DE LA CHARITÉ ENVERS SOI-MÊME
plaisir et saisit avidement la pomme des deux mains. Làdessus il s'élança dans la chambre en criant: « Voyez donc, quelle belle pomme rouge j'ai achetée pour ma pièce d'or!» La femme s'était esquivée et n'était plus à voir. Les parents eurent pitié de l'enfant et le grondèrent, mais le parrain dit: « Hélas! combien d'hommes agissent comme cet enfant »
Que d'inseusés s'en vont vendre leur ànie Pour moins encor, pour un plaisir infâme !
Comparaisons.
Que l'égoïsme est détestable ! Par lui « nous avons deux cœurs, comme les perdrix en Paphlagonie. Pour nous-mêmes nous avons un cœur qui est entièrement doux, bienveillant et poli, mais pour notre prochain nous avons un cœur dur, grossier et sévère..,. Nous avons une double balance; dans l'une nous pesons nos avantages avec le plus grand soin et le plus de profit pour nous-mêmes, lorsque nous le pouvons; dans l'autre balance nous pesons les avantages qui concernent notre prochain, et nous faisons pencher autant que possible le surplus de notre côté; et cela peut-il être autre chose qu'une abomination et une horreur devant Dieu? » — {S. François de Sales.) « Le sordide égoïsme resserre notre bienveillance et fait que, semblables au serpent, nous nous renfermons en nous-mêmes et que nous dirigeons notre dard contre l'univers entier. L'égoïsme est la racine vénéneuse d'un arbre qui produit des fruits vénéneux. L'égoïste qui fait tant pour lui-même, est bien loin de l'esprit du christianisme. Celui-ci ne demande que la charité, (jui cherche à être utile à tout le monde. Celui qui épouse le perfide égoïsme, se jette dans les bras d'une séduisante marchande, qui vend de la folie pour de la sagesse, et de la sagesse pour de la folie. — La volonté égoïste est comme un mur d'airain, qui sépare les hommes de Dieu. »
Pratique. L'amour de soi-même bien ordonné tend de toutes ses forces vers Dieu, de même que dans le monde corporel les corps, si rien ne vient les déranger, ten-
(lent vers le centre de la terre. Tâchez d'acquérir cet amour chrétien de vous-même. Quant à l'égoïsme, à l'amour désordonné de soi qui n'a en vue que soi et entraine les hommes vers la terre, fuyez-le, combattez-le de toutes vos forces ; car « c'est une fort mauvaise herbe, » dit S' François de Sales, « et d'une nature tellement perverse que, quand même elle a été coupée jusqu'à sa racine et semble flétrie, elle pousse à toute occasion de nouveaux rejetons. » Employez donc tous les moyens possibles pour la déraciner.
Moyens propres à déraciner l'amour désordonné de soi-même.
Le grand directeur et médecin des âmes, S^ François de Sales, nous indique spécialement les moyens suivants: «Les excitations et les attaques de l'amour-propre, » dit-il, «quelqus fréquentes et impétueuses qu'elles soient, ne peuvent cependant nous causer le moindre dommage; il ne faut pas les rejeter à force de bras, il suffit de dire un petit non,... Pour dompter notre amour-propre, nous devons à l'instant louer Dieu de toutes nos forces, chaque fois que nous remarquons dans notre prochain quelque chose de bon et de louable; en même temps supplier Dieu de vouloir le continuer et l'augmenter. — L'amour-propre contrefait quelquefois le mort comme le rusé renard; puis tout à coup il se réveille pour nous attaquer. C'est pourquoi il faut avec constance veiller sur lui. Que si quelquefois il nous blesse, en nous dédisant de ce qu'il nous a fait dire, et désavouant ce
qu'il nous a fait faire, nous sommes guéris Un excellent
remède contre cet amour-propre c'est l'amour divin. »
(Gr. Cat. l«-2« q.) Les dix commandements de Dieu. — Explication. Le commandement de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain est explicitement énoncé dans les dix comman-
déments de Dieu, que Dieu lui-même grava un jour sur deux tables de pierre et donna à Moïse. Sur la première table se trouvaient les trois premiers commandements relatifs à l'amour et au culte de Dieu, et sur la seconde, les sept autres relatifs à l'amour du prochain. — Ces commandements sont d'ordinaire exprimés ainsi: Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement, etc.
La promulgation de la loi sur le mont Sinaï.
Trois mois après leur sortie d'Egypte, les Israélites arrivèrent au pied du mont Sinaï. Alors Dieu fitvenir Moïse près de lui sur la montagne et lui dit: « Vous avez vu, mon peuple, quels miracles j'ai faits en votre faveur, comment je vous ai délivré de la servitude d'Egypte, comment je vous ai choisi pour ma nation de prédilection. Si donc vous obéissez exactement à ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez aussi mon propre bien choisi d'entre tous les peuples. » — Moïse descendit de la montagne, convoqua les anciens du peuple et leur exposa les ordres de Dieu. Tout le peuple répondit d'un commun accord : « Nous ferons tout ce que le Seigneur a dit. » Moïse rapporta cette réponse au Seigneur et le Seigneur lui dit: « Va vers le peuple, purifie-le, qu'ils lavent leurs vêtements, et qu'ils soient prêts pour le troisième jour; car alors je descendrai sur la montagne de Sinaï, à la vue de tout le peuple. Et toi. Moïse, tu mettras des bornes pour le peuple tout alentour, et tu diras: Gardez-vous de monter sur la montagne de Sinaï et de toucher aucune de ses extrémités. Quiconque touchera la montagne, sera puni de mort. Quand la trompette commencera à sonner, qu'alors ils montent vers la montagne, mais seulement jusqu'au pied, et que personne ne franchisse les bornes. » Moïse revint pour faire connaître cet ordre; on se purifia, on se tint prêt pour entendre au jour indiqué la voix de Dieu. — Et le troisième jour, la matinée fut belle ; mais tout à coup une grosse nuée couvrit la sainte montagne; le tonnerre gronda, des éclairs déchirèrent la nuée, des trompettes sonnèrent et le son en devint de plus en plus éclatant. Le peuple effrayé
0») DES CUM.MANDEMEMS.
resta dans les tentes; mais Moïse le fit sortir et conduisit celte immense multitude devant le Seigneur pour écouter ses commandements. Tous s'arrêtèrent au pied de la montagne; une fumée épaisse les entourait, parce que le Seigneur était descendu au milieu d'une colonne de feu; et une épaisse fumée en sortait comme la fumée d'une fournaise. Tout respirait la terreur et annonçait la suprême majesté; des trompettes sonnaient toujours, mais les sons en devenaient plus lents, plus graves et plus majestueux. Enfin la voix de Dieu se fit entendre de la manière suivante :
1) Je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t'ai tiré du pays d'Egypte; tu n auras point d'autres dieux devant moi; tu ne feras point d'image taillée pour l'adorer.
2) Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dieu en vain.
3) Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat.
4) Honore ton père et ta mère, a fin que tu vives longtemps sur la terre.
o) Tu ne tueras point.
6) Tu ne commettras point d'adultère.
7) Tu ne déroberas point.
8) Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain.
9) Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain.
10) Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune des choses qui lui appartiennent.
(Gr. Cat. ù" q.)
Obligation de garder fidèlement les commandements de Dieu. — Explication. Bien que les dix coniinaudements de Dieu n'aient été donnés primitivement que pour le \)QVi^\(t Israélite, cependant, nous nwivts chrétiens, nous sommes aussi strictement obligés de les garder, car 1)
Jésus n'est pas venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir » [Matth. 5, 17.), c'est-à-dire pour la confirmer et pour en enseigner par ses paroles et ses actions la parfaite observation; 2) cette loi est d'ailleurs gravée dans nos cœurs. Les gentils, écrit S. Paul {Rom. 2. 15,) « font voir que ce qui est prescrit par la loi, est écrit dans leur cœur, par le témoignage que leur rend leur propre conscience, par les différentes pensées qui tantôt les accusent et tantôt les défendent. »
Comme chrétiens, nous sommes aussi tenus de garder les dix commandements .
Lorsque le jeune homme demanda au divin Sauveur ce qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle, que lui répondit Jésus? « Gardez les commandements! » — Quels sont ces commandements? continua le jeune homme? Et Jésus répondit: « Tu ne tueras point; tu ne commettras point l'adultère; tu ne déroberas point; tu ne diras point de faux témoignage; honore ton père et ta mère; et aime ton prochain comme toi-même. » {Mallh. 19.) Ne sont-ce pas là les commandements que Dieu proclama sur le mont Sinaï et donna aux Hébreux? Si donc Jésus les a confirmés dans son saint Evangile et en regarde l'observation comme nécessaire pour entrer dans la vie éternelle, comment certains hérétiques de notre temps ont-ils l'audace de direque les commandements de la loi divine n'ont d'obligation que pour les Israélites et non pour les chrétiens? C'est avec raison que le saint Concile de Trente a condamné cette doctrine monstrueuse, et qu'il menace de l'excommunication quiconque soutient que dans l'Evangile il n'y a d'autre commandement que la foi, que tout le reste est indifférent, n'est ni commandé, ni défendu, mais laissé au bon plaisir de chacun ; que les dix commandements ne regardent point les chrétiens, etc. {Sess. 6. Can. 19.)
Objection. « Si la loi est gravée dans notre cœur, pour-
CATÉC. PRATIQUE. T. II. 5
quoi Dieu l'a-t-il encore donnée aux hommes, gravée sur (les tables de pierre? » Voici comment S' Augustin répondait à cette objection {enarr. in ps. 57.): « Afin que les hommes n'eussent pas lieu de se plaindre, Dieu écrivit aussi sur des tables de pierre ce qu'ils ne voulaient pas lire dans leurs cœurs. C'était sans doute écrit dans leur intérieur, mais ils ne voulaient pas l'y voir. Alors leur fut mis extérieurement sous les yeux ce qu'ils seraient forcés de voir dans leurs consciences; et pendant que la voix de Dieu arrivait pour ainsi dire du dehors pour frapper l'oreille, l'homme était obligé de se replier dans son intérieur. » Et S. Chrysostôme dit: « Dieu parla à Noé, à Abraham et à ses descendants, à Job et à Moïse, non par des écrits, mais par lui-même, parce qu'il trouvait chez eux une raison droite. Mais après que tout le peuple juif se fut profondément enfoncé dans le chemin du vice, dès ce moment il fut nécessaire de lui donner des écrits et des tables, qui renfermaient des avertissements et des menaces. »
[Gr. Cat. o« q.)
