Louis de Gonzague en prière
'juandce jeune homme priait, on pouvait lire dansles traits deson visage et juger par tout son extérieurcombien il sentait la présence de son Dieu, et ce que c'était qu'adorer Dieu intérieurement et extérieurement. 11 était à genoux, les mains jointes, dans une attitude si pieuse et si respectueuse, qu'il ressemblait plutôt à un ange qu'à un homme. II priait toujours avec les yeux fermés ou modestement baissés, afin de conserver mieux, de cette manière, le recueillement intérieur. Celui qui le voyait était transporté d'admiration pour cet ange terrestre, et en même temps entraîné vers la piété. — Chrétien! apprenez de S. Louis de Gonzague à prier.
2) Comme rien ne blesse tant le respect et l'adoration dus à Dieu, que l'hérésie, l'incrédulité et la suj'Crstition, il est de notre devoir d'éviter tout spécialement ces péchés. Ayez donc en horreur toute superstition et n'employez jamais des moyens défendus ou suspects ]'Our guérir certaines maladies, retrouver des objets perdus, etc. Consultez votre confesseur si vous doutez qu'un moyen soit illicite ou non. Ne recourez jamais à
des charlatans ou à des empiriques quand il s'agît de votre santé, appelez un médecin diplômé ou établi par l'autorité. Lorsque nous voulons avoir un habit, nous n'allons pas trouver le maréchal, et lorsque nous faisons ferrer un cheval, nous n'allons pas trouver un tailleur, mais pour tout ce qui regarde les métiers, nous nous adressons à ceux qui s'y entendent convenablement. De même, lorsque nous sommes malades, pour être guéris, nous devons consulter les médecins et non les charlatans, ni employer des remèdes conseillés par des personnes ignorantes, qui souvent font empirer le mal et qui envoient le malade au cimetière.
Le maréchal- ferrant .
Un jour, un étranger, conduisant une élégante calèche, arriva dans un village. Comme unressort de la voiture s'était brisé, l'hôtelier lui dit: « Notre maréchal est très-habile. Il est en même temps excellent vétérinaire; les gens du village se font môme traiter par lui. » L'étranger conduisit sa voiture devant la forge, et après que le ressort fut réparé il dit au maréchal : « Vous avez fort bien arrangé ma voiture; ne voudriez-vous pas également réparer ma montre à répétition? » Le maréchal regarda, tout ébahi, son interlocuteur, tandis que les personnes présentes se moquaient de l'étranger et laissaient clairement entendre qu'elles le prenaient pour un fou. Mais il leur dit : « Je suis loin d'être aussi fou que vous l'êtes vous-mêmes. Car le plus adroit maréchalferrant est aussi peu en état de réparer cette montre, que le plus habile vétérinaire de traiter un malade, » [Kindle.)
DE LA VÉNÉr.ATlON ET DE l'iNVOCATION DES SAINTS.
(Suite du premier eonimandement.)
La vénération des Saints n'est pas contraire au premier commandement. — Explication. Pour ce qui regarde la vénération et l'invocation des Saints, l'Eglise catholique
enseigné qu'il est bo7i et avantageux d'honorer et d'invoquer les Saints. Le Concile de Trente expose cette doctrine dans les termes suivants : « Le saint Concile ordonne à tous les évêques et aux autres, qui par leur charge ou par leur mission sontobligésd'enseigner, que, d'après l'usage immémorial de l'Eglise catholique etapostolique et d'après l'accord unanime des saints Pères et les conclusions du saint Concile, ils instruisent soigneusement les fidèles principalement sur l'intercession, l'invocation des Saints et la vénération des reliques, en leur enseignant que les saints qui régnent avec Jésus-Christ, présentent leurs prières à Dieu en faveur des hommes : « qu'il est bon et avantageux de les invoquer avec ferveur, d'avoir recours à leurs prières et à leur protection, afin d'obtenir des faveurs de Dieu par son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est notre unique Sauveur et Rédempteur. »
Cette vénération n'est nullement contraire au premier commandement ; ce qui le prouve, c'est que nous n'adorons pas les saints, que nous ne leur rendons pas des honneurs divins; bien plutôt, nous honorons et nous louons dans les Saints Dieu lui-même qui s'est montré si puissant et si généreux à leur égard; « nous admirons et nous honorons dans les Saints, » comme dit S. Augustin, « les merveilles de la main du Très-Haut, les dons de la grâce et l'épanchement de sa magnificence; » nous confessons que Dieu a fait en eux et par eux de grandes choses (S. Luc. 1, 49.), c'est pourquoi « louez Dieu dans ses Saints. » (Ps. 150, 1.)
Comparaison .
« Un souverain veut être lionoré comme souverain ; mais il ne se trouve pas offensé, lorsque, par égard pour lui, il voit ses courtisans et ses subordonnés également honorés; il sesentirait plutôt offensé s'il ne les voyait pas honorés. Il suit
PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. \'6o
de là qu'il n'est pas contraire au premier commandement, d'honorer les Saints, que bien plutôt Dieu est honoré par là; qu'on ne fait pas injure à Jésus-Christ, mais qu'au contraire on augmente sa gloire, puisque toutes les grâces que le Père éternel accorde au genre humain, par. l'intercession des Saints, sont dispensées à cause des mérites de son divin Fils. » {Bressanvide. IV, 1.)
(6V. Cat. 34«-3S'^ q.)
3) Différeîice entre Vhonneur que nous rendons à Dieu et celui que nous rendons aux Saints. — Explication. Il existe ainsi une différence essentielle entre l'honneui' que nous rendons à Dieu, et celui que nous rendons aux saints:!) Nous adorons Dieu, cest-à-d'ire, nous l'honorons comme Dieu, comme notre suprême Seigneur, Créateur et Sauveur, comme V auteur de tout bien; mais nous honorons les Saints uniquement comme ses fidèles serviteurs et ses amis. «Nous honorons les saints, »écrit S. JeanDamascène [orat. 3. de imag.), « parce que le roi les honore, parce qu'il les aime ; ma/s wowsîze leshonorons pas comme le roi lui-même, ce nest que comme les serviteurs obéissants du roi, et ses amis chéris, qui prient pour nous auprès de lui. » Puis il ajoute: « Celui qui n'honore pas les saints est orgueilleux et injuste envers Dieu luimême. C'est i)Ourquoi les enfants qui s'étaient moqués du prophète Elisée, furent déchirés par les ours. » % Nous honorons Dieu;?oîir lui-même, pour ses perfections infinies; mais nous honorons les sdiinls pour Dieu, pour les dons et les grâces qu'ils ont reçus de Dieu. S. Bernard a donc très-bien dit: « Qui croira que la froide muraille produit les rayons du soleil? C'est elle au contraire qui les reçoit à travers la fenêtre... Si je vois dans les Saints des choses dignes de louange et d'admiration, et que je les examine à la lumière éclatante de la vérité, je trouve qu'il y apparaît un autre, digne de
louange et d'admiration, qui est Dieu lui-même, et je l'exalte dans ses saints. Un tableau peint avec art ne tourne pas à la renommée du pinceau, ni un bel écrit à celle de la plume, ni un magnifique discours à celle de la langue ou des lèvres. » — De tout ceci il ressort clairement que nous n'adorons pas les saints; et quand même nous plions le genou en les honorant, ce n'est pas là cependant une mar(}ue d'adoration, à moins qu'on ne prétende qu'un domestique adore son maître quand il tombe à genoux pour lui demander une grâce. Ce n'est pas non plus une marque d'adoration lorsqu'en llionneur des Saints, nous élevons des églises et des autels, ou que nous offrons le S. sacrifice de la Messe ; car ce n'est qu'à Dieu seul que nous consacrons des églises et des autels, à Dieu seul que nous offrons le S. sacrifice de la Messe ; toutefois nous honorons en même temps la mémoire des saints et nous implorons leur intercession.
De tout temps les Saints ont été honorés, et non pas adorés dans l'Eglise.
Les Saints eux-mêmes ont refusé obstinément toute marque d'adoration. « On voulait, » écrit le saint évêque Isidore de Sevilla {Lib. i.de offic.Eccl. ca/j. 34.) « sacrifier à S. Paul et àS.Barnabas commeà des dieux; mais ilss'yopposèrent, et déchirèrent leurs vêtements, en disant: Nous ne sommes pas des dieux. — Un ange ne voulut pas être adoré, mais dit:« Je suis votre conservateur et le serviteur de votre frère; adorez Dieu seul.» — Telle a aussi été ropinionderEgliseen touttempset en tout lieu; elle a expressément défendu toute adoration des saints, ne permettant constamment que leur vénération. Les documents historiques ne font pas défaut en cette matière. — C'est ainsi qne les païens ne voulurent pas livrer aux chrétiens les ossements de S. Polycarpe, de peur, disaient-ils, que des honneurs divins ne fussent rendus à ces restes mortels. Mais, en entendant cetie accusation , les chrétiens
s'écrièrent: « Les insensés! Ne savent-ils donc pas que nous n'abandonnons jamais Jésus-Christ... et que nous ne pouvons adorer aucun autre à sa place? Car nous l'adorons, parce qu'il est le Fils de Dieu, mais nous regardons les saints martyrs comme ses disciples et ses imitateurs, et nous les honorons avec raison à cause de la fidélité qu'ils ont en tout temps montrée envers leur roi et leur maître. » Un semblable reproche fut aussi répété par l'empereur Julien^ par les 3/anicAéens, par Vigilantiusei^diT plusieursautres; c'est pourquoi S. Augustin prit à tâche de réfuter ces malentendus et ces calomnies. Il cite à la fin l'exemple du diacre Eulage à qui l'on fit cette perfide question: « Honores-tu aussi Fructuose? » et qui répondit: « Je n'honore pas (l'évêque et martyr) Fructuose, mais celui que Fructuose a honoré! » — « C'est ainsi, » ajoute Augustin, « que vous répondrez aussi, lorsqu'on vous demandera si vous honorez l'apôtre Pierre. » 11 rend sa pensée plus claire dans des développements ultérieurs; il veut que nous rendions aux saints l'honneur qui leur revient selon la part qu'ils ont à la gloire éternelle, et non que nous leur rendions l'honneur suprême qui, sous le nom d'adoration, appartient à l'Eternel seul. C'est ainsi que le manichéen Faustus, ayant émis cette imprudente calomnie que, chez les catholiques , les martyrs ont remplacé les dieux et les idoles, S.Augustin répond: « Nous ne disons nullement : à toi, ô Pierre, à toi, ô Cyprien, nous offrons ce sacrifice , mais nous l'offrons au Dieu éternel, pour honorer la mémoire des martyrs. Lorsqu'il s'agit d'adoration, cette exclamation de l'Apôtre vient à propos: a Au roi immortel et invisible de toutes choses, au Dieu unique soit rendu honneur et gloire! » (i Tim. 1.)
Tel est aussi le sens des paroles par lesquelles l'Eglise commence son office , à la fêle de tous les Saints: « Venez, adorons le Roi des rois; parce qu'il est la couronne de tous les saints! » Cependant dans cette invitation se trouve aussi le motif pour lequel nous honorons en même temps ces derniers. « Celui qui méprise les saints,» dit S. Ambroise, « méprise aussi le Seigneur. » « Nous honorons les serviteurs, »
ir.S DES COMMANDEMENTS.
écrit pareillement S. Jérôme, « afin que cet honneur remonte au maître. »
Adorons-nous les Saints?
Nos adversaires religieux ont donc bien tort, lorsque, en face de toutes ces preuves, ils osent encore soutenir que nous adorons les Saints. Cependant dans leur nombre il y a quelques hommes plus raisonnables et jiius intelligents, qui sous ce rapport rendent témoignage à la vérité. Nous n'en citerons ici que quelques-uns.
Le docteur Fessier (II. pag. 219.) dit : « On ne rougit pas dans ce siècle éclairé, de nommer ce culte une idolâtrie, parce qu'on ne sait autrement relever son parti religieux qu'en calomniant le catholicisme. » — « Ceux qui soutiennent que les catholiquesadorent les Saints, sont guidés, non par la vérité, mais par la haine, » dit J)odev\e.\n [Inslit. theol. c. ^.lib. 1.)
« Chaque catholique pense sur l'adoration des Saints et des images ce que pensaient les écrivains ecclésiastiques, depuis des siècles. Ils disent avec S. Jérôme, qui écrivait contre Vigilantius, un novateur de ce temps :« 0 homme absurde! qui de nous a jamais adoré les martyrs? Qui a jamais confondu un homme avec Dieu? — Voilà comment parle le docteur Horst.
{Gr. Cat. 36« q.) Imitation des Saints. — Explication. La chose capitale dans le culte des Saints c'est la ßdele imitation de leurs vertus, afin que nous leur ressemblions en sainteté et que comme eux nous devenions un jour bienheureux. Voilà pourquoi l'Eglise a institué tant de fêtes de Saints, et nous donne même les noms d'un ou de plusieurs Saints, etc. Le culte des Saints sans l'imitation de leurs vertus, n'a aucune valeur particulière. « Honorer les saints, sans les imiter, » dit S. Augustin, « ce n'est autre chose que vouloir les flatter d'une manière mensongère. »
PREMIER COMMANDEMENT DE »lElT. i?t9
Imitez les Saints.
S. François de Sales nous y exhorte par les paroles suivantes: « Considérez l'exemple des saints de toutes les conditions: Qu'est-ce qu'ils n'ont pas fait pour aimer Dieu, et lui demeurer fidèles ? Que ne ferons-nous pas nous-mêmes sur de si excellents modèles? Ils étaient ce que nous sommes; ils travaillaient pour le même Dieu, pour les mêmes vertus ; pourquoi donc n'en ferions-nous pas autant en notre condition et selon notre vocation? Regardez, et parcourez toutes les conditions de la céleste Jérusalem, et vous verrez que tous sont arrivés au ciel par la vraie humilité. »
V. l'exemple rapporté dans la l'" Partie, p. 296 « Exhortation à rimitatiou üe J.-C. *
Comparaison.
Les peintres doivent souvent regarder l'objet qu'ils veulent représenter, et c'est ainsi que celui qui veut devenir parfait, doit fréquemment jeter les yeux sur la vie des Saints. » (S. Basil, ep. ad Gregorium de vita solit.)
