrisait non-seulement toutes ses passions mais on peut dire qu'il se mortifiait complètement.

Le jeune Théodore.

Le jeune Théodore qui descendait d'une illustre famille, gémissait chaqi^" fois qu'il voyait In tnble de son père couverte de mets exquis o! recherchés. A quoi bon, disait-il, ce superflu et ces dépenses, puisqu'il faut si peu de chose pour l'entretien de l'homme? » Il mangeait avec tant de sobriété qu'il avait souvent des scrupules, craignant d'avoir fait trop bonne chère pendant le repas. Parfois il disait : « L'intempérance est la source d'une infinité de péchés, mais la tempérance est un moyen efficace pour se conserver dans la grâce de Dieu et s'exercer à la pratique de toutes les vertus, » il mourut riche en mérites, après avoir mené dans le désert, sous la conduite de S. Pacôme, une vie plus angélique qu'humaine. {S. Jérôme. Vie de S. Pacôme.)

6) La douceur ou la mansuétude. Par douceur on entend la répression de tous les désirs de vengeance, de tout sentiment de colère injuste et de malveillance. « Etre doux, dit S. Chrysostôme, c'est savoir supporter les offenses et tâcher d'empêcher celles qui sont faites aux autres, »S. Augustin appelle doux ceux qui rendent le bien pour le mal (i). — C'est la vertu que le divin Sauveur nous recommande de la manière la plus expresse, puisqu'il nous dit à tous : « Apprenez de moi, que je suis doux et humble de cœur. » (S. Matth. li, 29.)

Exemples tirés de l'Ecriture.

L'Ecriture-Sainte est riche en exemples de douceur chrétienne. Moïse supporta pendant quarante ans les cœurs durs, lés murmures et les grossièretés des Israélites. — Quel modèle de patience et de douceur ne fut pas le saint homme Job, contre lequel le démon mit en œuvre toute sa malice et sa

(1) Voyez les exemples ci-dessus, page 52-44, et 71-81.

500 nE LA VERTl' ET DE LA PERFECTION CHRÉTIENNE.

liaine pour le porter, au moyen de toute espèce de tourments, à l'impatience. Il en fut de même de Tobie. David fut persécuté de la manière la plus indigne durant plusieurs années par Saiil. (i. Liv. des Bois. 24 et 26.) Son propre fils se révolta contre lui et chercha à lui ravir la couronne avec la vie. Mais ù toutes ces persécutions, ce grand roi opposa touj !irs une invincible patience et une inaltérable douceur. Il déplora amèrement la perte de son fils dénaturé et souhaita mourir pour son salut. — Les exemples de douceur sont fréquents dans le nouveau testament. Avec quelle douceur et quelle patience souffrit et mourut Jésus-Christ? S. Etienne l'imita en priant pour ses bourreaux quand il dit : « Seigneur, ne leur imputez point ce crime. » {Act. des Apôt. 7, 58-59.) Les apôtres comme fidèles imitateurs de Jésus-Christ, montrèrent la même douceur.

Triomphe de la douceur.

Un prêtre fut un jour prié de recueillir dans une grande ville des aumônes pour les pauvres, ce qu'il fit avec son humilité et sa charité ordinaires. Arrivé dans un hôtel pour y remplir sa noble mission, il s'approcha d'une table où se trouvaient plusieurs habitués, et demanda poliment une aumône pour ses pauvres, mais lout-à-coup voilà qu'un des convives s'irrite et se met à lancer une bordée de grossières injures contre l'état vénérable auquel appartenait le collecteur ; il finit même par lui cracher au visage, l'homme de Dieu, souriant avec la douceur d'un ange, dit alors : « Mon cher monsieur, vous avez été bon pour me donner ce qu'il me fallait, et je vous en remercie; maintenant, j'ose vous prier de me donner aussi quelque chose pour les pauvres. » J/insulteur écrasé sous le poids d'une patience et d'une douceur aussi sublimes, regarda comme pétrifié, le suppliant, et trouva à peine des mots pour lui demander pardon, tandis que le serviteur de Dieu s'en alla avec de riches aumônes pour ses chers pauvres.