Motifs de garder fidèlement les commandements divins. — Explication. Et pourquoi ne garderions-nous pas fidèlement et volontiers les commandements de Dieu? 1) Ils nous ont été donnés par Dieu, qui est si rempli de bonté et d'amour pour nous ; oui, les dix commandements sont vraiment une preuve particulière de l'amour qu'il nous porte et des soins tout paternels qu'il a pour nous; ne lui témoignerons-nous donc pas le respect, l'amour et la reconnaissance que nous lui devons, en gardant ses commandements? 2) Les peines éternelles et le bonheur éternel dépendent de la manière dont nous aurons gardé les commandements divins, comme il a été dit plus haut.
Les dix commandements sont une marque de r amour de Dieu.
. Dieu, en nous donnant ses dix commandements, nous a donné une des plus grandes preuves de son amour; sa loi est le plus beau présent qu'il ait pu nous faire, La comparaison suivante va vous rendre sensible cette importante vérité.
Je suppose un voyageur qui marche vers une ville magnifique où l'attend, avec sa famille bien-aimée, une brillante fortune. Entre lui et la ville désirée, il y a un abîme sans fond; d'épaisses ténèbres couvrent le chemin ; lui-même est sans guide, sans flambeau. Sur cet abîme, il n'y a qu'une simple planche, étroite, vacillante; il faut nécessairement qu'il passe dessus; il est très-sujet à faire de faux pas ; de déplorables chutes ne le prouvent que trop. Or, si un guide charitable venait prendre ce voyageur par la main ; s'il élevait de chaque côté de cette fatale planche deux fortes barrières; s'il y suspendait de nombreux et brillants flambeaux, en sorte qu'il fût impossible au voyageur de tomber dans le gouff'i'e à moins qu'il ne renversât volontairement les barrières, regarderait-on ces barrières, ces flambeaux, comme un mauvais service rendu à ce voyageur? Et ce guide charitable mériterait-il le nom de tyran, pour lui avoir donné la main, pour avoir prévenu ses chutes et assuré le succès de son voyage? L'application est facile.
Ce voyageur, c'est l'homme sur la terre; cette ville où l'attendent le bonheur et une famille chérie, c'est le ciel ; cetabîme c'est l'enfer, cette planche étroite, fragile, vacillante, c'est la vie; ce guide charitable, c'est Dieu; ces barrières élevées de chaque côté de la planche, ces flambeaux qui y sont suspendus, ce sont les commandements de Dieu. Après cela, que le mondain qui ne veut suivre que la fougue de ses passions, que le chrétien peu instruit dise que les commandements de Dieu sont des entraves insurmontables ; pour nous, ô mon Dieu! nous dirons toujours que le décalogue est un de vos plus grands bienfaits, et nous nous garderons bien de le jamais violer, afin de ne pas tomber dans l'abîme éternel. (Gawme, Catéch. de Pers. T. II I^ 406.)
Comparaisons,
« Les commandements divins sont un miroir brillant que l'ingénieuse bonté de Dieu a créé, afin que l'homme y contemplât la figure de son âme et reconnût quelle ressemblance ou quelle dissemblance elle a avec l'image de Dieu. » (S. Léon.)
« Les hommes mettent des souliers à leurs pieds pour les garantir contre la rigueur du froid et la morsure des animaux venimeux; dans un but analogue Dieu nous a donné ses commandements et sa loi, afin que nous puissions, avec leur aide, nous garantir et nous défendre contre le péché et les ennemis de notre foi. {Gaudence.)
« Un habit brodé d'or est beau, même quand il nous est simplement permis de le voir; il nous paraît encore plus beau quand nous pouvons le mettre; il en est de même des commandements de Dieu; ils sont beaux et nous réjouissent, quand nous pouvons les entendre; mais ils nous paraîtront encore plus magnifiques quand nous les observerons et que nous y conformerons notre vie. » (S. Chrysostôme.)
Nous devons garder tous les commandements sans exception.— « Un homme qui s'entend à la musique, ne voudra pas jouer sur un instrument dont les cordes ne sont pas d'accord, etil n'éprouvera pas de plaisir à entendre jouer sur un instrument pareil ; il désire avant tout que parmi les cordes il y ait un parfait accord. Or, si nous voulons passer pour chrétiens aux yeux de Dieu , nous devons aussi observer tous ses commandements et n'en laisser aucun sans l'accomplir, sans l'observer; sans cela notre conduite ne peut plaire à Dieu et nous ne pouvons avoir droit à aucune récompense auprès de lui. (S. Chrysostôme.)
Je suis le Seigneur, ton Dieu. Tu n'auras point d'autres dieux devant moi; tu ne te feras point d'image taillée pour Vadorer.
rUEMTER COMMANDEMENT DE DIEU. 101
{Gr. Cat. 6*^ q.)
Ce qu'ordonne le premier coimnandement. — Explication. Voici le texte complet du premier commandement : « Je suis le Seigneur, ton Dieu qui t'ai tiré de la terre d'Egypte, de la maison de servitude. Tu n'auras point d'autres dieux devant moi. Tu hr te feras point d'idol;3 tnillée, jii aucune image de ce qui est au ciel, ni sur la terre, au-dessous ni dans les eaux sous la terre. Tu ne les adoreras point et ne les serviras pas : car moi je suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort, ce Dieu jaloux, poursuivant l'iniquité des pères sur les enfants, en la troisième et la quatrième génération; l'iniquité de ceux qui me haïssent, et faisant miséricorde mille fois à ceux qui m'aiment et gardent mes commandements. » Dieu commande donc que nous Vadorions, et que nous n'accordions cette adoration qu'à lui seul, ce que le divin Sauveur exprime par ce peu de paroles : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul. » [Matth. 4, 10.) Nous devons l'adorer, puisqu'il est notre Dieu, puisqu'il est le souverain Seigneur du ciel et de la terre; nous ne servirons que lui seul, parce qu'il est un Dieu jö/om^, c'està-dire parce qu'il est jaloux de posséder une chose dont il veut être seul possesseur et où il ne peut souffrir de rival. « Cette jalousie, » dit S. Thomas (1. 2. Quest. 28. article 4.), « provient du vif désir qu'on éprouve pour quelqu'un ; or, puisque Dieu ne peut souffrir que nous soyons la possession d'un autre, parce qu'il veut seul nous posséder, c'est son vœu et son ordre que nous dirigions uniquement vers lui nos pensées et nos désirs. Cela se voit, dit le saint Docteur, chez les femmes et les hommes que tourmente la jalousie; or Dieu est pareillement jaloux de sa glorification et de la possession de notre âme. Mais nous ne devons pas, comme l'enseigne le catéchisme Romain, supposer chez Dieu une jalousie
qui trouble et agile l'esprit. Ce n'est que l'amour, la charité qui fait que Dieu ne laisse personne abandonner impunément son service et (ju'il punit ceux qui l'offensent. » — Ils sont donc bien insensés, ceux qui veulent servir deux maîtres à la fois, Dieu et le monde.
L'adoration partagée.
Le célèbre roi Geysa, qui régnait sur les Magyares vers la iin du dixième siècle, fut si favorablement disposé en faveur du Christianisme, grâce à la belle et héroïque Sarobta, son épouse, qu'il accorda aux prêtres, envoyés par l'évéque Piligrin de Passau, en Hongrie, la permission de prêcher aux prisonniers Allemands. Le zèle et la piété des missionnaires, le recueillement des auditeurs en recevant les consolalions de l'Evangile, firent une telle impression sur Geysa et sur plusieurs nobles, qu'ils se firent instruire dans la doctrine chrétienne et baptiser. Mais avec tout cela Geysa continuait encore de sacrifier aux idoles de son pays. L'évéque l'ayant appris, chercha à l'en détourner par de sévères exhortations; mais le prince répondit : « Je ne vois pas pourquoi je n'agirais pas ainsi? Je suis assez riche pour les servir tous à la fois ! » Cette façon de penser est peut-être excusable chez un homme qui n'avait guère encore l'esprit cultivé. Mais parmi les gens civilisés combien n'en trouverait-on pas qui pensent comme Geysa ?Peut-êlreen est-il fort peu qui n'aient à se faire des reproches de ce genre. En effet rien n'est plus ordinaire que de voir des chrétiens qui se croient assez riches en sagesse, en vertus, en mérites et en biens terrestres, pour pouvoir servir en même temps Dieu et le monde et se consacrer à l'un comme à l'autre. Mais chacun connaît cette parole du Seigneur, qui déclare impossible cette adoration partagée, car entre Jésus-Christ et Bélial il n'y a rien de commun. Le premier commandement dit : a Tu croiras en un seul Dieu, » c'est-à-dire tu n'adoreras que lui seul, tu ne serviras que lui seul. {Veith., miser icordia.)
{Gr. Cat. 7«-8« q.)
Culte intérieur et culte extérieur rendus à Dieu. — Explication. Le culte que nous devons à Dieu est en partie intérieur, en partie extérieur. — Nous rendons à Dieu un culte intérieur :
\) Par la foi, V espérance et la charité. Par la foi nous croyons en Dieu, par l'espérance nous nous élevons vers lui, parla charité nous arrivons jusqu'à lui. « La foi est la fenêtre du ciel, l'espérance en est l'échelle, la charité seule s'élève au ciel et y pénètre. » — Nous rendons à Dieu un culte extérieur :
1) Par le respect et V adoration. « Cette adoration consiste, comme dit S. Thomas (2. 2. q. 48. art. 2), dans un acte religieux, par lequel une créature honore et révère la majesté infinie de Dieu et s'humilie devant elle, en reconnaissant Dieu comme son principe et sa dernière fin, comme le Seigneur et le souverain maître de toutes choses. »
Le véritable adorateur de Dieu.