De même que le fils d'un roi, lorsque les glorieux exploits de ses ancêtres lui sont mis sous lesyeux, se sent excité à entreprendre desexploits semblables; de même le chrétien, en se mettant vivement sous les yeux les belles actions des apôtres et des martyrs de Jésus, — ces roses et ces lis dans le jardin de'Dieu, — sera fortifié dans sa foi, excité et encouragé à agir comme eux. » (Idem.)
(Gr. Cat. 57« q.) Différence entre la prière adressée à Dieu et celle adressée aux Saints. — Explication. De même qu'il y a une différence essentielle entre l'honneur que nous rendons à Dieu et celui que nous rendons aux Saints, de même aussi il y en a une entre la prière que nous adressons à Dieu et celle adressée aux Saints. Nous prions Dieu afin qu'il nous aide par sa toute-puissance; mais nous prions les saints afin qu'ils nous aident par leur imiter cession auprès de Dieu. — Cette différence se présente clairement
1 ÎO DES COMMANDEMENTS.
dans toutes nos prières. Lorsque, par exemple, dans les litanies de tous les Saints nous avons dit : « Dieu le Père, qui êtes aux cieux, Dieu le Fils , Rédempteur du monde, Dieu le Saint-Esprit ; Très-sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu! » nous ajoutons chaque fois : « Ayez pitié de nous! » Mais aussitôt que nous nommons les saints, par exemple S. Marie, S. Michel, S. Pierre, nous disons seulement:-« Priez pour nous! » Nous nous adressons d'abord à Dieu , puis après seulement aux saints; et des saints nous revenons à Dieu: « Agneau de Dieu... ayez pitié de nous ! » Voilà la différence qu'il y a dans le culte que nous rendons à Dieu et aux Saints.
Prière d'Origène aux Saints.
C'est en ce sens qu'Origène invoquait les saints, lorsqu'il s'écriait: « Je veux me prosterner, et comme je ne l'ose pas, à cause de mes péchés, je veux invoquer tous les saints, afin qu'ils m'assistent. 0 vous saints de Dieu! je vous prie avec une affliction pleine de soupirs et de larmes, prosternez- vous devant le Dieu de miséricorde, pour moi, misérable pécheur! » {Comm. ad Job. I. 11.)
{Gr. Cat. 38«-59« q.) Effet de V intercession des Saints. — Explication. Nous ne pouvons pas douter que les saints ne soient puissants auprès de Dieu par leur intercession; car si la prière persévérante du juste a déjà une grande efficacité sur cette terre [Jac. o, 16.), combien plus efficace ne doit pas être l'intercession des saints dans le ciel ? S. Jérôme dit à ce sujet d'une manière admirable (Lib. 1. adv. Vigil. cap. 3.): « Si les apôtres et les martyrs, fivant sur cette terre et obligés des'occuper d'eux-mêmes, priaient encore pour les autres, que ne feront-ils pas maintenant qu'ils ont conquis la couronne de la victoire et du triomphe? Moïse, par lui seul, obtint le pardon pour six cent mille combattants, et S. Etienne, l'imita-
PREMIER COMMANDEMENT DB DIEU. l41
teurde son divin Maître et le premier martyr , obtint le pardon pour ses persécuteurs; or, maintenant qu'ils régnent auprès du Christ, auront-ils moins de pouvoir? S. Paul, par ses prières, avait sauvé du naufrage deux cent soixante-seize personnes ; et auprès de Dieu il n'ouvrirait pas la bouche pour ceux qui, dans tout l'univers, sont en péril de faire naufrage, alors que le prophète Jérémie, même après sa mort , ne cessait de prier pour son peuple?» — L'Ecriture-Sainte aussi bien que la tradition, ainsi qu'un grand nombre d'exemples dignes de foi tirés de l'histoire, nous témoignent que les saints dans le ciel prient pour nous, et que leur intercession est très-efficace auprès de Dieu. Nous allons le montrer en détail.
Témoignages et exemples de la Bible.
Plusieurs passages de l'Ecriture-Sainte témoignent manifestement que les Saints prient pour nous. Ainsi il y est dit que les anges prient pour les hommes, par exemple dans Zacharie 1, i2 : « L'Ange du Seigneur parla ensuite et dit : «Seigneur des armées, jusqu'à quand difïérerez-vous de faire miséricorde à Jérusalem, et aux villes de Juda? » Et l'ange Raphaël dit à Tobie (Tob. 12, 12.) : « Lorsque vous priiez avec larmes, j'ai présenté vos prières au Seigneur. » — Judas Machabée vit dans une vision céleste le grand-prêtre Onias, qui était mort, prier avec ferveur pour tout le peuple juif : « C'est là le véritable ami de ses frères et du peuple d'Israël. C'est là Jérémie le prophète de Dieu, qui prie beaucoup pour ce peuple et pour toute la ville sainte. » {^Mach. 12-15.) — S. Jean déclare également que la prière de tous les Saints monte continuellement devant Dieu comme la fumée de l'encens {Apec. 8, 3-4.), et que les vingt-quatre vieillards présentent sans cesse devant le trône du Très-Haut les prières des Saints. {Apoc. 5, 8.)
Témoignages et exemples de la Tradition. La tradition constante nous apprend également que les
i i-2 DES COMMANDEMENTS.
Saints dans le ciel prient pour nous et que leur intercession auprès de Dieu est très-etlicace. Origène écrivait autrefois (contra Gels.) : « Le prêtre ne prie pas seul ; les Anges et les âmes des Saints trépassés prient avec lui. Ce serait en vérité une chose absurde, si les Saints qui ne voient ici-bas Dieu que comme dans un miroir, mais, dans le ciel, face à face, ne grandissaient pas dans le même rapport en vertus, d'autant plus que ce qu'ils ont acquis ici-bas ne devient parfait que là-haut. D'après l'oracle de Dieu, l'amour du prochain est la plus excellente des vertus, et nous devons croire que les Saints la pratiquent plus parfaitement et nous soutiennent, dans notre lutte, plusénergiquement que ceux qui sont eux-mêmes encore revêtus de la faiblesse humaine. » Ailleurs il dit : « Tous les pères qui sont morts avant nous, luttent pour nous et nous soutiennent de leurs prières. » Plus tard S. Basile-le-Grand, dans un sermon sur les quarante martyrs, dit : « C'est ici qu'il y a des secours ménagés aux chrétiens; c'est ici qu'il y a la communauté des martyrs, la légion des triomphateurs, le chœur de ceux qui louent Dieu. Vous vous êtes souvent préoccupés pour trouver quelqu'un qui priât pour vous; vous en avez ici quarante qui font entendre la voix de la prière. Là où deux ou trois personnes seulement sont rassemblées au nom du Seigneur, là aussi se trouve Dieu. Mais lorsqu'il y en a quarante, qui doute que Dieu n'y soit présent (pour exaucer les prières)? S. Grégoire de Naziance, de son côté, s'écrie dans l'oraison funèbre de S. Bazile: « Maintenant il vit dans le ciel, où il présente des offrandes pour nous, et prie pour le peuple. Car, bien qu'il nous ait quittés, il ne nous a cependant pas entièrement oubliés, etc. » Tous les autres saints Pères et tous les conciles s'expriment de la môme manière.
La puissante intercession des Saints.
Les légendes et l'histoire nous fournissent un grand nombre d'exemples qui nous obligent à reconnaître que les Saints prient pour nous et que leur intercession est d'un grand poids auprès de Dieu. — Basilide, l'un des gardes qui assis-
taient à la mort de S. Potamienne, la traita avec beaucoup d'égards et retint la populace qui voulait se livrera des voies de fait à son égard. La martyre témoigna sa reconnaissance pour ce bienfait et lui promit de se souvenir de lui lorsqu'elle serait auprès de Dieu. Peu de jours après Basilide fut touché de la grâce et déclara qu'il était chrétien. Ce changement étant en opposition trop flagrante avec sa conduite passée, on croyait d'abord qu'il ne voulait que plaisanter; mais comme il persistait dans la confession de sa foi, il fut conduit devant le juge qui le fit jeter à l'instant même en prison où les fidèles le baptisèrent. Le lendemain il fut décapité. Qu'est-ce qui a pu, dans l'espace de quelques jours, faire d'un païen, et probablement d'un persécuteur des chrétiens, un glorieux martyr de Jésus-Christ, si ce n'est la grâce obtenue par l'intercession d'une sainte? Et nulle autre circonstance ne lui valut cette grâce, si ce n'est un service charitable rendu à une sainte, à une amie de Dieu.
La santé retrouvée par l'intercession des Saints.
Voici un exemple appartenant à l'histoire contemporaine. Une sœur du couvent des Salésiennes à Fribourg en Suisse, nommée Marie Clémence Bumann, était atteinte d'une maladie qui depuis une demi-année la tenait clouéesur un lit de douleur. Tous les remèdes de l'art avaient été inutiles, et, le soir de la fête de Noël, le médecin renonçant à tout espoir, lui dit: « Je vous donne maintenant votre congé. » La supérieure était désespérée de perdre une si bonne sœur ; elle lui dit donc à la fête de S. Jean l'évangéliste, jour anniversaire de la mort du fondateur de leur ordre, S. François de Sales: « Ma sœur, puisque les hommes ne peuvent plus nous aider, nous nous adresserons aux saints. Nous allons faire une neuvaine en l'honneur de notre S. père François de Sales et de notre S. mère Jeanne Françoise de Chantai, et nous obtiendrons du secours par leur intercession. » Elle lui prescrivit alors les prières qu'elle devait réciter pendant ces neuf jours, et la supérieure ainsi que tous les sœurs les récita pareillement. Les souffrances augmentèrent; toutefois la ma-
i44 DES COMMANDEMENTS.
lade ne perdit pas confiance. Lorsque la neuvaine tira à sa fin, elle dit tout à coup à sa garde-malade: « Je veux me lever et m'habiller. » Celle-ci lui répondit: « Ne commettez pas une telle imprudence ! » Mais Marie Clémence, se sentant tout à fait bien, se leva et s'habilla. La garde-malade, au comble de la surprise, courut annoncer à la supérieure le prodige qui venait d'arriver. Celle-ci, qui, en cemoment, allait au parloir pour s'entretenir avec le confesseur, ordonna d'y conduire Clémence. Cette dernière, entretemps, s'était habillée et avait fait son lit, lorsqu'elle fut appelée au parloir. Elle marcha d'un pas ferme et léger, ayant l'air aussi dispos que si jamais elle n'avait été malade. En entrant elle salua le confesseur et la supérieure. Le confesseur, ignorant qu'on eut fait une neuvaine, ne voulait pas en croire ses yeux et demanda: « Qui est-ce? » — « C'est moi, mon père! » dit la bonne sœur. « C'est bien la voix de Marie Clémence; mais ce ne peut être elle ! » dit-il, dans la pensée que ce devait être une pensionnaire du couvent, qui avait mis la robe de l'ordre. La supérieure lui raconta alors ce qui était arrivé, et ayant demandé à la sœur si elle avait déjà fait la visite au très-saint Sacrement, sur sa réponse négative, elle l'y envoya aussitôt faire des actions de grâces pour sa guérison miraculeuse et lui ordonna de se rendre ensuite dans la salle commune. Aucune des sœurs n'avait cru y revoir jamais Marie Clémence; quelle ne fut pas leur stupéfaction en la voyant entrer d'un pas léger et allègre? Les unes pleuraient, les autres ne se lassaient pas de la regarder et de l'interroger. Sur ces entrefaites elle alla balayer l'infirmerie et se mettre au service de son ancienne garde-malade qui, le même jour, fut forcée de se mettre au lit. Depuis lors elle fait tous les travaux de la maison et supporte tous les aliments, même la viande qu'elle ne pouvaitni digérerni manger auparavant. Le môme jour le médecin Lagger revint et déclara que non-seulement la malade était guérie, mais encore guérie d'une manière extraordinaire, et il donna un certificat circonstancié de cette guérison, en date du 21 janvier, 1837. Cette histoire est parfaitement authentique; elle
est contenue dans une circulaire imprimée que le couvent de Fribourg envoya à toutes les maisons de l'Ordre, le 19 avril 1857. A la circulaire est joint le certificat du médecin.
Objections, a) Est-ce que les Saints dans le ciel savent ce qui nous intéresse, car ils n'ont pas Vomniscience ? — Rép, Il n'est pas nécessaire que les saints soient omniscients;en effet, ils n'ont pas besoin de savoir tout, mais uniquement ce qui se rapporte à leur personne, et ils le savent et ils le voient en Dieu, car « que ne doivent pas voir, » dit S. Thomas d'Aquin, « ceux qui voient celui qui voit tout? » Et S. Pierre Damien écrit: « Il savent tout, dans la Sagesseà laquelle ils sont unis,etils peuvent tout dans le Tout-Puissant auprès duquel ils sont admis. Ils ne manquent donc ni de connaissance ni de puissance, lorsque nous les invoquons. »
Les Saints dans le ciel savent ce qui nous intéresse;
C'est ce qui ressort clairement de quelques passages de l'Ecriture-Sainle. Dans l'Evangile de S. Luc (13. 10.) il est dit que les Anges se réjouissent lorsqu'un pécheur fait pénitence; et dans le livre de Tobie, (15, 12.) que l'ange Raphaël présenta la prière deTobie à Dieu ; or, comment seràit-il possible aux Anges de se réjouir à cause de nous et de présenter nos prières à Dieu, s'ils ne savent rien sur notre compte? — S. Bernard fait une remarque fort juste: «Le séjour dans le ciel n'endurcit pas les âmes et ne leur ote pas le souvenir ou la pitié. Les Anges vont çà et là, ils assistent les hommes; et les saints dans le ciel, eux qui ont vécu au milieu de nous sur cette terre, ne nous connaîtraient pas? et ils n'auraient pas compassion de nous, eux qui connaissent si bien notre faiblesse et nos douleurs auxquelles ils ont été soumis eux-mêmes? »
b) Mais n'est-ce pas une marque de défiance envers Jésus-Christ, lorsque nous nous adressons aux Saints? —
CATÉC. PRATIQUE. T. H. 7
i i6 DES COMMANDEMENTS.
Rép. Aucunement ; car ce n'est pas des saints, mais uniquement de Dieu que nous attendons la grâce et le salut, à cause des mérites de Jésus-Christ, par V intercession des Saints. Est-ce montrer de la détiance à l'égard du roi que de lui demander une grâce par l'intermédiaire d'un de ses serviteurs qui jouit de la faveur royale? — Si c'était là une marque de défiance, S. Paul ne se serait pas adressé aux fidèles pour leur demander « de l'aider de leurs prières auprès de Dieu. » [Rom. 15, 30.)