S. François liégis.

Üien ne montre mieux ce que peut le zèle, sur les cœurs

UF.S VKUTLS Ol'I'OSÉIiS AL\ l'ÉCHÉS CAPITAUX. î>61

même les plus endurcis, (juc les victoires qu'il fit remporter à S. François Régis. Ayant appris un dimanche qu'il y avait dans une hôtellerie une troupe de libertins qui, échauffes par le vin, tenaient des discours impies et commettaient d'autres excès, il s'y transporta sur-le-champ pour essayer d'empêcher le désordre et le scandale. Ses discours furent méprisés; il y en eut même un de la troupe qui lui donna un soufïïet. Le saint homme, sans marquer la moindre émotion, lui présenta l'autre joue en lui disant : « Je vous remercie, mon frère, du traitement que vous me faites : si vous me connaissiez, vous gageriez que j'en mérite beaucoup plus. » Cette patience émut tous ceux qui étaient présents; ils se retirèrent pénétrés d'une confusion salutaire.

Comparaisons.

« La douceur arrache de la main de la colère le poignard menaçant, et éteint l'imprécation avant qu'elle s'échappe brûlante des lèvres du furieux. Celte vertu, fille du ciel, répand autour d'elle le calme et la paix du ciel, » — De même qu'un coussin d'édredon paralyse le choc d'une pierre lancée avec violence, de même un homme doux brise l'emportement de la colère, quand il oppose une parole douce et affable. » — « Le cœur de l'homme doux qui a extirpé toutes les épines de la colère, est un lit agréable ou Dieu aime à prendre son repos. » {Munch.)

7) Le zèle pour le bien consiste à servir Dieu de hon cœur, à procurer sa gloire selon nos moyens et à remplir fidèlement tous nos devoirs. — Conséquemment cette vertu embrasse a) le zèle pour le service et la gloire de Dieu, et b) le zèle pour l'accomplissement des devoirs de notre vocation et de notre état, zèle qu'on appelle aussi diligence. Ce zèle pour le bien nous est prescrit parwofre fin dernière ou notre destinée éternelle, puisque nous sommes sur la terre pour servir Dieu et sauver ainsi notre âme, comme nous l'avons montré dans l'introduction (1 partie, page 1-20) par des exemples, des compa-

raisons et des explications. C'est pourcjuGi le sage Sirach disait: « Travailler au salut et servir Dieu, voilà tout l'homme, » (Ecc/.12,"li.)EtS. Paul nous adresse ces mots: «Ne soyez point paresseux dans cequi est de votre devoir; soyez fervents en esprit, et servez le Seigneur. » {Epit. aux Rom. 12, 11.) D'ailleurs nous sommes nés pour travailler comme l'oiseau pour voler, et celui qui ne veut pas travailler ne mérite pas de manger; le paresseux récoltera les fruits déplorables de sa paresse et de sa fainéantise.

Saint Antoine du désert.

Etre fidèle et zélé dans le service de Dieu, aussi bien que dans l'accomplissement des devoirs de notre état, en un mot: prier et travailler, voilà ce qui nous rend saints. Saint Antoine, seul au milieu d'une affreuse solitude, se sentait accablé d'une profonde tristesse, attaqué de pensées impures et de ténèbres intérieures. S'adressant alors au Seigneur, il dit: « 0 mon Dieu ! je voudrais sauver mon âme, mais les pensées immondes qui me poursuivent, s'opposent à mon salut. Que dois-je faire dans cette désolante situation? Comment me sauver? » — En même il se leva et se rendit dans sa cellule. Là il vit un homme assis par terre qui tantôt travaillait et tantôt priait. Antoine ne douta point que ce ne fut un ange qui venait lui enseigner ce qu'il avait à faire; aussitôt il entendit cet étranger lui adresser les paroles suivantes: « Fais comme moi, et tu seras sauvé. » Après ces mots l'étranger s'empressa de quitter la cellule du solitaire. {Fleurs du désert.)

