DES TROIS CONSEILS I- VANGELIQCES
[Gr. Caf. 28-32^.)
Explication. Comme principal moyen pour parvenir à la perfection, le divin Sauveur lui-même a recommandé surtout de pratiquer les conseils évrnigéliques, qui sont : La pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l'obéissance parfaite. On les appelle conseils parce que Jésus- Christ s'est borné à les conseiller et n'en a point fait de précepte; évangéliques, parce qu'ils sont recommandés dans l'Evangile. La pratique de ces conseils évangéliques a une valeur d'autant plus grande aux yeux de Dieu, qu'ici ce n'est pas un précepte, une obligation stricte^ comme dans les commandements, mais la libre volonté de l'homme qui est en jeu. « Une grande récompense, dit S. Jérôme, est réservée à ce qu'on fait librement sans y être obligé. »
Les trois écus d'or.
Le Seigneur Jésus, disent les annales de Saint-François, apparut un jour avec un visage gai et aimable à ce saint patriarche et désira de lui un triple sacrifice. « Ah Seigneur! répondit le bienheureux, vous savez bien que j'ai tout offert à votre divine majesté et que je vous appartiens tout entier; que je n'ai plus rien qui m'appartienne, hormis celte robe de bure et ce cordon, que ceux-ci même sont à vous. Que puis-je donc encore vous donner.^ Ah ! si j'avais encore un cœur et une âme pour pouvoir vous les offrir! Seigneur, donnez-moi afin que je puisse vous rendre et faire votre
DES mois CONSEILS ÉVANGÉMQUE8. 571
sainte volonté. » — Le Seigneur répondit : « François, fouillez dans votre robe et donnez-moi ce que vous y aurez trouvé. » Le saint homme fit selon le désir du Seigneur, trouva une merveilleuse pièce d'or, comme il n'en avait jamais vu, et la remit au Seigneur. Il renouvelle sur l'ordre de Jésus, la même opération»jusqu'à trois fois et lui donne chaque fois ce qu'il a trouvé. Alors le Seigneur lui expliqua en qu'il entendait par ces trois pièces d'or, c'étaient les trois conseils 'évangéliques : Yobéissance d'or, la précieuse pauvreté, la brillante chasteté. Et François les offrit si parfaitement au Seigneur, qu'il pouvait dire que jamais sa conscience n'eut rien ' à lui reprocher sous ce rapport. — Ame chrétienne, vous pouvez dire aussi comme François, avec Job, d'après la condition de votre état : « Mon cœur n'accuse aucun jour de ma vie. » -{27, 6.) [Philotée 3« année.)
Nous allons expliquer maintenant en détail ces trois conseils évangéliques.
1) La pauvreté volontaire est le renoncement aux biens ' temporels pour arriver d'autant plus sûrement aux biens éternels. Le pauvre volontaire est encore pauvre en esprit, et il l'est bien plus ; car le pauvre volontaire renonce à tout ce qui lui appartient, tandis que le pauvre en esprit ne renonce pas entièrement à ses biens, mais il n'y attache pas son cœur. Jésus-Christ lui-même est devenu pauvre, et depuis sa naissance jusqu'à sa mort sur la croix il est demeuré pauvre ; il s'est anéanti lui-même et a pris la forme d'un esclave; bien souvent il ne savait où reposer la tête. C'est pourquoi il désire de tous ceux qui aspirent à une plus haute perfection, la pauvreté volontaire. C'est ainsi qu'il dit un jour à ce jeune homme dont parle l'Evangile ; « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous possédez et donnezle aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel, puis venez et suivez-moi. » [S. Matth. 19, 20-21.) Depuis lors beaucoup d'âmes pieuses suivirent cet exemple et ces
paroles du divin Sauveur; ils quittèrent tout ce qu'ils avaient, et expérimentèrent par eux-mêmes celte consolante vérité que S. Jérôme exprime de la manière suivante : (c Celui qui est pauvre avec Jésus-Christ est infiniment riche. »
Exemples tirés de l'Ecrit are.
Les apôtres suivirent d'abord l'exemple de Jésus, a Voyez, nous avons tout quitté, dit S. Pierre à son Seigneur et divin maître, et nous vous avons suivi. » {S. Matth. 19, 27.) — Les premiers chrétiens agirent de même, car il est dit dans les actes des apôtres : « Nul ne considérait comme à lui rien de ce qu'il possédait, mais toutes choses leur étaient communes Tous ceux qui possédaient des champs, ou des
maisons, les vendaient et apportaient le prix de ce qui était vendu, » (4, 32, 54) pour montrer qu'ils foulaient aux pieds les richesses et les méprisaient.
Pauvreté volontaire par amour pour Jésus.