Comparaison.
« Par Dieu, par Jésus-Christ seul nous avons la grâce; lui seul donne aux prières et à l'intercession leur mérite et leur efticacité.une comparaison rendra ceci plus clair: Un pauvre est jeté en prison pour dettes; il n'y a qu'un homme riche qui puisse les payer. Plusieurs amis du prisonnier s'interposent en sa faveur auprès du riche pour lui demander cette grâce, et touché de leurs prières, il paie les dettes et rend le prisonnier à la liberté. Lui seul est le libérateur, quoique les autres aient prié pour le pauvre, parce que seul il a payé. C'est ainsi que les Saints peuvent prier, mais non satisfaire pour nous. Jésus-Christ seul satisfait pour nous, lui qui a donné son sang précieux pour racheter nos âmes. « Ce n'a point été par des choses corruptibles, comme l'or ou l'argent, que vous avez été rachetés, » dit S. Pierre, a mais par le précieux sang de Jésus-Christ, l'Agneau sans tâche. » (I Pierre. 1, 18.)
c) dieu est tout-puissant; il peut nous secourir sans l'intercession des Saints ; pourquoi donc ne nous accorderaitil une fmile de grâces que par l'intercession des Saitits ? — Rép. Parce que Dieu veut que nous reconnaissions notre indignité et le mérite de ses fidèles serviteurs. Exemples tirés de la Bible.
11 arrive bien souvent que Dieu ne nous accorde pas sa grâce, à moins que nous ne la lui demandions par ses amis.
PKEMIEU COMMANDEMENT DE DIEU. i i7
Quoique l'Ecriture-Sainte nousen fournisse plusieurs exemples, je n'en citerai que deux, l'un se rapportant à Abimelech, le roi de Guérar, qui avait ravi la femme d'Abraham, {Genèse, 20.) et l'autre à trois amis de Job, qui avaient mal parlé de leur ami souffrant. {Job. 42. 8.) Dieu se trouva offensé et sa colère s'étant allumé contre eux, il résolut de ne leur accorder de pardon que si ses fidèles serviteurs, Abraham et Job priaient pour eux; ils leur dit donc :« Allez trouver
mon serviteur Job Job, mon serviteur priera pour
vous. »
Comparaison.
« Combien de fois nos péchés ne nous rendent- ils pas indignes de paraître devant Dieu à moins d'une intervention? Il est donc nécessaire que nous ayons les Saints comme médiateurs, afin qu'ils prient pour nous. Nous devons faire ce que font ordinairement les gens de la basse classe, quand ils désirent obtenir une faveur, ou parler à un prince de la terre; d'abord ils se recommandent à un serviteur ou à un favori du prince, afin qu'ils leur procurent l'entrée du palais. C'est ainsi que nous aussi, nous recherchons l'intercession des Saints, les vrais serviteurs et favoris de Dieu, parce que nous reconnaissons, que nous ne sommes pas dignes d'obtenir directement une faveur de Dieu ou de paraître devant son trône, et que, grâce à cette médiation, nous obtenons d'autant plus sûrement cette faveur et nous pouvons nous présenter avec d'autant plus de confiance devant lui. Et de même que c'est le prince, et non son serviteur, quiaaccordé telle grâce à cette personne d'un rang inférieur; de même aussi ce ne sont pas les Saints, qui n'ont fait que nous obtenir la faveur, maisc'est Dieu seul qui est le vrai dispensateur des grâces que nous recevons de lui. » {Bressancide.)
. {Gr. Cat. 43«-44« q.)
Marie est principalement, digne de notre vénération, - Explication. Au-dessus detous les Anges et des Saints se trouve la très-sainte Vierge Marie que nous devons
jiarticulièrement invoquer et honorer; en effet, elle est la Mère de Dieu (i); en cette qualité, elle surpasse I) tous les Anges et les Saints en grâce et en gloire; comme les étoiles qui sont le plus près du soleil, brillent du plus vif éclat, ainsi Marie qui, en qualité de mère, se trouve à côté du trône de son divin Fils, brille entre tous les Anges et les Saints. V'oilà i)Ourquoi S. Epiphane {de laud. Deip.) s'écrie: « Marie! Vous êtes élevée au-dessus de tout, hormis au-dessus de Dieu. Vous êtes plus belle que les Chérubins et les Séraphins et que toute la cour céleste; vous ne pouvez être louée autant que vous le méritez, par aucune langue, soit céleste, soit terrestre. » Le pape S. Grégoire [in cap. l. Hb. I Reg.) écrit, de son côté: « Marie est un sommet sur le sommet de la montagne, parce que sa grandeur brille au-dessus de tous les Anges (et des Saints) . » — Marie est la mère de Dieu; en cette qualité 2) son intercession auprès de Dieu est également d'une grande efficacité. Si la prière des serviteurs de Dieu peut tout auprès de Dieu, que ne pourra pas la prière de la mère de Dieu? Personne n'implore Marie en vain. « Que celui-là cesse de louer votre miséricorde, ô sainte Vierge, » dit S. Bernard {serm. 4. in assump. l B. M. V.) « qui vous a invoquée en vain dans ses besoins! Par vous le ciel s'est peuplé , et l'enfer est devenu vide. »
Prière de S. Grégoire à la 5'*= Mère de Dieu.
Convaincu de la puissance et de la grandeur de Marie, S. Grégoire l'invoquait dans les termes suivants: « La gloire qui vous est due, ô très-sainte Vierge que le Fils de Dieu s'est choisie pour mère, est ineffable; toutes les créatures du ciel et de la terre sont obligées de vous honorer, car vous êtes le trône de la majesté divine et vous rayonnez d'une lumière éclatante que vous projetez dans le royaume céleste, où le
Père éternel, qui, parsa loule-puissance, vous a couverte de son ombre, est glorifié, où le Fils que vous avez mis au monde, est adoré, et où le Saint-Esprit, qui a opéré en vous rincarnation du roi de gloire, est loué et béni. C'est par vous, ô pleine de grâce, que la Sainte Trinité a été connue dans le monde. Puissiez-vous nous faire participer à votre grâce et â la perft^ction de vos vertus en Jésus-Christ, à qui soient rendus honneur et gloire avec le Père et le Saint-E;>prit pendant toute l'élernité! Ainsi soit-il. »
Quel ne doit pas être le pouvoir de Marie auprès de son divin Fils.
Coriolan, un brave général romain, avait été gravement offensé par ses concitoyens, et pour cette raison il passa du côté des Volsques. Déjà l'ennemi était aux portes de lavilleet menaçait de la détruire. Les Romains jugèrent toute résistance inutile; ils lui envoyèrent différentes ambassades, mais sans aucun résultat. Enfin ils lui députèrent sa mère afin de le réconcilier avec sa patrie. Dès que son fils la vit, il luj dit: « Vous avez vaincu mon ressentiment, ô ma mère; et je vous pardonne, ô patrie, bien que vous m'ayez gravement offensé. » Là-dessus il partit et préserva Rome de la fureur des ennemis. Est-ce que Jésus ferait moins de cas de sa mère, et conserverait-il son courroux? Avec quelle douce confiance le pécheur, aussi bien que le juste, ne doitil donc pas s'approcher de Marie, puisqu'elle a tant de pouvoir sur son divin Fils ? !
Protection et secours de Marie.
Dans un rapport que le cardinal Rellarmin lut en 1617 devant le pape Paul V, il était fait mention d'une flotte espagnole qui, sur le point de mettre à la voile pour Cartagène, fut attaquée, dans le port même, par une tempête épouvantable. Tous les vaisseaux furent sauvés, à l'exception d'un sreul qui sombra, et l'on remarqua que ce fut précisément celui qui ne portait pas sur son pavillon l'image de la Vierge Immaculée. — Il n'y a que trop de personnes qui, dès leur
^.^0 hE.» C.OM.MAM)EÄit.NTS.
premier voyage sur la vaste nier du monde, et encore dans !a fleur de la jeunesse, sombrent dans le dérèglement des mœurs et s'abîment dans les régions de la mort spirituelle. Mais celui qui porte sur son pavillon l'image de la Vierge Immaculée, c'est-à-dire, celui qui, les yeux souvent fixés sur Jésus et sur Marie, tâche de conserver la pureté de conscience, la chasteté des mœurs et l'intégrité de la conduite, terminera heureusement son voyage ici-bas, et reconnaîtra avec joie que cette même Vierge fut sa fidèle conductrice, elle, par qui l'amour éternel descendit au milieu de nous revêtu de la nature humaine. {Veith.)
Comparaison.
« Si quelqu'un honore la mère du roi, cet honneur ne réjaillit-il pas sur son fils? Lui et sa mère ne forment qu'une même chair. C'est d'elle qu'il tire l'existence. Comment l'honneur que nous rendons à Marie, pourrait-il déplaire à son divin Fils, notre roi et notre Seigneur? Pourquoi ne J'accepterait-il pas, comme s'il était rendu à lui-même? N'at-il pas commandé d'aimer les parents? Transgressera-t-il un commandement qu'il a donné lui-même? Selon la nature humaine il n'a pas de père, il est entièrement le fils de sa mère, et n'appartient qu'à elle seule. Il est donc aisé de comprendre que non-seulement il honore lui-même beaucoup sa mère, mais qu'il désire encore la voir honorée de tous ceux qui lui appartiennent et qui sont à lui ! » {Arnold de Chartres.)
Cette matière sera traitée d'une manière plus étendue dans F Ave Maria.
{Gr. Cat. 4o'^-48« q.) Des images de Jésus-Christ et des Saints. — Explication. Il est très-naturel que nous honorions aussi les images de Jésus-Christ et des Saints; car si un enfant honore les portraits de ses parents, un sujet l'image de son souverain, nous devons d'autant plus montrer de respect pour les images de Jésus-Christ et des Saints.
— Les Grecs et les Romains dressaient des statues à leurs héros et à d'autres hommes qui , à leur avis, avaient bien mérité de la patrie. Ceux même qui ne sont pas catholiques jugent, que non-seulement il est permis, mais encore que c'est une preuve d'amitié et d'attachement, d'avoir les portraits de ses amis, de ses parents, de ses bienfaiteurs, etc. et de faire revivre ainsi au milieu de nous la mémoiic de ceux qui nous soui cliers. Pourquoi veut-on donc faire un reproche aux catholiques d'exposer à la vénération les images du fondateur de leur religion et des héros de la foi? Car aucun homme n'est plus assez insensé aujourd'hui pour ajouter foi au mensonge inventé par les sectaires qui prétendaient que nous adorons les images. Non, nous ne savons que trop bien qu'il est écrit : « Vous ne ferez pas d'image taillée pour Tadorer » {Lévit., 26, 1.) comme le firent les païens; voilà pourquoi nous, catholiques, nou^ abhorrons l'adoration des images. Et c'est pour cela qu'il n'y a pas la moindre superstition à prier devant elles ; car nous prions devant les images de Jésus- Christ et des Saints qu'elles nous représentent. « L'honneur que nous rendons aux images, » dit le Concile de Trente,.« retourne aux originaux qu'elles représentent, de sorte qu'en baisant les images, et en nous découvrant ou en inclinant la tête devant elles, nous adorons Jésus et nous honorons les Saints dont elles sont la représentation. » — Combien donc sont fausses et injustes les accusations que nos adversaires nous adressent sous ce rapport !
Une réponse faite à propos.
Lors d'une révolte qui éclata à Rotterdam, les habitants voulurent renverser la statue d'Erasme ; à cette occasion les Bâlois mirent tout en œuvre pour acquérir, à l'aide des amis qu'ils avaient en Hollande, même n'importe à quel prix, la statue
Vii DES COMMANDEMENTS.
du savant : alors un écriv.ain allemand leur dit : « Insensés? qui honorez tant la statue d'un grammairien, et qui foulez aux pieds les images du Christ et des Saints! »
Le Soldat chrétien du Tonkin et le Mandarin.
De tout temps l'Eglise a maintenu et favorisé le culte rendu aux images de Jésus-Christ et des Saints, et les fidèles enfants df l'Eglise ont toujours eu une pieuse et profonde vénération pour elles, au point que dans plus d'une occasion, et en particulier, à l'époque des iconoclastes, ils aimèrent mieux souffrir toute espèce de tourments et même la mort, que de renier leurs sentiments religieux par la profanation d'une image sainte. Les temps récents nous fournissent plusieurs exemples touchants de cette fermeté dans la foi, mais nous nous contenterons d'en citer un seul. — Un soldat chrétien du Tonkin reçut au mois de mars 1840 l'ordre défouler aux pieds la croix; comme le mandarin se figurait que la fermeté du soldat ne pourrait être vaincue que par la force, il résolut d'en avoir raison au moyen des tortures. Par son ordre, le fidèle confesseur de la foi resta cinq jours sans manger; après cela il le fit venir devant son tribunal, dans l'espoir que le courage du héros chrétien serait brisé par suite de sa faiblesse corporelle, mais il fut trompé. Changeant alors de tactique, il tâcha de le gagner d'abord par des promesses, puis par des menaces. Tout fut inutile; l'invincible soldat de Jésus-Christ lui donna pour réponse : « Je suis décidé à endurer toutes les souffrances et la mort même, plutôt que d'exécuter vos ordres et de profaner l'image de mon Dieu. Jamais je ne foulerai aux pieds la croix; jamais je ne ferai une telle insulte à mon Seigneur. »
— « A quel Seigneur? » demanda le mandarin irrité. « Insensé ! ne vois-tu pas que ce n'est qu'un morceau de métal ? »
— a Oui, illustre mandarin. Je sais que ce métal est la matière qui a servi à la confection de cette image; mais en est-ce moins pour cela l'image de mon Seigneur? Je l'honore donc avec raison, sans faire attention à la matière dont elle est faite. J'honore l'image de celui qu'elle représente et nul
l'KliMIEll COMMANDEMENT DE DIEU. 153
tourment, nul supplice ne me fera violer mon devoir de chrétien. » Il en fut effectivement ainsi; rien ne put le forcer à profaner l'image du crucifix. {Annales de la propagation de la Foi. 17« V.)
{Gr. Cai. 49« q.)
Utilité des images des Saints. — Explication.