S' François nous montre ce qu'on entend par adorer Dieu, Bien souvent il s'écriait dans la ferveur de sa méditation: « Qui êtes-vous, ô mon Dieu ! et qui suis-je? Vous êtes si grand et je suis si petit! Vous êtes le créateur de l'univers, et je suis une misérable et chétive créature ! vous êtes tout, et je ne suis rien ! VLw un mot, vous êtes ce qui est, et je suis ce qui n'est pas du tout. Puisque vous êtes tel que vous êtes et que je suis un rien, je brûle du désir de me trouver en votre présence ! » Dans ces paroles si simples et si touchantes du grand Saint, se trouve exprimé ce que Dieu veut de nous quand il nous ordonne de l'adorer. Pour rendre à Dieu l'adoration que la religion nous prescrit, voici ce que nous devons faire, remplis d'un saint eflVoi pour la majesté de ce Dieu infini : nous devons nous abîmer dans notre néant, le considérer comme celui dont nous dépendons en toutes choses; reconnaître que lui seul est tout, et que nous
Î04 DFS COMMANDEMENTS.
ne sommes qu'un misérable rien. Adorer Dieu, consiste donc dans la pratique des devoirs suivants: nous sacrifier à lui, lui présenter notre service, nos hommages, notre respect, sans quoi notre religion est un vain simulacre, et nous nft sommes pas de vrais adorateurs de Dieu.
3) Nous rendons à Dieu un culte intérieur en le remerciant de tout le bien qu'il nous a fait. « Remerciez Dieu pour tout son amour! » nous dit S. Augustin. « Il n'y a rien de plus facile à dire, de plus joyeux à entendre, de plus doux à comprendre, rien de plus utile à faire que ce qui est compris dans ces trois mots : grâces soient rendues à Dieu ! »
Remerciez Dieu.
On raconte de Tarchiduc Albert, qui gouvernait les provinces belges, que jour par jour il envoyait de sa table quelques plats choisis à un vieux gentilhomme appauvri pas la guerre; celui qu'on avait chargé de ce message, n'était pas du service de l'Archiduc, et avait reçu la défense formelle de ne pas trahir la main qui envoyait ces dons. Au premier envoi, grand étonnement de la part du pauvre gentilhomme; mais comme les envois se continuaient régulièrement et d'une manière non interrompue pendant tous les jours, les mois et les années qu'il vécut, il désira vivement connaître son généreux bienfaiteur; plus d'une fois il en exprima ses regrets, en disant: « je ne crains qu'une chose, c'est que je ne vienne à mourir sans pouvoir témoigner ma reconnaissance! » — Combien de dons et défaveurs nous sont accordés par certain bienfaiteur invisible, et cela tous les jours, et même à toutes les heures et à tous les instants de notre vie! Ce sont les dons de l'esprit et de la nature ; ce sont les objets indispensables sans lesquels nous ne pourrions subsister un seul moment; ce sont encore d'autres bienfaits sans nombre, qui réjouissent nos sens et notre esprit. Eh quoi ! Au lieu de les accepter avec indifférence, comme s'il en devait être ainsi, ne devrions-nous pas tous les jours être
animés d'une nouvelle reconnaissance pour la bonté continuelle de ce bienfaiteur? Et, qui en effet ignore quel il est? Et que devrions-nous craindre davantage, si ce n'est de quitter ce monde coupables d'ingratitude à son égard? {Veiih.)
4) Nous rendons à Dieu un culte intérieur par notre zèle pour sa gloire. Travaillez pour la gloire de Dieu, » dit S. Ephrem ; « gagnez-lui un grand nombre d'âmes ; devenez un filet spirituel et prenez beaucoup de poissons pour notre Seigneur. »
Zèle pour la gloire de Dieu.
S' Vincent de Paul, ce fidèle serviteur de Dieu, ce héros de la charité chrétienne, était peut-être l'homme le plus doux de son temps; mais un jour que son compatriote, le célèbre abbé de Saint-Cyran, lui fit l'aveu qu'à son avis, depuis les six derniers siècles, l'Eglise s'était égarée et corrompue, S' Vincent, enflammé d'un zèle ardent pour la gloire de Dieu et de sa sainte Eglise, blâma en termes très-sévères l'arrogance de cet homme et rompit toute relation avec lui. (Dans sa vie.) — Le divin Sauveur brûla également de zèle pour la gloire de son Père, lorsqu'il chassa les acheteurs et les vendeurs du temple;
(Voyez aussi l'exemple d'Aphraates. I. Partie, pag. 72.)
^ 5) Nous rendons un culte à Dieu par Vohéissance et la soumission à sa sainte volonté. C'est vraiment honorer Dieu lorsque l'homme, dans la tribulation comme dans la joie, dit du fond de son cœur : « Seigneur, que votre volonté soit faite. » Nous voyons que Job honora le Seigneur de cette manière.
Le langage de la soumission.
Peu de temps avant sa déposition et son bannissement, S. Jean Chrysostôme, patriarche de Constantinople, tint au peuple un discours commençant par ces paroles sublimes :
« Les vagues roulent en grand nombre, et le torrent est déchaîné; cependant nous ne craignons pas d'être submergés; car nous nous trouvons sur le rocher! où la mer en fureur gronde, elle ne peut pas entraîner le rocher; que les Ilots s'élèvent, ils ne sont pas en état de faire sombrer la barque de Jésus! Qu'avons-nous à craindre? La mort? « Le Christ est ma vie, et la mort est un gain pour moi! » L'exil? « La terre et tout ce quelle renferme appartient à Dieu. » — La confiscation des biens? « Nous n avons rien apporté sur cette terre, il est certain que nous n'en emporterons rien. » Je méprise les alarmes du monde, et je me moque de ses biens. Je ne crains pas la pauvreté, je n'ambitionne pas la richesse, je n'ai pas peur de la mort, je ne désire que de vivre pour vous. — Si ce n'était par amour pour vous, dès aujourd'hui je n'aurais pas manqué de partir, car je me dis toujours : « Seigneur, que votre volonté se fasse! » Je veux non ce que cf^lui-ci ou celui-là veut, mais ce que vous voulez? Voilà ma forteresse? Voilà mon rocher immuable! Voilà le bâton sur lequel je m'appuie! Si Dieu veut que cela arrive, soit! s'il veut, que je reste ici, je l'en remercie! où il veut que je le remercie je le remercierai. »
{Gr. Cat. Q'^-IO« q.)
Péché contre la foi. — Explication. On peut pécher contre la foi :
1) Par incrédulité, par athéisme, quand on ne croit pas à Dieu ou à la religion révélée; par hérésie, quand on suit des opinions et des doctrines fausses, contraires à la religion; par des doutes volontaires sur la foi, quand on révoque en doute la vérité d'un seul article de la foi. « L'incrédule, » dit Massillon, « est un homme sans mœurs, sans loyauté, sans caractère, qui ne connaît d'autre règle que ses penchants, d'autre loi que ses cou- I)abk's inclinations, d'autre frein que la crainte de l'autorité, d'autre Dieu que lui-même. La vie des incrédules
explique très-bien pourquoi ils disent : « Il n'y a pas de Dieu, je ne le servirai pas. »
L'athée confondu.
Un jeune incrédule, étant allé voir à Dijon le P. Oudin, jésuite, et l'un des plus savants littérateurs de son temps, voulut aussitôt entrer en dispute aveclui sur la religion. Mais le P. Oudin l'interrompit en disant qu'il n'aimait pas à disputer avec personne sur les points importants de notre foi. « C'est pourquoi, y ajouta-t-il, trouvez bon que nousn'en parlions pas. » — « Du moins, mon Père, ajouta le petitmaître en pirouettant sur un pied, je suis bien aise de vous apprendre que je suis athée. » Alors le P. Oudin, gardant un profond silence, se mit à le regarder et à l'examiner avec étonnement et avec dédain. « Qu'ai-je de si singulier, mon Père, répliqua le jeune homme, et que regardez-vous donc avec tant de curiosité? » — « Je regarde. Monsieur, dit le P. Oudin, la bête qu'on appelle athée, et que je n'avais jamais vue. « A ces mots le petit-maître se retira tout confus. {Anecdotes chrétiennes.)
Ce que J.-C. punit et loue.
« Il faut, » dit un auteur chrétien, « qu'il y ait quelque chose de" grand et de salutaire dans la foi, qui a, non une vie apparente, mais une vie réelle ; car il est à remarquer : que lorsque Jésus punit, il punit l'incrédulité; lorsqu'il loue, il loue la foi : lorsqu'il extermine, il extermine l'incrédule, lorsqu'il plante, arrose, soigne, et élève dans son jardin, il plante, arrose, soigne et élève l'arbre de la foi jusqu'à ce qu'il porte des fruits.
2) Par des discours et des écrits contre la foi, de même en prêtant l'oreille à ces discours et en lisant ces sortes d'écrits. {Voyez 1"^ yartie, page 91.)
3) Par indifférence en matière de foi, quand on nesesoucie nullement de la religion ou quand on regarde toutes les religions comme également bonnes. [Voyez {'^partie.
page 62.) ou qu'on ne cherche pas à acquérir une instruction religieuse convenable, ou encore, quand les parents et les tuteurs font élever les enfants dans Thél'ésie, etc. Mais on pèche surtout contre la foi en la ré- Qiiant, enapostasiant. [Voyez i'" partie, pageSQ.)
{Gr. Cal. W-IQ" q.)
