III. DE LA CHARIT!^, ENVERS SOI-MÊME
Dieu et le prochain, qui ne vit (luc pour Dieu cl le prochain est chrétien et divin, »dit un Docteur chrétien; « il appartient au ciel, puisqu'il provient du ciel; mais Taniour qui n'aime que soi et ne vit que pour soi est païen; il est diaboli(jue et appartient à l'enfer puisqu'il est sorti de l'enfer. » Et S' Paul (II Tim. 3, 2-4.) écrit: « Les hommes amateurs d'eux-mêmes sont avares, glorieux, superbes, médisants, désobéissants à leurs pères et à leurs mères, ingrats, impies, dénaturés, ennemis de la paix, calomniateurs, intempérants, inhumains, haïssant les gens de bien, traîtres et insolents, enflés d'orgeuil, ayant plus d'amour pour la volupté que pour Dieu. »
L'image de Végoïsme.
S*^ Françoise Romaine eut un jour une vision dans laquelle elle parut transportée au milieu d'une plaine déserte; elle y vit dans une demi-obscurité, un arbre avec une magnifique couronne de feuillage, mais sans aucun fruit; sur le rameau le plus élevé se tenait sous une forme humaine une idole, qu'enveloppait un manteau magnifique orné de fleurs d'or. La signification de cette image n'est pas difficile à trouver. L'arbre sans fruits est, comme on sait, la vie humaine vide de sentiments religieux et d'œuvres de piété; l'idole c'est le moi, avec sa nature physique, matérielle et mondaine, auquel tant de personnes rendent de préférence leurs hommages et font des sacrifices; le manteau d'or qui couvre ridule, c'est le mensonge avec lequel l'égoïste sait tromper les autres aussi bien que soi-même, lorsqu'il déguise sous les beaux noms de zèle, d'équité et de charité, ce qui est mauvais, tel que l'intérêt personnel, l'envie et d'autres satellites de l'égoïsme. « L'orgeuil, » comme le remarque S* Jérôme, « pour être bien reçu, prend les dehors de la modestie; l'avarice se couvre du manteau de l'économie; la €olère passe j)Our ce saint zèle qui n'a en vue que l'offense de Dieu; la paresse spirituelle cherche à se faire passer pour de la retenue et de la prudence, etc. » (Veith.)
La ruse du dnnon ou les effets funestes de l'ègoïsme.
Le roi Cyrus avait soumis un peuple belliqueux mais, malgré tous ses efforts, il ne put le maintenir dans le repos; à peine une révolte était-elle domptée qu'une autre recommençait, et c'est ainsi que pendant bien longtemps ce peuple se développa et se fortifia, grâce à sa rébellion contre Cyrus, — jusqu'à ce que celui-ci eut trouvé le moyen de courber l'esprit guerrier de ce peuple. En effet, il leur accorda toutes les libertés, toutes les satisfactions, toutes les commodités enviables, et de celte façon il eut vite raison d'eux; cette vie efféminée lesfit tomber dans la lâcheté la plus abjecte, et leur courage indomptable disparut. — Le même sort échut à la brave armée d'Annibal laquelle, pendant plusieurs années, se montra invincible malgré tous les efforts des Romains; elle s'affaiblit et perdit toute sa force, dès qu'elle se fut abandonnée pendant quelque temps aux délices de Capoue. Cette même ruse est employée par le séducteur des hommes, par le père du mensonge, afin de tromper les serviteurs de Dieu; il ne pousse pas tout d'abord au péché, parce qu'il sait bien qu'ils lui résisteraient; mais il les conduit à l'ègoïsme et ainsi à une vie molle et commode ; alors peu à peu le péché se glisse dans leur cœur, ils n'ont plus la force de revenir dans le chemin de la vertu et ils succombent dans la lutte avec le péché. (Brunner. Livre d'Homélies.)
Combien Vêgoïsme est insensé.
Le petit Albert avait atteint sa cinquième année. Son parrain étant allé le voir après le dîner lui donna une belle pièce d'or. Pendant que les parents régalaient leur nouvel hôte de vin, de gâteaux, etc., et causaient avec lui de toutes sortes de choses, l'enfant alla à la porte de la maison. En ce moment passait une femme portant un panier de fruits. «Voyez,» dit Albert, « j'ai une belle pièce d'or! » « Voyez, » dit la femme, « ma pomme est bien plus belle. Je vous la donnerai pour votre pièce d'or, parce que vous êtes si gentil et que je vous aime bien. » Le garçon donna sa pièce avec