Il nous est très-avantageux et salutaire de méditer fréquemment, avec des dispositions pieuses et chrétiennes, sur les images de Jésus et des Saints, u Ce que l'écriture est pour le lecteur, » dit S. Grégoire le Grand, « l'image l'est pour ceux qui ne savent pas lire; les ignorants y voient ce qu'ils ont à faire, et ceux qui n'ont pas appris à lire, lisent en quelque sorte dans les tableaux. » Un savant de nos jours ajoute de son côté : « Les tableaux qui ornent les murs de l'église sont utiles même aux savants, parce qu'ils doivent lire sur les murs ce que souvent ils ne veulent pas lire dans les livres. » Oui, les images de Jésus-Christ et des Saints dans les églises sont d'une grande utilité. Elles nous instruisent et nous fortifient dans la foi, nous encougent au bien, en nous mettant devant les yeux les mystères de notre religion, l'histoire de notre rédemption et la vie exemplaire des Saints.
Le livre d'images pieuses.
Un jour (c'était un jour de fête), un paysan bien naïf, qui ne savait pas lire, s'en vint avec un beau livre de prières sous le bras, rendre visite à son curé. Celui-ci qui savait fort bien que le campagnard ignorait la lecture, était tout étonné de le voir avec un si beau livre, et lui demanda comment et pourquoi il s'en servait? Là-dessus le paysan montra à son curé le livre qui ne renfermait que des images de Saints et lui dit : « Monsieur le curé! je ne sais pas lire, et cependant je prie tous les jours dans mon livre de prières. J'ouvre mon livré, je me rappelle les vertus que tel ou tel Saint a prati-
154 Di^à COMMANÛEilEMS.
quées, et je prie Dieu qu'il m'accorde la grâce et le pouvoir de les imiter; alors, tournant la page, je trouve toujours quelque chose de nouveau, de beau et d'instructif; j'espère donc que cet exercice pieux me sera avantageux, et qu'il sera agréable à Dieu lui-même. «
Combien la vue des images religieuses est utile.
Les personnes qui ont une préférence particulière pour un objet terrestre désirent en avoir une représentation, afin d'en conserver une vive impression; c'est ainsi que font également les âmes embrasées de l'amour divin, afin de le conserver plus vivement dans leur cœur. S'^ Térèse, qui avait un amour ardent pour Jésus, désirait voir sans cesse l'image de son bien -aimé Jésus, afin de ranimer de plus en plus en elle les flammes de l'amour; voilà pourquoi elle portait continuellement, sur elle, ainsi que nous le savons par sa vie, l'image de la Samaritaine qui près du puits demanda à Jésus-Christ des sources d'eau vive. Aussitôt qu'elle jetait les yeux sur cette image, elle se sentait intérieurement émue et portée à demander ardemment l'eau vive de la grâce et s'écriait avec la Samaritaine: « Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soif. » Qu'est-ce qui poussa cette sainte à se consacrer entièrement à Dieu, lorsqu'elle était encore irrésolue? Rien qu'une image de Jésus, représentant le divin Sauveur attachée la colonne, couvert de blessures et de sang après sa flagellation. — S. Charles Borromée, qui avait une grande dévotion pour la passion de notre Seigneur, se retirait souvent pendant plusieurs jours, et surtout vers la fin de sa vie, dans la solitude sur le mont Varallo, où tous les mystères de la passion de Jésus sont représentés d'après nature, et cette méditation ne manquait jamais de l'émouvoir vivement.
Puissant effet d'un tableau.
Après une nuit passée dans la débauche, un jeune homme s'était jeté sur son lit, et attendait en vain que le sommeil vînt lui fermer les yeux. En eftet, son sang était trop violem-
ment agité, et son cœur bouleversé par un mélange confus de passions, de plans ambitieux et d'intrigues. Par hasard ses yeux tombèrent sur un tableau suspendu vis-à-vis de son lit et qui passait pour une œuvre duTitien. Sur ce tableau on voyait, à gauche, les créneaux et les tours d'une magnifique ville située sur une éminence; à droite, sur une montagne, une forêt de cèdres, de platanes et d'autres arbres élevées; un bras de mer séparait au loin ces deux sites. Ce qui manquait à l'aspect général de ce paysage c'était le calme . Les palais et les tours semblaient comme ébranlés par un tremblement de terre, ils penchaient et menaçaient de s'écrouler; les sommets des cèdres étaient frappés de la foudre, pliaient sous les coups redoublés de l'ouragan, et plusieurs arbres gisaient déjà fracassés sur îe sol ; plus loin, les flots agités delà mer se jouaient des épaves d'un vaisseau mis en pièces. Cependant sous les arbres foudroyés fleurissait çà et là discrètement une humble violette, et au milieu des mâts brisés glissait une toute petite nacelle conduite par de pauvres rameurs. Tel était le contenu du tableau allégorique; le sens s'en trouvait expliqué, d'après la coutume de cette époque, dans la sentence mise au bas: « Pour le petit et V humble il n'y a rien à craindre. » L'intention de l'artiste qui avait peint cette allégorie ne devait pas rester cette fois sans résultat; l'un et l'autre, tableau et sentence, éveillèrent dans râm& du jeune spectateur des pensées et des résolu- . tiens qui plus d'une fois lui étaient déjà venues, mais d'une manière vague, et qu'il mit cette fois à exécution. Il échangea le rang que jusque-là il avait tenu dans le monde comme duc de Joyeuse et prince de la maison de Lorraine^ contre l'état de pauvre religieux, et entra dans l'Ordre des Capucins où il se contenta. — pendant un certain temps — du nom modeste de frère Ange. — Voilà le puissant efl"et d'un tableau ! Est-ce que l'impression des images religieuses serait moins puissante et moins féconde en résultats? {Veith^ Misericordia.)
îo6 DES COMMANDEMENTS.
{Gr. Cat. 50«-51« q.)
Des reliques des Saints et des avantages qu'il y a à les honorer, — Explication . Si le culte des images des Saints est raisonnable et avantageux, le culte des reliques des Saints ne l'est pas moins ; ce culte est :
a) Raisonnable. En effet, les corps des Saints étaient les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit; ils ressusciteront un jour des morts pour J)riller d'une splendeur éternelle; ce sont les corps de ces saints martyrs et de ces fidèles serviteurs de Dieu, qui vivent en ce moment éternellement avec Dieu dans le ciel, {Concil. Trid. Sess. 25. ) — et nous ne les honorerions pas? Voici comment on raisonne communément: On possède volontiers, on conserve avec amour et respect un objet qui a appartenu à une personne que nous entourions de notre amour et de notre estime. Ce meuble, cet habit appartenait à mon père, à ma mère; je le conserve avec tendresse et par-là même je les honore d'un respectueux souvenir.
On embaume les cadavres des rois ; on regarde comme un grand honneur de posséder leur cœur, etc., surtout lorsqu'ils ont été bienfaisants. On fouille les tombeaux des hommes illustres, leurs meubles, leurs écrits; on recueille, on conserve avec respect leurs restes inanimés. Y a-t-il donc quelque chose de déraisonnable si l'Eglise veut qu'on honore les reliques des héros de la foi? Assurément non.
Les protestants et les reliques.
31. l'abbé Paul Jouhanneaud raconte dans un de ses ouvrages la conversalion suivante :
Le ministre protestant: N'y a-t-il pas quelque superstition dans le culte que vous rendez aux reliques des Saints? Comprend-on qu'on se mette à genoux devant un fragment de squelette, un morceau d'étoffe?
L'abbé: Ce culte est fondé sur un sentiment naturel du cœur. Le fils ne traite-t-il pas avec respect tout ce qui lui reste d'une mère chérie? Qui blâmera une mère de conserver précieusement, si elle le peut, dans l'argent ou l'or, la chose la plus insignifiante de son époux, une mèche de cheveux, par exemple, rien qu'à cause du souvenir de celui qu'elle aimait tendrement?
Mais les gens du monde, les impies mêmes ne tiennentils pas à ce qui a appartenu à leurs amis, à leurs patrons? Quel prix n'eut pas été vendus les divers objets qu'avait possédés Napoléon: sa tabatière, son écritoire, son chapeau? La France s'est-ellemontréesuperstitieuse, quand à si grands frais elle a fait venir les cendres de ce grand empereur, les recouvrant du plus magnifique mausolée au milieu des cendres de beaucoup d'autres hommes illustres, qu'elle conserve également avec un profond respect?
Henke ne dit-il pas (T. III. p. 511.) que le portrait de Luther fut placé dans toutes les églises etque l'on vénèrecomme les reliques des saints tout ce qui fut à lui? Arnold {Vol. XIV : c. 5.) ne dit-il pas d'une des colonnes de la maison de Luther, qu'on en avait arraché diverses parcelles propres à guérir les maux de dents et d'autres maladies? Les Anglais ne conservent-ils pas dans l'église de Lutterworth la chaire de Wiclef, son pupitre et une partie de son manteau? Mais, que dis-J3? Les incrédules en France avaient aussi brisé les tableaux et les statues des Saints, jeté leurs cendres au vent, pour mettre à leur place — quoi? Devant qui ces bandes sacrilèges tombaient-elles à genoux! Devant les bustes de Voltaire, de Rousseau, de Marat! »
Le culte constant des reliques dans l'Eglise catholique.
C'est avec raison que l'Eglise catholique a de tout temps honoré les reliques des Saints. Les premiers chrétiens recueillirent avec un saint respect les corps des martyrs; leurs haillons déchirés, les gouttes de leur sang qui avait arrosé la terre, les instruments de leur martyre, leurs habits, tous ces restes précieux furent conservés pieusement dans les
io8 DES COMMANDEMENTS.
maisons et les oratoires des chrétiens. On les exposait dans les temples, sur les autels; on érigeait des églises et des chapelles sur leurs tombeaux, comme sur des fondements sacrés et vénérables. Dès cette époque, l'Eglise a toujours voulu ou que les autels fussent dressés sur les tombeaux des saints, ou que le marbre sur lequel on offre le saint sacrifice de la Messe, renfermât des reliques; elle voulait en quelque sorte mêler le sang de son divin Maître avec celui de ses disciples qui versèrent le leur pour lui, etc. — Pour ne citer, ici que quelques faits, nous mentionnerons que déjà au deuxième siècle les chrétiens d'Antioche et de Smyrne honoraient les ossements de leurs saints évêques Ignace et Polycarpe, qui avaient souffert le martyre pour la foi. Voici comment Eusèbe {llist. eccl. lib. 4 cap. 14.) rapporte ce fait : « Le corps de S. Polycarpe fut brûlé par les païens ; mais les chrétiens recueillirent au milieu des cendres les plus grands ossements qui étaient restés à peu près intacts, et qui, à leurs yeux, avaient une valeur bien supérieure à celle de l'or, des perles et des pierres précieuses. Ils les conservaient dans un endroitconvenable et se réunissaient annuellement au jour où le Saint était mort. Ils passaient ce jour dans la joie et l'allégresse et s'encourageaient mutuellement à montrer la même fermeté dans la foi. »
b) Le culte des reliques nous est aiissi très-avantageux et il est agréable à Dieu; cela devient évident si nous réfléchissons que Dieu a souvent fait de grands miracles au moyen des reliques, comme l'Ecriture-Sainte aussi bien que l'histoire ecclésiastique nous l'attestent.
Exemples tirés de l'Ecriture Sainte.
Le manteau du prophète Elisée divisa les eaux du Jourdain. (4. Rois, 2, 15, 14.) Un mort fut déposé dans le tombeau de ce prophète, et dès qu'il eut touché ses ossements, il revint à la vie, pour montrer que Dieu glorifie par sa puissance les corps des justes. « Comme l'homme qu'ils voulaient enterrer toucha les ossements d'Elisée, il revint à la vie, »
(4. Rois. 43, 21.) Et dans le Nouveau Testament, il nous est rapporté dans les Actes des apôtres (19, 12.) que par l'application du suaire et de la ceinture de S. Paul, et par la seule ombre de S. Pierre qui passait, des malades furent guéris. Par l'attouchement du bord de la robe de Jésus, une femme malade depuis douze ans, retrouva la santé. (Matth, 14, 56.)
Exemples tirés de l'histoire ecclésiastique.
S. Augustin rapporte un grand nombre de miracles analogues dont il a été le témoin oculaire et dont plusieurs furent opérés au moyen des reliques de S. Etienne, premier martyr. — Un jour, dit-il, que les reliques de S. Etienne étaient solennellement portées en procession par l'évêque Projettus, suivi d'un grand cortège de fidèles, une femme aveugle demanda qu'on la conduisît auprès de l'évêque qui portait les reliques; elle se fit donner des fleurs qui avaient touché ces restes sacrés, et, après les avoir reçues, elle les appliqua sur ses yeux et recouvra subitement la vue; au grand étonnement de tout le monde, elle traversa, contente et heureuse, la foule, sans avoir besoin, comme auparavant, d'une personne qui la conduisit. — Le même Saint rapporte ensuite une guérison miraculeuse, arrivée à un saint évêque nommé •Lucile, qui depuis longtemps était atteint d'une fistule douloureuse et importune. Pour se guérir il était sur le point d'avoir recours à la lancette d'un habile médecin; mais il fut guéri d'une manière plus prompte et plus merveilleuse. Il portait les reliques du saint martyr Etienne, précédé et suivi d'une grande foule, lorsqu'il se sentit subitement guéri. {Lib. 22. de Civ. Dei. cap. 8.) — Avant de citer ces deux miracles dus à l'intercession de S. Etienne, l'évêque d'Hippone en rapporte un autre qui, pendant qu'il se trouvait à Milan, arriva à un aveugle. Celui-ci recouvra la vue au moment où S. Ambroise, par une révélation divine, découvrit les corps sacrés des martyrs SS. Gervais et Protais. — Combien de miracles encore cités par S. Ambroise, et arrivés par la seule vénération des reliques des saints martyrs Gervais et Protais?
a Combien de miracles, » dit S. Chrysostôme, « Dieu n'a-t-il pas opérés en faveur de ceux qui honorèrent la chaîne, le tombeau et les autres reliques du prince des apôtres, de S. Pierre? »
Comparaisons.
Il n'est pas permis de mépriser ou de jeter le corps des défunts, surtout des justes et des fidèles; car ils furent des instruments et des vases du Saint-Esprit pour toutes sortes de bonnes œuvres. Pour les enfants, un habit, une bague ou tout autre objet de leur père est d'autant plus précieux que sa tendresse pour eux fut plus grande. Et un enfant qui foule aux pieds l'image de son père — pourrait-il encore avoir du respect pour lui? (Agobard. episc. Lugd.)
a Notre Seigneur Jésus-Christ nous a donné les reliques des Saints comme des sources salutaires d'où découlent sur nous beaucoup de bienfaits etqui forment un baume très-agréable. Par elles les démons sont chassés, les maladies dissipées, les aveugles guéris, les lépreux purifiés, les tentations vaincues. » {S. Jean Damasc. lib. H. de fide Orthodox. c. 15.)