De l'espérance chrétienne et des péchés contraires à cette vertu. — Explication. De même que, par la foi, nous rendons par l'espérance un culte intérieur à Dieu. L'esj)érance chrétienne est une vertu surnaturelle et un don de Dieu, par laquelle nous attendons avec confiance de lui tout ce qu'il a voulu nous promettre en vertu des mérites de Jésus-Christ ; conséquemment nous pouvons €t nous devons espérer avant tout de Dieu la vie étemelle avec tout ce qui est nécessaire et utile pour y parvenir, comme: la rémission des péchés et la grâce divine que le Dieu infini, tout-puissant, miséricordieux et fidèle, nous a promises, et que Jésus-Christ nous a méritées par sa Quort.
Le soldat d'Alexandre.
L'espérance représente la possession ; elle donne en expectative les plus beaux fruits, bien avant l'époque de la complète maturité. Un soldat d'Alexandre renonça à tous ses biens dans sa patrie; et comme on lui demandait ce qu'il gardait pour l'époque de son retour, il répondit: « l'espérance d'acquérir de nouveaux biens! » Soldat de Jésus! ne restez pas en arrière du soldat d'Alexandre; donnez tout par amour de Dieu ; car vous avez la sainte espérance de gagner en retour des biens plus considérables, l'éternelle félicité.
L'espérance de S^ Bernard.
Animé d'une espérance vraiment chrétienne. S' Bernard s'écrie: « Je considère trois choses sur lesquelles mon es-
pérance se fonde : Vamour, avec lequel le Père céleste m'a adopté, la sincérité de ses promesses et sa puissance à les remplir. Après cela ma raison insensée peut murmurer tant qu'elle veut, et dire: Qui es-tu? et quelle est la gloire que tu espères acquérir? — Je réponds hardiment: Je sais en qui j'ai mis ma confiance, et je suis certain que, par excès d'amour, il m'a adopté pour son enfant; qu'il est également sincère dans ses promesses, tout puissant et capable de les remplir puisqu'il peut faire tout ce qu'il veut. — Voilà la triple corde, difficile à rompre, que le bon Dieu fait descendre du haut de notre patrie jusque dans notre prison. Tenons-nous y fermes, afin qu'il nous tire à lui et nous fasse arriver à la contemplation de sa gloire. »
Comparaisons.
<f Autrefois on cherchait parmi les perles celle qui, placée sur le cœur, pouvait chasser toute tristesse. Cette perle si précieuse c'est: Vespérance. Elle vous permet de voir l'océan sans bornes des félicités célestes et près de sa flamme, la petite goutte d'amertume terrestre s'évapore bien vite. » {Philothée.)
« De môme qu'au moyen du télescope nous voyons à nos pieds les objets éloignés, de même par l'espérance nous pouvons voir de cette terre le ciel et nous en réjouir. » (J. Rho.)
« Pareille à l'ancre qui au milieu de la tempête empêche le vaisseau de périr, l'espérance nous fortifie au milieu de l'assaut des malheurs et des tentations. » [Munch.)
« L'espérance ressemble à un arbre très-productif planté au bord de l'eau ; arrosée par les flots de la grâce, elle produit les œuvres les plus admirables de piété. Par elle, les hommes deviennent en quelque sorte des arbres produisant des fruits dans le jardin de Dieu. » {Munch.)
Il nous est permis aussi d'espérer des biens terrestres, pour autant toutefois qu'ils peuvent servir à notre salut; nous pouvons donc espérer de Dieu la nourriture, les vêtements, etc. — Cette espérance animait S' Jean de la Croix et voilà
pourquoi il s'inquiétait fort peu des besoins du corps. « Dieu sait, » dit-il, « ce dont nous avons besoin. Notre affaire, c'est de le servir fidèlement; son affaire, c'est de pourvoir à notre bien-être temporel et éternel. Si le maître a soin de l'entretien du domestique qui le sert bien, est-ce que Dieu abandonnerait son fidèle serviteur? »
Explication. On pèche contre l'espérance chrétienne 1) par désespoir et méfiance; par désespoir quand on n'espère pas avec une entière confiance ce que nous sommes tenus d'espérer de Dieu. Tels sont ceux qui désespèrent de la rémission de leurs péchés ou ne croient pas pouvoir vaincre leurs mauvaises habitudes. — Par méfiance, quand on n'ajoute pas une foi ferme aux oracles, aux promesses et aux menaces de Dieu, quand on se méfie de la Providence, ce qui arrive quand on craint de manquer du nécessaire et qu'on s'inquiète trop de l'avenir.
Exemples tirés de la Bible.
Caïn pécha par désespoir. Ce malheureux avait tué son frère, mais si abominable que fût son crime, il pouvait cependant en obtenir le pardon, parce qu'aux yeux de l'infinie miséricorde de Dieu il n'y a pas de péché si grand dont on ne puisse obtenir le pardon. Le Seigneur lui offrit sa grâce, pourvu qu'il voulût compter sur son pardon ; mais il s'écria dans son désespoir et au milieu d'affreux hurlements : «Mon iniquité est trop grande, pour que je puisse en obtenir le pardon. » (Genèse, 4, 15.) — Ce fut encore le péché de Judas. Cet apôtre parjure avait vendu son divin Maître et l'avait livré entre les mains des Juifs. Jésus voulut l'attendrir par ces douces paroles : « Eh quoi ! mon ami, qu'avez-vous fait? (Matth. :26, oO.) Vous trahissez le fils de l'homme par un baiser? » (Luc. 22, 48.) Mais au lieu de se laisser émouvoir par ce tendre reproche, il s'abandonne à un orgueilleux désespoir ; il jette le prix fatal du sang du Juste dans le
temple, et vase pendre; il s'élrangle de ses propres mains et meurt en réprouvé.
Les Israélites péchèrent fréquemment par méfiance. Combien de fois ne murmurèrent-ils pas dans le désert contre Dieu et contre Moïse que Dieu leur avait donné pour chef?« Ah! que ne sommes-nous morts parla main de Dieu au pays d'Egypte, quand nous étions assis près d'un amas de viandes et que nous mangions du pain à satiété! Pourquoi nous avez-vous amenés en ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple ? » {Exode, 16, o.) En parlant ainsi ils montraient qu'ils n'avaient aucune confiance dans la dtivine Providence. — Moïse lui-même pécha un jour par méfiance, en doutant de la puissance de Dieu, lorsque le Seigneur lui ordonna de frapper de sa verge le rocher pour en faire sortir de l'eau; voilà pourquoi Dieu lui imposa comme châtiment de ne pas entrer dans la terre promise.
Pécheur, ne désespère pas.
Mêiiie le plus grand pécheur ne doit pas désespérer ; car il peut espérer le pardon, pourvu qu'il veuille se convertir de tout son cœur et faire pénitence. « Ne me dites pas : Je suis perdu! » s'écrie S. Chrysostôme, en s'adressant à tous les pécheurs. « Ne dites pas : J'ai péché, que ferai-je? Vous avez un médecin qui peut opérer un changement dans votre triste état," et vous débarrasser de votre misère; un médecin qui peut et veut guérir tout. » S- Cyprien, de son côté, écrit : « Tant que quelqu'un est dans ce monde, il n'est jamais trop tard pour lui de se repentir. La porte du pardon lui est ouverte auprès de Dieu, et l'entrée en est aisée à ceux qui cherchent et trouvent la vérité. Si, au moment de quitter cette terre, vous implorez le pardon de vos fautes, et que vous adorez le seul vrai Dieu en le confessant par la foi, le pardon sera accordé à ce pécheur pénitent, la grâce du salut communiquée par l'amour divin à ce croyant et même en mourant on passe à l'immortalité.
On pèche contre l'espérance chrétienne : 2) Par présomption et fausse confiance, lorsqu'on continue de pécher
hardiment, ou qu'on diffère sa conversion jusqu'au moment de la mort, parce que Dieu est miséricordieux, ou encore lorsqu'on se repose trop sur ses propres forces, qu'on s'expose volontairement à certains dangers, espérant que Dieu nous sauvera certainement; par exemple, quand on fréquente les bals et les mauvaises compagnies, le théâtre, etc.; quand on lit de mauvais livres et que néanmoins on présume encore qu'on restera dans le chemin de la vertu ou que Dieu nous viendra en aide. Comment? vous vous jetez dans les flammes, et vous croyez que Dieu empêchera le feu de vous brûler? Vous vous précipitez dans l'abîme, et vous attendez de Dieu qu'il vous retiendra? « Celui qui s'expose au danger y périra. »
Chute de Samson.
Samson pécha par présomption et par une fausse confiance. Revêtu de la force de Dieu, il extermina des milliers de Philistins; mais après qu'il l'eût perdue au milieu des voluptés et qu'il se fut éveillé à l'approche de ses ennemis, il se dit en lui-même : « J'en sortirai comme les autres fois. {Juges 16, 20.) Mais sa force l'avait abandonné, c'est en vain qu'il croit vaincre comme d'habitude; il tombe épuisé entre les mains de ses ennemis; ils lui crèvent les yeux et le jettent dans une obscure prison. — Homme irréfléchi et présomptueux! voilà quel sera également ton sort, car en comptant trop sur tes forces, tu tomberas dans le péché, l'aveuglement, la honte et le mépris; et après que tu y seras tombé pour avoir trop présumé de tes forces, tu y persévéreras par une confiance illimitée dans la bonté de ton Dieu et tu négligeras de te convertir.
Explication. Il faut toutefois remarquer que Vespérance chrétienne peut bien exister avec la crainte, c'est-à-dire avec la défiance de nous-mêmes; c'est pourquoi ne nous tourmentons pas d'une manière exagérée, mais ne vivons
pas non plus sans aucune crainte ni aucun souci du salut de notre Ame; espérons, \)uisque Dieu est bon; mais soyons aussi dans une appréhension continuelle, parce que nous sommes faibles.« Que celui donc qui croit être debout, » dit S. Paul (1. Cor. 10, 42.) « prenne bien garde de ne pas tomber. » Il nous faut donc joindre à la confiance ca Dieu la défiance de nous-mêmes. « Opérez votre salut avec crainte et tremblement! » nous dit encore le même apôtre; [Phil. 2, 12.) nous devons marcher désormais entre la crainte et Vespérance; c'est la voie la plus sage et la plus sûre qui, à travers les écueils (\e là préso77iption et du désespoir, nous conduit au but où nous devons tendre.