Diligence et zèle infatigable de S. Isidore.

Saint Isidore eut le malheur de perdre son père et sa mère dans un âge où l'enfant a surtout besoin de leur assistance. Saint Léandre, son frère, adopta comme un autre père le pauvre orphelin et l'envoya à Séville fréquenter l'école. Mais Isidore, qui plus tard fut un flambeau éclatant d« sagesse humaine et céleste, apprit d'abord très-péniblement,

ÜIlS YEUTIS OPPOSÉES AUX PÉCHÉS CAPITATJX. 5G3

de manière que, découragé à la vue du peu de progrès qu'il faisait, il quitta l'école et s'enfuit secrcMcmcnt de Séville, sans savoir à qui s'adresser. Fatigué bientôt de sa marche, il s'assit près d'une source et aperçut une pierre que les gouttes d'eau, en tombant, avaient creusée insensiblement. Alors il se dit en lui-même: « Comment! si de nombreuses gouttes d'eau sont capables d'amollir la dureté de la pierre, ne pourrais-je pas, nonobstant le peu de talents que jo possède, réussir, au moyen d'un travail assidu, à faire des progrès et à acquérir les connaissances que possèdent mes condisciples? » Cette pensée donna un nouveau courage au jeune homme; il retourna de suite à la ville, implora fréquemment l'assistance divineet s'appliqua aux études avec un zèle infatigable. Bientôt Isidore eut vaincu ce qu'il y avait de plus difficile, les principes, et il marcha chaque jour de progrès en progrès; la joie qu'il ressentit de son avancement, redoubla dans Isidore le goût de l'élude, et c'est ainsi qu'en peu de tempsil égala non-seulement ses condisciples, maisilslessurpassa même de loin dans les langues. Des talents qu'on n'avait pas soupçonnés, se manifestèrent d'une manière surprenante dans lejeune étudiant. Une rare facilité pour l'éloquence, un esprit observateur et profond, bien audessus de son âge, s'unirent dans Isidore à une prodigieuse mémoire et à un jugement droit. Comme il avait grandi en sagesse et en science, il avait grandi aussi dans l'amour et la crainte de Dieu. Par la suite il devint archevêque de Séville et l'ornement de l'Eglise d'Espagne dont les habitants vénèrent encore en lui un de leurs plus grands hommes. Voilà comment il est vrai de dire qu'un travail assidu triomphe de tout. {Bibliothèque de la jeunesse.)

Combien le travail est salutaire.

Quand on demanda un jour au vénérable Robert Bellarmin, quelle classe d'hommes était le plus à même d'assurer son salut, il répondit :. « Ce sont les ouvriers qui gagnent tous les jours leur pain à la sueur de leur front ; car de bon matin ils commencent à travailler, et cela dure jusqu'au

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soir; il ne leur reste donc pas de temps pour faire le paresseux, et en même temps ils trouvent toutes sortes d'occasions pour pratiquer la vertu. »

Nécessité du travail.