« Le plus beau jardin, quand même il offrirait en abondance à la vue des roses et des violettes, est loin d'être aussi délicieux que les lieux où reposent les corps des saints martyrs, qui remplissent le cœur de ceux qui les contemplent d'une joie impérissable et indestructible.» {S. Chrysost.)
« Dieu s'est partagé avec nous les martyrs : et tandis qu'il a appelé à lui leurs âmes, il nous a pour ainsi dire adjugé les corps, afin que nous conservassions leurs ossements sacrés au milieu de nous, comme autant des stimulants pour pratiquer sans cesse la vertu. En ettét, celui qui contemple les armes ensanglantées d'un guerrier, son bouclier, sa lance, son baudrier, quelque peu qu'il aime les combats, se lève aussitôt, enflammé d'une noble ardeur et vole aux combats; et nous qui contemplons non-seulement les armes, mais encore le corps du Saint qui fut jugé digne de verser son sang pour la confession de la foi, si pusillanimes que nous soyons.
PREMIER COMMANDEMENT DE DIEl'. 1 fi I
comment ne serions-nous pas excités à l'imiter, puisque h cet aspect un trait de feu semble pénétrer dans nos âmes et nous anime à livrer les mômes combats! » {S. Chrysost.) « Quelques restes de poussière ont attiré de grandes masses de monde. Elle est renfermée et scellée, mais les bénédictions qu'elle produit sont connues de tout l'univers. Songez, mon cher ami, à ce que Dieu nous a préparé dans le royaume des vivants, puisqu'il fait de si grandes choses pour nous au moyen de la poussière des morts! » [S. August.)
Pratique. La puissance et rintercession des Saints sont grandes et le cuite pieux que nous leur rendons est avantageux et salutaire pour nous; c'est pourquoi :
1°) Honorons toujours dévotement les Saints, e7i particulier notre saint patron, 'S. Joseph et la sainte Vierge Maine, méditoyis et imitons soigneusement l'exemple de leurs vertus. Prenez en ceci pour modèle S. Charles Bor- Vomée.
Le fidèle serviteur de Marie.
S. Charles Borromée se distingua par la piété la plus vive et la plus tendre envers Marie. Non content de réciter tous les jours à genoux le rosaire et l'office de la Sainte Vierge, il jeûnait encore au pain et à l'eau la veille de ses fêtes. Personne n'était plus exact que lui à saluer Marie lorsque la cloche sonnait l'Angelus; car lors même qu'il se trouvait au milieu du chemin, exposé à toute la violence de la tempête, il ne renonçait cependant pas à l'habitude de se mettre à genoux, pour réciter dans cette posture l'Angelus. Dans sa cathédrale il voulutavoir une chapelleet une confrérie du saint Rosaire. Le premier dimanche de chaque mois il organisait une procession dans laquelle un magnifique tableau de la Sainte Vierge était porté en grande pompe. Il voulait qu'elle fût la protectrice de tous les établissements qu'il fonda ; aussi ordonna-t-il que, dans tout son diocèse, dès qu'on entendait prononcer le nom de Marie, on l'honorât par un signe de
iC'-l DES COMMANDEMENTS.
vénération spéciale. Pour faire bien coniprendre au peuple confié à ses soins, qu'on ne peut entrer dans la gloire céleste que sous la protection de la glorieuse Mère de Dieu, qui est saluée par la sainte Eglise du nom de Porte duciel, il fit mettre dans le portail de toutes les églises paroissiales, soumises à sa juridiction, une statue représentant Marie. [In vita.)
:2'') Ne tolérons ni dans nos chambres ni dans nos maisons des images obscènes, maisplaçons-y uniquement des images religieuses; que surtout l'image du divin Crucifié n'y fasse pas défaut! Quelle honte pour une maison chrétienne quand on n'y trouve pas une seule gravure religieuse, mais par contre une foule d'estampes licencieuses!
Le roi Louis III
Fut un jour invité par un riche propriétaire. Le roi accepta l'invitation ; mais ayant aperçu dans le salon un grand nombre de gravures obscènes il en témoigna son mécontentement et partit à l'instant même. Hélas! combien de fois serait-on en droit de s'éloigner avec dégoût de certaines demeures où l'on ne rencontre que des images impures et détestables ! (Homélies de Hauff.)
3") Surtout ne nous montrons pas ingrats envers les Saints, lorsque, par leur intercession, nous avons obtenu des secours de Dieu. Comme exemple à mettre à profit écoutez l'histoire suivante :
Ne soyez pas ingrats envers les Saints.
A Paris vivait encore, il n'y a pas longtemps, un médecin très-distingué, le docteur N., qui rapporte le fait suivant dont il fut le témoin oculaire. — Dans le faubourg Montmartre demeurait, depuis quelques années, un tonnelier venu d'un département éloigné, d'où il avait apporté une .assez bonne dose d'incrédulité qu'il avait encore doublée dans la capitale. Au bout de quelques années il se maria; et il était réellement plus heureux qu'il ne l'avait mérité. Sa femme était une personne active, soigneuse, et avec cela foncière-
ment religieuse. Quoique sur ce dernier point il manifestât son mécontentement en grommelant à propos de croix, de prière, de fréquentation de l'église, il n'en mangeait pas moins bien, avait un ménage habilement conduit, et une femme qui, grâce à ses sentiments religieux, savait supporter patiemment les méchantes lubies de son mari impie. A la grande joie des époux, le ciel leur accorda un enfant, lien visible de leur amour et de leur union et moyen bien efficace pour conserver la paix domestique. L'incrédulité de l'homme devient ordinairement plus indulgente, lorsqu'il porte un enfant sur les bras. — Un jour que le petit jouait sur le palier de l'escalier au second étage, il fit une chute et roula jusqu'en bas, où il resta étendu sans mouvement. La pauvre mère vola vers lui, et crut dans le premier moment d'effroi que tout était perdu. François (c'était le nom du tonnelier) éperdu de douleur, s'élança ilans la rue et chercha avec une extrême angoisse un médecin dans le voisinage. Après avoir sonné à mainte porte il trouva bientôt notre docteur N.., qui demeurait non loin de là. Le docteur s'empresse de se rendre chez notre tonnelier, examine l'enfant, palpe tous ses membres, — il n'a rien de fracturé, il n'est pas non plus sutfoqué, mais il se trouve dans un tel état d'étourdissement que le docteur, malgré tous les efforts de l'art désespère de le rappeler à la vie et ne peut dissimuler sa crainte, à ce sujet, aux parents en proie à des transes mortelles. Deux grosses larmes roulèrent sur les joues du père, tandis que la pauvre mère tombe évanouie sur le plancher. Mais dès qu'elle a repris ses sens, elle forme une pieuse résolution qui lui donne une nouvelle vie. De ses yeux éteints jaillit un joyeuxrayon d'espérance. — « François, » dit-elle à son mari, « je m'en vais trouver S. Geneviève (la patronne de Paris); elle en a guéri un si grand nombre, peut-être que son intercession sauvera également notre enfant ! » — « Allez, si vous voulez, » répondit tristement le tonnelier. La pauvre mère prend une des petites chemises de son enfant, et portée sur les ailes de l'amour et de l'angoisse maternelle, elle court de la rue Montmartre à l'église de S. Geneviève en
ir.l DES COMMA^DEME^TS.
vingt-cinq minutes de temps. La distance est au moins d'une tlemi-lieue. Le médecin revient au soir visiter l'enfant, mais avec la persuasion que, si l'enfant vit encore, il doit être à l'agonie.
« Eh bien! comment va le petit? » demande-t-il en entrant au tonnelier qui lui ouvre la porte. « Oh! il va mieux! » répond celui-ci avec un rire moqueur, comme s'il voulait dire : vous vous êtes donné une peine inutile; vous n'êtes pas attendu. Le docteur N. trouva en effet l'enfant assis dans son berceau et jouant avec son polichinelle, pendant que d'un excellent appétit il croquait un morceau de bonbon. « Qu'est-il arrivé? » s'écria-t-il avec une joyeuse surprise? — « Ce qui est arrivé? » répondit la mère. « Eh bien ! monsieur le docteur, après que vous aviez condamné notre enfant, je suis courue, le désespoir dans l'âme, à l'église de S. Geneviève, et tout en priant j'y ai fait toucher une des chemises du petit à la châsse de la Sainte, puis j'ai rapporté une médaille que j'ai attachée au cou de l'enfant. Au bout d'une demi-heure il a ouvert les yeux, bien dispos, et n'a plus poussé un seul cri. » — « Mon ami, » dit le médecin, en se tournant vers le tonnelier, «il faut offrir un gros cierge à S. Geneviève. » — « Bah ! » fit le drôle, en tirant stupidement une grimace, qui témoignait de son incrédulité. — Huit mois après, François alla de nouveau chercher le médecin. 11 s'agissait encore une fois de son enfant. Attaqué d'un rhume très-violent, le pauvre petit, malgré tous les soins et tout l'art du médecin, était après deux fois vingt-quatre heures, au bord du tombeau, ce que le docteur communiqua sans détour aux parents. — Le lendemain matin, en faisant sa tournée, le médecin qui croyait l'enfant mort, passa par hasard devant la maison du tonnelier. Il ne fut pas peu étonné en voyant ce dernier fumer tranquillement sa pipe devant sa porte. A peine eut-il aperçu le docteur que, levant la tête d'un air de triomphe, il s'écria : « De nouveau guéri, monsieur le docteur! Ma femme empiète un peu sur votre profession! » La mère, en effet, recourant derechef, avec une entière confiance, au même moyen qui avait si bien réussi il y
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a huit mois, s'était adressée à S. Geneviève; et chose réellement étonnante, dès que l'enfant eût mis la petite chemise qui avait touchée à la châsse de la Sainte, il commença à respirer plus librement, puis cessant peu à peu de tousser et de gémir, il s'endormit tranquillement. Après un sommeil de six heures il fut complètement rétabli. — Cette guérison parut au médecin encorjô plus extraordinaire que la première; car les poumons, la veille encore, très-gravement attaqués, fonctionnaient maintenant à l'aise, et l'on constatait tous les symptômes d'un complet rétablissement. — « En vérité, » dit le médecin au tonnelier riant sous cape, « pour ce secours, vous pourriez bien offrir deux cierges à S. Geneviève. » — « Très-bien, très-bien, » dit l'ingrat dans sa froide incrédulité, « plus tard on paiera à la Sainte la dette entière avec les intérêts courants. » — Un an après, l'enfant resta un jour seul dans la cuisine. Ayant trouvé des allumettes chimiques, il s'amusa à les frotter, puis se fit un petit feu tout près d'un tas de copeaux qui s'enflammèrent; en un clin d'œil la maison et l'atelier de son père ne furent plus qu'un brasier. Cette fois tout recours à S. Geneviève fut inutile; car on trouva le corps de l'enfant carbonisé sous les cendres. — Le père fut tellement épouvanté par suite de ce malheur, qu'il en perdit la raison et qu'il fut mis dans une maison de santé. La mère inconsolable va de temps en temps à l'église do S. Etienne-du-Mont prier pour son mari malade et pleurer sur son enfant que Dieu retira des mains d'un père incrédule. {Kalhol. Volksfreund, 1855.)
« Tu ne prendras point en vain le nom du Seigneur ton Dieu. »
(Gr. Cat. l«-6« q.) Ce que le deuxième commandement défend. — Explication. Comme le premier commandement nous oblige à honorer Dieu extérieurement et intérieurement, ainsi le second commandement nous ordonne de ne rien faire
4(iO DES COMMANDEMENTS.
contre l'honneur dû à Dieu, soit par parole, soit par action, et nous défend par conséquent toute profanation du saint nom de Dieu. Cette profanation se commet: I) en prononçant le saint nom d'une manière irrespectueuse, 2) en se moquant de la religion, 3) en blasphémant, 4) en faisant des parjures et des imprécations, et 5) en violant les vœux.
i) En prononçant le nom de Dieu d'une manière irrespectueuse, ce qui arrive lorsqu'on prononce le nom de Dieu, de Jésus-Christ, de personnes et de choses saintes, par plaisanterie, ou par colère, ou par légèreté, pour affirmer inutilement ce que l'on dit. Quellehonte pour des chrétiens, d'abuser ainsi du saint nom de Dieu! Le nom de Dieu est tellement redoutable que les Hébreux, par respect, nosaient pas le prononcer; ils se servaient d'une périphrase lorsqu'ils voulaient le prononcer; et chez les chrétiens, ce nom adorable est profané tous les jours des milliers de fois et accouplé à toutes sortes de locutions qui le déshonorent! Le châtiment de ce péché ne se fera pas attendre; car, « l'Eternel ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris son nom en vain. » [Exode. 20, 7.)
Comparaisons.
S. Chrysostome dit fort bien, [ad pop. Antioch.) : a De même qu'on prend grand soin de son habit de fête, de peur qu'il ne s'use par un usage trop fréquent, de même on doit se garder d'abuser inconsidérément du nom de Dieu qui mérite le plus profond respect. »
2) En se moquant de la religion: On se rend coupable de ce péché, lorsqu'on se raille de la religion, des pratiques ou des cérémonies saintes ou qu'on les ridiculise; lorsqu'on dit que la religion est fausse, absurde, superstitieuse, fanatique, etc., que toutes les religions sont
bonnes; qu'il importe peu de quelle manière on honore Dieu. De nos jours surtout il ne manque pas de ces libertins qui attaquent ainsi la religion; c'est pourquoi un écrivain religieux nous dit: « Fuyez l'homme qui se permet un sourire moqueur lorsqu'on parle de Dieu et des choses divines. C'est un serpent vénéneux qui est caché sous un rosier. » Et S. Pierre écrit (2 épître 3, 3. 17.) : « Sachez avant toutes choses, qu'aux derniers temps il viendra des imposteurs artificieux qui suivront leurs propres passions,... vous donc, mes frères, qui connaissez toutes ces choses, prenez garde à vous, de peur que, vous laissant emporter aux égarements de ces hommes insensés, vous ne tombiez de l'état ferme et solide où vous êtes établis. »
Le docteur humilié.