Exemples tirés de la Bible.
S. Paul marchait toujours entre la crainte et l'espérance; voilà pourquoi il écrit : « Encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. » {i.Cor. 4, 4.) Et ailleurs il dit : «Je traite rudement mon corps, et je le réduis en servitude; de peur qu'ayant prêché aux autres, je ne sois réprouvé moimême. (l.Cor. 9, 27.)
Opérez votre salut avec crainte et tremblement.
Nous devons opérer notre salut avec crainte et tremblement; car manquer notre salut ce serait une perte immense. Il en est de nous comme du philosophe Aristippe, dont S. Augustin nous raconte le trait suivant. Cet homme si exalté par ses contemporains, étant un jour en mer, fut surpris par une tempête affreuse, et la gravité du danger le mit dans une terreur telle qu'il devint pâle comme un mort, et se mit à trembler de tous ses membres. A peine la tempête se fut-elle calmée, qu'un homme grossier et de mœurs ignobles l'abordant, lui dit d'un air moqueur : « 0 grand Aristippe, voici devant vous un homme qui l'a emporté sur votre sagesse ; car pendant qu'une méprisable peur vous jetait dans l'abat-
tement, je montrais aussi peu de crainte que si j'eusse été sur la terre ferme. » Aristippe ne se déconcerta pas cette fois. « Mon ami! » répondit-il, « nous avons bien agi l'un et l'autre, chacun à sa manière. Vous restiez indifférent et intrépide au milieu des dangers, parce que votre âme est tellement rude, ignorante et basse que sans doute vous n'aviez à craindre aucune perte considérable; mais Aristippe, riche en science et en Instruction, avait raison de trembler, car il a de grandes choses à perdre! »
Marchez toujours entre la crainte et l'espérance.
S. Isidore, malgré toutes les grâces qu'il reçut, était toujours en proie à la crainte et à la tristesse; et quand on lui en demandait la raison, il répondait : « Celui qui attend un magnifique héritage et craint de le perdre, ne peut être tranquille; celui qui a un procès d'où dépend ou sa fortune ou sa ruine complète, ne saurait avoir de repos jusqu'à ce que le jugement soit prononcé. »
Comparaison.
« Les commerçants qui sont en mer ne sont jamais sans crainte, même quand le vent ne souffle pas et que les pirates ne se font pas voir, et leur crainte ne cesse que lorsqu'ils sont rentrés heureusement dans le port; cette conduite, du reste, est louable. Il en est de même du chrétien par rapport au salut; quand même il n'est coupable d'aucune faute, qu'il observe fidèlement les commandements de Dieu, et obéit aux inspirations du S. Esprit; qu'en outre il n'y a pour lui aucune tentation, aucune occasion de pécher; cependant il vivra toujours dans la crainte et l'inquiétude de son salut, et cette crainte ne cessera que lorsqu'il abordera au port du repos éternel. » {S. Macaire.)
« Un architecte quelqu'habile qu'il soit, et quelque soit le nombre de grands édifices qu'il ait construits, marche cependant toujours en craignant et en tremblant sur les échafaudages, de peur qu'il ne tombe et n'éprouve un funeste accident. Il en est de même de l'homme; bien qu'il ait
pratiqué beaucoup de bonnes œuvres, et atteint un haut degré de perfection, il opérera cependant toujours son salut avec crainte et tremblement, il portera attentivement la vue partout autour de lui, de peur qu'il ne tombe et ne roule dans l'abîme. » {S. Chrysost.)
{Gr. Cat. 20« q.) Péchés contre Vamour de Dieu. — Explication. On pèche en général contre l'amour divin par tout péché mortel ; car, « quiconque demeure en Dieu, ne pèche point. » (1. S. Jean. 3, Cf. )'S[2l\s, on x^hche, en particidier couivQ l'amour de Dieu par tiédeur, ])av froideur, par hidifférence et aversionpour Dieu et les choses divines, par attachement au monde, par ingratitude envers Dieu, par révolte contre ses sages dispositions, par haine et mépris de Dieu.
L'enfant dénaturé.
Que c'est un péché détestable de mépriser Dieu, de rougir de lui; et néanmoins il y a de nos jours des misérables, des impies de ce genre, et en grand nombre. Le trait suivant nous fera sentir toute l'indignité de leur conduite. Un poète fameux du dernier siècle devait le jour à un honnête artisan. Au prix de ses sueurs, de ses privations et de ses veilles prolongées, ce tendre père avait donné à son fils une éducation distinguée. A tant de bontés le jeune homme répondit par un travail soutenu. De brillants succès vinrent bientôt couronner ses efforts et révéler son talent; une pièce de vers surtoutlui valutdes applaudissementsuniversels. Jaloux d'en connaître l'auteur, un seigneur de la cour pria le jeune poète de venir réciter ses vers dans une réunion composée de tout ce qu'ilyavait déplus distingué dans la capitale. La proposition était trop flatteuse pour être refusée. A l'insu de son fils, le père sollicita et obtint la faveur d'être admis. Avec une grande assurance le jeune poète commença sa récitation ; des applaudissements viennent bientôt l'interrompre. Il continue, et des couronnes lui pleuvent sur la tête; il achève, et le noble seigneur qui l'avait invité, s'avance et, en témoignage
llö DES COMMANDEMENTS.
de son contentement, l'embrasse en présence de toute cette illustre assemblée. Au même instanten voit venir du fond de la salle un vieillard à cheveux blancs, couvert des vêtements d'une honnête indigence; les yeux mouillés de pleurs, les bras ouverts, il veut aussi embrasser le jeune lauréat. Celui-ci détourne la tête et refuse de le reconnaître, et ce vieillard, c'était.... son père!!! Une explosion de ciis d'indignation part de toutes les parties de la salle, et toutes les bouches répètent ces paroles flétrissantes : Ft7s ingrat!., enfant dénaturé!... Fils ingrat, enfant dénaturé voilà, dites-vous, les seuls noms qui conviennent au fils qui rougit de son père; mais quel nom mérite, je vous prie, celui qui rougit de son Dieu? {Gaume.) Comparaison.
On pèche aussi contre Vamour de Dieu en aimant le monde. « Les mouches à miel se plaisent autour de leur miel, » dit S. François de Sales, « et les guêpes autour des puanteurs; ainsi les bonnes âmes prennent leur contentement autour de Dieu et ont une extrême tendreté d'amour en son endroit; mais les mauvais se plaisent autour des vanités du monde. »
(Gr. Cat. 21-23 î.) Culte extérieur rendu à Dieu; motifs qui nous y obligent et comment on pèche en cette matière. — Explication. Il ne suffit pas d'adorer Dieu extérieurement, nous devons encore manifester cette adoration intérieure, par exemple, par la prière en commun, par desgenuflexions, etc. Le feu qui brûle dans l'âtre, se manifeste extérieurement par la fumée qui s'élève de la cheminée, et l'ardeur de la piété se manifeste extérieurement ])ar l'attitude pieuse du corps. « L'attitude extérieure, » dit S. Chrysostôme, « est toujours la marque et l'effet de la dévotion intérieure. « — On ne peut se figurer la piété intérieure sans la piété extérieure. Nous y sommes tout particulièrement obligés par les motifs suivants : l) Le corps aussi bien que l'âme ont été créés de Dieu ; voilà pourquoi l'un et l'autre lui doivent leurs homma-
rUEMIER COMMANDEMENT DE DIEU. H 7
ges; 2) il est dans la nature de l'homme de manifester extérieurement sa dévotion intérieure; de plus, 3) la dévotion extérieure favorise la dévotion intérieure; enfin 4) le culte extérieur est utile et nécessaire à l'édification de tous, à raffermissement dans la foi, à la conservation et à la propagation de la religion.
Exemples tirés de la Bible.
L'Ecriture-Sainteabonde en exemples qui montrent que de touttempson ajoint l'adoration extérieurede Dieu à l'adoration intérieure. — Lorsqu'après son entréedans Jérusalem, Esdras ouvrit, pour la première fois, en présence du peuple, lelivre de la loi, et y lut à haute voix une prière pour remercier et louer Dieu, tout le monde éleva les mains et s'écria : « Amen, amen, » puis s'inclina et se prosterna devant Dieu, le visage contre terre. (2 Esdr. 8, 5-6.) — Lorsque les enfants d'Israël luttaient avec les Amalécites, Moïse éleva les mains vers Dieu; il les éleva bien haut, afin d'implorer puissamment du 'secours. Les Israélites étaient d'autant plus forts que Moïse élevait les mains plus haut. (Exode 17, 8-15. ) — Et lorsque le divin Sauveur priait, il ne se mettait pas seulement à genoux, mais se prosternait le visage contre terre.
Explication. On pèche contre le culte extérieur dû à pieu, en négligeant le service divin ou en s'y conduisant sans respect.
La punition des Bethsamites.
« Dieu frappa quelques Bethsamites, parce qu'ils avaient regardé avec curiosité et sans respect l'arche du Seigneur; et il fit mourir soixante-et-dix personnes des principaux de la ville et cinquante mille hommes du petit peuple; et ils pleurèrent tous de ce que le Seigneur avait frappé la nation d'une si grande plaie. » (1. Rois. 6, 19.)
Punition des irrévérences à l'office divin.
Philippe II, roi d'Espagne, un jour qu'il assistait à la Messe, vit deux courtisans causer ensemble, pendant tout le
temps du saint sacrifice. En sortant de la chapelle, le roi leur dit : « Est-ce ainsi que vous entendez la sainte Messe? Ne paraissez plus à ma cour! » Cette seule parole fut pour tous deux un coup de foudre. L'un mourut deux jours après, et l'autre devint fou. — Ah! combien de fois pourrait-on donner une réprimande aussi sévère à tous ceux qui se conduisent sans respect dans le temple de Dieu.