Le Père céleste ne confia pas son Fils à un riche fainéant, mais à un laborieux charpentier, à S. Joseph. Pour remplir cette charge celui-ci n'obtint aucun secours extraordinaire, mais il dut nourrir le divin enfant avec les fruits d'un rude travail. Aussi nous ne lisons pas que Jésus, qui plus tard nourrit plusieurs milliers d'hommes avec quelques pains, ait garni le garde-manger dans la maison de ses parents, quand il était vide, ou que par un effet de sa puissance il ait pourvu aux besoins des siens; non, mais il travailla avec ses parents et voulut les aider à gagner ce qui était nécessaire à la vie. — Plus tard Jésus-Christ choisit pour ses apôtres des ouvriers laborieux, et ses auditeurs étaient la plupart des gens du peuple, des ouvriers. S.Paul, l'apôtre des nations, gagnait sa vie à faire des tapis, et c'est lui qui a dit ces paroles austères : « Qui ne travaille pas, ne doit pas manger. » Aussi tous les imitateurs de Jésus-Christ et des Apôtres se livraient autrefois au travail. Les Pères du désert eux-mêmes, dont la nourriture ne coûtait rien ou que peu de chose, puisqu'ils vivaient la plupart de racines et d'herbes, avaient chacun leur ouvrage déterminé. Un des plus illustres solitaires, S. Paul abbé, avait coutume de tresser des nattes et d'autres objets au moyen de feuilles depalmier. Lorsqu'il en avait fabriqué ainsi une grande quantité et que personne ne venait les prendre, il les brûlait toutes afin qu'il n'eût pas l'occasion de se dire : j'ai travaillé assez; désormais je puis me reposer. — Un jour qu'on demandait à un autre solitaire appelé Dorothée qui travaillait non-seulement le jour mais encore une grande partie de la nuit, pourquoi il tourmentait ainsi son corps, il répondit avec beaucoup déraison : « C'est de peur que le corps ne me tourmente à son tour. » 11 savait bien que le travail, l'appJi-

DES VERTUS OPl'OSl-tS AUX l'LCMlls CAPITAUX. 5()5

cation dompte les appétits de la chair et éteint le feu de la concupiscence.

Le travail est le meilleur assaisonnement des aliments. Le repas le plus frugal goûte toujours bien après le travail, car le travail est le meilleur assaisonnement des mets. — « La soupe est bien trop maigre, » disait la petite Gertrude, en déposant sa cuiller ; « je ne saurais plus en manger. » — a Et je n'ai pas le temps d'en préparer d'autre, » répondit la mère; « mais le soir je vous en donnerai une qui vous goûtera beaucoup mieux, » — Sur cela, la mère s'en alla avec Gertrude au jardin-légumier, où elle se mit à déterrer les pommes de terre, tandis que Gertrude s'occupa, jusqu'au coucher du soleil, à les ramasser et à les jeter dans un sac. Quand toutes deux furent revenues à la maison, la mère mit surtable la soupe du soir. Gertudelagoûtaetdit : « Voilà une tout autre soupe, elle me goûte bien mieux. » et elle mangea tout ce qui se trouvait dans son assiette. — La mère sourit et dit: « Mon enfant, c'est la même soupe que vous avez laissée à midi. Maintenant elle goûte mieux, parce que vous avez travaillé avec ardeur durant l'après-dîner. » {Livre de lecture, de Schuster.)

Pratique. Ame chrétienne ! nous avons donc appris à connaître les belles et nobles vertus que nous devons nous efforcer tous d'acquérir avec un zèle infatigable. A vous donc de pratiquer toutes ces vertus, si vous voulez un jour obtenir la glorieuse couronne des vertus. Ne cessez donc pas de lutter contre vos mauvaises inclinations; car sachez bien, sans une lutte continuelle vous n'acquerrez jamais les vertus chrétiennes (comme nous l'avons déjà dit en expliquant ce que c'est que la vertu); mais si vous avez combattu fidèlement jusqu'à la mort, Dieu vous donnera la couronne de la vie. {Apoc. 2, 10.)

Le glaive et le casque de fer; le sceptre et la couronne.

Charles V, roi de France, pour sonder les dispositions de

SOü DE LA VERTU ET DE LA PERFECTION CHRETIENNE.

son jeune fils, le dauphin, fit un jour placer devant lui deux tables; sur l'une il déposa un sceptre et une couronne, sur l'autre un glaive et un casque de fer, et le laissa libre de choisir entre ces deux espèces de cadeaux. Le jeune prince n'hésita pas longtemps, il prit le glaive et le casque. Quand son père lui demanda les raisons de son choix, il dit: « c'est qu'avec le glaive et le casque on obtient ou l'on conserve le sceptre et la couronne. »

Dieu faitde même avec nous. D'un côté il met le glaive elle casque, afin que nous combattions vaillamment toutes les mauvaises inclinations qui se trouvent en nous ; d'un autre côté il met le sceptre et la couronne, afin de nous les donner comme une récompense après que nous aurons lutté victorieusement : C'est pourquoi, encore une fois : « Ne cessez de combattre pour la vertu ! Où il n'y a pas de combat, il n'y a pas de victoire ni de couronne.