L'exemple suivant montre comment parfois les moqueries contre la religion sont confondues parmi les chrétiens. Simon Turiajus, né en Angleterreau commencement duXIII* siècle, vivait à Paris, où il était docteur dans les arts libéraux qu'il professait avec éclat. Cet homme possédait bien la science qui enfle, mais non la charité qui édifie. Dans son orgueil il en était venu au point de se moquer fréquemment de la religion catholique, de sa doctrine et de ses pratiques; un jour il osa même soutenir qu'il lui serait également facile de démontrer la vérité de la religion révélée, et de la combattre. Mais voyez combien l'orgueil effréné de ce présomptueux savant fut rabaissé! Il fut subitement privé de sa mémoire et frappé d'une telle imbécillité qu'il ne sut plus distinguer les lettres de l'alphabet, et qu'il lui fut impossible de réciter encore l'oraison dominicale. Le savant Nicolas Dunelmensis assure avoir vu de ses propres yeux que Turiajus recommença à apprendre de son fils les lettres de l'alphabet. {Dr. Brunner.)
Le jugement de Dieu.
On sait qu'en 1854 toute la ville de Hammelbourg (en Ba-
I(i8 DES COMMANDEMENTS.
vière) fut détruite par un incendie. Dans une correspondance de la Franconie, (insérée dans le journal de Mayence), l'incendie de cette malheureuse ville est regardé comme une espèce de jugement de Dieu. « Nous ne voulons hasarder aucune opinion téméraire, » dit le journal, « mais néanmoins le fait sur lequel s'appuie notre manière de voir est digne d'attention. Pendant les années de la révolution, l'esprit de Ronge avait aussi passé sur Hammelbourg. La populace donc se rendit dans une grange, fit un mannequin de paille, figurant le pape, et habilla deux jeunes garçons juifs en enfants de chœur. Après cela on se mit en marche au milieu du persifllage des cérémonies religieuses et l'on se rendit à la campagne où le pape fut brûlé en effigie. Or, ce fut dans cette même grange, où avait lieu cette abomination, que commença le feu qui réduisit en cendres la ville entière, tout eu épargnant miraculeusement les églises, les autres édifices et objets sacrés, bien que les flammes eussent consumé jusqu'au sol tout ce qui se trouvait à proximité. »
Punition éclatante.
Dans le village d'Edinghausen, non loin de la ville de Bielefeld, un impie qui insultait continuellementia religion, s'avisa un jour de parodier dans un hôtel la dernière Cène. Attablé avec ses compagnons d'orgie, il prend du pain et du vin, prononce les paroles de la consécration, et distribue le pain et le vin à ses camarades. Lorsque vient son tour de prendre sa part, il se trouve mal, place sa tête sur la table, et au bout de quelques secondes il n'est plus qu'un cadavre. Il a été enterré le jour des Rois.
Il y a une dizaine d'années, on inaugurait à Félixdorf, village nouvellement fondé non loin de Vienne Neustadt en Autriche, la statue deS. Félix. Acette occasion on tira des boîtes, et l'homme qui servait ces pièces d'artillerie, tournant en dérision la fête religieuse, se permettait maintes expressions inconvenantes à l'égard du saint fondateur dont la statue était exposée à la vénération publique. Qu'arriva-t-il ? Au dernier coup, qu'il avait encore fait précéder de grossières
DEUXIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. l(i(>
injures, la pièce éclata et blessa tellement le blasphémateur, ()u'il tomba inanimé et que peu après il succomba à ses blessures.
Comparaison.
« Ceux (jui par une crasse ignorance ou par une légèreté fanfaronne jouent le rôle d'incrédules, sont comme des arbres sans racines, qui, exposés aux coups du vent, inclinent leur tête de droite à gauche selon qu'il souflle ; aujourd'hui ils foulent avec arrogance aux pieds ce que demain ils embrasseront avec une satisfaction servile; ils ne sont rien par eux-mêmes, mais uniquement des perroquets qui répètent ce qu'ils ont entendu; ils veulent qu'on les regarde comme sages, et quand ils se raillent des choses les plus saintes, et quand ils font pénitence d'un cœur contrit et humilié. » {Munch.)
3) En blasphéinant. Ce péché se commet par pensées, par paroles et par actions, lorsque, de propos délibéré, on pense, on dit, ou l'on fait quelque chose d'injurieux à Dieu, à Jésus-Christ, aux Saints ou aux choses saintes, lorsque, par exemple, on dit avec les impies dans le livre de Job, ( 22, 43 ) : « Que peut connaître Dieu? « ou avec les Israélites dans le désert: « Est-ce que Dieu pourrait, dresser une table dans le désert? » {Ps. 77, 9.) etc. — Le blasphème est un très-grand péché; car, quelle faute plus grave que d'injurier Dieu, le Roi des rois, lorsque c'est déjà un crime de lèse-majesté d'injurier un roi de la terre? Voilà pourquoi, dans l'ancien Testament, la peine de mort était attachée à ce péché, comme nous le voyons dans le Lévitique(24, 16.): « Que celui qui aura blasphémé le nom de Dieu soit puni de mort; tout le peuple le lapidera. »
Exemples tirés de la Bible.
Ce châtiment fut prononcé contre le fils d'une femme Israélite. Ce jeune homme blasphémait tlans le feu d'une
CATÉC. PRATIQUE. T. 11. .S
dispute; on le conduisit devant Moïse qui le fit mettre en prison; puis on consulta le Seigneur qui ordonna de le lapider, ce qui fut fait. — Lorsque Sennachérib, roi d'Assyrie, assiégeait la ville de Jérusalem, il blasphéma, en prétendant témérairement que le Dieu d'Israël ne pourrait pas opposer plus de résistance à ses armées que les dieux de sa nation; mais le Seigneur montra bientôt qu'il était le Tout-Puissant, capabledeconfondre lesimpies ;car l'armée entière de Sennachérib, forte d'environ 180,000 hommes, fut en une seule nuit anéantie par l'Ange exterminateur, et Sennachérib luimême, de retour k Ninive, fut tué par ses propres fds, au pied de l'autel de ses faux dieux. (4. Rois, 9.)
Le Duc de Biron.
Un Archevêque de Lyon, nommé Pierre de Pinac, atteint • d'une maladie mortelle, avait à ses côtés un religieux qui tâchait de l'encourager d'une manière fort simple par des consolations religieuses. Un jour il développait entre autres ce point, que la divine Providence agit ordinairement avec le pécheur comme le médecin avec le malade. Tant que celui-ci peut être guéri, il a recours à des médecines amères, à une diète sévère et à maintes opérations douloureuses; c'est ainsi que Dieu envoie au pécheur des peines et des tribulations, afin de le tirer de sa torpeur et de le corriger; et c'est là la thérapeutique céleste qui conduit l'homme intérieur à la guérison. Si au contraire un malade est déclaré incurable, on lui permet de prendre tout ce qu'il désire; Dieu en agit pareillement avec le pécheur endurci qu'il abandonne à sa perte ; de tels hommes, qui sont abandonnés de Dieu, acquièrent Irès-souvent des richesses, des honneurs, des jouissances et toute espèce de bonheur terrestre. — Comme on rapportait cette conversation au frère du malade, le célèbre Duc de Biron, il se met à rire et s'écria: « En vérité, rien ne me ferail plus de plaisir que si Dieu voulait m'abandonner de cette façon! » C'était plus qu'une plaisanterie irréfléchie, c'était un vœu qui se remplit d'une façon tragique : car, il mourut de la mort des traîtres. Dans quel triste état doit se trouver le cœur d'un
DEUXIÈME COMMAiNDEMENT DE DIEU. 17t
lionime qui ose prononcer un blasphème pareil sans trem- !>ler? [Veith. Miserkord.)
Parole effrayante, et châtiment qui la suit.
Un jeune abbé, nommé Lanze, était entré dans la secte impie des illuminés, et consentit à servir d'instrument à ce club. Il fut donc envoyé en Saxe pour y travailler dans l'intérêt de la secte; avant de partir il dîna encore chez un cpnseiller protestantàRatisbonne, et, dans cette dernière entrevue, les deux commensaux s'échauffèrent et s'encouragèrent mutuellement. Alors on entendit sortir de la bouche de l'abbé cette effrayante parole: « J'aimerais mieux mourir sur la voirie, que de soufirir à ma dernière heure qu'un papiste m'apportât l'hostie.» Après le repas Lanze, en compagnie de Weishaupt, le chef des illuminés, sortit par la porte de S' Jacques pour faire une promenade à la campagne ; à gauche de la porte se trouve le bois de tilleuls avec ses belles allées, à droite une prairie, et le long du Danube la voirie. La journée était belle et sereine, un léger nuage qui passait au-dessus de leurs têtes laisse tomber quelques gouttes de pluie; Weishaupt, afin de garantir son habit tout neuf, courut s'abriter dans une maisonnette, Lanze, au contraire, s'arrêta et, levant la tête, cria à Weishaupt : « Venez, c'est déjà passé. » — A peine eut-il prononcé ces paroles qu'il tomba foudroyé. — C'est ainsi que la foudre de la colère divine atteignit celuijqui avait osé se moquer du Sacrement d'amour, et exécuta contre lui l'arrêt de sa propre condamnation. {Philothée.)
Comparaisons.
Celui qui lance une pierre contre le ciel ne saurait toucher un corps céleste et encore moins l'endommager, mais au contraire, il sent douloureusement sur sa tête la chute de la pierre, si elle retombe sur lui ; il en est de même du blasphème qui n'atteint pas l'objet céleste contre lequel il est lancé, mais il retombe sur la tête du blasphém.ateur et le blesse douloureusement. C'est ainsi que celui qui se montre ingrat et insolent à l'égard de Dieu, prépare et aiguise une
l"-2 ÜES COMMANDEMENTS.
épée contre sa propre âme. (« S. Chrysost. Hom.o. de nal. Uei.) L'abbé Gaunio dépeint les suites funestes du blasphème de la manière suivante : « Que deviendrait une famille dont les enfants maudiraient, outrageraient journellement le nom de leur père? Que deviennent les Etats où il est permis de dire et d'écrire toutes sortes d'outrages contre le nom et l'autorité du prince'.' L'histoire est là sous les yeux pour répondre. Il est donc vrai, Dieu, en vous défendant de blasphémer son saint Nom et sa loi sainte, a songé aux intérêts de la société autant et plus qu'aux siens, et saint Louis, en décernant un châtiment exemplaire contre les blasphémateurs, ne se montra pas seulement bon chrétien, mais encore profond politique. Il savait que là où Dieu n'a plus d'autel, les rois n'ont plus de trône, et là où les rois n'ont plus de trône les méchants n'ont plus de frein; c'est l'anarchie, c'est le malheur des peuples. Ne sont-ce pas les blasphèmes contre Dieu et la religion qu'on a laissé dire et imprimer depui:s cinquante ans, qui ont ébranlé les trônes et couvert la face de l'Europe de sang et de ruines? Voltaire, dit l'impie Condorcet, n'a pas vu tout ce qu'il a fait, mais il a fait ce que nous voyons. » {Gaume t. III. 4o5.)
Sur l'insensé qui le blaspliéme Dieu bien sou\eni Tail cclaler, La foudre de son analhéme.
Même a\ant que la iiiü:t ne vienne leniporler.
{Gr. Cat. -Ai" q.) Le serment, et les péchés qui s'y rapportent. — Explication. Jurer ou faire serment c'est invoquer le Dieu véritable, omniscient, tout-puissant et juste comme témoin de la vérité que l'on dit ou des promesses que l'on fait. Il y a donc 1) \t serment afïirmatif pour confirmer la vérité d'une déposition, et 2) le serment de promesse, qui regarde l'avenir et par lequel on s'engage à exécuter ou à donner quelque chose. — Le soinent est permis; voilà pourquoi Dieu lui-même a prescrit le serment au peu|)le Israélite et voulu que le serment décidât d'une afi'aire,
DEUXIÈME COMMANürMENT DE DIEL'. 173
([uand les autres jireuves manquaient. [Exode^'^, 10-11.) Qui, Dieu a plus d'une fois Juré par lui-même. {Genèse, 2^2, lG-18; ' Jérém. U, 26 et 51, 14. haïe, Al), 23.) — Abraham exigea un serment de son serviteur Eliézer. {Genèse, 21, 2-4.) « Jacob jura parle Dieu que craignait son père Isaar. >. [Genèse, 31, 53.) — Dans le nouveau Testament, S. Paul fait très-fréquemment des serments. {Hoiii. 1, 9.; 2. Cor. i, 23; Gai. 1, 20, etc.) — Mais on doit regarder le serment comme une chose très-sacrée, et on ne peut jamais jurer que d'une manière licite, c'est-à-dire : a) avec vérité, b) avec jugement et c) avec justice, comme il est dit dans Jérémie (4, 2.) : « Tu jureras dans la i;m7e, dans Véquité et dans h justice. » Et un docteur chrétien nous dit : « Quand tu prêteras serment, éprouve-toi pour voir»si tu sais bien ce que tu jures. Nete permets, en jurant, aucune parole irréfléchie et "douteuse! Non, pas une seule, pour le repos de ta conscience! Plutôt la pauvreté qu'un faut serment. Réfléchis à ce que tu vas promettre par serment! Ne t'engage à rien d'impossible; mais une fois que tu. as fait une promesse solennelle, garde-la inviolablement! »
Le serment n'est pas une vaine formalilé.
Vu jeune lioninie de dix-sept ans, ne pouvant obtenir de servir en France à cause de nouveaux règlements qu'on y avait introduits, passa en Hollande de l'aveu de ses parents et eut une sous-lieutenance dans la légion deMaillebois, Un capitaine de cette légion, qui désirait quitter le service, consentit peu de temps après à lui céder sa compagnie moyennant la somme de 5,000 livres. Ayant été reçu le lendemain dans son nouveau grade, il ne lui restait plus qu'à prêter serment à la République. Le jeune homme se présente au jour indiqué devant le magistrat, se met à genoux, pose la main sur les saints Evangiles et se dispose à faire le serment ([u'on va lui dicter. « Vous jurez, » lui dit-on, « d'être fidèle
à la république. » — « Je jure, » répond-il dans les mêmes formes. — « Vous jurez également de défendre et de protéger de toutes vos forces la religion réformée. » A ces mots le jeune homme se lève et dit d'un ton ferme qu'il a le bonheur d'être catholique, qu'il le sera toute sa vie, et que jamais il ne prêtera un tel serment. On lui répond que ce serment nVst que de forme. « Ce n'est point pour la forme, » reprend le jeune homme, « que je mets la main sur l'Evangile; je ne me rendrai point, sous un tel prétexte, coupable de parjure. » On veut bien, en sa faveur, passer sur ce second serment et on lui en dicte un troisième: « Vous jurez que ni directement ni indirectement vous n'avez fait aucun pacte, ni donné aucun argent pour parvenir au grade de capitaine. » — « C'est là encore, » répondit-il, « un serment que je ne puis faire, puisque je viens de compter 3,000 livres pour ma compagnie; » gt il se retire à l'instant. Ceux qui avaient fait ces serments avant lui se crurent en droit de lui objecter l'usage, et il leur objecta à son tour la vérité et la conscience.