Le miroir dans le livre de prières.
Un noble Espagnol, nommé Zapata, se trouvait à Munster pour concourir à la rédaction du traité de paix. Il passait pour un homme fort pieux, puisque tous les jours il se rendait à l'office divin, accompagné de tous ses domestiques. En l'observant à l'église, on pouvait se convaincre que ses yeux se tournaient vers l'autel, ou bien se reposaient sur un énorme livre de prières, et que jamais il ne tournait la tête. Cependant, au sortir de l'église, tout le monde voyait que chaque fois il était exactement instruit de la conduite de son entourage. Alors ses reproches sévères atteignaient l'un parce qu'il avait indécemment tourné la tête, l'autre, parce qu'il ne s'était pas agenouillé ou qu'il avait chuchoté à l'oreille de son voisin; un troisième était forcé d'avouer, qu'il s'était esquivé de l'église pour aller boire un verre dans le voisinage, et qu'il s'était essuyé la bouche seulement après son retour. Personne ne comprenait comment cet homme sévère parvenait à connaître si bien ce qui se passait constamment derrière lui, quoiqu'il ne reçût les rapports d'aucun espion. Mais un jour l'un de ses domestiques eut l'occasion d'avoir en mains le livre de prières, et il y découvrit deux miroirs qui garnissaient intérieurement la reliure. Tel était l'appareil que ce grave personnage avait inventé pour observer ses domestiques. Ah! combien de reproches pourrait-on adresser de nos jours, si l'on voulait observer le grand nombre d'irrévérences et de légèretés commises à l'église ou pendant la prière.
Les moines priant sans dévotion.
Deux moines récitaient les matines, se tenant assis et
PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. Mî)
comme accroupisd'unemanière inconvenante et peu dévote sur leur lit, lorsque tout à coup le diable apparut dans leur cellule, portant avec lui une odeur infecte et insupportable; il leur dit en même temps, pour se moquer de leur prière : « A une telle prière, il faut un tel encens. » [Scaramelli. p. 298.) (Gr. Cat. 24«-31'= q.)
De quelques autres péchés contraires au culte dû à Dieu, tels que : ï idolâtrie, la superstition, la sorcellerie, le sacrilège, et la simonie.
1) U Idolâtrie. — Explication. Par idolâtrie on culte des idoles,on entend l'adoration des idoles, des fausses divinités, lorsqu'on accorde l'honneur divin à une créature, comme le firent les païens qui adoraient des hommes, des images de bois et de métal, des animaux, des plantes, etc. C'est ainsi que les Egyptiens adoraient des crocodiles, des oignons, etc. Les Romainshonoraient les vices et les vertus comme des divinités, ils avaient un dieu du vin {Bacchus), une déesse de l'impudicité (Fenus), un dieu du \o\ {Mercure), etc.
Les fétiches détruits.
Villault de Bellefond, pendant son séjour au milieu des Noirs, fit éclater plus d'une fois le beau zèle qui l'animait contre les- fétiches. Le 14 avril 1667, se promenant dans les environs de Fredericksbourg, {ancien fort danois, sur la Côte d'Or), il vit à l'entrée d'une maison, un nègre et une négresse occupés à tuer une poule dont ils faisaient couler le sang sur certaines feuilles qu'ils avaient rangées à terre. Après cette opération, ils divisèrent la poule et en jetèrent les morceaux sur les mêmes feuilles ; se tournant ensuite l'un vers l'autre et se baisant les mains, ils se mirent à crier: me cusa, me cusa, c'est-à-dire, dans leur langue, Faites-moi du bien. Villault ne les interrompit point pendant toutes ces cérémonies: mais lorsqu'elles furent terminées, il leur demanda quelles étaient leurs intentions. « Le fétiche du quartier, répondirent-ils, nous a nui, et dans l'espérance de
l'apaiser, nous venons de lui offrir cette poule que vous voyez. j> Comme la curiosité lui faisait considérer les feuilles, espèce d'herbe marine, ils lui conseillèrent de n'y pas toucher en l'assurant que ceux qui avaleraient un morceau de cette poule mourraient infailliblementdans l'espace d'une heure. Le voyageur français rit de leur menace, prend la poule, la fait bouillir en leur présence, en mange sur-lechamp une partie et jette le reste. Les deux nègres, saisis d'eft'roi à la vue d'une action qu'ils regardaient comme un crime, s'attendaient à chaque moment à le voir tomber mort. Cependant Villault demeurait toujours debout et plein de vie; touché de compassion en les voyant livrés à des superstitions aussi insensées et aussi criminelles, il les rassura et les pria de lui faire voir leur fétiche. Ces noirs, qui commençaient à douter de la puissance de leurs divinités, le conduisirent aussitôt dans une petite cour où ils lui montrèrent une tuile enveloppée de paille; c'était là le fétiche qu'ils conservaient avec soin; à l'instant même Villault brise la tuile et met à la place une croix, il brise aussi tous les fétiches de bois ou les crochets qui étaient suspendus autour de la maison; dans l'ardeur de son zèle, il détruit toutes leurs divinités; mais bientôt il joint l'instruction à la pratique. « Cessez, leur dit-il, d'invoquer vos fétiches qui ne sont que de misérables morceaux de bois, de pierre ou de terre, armez-vous du signe de la croix, et avec ce secours vous serez plus forts que le fétiche, s'il revient à vous tourmenter. » Il leur apprit à l'heure même à faire le signe de la croix. En peu de temps tous les nègres du canton furent instruits de ce qui venait de se passer ; ils en furent si émerveillés, que dès le lendemain ils vinrent en foule demander à échanger leurs fétiches contre des croix. Le voyageur français, édifié d'un si heureux changement, du mépris et même de l'aversion qu'ils avaient pour leurs fétiches, s'empressa de se rendre à leurs désirs, et leur distribua avec grande quantité de croix, qu'ils reçurent avec reconnaissance.
Lorsqu'il examina ce qu'il avait reçu en échange, il ne trouva que de misérables bagatelles, et des morceaux de terre
PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. l;2i
enduits de graisse et d'huile avec quelques plumes do perroquet plantées au milieu. C'étaienl-là les fétiches de ces pauvres Africains; mais, ayant une fois reconnu ce que l'idolâtrie a d'odieux et de criminel, ils renoncèrent pour toujours, nous n'en doutons pas, à ces divinités de terre. {Trésor des noirs.)
Saint Rémy et le roi Clovis.
Lorsque S. Rémy, évéque deRheims, baptisa le roi Clovis, il lui parla ainsi : « Brûle ce que tu as adoré jusqu'à présent, et adore ce que tu as brûlé! » — C'est-à-dire, renonce à tes faux dieux, et sers le vrai Dieu.
A côté de cette grossière idolâtrie des païens, il y a encore une idolâtrie plus raffinée^ savoir: quand on retire son cœur à Dieu pour le donner aux choses de la terre, quand on porte l'une ou l'autre idole dans son cœur, par exemple l'avarice, l'envie, la volupté, la gourmandise, etc. C'est pourquoi S. Paul dit (P/m7. 3, 18.): Ils font leur Dieu de leur ventre. Cette idolâtrie est également honteuse et funeste au plus haut point.
L'idole dans le cœur.
Une ancienne légende fait mention d'une grande et magnifique procession qui, aux premiers siècles du christianisme, continua d'être en usage chez une partie des habitants de la Syrie restés païens. Elle ressemblait, sous plusieurs points, à la grande fête qui se célèbre encore de nos jours dans les Indes en l'honneur de Dschagernauth ; les païens plaçaient leur idole sur un char élevé et pompeux auquel 'ils s'attelaient, tandis que devant et derrière marchait la foule avec des victimes, des guirlandes, des cymbales et des trompettes. Un jour que la procession était en marche, tout le monde se sentit soudain repoussé par une force invisible, et cloué sur place; personne n'était plus en état de bouger, et les gens accourus au secours ne savaient quel expédient imaginer, lorsque l'un d'eux s'avisa d'aller chercher l'abbé Appollonius qui avait sa demeure solitaire près de là. AppoUonius étant arrivé, cria à la multitude: « Si vous voulez
CATÉC. PRATIQUE. T. H. 6
quitter cette place, renversez votre faux dieu. » On suivit son conseil, et aussitôt chacun put aller librement où bon lui semblait. — Or, ce que cette légende rapporte de l'accident arrivé à une foule considérable, se passe partout chez les individus dans le cours de la vie. Pourquoi y a-t-il tant <le personnes qui, bien qu'appartenant à l'Eglise, se montrent, sous le rapport de la vie spirituelle, si immobiles? qui persistent dans l'habitude du péché et dans l'esclavage des sens, sans jamais faire un pas vers la justice chrétienne? Parce quelles adorent dans leur cœur une idole qu'elles portent partout avec elles, que cette idole s'appelle richesses et biens, volupté ou vanité. Tant que cette idole n'est pas abattue, que cet égoïsme coupable, cette mauvaise passion n'est pas chassée du cœur, ou du moins sérieusement combattue, la volonté spirituelle reste enchaînée, de sorte qu'elle n'est pas capable de faire un pas dans la voie du bien. {Veith.)
2) On est coupable de superstition, 1) quand on honore Dieu ou les Saints contrairement à la doctrine ou aux usages de l'Eglise; par exemple, par toutes sortes de formules étranges, par l'emploi de cérémonies ou de rits que l'Eglise n'a ni établis ni pratiqués, par l'exposition de fausses reliques, par la publication de faux miracles, etc.; 2) quand on attribue à certains objets une vertu qu'ils n'ont ni de Dieu, ni de la nature, ni de l'Eglise. Ainsi l'on pèche par la divination, par l'inspection des étoiles, des oiseaux et des animaux, des mains et du visage, par l'interprétation de cas fortuits et des songes, en tirant au sort ou en disant la bonne aventure au moyen de cartes ou de signes cabalistiques, en craignant les revenants, en redoutant certains jours (le vendredi) ou certains nombres (treize), etc. — Cette superstition est aussi insensée que coupable et funeste, parce que le plus -souvent on attend secrètement du secours de l'esprit malin, et qu'en tout cas on accorde à des choses futiles ou à des fourbes, la confiance qu'on devrait avoir en Dieu
seul. Combien de mal la superstition n'a-t-elle pas produit dans le monde! Voilà pourquoi l'Eglise et ses docteurs ont de tout temps condamné la superstition de la manière la plus énergique.