{Gr. Cat. 25^ q.) Pourquoi nous devons aspirer à laperfection chrétienne. — Explication. C'est un devoir sacré pour nous tous de parvenir à la perfection qui convient à notre état. Dieu l'exige en effet de nous, comme l'exige notre propre avantage. Notre Seigneur désire de nous que nous soyons parfaits, puisqu'il dit expressément: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, » (S. Matth. 5, 48.) et autre part : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit, et de toutes vos forces. » (S. Marc 12, 30.) Qu'est-ce autre chose qu'aimer H'ien parfaitement, le servir parfaitement, et ainsi être parfaits? Le panetier de Pharaon, dit-on, laissa dans la farine une petite pierre; or, le roi l'ayant rencontrée dans le pain en mangeant, fit jeter de suite le panetier en prison. L'échanson qui négligea d'enlever un moucheron tombé dans la coui)e du roi, éprouva le

§ II. DE LA rEKFECÏlON CIlUÉllENNE. 567

même sort que le premier. Or, si l'on doit servir j:)ar/flftement un roi do la terre, à combien plus forte raison ne doit-on pas &(iv\\v parfaitement le roi des rois? — J!^otre propre avantage exige ensuite que nous travaillions à acquérir la perfection; car plus notre vie est sainte sur la terre, plus notre gloire sera grande au ciel; si au contraire, nous ne nous efforçons pas de devenir sans cesse meilleurs, nous reculerons toujours dans le chemin de la vertu, nous tomberons facilement dans des péchés graves et ainsi nous risquons de nous damner, v Car à celui qui possède, » dit notre divin Sauveur,« on donnera, et il sera dans l'abondance; mais pour celui qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il semble avoir. » (S. Matth. 25, 29.)

Celui qui veut se sauver, doit avancer sans cesse dans le chemin de la vertu et de la perfection .

Le vénérable Alph, Rodriguez exprime cette vérité de la manière suivante : « Quiconque veut être saint, doit oublier le bien qu'il a fait, et songer continuellement à ce qui lui reste à faire, et celui-là est véritablement heureux qui profite chaque jour, qui ne considère pas ce qu'il fit hier, mais qui songe seulement à ce qu'il faudra qu'il fasse aujourd'hui pour faire de nouveaux progrès. »

{Gr. Cat. 26« q.)

En quoi consiste la perfection chrétienne. — Explication. La perfection chrétienne consiste à renoncer à l'amour déréglé du monde et de nous-mêmes, et à aimer Dieu par-dessus toutes choses et toutes choses en Dieu. « La perfection chrétienne, » dit S. François de Sales, « ne consiste point à ne pas regarder le monde, mais elle consiste à ne pas s'en amouracher, » c'est-à-dire, à ne pas l'aimer d'un amour désordonné, à ne pas s'y attacher. Quiconque veut être parfait, doit pouvoir s'écrier avec

David : « Qu'y a-t-il |wur moi dans le ciel? Et hors de vous qu'ai-je voulu sur la terre? 0 mon Dieu, vous êtes la force de mon cœur et ma part éternelle. » {Ps. 72, 25-26.)

Exemple de perfection chrétienne.

S. Arsène, solitaire, avait obtenu un riche héritage par un testament dont un employé de la cour avait dressé l'acte. — Mais le Saint refusa constamment d'accepter les biens qu'on lui avait laissés, disant : « Je suis déjà mort aux yeux de mes proches et conséquemment il est impossible que je sois l'héritier de ce parent. Dieu seul est mon héritage et l'objet de mon amour. » Ce Saint avait donc atteint la perfection, puisqu'il avait renoncé à l'amour du monde et de lui-même, et qu'il aimait Dieu au-dessus de tout et tout pour Dieu.