Ce beau trait ne tarda pas à se répandre, et les protestants eux-mêmes admirèrent à l'envi la mâle fermeté du jeune homme: on a su même que depuis son retour en France, plusieurs jeunes officiers avaient imité son exemple. {Gérard. Le comte de Valmont.)
Comparaison.
« Le serment est une pièce d'or de grande valeur, frappée au coin du Dieu vivant. Il n'y a qu'une main pure qui puisse la déposer sur l'autel de la vérité, et cette main pure le fera encore eu tremblant. Mais on en a fait un jouet, on l'a fait servir comme de la petite monnaie pour une justice douteuse, et même comme un jeton pour le plus ignoble trafic ! Quel compte terrible auront à rendre les souverains des peuples, qui abusent si légèrement et si audacieusement du serment! (Munch.)
Explication. — On commet un péché en jurant : \)LorS' qu'on jure faussement ou dans le doute; c'est-à-dire, lors-
DEUXIÈME COMMANDEMENT DE DIEl'. 17")
(|u'on affirme sous serment qu'une chose est vraie, bien (ju'on sache qu'elle ne l'est pas, ou que l'on doute si elle est vraie ou non, ou lorsqu'on fait avec serment une l)romesse qu'on n'a pas l'intention ou le pouvoir de tenir. Par rapport au faux serment, le Seigneur nous donne cet avis (Zach. S, 17.): «N'aimez point le faux serment; car ce sont là des clK^sesque je hais! dit le Seigneur. »
Le faux serment.
Deux domestiques, Nicolas et Georges, après avoir amené au château de leur maître deux charrettes de bois, entrèrent dans la cuisine. A peine le cuisinier fut-il sorti, que le rusé Nicolas s'empara d'un morceau de viande qui se trouvait dans la marmite, et le fourra dans la poche de Georges en lui disant : « Si le cuisinier demande où est la viande, je jure que je n'ai rien mis en poche, et toi, tu jureras que tu n'as rien pris. De cette manière nous nous tirerons aisément d'affaire. » Le cuisinier étant revenu, jeta un coup d'œildans le chaudron et demanda aux domestiques : « Qu'est devenue la viande? » Tous les deux s'excusèrent de la manière dont ils étaient convenus. Mais le cuisinier leur répliqua : « Toi Nicolas, tu as pris la viande du chaudron, et je le vois à ta manche pleine de suie ; et toi, Georges, tu l'as mise en poche ; car la graisse dégoutte le long de ton habit. Rougissez de votre péché et craignez-en les conséquences. Lors même que je ne me serais pas aperçu de votre larcin, il a eu cependant pour témoin Dieu qui ne laisse aucun péché impuni. »
Le gouverneur parjure et impie.
Un soir j'étais sur le pont, nous raconte le P. de Geramb dans son pèlerinage à Jérusalem, et je m'entretenais de la guerre entre les Turcs et les Grecs, avec quelqu'un qui avait habité l'île de Chypre. Il nous raconta un fait qui caractérise bien cette époque de troubles et de terreurs. Malheureusement les Grecs se sont montrés aussi barbares que les Turcs. Ils étaient opprimés, c'est vrai, mais ils ont tellement souillé
ni> DES COMMANDEaiEXïS.
leur cause, qu'on se demande avec ettroi, qui fut le plus cruel ou du musulman ou du chrétien. — Les Grecs de l'île de Chypre n'avaient pris aucune part à l'insurrection. On leur fit remettre les armes et ils les livrèrent avec soumission et sans résistance. Ils avaient fait encore plus, ils remirent au gouverneur de l'île Coutsciouk-Mehemed,un présent i\i' ciut mille piastres avec la pri^ire de les envoyer à la Porte et de leur procurer un firman (c'est-à-dire, un ordre publié au nom du Sultan) qui, en reconnaissance de leur fidélité, devaitlesprotéger contre toute espèce d'oppression. Ce monstre promit tout et se fit payer chèrement ses promesses. 11 assurait avoir expédié à Constantinople un Tartare, écrit en leur faveur au Sultan et soutenu de toutes ses forces leur juste prière, ajoutant qu'il mourrait plutôt que de souffrir qu'on leur fît le moindre mal. Mais le Tartare ne revenait point. L'archevêque devint inquiet et se rendit chez Coutsciouk-Mehemed pour lui exprimer ses inquiétudes. « Soyez tranquille, lui répondit le gouverneur, je vous jure sur le Coran et par le prophète, que jamais le glaive ne s'approchera de votre cou; qu'Allah me punisse, si je viole mon serment! » Ces paroles rassurèrent l'archevêque; mais sa crainte n'avait été que trop fondée. Dans l'espoir de s'emparer des biens des principaux Grecs de l'île de Chypre, le gouverneur avait communiqué un avis entièrement opposé à ce qu'il avait promis. 11 avait dénoncé l'archevêque, les évêques Grecs et les principaux habitants comme des rebelles prêts à se révolter contre la Porte et à secouer le joug ottoman. Le Tartare revint enfin de Constantinople. Le gouverneur fit savoir à l'archevêque, aux quatre évêquesetà quatrevingt-treize notables de l'île qu'il avait obtenu un firman qui accordait plus qu'ils n'avaient espéré et les pria de se rendre à Nicosie pour en apprendre le contenu. Ils s'y rendirent non-seulement sans crainte ni arrière-pensée, mais même avec joie. Mais quelle fut leur surprise et leur consternation, quand le féroce Coutsciouk, apparaissant au milieu d'eux, fit lire un firman qui intimait l'ordre de les mettre tous à mort. Comment décrire le désespoir de ces 'malheureux!
DElXIKMli COMMANDEMENT DE DIEU. it7
L'archevêque reprocha au gouverneur son parjure en lui rappelant son serment. « Je t'avais promis, » répliqua le monstre, « que le glaive ne toucherait pas ton cou;jetiendrai parole, car tu seras pendu. » Ce fut le signal du massacre. Assis les jambes croisées sur son divan, la pipe à la bouche, et entouré de bourreaux, il indiqua du doigt ceux qui devaient être les premières victimes, et, au milieu de ses conseillers, il se mit à rire en voyant l'effroi qui s'était emparé de ceux qui attendaient la mort. Un grand nombre de Grecs furent décapités, leurs biens confisqués, leurs femmes et leurs filles jetées en prison. (P. Geramb. Voyage à Jerusalem.)
2) Lorsqu'on jure sans nécessité ou qu'on engage d'autres à le faire. Le serment est toujours une chose dangereuse; « Celui qui fait un faux serment, » dit S* Augustin {de verh. Ap. serm. 8.), se damne; et celui-là même qui jure la vérité est encore en danger de se damner; car aucun serment n'est sûr. » Voilà pourquoi le divin Sauveur nous dit : « Nolitejurare omnino! Ne jurez en aucune manière! » — Il résulte de là combien on est coupable (juand on jure sans nécessité ou qu'on engage d'autres à le faire.
N'engagez personne à jurer.
S' 'Isidore nous fait sous ce rapport la recommandation suivante: «N'exigez de personne un serment, par la raison que celui que vous voulez faire jurer, est ou un ami de la vérité ou un ami dumensonge. S'il a l'habitudededirela vérité,il ladiratout demême, sansavoirbesoinde jurer.Si,au contraire, il est un menteur, il mentira encore malgré son serment. Voilà pourquoi, dans les deux cas, léseraient n'est pas à conseiller. » — Ailleurs ilditencore: « Imprimez dans vos cœursceque je vais vous dire: Celui qui exige d'un homme un serment, et sait d'avance qu'il fera un parjure, est pire qu'un assassin. L'assassin tue le corps, l'autre au contraire tue l'âme, ou plutôt deux âmes,lasienned'abord, ensuite l'âme de celui qu'il a provoqué auserment. Vous savez quece quevous dites estvrai, et ceque
dit l'autre, est faux, et néanmoins vous le forcez à jurer? Voyez, il jure! il se parjure! II se perd ! Qu'avez-vous gagné maintenant? Vous aussi, vous vous perdez, puisque vous avez voulu vous rassasier de sa mort.
Comparaison.
« Il n'est pas avantageux pour le corps de prendre des médecines quand il n'en a pas besoin; le fréquent usage en est même plutôt nuisible : Il en est ainsi du serment dont il n'est pas bon de se servir quand il n'est pas justifié par une raison légitime et grave, r (St Augustin.)
3) Lorsqu'on jure de faire le mal ou de renoncer au bien. \\ n'est pas permis de faire un tel serment ;car « un serviteur de Dieu, » dit S' Augustin {Epist. ad Alypium), « doit plutôt s'exposer à la mort, que s'engager à faire quelque chose qui lui est défendu ; » il n'est pas non plus permis de tenir ce serment, quand on l'a prêté; c'était un péché de faire un pareil serment, ce serait un nouveau péché de le tenir. « Une promesse est impie, » dit S^ Isidore, « quand elle n'est tenue que moyennant un péché. »
Exemples tirés de la Bible.
Tel fut le serment dont Hérode se rendit coupable (iWarc, 6, 25-28.), quand il dit à la fille d'Hérodiade : Je vous donnerai tout ce que vous me demanderez, quand ce serait la moitié de mon royaume. Lorsqu'elle fut sortie, elle dit à sa mère : Que demanderai-je? Sa mère répondit : La tête de Jean-Baptiste. Et étant entrée aussitôt dans la salle où était le roi, elle fit sa demande en disant: « Je désire que vous me donniez, à l'instant même, dans un bassin, la tête de JeaniJaptiste. Le roi en fut fort contristé; néanmoins, à cause du .serment qu'il avait fait, et de ceux qui étaient à la table avec lui, il ne voulait pas la refuser; ainsi il envoya un de ses gardes, avec ordre d'apporter la tête de Jean dans un bassin ; et ce garde étant allé dans la prison, lui coupa la tête. »
DEUXIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. t7î)
— Cette même faute fut imputée aux juifs dont il est parlé ainsi dans les Actes des Apôtres, (23, 12.) : « Quelques juifs s'étant ligués, firent vœu, avec serment et imprécation, de ne manger, ni boire, qu'ils n'eussent tué Paul. »
Le serment sans valeur.
Un homme d'un certain âge et d'une honnête aisance vivait retiré avec sa femme. Celle-ci étant tombée dangereusement malade , fit appeler un prêtre , reçut les secours de la religion et mourut avec une résignation et des espérances qui étonnèrent son mari. Quelques mois après, il devient lui-même malade, mais il ne fait point appeler de prêtre. Celui qui avait administré son épouse, vient lui offrir les dons de Dieu. Il les repousse. « Comment, lui dit le jeune ecclésiastique, vous avez applaudi à la réconciliation de votre épouse et vous refusez de suivre son exemple? — Ma femme était libre; moi, je ne le suis pas ! — Comment, un homme de votre âge n'est pas libre de suivre les inspirations de sa conscience? — Non je ne le suis pas. J'ai promis avec les plus redoutables serments de n'avoir jamais aucun rapport ni avec fEglise ni avec les prêtres. — Mais vous êtes trop instruit pour ne pas savoir que le serment du mal n'oblige pas? — Pour moi tout serment oblige; je le fais et ne l'examine pas. — Si vous aviez fait le sermentdedevenir assassin, vous croiriez-vous obligé de ledevenir? — Oui, je le deviendrais. Je suis ainsi fait. J'ai souffert de cette position, et, depuis la mort de mon épouse, j'ai été dévoré par le regret de ne pouvoir, comme elle, me mêler aux choses de Dieu. J'ai eu la pensée d'écrire au chef de la société qui a reçu mon serment, en lui demandant d'en être délié. Je le ferai dès demain, et si j'obtiens de recouvrir ma liberté, je vous ferai venir, monsieur l'abbé! Jusque-là, je ne puis vous voir que comme un honnête citoyen. » Peu de jours après, on vient demander M. l'abbé. Cet homme avait été relevé de son serment par les chefs de la société à laquelle il appartenait; il reçut les dons de Dieu, et dès ce moment il fut un autre homme. Que de personnes s'égarent par le
contact avec les méchants! Il n'avait pas besoin de se faire délier de son serment, puisqu'il était évidemment criminel et injuste. {Echo du Mont-Blanc.)
4) Lorsqu'on ne tient pas son serment, bien qu'on soit en état de le tenir. C'est dans ce sens que pèchent les ernployés publics, qui ont juré d'être fidèles à leur emploi et qui ne l'exercent pas avec justice, exactitude et impartialité; — les époux qui, au pied des autels, se sont juré mutuellement fidélité et amour, et qui n'exécutent pas leurs engagements solennels, etc.
Comparaison.
« On donne le nom de faussaire à celui qui fait un abus du sceau public qu'on ne lui a confié que pour sanctionner les actes publics; le même nom doit être donné à celui qui abuse du serment. » (Marchant, Hort, past.)
Explication. Un faux serment ou parjure fait en particulier devant la justice, est l'un des plus grands péchés, l'un des plus graves délits qui existent, et cela pour les raisons suivantes : 1) parce que par là Dieu, le juge saint, juste et qui sait tout, est invoqué en témoignage et en confirmation d'un mensonge; 2) parce que le parjure se moque de l'omniscience, de la sainteté et de la justice de Dieu; 3) qu'il blesse, de la manière la plus effrontée, la véracité et la justice et qu'ainsi il fait échouer le dernier moyen de terminer des contestations et de garder la fidélité et la bonne foi parmi les hommes; 4) qu'il renonce, en mèrîie temps, de la manière la plus solennelle, à toute grâce et à toute assistance divine, et qu'il se prive par là des suprêmes consolations pendant la vie et à la mort. Le Sage a dit à ce sujet : « Que la bouche ne s'accoutume pas à jurer; car [lar là les chutes sont fréquentes. Que le nom de Dieu ne soit pas sans cesse dans ta bouche. Comme un esclave
DBllXIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. 181
porte toujours les marques de la torture qui l'interrogent sans cesse, ainsi tout honimequi jure sans cesse parle nom de Dieu, ne peut être pur et sans péché. L'homme qui jure souvent sera plein d'ini(juité, et la plaie ne sortira pas de sa maison. Et s'il a juré en vain, il ne sera pas justifié : car sa main sera remplie de son salaire. Toutes ces choses sont loin des justes, et ils ne s'enfoncent pas dans ces crimes [Eccles. 23, 9-16.). » Dans Zacharie il est écrit : « L'ange me dit : ce livre que tu vois voler dans les airs, c'est la malédiction qui sort sur toute la terre; il y est écrit : jugement sur les impies, jugement sur les parjures. J'amènerai la malédiction, dit le Seigneur Dieu des armées ; elle viendra dans la demeure des parjures; elle s'établira au milieu de leur maison; elle consumera et la maison et les bois et les pierres. » (5, 3-4.)