Pour ne citer que quelques témoignages, S. Augustin ditquelasuperstitionest l'ignominie et la honte du genre humain. Origène s'élève de toutes ses forces contre la superstition. Le synode provincial tenu à Toulouseen 1590, ordonne à tous les confesseurs et prédicateurs de déraciner la funeste superstition par de fréquents avertissements et des arguments solides. Le S. Concile de Trente se prononce dans le même sens. — Cependant notre époque est devenue tellement impie que les incrédules décrient un grand nombre de nos saintes doctrines et de nos cérémonies, comme autant de superstitions : ils traitent par exemple de superstition l'usage de porter sur soi des images, des médailles de saints ou des objets bénits. Mais il n'est pas ainsi; cette pratique est au contraire louable, quand elle est faite avec une intention pieuse, qu'elle est basée sur la confiance en Dieu, sur l'intercession des saints ou sur les prières et les bénédictions de l'Eglise.
Folie et suites funestes de la superstition.
Les suites déplorables qui résultent parfois de la superslition, par exemple des pronostics tirés des oiseaux ou des animaux, se trouvent confirmés par l'exemple suivant, qui paraîtrait incroyable s'il ne nous était rapporté par un garant digne de foi : (Lohner in Bibl. 111. oo9.) Une vieille veuve était dangereusement malade. Sa pieuse (ille l'exhorta à recevoir les Sacrements des mourants. Mais la malade déclara que ce n'était pas encore nécessaire. La fille pria un voisin de venir à son aide, afin de décider sa mère à se faire administrer. La veuve lui répondit également en souriant: « Soyez sans inquiétude, je ne mourrai pas encore. Le coucou m'a
prédit que j'ai encore douze ans à vivre. » Il faut savoir que certaines personnes superstitieuses prétendent vivre autant d'années qu'ils ont entendu de fois le cri du coucou. Comme l'état de sa mère empirait d« jour en jour, la fille se décida à faire venir un prêtre; mais à son arrivée, la malade était déjà privée de raison et criait constamment en imitant le coucou : « Coucou, coucou! » C'est ainsi qu'elle mourut sans sacrements.
Une suite inévitable de ces pratiques superstitieuses c'est que l'homme, au lieu de remettre simplement son sort entre les mains de la divine Providence, et d'y trouver ainsi son repos et une assurance inébranlables, se livre tantôt à des espérances outrées, tantôt à des terreurs chimériques, et se tourmente ainsi inutilement. {Manuel de Schuster.)
Quelle folie il y a de croire aux astrologues.
L'empereur grec, Manuel Commène, étant violamment attaqué de la maladie à laquelle il succomba, le patriarche Théodose vint l'engager, puisque le temps le permettait encore, de mettre en ordre les affaires de l'Etat et de pourvoir au sort de son jeune fils Alexis. Manuel répondit qu'il avait infailliblement encore quatorze ans à vivre. C'est qu'il se fondait sur la prédiction de certains astrologues qui lui promettaient non-seulement une prompte guérison, mais encore des conquêtes glorieuses. Toutefois, comme à la fin son mal s'aggrava tellement que toutes ses espérances s'évanouirent, il se repentit de sa crédulité superstitieuse, et sur le conseil du patriarche il donna une déclaration écrite par laquelle il désavoua sa conduite passée. Peu après il mourut. — Une femme qui, par curiosité s'était mise à feuilleter un livre de son mari, traitant de l'astrologie, y lut que la fille, née un tel jour, si elle se mariait, mourrait. Après cette lecture, elle fut prise d'une telle frayeur que, bien que jusque là ses couches eussent été heureuses, elle mourut pendant les couches suivantes, uniquement de crainte et de terreur. Telles sont les suites déplorables de la foi ridicule dans l'astrologie. (Id.)
Superstition des philosophes.
Le duc d'Orléans, régent du royaume, fameux par son impiélé et ses débauches, allait déguisé chez les Bohémiens, et montrait toute la crédule curiosité du plus superstitieux des hommes. Un vieux comte d'Anhalt-Dessau ne croyait pas en Dieu; mais allant à la chasse, il rebroussait chemin s'il lui arrivait de rencontrer troisvieilles femmes; c'était, selon lui, un mauvais augure. Il n'entrepunait rien le lundi qu'il regardait comme un jour de malheur. — Diderot et d'Alembert croyaient aux sortilèges. — LecomtedeBoulainvilliers, qui s'est acquis un nom par son impiété, étudiait sérieusement les secrets de la sorcellerie. — Hobbes, incrédule le jour, ne couchait jamais seul la nuit, de crainte des revenants. Le marquis d'Argens, si éloigné de toute idée religieuse, ne supportait pas d'être treize à table. — La princesse Amélie, sœur de Frédéric, roi de Prusse, ayant presque autant d'esprit et de philosophie que lui, se faisait dire la bonne aventure ; et la moitié de la cour croyait à la femme blanche qui, armée de son grand balai, apparaissait dans une salle du château, et balayait de toutes ses forces quand il devait mourir quelqu'un de la famille royale. — Le célèbre roi de Prusse, Frédéric-le-Grand, déplaçait lui-même les couteaux et les fourchettes qu'il voyait en croix sur la table, les regardant comme un signe de malheur. {Dict. d'anecd. chrét. pag. 1119.)
Crainte des spectres ou crédulité.
Il arriva un jour en Sicile que quelques hommes entrèrent dans une grotte pour examiner ce qu'elle renfermait; arrivés à une certaine distance, ils aperçurent une espèce de géant qui tenait une massue dans la main. Saisis de terreur à cette vue, ils s'enfuirent de la caverne et coururent dans la ville voisine raconter ce qu'ils venaient de découvrir. Aussitôt tout le voisinage s'arma pour aller combattre le géant. Lorsqu'on fut arrivé dans la caverne, le plus courageux de la troupe se hasarda à porter un coup d'épée au spectre qui tomba subitement en poussière. On vit alors que le prétendu
i<^<\ DES COMMANDEMENTS.
géant n'était qu'une masse de terre et de poussière qui avait quelque ressemblance avec la forme humaine. — Aussitôt la peur se changea en hilarité et l'on reconnut qu'on avait été trop crédule. (Dr. Brunner.)
Le nombre treize.
Le premier président du parlement de Rouen ne pouvant SP résoudre à se mettre en table, parce qu'il se trouvait le treizième, il fallut adhérer à la superstition, et faire venir une autre personne, afin qu'on fût quatorze. Alors il soupa tranquillement; mais à peine fut-il sorti de table, qu'il fut saisi d'une apoplexie, dont il mourut sur-le-champ. Dieu ne punit pas toujours les superstitieux d'une manière aussi sensible, mais on ne peut douter qu'il ne les ait en horreur. « Seigneur, dit le Psalmiste, vous haïssez ceux qui observent les choses vaines et inutiles. » (Le P. Lebrun.)
Folie de la superstition.
Marie Witte, à Prenzlau, alla un soir rendre visite à ses parents qui demeuraient à l'extrémité du village appelé Malchew. Le chemin le plus court était celui qui traversait le cimetière. A son retour elle remarqua, sur une tombe toute fraîche, quelque chose de blanc. En se rapprochant de la tombe, cet objet blanc se releva un peu; il avait en ce moment quelque ressemblance avec une forme humaine assise, et suivait d'un regard fixe et sans dire une parole, la jeune fille terrifiée qui hâtait le pas pour s'éloigner.
Elle arrive dans la maison de ses maîtres, pâle comme la mort et raconte l'accident qui lui est survenu. Aussitôt quelques personnes se rendent au cimetière pour voir le fantôme, mais elles n'en découvrent aucune trace. Le lendemain, le forgeron Walter vient faire ses excuses à mademoiselle Witte pour la frayeur qu'il lui avait causée. Afin de le délivrer d'un violent mal de dents, on lui avait conseillé d'appliquer la mâchoire malade sur une tombe fraîchement remuée ; de cette manière, prétendait-on, le mort gagnait le mal dont souffrait le vivant; mais cela devait se faire sans parler, si
l'on voulait que le remède réussît, et Walter n'avait pas négligé cette circonstance. 0 folie de la superstition !
Comparaisons.
« Ne serait-ce pas folie de vouloir cueillir des roses sur un pommier et des lis sur un rosier? L'homme superstitieux commetune folie analogue en attribuant à des choses créées <ies effets que liMwéatour ne leur n j>as donnés. » Afin (]^ rendre évidente la folie de la superstition, S. Augustin cite le bon mot de Caton consulté par quelqu'un pour savoir s'il n'y avait aucun présage dans ce fait, qu'une souris avait rongé ses pantoufles; il répondit :« Il n'y a là aucun présage, mais il y en aurait un si les pantoufles eussent rongé la souris. » Le saint ajoute la remarque suivante: « Ce n'est pas parce que les signes ont une valeur qu'on les observe, mais s'est parce qu'on les observe, qu'on leur accorde une valeur. »
3) On est coupable de sorcellerie quand, par l'invocation et le secours du démon ou par l'évocation des esprits, on veut trouver des trésors ou produire d'autres effets merveilleux, ou encore quand on cause du dommage aux hommes, aux troupeaux, etc. Dieu lui-même défend expressément ce péché, quand il dit {Lévit. 20 6.) : « Si- un homme se détourne de moi pour aller chercher les magiciens et les devins, et s'abandonne à eux par une espèce de fornication , je tournerai ma face contre lui et je l'exterminerai du milieu de mon peuple. » Cependant les prestidigitateurs et les escamoteurs ne doivent pas être regardés comme magiciens.