Le divin Maîtr^e et S. Catherine de Gènes.

En quoi consiste la perfection chrétienne et de quelle manière on peut le plus aisément y parvenir, c'est ce que montra le divin Maître à une âme privilégiée, à S. Catherine de Gènes, au milieu d'un colloque mystérie&x, quand il lui dit: « D'abord : qu'on ne vous entende jamais dire : je veux ou je ne veux pas; deuxièmement : ne dites jamais 7non mais notre; troisièmement : ne vous excusez jamais sous aucun rapport, mais soyez toujours prête à vous accuser vous-même. » — S. Catherine suivit ces prescriptions de la manière la plus fidèle, comme le prouve toute l'histoire de sa vie. — Personne ne saurait dire en effet quel zèle S. Catherine employa pour mettre en pratique ces leçons célestes; c'est pourquoi elle plut tant à son divin Maître qu'il l'enrichît de grâces toutes spéciales, (llungari.)

{Gr. Cal. 27« q.) Le chemin qui conduit à la perfection. — Explication. Le chemin le plus sûr pour arriver à la perfection chrétienne est Viniitation de Jésus-Christ, c'est-à-dire, que nous pouvons parvenir le plus facilement et le plus sûrement à la perfection chrétienne, en réglant toutes nos

§ II. DE r,A PERFECTION CHRÉTIENNE. 56'.)

l)ensées, nos paroles, nos oclions sur notre divin modèle Jésus-Christ, i)uisqu'il est le chemin, la vérité et la vie. C'est pourquoi le divin Sauveur disait lui-même au jeune homme dont il est parlé dans l'Evangile {S.MaUh.i9,'ii.) « Si vous voulez être parfait, suivez-moi. « Et S. Isidore nous dit : « Voulez-vous arriver à la perfection, suivez sans cesse la irace de Jésus-Chiist, comme le ch;isseur suit la trace du gibier. » — « Les peintres doivent regarder souvent l'objet qu'ils veulent copier, » dit S. Basile {Epist. ad Greg, de vita solit.), « de même, celui qui veut devenir parfait doit souvent jeter ses regards sur la vie de Jésus et des saints. »

Le portrait d'or.

Boleslas IV, roi de Pologne, portait suspendu au cou le portrait en or de son père, et avant d'entreprendre quelque chose, il avait coutume de baiser celte image et de dire : « 0 mon père! que je ne fasse jamais rien qui soit indigne dé votre nom. » — Combien vite nous parviendrions à la perfection, si, au milieu de toutes nos actions et nos omis- ' sions, nous avions ainsi toujours sous les yeux l'image de notre divin Sauveur et si nous disions : « 0 mon Jésus! que je ne pense jamais à rien, ou^que je ne fasse rien qui soit indigne de vous. »

Réponse remarquable de S. Paulin.

Saint Paulin, ëvêque de Noie, appliquait tous ses efforts à retracer fidèlement au-dedans de lui l'image de Jésus-Christ, en l'imitant; c'est pourquoi il répondit à un de ses amis qui désirait avoir son portrait : « Quel portrait vous enverrais-je? Le vie// homme esl trop laid et n'est pas digne d'être copié; quant au nouvel homme il n'est pas encore formé ou dessiné jusqu'à la perfection. »

Comparaison.

« Autrefois les enfants de famille noble portaient suspendu au cou, le portrait de leurs parents renfermé dans un étui en forme de cœur, et cet ornement servait à leur rappe-

1er qu'ils devaient imiter les vertus héroïques de leurs parents. Le chrétien, lui, ne doit pas seulement porter extérieurement au cou l'image de Jésus-Christ, mais il doit la graver si profondément dans son cœur et dans son âme, qu'elle y soit imprimée comme l'est un sceau avec ses traits et ses couleurs dans la cire molle. » [Marchant.)

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