Suites d'un faux serment.
Au mois de juillet de l'an 4855, dans un petit village de l'Allemagne, un domestique de ferme presque sexagénaire, appelé Joseph Schwartz, se pendit dans le fenil de son maître. Des remords de conscience, causés par un faux serment qu'il avait prêté, le conduisirent si loin, qu'à ce premier crime il en ajouta un second.
Le châtiment du parjure.
Il ne sera pas inutile de citer ici un exemple qui montre comment quelquefois la vengeance divine éclate d'une manière sensible, même en cette vie, contre le parjure; le fait suivant eut lieu le 12 juillet 1845, à Schwarzstein, près de Rastenbourg.
Quelques jours avant cette date, un mauvais sujet, accusé de vol, fut cité devant le tribunal de Rastenbourg, où il s'otfrit à faire le serment qu'il était innocent du crime qu'on lui imputait. Mais connu qu'il était dans le pays comme un homme immoral et même pour un voleur, on ne lui permit
pas de jurer. Alors il jura de son propre chef, en s'écriant : (c Que le premier orage qui éclate, m'écrase, s'il est vrai que j'ai volé! » — Le 12 juillet un violent orage passa sur Schwarzstein et notre homme se trouvait dans sa demeure en compagnie de quatre enfants et d'un chien. Tout à coup le tonnerre éclate avec fracas ; le foudre entre dans la maison du malfaiteur et le frappe au milieu de son entourage qui, bien qu'un peu étourdi du coup, reste sain et sauf. Le feu du ciel lui était entré par le nez et la bouche. Comme la maison était en flammes, on dut se hâter d'en arracher le mort; mais aucun des habitants de Schwarzstein, malgré les exhortations du curé, ne voulut toucher celui qu'ils croyaient frappé de Dieu, de sorte que le curé fut obligé de se charger lui-même du cadavre. La maison brûla jusqu'aux fondements; néanmoins le feu ne s'étendit pas plus loin. — Cet événement, assurément fort remarquable, est historique. 11 va sans dire qu'il fit sensation parmi le peuple, quoique tant d'autres jurements et de faux serments soient restés sans punition immédiate. Mais ce seul exemple a fait une profonde impression sur le peuple (Philothée).
Comparaisons.
« Le parjure se joue, comme un insensé, de Dieu, de l'éternité, de la Providence et de ses destinées. Il donne plus qu'une tonne d'or en échange d'un pauvre petit grain de sable; il donne toute une vie pour un souffle.
a II n'y a pas de poignard qui blesse aussi fort que le parjure, pas d'épée qui lue aussi cruellement que le faux serment. C'est pourquoi, marquez cela sur le mur de votre maison et dans votre cœur. » (S. Chrysost. Hom. 11 in Acta).
(Gr. Cat. IS'' q.)
L imprécation. — Explication. L'imprécation ou la malédiction consiste à se maudire soi-même ou à maudire les autres, en même temps qu'on blasphème souvent le nom de Dieu.
On pèche donc par imprécation lorsqu'on se voue soi-
même ou qu'on voue les autres à l'enfer, au diable, à la mort ou à d'autres maux, soit pour confirmer ce qu'on vient de soutenir, soit par colère ou vengeance; par exemple lorsqu'on dit : « Que le tonnerre me frappe! » — « Que le diable t'emporte! » — Que ce vin vous empoisonne! » — Que je n'entre jamais en paradis, si... etc. Quel horrible péché! Il accuse un caractère vraiment grossier et irascible! Mais ce péché est surtout déshonorant pour un chrétien. C'est pourquoi un docteur catholique [Didaciis Stella in Luc.) s'écrie : « Comment? ta bouche jouit journellement, ô chrétien, de tant de dons de Dieu; avec cette bouche tu pries; sur la langue de cette bouche tu reçois le corps sacré de ton Sauveur — et avec cette même bouche, avec cette même langue tu oses maudire! » — Très-souvent le mal que le blasphémateur appelait sur lui ou sur d'autres retombe sur l'audacieux; en voici quelques exemples qui serviront d'avertissement.
Un avertissement de Dieu.
A Trippstadt, dans le Palatinat, se passa au mois de mai 1852, un fait extraordinaire. Un homme pauvre, mais richement doué du côté des deux derniers péchés capitaux, qui à toute occasion jurait comme un possédé, demanda un jour à sa femme du beurre sur son pain. La femme lui ayant répondu très-tranquillement qu'elle avait vendu le beurre pour avoir dans sa maison un peu de monnaie en cas de besoin, il éclata comme d'habitude en imprécations. « Je voudrais qu'un coup de foudre vous tuât avec la vache! » Un quart d'heure après, à deux heures de relevée, sans qu'on s'aperçut du moindre orage, un effroyable coup de tonnerre se fit subitement entendre. Tous les habitants du village, saisis de terreur, s'élancèrent de leur maison.« Qu'est-ce qu'il y a eu? » se demandait-on l'un à l'autre. « Ah, mon Dieu ! » s'écrie un enfant qui accourt, « la foudre a frappé la vache de N. parce qu'il ne faisait que jurer! » Et en effet,
c'était bien ainsi ; lorsque les gens allèrent voir, ils trouvèrent la vache foudroyée. Ce sermon de Dieu contre les imprécations sera, nous l'osons espérer, d'une grande efficacité dans cette commune et ailleurs.
Ne jurez pas.
Un domestique en Angleterre, ne pouvant assister à une foire, en était excessivement irrité. Il se livrait à des imprécations tellement épouvantables que l'un de ses compagnons l'avertit qu'en jurant ainsi i' ne manquerait pas d'aller en enfer. « En enfer?» répondit-il, a c'est justementce qu'il me faut. 11 y a là au moins assez de feu pour allumer ma pipe ! » A ces mots il s'en alla et tomba comme foudroyé. — Il était mort.
Accomplissement du mal souhaité.
Dans la vie de S' François-Xavier, par le P. Bouhours, se trouve l'exemple d'un châtiment sévère qui fut infligé à un idolâtre pour son impiété.
C'était un homme d'un caractère rude et irascible, appartenant aux plus hautes classes de Manapar, et que Xavier cherchait à gagner au christianisme par la douceur et la bonté. Celui-ci l'invita un jour à écouler du moins une fois avec calme ce qu'il avait à lui dire pour le salut de son âme ; mais le brutal ne daigna pas même lui accorder un regard et le chassa de sa maison de la façon la plus injurieuse en lui disant, que « s'il avait jamais le goût d'entrer dans l'église des chrétiens, il serait content qu'on lui fermât la porte au nez! » Quelques jours après, il fut attaqué par une troupe d'hommes armés qui en^ voulaient à sa vie; incapable de se défendre, il ne lui restait d'autre ressource que de s'échapper à grande peine de leurs mains et de prendre habilement la fuite. Lorsqu'il vit de loin l'église ouverte, il se réfugia de ce côté pendant que ses ennemis le suivaient sur les talons; mais les chrétiens réunis pour la prièreiCermèrent aussitôt les portes de l'église, parce que le vacarme qu'ils entendaient, leur faisait croire que les païens irrités accouraient pour les surprendre et piller le temple. Ainsi, celui que le besoin avait poussé à chercher un refuge dans
DEIXIEME COMMANDKMEM Uli IUEI . 1X5
le lieu saint, qm fut exclu et livré à la fureur de ses ennemis qui le massacrèrent aussitôt. Ce tragique événement sembla une punition de Dieu, par laquelle il vengea l'insulte faite à son saint serviteur, puisqu'il fit rétomber sur le misérable la malédiction qu'il avait provoquée contre lui-même.
{Gr. Cat. lo'-iA" q.) Les vœux ou jjromesses solennelles. — Explication. Par vœu on entend une promesse faite à Dieu avec réflexion et librement, par laquelle on s'engage à faire quelque chose qui lui est agréable, bien qu'on n'y soit aucunement obligé. — Le vœu doit donc avoir les caractères suivants : 1) il doit être une promesse vraie et réelle par laquelle on veut s'engager, et non pas un simple désir on projet; 2) une promesse faite à Bien, mais qui peut aussi être faite en même temps en mémoire d'un saint, afin d'obtenir, par son intercession, l'une ou l'autre grâce de Dieu ; et 3) la promesse d'une chose qui soit agréable à Dieu, et non d'une chose frivole, criminelle, nuisible à autrui, ou même bonne en elle-même, mais de nature à empêcher une chose meilleure ou à faire négliger des devoirs plus importants; enfin 4) cette promesse doit êtrefaiteavecre/ZexîO« et librement, ensuite, cequ'on a promis doit être possible. — Sous le rapport des vœux l'Eglise catholique enseigne 1) qu'ils plaisent à Dieu, parce que se sont des sacrificesvolontaires,et 'iL)qiConest obligé de les remplir fidèlement, à moins qu'un obstacle insurmontable ne s'y oppose. « Si vous avez fait un vœu, ne négligez pas de le remplir. Il vaut mieux ne pas promettre que de promettre et de ne pas tenir ce qu'on a promis. » {Eccli. 5, 3-4.) C'est pourquoi on doit réfléchir mûrement avant de faire un vœu, et surtout demander
conseil à un confesseur ou à un directeur prudent.
Exemples tirés' de la Bible.
Dans l'Ecriture-Sainte nous trouvoas plus d'un exemple
ISü DES COMMANOl-MEM:^.
qui nous prouve que les vieux sunf trèa-agréaliles à Dicit. C'est ainsi qu'il accueillit avec satisfaction le vd'u du patriarche Jacob. V'oici ce qu'on rapporte de ce dernier (Moïse, 28, 20-22.) « Jacob fit un vœu en disant : Si Dieu est avec moi... et si je retourne en paix à la maison de mon père..., de tout ce qu'il m'a donné je lui donnerai la dîme. » — Dieu accueillit tout aussi agréablement le vœu de la ) ieuse Anne dont il est écrit : (1. Bois, I, 11.) « Anne fit un vœu en disant : « Dieu des armées ! si tu te souviens de moi, et que tu donnes à ta servante un fils, je le donnerai à l'Eternel pour tous les jours de sa vie. »
Le vœu fidèlement rempli.
Des canonniers Bavarois qui revenaient de la Grèce, se voyant exposés sur mer à un grand danger, avaient fait un vœu à Notre-Dame d'Altotting. Dans leur détresse ils implorèrent le secours de Marie et lui promirent, aussitôt qu'ils seraient arrivés à Altotling, de faire chanter une messe d'action de grâces et d^ofifrir un ex-voto. La traversée fut heureuse, ils arrivèrent aussi sans encombre à Altotting et exécutèrent ce qu'ils avaient promis. Ce fut un spectacle touchant pour les fidèles qui assistaient à la solennité, en voyant dans la chapelle ces nobles soldats, ces fils de la patrie qui venaient apporter au pied des autels les sentiments et les offrandes de leur cœur reconnaissant. Ces héros chrétiens ne furent pas abandonnés de Marie, et ce qu'ils avaient obtenu par son intercession, le secours au milieu des dangers pressants, ils le demandèrent également pour toute la patrie. Car à la fin de la solennité, on entonna un cantique en l'honneur de la Mère de Dieu , et qui se terminait par cette touchante prière :
N'abandonnez pas, û Marie! Noire généreuse patrie Notre Bavière chérie !
11 n'y eut aucune des personnes présentes à cette cérémonie qui pût retenir ses larmes. {Mettenleiter.) Le vœu de Charles VL Charles VI, avant Iß terrible accident qui lui fit perche la
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raison, avait coutume de chasser dans l'antique forêt d^ Bonconne, au pays de Toulouse. Un jour que, séparé de sa suite, il poursuivait avec trop d'ardeur une bête féroce, la nuit le surprit au milieu des landes sauvages, dans de grands bois peuplés d'ours et de sangliers. Aucune étoile ne hrillait au ciel. Le roi frémit; son esprit, naturellement timide, ne lui présente que des fantômes. En vain il prête l'oreille, aucun bruit ne décèle que ses gens soient dans les environs; il entend seulement les hurlements des animaux féroces. Dans cette perplexité, le prince a recours à celle qu'un de ses descendants devait reconnaître publiquement comme patronne de la France. Il fit vœu que si N.-D. d'Espérance le lirait de ce danger il établirait un ordre en son honneur. A peine Charles a-t-il formé ce vœu qu'un vent léger dissipe les nuages, et qu'une étoile brillante, l'éclairant de ses rayons, lui montre un sentier battu. Il pousse son cheval dans ce sentier qui le conduit hors de la forêt, et bientôt il entend le bruit du cor que ses gens faisaient retentir pour l'avertir du lieu où il pourrait les retrouver. Le lendemain le roi, fidèle à son vœu, voulut l'accomplir à la chapelle de Marie ; il y fonda l'ordre de Notre-Dame d'Espérance, et il ordonna que les membres de cet ordre portassent une étoile, en souvenir du miracle qui l'avait sauvé des dangers de la forêt. [Extrait de l'histoire de l'Eglise gallicane.)
(Gr. Cat. 15« q.)
Ce que le deuxième commandement ordonne. — Explication. Si d'un côté le deuxième commandement nous défend, ainsi que nous venons de le voir, toute profanation du nom de Dieu en jurant et en blasphémant, en le prononçant d'une manière irrévérencieuse, en faisant de faux serments ou de fausses promesses; d'un autre côté ilnousorc?07med'honorertoujours lenom de Dieu par nos paroles, parnos actions et par nos affections, en le louant et en l'exaltant, en l'invoquant avec piété, en le confessant avec fermeté et en travaillant avez zèle à sa gloire.