Exemples tirés de la Bible.
Saiil, abandonné de Dieu et haï du peuple, ne savait quel parti prendre lorsque lesPhilistinslui déclarèrent la guerre. Dans l'angoisse de son cœur il eut recours à une vieille femme d'Endor qui avait la réputation d'être versée dans la magie occulte. Elle fut priée d'évoquer l'ombre de Samuel
15R DES COMMANDEMEMS.
du royaume des morts, afin qu'il révélât l'issue du combat. Mais Dieu punit le roi ; il lui fut annoncé que le combat lui serait funeste et que Saiil périrait avec ses fils. — Dans les Actes des Apôtres (15, 8-12.) se trouve également un exemple qui prouve que souvent le châtiment suit de près la magie. Du temps des apôtres vivait le magicien Elymas qui s'opposait au christianisme avec une méchanceté tout partinilièrc. Mais S. Paul, rempli du Saint-Esprit, regarda fixement cet homme, et lui dit:« 0 homme plein de toute sorte de tromperie et de fourberie, enfant du diable, ennemi de toute justice, ne cessercz-vous jamais de pervertir les voies droites du Seigneur? Mais maintenante main du Seigneur est sur vous: vous allez devenir aveugle, et vous ne verrez point le soleil jusqu'à un certain temps. » Aussitôt les ténèl)res tombèrent sur lui, ses yeux s'obscurcirent; et se tournant de tous côtés, il chercha quelqu'un qui lui donnât la main. — L'Antéchrist, aidé de l'esprit malin, viendra aussi un jour montrer des choses merveilleuses opérées par la magie ; « il viendra, accompagné de la puissance de Satan, avec toute sorte de miracles, de signes et de prodiges trompeurs, avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité ceux qui périront, parce qu'ils n'ont pas reçu et aimé la vérité pour être sauvés. » (2 Thess. 2, 9-10.) Dieu le permettra pour la juste punition de ceux qui rejettent la vérité chrétienne et les miracles divins.
Le magicien mal récompensé.
La curieuse anecdote qui suit est tirée de la vie du duc Rodolphe IV, (né /e 1 Nov. 1339, t 1' Jt'iU. 1363.). Un nécromancien se vantait devant le duc de pouvoir chasser les mauvais esprits et le décida à venir s'en convaincre par lui-même. Rodolphe y consentit, et le fourbe le conduisit dans la forêt de Vienne jusqu'à la montagne Gluthoven ; il y avait caché d'avance, dans une caverne, une vieille femme munie de braises ardentes, d'un soufflet, etc., et l'avait dressée à sa fantasmagorie. — Lorsqu'ils furent arrivés dans ce .sombre réduit, le magicien tra^-a un cercle autour du prince
PREMIEK COMMANDEMENT DE DIEP. 12!)
et lui défendit, sous peine de malheur, d'en sortir. Alors il commença ses manœuvres et ses tours de sorcellerie; soudain la vieille donna des réponses qui résonnaient d'une manière lugubre dans les cavités de la montagne etvomit du feu dans l'obscurité, Rodolphe qui soupçonnait une fourberie, franchit ce cercle malgré la défense du magicien, en se disant : « Je vais voir de près cette fantasmagorie et le diable même. » — Il le fit, et découvrit la vieille avec ses supercheries; aussitôt il donna ordre de saisir les deux individus qui furent cousus dans un sac et noyés. {Habsbourg.)
4) Le sacrilège est la profanation des objets, des personnes ou des lieux consacrés à Dieu ; ainsi l'on se rend coupable de sacrilège en recevant indignement un Sacrement, en maltraitant un prêtre, en souillant une église ou des vases sacrés, etc. De tels sacrilèges ont été commis" par les iconoclastes et par un grand nombre d'ennemis de l'Eglise dans les temps anciens et dans les temps modernes, lorsqu'ils profanaient les images et les reliques des saints, les jetaient dans des lieux immondes, les foulaient aux pieds, ou qu'ils employaient les vases sacrés à des usages profanes, etc.
L'Ecriture-Sainte nous montre par plusieurs exemples effrayants combien Dieu abhorre et punitcet épouvantable péché. Le roi Balthasar donna un grand festin e^ y employa les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodonosor avait enlevés du temple de Jérusalem. Ce roi impie s'enorgueillissait même de ces dépouilles sacrées. Mais tout à coup, pendant le festin, une main traça sur la muraille trois mots qui annonçaient au roi sacrilège sa sentence et le châtiment de son crime. {Dan. 5.) — Séleucus, roi de Syrie, envoya son trésorier Héliodore à Jérusalem, pour y enlever les riches trésors du temple. Pendant qu'il était occupé de ce vol sacrilège, la main de Dieu le frappa; une force invisible le jeta contre terre, privé de parole; et il y resta cou-
\'M) r.ES COMMANDEMENTS.
ché sans aucun espoir deguérison. (2 Mach. 3.) — Cinquante niiJIe Bethsamites périrent pour avoir jeté des regards audacieux sur l'Arche d'alliance. Dieu fit tomber du feu sur les fils d'Aaron, parce qu'ils avaient placé du feu profane sur lautel. — Osa tomba mort, parce qu'il n'avait pas pour l'Arche du Seigneur le respect que la loi prescrivait. Manassès fut privé de son royaume , conduit en captivité à Babylone, parce qu'il avait déshonoré le sanctuaire de Dieu par le culte des idoles. Le roi Joas fut puni de la lèpre, parce qu'il était audacieusement entré dans le sanctuaire. Il en est de même dans le nouveau Testament. .< Si quelqu'un profane le temple de Dieu, Dieu le détruira, » dit avec raison S. Paul. (1 Cor. 3, 17.) Le Sauveur, ordinairement si doux et si patient, fut saisi d'une sainte indignation en voyant dans le temple de Jérusalem les vendeurs et les acheteurs qui le profanaient. Ayant saisi un fouet, il les en chassa avec cette réprimande aussi sévère que méritée: a La maison de mon Père est une maison de prière; et vous en avait fait une caverne de voleurs. [Jean. :2, 4o.)
Punition du vol sacrilège.
L'empereur Léon IV avait fait enlever de la cathédrale de Constantinople une couronne d'or enrichie de diamants, que l'empereur Héraclius avait donnée à ce temple. Mais à peine eut-il mis cette couronne sacrée sur sa tète, que celle-ci se couvrit de pustules et de plaies hideuses qui l'enlevèrent après trois jours. — Les Sarrasins attaquèrent un jour une église dans l'île de Chypre. L'un d'eux, ayant fixé ses regards sur la statue d'un saint, demanda : « A quoi sert cette image? » — a Elle fait du bien à celui qui honore ce que cette statue représente, — et fait du mal à celui qui la méprise, » répondit un chrétien qui se trouvait là. — « Eh bien ! je vais arracher un œil à cette image, » dit l'audacieux soldat, « et je veux voir quel mal elle peut me faire. » Il prit en ett'et une lance qu'il poussa dans l'œil droit du saint. Mais nu même moment son œil droit lui sortit également de la tète
et tomba à terre, tandis que le malheureux fut pris d'une fièvre violente.
5) La simonie ou le trafic des choses sacrées, consiste à acheter ou à vendre pour de l'argent ou d'une autre manière, des objets sacrés ou des dignités ecclésiastiques, comme le voulaitfaire Simon lemagicien; de là est venu le nom de simonie.
Simon le magicien
se rendit coupable de cette faute. Lorsqu'il eut vu que le Saint-Esprit était donné par l'imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l'argent, s'ils voulaient lui accorder le même pouvoir. Mais S. Pierre, animé d'une sainte indignation, lui répondit : « Que votre argent périsse avec vous, vous qui avez cru que le don de Dieu peut s'acquérir avec de l'argent, etc! » {Act. des Ap. 8, 18-24.)
Un ennemi de la simonie.
Hilarion, le fondateur d'un grand nombre de monastères on Palestine, partageait tout son temps entre les exercices pieux et le travail qui lui procurait le nécessaire. Quelqu'un lui ayant offert un présent en échange de ses pieux services, il répondit : « Ce qu'on a reçu gratuitement, il faut aussi le donner gratuitement.» Un officier de l'empereur Constance, qu'il avait guéri d'une maladie dangereuse, voul«t lui donner une somme d'or, Hilarion la refusa en déclarant qu'il n'acceptait rien pour des services chrétiens; puis lui montrant un morceau de pain d'orge, il ajouta : « Celui qui se nourrit ainsi n'a pas plus d'estime pour l'orque pour la poussière de la terre. »
Comparaison.
« Pourquoi ne vends-tu pas ta lumière, ô soleil? — Je l'ai reçue pour rien, je la distribue pour rien aux autres. Pourquoi ne vends-tu pas ton eau, ô fleuve? Je l'ai eue pour rien, je la laisse couler pour rien. Et toi, ô homme, tu veux te faire payer par d'autres les grâces que Dieu t'a accordées? » (S. Bonav.)
ii"! I>F.^ r.öMMANDEMENTS.
Pi'atique. \) Par la foi, l'espérance et la charité, le resl>ect et Tadoration, l'action de grâce et les louanges, vous honorez votre Dieu, ainsi que le premier commandement l'exige de vous. C'est pour([uoi récitez tous les jours les actes de foi, d'espérance et de charité, et adressez, le soir et le matin, à Dieu le tribut de votre adoration et de votre amour, de votre gratitude et de vos louanges! Mais unissez avec la dévotion intérieure de votre cœur la dévotion extérieure; dans l'église et hors de l'église priez toujours avec respect, dans une attitude pieuse et modeste, pliez les genoux et joignez les mains. C'est ainsi que priaient tous les saints, et particulièrenient S. Louis de Gonzague. Prenez-le en ceci pour modèle!