Sainte Ângèle de Mérici, institutrice de l'ordre des Ursu- Jines, depuis le jour de sa première communion, avait toujours témoigné le plus profond respect pour le saint Sacrement de l'Autel et tout son désir était de j)ouvoir se nourrir aussi souvent que possible de cette manne céleste. Afin de puiser souvent à cette source de délices ineffables d'où découlent toutes les grâces, elle avait toujours grand soin de préparer son cœur, comme un temple digne du Seigneur. C'est pourquoi elle employait toute l'énergie de sa volonté pour arriver au plus complet renoncement d'elle-même et embrassa un genre de vie qu'on eût pu appeler une mort continuelle. Ce qui la touchait surtout, c'était la considération de la sainte pauvreté de Jésus, que lui rappelait sans cesse l'humble apparence de pain, sous laquelle l'homme-Dieu voile avec tant d'amour et de bonté sa souveraine majesté; or pour se conformer à cette pauvreté de Jésus, elle fit le vœu solennel, en présence du saint Sacrement, d'humilier son corps et avec le corps sa vie entière sous les livrées de la
DES TIIOIS CONSEILS ÉVANGÉIJOUF-S. 573
sainte pauvreté et de la pénitence. Elle cliâlia donc désormais ses membres en portant sans cesse, nuit et jour, un cilice, qu'elle ne déposait que pour en revêtir un qui fut plus rude. Pour remplir fidèlement son vœu de pauvreté, elle renonça à tout, même à la moindre profession temporelle, et résolut de vivre uniquement d'aumônes qu'elle ne ^recueillait que dans le plus grand besoin. On ne voyait dans sa cellule ni lit, ni aucun meuble, ni les objets même les plus nécessaires. Une mauvaise chaise ou une natte de paille étendue sur la terre lui servait pour se reposer; une pierre lui tenait lieu d'oreiller pour y appuyer sa tête; l'unique délassement qu'elle s'accordait parfois, c'était de dormir sur une poignée de sarments de vigne. Du pain et de l'eau avec quelques légumes formaient sa nourriture journalière. Durant le grand carême, elle ne mangeait tous les jours que trois noix ou trois marrons auxquels elle ajoutait un peu de pain. Durant chaque semaine de ce temps de pénitence, elle jeûnait trois jours de la manière la plus austère, car alors elle ne se nourrissait que de la sainte Hostie qui rassasiait admirablement son âme et fortifiait d'une façon merveilleuse son corps affaibli. Et malgré toutes ces abstinences et ce jeûne rigoureux, elle ne cessait de s'écrier devant le saint Sacrement des Autels : « 0 mon pauvre Jésus, que ne puis-je par amour pour vous devenir encore plus pauvre! » (Trésor d' anecdotes de Hungari.)
La règle de saint François.
La règle de saint François était très- simple et fondée sur l'Evangile; il n'y avait mis que quelques dispositions pour ceux qui voulaient choisir ce genre de vie et se résoudre à vivre pauvres dans le monde sans posséder quoique ce soit. Observer l'Evangile de Jésus-Christ, vivre dans l'obéissance et la chasteté sans rien posséder, tel était tout le contenu de la règle, avec laquelle il se rendit à Rome pour l'y faire approuver. Innocent III qui occupait alors le siège de Saint Pierre, opposa beaucoup do dilTicultés à ce complet renoncement aux biens temporels, et la plupart des pré-
574 DE LA VEUTU ET DE l.A PERFECTION CHRÉTIENNE.
lats désapprouvèrent un ordre dont le principe fondamental était la pauvreté. Le seul cardinal Colonna prit la défense de cette règle et dit : « François veut régler son genre de vie sur l'Evangile; or si nous refusons de l'approuver comme étant trop dur et trop étrange, nous condamnons par lui-même l'Evangile de Jésus-Christ; car celui qui dit que ce genre de vie est quelque chose de nouveau, de déraisonnable ou d'impossible, semble blasphémer Jésus- Christ. »
2) La chasteté perpétuelle est le renoncement volontaire, durant toute la vie, non-seulement à tous les plaisirs charnels, mais encore au mariage, afin de pouvoir servir Dieu sans partage. L'Ecriture-sainte recommande la chasteté perpétuelle en plusieurs endroits. Ainsi le divin Sauveur parle de ceux qui se sont faits eunuques eux-mêmes a cause du royaume des deux. {S. Matth. 19, 12) c'est-à-dire qui gardent la chasteté perpétuelle. Saint Paul écrit dans son épître aux Corinthiens : « Quant aux vierges, je n'ai point reçu de commandement du Seigneur; mais voici le conseil que je donne... Celui qui marie sa fille fait bien ; mais celui qui ne la marie point, fait encore mieux. » (1 Epît. 7.) Aussi dès les premiers temps de TEglise la virginité fut plus estimée que l'état de mariage. « Si quelqu'un dit que l'état de mariage doit être préféré à l'état de virginité, et qu'il est moins préférable et moins salutaire de demeurer vierge que de s'unir par les liens du mariage, qu'il soit anathème! » Voilà comment s'exprime le Concile de Trente {sess. 24. Cap. 10.).
Exemples tirés de l'Ecriture.
Comme Jésus-Christ est un modèle de toutes les autres vertus pour nous, ainsi il est un modèle de chasteté perpétuelle; aussi ses ennemis les plus acharnés ne pouvaient lui reprocher même l'ombre d'une faute contre la pureté. — Le